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mercredi 14 janvier 2009

Blogueurs et journalistes, même combat : celui de l'info !

Aliocha m'énerve :
Et le rapport avec les blogs et Internet me direz-vous ? Il est ici : prenez garde à ce que vous lisez sur Internet. Sous prétexte de faire de la contre-information et de résister à l’intoxication des médias ou encore à la pensée unique, quelques petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la “vérité vraie” pour soutenir des théories fumeuses, voire de franches énormités. Pensez donc à évaluer les sources : qui vous parle, quelle est sa légitimité à s’exprimer sur un sujet, les propos tenus sont-ils cohérents, vérifiables, contiennent-ils des références ? Ces références sont-elles utilisées objectivement ou détournées de leur sens ? Voilà quelques réflexes journalistiques de base à mon avis utiles pour s’informer sur le web en évitant l’intoxication. Mais, me direz-vous, voilà qui milite pour la pensée officielle ! Du tout. Personne ne vous empêche de penser différemment, le tout est de de partir d’une base factuellement exacte, c’est pour cela qu’on nous impose à nous journalistes de vous présenter les faits d’actualité le plus objectivement possible et qu’on nous oblige à distinguer clairement les faits de l’analyse. Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les blogs, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables comme Eolas ou Autheuil par exemple).
Voudriez-vous un autre son de cloche : « Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les journaux, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables...). »

Bon, et maintenant ? Maintenant que toi t'as dit noir et moi j'ai dit blanc, on fait quoi ? Ce furieux acharnement à vouloir opposer à tout prix blogueurs et journalistes ne mène nulle part ! Il est stérile. Faux. Partial. Borné. J'en passe et des meilleurs (à toutes fins utiles, s'il venait à l'imagination de qui que ce soit de prétendre que je fais de même, je demanderais d'ores et déjà à cette ou ces personnes d'éviter de lancer des paroles en l'air et d'étayer leurs dires d'après mes écrits. Qu'ils aillent chercher dans les billets où je parle du journalisme et de la presse où, et pourquoi, j'oppose éventuellement blogueurs et journalistes. Après on en reparlera...).

Or donc, me direz-vous, pourquoi t'en prendre à la douce et tendre Aliocha ? Parce qu'elle est journaliste ? Non point. Parce qu'elle est femme ? Encore moins. Mais alors, pourquoi donc ?

Parce qu'elle insiste lourdement sans pour autant répondre aux arguments. Elle parle, elle parle, elle accuse à tout-va, elle lit suppression là ou vous écrivez évolution et adaptation, mais s'abstient de répliquer en fondant son argumentaire sur des faits, dont elle invoque pourtant l'impérieuse nécessité.

Voilà pourquoi je m'en prends à Aliocha : parce que sa qualité de journaliste est démentie par les faits, tout au moins sur son blog : car dire « Comprenons-nous bien, je ne qualifie pas de faux ce qui heurte mes convictions, mais bien des erreurs factuelles ou de raisonnement graves, sans compter la mauvaise foi dont certains font preuve dans leurs écrits et qui aboutit à une présentation tronquée de la réalité destinée à servir leurs intérêts ou convictions. » en faisant elle-même très exactement le contraire de ce qu'elle professe, c'est dire ce que je dis, mais faire le contraire de ce que je dis.

Ô douce et tendre Aliocha, les faits, "matière des opinions", ce n'est pas de prendre 100 ou 1000 blogueurs en démont(r)ant une par une les âneries qu'ils peuvent raconter sur leur blog (n'importe qui pourrait en faire autant avec les journalistes), ce serait plutôt de constater que la presse va mal et qu'il faut réagir, d'un côté, et que les blogs sont aujourd'hui partie prenante du paysage de l'information, que ça plaise ou non aux journalistes et aux élites, de l'autre. Voilà un fait. Irréfutable. Or ce qui est devant les yeux de tous, c'est qu'une grande partie de votre profession et des décideurs en tout genre ne font rien d'autre que de nier l'indéniable !

Il est quand même curieux que les blogueurs soient presque totalement mis à l'écart - je ne dis pas oubliés, car ils ne le sont pas, loin de là, mais délibérément mis à l'écart - des courants et rapports officiels en tous genres. Il suffit d'observer le dernier en date, à savoir le livre vert dont viennent d'accoucher les États Généraux de la Presse, qui ne mentionne en tout et pour tout que 5 fois le mot "blog" et ses déclinaisons dans ses 68 pages :
  • 2 fois en note page 41 :
    - la communauté des blogs LeMonde.fr, lancée à l’automne 2005 sur une initiative ouverte aux seuls abonnés du site. Les 6 300 blogueurs liés au site postent plus de 800 billets par jour, qui eux-mêmes génèrent plus de 2 000 commentaires au quotidien.
  • 2 fois en pages 49 et 57 :
    - Afin de nourrir leurs préconisations, les participants ont écouté le rendu d’études ... et d’une expérience de nouveaux media (le Bondy Blog) (Hanane KADDOUR, Bondy Blog).
  • 1 fois page 55 :
    Dans les Recommandations du sous-pôle « Contenu »
    *Pour améliorer la recherche d’informations :
    (...)
    • Dans le but d’améliorer le statut des correspondants locaux et des bloggeurs travaillant pour des sites d’information, il est demandé d’étudier dans quelle mesure le statut d’auto-entrepreneur pourrait être proposé aux fournisseurs de contenus non journalistes.
À noter que dans le même document, ils sont même pas foutus d'orthographier "blogueurs" de la même manière d'une page sur l'autre...

Un peu léger pour un pays qui se classe au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute, non ?

Ce que nous y apprenons sur les blogs est pourtant riche en enseignements : les blogs font partie des nouveaux médias (mais ça, on aurait déjà pu le deviner...), et les blogueurs sont classés parmi les « fournisseurs de contenus non journalistes ». Dans mon cas, ce serait plutôt le contraire (vu que souvent c'est ce que disent - ou ne disent pas - et font - ou ne font pas - les journalistes qui nourrit ma réflexion), mais on va pas chipoter...

Nous en savons en effet à peu près autant qu'à la lecture du rapport Giazzi sur la question, c'est-à-dire pas grand chose. Mais qu'Aliocha et ses consœurs et confrères se rassurent, ce n'est pas encore aujourd'hui qu'on va mélanger les torchons et les serviettes.

Vous voulez mon avis ? C'est de la merde, tout ça. La presse traditionnelle et le journalisme n'ont plus le monopole de l'information. Ils l'ont eu, pendant longtemps, trop longtemps, mais ne l'auront plus jamais. Fini. Époque révolue. Qu'on se le dise. Que les éditeurs et les gouvernants se le disent. Et d'ailleurs ils le savent. Ils ne le savent que trop bien. Même s'ils déploient tous leurs efforts, leurs moyens, leurs réseaux et leur puissance (et ils en ont...) pour dire le contraire. Dissimuler à tout prix et faire semblant de rien.

Les blogs ? C'est quoi, ça ? Un repaire de « petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la “vérité vraie” pour soutenir des théories fumeuses, voire de franches énormités » !

Ah ! J'applaudis des deux mains Aliocha, en voilà de l'analyse. C'est pertinent. Factuel. Déontologique. Responsable. Digne d'une journaliste chevronnée qui vérifie ses sources pour être « en mesure d’apprécier l’information avec un esprit critique ». Mais qui à l'occasion oublie de répondre à ceux qui lui opposent des raisonnements argumentés, en se disant peut-être "don't feed the troll". Un peu comme votre ami Eolas, qui a souvent raison, mais parfois tort, aussi. Et quand il a tort, il évite de le souligner... Et préfère s'en tirer par une pirouette sous les applaudissements de sa -basse- cour.

Donc si vous ne voulez pas me répondre, grand bien vous fasse. Personnellement, je m'en tape. Par contre, si vous avez du respect pour vos lecteurs, alors prenez votre plume et défendez vos arguments par des faits. Vous devriez connaître, non, c'est votre métier, paraît-il.

Une petite piqûre de rappel sur ce que sont les faits ? Oh, et puis non, tiens, j'ai assez perdu de temps comme ça.

Mais si toute votre réplique tient à prétendre démontrer que les blogueurs aiment taper sur la presse parce qu'ils ont des velléités de protagonisme, alors c'est que vous n'avez rien compris. Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'un journalisme militant, compétent, sérieux, honnête. Est-ce votre cas ? À vous la réponse...

Pour avoir dérogé à ce principe de base, l'Italie n'a plus de démocratie que le nom, mais certainement pas dans les faits. La forme sans le fond. Des mots, mais vides de sens. Je le répète :
si les journaux et les journalistes qui les font disparaissent, cela ne signifiera jamais que les blogueurs auront gagné, mais que « tout le monde sera perdant ». Triste, non ?
Alors, pour moi, blogueurs et journalistes, même combat : celui de l'info !

C'est sur le terrain de l'info - et de la crédibilité de l'info - que blogueurs et journalistes doivent s'affronter, si affrontement il doit y avoir. Sinon je ne vois que des complémentarités. Le reste ? C'est de la merde. Je persiste et je signe.


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P.S. À la relecture de mon billet, je m'aperçois que j'ai écrit :
Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'un journalisme militant, compétent, sérieux, honnête.
là où j'aurais dû écrire :
Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'une information militante, compétente, sérieuse, honnête.
Mais n'est-ce pas là tout l'objet de ce billet ? Car au fond, qu'importe que l'on donne le nom de journaliste, de blogueur ou de machin-truc-chouette à qui produit l'information, dès lors que cette information réunirait les qualités à peine mentionnées...

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4 commentaires:

Joseph a dit…

Paul Valery disait "celui qui me parle s'il ne prouve pas c'est un ennemi".

alex@referencement-blog.net a dit…

Salut Jean-Marie,

Ah ah ! Tu es remonté :)

En tant que blogueur spécialisé, je note que dans mon domaine, j'aime autant que les journalistes se taisent pour éviter d'en dire de belles :)

La dernière fois que j'ai eu un contact avec un journaliste cela a donné ca :
http://www.referencement-blog.net/le-journalisme-et-moi-meme-455

Mais, il suffit de regarder le JT et de se renseigner un peu, pour voir tous les soirs des approximations.

La qualité de l'info dépends aussi du temps consacré à la vérification de la qualité de la source, et pour cela les journalistes n'ont pas toujours plus de temps que les bloguers.

Szarah a dit…

Avec ses belles envolées où l'on sent comme une odeur de poudre, votre billet mériterait un Lionceau d'Or de la sincérité :)

Mais je vous trouve bien sévère à l'égard d'une blogueuse qui fait ses premières armes dans l'art délicat de la polémique.

@ Joseph
Paul Valery a exprimé cela mais l'a-t-il prouvé ? Avec des références ? Ou bien était-ce simplement une opinion ?
Je plaisante, évidemment :)

Nicolas Cynober a dit…

Aux armes!