mardi 19 janvier 2010

Italie : censure sur le Web

[MàJ - 6 octobre 2011] Ça continue...

[MàJ - 25 janvier 2010] J'ai vu dans mes liens référents que ce billet est cité sur Numérama, où l'un des commentateurs dit ceci :
Je ne suis pas complètement d'accord avec l'analyse de Jean-Marie Le Ray sur son blog. Oui, la directive européenne exclut "les activités dont la vocation première n'est pas économique et qui ne sont pas en concurrence avec la radiodiffusion télévisuelle, comme les sites web privés et les services qui consistent à fournir ou à diffuser du contenu audiovisuel créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d'échange au sein de communautés d'intérêt."
Mais dans ce genre de texte, chaque mot et chaque virgule a un sens.

(...)

Entendons-nous bien : je pense qu'il s'agit d'un décret pour que Berlusconi protège son empire audiovisuel, en plus qui aurait mérité de passer par une loi (quoique je ne connaisse pas bien le système législatif italien). Mais quand on combat quelqu'un, il ne faut pas se tromper d'argument, sinon on en prend plein la gueule. Et à mon avis, se battre contre le fait que c'est contraire à la directive européenne, c'est une erreur car il est facile de contre-argumenter.
Je précise donc que mon billet reprend surtout l'analyse dominante faite en Italie, qui est à l'origine d'une contestation officielle de l'opposition devant le Conseil d'État.

En outre, des voix contraires se sont élevées au sein même du parti de Berlusconi (PDL), notamment celle de Luca Barbareschi, et toutes ces protestations conjointes semblent porter leurs fruits puisque l'avis des Commissions parlementaires a été repoussé et la majorité laisse entendre que des amendements pourraient être apportés au texte du décret.

(j'ai essayé de répondre directement sur Numérama, où je me suis inscrit pour publier, mais mon commentaire n'a pas été accepté, j'ignore pourquoi)

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Je vous ai déjà entretenu des risques imminents de censure berlusconienne sur Internet, voici maintenant le dernier épisode en date : l'adoption du "décret Romani", du nom de l'actuel secrétaire d'État en charge des communications, Paolo Romani, ex patron de télévision ayant produit des émissions cultes telles que Colpo grosso...

En fait, l'affaire est un peu plus compliquée qu'il n'y paraît, car ce fameux décret ne concerne pas que la censure des web-télévisions, elle met également des bâtons dans les roues à Sky (la télé de Murdoch étant le seul concurrent sérieux de Berlusconi en Italie) et augmente le seuil d'annonces publicitaires essentiellement au profit des télés de ... Berlusconi, en doutiez-vous ?

Mais je me limiterai ici aux répercussions possibles sur Internet, un aspect fortement contesté par l'opposition qui a porté l'affaire devant le Conseil d'État, en accusant le gouvernement de "délégation excessive de compétences".

Voyons pourquoi. Ce décret, censé transposer la directive européenne sur les services de médias audiovisuels (SMA), ne tient pas compte de l'article 16, qui dit ceci :
Aux fins de la présente directive, la définition du service de médias audiovisuels devrait couvrir exclusivement les services de médias audiovisuels, que ce soit de la radiodiffusion télévisuelle ou à la demande, qui sont des médias de masse, c’est-à-dire qui sont destinés à être reçus par une part importante de la population et qui sont susceptibles d’avoir sur elle un impact manifeste. Son champ d’application ne devrait couvrir que les services tels que définis par le traité, et donc englober toutes les formes d’activité économique, y compris l’activité économique des entreprises de service public, mais exclure les activités dont la vocation première n’est pas économique et qui ne sont pas en concurrence avec la radiodiffusion télévisuelle, comme les sites web privés et les services qui consistent à fournir ou à diffuser du contenu audiovisuel créé par des utilisateurs privés à des fins de partage et d’échange au sein de communautés d’intérêt.
Or que fait Berlusconi ? Au lieu de les exclure, il les inclut !

Et plus précisément à l'article 4, premier alinéa, lettre a) du décret :
Dans le cadre du présent texte unique, on entend par :
a} services de médias audiovisuels : ... les services, y compris diffusés via Internet, qui impliquent la fourniture ou la mise à disposition d'images animées, sonores ou non, pour lesquels le contenu audiovisuel n'a pas un caractère purement secondaire.
En fait, le décret assimile la télévision IP à la télé tout court !

Un bon raccourci pour appliquer aux web télévisions la législation applicable aux télés traditionnelles, parfaitement contraire à l’esprit de la directive...

Par conséquent si ces web tv, qui disposent de moyens limités, sont désormais obligées d'obtenir des autorisations gouvernementales pour diffuser, on voit mal comment elles pourront subsister.

Et qu'en sera-t-il pour l'internaute lambda qui diffusera sur son site un extrait de Youtube ou autre ? Selon Google, les violations seraient passibles d'amendes pouvant aller jusqu'à 150 000 euros...

Ça me semble extrêmement raisonnable !


Merci à Maxime :-)


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P.S. Un peu hors sujet, mais je signale à celles et ceux qui ont suivi sur mon blog l'agression à Berlusconi, que le parquet de Milan vient d'ordonner une expertise médicale sur le patient pour en savoir un peu plus sur la véritable nature de ses blessures...

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vendredi 8 janvier 2010

Mon projet pour 2010


[MàJ - 25 janvier 2010] Si un éditeur est intéressé, j'ai un synopsis à disposition... (courriel)

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Voilà, c'est décidé : je consacrerai l'année 2010 à l'écriture d'un essai sur la République italienne !

En fait, le 17 mars 2011, l'Italie célébrera le 150e anniversaire de son "Unité", un événement qui ne manquera pas d'attirer l'attention sur ce pays.

Or comme l'observe fort justement Olivier Duhamel : « Peu de pays sont aussi difficiles à comprendre pour un étranger que l’Italie » !

Initialement, je voulais me cantonner à la "deuxième République italienne" (il y a déjà beaucoup à dire...), mais il est clair qu'expliquer la deuxième sans aucune référence à la première serait le meilleur moyen de ne rien faire comprendre à un lectorat francophone.

De plus les changements imminents à la Constitution promettent très probablement l'avènement d'une 3ème république, peut-être même dès cette année, de type présidentialiste comme le souhaite tant Berlusconi... D'où la nécessité de traiter ça comme un continuum, de la 1ère à la 3ème...

Mon postulat de départ étant qu'à l'époque de Tangentopoli, l'Italie s'est trouvée face à un tournant de son histoire, qu'elle a malheureusement mal négocié...

Or elle est aujourd'hui face à un tournant semblable, face à des enjeux semblables, et je trouve que ce qui transparaît dans la presse et sur Internet est peu ou mal traité, et trop souvent si superficiellement que c'en est caricatural...

Donc même si je n'ai pas encore d'éditeur, plutôt que d'écrire sur mon blog j'écrirai mon livre, aussi serai-je moins présent sur Adscriptor, veuillez m'en excuser à l'avance. On verra bien ce qui se passera.

Mais si jamais ces quelques lignes donnent l'envie d'en savoir plus à un éditeur de passage, n'hésitez pas à me contacter, je vous promets du surprenant !

Parce que c'est vraiment surprenant ce qui se passe ici, parfait exemple de combien la réalité va beaucoup, mais beaucoup, beaucoup plus loin que la fiction...

En attendant voici le plan de l'essai :


1ère partie : la Ie République italienne

L’Italie a-t-elle jamais été une démocratie ?

1er tournant


2ème partie : la IIe République italienne

L’Italie est-elle une démocratie ?

2e tournant


3ème partie : la IIIe République italienne

L’Italie sera-t-elle un jour une démocratie ?

Changer le futur, ou droit dans le mur ?


Mon mail est dans la signature :-)


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P.S. Que cela ne vous empêche pas de me poser des questions en commentaire, par exemple sur les choses qui vous semblent difficiles à saisir sur ce pays vu d'ailleurs, même si je ne réponds pas directement en ligne, soyez assurés que j'en tiendrai compte dans la rédaction de mon essai. Et si vous voulez me faire de la pub dans la recherche d'un éditeur, et bien ne vous gênez surtout pas ;-)

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mardi 22 décembre 2009

Quand votre e-réputation en prend un coup !


C'est probablement ce qui vient de m'arriver avec mon dernier billet, aussi ai-je été bien content de recevoir ces conseils de Xavier, ils tombent à point nommé.

Lequel a participé, avec 13 autres professionnels, dont des Explorateurs du Web (séquence nostalgie :-), à un exercice de style collaboratif sur l'e-réputation, imaginé par Camille (CaddE-Réputation) qui nous propose la synthèse suivante en cas de problèmes de ce genre :

==> Occuper l'espace : mettre en place des profils des dirigeants sur les réseaux sociaux professionnels (LinkedIn, Viadéo, etc.), diffuser des vidéos sur les plateformes adéquates (You Tube, Dailymotion, etc.), utiliser des services de republication d'articles (Bookmarking, Digg), diffuser des communiqués de presse concernant l'entreprise... En bref, partir du principe que De vous à moi n'a pas de réelle présence sur le web et que par conséquent : tout est à faire.

==> Produire du contenu : créer un site, un blog (et au passage acheter son nom de domaine) et y diffuser du contenu de qualité, contrôlé et réfléchi par l'entreprise. En effet, rien ne sert d'occuper l'espace si c'est pour diffuser un discours « plat » et sans intérêt pour l'internaute (qui plus est face au discours critique d'un blogueur).

==> Dialoguer avec les internautes en investissant les médias sociaux : création et animation d'une page Facebook dédiée à l'entreprise, création et alimentation d'un compte Twitter... Repérer des ambassadeurs potentiels de l'image de l'entreprise, en dialoguant avec les internautes et en s'appuyant notamment sur les contacts déjà existant « hors-ligne » (fournisseurs, partenaires, etc.). Si d'autres parlent de l'entreprise de manière positive, alors cela aura sûrement plus d'impact sur l'internaute cherchant des informations sur l'entreprise.

==> Mettre en place une politique de recherche d'informations et de veille afin de s'assurer que d'autres résultats comme ceux-là n'existent pas et d'être informé de la parution d'un autre article de ce genre. Et bien entendu, au final, veiller sur les résultats des actions mises en place pour en mesurer l'efficacité et l'impact.

==> Identifier précisément le blogueur : qui est-il ? Quels articles a-t-il déjà écrit ? Travaille-t-il pour un concurrent ? Définir de manière fine le profil du détracteur permet d'ajuster ses actions et surtout (dans l'hypothèse d'un dialogue) de développer un discours et un argumentaire qui aura plus de chance de le convaincre.

==> Rebondir sur le discours du blogueur et exercer un droit de réponse. Répondre au blogueur sur un espace contrôlé par l'entreprise (site, blog, etc.), et de manière humoristique qui plus est, peut permettre de désamorcer la situation, de reprendre la main sur la communication, voir d'inciter le blogueur à ouvrir le dialogue s'il ne le souhaitait pas. De plus, chacun dispose d'un droit de réponse s'il se sent attaqué, et qui plus est avec les nombreux outils présents sur le web.

==> Ne pas demander la suppression de l'article. Et qui plus est par commentaire. Une des solutions proposées plusieurs fois est d'essayer d'instaurer un dialogue hors-web (ou tout du moins invisible aux yeux des internautes) téléphonique, par mail ou encore de visu.

==> Ne pas réagir sans avoir pris le temps de réfléchir à une stratégie. Il paraît essentiel à plusieurs professionnels de ne pas se précipiter dans des actions dont on ne mesure pas les impacts. Se poser les bonnes questions (possibilités ? Cibles ? Moyens à disposition ? Risques ?) est essentiel avant d'agir. Par exemple, dans le cas présent, se demander quelles répercussions réelles le discours tenu peut avoir.

Bien entendu, sur son blog Camille renvoie aux 14 billets, et je ne saurais trop vous conseiller de tous les lire pour en tirer des conseils avisés.

Personnellement, ce que je retire de cette expérience, c'est d'essayer de ne pas perdre son objectivité, chose que me reproche en commentaires un ami référenceur :
Ces démonstrations vaseuses n'attaquent que ta réputation d'objectivité.
Pourtant, je sais que je n'ai pas rédigé mes trois billets sur la question (un sur ce blog, et deux sur mon blog italien) par manque d'objectivité mais par désir de comprendre.

Il y a quand même énormément d'éléments troublants dans cette histoire, du comportement des gardes du corps (qui font partie d'un service de surveillance privé et non pas des services secrets) au modèle de dôme qu'on nous présente entier suite à l'attentat alors que selon d'autres sources il a volé en éclats, en passant par ce bout de plexiglas "visible" sur la photo alors qu'on a également retrouvé un bout de plexiglas d'une vingtaine de centimètres dans les bagages de l'agresseur.

Et ça, je dois dire que c'est le détail qui m'a tué ! Jusqu'à ce qu'on m'explique que c'est un effet d'optique courant en photographie, mais bon, inutile de revenir sur la question.

Donc, ma conclusion, c'est que sur Internet la réputation de chacun n'est jamais à l'abri de quoi que ce soit, d'autant plus que désormais nous sommes tous des personnages publics !

Par conséquent l'important c'est de faire face avec sincérité, et de reconnaître ses erreurs quand on en commet. Car si j'ai pêché, c'est par ignorance, certes pas par mauvaise foi, et comme l'a dit quelqu'un avant moi, qui me jettera la première pierre ?

Mais bon, je vais pas non plus me lancer dans la religion après la politique, j'ai déjà donné !

Bonnes fêtes de Noël et joyeuse année 2010 à toutes et à tous, pour moi il est temps de prendre une pause. À l'année prochaine... :-)


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Du sourire 2009 ... au sourire 2010 :-)



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mercredi 16 décembre 2009

Berlusconi : coup monté ou photomontage ?


[MàJ - 21 décembre 2009] Après les nombreux commentaires que j'ai reçus sur ce billet et sur mes deux billets italiens (près de 60 en tout), je crois bien que je suis obligé de remettre le point d'interrogation : ce fameux "bout de plexiglas" serait bien un effet d'optique, de nombreux commentateurs me le confirment ! Malheureusement je n'y connais rien en photo, et le fait que par un extraordinaire concours de circonstances l'agresseur ait également été en possession d'une feuille de plexiglas m'a induit en erreur.

Je dois donc faire mes excuses à Silvio Berlusconi et à qui me lit. Même si je ne l'aime pas, c'est pas une raison pour écrire des conneries. Je suis vraiment désolé.

Jean-Marie

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[MàJ - 19 décembre 2009] Ce matin j'ai publié un billet sur mon blog italien où j'ai enlevé le point d'interrogation : l'attentat est bidon !

Je rédigerai quelque chose en français la semaine prochaine, mais tous les éléments sont déjà présents dans ce billet : toutes les télés du monde ont fait voir un homme qui brandit un objet, vise et le lance ; or sur une distance de moins de 3 mètres, la "chose" qui atteint simultanément Berlusconi au visage est totalement différente - de par sa nature, sa taille et sa couleur - de l'objet qui a été lancé. Si quelqu'un a une autre explication - convaincante et motivée - que la supercherie, je suis tout-ouïe !

[MàJ - 18 décembre 2009] Dans les commentaires, je disais ceci :
Sur la vidéo ça va très vite donc c'est impossible d'avoir une certitude à l'œil nu, mais il suffirait d'analyser les photogrammes pour avoir une preuve irréfutable.
Je disais cela parce que sur la vidéo on voit passer l'ombre d'un objet, censé être un modèle en miniature du dôme de Milan, mais comme je l'expliquais en commentaires sur mon blog italien, l'ombre est foncée alors que le modèle est en poudre de marbre blanc (le sillage devrait donc être blanc), et même la masse ne semble pas correspondre.

Voilà l'idée que je me faisais à l'œil nu, et voilà pourquoi la décomposition en photogrammes m'aurait permis d'y voir plus clair. Or voilà qu'un journal italien publie une photo où l'on distingue clairement l'objet qui frappe Berlusconi. Y a-t-il manipulation, je vous laisse juges...

Voici tout d'abord le modèle de reproduction du dôme de Milan (environ 200 g), identique à celui qu'aurait lancé l'agresseur, selon ce qu'ont raconté tous les médias italiens, presse et télé confondus :


Ce sont les pointes et l'aiguille qui auraient dû blesser Berlusconi, et laisser immédiatement des traces...

Voici maintenant, bien visible sur le photogramme, l'objet réel qui atteint Berlusconi :


Je ne sais pas exactement ce que c'est, mais ça ressemble furieusement à un bout de plexiglas. Je voudrais donc qu'on m'explique par quel "miracle" un tel objet peut procurer de telles blessures, casser un nez et briser deux dents !!!

J'ajoute que si quelqu'un connaît un moyen d'extraire un ralenti de la vidéo ci-dessous et de décomposer les photogrammes, je suis preneur !

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Une fois n'est pas coutume, je voudrais adapter en français le dernier billet que j'ai posté sur mon blog italien. Écrit après avoir vu une séquence de photos de l' "agression" de dimanche dernier à Berlusconi, qui n'est pas sans me laisser perplexe.

En commençant par la première photo, qui montre la joue de Berlusconi intacte (chose qu'on voit parfaitement aussi sur les clips vidéo) :


Donc, aucune trace de sang immédiatement après l'impact, ni le moindre son émis par Berlusconi alors qu'officiellement il a le nez cassé et deux dents brisées. Juste en apparence un visage affecté par la douleur, avant même qu'il se couvre le visage. En outre :
  • aucune trace de blessure sous l'œil
  • aucune trace de blessure à la joue
  • aucune trace de blessure au-dessus de la lèvre
Donc je me demande comment cette photo est compatible avec les deux suivantes, puisque normalement les lacérations auraient dû être visibles instantanément sous la violence du choc :



Mais les questions ne s'arrêtent pas là. Selon son médecin personnel, suite à l'agression, Berlusconi aurait perdu un demi-litre de sang !

Or comme on le voit sur la photo ci-dessus, son col de chemise est immaculé. Pas même un point rouge comme sur la chemise de quelqu'un qui se serait mal rasé... Extraordinaire, non ? Sans compter qu'un nez cassé sans saigner et sans même une excoriation visible, je me demande si c'est courant...

Jusqu'au mouchoir qui est d'une blancheur éclatante, on dirait un linge tout frais lavé avec la dernière lessive qui lave plus blanc que blanc, un mouchoir qui n'a pas servi à lui empêcher le sang de couler, puisque dès l'impact il serrait déjà de ses deux mains une espèce de sac poubelle noir pour se couvrir le visage.

C'est quand même rare qu'un homme politique serre des mains en même temps qu'un sac poubelle, ou je rêve !?

Et enfin, il y a cette photo, pour le moins bizarre :


Alors qu'en pensez-vous : coup monté ou photomontage ?


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P.S. Regardez cette vidéo :



Sur la capture ci-dessous, entre 1'22'' et 1'24'', qui représente pratiquement la même photo que la première de ce billet, mais sous un angle légèrement différent, on voit parfaitement le visage, sans la moindre égratignure !!! Et pourtant il a déjà reçu le coup...


En outre, je viens de découvrir que je ne suis pas le premier à y avoir pensé !

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mardi 8 décembre 2009

No Berlusconi Day




Le 5 décembre à Rome (et pas seulement) a eu lieu le No Berlusconi Day, une manifestation convoquée directement sur ... Facebook (qui est vraiment en train de changer la donne) ! Pour demander les démissions de Silvio Berlusconi.

Nous étions plus d'1 million !

90 000 selon la Préfecture ! Mensonge totalement invraisemblable mais commode, puisqu'il a permis aux télévisions de Berlusconi (publiques et privées) de raconter aux italiens que la manifestation a été peu suivie !!!

Comme quoi, à ce niveau, il suffit d'oublier un 0 pour faire croire ce qu'on veut au bon peuple. Qui me fait de plus en plus penser au petit bétail qu'on mène à l'abattoir en lui faisant croire qu'il part en promenade. Comme ça il va vers son destin tranquille et confiant, en chantant et en applaudissant. Et quand il finit par comprendre, c'est trop tard...

C'est bien simple, le lendemain, le pouvoir a organisé la mascarade de l'arrestation de deux mafieux, avec des figurants pour applaudir !!!

Nous ne sommes plus dans l'information, nous sommes dans la désinformation pure, la propagande de régime, le mensonge d'état. Avec des moyens qui auraient fait pâlir d'envie Goebbels. Indignes d'une quelconque démocratie. Mais l'Italie n'a jamais été un pays véritablement démocrate, à ce jour, et nous verrons dans les semaines et les mois qui viennent si les italiens méritent de conquérir une vraie démocratie, ou pas...

En tout cas, cette fois, le troupeau n'aura plus d'excuses. Les éclaireurs ont fait leur travail. La conscience du pays aura parlé. En masse. J'ai mis plus de 3 heures pour un itinéraire d'environ 2 - 2,5 km. Soit une moyenne de 7-800 mètres à l'heure. Je suis parti avant 15h avec un soleil magnifique, je suis arrivé à la tombée de la nuit sur la place qui fait face à la basilique de Saint-Jean de Latran, la plus grande place de Rome, qui était déjà comble alors que le cortège était encore à mi-chemin !


Agrandir le plan

Un fleuve humain avec des confluents noirs de monde. Pour vous donner une idée, lorsque la place est pleine pour le concert gratuit du 1er mai, c'est au minimum entre 350 et 500 000 personnes. Or là, non seulement la place était pleine, mais il fallait compter en plus 2 km de cortège avançant au pas. Nous étions encore Via delle Terme di Diocleziano (le début du parcours) qu'on nous annonçait que la tête du cortège avait déjà atteint la place.

En fait, une bonne part du cortège n'a pas pu rejoindre la place devant la basilique, qui ne pouvait plus contenir personne. Personnellement, j'y suis allé seul et ensuite j'ai mis plus de 30 minutes juste pour la traverser !

Déclarations des politiques proches de Berlusconi : trois pelés et un tondus, toujours les mêmes, communistes, justitialistes, réactionnaires, etc. Ou comment liquider en deux conneries 1 million de personnes qui crient dans les rues de Rome, Berlusconi t'es une merde, un mafieux, démissionne, fais-toi juger, etc.

Toutes catégories confondues ! Enfants, jeunes, vieux, même les chiens portaient des écharpes ou des pompons violets. Des communistes, certes, mais une telle participation massive va bien au-delà des couleurs politiques, elle est transversale, horizontale, ni de droite ni de gauche, une classification spécieuse qui ne veut plus rien dire, mais encore bien utile pour tromper les gens !

Le peuple des gens honnêtes, qui veulent justice et vérité et n'en peuvent plus des magouilles et des mensonges du pouvoir en place. Un pouvoir qui se réclame de la souveraineté du peuple ... manipulé, trompé, réprimé. Il n'est que de voir l'accueil que réserve désormais le peuple souverain à Berlusconi lors de ses déplacements. Comme disait Coluche, un peuple qui salue chaleureusement son leader, en agitant ses chaînes.

Des chaînes invisibles, certes, mais qui n'en sont pas moins présentes. En tout cas voici les quelques images que j'ai ramenées de cette splendide journée, une journée d'espoir et de solidarité civile.

Cela a-t-il encore un sens, et, si oui, pour combien de temps ?



Pour voir d'autres vidéos sur le No Berlusconi Day...


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P.S. Dans la série "information à sens unique" / désinformation / mensonge / propagande, le parti de Berlusconi a déjà annoncé une contre-manifestation pour l'année prochaine. Voulez-vous parier que les principales télévisions italiennes assureront le direct, chose qui a injustement été refusée au No Berlusconi Day ?

D'autre part, la chose est compréhensible : si le service public devait se mobiliser chaque fois qu'un million de personnes descendent dans la rue, où irait-on !?

Je signale également que j'ai été interviewé par la correspondante d'Europe 1 en Italie, si jamais quelqu'un en a eu l'écho, merci de me laisser vos commentaires ici :-)

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mercredi 25 novembre 2009

Les repentis, l’omertà et la parole mafieuse


Billet de décryptage.

Vu que vous risquez d'entendre parler de plus en plus souvent de l'implication - présumée - des compères Silvio Berlusconi et Marcello Dell'Utri dans les attentats mafieux qui ont ensanglanté l'Italie entre le printemps 1992 et l'automne 1993 (et jusqu'à début 1994 si l'on considère l'attentat au stade olympique de Rome, quand bien même la date d'exécution n'a pas été établie de façon certaine), je voudrais vous fournir quelques éléments pour vous permettre de mieux saisir le phénomène du "repentisme" (pentitismo en italien), pratiquement inconnu en France et dont l'appréhension va rarement au-delà d'une signification primaire du terme "repenti".

Or ce thème va être crucial pour Berlusconi dans les semaines et les mois à venir, car toute sa défense contre ceux qui l'accusent d'avoir été commanditaire externe des attentats va se jouer autour de la "fiabilité" et de la "vérité" que l'on peut accorder - ou pas - à la parole de ces "repentis" (à moins qu'elle ne soit étayée par des preuves matérielles irréfutables, chose que nous ne savons pas encore).

Terme dont Wikipedia nous dit qu'il désigne les membres de la mafia italienne (Cosa Nostra, 'Ndrangheta, Camorra) qui acceptent de briser l'omertà (ou loi du silence), et livrent des informations à la police en échange d'une protection et d'une remise de peine.

Repentisme qui joue depuis ses origines un rôle fondamental dans la lutte contre la mafia, selon Giovanni Falcone lui-même, qui fut l'un des premiers à théoriser la nécessité d'une loi ad hoc pour encadrer la matière.

Donc pour écrire ce billet je vais m'appuyer sur un reportage diffusé il y a quelques semaines à la télé italienne (23 octobre dernier), durant l'émission Blu Notte - Misteri italiani, de Carlo Lucarelli, sur l'histoire des repentis mafieux.

Qui récapitule l'historique du repentisme en Italie, défini comme la "mafia qui parle" ... sans toujours être entendue ni écoutée. En tout cas un gros problème d'abord pour la mafia, puisque tout ce que l'on sait aujourd'hui sur la nature et les formes de la culture mafieuse, nous le savons grâce à la parole des "repentis".

Dont le premier remonte à l'année 1876, lorsque mafia s'écrivait avec 2 f (maffia), un certain Salvatore D’Amico, affilié à la secte des Stuppagghiari, qui décrivit le rituel d'initiation et se déclara prêt à confirmer publiquement ses accusations, mais qui fut assassiné un mois avant l'ouverture du procès.

Sans trop entrer dans les détails, passons à Melchiorre Allegra, un médecin d'Alcamo qui fut le premier, en 1937, à parler des relations entre la mafia et la politique (déjà !), mais dont les déclarations furent mises aux oubliettes et ne furent retrouvées qu'en ... 1962, soit 25 ans plus tard, et publiées par Mauro De Mauro.

L'année suivante, en 1963, Joe Valachi, premier repenti de la mafia américaine, déclara au FBI que pour les mafieux, la mafia était "cosa nostra" (notre chose). En 1978, ce fut autour de Giuseppe Di Cristina, premier à parler de la montée en puissance des corléonais.

Mais la véritable rupture des liens de l'omertà, elle arrive en 1973 avec Leonardo Vitale, un tueur de la mafia qui décida de se repentir, au véritable sens du terme, et qui eut probablement le malheur de faire ses premières déclarations devant Bruno Contrada, qui mirent en cause pratiquement 400 personnes. Au final, seuls lui et son oncle furent condamnés ! Officiellement, il ne fut jamais cru, mais plutôt considéré comme fou et interné en asile où il subit plusieurs électrochocs. Démis en juin 1984, il fut assassiné 6 mois plus tard.

L'État n'avait pas daigné prendre en considération sa dénonciation de Totò Riina, Bernardo Provenzano, Michele Greco et Vito Ciancimino, entre autres, cosa nostra donna plus de poids à ses paroles...

PENTITISMO 1/3 from Ferdy on Vimeo.

La mafia avait parlé, mais elle ne fut pas écoutée, jusqu'en ... 1984, avec la "collaboration" entre Tommaso Buscetta et Giovanni Falcone.

Donc, pour récapituler, de 1876 à 1984, il aura fallu plus d'un siècle pour que l'État italien se décide, ENFIN, à écouter parler la mafia, les très rares fois où quelques-uns de ses membres donnèrent un éclairage important au phénomène mafieux, d'autant plus important qu'il venait de l'intérieur.

Si important que nous vivons encore aujourd'hui les conséquences de la collaboration de Tommaso Buscetta ! Mais il faudrait un livre entier pour raconter tout ça... (et je ne trouve toujours pas d'éditeur, malheureusement :-)

De plus, en 1984, nous sommes en pleine guerre de mafia (plus de 1 000 morts violentes entre 1978 et 1983), avec la décimation en règle des chefs et des clans perdants - Bontate, Badalamenti, Inzerillo - par le camp vainqueur des corléonais - Liggio, Riina, Provenzano. Buscetta lui-même, proche des clans perdants, vit exterminés quatorze membres de sa famille proche : ses 2 fils aînés, son frère et son neveu, son gendre et ses neveux, son beau-frère, son témoin de mariage, etc.

Son "repentir" fut d'ailleurs un acte de vengeance assumé, puisqu'il commença ses déclarations par la phrase : "je ne me repens de rien, je ne renie rien de ce que j'ai fait"...

Giovanni Falcone, le juge à qui Buscetta raconta son passé mafieux parce qu'il avait confiance en lui, expliqua qu'il considérait Buscetta comme un prof de langue étrangère, capable de lui fournir une clé d’interprétation, une méthode et un code pour déchiffrer les infos liées à la mafia, sa structure interne, ses rites, etc., et que tout ceci fut véritablement le "début de la connaissance de Cosa Nostra" !

Une "collaboration" qui déboucha sur le maxi-procès de février 1986 : 475 personnes renvoyées devant la justice, qui se termina le 15 décembre 1987 et dont 375 condamnations furent confirmées en cassation, en 1992, véritable motif à l'origine de la saison des carnages...

Dans les années qui suivirent, l'État dut gérer jusqu'à 1 240 "repentis", en ne disposant pour encadrer une matière aussi délicate que de la loi Cossiga du 6 février 1980 sur les repentis du terrorisme pendant les années de plomb, une lacune législative qu'il fallut donc combler. D'autant plus que cette carence, jointe à un certain manque d'expérience des enquêteurs pour gérer ces situations et à la masse de repentis, conduisirent inévitablement à des débordements, des excès, des dépistages (faux repentis qui racontaient n'importe quoi pour brouiller les pistes ou décrédibiliser les "vrais" repentis), et des polémiques à n'en plus finir sur la fiabilité du "repentisme" en général.

De 428 repentis en 1996 ils n'étaient plus que 237 en 2007, signe que le rapport de force est en train de s'inverser. Car lorsque les mafieux croient appartenir à une organisation perdante, ils se repentent. Inversement, le jour où ils pensent que l'État n'est plus assez fort pour les protéger, ils ne se repentent plus. Est-ce un hasard si aujourd'hui la mafia parle de moins en moins ?

D'où la nécessité pour les juges de tout vérifier, de tout recouper, pour parvenir à des niveaux probatoires d'autant plus élevés que les inculpés sont haut placés dans l'échelle sociale, voir les procès Andreotti, Dell'Utri, et, probablement bientôt, Berlusconi...

Dont les "points de contact" avec la mafia sont nombreux, certains prouvés, étalés dans le temps : selon Gaspare Mutolo, la mafia voulait déjà kidnapper Berlusconi dans les années 70, ce qui l'amena à "embaucher" Vittorio Mangano suite à une réunion à Milan entre Berlusconi, Mimmo Teresi et Stefano Bontate, le chef des chefs de la mafia de l'époque. Au terme de la rencontre, Berlusconi aurait déclaré à Bontate qu'il "était à disposition pour quoi que ce soit". Or "être à disposition de la mafia", ça signifie "corps et âme"...

Mais s'il est vrai qu'il convient de mettre le conditionnel aux propos rapportés, cela fait quand même beaucoup de déclarations et de coïncidences concordantes ; et beaucoup de déclarations et de coïncidences concordantes, ça donne un indice ; certes, un indice reste un indice, mais si deux indices font un soupçon et trois indices une preuve, dans le cas de Berlusconi nous avons des indices par ... dizaines et dizaines, voire par centaines en incluant Dell'Utri, outre quelques preuves "matérielles", des écoutes téléphoniques, des chantages, etc. ! Répartis sur plus de trente ans !

Sans compter les déclarations de nombreux repentis qui se recoupent parfaitement, depuis longtemps déjà, et qui continuent d'arriver, apparemment avec de plus en plus de force.

Par conséquent même s'il est clair que Berlusconi va mobiliser toute sa puissance de feu médiatique pour démolir les repentis qui l'accusent, en hurlant à la persécution judiciaire par des juges communistes qui manœuvrent les repentis à des fins politiques et en insistant sur le fait qu'il s'agit d'assassins de prêtres et d'enfants innocents, il est tout aussi clair que corréler la véracité de leurs déclarations aux crimes féroces qu'ils ont commis n'est en rien un gage de vérité ! En gros, l'équation est celle-ci : tu es un tueur, donc tu mens. A contrario, je suis président du conseil, donc par définition je ne peux pas mentir. Mais les apparences peuvent parfois être trompeuses, ô combien !

C'est là où je voudrais faire une brève digression sur la "parole mafieuse".

Dans la langue des mafieux, les mots ont un poids spécifique qui les rend difficilement compréhensibles par le citoyen lambda. D'un côté, il semble qu'ils utilisent le même vocabulaire, les mêmes mots, et pourtant ils n'ont pas le même sens. On en revient un peu à Falcone comparant Buscetta à un professeur de langue étrangère...

Ils parlaient pourtant la même langue ! Donc je me suis souvent demandé pourquoi cette différence de perception, à la fois culturelle et mystérieuse : derrière les apparences les plus simples se cachent des réalités beaucoup plus subtiles. Comme les "pizzini" de Provenzano, ces courts messages tapés sur une vieille machine à écrire, où certaines fautes d'orthographe sont faites intentionnellement pour laisser croire au lecteur que le scripteur est à peine plus qu'un cancre...

Or à mon avis, ce qui donne aux mots mafieux cette densité propre, c'est que la contrepartie des mots qu'ils prononcent, c'est la mort !

Roberto Saviano est passé maître dans l'art de décrypter ce langage. Du reste, lui-même est condamné à mort à cause des mots qu'il a écrits...

Par conséquent, qui croire entre des tueurs mafieux qui ont avoué leurs crimes et un président du conseil qui ment comme il respire ?

Pour moi, la réponse pourrait couler de source. Et pour vous ?


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P.S. À propos d'omertà, je voudrais vous proposer les deux principales pistes étymologiques, dont l'une est davantage liée à la camorra, et l'autre à la 'ndrangheta :
  1. Omertà viendrait du terme umertà appartenant au dialecte napolitain, qui remonte au latin humilitas. La camorra était également dénommée la Société de l’humilité, et dans ce cadre omertà signifie soumission et respect absolu des règles imposées aux membres de la "Société"...
  2. Dérivé de omineità (humanité), étymon "omu" (homme), adaptation probable de l'espagnol "hombredad" (de "hombre", homme), puisque la Sicile a été espagnole pendant plusieurs siècles. Dans ce cas, la notion d'omertà signifie "être homme", "homme d'honneur".
Ceci dit, la mafia comme "honorable société" a fait son temps, et en Italie les seuls qui se font appeler "honorables", aujourd'hui encore, ce sont les parlementaires. Dont la moralité est assez souvent inversement proportionnelle au titre qu'ils portent...

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vendredi 20 novembre 2009

Berlusconi et Dell'Utri, commanditaires des bombes de 1993 ?


Personnellement, je serais enclin à virer le point d'interrogation, mais la présomption d'innocence vaut encore. Même s'il y a déjà lurette que ces deux-là ne sont plus compatibles avec l'innocence et la vérité !

"Mandanti esterni delle stragi", ou "mandanti occulti", ou "mandanti politici", autant d'expressions qui font référence aux commanditaires "externes" à la mafia (qui était le bras militaire ayant effectué "physiquement" et matériellement les attentats), ou "commanditaires occultes", ou "politiques", des bombes qui ont - et auraient dû - provoqué mort et désolation entre le printemps 1992 et le printemps 1994...

Tantôt désignés sous les appellations d'Auteur 1 & Auteur 2, tantôt Alpha & Bêta, Berlusconi et Dell'Utri ont déjà fait l'objet d'enquêtes sur ces faits, mais vu la délicatesse et la complexité du sujet, jusqu'à présent leur position juridique a toujours été archivée par les Parquets de Florence et de Caltanissetta, comme je l'ai déjà raconté :
  1. Le 14 novembre 1998, le juge d'instruction de Florence, Giuseppe Soresina, observait que Berlusconi et Dell'Utri « avaient entretenu des relations pas seulement épisodiques avec les entités criminelles à qui les massacres étaient imputables ». À savoir le clan des Corléonais de Riina et Provenzano, chefs indiscutables de Cosa Nostra pendant plus de vingt ans.

    Et le Tribunal de préciser : « Il y a une convergence objective entre les intérêts politiques de Cosa Nostra et quelques-unes des orientations programmatiques de la nouvelle formation politique [Forza Italia] : sur l'article 41-bis, sur la législation des collaborateurs de justice et sur le "garantisme" dans les procès, trop négligé dans la législation du début des années 90 ».

    Et de conclure, dans sa demande d'archivage due à l'impossibilité d'avoir pu recueillir davantage d'éléments dans le délai de deux ans que la loi impose pour les enquêtes préliminaires, que non seulement l'hypothèse initiale (de l'implication de Berlusconi et Dell'Utri dans les massacres) avait conservé toute sa validité, mais qu'elle avait en outre « augmenté sa plausibilité » !

  2. Quant au juge d'instruction de Caltanissetta, Giovanni Battista Tona, il écrivait dans l'acte d'archivage, en 2002 : « Les documents versés au dossier ont amplement démontré l'existence de nombreuses possibilités de contact entre les mafieux et des représentants ou des sociétés contrôlées d'une manière ou d'une autre par Berlusconi et Dell'Utri. Une circonstance qui légitime l'hypothèse selon laquelle, compte tenu du prestige des deux comparants, la mafia pouvait les avoir identifiés comme de nouveaux interlocuteurs ».

    Toutefois, l'actuelle « friabilité des indices dont nous disposons impose l'archivage », car, « bien qu'ils soient nombreux, ils résultent incertains et fragmentaires, et par conséquent inaptes à légitimer l'action pénale ou à exiger des approfondissements ultérieurs... » (gli spunti indiziari a sostegno dell’ipotesi accusatoria, per quanto numerosi, risultano incerti e frammentari, pertanto inidonei a legittimare l’esercizio dell’azione penale e insuscettibili di ulteriore approfondimento.).

Ajoutons à cela qu'en 2001, la cour d'Appel de la cour d'Assises de Caltanissetta a consacré un chapitre entier à la question, le chapitre 14, intitulé : « Contacts entre Salvatore Riina, Marcello Dell'Utri et Silvio Berlusconi », dans lequel il résulte "prouvé" que la mafia avait noué avec eux « des rapports d'affaires fructueux, tout au moins en termes économiques ».

Tellement fructueux qu'en 1992, « le projet politique de Cosa Nostra au plan institutionnel a tenté de parvenir à de nouveaux équilibres et de nouvelles alliances avec de nouveaux référents du monde politique et économique », ce qui a conduit la mafia à « amener l'État à négocier pour permettre des changements politiques capables, grâce à de nouveaux contacts, d'assurer à Cosa Nostra des complicités semblables à celles dont elle avait pu bénéficier dans le passé ».

Car en fait, c'est cette négociation, ce pacte état-mafia qui est la cause des attentats, la mafia ayant compris que plus elle frappait dur, plus elle était en position de force pour négocier. « Faire la guerre pour faire la paix » disait Riina.

N'oublions pas non plus le contexte : 1992-1993, c'est Tangentopoli et l'opération Mains propres, où la classe politique et économique du pays a été complètement décimée pour corruption généralisée et mise à sac de l'Italie sur le dos des citoyens.

Très exactement la même chose qui se passe aujourd'hui, sauf que hier c'était la 1ère République, aujourd'hui c'est la 2de République, mafieuse et née du sang des victimes des massacres de 1992-1993, encore plus cloaqueuse que la première ! Les politiques italiens ont vraiment une curieuse notion de ce qu'est une République...

Mais revenons au "Papello" et aux 12 exigences de la mafia à l'origine des attentats pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui.

Déjà, à partir de 1994, Provenzano disait aux autres chefs mafieux qu'ils auraient dû patienter une dizaine d'années pour que les choses s'arrangent. Et l'un des points clés à négocier était la DISSOCIATION, sur le même modèle que les terroristes (riconoscimento benefici dissociati - Brigate Rosse - per condannati di mafia) : en gros, je reconnais être un mafieux mais je me dissocie de la mafia, et vous me foutez la paix. Plus de QHS et, surtout, je ne suis plus obligé de vous raconter quoi que ce soit. Facile...

Ceci est un point crucial car au moment-même où l'opération "dissociation" aurait réussi, certaines des autres exigences, les plus graves, qui découlaient de celle-ci, n'auraient plus été à l'ordre du jour.

Or nous savons aujourd'hui que certains canaux politiques ont tenté de faire légiférer sur la dissociation, par deux fois, et qu'ils n'ont pas réussi grâce à l'obstination d'un magistrat, aujourd'hui amer et déçu : le juge Alfonso Sabella, dont la carrière a pris un sérieux coup dans l'aile à cause de ça (notamment sous les gouvernements Berlusconi), alors que certains de ses confrères moins regardants, pour ne pas dire complices, ont bénéficié de splendides progressions et promotions...

Donc ce qui se passe à présent avec les derniers repentis en date, dont Spatuzza, et maintenant Grigoli, c'est qu'apparemment les co-signataires mafieux du pacte ont décidé qu'ils avaient assez attendu sans obtenir les résultats espérés !

Raison pour laquelle ils ont commencé à parler, mais pas encore à TOUT déballer. Même s'il est clair que ce qui reste de l'ancien pacte ne tient plus qu'à un fil, désormais tellement ténu qu'il va se rompre d'un instant à l'autre.

Sous les coups de boutoir conjugués des déclarations de Gaspare Spatuzza (qui sera entendu comme témoin le 4 décembre prochain dans le procès d'appel à Dell'Utri), Salvatore Grigoli (presque 50 meurtres à lui tout seul, dont les déclarations recoupent celles de Spatuzza) et d'autres, mais surtout, surtout, des deux chefs mafieux Giuseppe et Filippo Graviano.

Filippo & Giuseppe Graviano
Il me faudrait écrire au moins trois billets approfondis pour vous dresser le cadre de la situation, donc permettez-moi d'être bref.

- Spatuzza désigne nommément Berlusconi comme l'un des pôles de la négociation, et raconte qu'en janvier 1994 Giuseppe Graviano, qui lui confirme qu'ils sont parvenus à un accord avec Berlusconi, lui dit ceci : « Nous tenons le pays entre nos mains (Ci siamo messi il Paese nelle mani)... » !!!

En 2004, Spatuzza est dans la même prison que Filippo Graviano, et celui-ci lui communique que ce qui les intéressait, c'était d'obtenir la dissociation, mais que si rien n'arrivait de là où ça devait venir, alors il faudrait qu'ils pensent à tout raconter aux juges.

Or dernièrement, il s'est passé un fait plutôt marquant ! Lors d'un récent procès contre un sénateur de l'ex-démocratie chrétienne, Vincenzo Inzerillo, Giuseppe Graviano a déclaré durant son intervention que Spatuzza avait tout son respect !!!

Chose extrêmement étonnante de la part d'un parrain mafieux, pour qui le mot "respect" est lourd de signification, surtout employé vis-à-vis d'un repenti qui est en train de vider son sac en l'accusant (puisque dans ses témoignages, Spatuzza détaille le rôle des frères Graviano dans les attentats)...

Cela ne peut avoir qu'une seule signification, dans une culture mafieuse profondément enracinée où être repenti est synonyme d'infamie et de condamnation à mort : que Spatuzza parle avec l'aval de son chef !!!

Ce qui voudrait dire aussi autre chose : que les déclarations de Spatuzza ne font que précéder celles des frères Graviano, dont Filippo a déjà déclaré qu'il avait l'intention de faire un "choix de légalité"...

Tremblement de terre politique force 1000 assuré !


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P.S. Dans un face à face récent entre Spatuzza et Filippo Graviano (20 août), aucune animosité entre les deux, au contraire, et cette déclaration de Graviano : « Je ne te dis pas que tu mens, je dis que moi je n'ai pas dit ces choses-là, désolé. » (Non ti dico che stai mentendo, ti dico che io le cose non le ho dette. Mi dispiace).
Comme dit l'autre, tout est dans la nuance, mais le fait qu'il ne le démente pas catégoriquement en dit déjà long...

P.S. 2 - Le ton qu'on pourrait qualifier de "civil" - voire "amical" par moment - de cette "confrontation" (y compris à distance) entre parrains mafieux (Spatuzza n'était pas n'importe qui, mais un "chef de mandement" aux ordres directs des Graviano) est vraiment une première absolue dans l'histoire de la mafia !

P.S. 3 - Vu ce qui se passe, on comprend mieux pourquoi Berlusconi répète tous les jours que la réforme de la justice (dans le seul but - avoué - de lui assurer l'impunité) est extrêmement urgente !
Pour le bien du peuple, il va sans dire...

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