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mercredi 14 janvier 2009

Blogueurs et journalistes, même combat : celui de l'info !

Aliocha m'énerve :
Et le rapport avec les blogs et Internet me direz-vous ? Il est ici : prenez garde à ce que vous lisez sur Internet. Sous prétexte de faire de la contre-information et de résister à l’intoxication des médias ou encore à la pensée unique, quelques petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la “vérité vraie” pour soutenir des théories fumeuses, voire de franches énormités. Pensez donc à évaluer les sources : qui vous parle, quelle est sa légitimité à s’exprimer sur un sujet, les propos tenus sont-ils cohérents, vérifiables, contiennent-ils des références ? Ces références sont-elles utilisées objectivement ou détournées de leur sens ? Voilà quelques réflexes journalistiques de base à mon avis utiles pour s’informer sur le web en évitant l’intoxication. Mais, me direz-vous, voilà qui milite pour la pensée officielle ! Du tout. Personne ne vous empêche de penser différemment, le tout est de de partir d’une base factuellement exacte, c’est pour cela qu’on nous impose à nous journalistes de vous présenter les faits d’actualité le plus objectivement possible et qu’on nous oblige à distinguer clairement les faits de l’analyse. Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les blogs, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables comme Eolas ou Autheuil par exemple).
Voudriez-vous un autre son de cloche : « Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les journaux, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables...). »

Bon, et maintenant ? Maintenant que toi t'as dit noir et moi j'ai dit blanc, on fait quoi ? Ce furieux acharnement à vouloir opposer à tout prix blogueurs et journalistes ne mène nulle part ! Il est stérile. Faux. Partial. Borné. J'en passe et des meilleurs (à toutes fins utiles, s'il venait à l'imagination de qui que ce soit de prétendre que je fais de même, je demanderais d'ores et déjà à cette ou ces personnes d'éviter de lancer des paroles en l'air et d'étayer leurs dires d'après mes écrits. Qu'ils aillent chercher dans les billets où je parle du journalisme et de la presse où, et pourquoi, j'oppose éventuellement blogueurs et journalistes. Après on en reparlera...).

Or donc, me direz-vous, pourquoi t'en prendre à la douce et tendre Aliocha ? Parce qu'elle est journaliste ? Non point. Parce qu'elle est femme ? Encore moins. Mais alors, pourquoi donc ?

Parce qu'elle insiste lourdement sans pour autant répondre aux arguments. Elle parle, elle parle, elle accuse à tout-va, elle lit suppression là ou vous écrivez évolution et adaptation, mais s'abstient de répliquer en fondant son argumentaire sur des faits, dont elle invoque pourtant l'impérieuse nécessité.

Voilà pourquoi je m'en prends à Aliocha : parce que sa qualité de journaliste est démentie par les faits, tout au moins sur son blog : car dire « Comprenons-nous bien, je ne qualifie pas de faux ce qui heurte mes convictions, mais bien des erreurs factuelles ou de raisonnement graves, sans compter la mauvaise foi dont certains font preuve dans leurs écrits et qui aboutit à une présentation tronquée de la réalité destinée à servir leurs intérêts ou convictions. » en faisant elle-même très exactement le contraire de ce qu'elle professe, c'est dire ce que je dis, mais faire le contraire de ce que je dis.

Ô douce et tendre Aliocha, les faits, "matière des opinions", ce n'est pas de prendre 100 ou 1000 blogueurs en démont(r)ant une par une les âneries qu'ils peuvent raconter sur leur blog (n'importe qui pourrait en faire autant avec les journalistes), ce serait plutôt de constater que la presse va mal et qu'il faut réagir, d'un côté, et que les blogs sont aujourd'hui partie prenante du paysage de l'information, que ça plaise ou non aux journalistes et aux élites, de l'autre. Voilà un fait. Irréfutable. Or ce qui est devant les yeux de tous, c'est qu'une grande partie de votre profession et des décideurs en tout genre ne font rien d'autre que de nier l'indéniable !

Il est quand même curieux que les blogueurs soient presque totalement mis à l'écart - je ne dis pas oubliés, car ils ne le sont pas, loin de là, mais délibérément mis à l'écart - des courants et rapports officiels en tous genres. Il suffit d'observer le dernier en date, à savoir le livre vert dont viennent d'accoucher les États Généraux de la Presse, qui ne mentionne en tout et pour tout que 5 fois le mot "blog" et ses déclinaisons dans ses 68 pages :
  • 2 fois en note page 41 :
    - la communauté des blogs LeMonde.fr, lancée à l’automne 2005 sur une initiative ouverte aux seuls abonnés du site. Les 6 300 blogueurs liés au site postent plus de 800 billets par jour, qui eux-mêmes génèrent plus de 2 000 commentaires au quotidien.
  • 2 fois en pages 49 et 57 :
    - Afin de nourrir leurs préconisations, les participants ont écouté le rendu d’études ... et d’une expérience de nouveaux media (le Bondy Blog) (Hanane KADDOUR, Bondy Blog).
  • 1 fois page 55 :
    Dans les Recommandations du sous-pôle « Contenu »
    *Pour améliorer la recherche d’informations :
    (...)
    • Dans le but d’améliorer le statut des correspondants locaux et des bloggeurs travaillant pour des sites d’information, il est demandé d’étudier dans quelle mesure le statut d’auto-entrepreneur pourrait être proposé aux fournisseurs de contenus non journalistes.
À noter que dans le même document, ils sont même pas foutus d'orthographier "blogueurs" de la même manière d'une page sur l'autre...

Un peu léger pour un pays qui se classe au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute, non ?

Ce que nous y apprenons sur les blogs est pourtant riche en enseignements : les blogs font partie des nouveaux médias (mais ça, on aurait déjà pu le deviner...), et les blogueurs sont classés parmi les « fournisseurs de contenus non journalistes ». Dans mon cas, ce serait plutôt le contraire (vu que souvent c'est ce que disent - ou ne disent pas - et font - ou ne font pas - les journalistes qui nourrit ma réflexion), mais on va pas chipoter...

Nous en savons en effet à peu près autant qu'à la lecture du rapport Giazzi sur la question, c'est-à-dire pas grand chose. Mais qu'Aliocha et ses consœurs et confrères se rassurent, ce n'est pas encore aujourd'hui qu'on va mélanger les torchons et les serviettes.

Vous voulez mon avis ? C'est de la merde, tout ça. La presse traditionnelle et le journalisme n'ont plus le monopole de l'information. Ils l'ont eu, pendant longtemps, trop longtemps, mais ne l'auront plus jamais. Fini. Époque révolue. Qu'on se le dise. Que les éditeurs et les gouvernants se le disent. Et d'ailleurs ils le savent. Ils ne le savent que trop bien. Même s'ils déploient tous leurs efforts, leurs moyens, leurs réseaux et leur puissance (et ils en ont...) pour dire le contraire. Dissimuler à tout prix et faire semblant de rien.

Les blogs ? C'est quoi, ça ? Un repaire de « petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la “vérité vraie” pour soutenir des théories fumeuses, voire de franches énormités » !

Ah ! J'applaudis des deux mains Aliocha, en voilà de l'analyse. C'est pertinent. Factuel. Déontologique. Responsable. Digne d'une journaliste chevronnée qui vérifie ses sources pour être « en mesure d’apprécier l’information avec un esprit critique ». Mais qui à l'occasion oublie de répondre à ceux qui lui opposent des raisonnements argumentés, en se disant peut-être "don't feed the troll". Un peu comme votre ami Eolas, qui a souvent raison, mais parfois tort, aussi. Et quand il a tort, il évite de le souligner... Et préfère s'en tirer par une pirouette sous les applaudissements de sa -basse- cour.

Donc si vous ne voulez pas me répondre, grand bien vous fasse. Personnellement, je m'en tape. Par contre, si vous avez du respect pour vos lecteurs, alors prenez votre plume et défendez vos arguments par des faits. Vous devriez connaître, non, c'est votre métier, paraît-il.

Une petite piqûre de rappel sur ce que sont les faits ? Oh, et puis non, tiens, j'ai assez perdu de temps comme ça.

Mais si toute votre réplique tient à prétendre démontrer que les blogueurs aiment taper sur la presse parce qu'ils ont des velléités de protagonisme, alors c'est que vous n'avez rien compris. Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'un journalisme militant, compétent, sérieux, honnête. Est-ce votre cas ? À vous la réponse...

Pour avoir dérogé à ce principe de base, l'Italie n'a plus de démocratie que le nom, mais certainement pas dans les faits. La forme sans le fond. Des mots, mais vides de sens. Je le répète :
si les journaux et les journalistes qui les font disparaissent, cela ne signifiera jamais que les blogueurs auront gagné, mais que « tout le monde sera perdant ». Triste, non ?
Alors, pour moi, blogueurs et journalistes, même combat : celui de l'info !

C'est sur le terrain de l'info - et de la crédibilité de l'info - que blogueurs et journalistes doivent s'affronter, si affrontement il doit y avoir. Sinon je ne vois que des complémentarités. Le reste ? C'est de la merde. Je persiste et je signe.


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P.S. À la relecture de mon billet, je m'aperçois que j'ai écrit :
Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'un journalisme militant, compétent, sérieux, honnête.
là où j'aurais dû écrire :
Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'une information militante, compétente, sérieuse, honnête.
Mais n'est-ce pas là tout l'objet de ce billet ? Car au fond, qu'importe que l'on donne le nom de journaliste, de blogueur ou de machin-truc-chouette à qui produit l'information, dès lors que cette information réunirait les qualités à peine mentionnées...

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mercredi 24 septembre 2008

France : premier rang mondial en nombre de blogs par internaute


Sous-titre : de l'impossibilité de quantifier / classer la blogosphère mondiale, et comment faire dire aux chiffres tout et son contraire ?

Citation extrapolée du rapport de Mme Giazzi (CV) :
La France compte 9 millions de blogs dont 2,5 millions de blogs actifs. Elle se classe ainsi au 4e rang mondial, après les États-Unis, la Chine et le Japon, et au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute.
Donc apparemment, le français progresse depuis 2 ans, puisqu'il était en 5e place à l'époque avec à peine 2% de l'ensemble des billets postés.

Mais comme je le précise en commentant mon billet, j'aurais bien aimé « savoir d'où viennent ces chiffres, et à quand ils remontent », vu que les seules données fournies sur Facebook sont complètement dépassées à la date même de publication du rapport (septembre 2008), qui ne fait d'ailleurs aucune référence à la moindre source, probablement dans un souci de transparence totale...

Ceci dit, vu que les états généraux de la presse vont se baser en partie sur ce rapport, je serais bien mal venu de chipoter. Prenons-les donc tels quels et voyons ce qu'il en sort.

- 9 millions de blogs, soit moins de la moitié du nombre de blogs Skyrock, qui dépassent déjà le cap de 18 millions au moment où j'écris :


Ce qui tendrait à confirmer l'impression de Pierre Bellanger qu'ils sont « véritablement considérés comme des sous-merdes »...

Pourtant, en avril dernier, il y a un peu moins de 6 mois, les Skyrock/blogs c'était 100% de croissance :
plus de 21 millions de membres créant 50 000 blogs/profils et publiant +1,5 million d'articles journellement.
D'ailleurs on est passé depuis de +15 à +18 millions de blogs (dont 90% sont d'expression francophone), disons environ +3,3 millions nouveaux blogs créés en 6 mois...

Observons par ailleurs que le réseau publie à lui tout seul 60% de billets en plus que l'ensemble des blogs tracés par Technorati (respectivement +1,5 million d'articles publiés quotidiennement contre "à peine" 900 000 billets/jour). Et pourtant, exit Skyrock !

Il est donc à supposer que ces 9 millions de blogs se répartissent entre les différentes plateformes de blogging : Blogger, Wordpress, Typepad, Vox, Dotclear, Over-blog, Hautetfort, Viabloga et les autres...

Or si l'on pense que Wikio puise actuellement ses sources auprès de 67 525 médias et blogs, posons arbitrairement 60 000 blogs (j'ignore totalement la répartition exacte médias/blogs), cela voudrait dire que Wikio.fr ne couvre pas même 1% de la blogosphère française (ou francophone, puisque j'ignore si le rapport Giazzi prend également en compte cette nuance dans son calcul) !

- 2,5 millions de blogs actifs, c'est la deuxième indication du rapport. En France uniquement, je le rappelle. Disons pratiquement 3 sur 10, soit une proportion de 27,77% de blogs qui sont actifs.

Vs. 1,1% de blogs actifs au cours des 7 derniers jours, sur les 133 millions de blogs tracés par Technorati !

Décidément le compte n'y est pas. C'est d'ailleurs pour ça que selon les points de vue, les chiffres montrent un ralentissement pour Fred Cavazza, et une croissance formidable de 400% pour moi...

Bien sûr, tout dépend de la définition que l'on retient pour qualifier un blog d'actif, selon qu'on compte les choux, les carottes ou les navets (à propos, Vincent, vu que le III est déjà écrit, dépêche-toi d'écrire le II, des millions de blogueurs trépignent d'impatience...), etc.

Les classements de blogs sont bien sûr un sujet très chaud, mais si nous sommes dans l'incapacité de déterminer l'aspect quantitatif de façon fiable, je vous dis pas l'aspect qualitatif...

Enfin, consolons-nous, puisque la France se classe au PREMIER RANG MONDIAL en nombre de blogs par internaute, c'est le rapport Giazzi qui l'affirme, nous n'avons donc aucune raison de douter de la véracité des faits.

Ce n'est d'ailleurs pas le moindre de ses mérites, puisque ce rapport a un autre « intérêt majeur : nous donner un aperçu de ce que l'on pensait d'internet au XIXeme siècle. »

Jean-Baptiste dixit.

Cocorico :-)


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P.S. Je ne le répéterai jamais assez : il est vraiment curieux de constater que dans ses propositions le rapport Giazzi accorde aux blogs une place inversement proportionnelle à l'importance que leur donnent les chiffres fournis. Mais il est vrai que nous n'en sommes plus à une incohérence près...

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Pourquoi je blogue ?

Pourquoi je blogue ?

cf. The How of Blogging (Technorati)

Rassurez-vous, je vais pas vous refaire le coup, c'est juste pour introduire le dernier volet, à ce jour, de l'analyse Technorati de la blogosphère en 2008.

Après l'introduction et qui sont les blogueurs, voici le troisième volet intitulé The What And Why Of Blogging.

L'enquête a été menée auprès d'un peu plus de 1 000 blogueurs, qui abordent par ordre d'importance les thèmes suivants :


Style de vie / Technologie / Autres / Actu / Politique / Informatique / Musique / Ciné / Voyages / Business / Famille / Télé / Sciences / Religion - spiritualité / Santé / Sports / Jeux / People, chaque blogueur traitant 5 thèmes en moyenne.

Mais la chose qui m'intéresse surtout, ce sont les réponses du panel à la question "pourquoi je blogue" :


1. pour donner mon avis sur les choses qui m'intéressent
2. pour partager mon expertise/expérience
3. pour rencontrer/établir des contacts avec d'autres personnes ouvertes
4. pour tenir informés ma famille et mes amis
5. pour être publié ou cité dans les médias traditionnels
6. pour gagner de l'argent ou un complément de revenus
7. pour renforcer mon CV
8. pour trouver de nouveaux clients

Je voulais en effet comparer cela avec mon enquête personnelle, suite à la chaîne que j'avais lancée il y a un an et aux résultats extrapolés des réponses de 70 blogueurs/blogueuses. Sur les 70 billets analysés, les principales raisons invoquées étaient les suivantes :
  • 57%, le partage au sens large (35 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 38,6%, les rencontres occasionnées, virtuelles ou réelles (17 fois le verbe, 10 fois le substantif)
  • 30%, l'écriture (16 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 27,1%, l'échange (15 fois le verbe, 4 fois le substantif)
  • 22,9%, le plaisir de bloguer (16 fois le substantif)
Maintenant, si l'on donne une valeur arbitraire de 100% à ces cinq raisons, la répartition est la suivante :
  1. partage, 32,5%
  2. rencontres, 22%
  3. écriture, 17%
  4. échange, 15,5%
  5. plaisir, 13%
Il apparaît de suite que, globalement, le partage et l'échange (des quasi-synonymes dans ce contexte) représentent 48%, soit près d'1 blogueur sur 2, ce qui est énorme ! Observons en outre que l'écriture, qui occupe une place prépondérante dans les motivations de qui tient un blog, n'en est pas moins importante pour les lecteurs.

Par conséquent, les premières conclusions que j'en tire est que le blogging est une activité ouverte sur le monde et non repliée sur soi-même, où la sincérité, la gratuité et l'altruisme l'emportent largement sur le nombrilisme supposé des blogueurs, ce qui bat en brèche un certain nombre d'idées préconçues sur la question.
Or la réponse de Technorati à la question "pourquoi je blogue" est celle-ci : Self expression and sharing expertise are the top reasons for blogging...

Un constat également partagé par une autre étude de Via Nova Spheeris :


On s'y retrouve !


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P.S. Une autre chaîne similaire tourne actuellement : Why blog ?
Si ça vous dit de la remonter/reprendre...

Quant à l'analyse Technorati, suivez le lien, car trois autres billets restent à publier dans les trois jours qui viennent.

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lundi 22 septembre 2008

Rapport Giazzi : revue de presse

Rapport Giazzi : revue de presse

Billets connexes sur Adscriptor :
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Suite à la lecture de l'excellente analyse de Narvic, je dois dire que je comprends mieux les tenants et les aboutissants du rapport Giazzi, qui
« dessine un avenir de l’information à deux vitesses, cohérent et sans états d'âme : d’une part un paysage dominé par de grands groupes multimédias (associant presse écrite, radio, télévision et internet) fusionnant les industries de l’information et du divertissement, d’autre part la liberté laissée à un journalisme professionnel indépendant et pluraliste de tenter de se développer à la marge sur internet. »
Emmanuel enfonce le clou :
Réflexe naturel bien français, parfois efficace, toujours spectaculaire, et qui permet de s’économiser une vraie réflexion sur le développement des initiatives individuelles et d’un ecosystème favorable au développement d’un tissu industriel. D’ailleurs je ne vois pas grand monde représentant les medias internet dans la liste des personnes consultées.
Ce rapport est aussi fortement critiqué par les syndicats, qui y voient une double tentative de mainmise sur l'information par « le monde du pognon », et de colonisation des médias par des lobbies industriels « amis de Sarkozy », partisan déclaré du cumul des médias.

Un point également soulevé par Narvic :
L’intérêt de ce texte, clairement inspiré par la défense des intérêts des propriétaires des grands groupes de médias français (Bouygues, Lagardère, Bolloré...), est de présenter une vision cohérente d’un avenir des médias qui serait totalement dominé par ces groupes, dans une logique purement commerciale de l’information. On s’y intéresse en détail, car il est loin d’être acquis que ce n’est pas effectivement ce qui nous attend...
Et Narvic de nous décrire lucidement la transition de l’information... au « canon à dépêches » :
Un écosystème de l’information nouveau, mais cohérent, apparaît au fil de la lecture de ce rapport : des groupes multimédias d’infotainement occupant tout l’espace, distribuant un même produit sur des supports différents avec des formats adaptés, et des journalistes, en nombre réduit, produisant moins de l’information qu’ils ne jouent au cœur du système un rôle d’ingéniérie éditoriale, mettant les contenus « au format » selon le support, sur des critères d’optimisation du référencement et de maximisation de l’audience en fonction des cibles marketing définies par le service publicité... C’est encore un emploi, mais ce n’est plus du journalisme...
Ça me rappelle le canon à spam... Sauf que là on remplace le "spam" par les dépêches de l'AFP, « plate-forme de ressources pour l’ensemble des médias », « émetteur “source” de l’information ». Certes, un seul émetteur source et producteur de ressources pour l’ensemble, c'est plus facile à contrôler ; quant à la qualité de l'info qui en résultera, je la laisse à votre appréciation...

J'ai comme la vague impression que les futurs états généraux de la presse vont faire couler des flots d'encre, des flux de billets et des fleuves de commentaires !

En attendant, pour conclure, le titre qui résume le mieux ce que je pense de cette histoire est celui trouvé par Jean-Louis Legalery pour Mediapart :
Le rapport de Danièle Giazzi sur les medias et le numérique : la voix de son maître...
Il n'en reste pas moins que la mise en chantier d'une révolution des médias à l'ère du numérique est un trop grand projet pour le petit Nicolas (ou un projet trop grand pour Nicolas le petit, au choix), ce qui ne veut pas dire qu'il n'arrivera pas à ses fins...

Mais il faudrait alors parler non plus de révolution, ni même d'évolution, mais tout juste de régression. Sans apporter la moindre solution pérenne, mais destinée à marginaliser durablement la production d'information de qualité en France.

Autrement dit le contraire exact de l'objectif annoncé :
Car le but, c’est aussi que la France puisse faire entendre, via des médias de qualité, sa voix et sa culture dans le monde entier.
Pour autant, ce n'est pas leur sa bataille, et ce ne sera pas la première fois qu'il nous fera avaler la pilule en déclarant d'un ton convaincu que noir c'est blanc et vice-versa, avec son plus beau sourire (où l'on voit bien ses belles dents noires blanches qui rayent le plancher). Tout et son contraire, vous dis-je.

Mais que vaut ma parole de blogueur contre celle d'un président de la république ?


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P.S. Je signale au passage qu'aujourd'hui même, à 12h06’, j'ai laissé sur le blog de Mme Giazzi le commentaire suivant :
Bonjour Madame,

Comme l'indique le contenu de mon billet, je n'ai pas bien compris la place que réserverait la vision qui est la vôtre aux blogs/blogueurs, qui sont pourtant une composante essentielle de la production de l'information sur le Web aujourd'hui. Si vous aviez des précisions à fournir sur le sujet, je vous en saurais infiniment gré.

Jean-Marie Le Ray
Commentaire toujours modéré à l'heure qu'il est. Donc pour toute réponse éventuelle, je crois qu'il faudra s'armer de patience...

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samedi 20 septembre 2008

Et les blogs-blogueurs, dans tout ça ?


Billet précédent : Les 34 recommandations du rapport Giazzi
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C'est la question qui m'est venue après un premier survol du rapport Giazzi, qui avait pour « mission d’analyser le défi de la migration vers le numérique des entreprises de média et de formuler des propositions de mesures d’accompagnement pour faciliter cette mutation ».

Je ne prétends pas entrer dans le détail des 34 recommandations du rapport (voyez plutôt l'excellent billet de Narvic), mais en tant que blogueur je me suis demandé quelle était la perception des blogs qui en ressortait.

Sur 60 pages, le concept "blog" et ses déclinaisons est cité 8 fois en tout et pour tout - une fois "blogueurs" et 7 fois "blogs" -, dans les 5 passages ci-après.

1. Dans l'Introduction, au chapitre Des médias en hypermutation, section Internet est (aussi) un média :
comment contrôler 9 millions de blogueurs qui agrègent des flux RSS dont ils ne sont pas les auteurs ?
2. Toujours dans l'Introduction, au chapitre Des médias en hypermutation, section Changements sociétaux :
La France compte 9 millions de blogs dont 2,5 millions de blogs actifs. Elle se classe ainsi au 4e rang mondial, après les États-Unis, la Chine et le Japon, et au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute.
Les autres citations qui nous intéressent sont extraites de trois recommandations :

3. Recommandation n°7 (Principe/Objectif II - Favoriser l’information de qualité) : Professionnaliser les sites d’information en favorisant le recrutement de journalistes

Les formes de l’information, les supports et les modalités d’accès à l’information changent très rapidement. Plus de 9 millions de blogs en France dont certains sont tentés par la professionnalisation, des journaux gratuits, des journaux en ligne, des sites d’agrégation d’information, le social bookmarking, les sites de partage de vidéos, les sites fondés sur des forums et des échanges entre internautes… toutes ces nouveautés modifient en profondeur le paysage de l’information.

4. Recommandation n°15 (Principe/Objectif III - Faciliter l’accès aux contenus par tous les canaux de diffusion) : Stimuler la recherche et l’innovation sur la diffusion numérique

..., il y aurait dans le monde 340 millions de lecteurs réguliers de blogs... (citation empruntée au rapport Attali)

La révolution qui s’annonce est d’autant plus importante qu’elle permettra probablement de dépasser les résistances qui freinent aujourd’hui la diffusion numérique. Car si les formats actuels, web ou blogs, sont fondés sur la gratuité et souvent le non respect de la propriété intellectuelle, le développement des nouvelles offres permettant une économie saine - terminaux dédiés, téléchargement sur abonnement, etc. - permettra de restaurer la dimension économique.


5. Recommandation n°18 (Principe/Objectif IV - Mieux anticiper l’avenir des médias) : Inciter les groupes de presse à former leurs journalistes aux technologies numériques

Or, les médias numériques ont de véritables spécificités, dans leur écriture, dans leur manière de conjuguer plusieurs médias, mais aussi dans les stratégies d’établissement des liens entre médias, les relations avec les nombreux sites et blogs thématiques, la vérification des sources, les règles de référencement, les choix de titres, l’indexation des articles, les règles de publication sous forme de flux RSS, d’agrégation de flux, etc.

COMMENTAIRE

Si l'on met de côté l'aspect purement statistique
9 millions de blogs, dont 2,5 millions d'actifs, la France se classant au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute (!), et qu'il y aurait dans le monde 340 millions de lecteurs réguliers...

N.B. j'aimerais d'ailleurs savoir d'où viennent ces chiffres, et à quand ils remontent, vu que les données fournies sur Facebook dans ce même rapport sont déjà complètement fausses dépassées : nous en sommes à +100 millions d'utilisateurs dont près de 3 millions de français, alors que le rapport, pourtant publié ce mois-ci, cite respectivement 80 et 2 millions, ce qui fait quand même une grosse différence...
que nous dit le rapport sur les blogs-blogueurs ?

RIEN !
En tout cas rien d'important. Ou plutôt si. Deux choses :
  1. comment contrôler 9 millions de blogueurs qui agrègent des flux RSS dont ils ne sont pas les auteurs ?
  2. (les blogs) sont fondés sur la gratuité et souvent le non respect de la propriété intellectuelle (allez dire ça à nos grands maîtres...)
On voit donc clairement l'orientation qui ressort d'un rapport pourtant censé « analyser le défi de la migration vers le numérique » et « formuler des propositions de mesures d’accompagnement pour faciliter cette mutation »...

Un peu léger quand même, pour résumer la nature et le "poids" de 9 millions de blogs... Et en tout cas certainement pas à la mesure d'un phénomène pourtant présenté comme important, ne serait-ce qu'au plan des chiffres cités !

Qui pourrait donc expliquer à ces gens-là qu'en continuant à opposer des blogs/blogueurs soi-disant rebelles et à la limite hors-la-loi aux journaux/journalistes sur lesquels le pouvoir compte pour continuer d'exercer sa mainmise afin de propager "sa" bonne parole avec des "mots" qu'il contrôle, ils ne font que fausser le débat de fond pour le présenter au grand public à "leur" manière, en voulant en façonner l'opinion. Tout au moins c'est le but. Démagogique, voire populiste, mais en aucun cas démocratique.

Car non, il n'y a pas de guerre de l'info, mais plutôt complémentarité, et pour peu que les journalistes fassent bien leur travail, de la diversité devraient naître des éclairages multiples, chacun/e ajoutant sa voix à l'analyse collective.

Et si l'on étend cette dichotomie blogs/blogueurs - journaux/journalistes à un antagonisme médias numériques/nouveaux médias vs. médias de masse/médias traditionnels, dont, pour simplifier, on pourrait dire que leur différence essentielle est que les premiers sont hors contrôle alors que les derniers sont sous contrôle, alors on voit bien que ce n'est plus d'états généraux de la presse dont nous aurions besoin, mais d'états généraux de la démocratie.

Et si en tant que blogueur, JE PRODUIS de l'information, mon information, largement recoupée par tous les hyperliens qui parsèment mes billets, certes je comprends que ce n'est plus forcément celle que vous souhaiteriez entendre, ô vous pour qui le sens et la valeur des mots n'ont plus ni sens ni valeur, si ce n'est ceux de l'opportunité, de l'instant (aujourd'hui blanc c'est noir, demain ce sera le contraire) et des retournements de veste à répétition, alors je m'explique aisément pourquoi vous voudriez convaincre et faire croire, officiellement, que mon discours est irrespectueux du droit d'auteur, irresponsable et autres conneries du même acabit.

Ceci dit, ces manœuvres de basse-cour ne sont pas à votre honneur, dont on se demande d'ailleurs s'il vous en reste. Je parie que non. Mais bon, je ne suis qu'un blogueur.

Or que vaut la parole d'un blogueur contre la vôtre ?


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P.S. Citation de Narvic :
Mais le rapport est muet sur la question de l’adéquation des contenus proposés par la presse écrite à la demande de son lectorat.

Ce point montre une limite de fond de la portée de la réflexion engagée sur l’avenir de la presse écrite par les éditeurs de presse : on ne réfléchit qu’en terme de coûts de production et d’organisation de la diffusion, sans se soucier de la nature de ce que l’on produit et diffuse. Il y a une révolution culturelle qui reste toujours à opérer dans la mentalité des éditeurs !
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Les 34 recommandations du rapport Giazzi

Les 34 recommandations du rapport Giazzi

Elles sont organisées autour des huit grands principes/objectifs soulignés (en revanche, les 13 recommandations en gras sont celles "estimées incontournables" par le rapport Giazzi).
I - Défendre et renforcer le pluralisme de la presse

1. Constitutionnaliser la défense du pluralisme et de l’indépendance de la presse
2. Améliorer le financement de la presse en développant le mécénat, les Fondations et éventuellement un fonds d’investissement dédié

3. Créer auprès du Premier ministre un observatoire du pluralisme dans la presse
4. Étendre les compétences du CSA (notamment aux nouveaux médias) et le saisir de la question du respect du pluralisme
5. Élargir les aides de la Commission paritaire aux nouveaux supports (journaux tout en ligne, gratuits, etc.)

II - Favoriser l’information de qualité

6. Inscrire les chartes de déontologie des journalistes dans leur Convention collective
7. Professionnaliser les sites d’information en favorisant le recrutement de journalistes
8. Recentrer les aides à la presse sur la presse d’information générale et politique

9. Doter l’Agence France Presse d’un statut et d’une direction pérennes, soutenir son projet numérique

III - Faciliter l’accès aux contenus par tous les canaux de diffusion

10. Recentrer la Loi Bichet sur sa vocation d’origine
11. Appuyer le plan « Défi 2010 » des NMPP, favoriser l’ouverture de nouveaux points de presse
12. Libéraliser la réglementation des points de vente pour en augmenter le nombre et l’efficacité
13. Développer la pratique du portage à domicile avec les instruments de l’aide à la création d’emplois
14. Soutenir une réforme drastique des imprimeries

15. Stimuler la recherche et l’innovation sur la diffusion numérique

IV - Mieux anticiper l’avenir des médias

16. Soutenir une recherche de haut niveau sur les évolutions des médias et faire émerger une formation ambitieuse pour les stratèges de la guerre numérique
17. Susciter des formations marketing dans les écoles de journalisme et de communication
18. Inciter les groupes de presse à former leurs journalistes aux technologies numériques

V - Soutenir l’investissement

19. Mettre en place des mesures d’incitation à l’investissement numérique

20. Élargir le périmètre des aides à la numérisation
21. Soutenir financièrement la double diffusion analogique et numérique de l’audiovisuel
22. Élargir le périmètre d’intervention de la Caisse des Dépôts à l’investissement dans les groupes de médias

VI - Permettre la constitution de champions de taille mondiale

23. Autoriser un groupe de médias à posséder une chaîne de télévision, une radio et un quotidien de dimension nationale
24. Relever le seuil d’audience maximal pour un média radio
25. Asseoir les limites à la concentration de la télévision sur une audience réelle à définir plutôt que sur le nombre de chaînes
26. Supprimer les seuils de détention capitalistique (49 %, 15 %, 5 %)

VII - Favoriser la modernisation des industries culturelles

27. Résoudre la question des droits d’auteur des journalistes de la presse écrite

28. Adapter le cahier des charges des chaînes de télévision aux contraintes de la nouvelle donne numérique
29. Repenser les obligations de coproduction et les droits patrimoniaux des chaînes de télévision

VIII - Soutenir les médias français face aux défis du numérique

30. Préserver les équilibres économiques face aux évolutions des marchés de la publicité

31. Aménager les règles de la publicité à la télévision
32. Optimiser et garantir les règles de mesure d’audience des contenus
33. Permettre à la radio de relever le défi numérique dans de bonnes conditions
34. Appliquer un régime de TVA unique pour les médias, quel que soit leur support de diffusion
La seule question que je me pose, partisanne, et à laquelle je répondrai dans un billet à venir, est la suivante : Et les blogs-blogueurs, dans tout ça ?


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