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samedi 20 septembre 2008

Et les blogs-blogueurs, dans tout ça ?


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C'est la question qui m'est venue après un premier survol du rapport Giazzi, qui avait pour « mission d’analyser le défi de la migration vers le numérique des entreprises de média et de formuler des propositions de mesures d’accompagnement pour faciliter cette mutation ».

Je ne prétends pas entrer dans le détail des 34 recommandations du rapport (voyez plutôt l'excellent billet de Narvic), mais en tant que blogueur je me suis demandé quelle était la perception des blogs qui en ressortait.

Sur 60 pages, le concept "blog" et ses déclinaisons est cité 8 fois en tout et pour tout - une fois "blogueurs" et 7 fois "blogs" -, dans les 5 passages ci-après.

1. Dans l'Introduction, au chapitre Des médias en hypermutation, section Internet est (aussi) un média :
comment contrôler 9 millions de blogueurs qui agrègent des flux RSS dont ils ne sont pas les auteurs ?
2. Toujours dans l'Introduction, au chapitre Des médias en hypermutation, section Changements sociétaux :
La France compte 9 millions de blogs dont 2,5 millions de blogs actifs. Elle se classe ainsi au 4e rang mondial, après les États-Unis, la Chine et le Japon, et au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute.
Les autres citations qui nous intéressent sont extraites de trois recommandations :

3. Recommandation n°7 (Principe/Objectif II - Favoriser l’information de qualité) : Professionnaliser les sites d’information en favorisant le recrutement de journalistes

Les formes de l’information, les supports et les modalités d’accès à l’information changent très rapidement. Plus de 9 millions de blogs en France dont certains sont tentés par la professionnalisation, des journaux gratuits, des journaux en ligne, des sites d’agrégation d’information, le social bookmarking, les sites de partage de vidéos, les sites fondés sur des forums et des échanges entre internautes… toutes ces nouveautés modifient en profondeur le paysage de l’information.

4. Recommandation n°15 (Principe/Objectif III - Faciliter l’accès aux contenus par tous les canaux de diffusion) : Stimuler la recherche et l’innovation sur la diffusion numérique

..., il y aurait dans le monde 340 millions de lecteurs réguliers de blogs... (citation empruntée au rapport Attali)

La révolution qui s’annonce est d’autant plus importante qu’elle permettra probablement de dépasser les résistances qui freinent aujourd’hui la diffusion numérique. Car si les formats actuels, web ou blogs, sont fondés sur la gratuité et souvent le non respect de la propriété intellectuelle, le développement des nouvelles offres permettant une économie saine - terminaux dédiés, téléchargement sur abonnement, etc. - permettra de restaurer la dimension économique.


5. Recommandation n°18 (Principe/Objectif IV - Mieux anticiper l’avenir des médias) : Inciter les groupes de presse à former leurs journalistes aux technologies numériques

Or, les médias numériques ont de véritables spécificités, dans leur écriture, dans leur manière de conjuguer plusieurs médias, mais aussi dans les stratégies d’établissement des liens entre médias, les relations avec les nombreux sites et blogs thématiques, la vérification des sources, les règles de référencement, les choix de titres, l’indexation des articles, les règles de publication sous forme de flux RSS, d’agrégation de flux, etc.

COMMENTAIRE

Si l'on met de côté l'aspect purement statistique
9 millions de blogs, dont 2,5 millions d'actifs, la France se classant au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute (!), et qu'il y aurait dans le monde 340 millions de lecteurs réguliers...

N.B. j'aimerais d'ailleurs savoir d'où viennent ces chiffres, et à quand ils remontent, vu que les données fournies sur Facebook dans ce même rapport sont déjà complètement fausses dépassées : nous en sommes à +100 millions d'utilisateurs dont près de 3 millions de français, alors que le rapport, pourtant publié ce mois-ci, cite respectivement 80 et 2 millions, ce qui fait quand même une grosse différence...
que nous dit le rapport sur les blogs-blogueurs ?

RIEN !
En tout cas rien d'important. Ou plutôt si. Deux choses :
  1. comment contrôler 9 millions de blogueurs qui agrègent des flux RSS dont ils ne sont pas les auteurs ?
  2. (les blogs) sont fondés sur la gratuité et souvent le non respect de la propriété intellectuelle (allez dire ça à nos grands maîtres...)
On voit donc clairement l'orientation qui ressort d'un rapport pourtant censé « analyser le défi de la migration vers le numérique » et « formuler des propositions de mesures d’accompagnement pour faciliter cette mutation »...

Un peu léger quand même, pour résumer la nature et le "poids" de 9 millions de blogs... Et en tout cas certainement pas à la mesure d'un phénomène pourtant présenté comme important, ne serait-ce qu'au plan des chiffres cités !

Qui pourrait donc expliquer à ces gens-là qu'en continuant à opposer des blogs/blogueurs soi-disant rebelles et à la limite hors-la-loi aux journaux/journalistes sur lesquels le pouvoir compte pour continuer d'exercer sa mainmise afin de propager "sa" bonne parole avec des "mots" qu'il contrôle, ils ne font que fausser le débat de fond pour le présenter au grand public à "leur" manière, en voulant en façonner l'opinion. Tout au moins c'est le but. Démagogique, voire populiste, mais en aucun cas démocratique.

Car non, il n'y a pas de guerre de l'info, mais plutôt complémentarité, et pour peu que les journalistes fassent bien leur travail, de la diversité devraient naître des éclairages multiples, chacun/e ajoutant sa voix à l'analyse collective.

Et si l'on étend cette dichotomie blogs/blogueurs - journaux/journalistes à un antagonisme médias numériques/nouveaux médias vs. médias de masse/médias traditionnels, dont, pour simplifier, on pourrait dire que leur différence essentielle est que les premiers sont hors contrôle alors que les derniers sont sous contrôle, alors on voit bien que ce n'est plus d'états généraux de la presse dont nous aurions besoin, mais d'états généraux de la démocratie.

Et si en tant que blogueur, JE PRODUIS de l'information, mon information, largement recoupée par tous les hyperliens qui parsèment mes billets, certes je comprends que ce n'est plus forcément celle que vous souhaiteriez entendre, ô vous pour qui le sens et la valeur des mots n'ont plus ni sens ni valeur, si ce n'est ceux de l'opportunité, de l'instant (aujourd'hui blanc c'est noir, demain ce sera le contraire) et des retournements de veste à répétition, alors je m'explique aisément pourquoi vous voudriez convaincre et faire croire, officiellement, que mon discours est irrespectueux du droit d'auteur, irresponsable et autres conneries du même acabit.

Ceci dit, ces manœuvres de basse-cour ne sont pas à votre honneur, dont on se demande d'ailleurs s'il vous en reste. Je parie que non. Mais bon, je ne suis qu'un blogueur.

Or que vaut la parole d'un blogueur contre la vôtre ?


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P.S. Citation de Narvic :
Mais le rapport est muet sur la question de l’adéquation des contenus proposés par la presse écrite à la demande de son lectorat.

Ce point montre une limite de fond de la portée de la réflexion engagée sur l’avenir de la presse écrite par les éditeurs de presse : on ne réfléchit qu’en terme de coûts de production et d’organisation de la diffusion, sans se soucier de la nature de ce que l’on produit et diffuse. Il y a une révolution culturelle qui reste toujours à opérer dans la mentalité des éditeurs !
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1 commentaire:

Dominique Hasselmann a dit…

Oui, comme vous le montrez bien, en précisant ce point après l'analyse de Narvic, les blogueurs sont quantité négligeable pour la médaillée de l'UMP.

On se demande bien pourquoi un surveillant général des blogs a été nommé à l'Elysée.

Ce rapport sur la presse (en attendant le "Grenelle" prochain du domaine) représente tout à fait ce à quoi veut aboutir le pouvoir actuel : museler l'information libre, accentuer les concentrations, mêler l'info à l'amusette, donc la faire disparaître car elle n'est pas forcément ludique : son aspect politique, c'est surtout lui qui gêne quand l'opposition institutionnelle ne fait plus barrage aux "réformes" libérales qui se succèdent dans la plus joyeuse cacophonie.

Le plus simple serait vraiment de tout interdire ce qui n'est pas estampillé UMP. On découvrirait alors le samizdat et peut-être le goût du papier imprimé à la sauvette...