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vendredi 28 septembre 2007

Recherche locale + recherche verticale = OpenList!

Recherche locale + recherche verticale = OpenList !

Hier Marchex (société cotée depuis fin 2003) a mis en ligne une version étendue d'OpenList.com, en ajoutant au hub 50 000 sites d'un coup, ce qui porte de 100 000 à 150 000 le nombre de sites thématiques locaux.

À l'heure où il est grandement question de recherche locale et verticale, ça tombe à pic !


Initialement lancé fin juin 2007, le réseau a vu son nombre moyen de visiteurs augmenter de 20% par rapport au trimestre qui a précédé le lancement des 100 000 premiers sites (si on peut dire !), achetés en 2004.


Cet immense répertoire, disponible uniquement pour les États-Unis, liste 15 millions de sociétés réparties dans plus de 20 000 catégories.

Des chiffres impressionnants, non seulement par leur taille, mais également parce que grand nombre des visiteurs arrivent sur ces sites par la navigation directe en court-circuitant les moteurs.

Là encore, les noms de domaine sont à ma connaissance l'une des seules alternatives pour aller sur un site sans passer par GYM & co.

D'autre part, comme il se doit aux U.S., de plus en plus, Marchex développe également les sites en espagnol à destination de la communauté hispanique.

Les pubs du réseau sont servies par la société en collaboration avec Yahoo! Marchex prévoit de dégager entre 144 et 150 millions $ de revenus en 2007.

Il y aurait encore beaucoup de choses à en dire, mais je n'ai pas le temps pour l'instant. Par contre les commentaires sont à disposition pour étoffer le sujet...


P.S. À signaler également que la société a enregistré environ 80 000 noms de domaine correspondant aux codes postaux américains, du genre 90210...

Lien connexe : The Web's local mogul (à lire absolument si le sujet vous intéresse. Comme dit l'article, aucun acteur ne domine aujourd'hui sur les marchés locaux, ni Google, ni Yahoo, ni Microsoft, ni même Craigslist !)

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jeudi 24 mai 2007

La navigation directe : une affaire d'argent (beaucoup, beaucoup, beaucoup d'argent)

La navigation directe : une affaire d'argent (beaucoup, beaucoup, beaucoup d'argent)...

Premier élément
Deuxième élément
1 + 1

* * *

Après plusieurs billets consacrés à GYM et un long intermède politique (une fois n'est pas coutume), je voudrais revenir sur un sujet que j'affectionne particulièrement : les noms de domaine.

J'ai déjà eu l'occasion d'expliquer comment fonctionne le second marché ou les taste-domaines, de parler de la longue traîne ou de l'ICANN, et surtout de montrer les abus et les rouages du business que font des acteurs tels que GoDaddy, eNom (également impliqué dans le désastre RegisterFly) ou Google, qui n'est pas le dernier puisqu'il joue sur tous les tableaux, notamment avec les AdSense (même si l'orientation pourrait changer, ce qui serait heureux).

Mais aujourd'hui je voudrais vous parler d'un risque. D'un danger, qui ... risque de nous tomber sur le coin du museau sans qu'on s'en aperçoive, et surtout sans que personne n'y trouve rien à redire une fois qu'on sera mis devant le fait accompli. Alors je préviens, c'est tout. Sans grande illusion puisqu'à mon corps défendant je vois ce risque danger se dessiner de façon au moins aussi inéluctable que le profilage en série...

Mais commençons par le commencement, à savoir la navigation directe : le type-in traffic comme disent les anglo-saxons, c'est-à-dire la saisie directe du nom de domaine dans la barre d'adresse du navigateur, une alternative à la recherche sur les moteurs avec de meilleurs taux de conversion, ce qui semble d'ailleurs faire de l'ombre à Google.

Une alternative non négligeable puisqu'on évalue la fourchette des internautes qui naviguent de cette manière entre 10 et 15% du total. Donc lorsque l'on sait qu'au dernier trimestre 2006, Verisign a traité en moyenne 24 milliards de requêtes PAR JOUR uniquement sur les extensions .COM et .NET, ça peut donner une légère idée de ce dont on parle... (Voulez-vous que je répète ? : « VeriSign processed an average of 24 billion .com and .net queries per day in the fourth quarter of 2006... »

VeriSign, donc, qui est mieux placée que quiconque pour connaître les chiffres, a compris très tôt tous les bénéfices potentiels qu'elle pouvait tirer de la navigation directe, en introduisant dès 2003 le concept du SiteFinder, qui consistait à rediriger vers ses serveurs toutes les saisies de domaines inexistants en .COM et .NET (saisies erronées soit à cause de fautes de frappe soit parce que les domaines entrés n'étaient pas enregistrés). Ce fut un tollé général, davantage pour des questions liées à la vie privée des internautes que pour des questions techniques, et même si apparemment Verisign a perdu son procès, cette affaire est indirectement à l'origine du renouvellement par l'ICANN de son contrat de Registre agréé.

Or que se passe-t-il 4 ans plus tard (SiteFinder remonte à sept.-oct. 2003) ? Dans les principaux contrats d'agrément signés avec les registres, l'ICANN a introduit une clause (je ne les ai pas tous vérifiés, mais elle est présente pour les extensions .ORG, .BIZ, .INFO), généralement à la Section 3.1(f) de l'ARTICLE III (Covenants), intitulée Traffic Data, qui dit exactement ceci :
Nothing in this Agreement shall preclude Registry Operator from making commercial use of, or collecting, traffic data regarding domain names or non-existent domain names for purposes such as, without limitation, ...
(...)
Nothing contained in this section 3.1(f) shall be deemed to constitute consent or acquiescence by ICANN to an introduction by Registry Operator of a service employing a universal wildcard function.

Traduction

Rien dans cet accord n'empêche le Registre de collecter ou d'exploiter commercialement les données statistiques concernant le trafic des noms de domaine existants OU NON, à des fins, sans que la liste soit exhaustive...
(...)
Aucune des dispositions de la présente section 3.1(f) ne sera réputée impliquer le consentement ou l'acquiescement de l'ICANN à l'introduction par l'opérateur du Registre d'un service employant une fonctionnalité de jocker universel.
Maintenant, pour ce qui concerne Verisign, si la clause n'est pas présente pour le .NET, elle est bel et bien là pour le .COM, l'ICANN se montrant encore plus explicite :
Nothing contained in this section 3.1(f) shall be deemed to constitute consent or acquiescence by ICANN to a re-introduction by Registry Operator of the SiteFinder service previously introduced by the Registry Operator on or about September 15, 2003, or the introduction of any substantially similar service employing a universal wildcard function intended to achieve the same or substantially similar effect as the SiteFinder service.

Aucune des dispositions de la présente section 3.1(f) ne sera réputée impliquer le consentement ou l'acquiescement de l'ICANN à la réintroduction par l'opérateur du Registre du service SiteFinder, précédemment introduit par ce même opérateur aux alentours du 15 septembre 2003, ni à l'introduction d'un service sensiblement identique employant une fonctionnalité de jocker universel, qui aurait des buts et des effets sensiblement identiques à ceux du service SiteFinder.
Donc, au plan légal, la question que je me (vous) pose est celle-ci : « Quelle est la portée juridique de cette phrase (Aucune des dispositions de la présente section 3.1(f) ne sera réputée impliquer le consentement ou l'acquiescement de l'ICANN...) ? »

Je ne suis pas spécialiste du droit des noms de domaine, mais si les mots veulent dire ce qu'ils disent, ça signifie tout simplement que l'ICANN n'entend pas cautionner cette pratique, sans l'interdire formellement pour autant...

C'est le premier élément. Passons au second. [Début]

* * *

Les ccTLDs (Country Code Top-Level Domains) sont les extensions correspondant aux codes pays, dont l'utilisation est en hausse constante (voir les stats). Selon Verisign, fin 2006 on comptait 43,7 millions de domaines enregistrés en codes pays (soit une augmentation de 31% par rapport à fin 2005), dont plus de quatre millions enregistrés durant le dernier trimestre 2006 (soit 10% de mieux que le trimestre précédent. L'extension la plus en vogue est le .cn (Chine), tandis que 42 autres codes pays connaissent un taux de progression à deux chiffres, dont le .se (Suède), .es (Espagne), .ru (Russie), .at (Autriche).
2006 ended with 43.7 million ccTLDs, a 31 percent increase over the end of 2005. Just over four million ccTLDs were added in the fourth quarter of 2006, a 10 percent growth over the third quarter. This is the largest quarterly growth for ccTLDs. The growth seems to be driven in large part by .cn (China) which added more than 500,000 names in the fourth quarter alone, a 43 percent increase quarter over quarter. While China made a large impact, the growth was widespread with fifty-two ccTLDs experiencing double-digit growth including .se (Sweden), .es (Spain), .ru (Russia) and .at (Austria).


En outre, comme le reconnaît l'ICANN, les relations avec les opérateurs des registres pays sont plus complexes à gérer (These relationships are more complex, because of the varying circumstances ... of different ccTLDs and the organizations that operate them).

Prenons l'exemple du Cameroun (.cm) et de Kevin Ham, fondateur de Reinvent Technology (plus ici).

En exploitant un brevet déposé par Robert Seeman en 2006, n° 20060053213, intitulé « Method of handling web page requests from a browser » (Méthode de traitement des requêtes d'affichage d'une page Web à partir d'un navigateur), Kevin Ham a passé un accord avec le premier ministre de ce pays, Monsieur Ephraïm Inoni, de sorte que tous les type-ins ayant une extension .cm saisis par les internautes finissent sur un site, Agoga.com, qui compte actuellement la bagatelle de ... 8 millions de visiteurs uniques par mois ! Si Adscriptor faisait ça, je crois que je mettrais des Adsense dessus. :-)


Essayez cette requête, vous verrez que les pubs sont servies par ... Yahoo! Qui n'a pas commis l'erreur de Google, de ne pas enregistrer son extension en .cm (la redirection de Google.cm sur un autre site qu'Agoga étant due uniquement au souci de M. Ham d'éviter quelque casse-tête juridique...).

Mais le brevet va plus loin, puisque s'il mentionne expressément les cinq extensions qui sont des typos des .COM et .NET [".cm" (Cameroun), ".om" (Oman), ".co" (Colombie Britannique), ".ne" (Niger) et ".et" (Éthiopie)], il est beaucoup plus générique dans ses revendications (1. A method of handling a request from a browser for a web page with a given TLD that an end-user has entered into the browser URL line, comprising the steps of: (a) determining whether the URL defines a web page that exists for that TLD; (b) if it does not exist, then providing for a domain name server to automatically direct the browser to at least one web site and not provide an error message; characterised in that the TLD has been erroneously entered by the end-user as a ccTLD instead of a TLD selected from the set of .com and .net TLDs.)... [Début]

* * *

Une info qui va faire son petit bonhomme de chemin puisqu'elle a été relayée avant-hier par Michael Arrington lui-même et reprise sur Techcrunch France, où elle est donnée brute...

J'espère donc que la présente analyse vous permettra d'y voir plus clair, ma principale crainte étant qu'en faisant 1 + 1 on puisse un jour se retrouver avec un certain nombre de registres qui mettront en œuvre ce genre de pratiques, sans que rien ne puisse légalement les en empêcher.

Mais bon, je me trompe peut-être. Du moins je l'espère. [Début]


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mardi 4 juillet 2006

Les noms de domaine et la longue traine

Le marché des noms de domaine et la longue traîne...

Préambule
Le marché des noms de domaine
Les noms de domaine et la longue traîne
Brève conclusion

Préambule

Comme je vous l'annonçais dans un précédent billet, c'est la semaine dernière que s'est tenue la conférence de l'ICANN à Marrakech. J'en profite pour adresser un salut amical aux lectrices et lecteurs d'Afrique du Nord qui viennent souvent me rendre visite sur ce blog. :-)

En cliquant sur la caricature ci-dessous (l'ICANN en plein travail), vous téléchargez un PDF avec une présentation succincte des sessions.


J'ai profité de ce week-end pour parcourir les retranscriptions des réunions qui ont eu lieu, vraiment riches tant de par l'ampleur et la variété des sujets traités, que de la qualité des intervenants. Ça ne vous étonnera pas si j'ai décidé d'approfondir en premier l'atelier consacré au marché des noms de domaine : Domain Name Marketplace Workshop. Voir la table des matières. Sans entrer dans les détails du cycle de vie d'un nom de domaine, de l'historique et l'évolution de ce marché ou autre, je préfère tenter une synthèse des éléments clés qui se dégagent de cette session, tels que je peux les percevoir. Je vous donne également la liste des participants auxquels je fais référence dans ce bref exposé : Toutefois, pour bien comprendre les propos qui suivent, rappelons d'abord quelques notions :
  • l'Add Grace Period est un délai de grâce de 5 jours concédé par l'ICANN à toute personne qui, s'apercevant d'une erreur d'enregistrement, peut annuler la procédure et récupérer sa mise ;
  • l'Add-drop scheme est « le modèle j'essaie - je prends/je jette », à savoir que j'enregistre le domaine et je le mets sur une page parking, puis si je vois que le trafic (essentiellement en saisie directe, ou type-in) peut devenir rentable je le prends, sinon je le « jette » et l'ICANN me rembourse obligeamment mes frais d'enregistrement ;
  • dans le contexte du domain tasting, ou domain kiting, le verbe Add signifie qu'un domaine est « ajouté » au système de Registre commun (SRS - Shared Registry System) ;
  • le Registre, ou Registry, est l'entité chargé de gérer les TLD, ou Top Level Domain : Verisign pour le .COM et le .NET, PIR pour le .ORG, Afilias pour le .INFO, etc. ;
  • le Registreur, ou Registrar, est le centre ou bureau d'enregistrement qui sert d'intermédiaire entre le Registre et l'utilisateur final qui enregistre un nom de domaine ;
  • l'enregistreur, ou Registrant, est l'utilisateur final pour le compte duquel est enregistré le nom de domaine ;
  • l'ICANN est l'entité « chargée d’allouer l’espace des adresses de protocole Internet (IP), d’attribuer les identificateurs de protocole, de gérer le système de nom de domaine de premier niveau pour les codes génériques (gTLD) et les codes nationaux (ccTLD), et d’assurer les fonctions de gestion du système de serveurs racines ».
[Début]
* * *

Le marché des noms de domaine

Jothan Frakes introduit la session et souligne, parmi les thèmes abordés, les nombreuses façons de monétiser les noms de domaine, l'évolution du marché des noms de domaine ces dernières années, et l'adéquation de certaines des activités liées à la monétisation, avant de passer la parole à Tim Cole, de l'ICANN, qui évoque timidement la pratique du taste-domaines :
...many people are using that period to test a name or the term has been coined to taste a domain name to determine whether or not it has monetization value.

...nombre de personnes utilisent le délai de grâce pour tester un nom de domaine (indépendamment de la manière dont on peut qualifier cette pratique), afin de déterminer si un domaine a une valeur ou non en termes de monétisation.
John Berryhill prend la parole :
Je voudrais brièvement décrire les forces du marché qui pilotent les intérêts spéculatifs derrière le commerce des noms de domaine, puis aborder le phénomène du taste-domaines (ou comme on voudra bien l'appeler), des pratiques qui évoluent plus vite que le développement des politiques par l'ICANN.

Autrefois le modèle classique de monétisation d'un nom consistait à enregistrer le domaine pour le revendre plus cher ensuite, une pratique largement marginale par rapport à la spéculation sur les noms que nous connaissons aujourd'hui.

Cet héritage nous vient du début des années 90, lorsque différents acteurs commencèrent à accumuler un grand nombre de domaines dans l'attente de les revendre. La question leur vint alors naturellement : que faire de ces domaines entre-temps ?

Certains noms génériques ont une valeur simplement en fournissant des liens vers des sites marchands qui vendent des produits associés à ces noms et grâce au trafic qu'ils envoient vers ces sites.

L'une des approches consiste à dire que ces pages Web truffées de liens sponsorisés sont sans contenu réel, pour autant l'internaute y trouve des liens pertinents le renvoyant vers des vendeurs de produits qui l'intéressent. On appelle ce type de publicité au coût par clic (payé par l'annonceur). C'est de là que vient le phénomène des enchères sur les mots clés, dont la valeur peut être déterminée dans une fourchette allant de quelques centimes à 50 $ pour un terme comme « mésothéliome », sur lequel, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce ne sont pas les médecins mais les avocats qui enchérissent le plus !
Selon Roberto Gaetano, du comité ALAC de l'ICANN :
...il est vrai que le manque de règles de base et l'absence de clarté au niveau des règles existantes permettent l'émergence de ce type de détournements. Nous sommes dans une situation proche du Far-West (a kind of a wild west situation). Raison pour laquelle, parmi les tentatives de mise en ordre, nous regardons avec un certain intérêt la proposition ainsi nommée de la « longue traîne »...

Quant à la distinction faite entre les sites Web avec du contenu et les sites sans contenu, du point de vue de l'utilisateur je ne pense pas qu'il y ait des sites avec contenu et des sites sans ; en revanche il y a des sites qui fournissent des services et des sites qui n'en fournissent aucun. Toujours du point de vue de l'utilisateur, la chose la plus importante est de trouver ce que l'on cherche en effectuant le moins de clics possible. Donc le problème n'est pas que l'on ait des sites vides ou pleins de contenu, mais de savoir si ces sites fournissent des services et donnent des informations utiles (quand bien même ils redirigent vers un site où se trouve l'information que recherche l'utilisateur).
Mme Sarah Deutsch aborde le problème du typosquatting et de la déclinaison d'une centaine de noms typosquattés (variations orthographiques de Verizon) détenus par eNom (ce dont se défend Paul Stahura...), en faisant un parallèle avec l'affaire Dotster. Elle conclut en soulignant le rôle que pourrait tenir l'ICANN dans cette affaire, notamment aux termes du chapitre dédié aux Obligations générales du Registreur de la convention d'accréditation passée entre l'ICANN et les registreurs (RAA - REGISTRAR ACCREDITATION AGREEMENT, II.D.ii: prohibitions on warehousing of or speculation in domain names by registrars).

Pat Kane, de VeriSign, commence en disant que les chiffres qu'il fournira sont approximatifs du fait que les registreurs ont des lignes de crédit ouvertes chez Verisign... Et de continuer en soulignant qu'originellement le système n'a pas été conçu pour traiter 1,7 million d'enregistrements par jour ! Donc en mettant sur un plateau de la balance les 6 $ encaissés par nom de domaine, et sur l'autre les coûts indispensables pour supporter et mettre à jour l'infrastructure matérielle énorme nécessaire pour traiter quotidiennement cette masse d'opérations, nous n'avons pas encore analysé si nous gagnons ou si nous perdons de l'argent.
(...)
Sur ce que Verisign nomme l'add storming (l'assaut des ajouts), Kane rappelle que chaque jour ce sont grosso modo 120 millions de demandes d'ajouts qui arrivent pour tenter de s'accaparer les domaines arrivant à expiration, la plupart de ces demandes ayant lieu entre 13h30' et 15h30'. La raison en est que les registreurs ont analysé notre programme d'effacement, en estimant combien nous pouvions en traiter par minute et en analysant ce qui se passait durant ces 60 secondes ! Donc au lieu de transmettre une seule demande, ils les envoient par paquets sans vraiment attendre la réponse individuelle à chacune, juste pour essayer d'arriver avant les autres.
Sur tous les noms effacés journellement, nous avons en moyenne 2,276 tentatives de réenregistrement par nom, et 99,9 % des domaines effacés qui sont immédiatement réenregistrés.

À ce propos, John Berryhill remarque que Verisign ne se prononce pas sur le domain kiting et observe d'un ton caustique que la société semble incapable de déterminer si elle en retire un profit ou non... Par conséquent, le problème de savoir si le détournement du délai de grâce est un abus ne se pose pas, du moment que les différentes clauses contractuelles sont respectées... (Pragmatique !)

Jothan Frakes interrompt la discussion en cours pour donner des statistiques sur le phénomène, rapportées au mois de mai 2006 (du 1er au 31) aux .COM et .NET. Durant cette période :
  • 616 registreurs ont ajouté des domaines au système (selon Steve Crocker, présent dans l'assemblée, seuls un tiers sont de véritables compagnies, les autres ayant été créées uniquement dans le but d'avoir accès au système pour l'exploiter) ;
  • sur l'ensemble, 502 registreurs ont profité du délai de grâce, soit 81 % ;
  • chez 322 registreurs, le taux d'effacement a été supérieur à 5 % ;
  • 87 enregistreurs ont enregistré le même nom de domaine plus d'une fois, avec au total un résultat brut de 5,2 millions d'ajouts dans le système ;
  • en tout, ce sont 30 millions de noms uniques qui ont été ajoutés au mois de mai, dont 38 600 domaines ont été enregistrés - effacés - réenregistrés six fois ou plus ;
  • 55 registreurs ont enregistré des noms avec un taux d'enregistrement dépassant un seuil spécifique :
    1. 17 avec un taux d'effacement inférieur à 1,3 % ;
    2. 29 avec un taux supérieur à 97 % ;
    3. 18 représentent plus de 98,1 % de l'ensemble des opérations ;
  • Et je pense que ces chiffres sont fiables (And I believe these numbers to be accurate.)
Tim Ruiz, de Go Daddy, donne aussi l'exemple des requêtes interceptées (vous cherchez un nom disponible, vous en trouvez un, et pour peu que vous ne l'enregistriez pas de suite, lorsque vous réessayez plus tard, le domaine n'est plus disponible, quelqu'un, quelque part, ayant intercepté votre requête et l'ayant enregistré dans les secondes suivantes au profit d'un registreur). Selon lui, « tout le monde le sait, vous le savez, nous le savons, l'ICANN le sait » (... [registrars] know it, you know it, we all know it, ICANN knows it.), et il serait temps de demander une intervention du gouvernement américain. « Cela va trop loin et dure depuis trop longtemps » (This has gone too long and too far)...

Rob Hall, de Momentous, maison mère de Pool.com, leader mondial du second marché des noms de domaine (espèce de Bourse aux domaines), précise :
Tout d'abord l'ICANN n'a pas instauré le délai de grâce, ça existe depuis une dizaine d'années, et aujourd'hui l'ICANN est chargé de gérer le système, qui est devenu extrêmement sophistiqué. Or les méthodes utilisées pour l'exploiter sont très créatives et conduisent à de nouveaux business models. De même que la compétition porte à l'innovation.

Concernant la taille réelle de ce marché, nous avons vu qu'en gros il y a 18 registreurs impliqués dans ces pratiques. S'agissant d'un nombre plutôt restreint, mon opinion est qu'il va vite y avoir une autorégulation du phénomène. Ceci étant, il est clair que la demande existe pour ce type de marché et d'activité. J'ai entendu parmi les participants des termes tels qu'abus, détournement, vol, fraude
(kiting), or la fraude est un délit. D'après moi l'emploi d'un tel vocabulaire n'est bon qu'à enflammer les esprits, là où il faudrait au contraire présenter les choses différemment et éduquer la communauté...
Jon Nevett, de Network Solutions, reconnaît que certains signes témoignent clairement que l'exploitation du système a des conséquences inattendues que personne n'avait prévues. David Maher, de PIR, Registre du .ORG, renchérit :
...Certains registreurs enregistrent littéralement des millions de domaines par mois ou par semaine, avec des taux d'effacement qui atteignent 99 %, ce qui représente une charge technique phénoménale pour notre système, alors que nous desservons essentiellement la communauté non commerciale. Or la tendance va croissant, pour des noms qui finissent par être exploités à des fins antisociales... Nous aussi avons prévu de mettre rapidement en place un programme d'éducation et de sensibilisation.
[Début]
* * *

Les noms de domaine et la longue traîne

Nous en arrivons au point d'orgue de cette session, la proposition du modèle de la longue traîne présentée par Paul Stahura (eNom). (À noter que ce modèle a été mis au point depuis plus d'un an, puisqu'un premier livre blanc date de juin 2005, et qu'une deuxième ébauche a été présentée en avril dernier. Cette dernière version introduit la notion de « torso »).

Le modèle est illustré sur le graphique suivant :


où vous avez à gauche un large front (fat front), qui correspond aux noms de domaine déjà enregistrés, avec à droite un tronc (torso) et une longue traîne (long tail) pour les domaines non enregistrés.

En fait, il s'agit d'une nouvelle catégorie de noms de domaine.

À gauche du graphique, vous avez les domaines qui ont le plus de valeur, et à droite ceux qui en ont le moins, avec entre les deux (entre A et B) une zone que nous appellerons le tronc, correspondant aux noms qui ne sont pas enregistrés mais dont la valeur dépasse six dollars (prix payé à Verisign pour chaque nom de domaine en .COM ou .NET - NdT). Quant à la valeur des domaines dans la partie droite de la longue traîne, c'est celle qui peut être déterminée par leur capacité de monétisation au coût par clic.

Donc notre proposition consiste à créer une nouvelle classe de noms de domaine, ayant les critères suivants :


Les domaines actuels correspondent à la classe I, et ils ont les caractéristiques que nous leur connaissons tous aujourd'hui. Les domaines de classe II sont des domaines d'un nouveau genre, pour lesquels le délai de grâce ne serait plus de 5 jours mais pourrait aller jusqu'à 365 jours, ce qui veut dire que si vous effacez un domaine pendant cette période vous êtes remboursé.

En théorie, ces nouveaux domaines ne sont associés à aucun serveur de noms (donc, pas de possibilité de les assigner à un serveur de son choix), mais uniquement à des serveurs spécifiques auxquels ils sont assignés par défaut par le Registre. L'inscription au WhoIs est également requise pour ces noms, avec un enregistreur clairement identifié : le registreur. Pour autant dès qu'un autre sujet les enregistre, à n'importe quel moment, ils passent automatiquement en classe I, en prenant ainsi toutes les caractéristiques afférentes aux noms de cette classe.

Maintenant, pour ce qui concerne le partage des revenus, ils peuvent être stationnés sur une page parking fournie par le Registre. Les flux économiques associés à la monétisation qui viennent de Yahoo, Google ou autres seraient ainsi répartis : 55 % pour le Registre, 5 % pour l'ICANN et 45 % pour le Registreur. De plus, en centralisant tous ces domaines sur un seul site, cela permettrait d'en soigner particulièrement la qualité, différents Registres pouvant également avoir différents sites de recherche.

Par conséquent, si le problème est celui du domain tasting, ou du domain kiting, ces nouveaux noms de domaine pourraient être la solution, puisque, de fait, vous n'avez plus besoin de tester les domaines de classe II. [Début]

* * *

Brève conclusion

Voilà. Une dernière remarque : selon Chuck Gomes, de Verisign, la société serait sur le point d'introduire sa nouvelle politique contractuelle en matière de services du Registre (the new registry service policy for introducing new registry services is completed, ... and it is close). Bruce Tonkin rapporte de même que l'Organisme de l'ICANN en charge des noms génériques (GNSO) est en train de développer une nouvelle approche contractuelle avec les Registres (a policy for registries to request a change to their contracts to allow changes in the operation of the registry). Donc nous verrons bien la tournure que prendront les choses, et si ce modèle de longue traîne apporte enfin une réponse que Bob Parsons appelle de tous ses vœux depuis des mois.

Il y aurait encore beaucoup à traduire et à dire, mais cela demande du temps et je n'en ai plus. J'ai commencé un gros projet de traduction qui va m'occuper tout le mois, donc le rythme de publication des billets va forcément ralentir. Toutefois, j'ai ressenti l'urgence d'évoquer l'apparition éventuelle de ces domaines d'un nouveau type, car je n'en ai trouvé aucune trace sur le Web francophone (mais je ne demande qu'à être démenti), même si le premier document qui traite du sujet remonte à juin ... 2005 ! [Début]
À +



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mercredi 26 avril 2006

Le business des noms de domaine : les taste-domaines

Le business des noms de domaine : les taste-domaines

Dans la foulée du précédent billet sur les noms de domaine, je voudrais aborder un problème dont on n'a encore que peu d'échos sur le Web francophone, mais qui pourrait bien faire de plus en plus de vagues dans les semaines et les mois à venir. J'ai nommé le « Domain Tasting », un phénomène que dénonce avec force Bob Parsons, PDG du premier Registrar américain, GoDaddy.com, qu’il appelle « the Add/drop scheme ».

Voyons un peu de quoi il s'agit et quelle terminologie nous pourrions utiliser : pour ma part je choisirais « le modèle j'essaie - je prends/je jette », à savoir que j'enregistre le domaine et je le mets sur une page parking, puis si je vois que le trafic (essentiellement en saisie directe, ou type-in) peut devenir rentable je le prends, sinon je le « jette » et l'ICANN me rembourse obligeamment mes frais d'enregistrement...

Je n'ai trouvé que très peu d'infos en français, sauf deux sources vraiment dignes d'intérêt, qui expliquent assez bien le mécanisme, ici et . La première met l'accent sur la faillite du mode de gouvernance de l'ICANN, la seconde sur l’alarme lancée par le registre du .ORG (en anglais). Si vous en connaissez d'autres, merci de bien vouloir me les signaler.

La combine, assez simple, consiste à profiter du délai de grâce (Add Grace Period) de 5 jours concédé depuis 2003 par l'ICANN à toute personne qui, s'apercevant d'une erreur d'enregistrement, peut alors annuler la procédure et récupérer sa mise. Cela se passe sur le second marché des noms de domaine, une espèce de Bourse où se mêlent les noms arrivés à expiration et ceux dont leurs propriétaires veulent se débarrasser, le plus souvent en les vendant.

Or dans cette Bourse aux domaines, essentiellement fréquentée par courtiers, vendeurs, acheteurs, spéculateurs, agrégateurs, domaineurs et/ou registreurs, le volume des négociations est de plus en plus considérable : selon un document (en anglais) de l'OCDE déclassé le mois dernier (de confidentiel à public), qui reprend les sources d'un rapport publié par VeriSign en juin 2005, sur 12 mois (juin 2004-2005), près de 1 700 000 000 (1 milliard 700 millions !!!) de domaines ont été « ajoutés » (Add) au système de Registre commun (SRS - Shared Registry System) :

Chiffres en hausse, puisque Ipwalk.com situe maintenant la fourchette entre 1 000 000 et 1 400 000 domaines par jour :


On comprend d'ailleurs mieux que les spécialistes du taste-domaines aient hâte de tester ceux qui marchent le mieux au vu des enjeux économiques sous-jacents : 3 des 5 plus gros registreurs ont déclaré fin 2005 qu'ils gagnaient entre 5 et 8 millions de dollars par an grâce à la « monétisation des noms de domaine stationnés » !

Source Joi Ito :
According to Ram Mohan from Afilias, 3 of the big 5 registrars say that they make over $5m-$8m / year from parked domain monetization pages.
Mais écoutons la mise en garde de Bob Parsons, qui prédit une explosion du phénomène si rien n'est fait, et dont les infos sont de première main, parfaitement à jour et encore plus impressionnantes que ce qui précède (traduction autorisée) :
Il est crucial de bien appréhender l'énormité du problème : le 31 mars 2006, 764 672 .COM ont été enregistrés, dont seuls 61 169 ont été retenus après expiration de la période de grâce de 5 jours. Ce qui signifie que 703 503 de ces noms (soit 92%) ont été « jetés » ensuite — et remboursés par l'ICANN (c'est moi qui ajoute et souligne).

La part du lion revient aux registreurs (probablement à hauteur de 99%) qui participent à ce petit jeu.

Sur la semaine du 27 mars au 2 avril 2006, 5 822 881 .COM été enregistrés, dont 455 918 ont été retenus et 5 366 963 (soit 92,1%) jetés.

Là encore, 99% de ces domaines ont été abandonnés par les registreurs
(qui ont récupéré ensuite leur mise, c'est toujours moi qui souligne).

Et le phénomène ne va qu'en s'amplifiant : au jour d'aujourd'hui, j'estime que plus de 3 500 000 .COM sont ainsi pris/jetés chaque jour. Pour mettre ces chiffres en perspective, il suffit de penser qu'au 2 avril, le total des .COM enregistrés dans le monde était de 48 868 756.

De mars 2005 à mars 2006, l'ampleur du problème a été multipliée par 15 !

En effet, en mars 2005, au total 3 243 967 .COM ont été enregistrés, dont 1 851 778 qui ont été abandonnés durant la période de grâce (la plupart dans le cadre de cette approche « je prends/je jette »).


Donc, en un an à peine, le phénomème a explosé, puisqu'en mars 2006, 29 894 290 .COM ont été enregistrés, un chiffre faramineux, dont 27 660 668 (soit 92,5%) abandonnés ensuite.

L'affaire est devenue si juteuse que chaque jour de plus en plus de sociétés réclament leur part du gâteau. Et ce qui ne concernait hier que les .COM s'étend maintenant aux .NET et .ORG.


En conclusion, si rien n'est fait, le désastre va prendre des proportions gigantesques. Une prise de conscience s'impose...
Voilà. Dans mon précédent billet, il était déjà question des abus des registreurs, cela ne fait que corroborer les faits. Quant à Bob Parsons, qui avait déjà épinglé la grande manigance autour du .EU, en disant que c'était même pire que ce qu'il croyait (ici et ), et continue de dénoncer les accords entre l'ICANN et Verisign, cette fois, on ne pourra pas dire de la source qu'elle n'est pas fiable !

Que celles et ceux qui ne connaissent pas GoDaddy.com consultent le dernier rapport de Verisign (en anglais). Sur les 465 registreurs analysés (grand absent de la liste : Google...), seuls 10 « font » plus de 1 million de domaines, .COM et . NET confondus (dans les proportions suivantes) :



Source : ICANN/VeriSign (information fournie aux termes des accords en vigueur entre VeriSign et l’ICANN, qui s’engage à garder le Rapport confidentiel avant que ne se soit écoulé un délai de 3 mois à compter du mois de publication. Donc, celui-ci concernant la situation au 31 décembre 2005, il n’a été publié que début d’avril.)

Que dire de plus ? Sinon que dans la vie réelle comme dans la vie virtuelle, on nous prend toujours pour des cons ! Là, au moins, il y a continuité...



P.S. [MàJ - 30-04-06] Suite au signalement de Patrick Mevzek en commentaire, voici une capture d'écran plus éloquente que les mots, où l'on voit en rouge le pic des suppressions des domaines avant l'expiration des 5 jours, et l'amplification du phénomène à partir d'octobre 2005 :



[MàJ 2 - 22-05-06] Après le domain tasting, voici le domain kiting.

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mardi 25 avril 2006

Google et le business des noms de domaine - II

Google et le business des noms de domaine - Du type-in au typo-in...

Chose promise, chose due : suite annoncée du billet Google et le business des noms de domaine, publié le 5 février dernier, dans lequel je tentais de décrire succinctement le service « AdSense for domains » de Google et les incursions de la firme de Mountain View dans la sémantique contextuelle.

Le billet se terminait sur le chapitre Du type-in au typo-in..., un sujet brûlant qui concerne les trois volets de la saisie directe (ou type-in, c'est-à-dire lorsque vous écrivez directement un nom de domaine dans la barre d'adresse du navigateur) :
  1. les noms de marque
  2. les coquilles
  3. les noms communs génériques
Les domaines associés aux points 1. et 2. sont habituellement qualifiés de cybersquatting et typosquatting, ce qui se comprend lorsque les noms incriminés portent atteinte aux droits d'une marque, d'une personnalité ou autre. L'AFNIC est très active sur le sujet.
Or ces concepts sont-ils aussi applicables aux noms communs génériques et aux coquilles portant sur des noms communs génériques ? Et n'y a-t-il pas là un marché légal, dès lors que les noms de marque ne sont pas touchés ? Il serait urgent de répondre à ces questions, vu que l'émergence des noms de domaine multilingues (ou accentués, ou IDN) ne va pas tarder à soulever de nombreux conflits, faute d'une législation claire en la matière.
Apparemment, comme toujours, les positions diffèrent du tout au tout des deux côtés de l'Atlantique. J'ai aussi lu quelque part (je ne me souviens plus de la source) que ce mode de recherche est davantage pratiqué par les anglo-saxons que par les francophones, autre signe des diversités nombreuses qui caractérisent les différentes « cultures Web ».

L'occasion de revenir sur la question m'est donnée par une actu sortie hier, dont le titre traduit est « Le dispositif anti-typosquatting de Microsoft pourrait faire du tort à Google » (Microsoft's anti-typosquatting ploy could hurt Google), qui annonce peut-être de nouveaux grands chamboulements :

En bref, il s'agit d'une fonctionnalité nommée Typo-Patrol, intégrée à un logiciel développé par le centre de recherche de Microsoft : Strider URL Tracer, qui vous permet de générer des typos (ou coquilles, ou fautes de frappe, etc.) à la volée à partir d'une URL quelconque, puis de sélectionner les noms que vous voulez vérifier et de tracer ensuite les résultats qui vous intéressent en ouvrant les adresses correspondantes dans Internet Explorer.

Pour avoir une idée de ce qu'est un générateur de typos, entrez un nom quelconque (anglais de préférence) dans le champ ci-dessous :

Keyword Typo Generator Tool © SEO Chat™

Keyword
or keyterm


On trouve plusieurs outils de ce type sur Internet, en voici un autre.

Donc, toujours selon l'article mentionné plus haut, le business des noms de domaine avec coquilles (typo DNs) représenterait plus de 3 millions de sites (!), soit près de 4 % du parc mondial des domaines enregistrés, autant d'usines à monétiser : soit avec les AdSense, soit en redirigeant les visiteurs vers des sites pornos, soit pour capter les courriels à des fins de phishing ou autres...

Le journaliste, Stuart Corner (qui répète telle quelle l'info d'IpWalk), rapporte le cas de Disney, qui compterait plus de 1 500 variantes à lui seul !
For only Disney-related .com domain names, Ipwalk found over 260 typo variations of the popular "disneychannel.com", owned by DomainCar, all of them leading to ad pages. "The actual number is bound to be much higher, since the examination used a limited set of typos," it noted. "Additionally, 957 domain names contained the word 'disney', and 338 domain names contained the test set of seven 'disney' typos."
Juste pour faire un exemple avec dysney.com :

À noter la subtilité de cette page, où l'on vous prévient seulement que ce nom a été réservé, sans plus. Mais en attendant, il est fort probable qu'en ne trouvant pas ce que l'on cherche notre regard soit attiré par l'une des annonces et que notre curiosité naturelle fasse le reste...

Ce qui est intéressant aussi, c'est de noter que ce système a toutes les apparences de la légalité. On vous prévient qu'aucun pourriel ne sera expédié depuis ce domaine, mais que si c'était le cas, il faudrait les prévenir immédiatement...

Quant à Dotzup, autre acteur de ce marché, la lecture de leur manifeste nous éclaire encore plus sur ce désir de faire du business avec les typos tout en restant dans la légalité :
  • Notice the absence of Trademarks
  • Notice the absence of Pending Deletes
  • Notice the absence of gambling, adult, offensive, or obnoxious
Tout en précisant : « Notice that we do very nicely with misspells. » (en gros, Observez que nous faisons de bonnes affaires avec les coquilles, sous-entendu : légalement). D'ailleurs, quand on voit les chiffres annoncés :

on comprend bien que l'affaire est juteuse et que mieux vaut essayer de légitimiser ce business plutôt que de s'enliser dans des procès sans fin.

Autre exemple : DomainSponsor, aujourd'hui Revenue.net, qui annonce un pactole de +5 milliards de pages affichées par mois sur son réseau :

Over 5 billion impressions per month ! Pour imaginer le C.A., vous n'avez plus qu'à tenter d'appliquer la formule Google... :-)

Alors voilà, si Microsoft s'en mêle, comme le souligne l'article, c'est le commencement de la fin pour les typosquatters, en conséquence de quoi les gros fournisseurs de pub sur les pages parking de domaines vont s'en ressentir, notamment Sedo et Google :
Microsoft’s initiative could be the beginning of the end for typo-squatting, which in turn could hurt providers of ad pages such as Sedo and Google who would lose exposure of their ad pages
Dans un autre registre, Sedo semble vouloir se démarquer totalement :
As advertiser awareness of direct navigation continues to rise, value will be concentrated in domains that offer an attractive advertising platform-- namely, category-owning, commercially-oriented generic domains-- at the expense of domains where most businesses would not want to see their advertisements-- eg, typos and potential TM domains.
de même que DomainCar :

Our system finds pre-owned, usually expired and preregistered domains using computer formulas. We don't look at each domain we register. If a domain we have affects you or your trademark dont't hesitate to contact us so we can resolve the issue immediately.
* * *
Affaire à suivre, donc, que cet autre conflit potentiel entre les intérêts respectifs de Google et Microsoft, qui en a probablement marre d'être toujours à la traîne...

D'autant plus qu'il est étonnant de constater que les plus gros enregistreurs de noms de domaine génériques (avec ou sans coquilles) sont ... les Registrars, c'est-à-dire les centres d'enregistrement eux-mêmes ! Comme le mentionne Domaine.info :
D'autres personnes (spécialement les Registrars : bureaux d'enregistrement) ont su voir la poule aux oeufs d'or et ont enregistré massivement tous les noms possibles et imaginables en .com à partir du moment où ils pouvaient venir à l'esprit de quelqu'un, dans la bonne ou mauvaise orthographe.
(...)
Les fameux Registrars : bureaux d'enregistrements. Plus de 70% des noms les plus génériques et intéressants vont directement dans la base des bureaux d'enregistrement pour être revendus ou exploités pour leurs qualités en tant que mots-clefs. Même s'ils ne sont pas aussi génériques et intuitifs que ceux en .com ou .fr, quelques clics par an suffiraient à amortir les frais d'acquisition. Le temps du premier arrivé premier servi est bien révolu. Il faudra désormais parler de : Premier Registrar venu, Premier Registrar servi !
Enfin, sur cette orientation vers la légalité, je reprendrai un exemple que fait l'AFNIC dans son avertissement sur les noms de domaine internationalisés (IDN) (qui date quand même de février 2003, je note au passage), à propos des problèmes juridiques susceptibles de se poser :
...parce que l'ouverture des noms « IDN » pourrait entraîner une vague de dépôts portant préjudice aux détenteurs de marques - ou simplement de noms « ASCII » traditionnels qui risqueraient ensuite de souffrir des nuisances causées par ces tiers en termes de captation de trafic par exemple (café.fr venant capter les visiteurs de cafe.fr).
en concluant sur quelques questions :
  1. Depuis plus de trois ans qu'il est possible d'enregistrer des IDN pour moins de 10 euros par an, pourquoi le titulaire de cafe.fr n'a-t-il donc pas enregistré café.fr ?
  2. Si l'on suit ce raisonnement pernicieux, qu'est-ce qui empêcherait cafe.fr de poursuivre aussi cafes.fr au motif des « nuisances causées ... en termes de captation de trafic » ?
  3. Dès lors que café.fr est en mesure de développer un site différent de celui de cafe.fr, en vertu de quel fondement juridique le second pourrait-il reprocher au premier d'avoir enregistré un nom de domaine, alors que lui-même aurait largement eu le temps et l'opportunité de « se protéger » ?
  4. Etc. etc., la liste n'est pas exhaustive...




[MàJ - 30-04-06] Un article long et détaillé écrit par deux journalistes du Washington Post est paru aujourd'hui sous le titre « Typed too fast? Google profits from your typo », qui confirme les faits :
The Washington Post found hundreds of active Web sites showing Google ads at addresses that appear to be misspelled variations of well-known company names, known as "typo-domains." Their owners are known as "typosquatters."
The Post generated roughly 100 random misspellings of "www.earthlink.net" and found 38 sites using variations of the Earthlink name "parked" at a Google-owned service called Oingo.com. All 38, which includes "dearthlink.net" and "rearthlink.net," serve Google ads.
Traduction rapide :

Fautes de frappe ? Google profite de vos coquilles
Le Washington Post a trouvé des centaines de sites Web actifs qui affichent des pubs de Google sur des adresses Web jouant avec les variantes orthographiques de noms de sociétés connues, les « typo-domains » aux mains des « typosquatters ».
Après avoir généré de façon aléatoire 100 variantes avec coquilles de « www.earthlink.net », nous avons trouvé 38 sites stationnés sur des pages parking hébergées par le service Oingo.com, contrôlé par Google. Sur ces 38 sites, qui comprennent des noms comme « dearthlink.net » and « rearthlink.net », tous affichent des pubs Google.

Quant au site Oingo.com, il renvoie ici :


preuve que la sémantique contextuelle de Google est bien au point, et dont le lien signalé sur le graphique renvoie à son tour vers le service « AdSense for domains » de la société.

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dimanche 5 février 2006

Google et le business des noms de domaine


Google et le business des noms de domaine

Avis aux lectrices et lecteurs : attention, billet marathon ! Celles et ceux qui auront le courage et la patience d'arriver jusqu'au bout gagnent ... toute ma reconnaissance :-)

1. Introduction aux related searches de Google
2. Le service AdSense for Domains de Google
3. La nouvelle ère du business sur Internet : la sémantique contextuelle
4. Explication
5. Du type-in au typo-in...

1. Introduction aux related searches de Google

Il y a quelques jours, le 1er février pour être précis, Olivier Andrieu annonçait dans ses actus l'apparition timide des recherches connexes de Google sur l'Internet francophone, en réponse à la syntaxe "define:". En quoi ça consiste ?
Vous saisissez dans l'onglet de recherche « define:[mot ou expression qui vous intéresse] », et Google vous propose plusieurs définitions correspondantes en affichant des termes connexes en haut de ses résultats. Exemple pour "traduction" :

Termes connexes affichés : "mémoire de traduction", "informatique et traduction", "traduction française des", "le logiciel de traduction", "services de traduction", "traduction automatique", "traduction renversee", "compétence de traduction", ces termes menant eux-mêmes à d'autres définitions.

On sent bien que les résultats en
français sont quelque peu hésitants, tant et si bien que Google vous renvoie à d'autres langues quand il ne trouve rien. Exemple avec "marketing" :

Aucun terme connexe n'est visualisé mais un choix de langues en option. Cliquez sur "anglais" et voici enfin les « related searches » :


Expressions connexes : "direct marketing", "marketing plan", "marketing mix", "marketing research", "search engine marketing", "viral marketing", "affiliate marketing", "internet marketing", "permission marketing", "database marketing".

Certes, la pertinence est plus affinée en anglais. Comme le note O. Andrieu (qui propose aussi une alternative), « les résultats semblent parfois moins heureux » en français, et il termine en posant la question suivante : « Ces infos sont-elles proposées pour la syntaxe "define:" uniquement en version bêta avant d'être élargies aux pages de résultats "classiques" ? Difficile à dire pour l'instant... »

C'est le seul point où je diverge avec lui, car à mon avis la prévision est facile, elle coule de source, même : toutes proportions gardées, c'est comme pour la grippe aviaire, la question n'est plus de savoir "si" ça va se produire, mais "quand" ! [Début]

* * *

2. Le service AdSense for Domains de Google

Google est d'ailleurs très avancé dans sa technologie sémantique, puisqu'il propose déjà cette fonctionnalité aux professionnels des noms de domaine, avec un service dénommé « Google AdSense for domains ».

Voyons de plus près de quoi il retourne.

Google propose aux gros centres d'enregistrement et aux gros détenteurs de noms de domaine, c.-à-d. qui gèrent des dizaines, ou plutôt des centaines de milliers de domaines, de les « monétiser » en personnalisant chaque landing page, c'est-à-dire la page où vous atterrissez lorsque vous faites une saisie directe (type-in) du nom de domaine dans la barre d'adresse.
Et si j'insiste sur l'adjectif gros, c'est tout simplement parce que si vous ne pouvez pas justifier d'un réseau de sites qui génère au moins 750 000 pages vues/mois, inutile de contacter Google !

La société de Mountain Vew se définit elle-même comme leader du secteur, en fournissant son service sur les pages de plus de 3 millions de domaines stationnés (parked pages), aux mains d'une vingtaine d'acteurs à peine qui se répartissent chacun un portefeuille allant de 100k à 500k domaines et plus...

Voici à quoi ressemble la page de résultats fournie par Google :

Par conséquent, en guise de contenu, pourtant largement prôné par Google, nous obtenons une page 100% « marketing sémantique », truffée de liens sponsorisés et de pubs contextuelles, qui sont à proprement parler la seule raison d'être de la page. De toute façon, 4 américains sur 5 ne font pas la différence entre liens organiques (ou référencement naturel) et liens promotionnels...

Donc, dans la série « faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais », pour Google, en-dessous de 750 000 pages vues par mois, c'est du spam, en-dessus c'est du commerce ! Big deals et gros sous, en espèces sonnantes et trébuchantes...

Juste une précision : je ne m'indigne pas sur le principe, en ce sens que je trouve tout à fait licite de gagner de l'argent avec les noms de domaine, je reproche juste le discours à deux vitesses. Mais c'est une autre histoire. [Début]

* * *

3. La nouvelle ère du business sur Internet : la sémantique contextuelle

Le temps est proche où les bannières, les programmes d'affiliation et d'échanges de liens divers feront partie des vestiges de la "civilisation Internet", définitivement supplantés par les publicités contextuelles et autres liens promotionnels, qui sont les chevaux de bataille, pour ne pas dire l'artillerie lourde, de Google, Yahoo, Microsoft, Miva, etc.

Une étude de WebSiteStory sur les taux de conversion nous donne déjà une indication (merci à Guide-Webmaster, qui m'a fourni la source) :

Ces taux de conversion s'appliquent aux quatre types de trafic générés sur Internet pour vous amener là où vous le voulez (ou là où on veut vous amener...), c'est-à-dire, en les prenant par ordre croissant :
  1. les hyperliens fournis par les bannières, les comparateurs de coûts, les affiliations, les liens référents, etc. : 0,96%
  2. les résultats fournis par les outils de recherche (OR) : 2,30%
  3. la navigation directe, qui regroupe les liens de courriels, les favoris et les saisies directes d'URL dans la barre d'adresse des navigateurs : 4,23%
Donc, première surprise, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les OR ne se placent qu'au deuxième rang, en offrant un taux de conversion qui représente le double de 1, mais la moitié de 3, c'est-à-dire loin derrière la navigation directe, qui inclut essentiellement l'e-mail marketing, les signets et les "type-ins".
Il n'y a pas, à ma connaissance, d'études qui analysent précisément le segment « navigation directe », mais vraisemblablement l'e-mail marketing et les favoris - parmi les milliers de signets que chacun(e) accumule jour après jour, il devient de plus en plus difficile de retrouver le bon à la volée - ne sont qu'une part marginale, les "type-ins" se taillant la part du lion.

En français, on pourrait appeler ça la "saisie directe" de l'URL (généralement un .com) dans la barre d'adresse. Exemple pratique, tapez http:// (ou www.) type-ins.com :

type-in.com :

typeins.com :

typein.com :
Vous ne trouvez pas qu'à première vue trois de ces quatre pages ressemblent étrangement au modèle AdSense for Domains de Google (soit plus de 750 000 pages vues par mois) ? Qui dit mieux parmi mon très cher lectorat !
Mais la démonstration ne s'arrête pas là, que non... [Début]

* * *
4. Explication

Pour bien comprendre de quoi on parle, il faut lire attentivement un avis de bourse du mois de décembre dernier, qui analyse les bienfaits de la navigation directe pour justifier auprès de ses investisseurs la hausse (de 25 à 30 $) du price target de Marchex, société américaine cotée au Nasdaq.

La navigation directe y est divisée en trois grands volets :
  • la saisie directe de noms communs génériques ("generic" intent)
  • la saisie directe de noms de marque ("branded" intent)
  • la saisie directe de coquilles (mistake traffic, « when the user makes a "typo" when entering a URL address »)
Et les prévisions de développement sont florissantes, puisqu'elles font état de résultats qui vont plus que doubler entre le 2ème trimestre 2005 et le 4ème trimestre 2006 (Q = trimestre et q/q d'un trimestre sur l'autre) :

  • revenus générés par domaine : de 28,93 $ à 60,91 $
  • revenus annualisés par domaine : de 116 $ à 244 $
  • revenus générés par la navigation directe : de 6,4 à 15,2 millions de dollars
Dans un même temps, leur portefeuille devrait passer de 221 000 à 249 000 domaines...

Et Marchex de nous expliquer qu'à terme sa stratégie compte se démarquer notablement de celle des autres acteurs qui occupent la scène de la navigation directe, en créant du contenu et des sites que les internautes pourront trouver soit par la saisie directe, soit par leurs recherches dans les OR, le premier pas consistant à relooker la mise en page. Exemple de loanconsolidation.com :
Avant
Après
Une question, 1., et une remarque, 2. :
  1. l'ancienne version ne vous semble-t-elle pas familière ?
  2. l'évolution graphique est sensible, et ne doit certes rien au hasard :
puisque toutes ces pages ont en commun un élément, invisible en apparence mais omniprésent, c'est-à-dire qu'elles respectent la règle du triangle d'OR, ou Golden Triangle, qui énonce que l'oeil du visiteur se pose d'emblée sur la partie supérieure gauche de l'écran. (cliquer sur l'image pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre)

En gros, nous dit l'étude, l'attention immédiate se concentre sur une zone en forme de F majuscule, où l'oeil balaye en priorité de haut en bas la hampe du F à la recherche d'indices visuels (mots qui ressortent, marques connues, etc.), avant de se déplacer de gauche à droite lorsqu'il capte un signal pertinent. J'avais d'ailleurs commenté cette info en son temps, ici et .

Les auteurs de l'étude poursuivent leur analyse et ont prévu de publier les résultats détaillés dans un livre blanc, à suivre donc.
En attendant, d'ici à ce qu'ils s'avisent de monnayer les premières adresses qui apparaissent dans le F majuscule, il y a pas loin ! [Début]

* * *

5. Du type-in au typo-in...

À venir dans un prochain billet !
[MàJ - 25-04-06] Paru aujourd'hui :
Google et le business des noms de domaine - Du type-in au typo-in...
[Début]


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