[MàJ - 24 septembre 2009, 13h - En plus des 103,5 milliards $, les enquêteurs auraient trouvé 13 milliards supplémentaires de faux titres chez les deux philippins, à Gênes.
Il règne vraiment une confusion incroyable autour de cette histoire !
Une dépêche vient de sortir, indiquant qu'il s'agit de 103,5 milliards $ (et non pas de 180), à savoir 207 titres de la Federal Reserve d'une valeur nominale de 500 millions l'un (ce qui se rapproche de l'annonce de Bloomberg).
Car si l'on fait le même rapport que "saisies de drogue" / "quantités écoulées", cela voudrait dire que le marché va se retrouver inondé de faux titres. Pourquoi, là encore...
Une conférence de presse est annoncée pour jeudi, 11h.
Reste à savoir aussi si cette conférence concernera uniquement la deuxième saisie, ou toutes les deux, vu que les enquêtes en cours depuis juin (et donc la "piste russe") concernent surtout la première, de même que les deux questions parlementaires actuellement sans réponse....
Nous en saurons plus jeudi midi, même si je doute fortement que la conférence puisse résoudre tous les mystères qui entourent cette histoire. À suivre !
Saisis dans deux valises, en moins de trois mois (du 3 juin à la semaine suivant le 15 août) dans le nord de l'Italie. Où ils transitaient en direction de la Suisse, probablement Genève.
1e question : si la destination finale était Genève, pourquoi passer par l'Italie ?
- La réponse pourrait s'appeler Alessandro Santi, comme l'a révélé le quotidien du frère de Silvio Berlusconi, le premier journal à parler d'un italien impliqué dans cette histoire.
Ex-président du Consortium International des Transports de Rome, son nom figurait dans les contacts d'Akihiko Yamaguchi et Mitsuyoshi Wanatabe, les deux japonais arrêtés à Chiasso puis relâchés...
Or aujourd'hui, après des semaines d'enquête et de perquisitions, les choses semblent se préciser, avec une surprise énorme : l'apparition d'une piste russe !
Selon cet article, les deux japonais auraient dû rencontrer des russes en Suisse, des diplomates, semble-t-il. Tout est à confirmer, bien sûr, mais le rôle d'intermédiaire d'Alessandro Santi résulterait dans des actes notariés, où des pourcentages sont associés à son nom, vraisemblablement le montant des commissions.
Or dans cette "piste russe", s'il s'agit vraiment de diplomates, et vu les liens de "proximité" présumés des japonais avec la banque Centrale du Japon, entre autres, cela pourrait orienter l'enquête vers une implication directe de Tokyo et de Moscou. D'autant plus que lors des perquisitions, les enquêteurs ont trouvé trace de nombreux contacts entre Alessandro Santi et plusieurs "gouvernements étrangers".
Quant à l'authenticité probable des billets d'1 milliard $, elle ne fait qu'ajouter un peu de piment à l'affaire ! Je reprends ma démonstration pour celles et ceux qui n'ont pas suivi jusqu'à présent :
..., selon Luigi Grimaldi, le journaliste de Liberazione qui a publié son article hier, en 1998, date d'émission de ces « billets des États-Unis » à l'effigie de Kennedy par le Trésor US et non par la Federal Reserve (qui ne ment donc pas en affirmant qu'elle n'a jamais émis de billets de cette valeur...), « 99% des billets en circulation étaient des billets de la Federal Reserve, et 1% des billets des États-Unis »...
Ces derniers se distinguent des précédents en portant la mention « billet des États-Unis » (United States Note) et en ayant des numéros de série ROUGES (vs. VERTS pour les autres, Federal Reserve Notes) :
Or on voit parfaitement que les numéros de série des billets "Kennedy" sont rouges :
En outre, si on examine les billets de plus près, on voit autre chose : sur les billets de la Federal Reserve, le montant est en chiffres (100 sur le billet de 100 $), alors qu'il est en lettre sur les billets des États-Unis (one hundred). Or on distingue très bien le BILLION en toutes lettres sur le billet Kennedy, avec à gauche la mention
THE
UNITED STATES
OF AMERICA
Le détail qui tue : pourquoi un faussaire devrait-il faire un faux d'un billet qui n'existe pas ? Et de plus, un billet d'1 milliard $ !!! C'est pas un truc que vous changez au supermarché du coin, ça ne tient pas debout...
2e question : si les deux premiers courtiers se sont fait prendre, pourquoi recommencer deux mois plus tard, avec le même résultat ?
- La réponse, s'il y en a une, ce sera pour les épisodes suivants, mais franchement, un hasard à 314,5 milliards $, j'adhère difficilement, et si les philippins comme les japonais se sont fait prendre, je ne vois qu'une explication : c'est délibéré.
Peut-être pas qu'ils se soient fait prendre, mais qu'on les ait pris, oui...
Vu ce qui se passe, et qui va se passer, mieux vaut commencer une autre série. D'autant plus que si on ajoute ces 180 aux 134,5 milliards $ précédents, ça nous donne un total de 314,5 milliards de dollars saisis dans le nord de l'Italie en trois mois !!!
Dont on ne sait pas encore vraiment s'ils sont totalement faux, totalement vrais, ou partiellement vrais et partiellement faux ! Qui dit mieux ?
Pour reprendre la dernière mise à jour, ces 180 milliards $ (et non pas 100 comme annoncé par Bloomberg) ont été saisis il y a environ un mois, dans la semaine suivant le 15 août, à l'aéroport de Malpensa (Milan).
Mais l'info n'est sortie qu'hier, pour laisser le temps aux enquêteurs de faire leur boulot dans la plus grande discrétion. Parce que maintenant, ça risque de faire du bruit !
P.S. Une petite curiosité au passage : dans la première histoire, la somme correspondait exactement aux fonds encore disponibles pour le TARP...
Dans celle-ci, les 180 milliards $ correspondent exactement à la somme utilisée pour sauver AIG (mais pas Lehmann), et permettre à son PDG, Robert Benmosche, de s'acheter une somptueuse demeure sur la Mer Adriatique, avec 12 salles de bains, dont chacune est une œuvre d'art, a-t-il eu le courage de préciser à Reuters !
Le nombre des pièces n'est pas précisé, bien le bonjour aux contribuables...
2008 -- Les grandes banques centrales de la planète volent au secours des marchés en injectant jusqu'à 180 milliards de dollars pour lutter contre la crise qui ébranle le monde de la finance.
[MàJ - 23h45'] Cette fois il s'agirait de 180 milliards $ (et non pas 100 comme annoncé par Bloomberg), et les trafiquants seraient deux philippins, dont on ne connaît pas - encore - l'identité.
Ceci dit, selon le lieutenant-colonel Emilio Fiora, l'enquête devrait être bouclée d'ici peu !
* * *
L'info a été publiée ce matin sur les quotidiens Milano Finanza et Libero : il y a environ un mois, dans la semaine suivant le 15 août, une autre saisie de titres a eu lieu à l'aéroport de Malpensa (Milan), là encore pour une valeur énorme, on parle de dizaines de milliards d'euros, exactement comme à Chiasso début juin !
Ce seraient encore des asiatiques (philippins ou japonais, ce n'est pas très clair), leur identité est top secret, mais les titres seraient identiques à ceux des japonais.
Cette fois ils n'ont pas été relaxés et seraient encore incarcérés, ce que prévoit la loi en cas de faux titres. Voici exactement ce que dit l'article :
La raison est que les fonctionnaires des services secrets américains et les experts de la FED venus en Italie pour vérifier l'authenticité des titres saisis la première fois auraient déclaré, définitivement, qu'il s'agit de faux. Auquel cas la loi prévoit l'emprisonnement.
Il motivo sarebbe anche che gli 007 americani e gli esperti della Fed arrivati in Italia per valutare l'autenticità dei bond di Chiasso, avrebbero definitivamente dichiarato la falsità dei titoli. Caso per il quale, la legge prevede l'arresto.
Dans une synthèse de cette affaire que j'ai écrite pour le portail Italopolis, je terminais ainsi :
En conclusion, trois mois plus tard, il n'y a encore aucune version "officielle" indiquant clairement si ces titres sont vrais ou faux !
Moins parce que les autorités compétentes, italiennes et américaines, l'ignorent (aux experts il ne faut pas trois mois pour déterminer si des titres sont faux, mais trois minutes, à la rigueur), que parce qu'elles ne veulent pas le dire !
Aujourd'hui il est clair que ces deux enquêtes sont étroitement liées, et que le silence qui entoure la deuxième explique le silence qui entoure la première.
Tôt ou tard, on finira bien par en savoir plus !
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Et comme l'autre fois, ce qui sort en Italie sort aussi aux US !!!
Il s'agirait donc de 100 milliards $, ce qui porte le total à 234 milliards $ en trois mois, quand même !
P.S. Je signale pour être précis que c'est ma femme qui a entendu passer une brève sur Canale 5, la principale chaîne de Berlusconi, et qui m'en a parlé en sachant que je m'intéresse à cette histoire. Selon elle, le journaliste aurait évoqué de faux titres, mélangés à des vrais...
Ou de vrais mélangés à des faux, comme vous préférez :-)
L'Italie est une République démocratique, fondée sur le travail. La souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les formes et dans les limites de la Constitution.
Même si jusqu'à présent, l'Italie n'a jamais été une véritable démocratie, mais c'est une autre histoire, un peu plus compliquée !
J'aimerais bien la raconter, mais ce serait plutôt long et complexe, quand bien même passionnant et sûrement très instructif, or il me manque un éditeur...
Par contre ce qui a sauvé l'Italie jusqu'à aujourd'hui, c'est sa Constitution. Un modèle du genre. Un modèle d'équilibre entre les pouvoirs et d'arbitrage entre la séparation des pouvoirs, ce qui a au moins permis d'éviter les débordements, jusqu'à aujourd'hui... Et même si l'Italie a trop souvent été au bord de basculer dans la dictature. Au début sous la supervision des américains, et puis petit à petit une infinité de pouvoirs occultes ont pris le dessus.
On cite souvent la P2, mais c'est juste la pointe de l'iceberg. En tout cas c'est de la P2 qu'est sorti ce vice originel, absolu, dont j'ai déjà parlé dans Berlusconi et l'assaut final à la justice, à savoir le "plan de renaissance démocratique" de la P2, qui consiste non pas à abolir la démocratie dans ses formes, mais à la vider totalement de sa substance pour n'en laisser qu'une belle coquille présentable.
C'est écrit en toutes lettres dès les premiers articles :
l'adjectif "démocratique" signifie que sont exclus de ce plan tous les mobiles et toutes les intentions, y compris occultes, de renverser le système, en le "revitalisant" via la sollicitation de toutes les institutions que la Constitution prévoit et réglemente, des organes de l'État aux partis politiques, de la presse aux syndicats en passant par les électeurs, etc.
1. L'aggettivo democratico sta a significare che sono esclusi dal presente piano ogni movente od intenzione anche occulta di rovesciamento del sistema.
En clair, on "revitalise" le système à la lumière du jour, et surtout, sans violence...
* * *
Durant la XVIe législature, sous le gouvernement Berlusconi III, le parlement sous contrôle berlusconien a modifié le code pénal, juste trois mois avant de tomber, avec la Loi du 24 février 2006, n° 85, publiée au Journal Officiel de la République Italienne n° 60 du 13 mars 2006, intitulée "Modifications au code pénal en matière de délits d'opinion" !
Cette loi amende donc plusieurs articles du code pénal italien, dont l'article 283 (le seul que j'analyse ici, pour les autres je vous renvoie à cette page, en italien), intitulé : "Attentat à la Constitution de l'État". Voyons donc ce que disent l'ancienne version (1), et la nouvelle (2) :
Quiconque commet un acte visant à modifier la Constitution de l'État ou la forme du Gouvernement par des moyens non autorisés par le régime constitutionnel de l'État, est passible d'une peine d'emprisonnement non inférieure à douze ans.
Chiunque commette un fatto diretto a mutare la costituzione dello Stato, o la forma del Governo, con mezzi non consentiti dall'ordinamento costituzionale dello Stato, è punito con la reclusione non inferiore a dodici anni.
Quiconque, par la violence, commet un acte visant ou apte à modifier la Constitution de l'État ou la forme du Gouvernement est passible d'une peine d'emprisonnement non inférieure à cinq ans.
Chiunque, con atti violenti, commette un fatto diretto e idoneo a mutare la Costituzione dello Stato o la forma di Governo, è punito con la reclusione non inferiore a cinque anni.
Cette modification est triplement vicieuse et dangereuse :
Introduire "par la violence" signifie que tous les actes susceptibles de modifier la Constitution de l'État ou la forme du Gouvernement sans recours à la violence sont désormais parfaitement légaux ;
Éliminer "par des moyens non autorisés par le régime constitutionnel de l'État" signifie étendre pratiquement à l'infini la catégorie d'actes, pourvu qu'ils soient "sans violence"...
Réduire de 12 à 5 ans la peine minimale signifie de facto, dans le système juridique italien actuel, garantir l'impunité totale à quiconque attentera à la Constitution dès lors que, par extraordinaire, il se ferait prendre...
Maintenant si quelqu'un vole une valise, même vide, dans un aéroport, il risque d'en prendre pour six ans !
Dans l'Italie d'aujourd'hui, la démocratie vaut moins qu'une valise vide...
Ce billet m'a été inspiré par cette intervention de Solange Manfredi :
Suite au témoignage de Michele Riccio devant les juges Nino Di Matteo et Antonio Ingroia, qui a dévoilé que Marcello Dell'Utri était le personnage politique que lui avait indiqué Ilardo comme étant le "référent" de la mafia (circonstance qu'il n'avait jamais précisé dans ses rapports parce qu'il n'avait aucune confiance en ses supérieurs, dont Mario Mori), Dell'Utri est à présent officiellement inculpé dans le cadre de cette affaire. Rappelons que l'actuel sénateur Dell'Utri est déjà condamné à 9 ans de prison pour concours extérieur à une association mafieuse, et en attente de son jugement d'appel, dont les juges décideront, le 17 septembre, s'ils versent aussi au dossier les nouveaux éléments apportés par Massimo Ciancimino.
...posizione politica intendo portare il mio contributo (che non sarà di poco) perché questo triste evento non ne abbia a verificarsi. Sono convinto che questo evento onorevole Berlusconi vorrà mettere a disposizione una delle sue reti televisive.
Un morceau de phrase à la syntaxe décousue, où le scripteur dit qu'il aurait apporté son appui, important sans aucun doute, pour que le triste événement n'ait pas lieu (menaces de rapt ou de mort sur le fils aîné de Berlusconi), à condition que celui-ci laisse à la mafia le contrôle d'une de ses chaînes télévisées.
Entre parenthèses, observons que la mention "Onorevole" signifie que Berlusconi était déjà entré en politique, puisque le titre "Honorable" est réservé aux parlementaires (dont pour beaucoup, la moralité est inversement proportionnelle à l'honorabilité qu'on leur prête un peu trop facilement - et coupablement)...
La lettre originale, qui était entière, aurait été écrite par un lieutenant de Riina et aurait passé de main en main selon Ciancimino Junior : de Totò Riina à Bernardo Provenzano, de Provenzano à Vito Ciancimino, de Ciancimino père à Marcello Dell’Utri, de Dell’Utri à Berlusconi.
Donc pas de nouvelles révélations, retenues trop contradictoires, pour les juges qui instruisent actuellement le procès d'appel contre Dell’Utri, condamné à plus de 9 ans de prison pour concours mafieux en première instance, à l'issue d'un jugement qui a duré plus de 7 ans, et c'est pas fini... (près de 1800 pages, témoignant de plus de 900 épisodes où Dell'Utri est pris en train de magouiller avec des mafieux...) :
Ce même Marcello Dell'Utri, à l'origine de Forza Italia dans le cadre du très secret "projet Botticelli", fort des conseils éclairés de Vittorio Mangano, un chef mafieux défini un héros par les compères Berlusconi & Dell'Utri (alors même qu'ils s'acharnent à délégitimer tous les gens courageux qui combattent VRAIMENT la mafia), encore sénateur à l'heure où j'écris et membre du conseil municipal de Turin, vient d'ailleurs de demander l'ouverture d'une commission parlementaire pour enquêter sur les massacres perpétrés par la mafia en 1992-1993 !!!
Un peu comme si Mesrine avait demandé en son temps une commission parlementaire sur le grand banditisme...
Le 14 novembre 1998, le juge d'instruction de Florence, Giuseppe Soresina, observait que Berlusconi et Dell'Utri « avaient entretenu des relations pas seulement épisodiques avec les entités criminelles à qui les massacres étaient imputables ». À savoir le clan des Corléonais de Riina et Provenzano, chefs indiscutables de Cosa Nostra pendant plus de vingt ans.
Et le Tribunal de préciser : « Il y a une convergence objective entre les intérêts politiques de Cosa Nostra et quelques-unes des orientations programmatiques de la nouvelle formation politique [Forza Italia] : sur l'article 41-bis, sur la législation des collaborateurs de justice et sur le "garantisme" dans les procès, trop négligé dans la législation du début des années 90 ».
Et de conclure, dans sa demande d'archivage due à l'impossibilité d'avoir pu recueillir davantage d'éléments dans le délai de deux ans que la loi impose pour les enquêtes préliminaires, que non seulement l'hypothèse initiale (de l'implication de Berlusconi et Dell'Utri dans les massacres) avait conservé toute sa validité, mais qu'elle avait en outre « augmenté sa plausibilité » !
Quant au juge d'instruction de Caltanissetta, Giovanni Battista Tona, il écrivait dans l'acte d'archivage, en 2002 : « Les documents versés au dossier ont amplement démontré l'existence de nombreuses possibilités de contact entre les mafieux et des représentants ou des sociétés contrôlées d'une manière ou d'une autre par Berlusconi et Dell'Utri. Une circonstance qui légitime l'hypothèse selon laquelle, compte tenu du prestige des deux comparants, la mafia pouvait les avoir identifiés comme de nouveaux interlocuteurs ».
Toutefois, l'actuelle « friabilité des indices dont nous disposons impose l'archivage », car, bien qu'ils soient nombreux, ils résultent incertains et fragmentaires, et par conséquent inaptes à légitimer l'action pénale ou à exiger des approfondissements ultérieurs... (gli spunti indiziari a sostegno dell’ipotesi accusatoria, per quanto numerosi, risultano incerti e frammentari, pertanto inidonei a legittimare l’esercizio dell’azione penale e insuscettibili di ulteriore approfondimento.).
Ajoutons à cela qu'en 2001, la cour d'Appel de la cour d'Assises de Caltanissetta a consacré un chapitre entier à la question, le chapitre 14, intitulé : « Contacts entre Salvatore Riina, Marcello Dell'Utri et Silvio Berlusconi », dans lequel il résulte "prouvé" que la mafia avait noué avec eux « des rapports d'affaires fructueux, tout au moins en termes économiques ».
Tellement fructueux qu'en 1992, « le projet politique de Cosa Nostra au plan institutionnel a tenté de parvenir à de nouveaux équilibres et de nouvelles alliances avec de nouveaux référents du monde politique et économique », ce qui a conduit la mafia à « amener l'État à négocier pour permettre des changements politiques capables, grâce à de nouveaux contacts, d'assurer à Cosa Nostra des complicités semblables à celles dont elle avait pu bénéficier dans le passé ».
Par conséquent, ces gens-là doivent être pris très, TRÈS au sérieux ! Car comme Dell'Utri l'avait annoncé dès le mois d'août, il a formellement demandé l'ouverture d'une commission parlementaire, immédiatement appuyé par des membres de son camp (mais pas trop...), dans la tentative évidente de mettre son nez dans les enquêtes ultra-secrètes qui le concernent au premier chef, puisque la commission aurait forcément accès au travail des juges...
Car un nouveau repenti (Spatuzza) désigne nommément Dell'Utri, et ça les rend forcément nerveux (pour ne pas dire qu'ils ont carrément peur, très peur...) : même les dossiers archivés peuvent être rouverts à n'importe quel moment en présence de nouveaux éléments...
Moins d'une semaine avant, Berlusconi avait déclaré sur ces nouvelles instructions : « C'est de la folie pure. Je sais qu'il y a de nouveaux ferments, dans les parquets de Palerme et de Milan, qui ont repris les enquêtes sur les événements de 1992, 1993 et 1994. Ça me fait mal de voir que ces personnes, payées avec l'argent des contribuables, conspirent contre nous qui travaillons pour le bien du pays »...
Donc juste pour voir la manière dont ce couple infernal œuvre pour le bien du pays, il convient de s'arrêter un instant sur le jugement de première instance qui a condamné Dell'Utri à plus de 9 ans de prison, avec interdiction à vie d'exercer une charge publique...
Ça vaut le détour !
Dans sa dernière intervention hebdomadaire du lundi, Marco Travaglio consacre une section intitulée Nous avons les preuves qu'il commence en disant, quand bien même les nouvelles enquêtes feraient surgir de nouveaux éléments : « Je doute que les juges puissent découvrir quelque chose de plus grave que ce qui est déjà écrit dans le jugement de première instance ! ».
Un jugement qui parcourt quand même plus de trois décennies de contacts entre la mafia, Dell'Utri (au point d'avoir valu à Dell'Utri le titre d'ambassadeur de la mafia) et Berlusconi (comme durant la rencontre qui eut lieu à Milan à la fin des années 70, que les juges ont considéré "prouvée", réunissant autour d'une même table Stefano Bontate, Mimmo Teresi, Silvio Berlusconi et Marcello Dell'Utri, entre autres).
À noter qu'à l'époque, Bontate (ou Bontade) était pratiquement le chef des chefs de la mafia, fortement impliqué dans la maçonnerie secrète, un personnage terrible qui n'a franchement rien à envier à Liggio, Riina ou Provenzano.
Inutile de lire l'intégralité du jugement original, il suffit de consulter les pages 2 à 6 du document ci-dessus (je vous les traduirai probablement un jour, mais je pense que ça peut suffire pour aujourd'hui :-), où sont énumérés les chefs d'accusation de A) à D) dont Dell'Utri et Cinà ont été reconnus coupables.
Le brave homme, à l'époque président de Publitalia '80, la régie publicitaire de l'empire Berlusconi, avait exigé d'un sénateur, Vincenzo Garraffa, qui présidait une association sportive, 800 millions de lires (environ 400 000 euros) pour la sponsorisation d'une marque de bière, soit 50% de la valeur du contrat. Au noir, bien sûr. Face au refus de Garraffa, Dell'Utri l'avait menacé : « Je te conseille de revoir ta position. Nous avons les hommes et les moyens pour te forcer à changer d'avis ». Après quoi il lui avait envoyé la visite d'un chef de la mafia, Vincenzo Virga, lieutenant de Provenzano.
Preuve supplémentaire, si besoin était, des excellentes et durables relations entre Marcello et Cosa Nostra...
« Dans une démocratie normalement constituée, Silvio Berlusconi aurait été contraint à la démission. », affirmait récemment Jean-Marie Colombani.
Disons plutôt que dans « une démocratie normalement constituée », Silvio Berlusconi serait en prison et on aurait jeté la clé.
L'Italie n'est pas un pays à la dérive, c'est un pays gangrené jusqu'à la moëlle, des pieds à la tête, et comme les poissons, pour reprendre un dicton d'ici, elle commence à puer par la tête.
Ceci étant, dans le déclin irrémédiable, politique et humain, qui l'emporte lentement mais sûrement en dépit de l'emprise farouche sur le pouvoir qu'il continue d'exercer, Berlusconi n'arrête pas de surprendre.
Dans une conférence de presse surréaliste aux côtés de Zapatero, le meilleur chef d'état italien depuis 150 ans est revenu sur les soit-disant délits de Patrizia D'Addario, qui pourraient lui coûter 18 ans de prison...
Or l'un de ces "délits" concerne ses accusations, qualifiées d' "ordurières" par Berlusconi, et notamment le témoignage sur les véritables motifs pour lesquels Berlusconi n'a pas participé à la réception organisée le 4 novembre par la fondation Italia USA pour fêter la victoire historique de Barack Obama, alors qu'il était attendu pour sa "nuit américaine"...
Il avait mieux à faire avec ses trois invitées, ce qu'il dément formellement, faute de preuves...
Mais voilà qu'un mois et demi plus tard, Berlusconi a dû renoncer à certaines obligations institutionnelles à cause d'un autre empêchement de nature "physique". En effet, le 17 décembre, Berlusconi souffrait d'une déchirure musculaire que l'intervention de son kiné n'a pas suffi à soigner, au point qu'il n'a pu se rendre au palais présidentiel (le Quirinale) pour les traditionnels échanges de vœux entre le président du Conseil des Ministres et le président de la République italienne.
Une version officielle légèrement contredite par les "révélations" de Gianpaolo Tarantini, le fournisseur d'une trentaine d' «accompagnatrices» présentées à Silvio Berlusconi (qui vient juste d'être interpellé à l'aéroport de Bari comme dealer pour trafic de drogue...), si charitable qu'il les rétribuaient 1000 euros par nuit à l'insu de l'utilisateur final pour d' "éventuelles" prestations sexuelles...
Un peu comme aller aux putes quand c'est le maquereau qui paye, puisqu'on parle poissons...
Le jeune bienfaiteur, aujourd'hui inculpé pour «incitation à la prostitution, corruption et trafic de cocaïne», a déclaré ce qui suit durant l'un des interrogatoires :
Le 17 décembre, j'ai accompagné au Palais Grazioli (résidence de Berlusconi) Linda Santaguida et Camilla Cordeiro Charao, en payant uniquement cette dernière pour qu'elle reste avec le président...
Le 17 décembre, tiens donc. Le même jour que celui de la déchirure ! C'est ainsi qu'on apprend qu'il ne s'agissait pas d'un kiné mais d'une kiné, et à voir la tête de la kiné, beaucoup aimeraient avoir des déchirures plus souvent... (commentaire typiquement masculin, je vous l'accorde :)
Selon l'Espresso, entre août 2008 et janvier 2009, Silvio aurait organisé une fête tous les trois jours et sauté (entre autres...) les travaux d'ouverture de la 63ème Assemblée générale des Nations Unies.
Par contre Sarko y était en compagnie de Mesdames et Messieurs les représentants de tous les peuples du monde, et c'est aussi à ce genre de comportement qu'on voit les priorités des chefs d'État ! Je le dis sans ironie aucune.
Malgré ça, l'iceberg Berlusconi continue d'enregistrer la satisfaction de 6 italiens sur 10, c'est vraiment à vous faire désespérer de l'humanité !
P.S. Si Patrizia D'Addario est passible de 18 ans de prison à cause de ses "délits", proportionnellement Berlusconi devrait en prendre pour 18 siècles, au bas mot...