samedi 18 septembre 2010

L'iceberg Silvio Berlusconi - la partie immergée


Voir la PARTIE ÉMERGÉE
Les deux billets réunis en un seul : l'iceberg Silvio Berlusconi


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Introduction
LA PARTIE IMMERGÉE

(dernières nouveautés...)


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Introduction

S’il est vrai qu’un seul indice fait un indice, que deux indices font une coïncidence et trois indices une preuve, dans le cas de Silvio Berlusconi, ce n’est pas 3, mais 300 ou 3000 indices que nous avons…

Car s’il fallait mettre bout à bout tous les épisodes connus, avérés ou soupçonnés, concordants, répétés, recoupés, constants dans le temps, etc., où apparaît le nom de BERLUSCONI (Silvio et Paolo, les deux frères) au côté de mafieux, de trafiquants en tous genres, d’assassins, de terroristes, de voleurs, de corrompus, de condamnés, d’infâmes représentants de pouvoirs occultes, j’en passe et des funestes (…), et les cataloguer comme autant d’indices, nous obtiendrions une SOMME impressionnante, tellement impressionnante qu’à la limite elle est impossible à quantifier.

Historique, même. Déjà écrite noir sur blanc, depuis plus de 20 ans, consignée à la postérité dans des documents par centaines, traduits dans des dizaines de langues : livres, articles de journaux, reportages télé, rapports officiels, officieux, confidentiels ou publics, enquêtes, procès-verbaux, jugements prononcés et autres décisions de justice, dont certain(e)s ont même force de chose jugée, etc. Où j’inclus dans le « etc. » tout l’existant que nous ignorons, nous, les citoyens lambda, mais que tous les gouvernements – et leurs gouvernants – savent…

Donc, tout le matériel qui compose cette SOMME immense est-il destiné à rester sine die lettre morte, sans résultats, sans effets ? Apparemment sans aucune importance pour une majorité du peuple italien, abêti et avili, frappé de je-m’en-foutisme chronique autant que d’une forme aiguë et incurable de stockholmite ? Incapable de bouger le cul ou d’ouvrir la bouche pour protester contre l’indéfendable !

Probable qu’ils se sentent fidèlement représentés par ce sépulcre blanchi à la tête goudronnée. Coglioni et fiers de l’être, encore un peu et ils vont même l’élire président de la république…

Pas moi. Et je parle en mon nom : LE RAY (Jean-Marie et Paolo Bernard, père et fils). Je ne suis pas italien mais ma femme l’est. Et notre fils aussi. Condamnés à subir ce gouvernement de vils et de serviles, que nous n’avons pas choisi (tout au moins ma femme, puisque je ne vote pas en Italie, n’étant pas italien). Mais en général, sauf tendances suicidaires, il est rare que les cancéreux choisissent le degré de malignité de leur tumeur…

Il y a deux ans, dans un ouvrage très sérieusement documenté, intitulé Se li conosci li eviti (Si tu les connais, tu les évites), Peter Gomez et Marco Travaglio (les mêmes journalistes qui ont signé l'opuscule en 5 langues présenté au Parlement européen le 2 juillet 2003 par Gianni Vattimo), dénombraient près d’une soixantaine de députés et sénateurs appartenant au seul parti de Berlusconi avec un casier judiciaire peu ou prou chargé, du très chargé (Dell’Utri et Previti, pour ne citer qu’eux, mais également au plus haut niveau de l'état) aux moins chargés, et à peu près autant dans les autres partis, dans une transversalité et une continuité exemplaires, de droite à gauche en passant par le centre et de la première à la deuxième république, encore pire que son aînée, bien pire, et ce n’est pas peu dire !

Or non seulement ces chiffres ont augmenté depuis, mais c’est loin d’être fini… Ils sont comme les champignons, il en sort tous les jours. Espérons au moins qu’ils finiront comme les champignons, qui pourrissent par la queue :-)

Donc que chacun/e se fasse sa propre idée de la façon dont on pourrait qualifier cette SOMME.

Pour la « justice » italienne, ces montagnes d’archivages, de non-lieux, d’amnisties, de prescriptions, de classements sans suite, de silences assourdissants, d’affaires étouffées dans l’œuf (à tel point que même lorsque Berlusconi est pris en flagrant délit, la main dans le sac, c’est la faute au sac…), restent des indices !

Pour moi, c’est une preuve. Évidente. Incontestable. Et si pour certains ce ne saurait être une preuve de culpabilité, c’est en tout état de cause une preuve irréfutable d’immoralité, d'indignité, de malhonnêteté caractérisée, de fausseté impulsive. D’indécence, même. Et quoi qu’il en soit d’incompatibilité totale avec les caractéristiques que devrait réunir un homme ayant de telles responsabilités publiques, censé être « au service » de la nation !

Preuve qu’un homme tel que Silvio Berlusconi – qui empoisonne la vie politique italienne depuis maintenant plus de 15 ans, en prenant un pays entier en otage et en subordonnant les besoins de la collectivité à ses exigences privées, dictées par ses seuls intérêts et conflits d’intérêts, avouables et inavouables – est totalement inapte à guider une « démocratie ». Du reste je ne suis ni le seul ni le premier à le dire : dès son précédent gouvernement, The Economist titrait (et pourtant ils ne sont pas particulièrement « communistes » chez The Economist), avec Silvio en couverture (il aime ça) : “Why Silvio Berlusconi is unfit to lead Italy

Traduction : pourquoi Silvio Berlusconi est-il inapte à gouverner l'Italie ?

Et bien c'est ce que nous allons tenter d'expliquer en donnant un aperçu sommaire de la partie immergée de l'iceberg Silvio Berlusconi. [Début]

LA PARTIE IMMERGÉE DE L'ICEBERG

Depuis maintenant près de deux ans, c'est-à-dire depuis que Berlusconi a repris le pouvoir, le centre et le programme de la politique italienne peuvent se résumer à une seule question : comment sauver Berlusconi de ses procès ? Passés, présents et à venir...

Car il ne faut pas se leurrer, toutes les affaires évoquées dans la partie émergée ne sont rien par rapport à celles qui vont arriver, et qui sont déja arrivées...

Le curriculum judiciaire de Berlusconi est aussi riche que lui, et dès 1983 une note confidentielle de la Guardia di Finanza l'indiquait comme étant possiblement impliqué dans un trafic de drogue entre la Sicile, la France et d'autres régions d'Italie (notamment la Lombardie et le Latium) :


Dix ans plus tard, le 27 novembre 1993, le commissaire Fausto Cattaneo, responsable du Service "Informations sur la drogue" de la police suisse, transmet un rapport à toutes les autorités judiciaires suisses compétentes, dont Carla Del Ponte, rapport qui restera sans suites. Malheureusement...


Un rapport dont le contenu a été repris dans un livre intitulé « Comment j'ai infiltré les cartels de la drogue », paru chez Plon en 2001 (dont a également été tiré le film Dirty Money, l'infiltré), où le commissaire Fausto Cattaneo explique que dans le cadre de l'opération Mato Grosso, infiltré parmi les trafiquants de drogue brésiliens auprès de qui il se fait passer pour un avocat mafieux, l'un d'eux, un certain Juan Ripoll Mary, lui parle de l'empire économique et financier de Silvio Berlusconi, qui serait impliqué dans le blanchiment d'argent des narcotrafiquants...

Or à la même époque, à la veille de se lancer dans l'aventure politique, Berlusconi avoue que selon certains de ses plus fidèles conseillers, notamment Confalonieri et Letta, cette aventure était une folie qui aurait provoqué des enquêtes : « ils feront de tout pour me détruire, ils iront fouiller dans mes documents et diront que je suis un mafieux » (Confalonieri e Letta mi dicono che è una pazzia entrare in politica e mi distruggeranno, che faranno di tutto, andranno a frugare tutte le carte e diranno che sono un mafioso).

Marco Travaglio s'interroge : comment une telle pensée peut-elle venir à l'esprit d'un entrepreneur milanais ?

En tout cas, s'il y a quelqu'un qui était convaincu que Berlusconi était un mafieux, c'était bien Umberto Bossi ! Qui ne perdait pas une occasion pour attaquer Berlusconi avec violence et virulence : « Berlusconi, t'es un mafieux ? Réponds ! »

Voici la question - accompagnée de 11 autres - que titrait en Une le quotidien du parti de la Ligue du Nord, La Padania, en juillet 1998 :


Tellement convaincu, Umberto Bossi, qu'il contacta ... Fausto Cattaneo pour qu'il reprenne l'enquête dont il avait inexplicablement été dessaisi quelques années plus tôt, en se concentrant sur Silvio Berlusconi. L'ex-commissaire raconte :
En 1995, dans un premier temps, j'ai été contacté par des émissaires d'Umberto Bossi, puis par Bossi en personne. Depuis peu Bossi avait fait tomber le premier gouvernement Berlusconi, et lorsque la Ligue du Nord sut l'existence de mon rapport, ils voulurent me rencontrer, surtout pour obtenir des preuves des méfaits de Berlusconi et pour le détruire, tel qu'ils me l'expliquèrent à l'époque. C'est ainsi qu'au printemps 1995 je rencontrai dans un bar de Cadenazzo (Bellinzona) le député Roberto Calderoli et le professeur Gian Battista Gualdi. (...) Ils me demandèrent si j'en savais plus sur Berlusconi que ce que j'avais écrit dans le rapport. Ma réponse fut négative puisque l'enquête avait été stoppée pour des motifs extérieurs à ma volonté, mais je leur fis comprendre que j'aurais pu la poursuivre en tant qu'indépendant. Calderoli et Gualdi me répondirent qu'ils n'étaient pas autorisés pour décider et qu'ils en auraient parlé à Bossi. Quelques jours plus tard le professeur Gualdi me rappela en me disant que Bossi était prêt à me rencontrer à Milan, dans les locaux de la Ligue du Nord.

(...)

Je ne commis pas l'erreur d'aller seul au rendez-vous, où je me présentai avec deux amis, dont l'un était un commissaire de police à la retraite et l'autre un journaliste. D'emblée Bossi joua au dur, il semblait énervé par notre présence. Mais lorsque je lui fis comprendre que c'était lui qui m'avait contacté en premier, il changea d'attitude et commença à en dire de toutes les couleurs sur Silvio Berlusconi. Quelques jours après, le professeur Gualdi me fit savoir qu'ils avaient débloqué une première avance de 8 millions de lires, remis de la main à la main au péage de l'autoroute Como Nord. Je pus donc me rendre au Brésil pour tenter de renouer les fils de l'enquête sur Juan Ripoll Mary. C'est ainsi que découvris qu'un congrès de la Fininvest se déroulait dans un hôtel appartenant à un ami intime de Ripoll Mary, où le service de sécurité ne me permit pas d'entrer. Au terme de mon séjour à Rio De Janeiro, je rentrai en Italie et communiquai à l'entourage d'Umberto Bossi que les choses procédaient. Depuis ce jour-là, ils ne reprirent jamais contact avec moi.
Par contre depuis cette époque, au moins en apparence, Bossi et Berlusconi sont devenus copains comme cochons...

Quant au recyclage d'énormes sommes mis en place par Ripoll Mary entre le Brésil et la Suisse, il avait pour but de financer la réalisation d'une ville pharaonique, pas moins que ça, humblement dénommée Nouvelle Atlantide, pour laquelle les projets étaient déjà prêts et un investissement prévu de 20 milliards de dollars. [Début]

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Le parallèle intéressant, dans cette histoire, c'est qu'en Italie, dans les années 1970, un jeune entrepreneur milanais édifie une ville dans la ville, baptisée Milan 2. Le 11 mars 1976, sur le quotidien La Repubblica, Giorgio Bocca s'interroge :
“Milan est la ville où un certain Berlusconi, 34 ans, est en train de construire "Milano 2", un chantier qui coûte 500 millions de lires par jour. Qui lui a donné cet argent ? Nul ne le sait. Qui lui a donné les permis de construire et l'autorisation de détourner le trafic aérien pour que les avions ne passent plus au-dessus de son quartier ? Ça on le sait, même si on ignore le reste. Comment est-il possible qu'un jeunot de 34 ans comme ce Berlusconi ait son “jet” personnel qui le mène aux Caraïbes, où il prend son bateau qui serait en fait un navire océanographique ? Nous serions quand même très curieux et très intéressés de connaître des lèvres de Monsieur Berlusconi l'histoire de sa vie : qu'il nous raconte comment fait-on pour passer de l'aiguille au million, ou du million aux cent milliards”.
Oui, qui lui a donné cet argent ?

Un jeunot qui se faisait déjà photographier dans les bureaux de sa société de construction, Edilnord, avec un 357 magnum bien en vue sur son bureau !


Pour autant, Berlusconi lui-même n'a JAMAIS répondu à cette question ! Et la seule fois où il aurait pu le faire, officiellement, il ne l'a pas fait, en perdant ainsi une occasion unique d'éclaircir une fois pour toutes l'origine inépuisable des fonds qui lui ont permis, en quelques années à peine, de créer son empire en partant de RIEN...

C'était au procès de première instance au terme duquel son éminence noire et ami, le sénateur Marcello Dell'Utri, a été condamné à 9 ans de prison pour concours externe en association mafieuse (condamnation réduite en appel à 7 ans), lorsque les magistrats de Palerme vinrent à Rome, le 26 novembre 2002, directement au Palais Chigi (le palais de la présidence du Conseil des ministtres), pour écouter son témoignage (requis à la fois par le Parquet et par les avocats de la défense de Dell'Utri et Cinà) sur une précédente enquête concernant Berlusconi et Dell'Utri pour blanchiment d'argent mafieux.

Berlusconi choisit alors de ne pas répondre aux questions des magistrats, une faculté que lui confère la loi. Donc au plan formel, rien à dire. Dura lex, sed lex...

Sauf que les ombres restent. Et le rattrapent, par la voix de Massimo Ciancimino, qui explique que son père et d'autres chefs mafieux ont investi beaucoup d'argent dans Milano 2...

L'avocat de Berlusconi, le député Niccolo Ghedini, déclare évidemment que rien n'est vrai, que « le complexe immobilier, Milano 2, a été entièrement financé par la vente anticipée des appartements », et que Berlusconi n'a jamais au grand jamais entretenu de relations d'affaires avec Vito Ciancimino, ex-maire mafieux de Palerme et père de Massimo.

En clair, ce serait la parole de Berlusconi contre celle de Massimo Ciancimino. Oui mais voilà, le fils de Don Vito étaye ses affirmations par une montagne de documentation. Dont un chèque de 35 millions de lires signé par Silvio Berlusconi et adressé à Ciancimino père pour financer son parti politique.

Mais surtout, bien plus grave, Massimo et maintenant sa mère, fournissent aux magistrats un mémorandum détaillé qui devrait leur permettre de retrouver traces des opérations financières.

Où Vito Ciancimino, outre mentionner les noms de deux constructeurs impliqués, condamnés ensuite pour mafia, Nino Buscemi et Franco Bonura, dit explicitement que lui, Marcello Dell'Utri et, indirectement, Silvio Berlusconi, sont les "enfants de la même louve" :
Nous appartenons au même système, même si nous avons été traités différemment uniquement pour des raisons géographiques.

Aussi bien Vito Ciancimino que Marcello Dell'Utri ont développé leurs affaires en liaison étroite avec le monde politico-mafieux notoirement connu, comme cela a été décrit dans de nombreux rapports judiciaires.

Dès les années 80, l'Interpol de Milan avait amplement documenté la proximité et les relations directes entre Dell'Utri et des représentants mafieux...


Dans un document remis au juge par l'épouse Ciancimino, femme de Vito et mère de Massimo, on peut lire ceci :
Moi-même, Vito Ciancimino, et d'autres amis entrepreneurs, sur indication de Dell’Utri, nous avons jugé bon d'investir dans des entreprises rattachées à Berlusconi. C'est ainsi que nous avons injecté plusieurs milliards de lires dans des spéculations immobilières à la périphérie proche de Milan.
Et son fils d'ajouter : mon père était en colère parce que lui et Berlusconi avaient été différemment traités uniquement à cause de raisons géographiques. Il ne demandait pas la condamnation de Berlusconi mais il était convaincu que si lui aussi avait été mis en examen à Milan, comme Dell’Utri, il aurait été absous. De même, l'argent correspondant au retour sur ces investissements a fini par être saisi à Ciancimino père, tandis que jamais personne n'a rien contesté à Berlusconi sur ce point...

Quoi qu'il en soit, les documents de Ciancimino père, qui ont été expertisés et jugés authentiques (selon Ghedini, ils sont diffamatoires, tandis que selon Sonia Alfano, parlementaire européenne, ils sont la énième confirmation des relations directes entre Berlusconi et Cosa Nostra...), contiennent aussi une lettre manuscrite envoyée à Antonio Fazio, alors dirigeant de la Banca d'Italia, dont le nom faisait partie des candidats possibles pour gouverner le pays à une époque particulièrement tragique pour l'Italie (1992 - 1993), dans laquelle il fournit son interprétation des meurtres de l'eurodéputé andreottien Salvo Lima et des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

J'ai traduit cette lettre, qui me touche particulièrement :


Je soussigné, Vito Ciancimino, notoirement connu, souhaite vous soumettre la présente pour qu’elle vous serve de mémorandum, à l’avenir, si vous décidez vraiment de vous lancer dans l’arène politique, comme certains Amis du régime me l’ont suggéré. Mais tout d’abord, il est de mon devoir de préciser que, directement et indirectement, je fais moi-même partie de ce « Régime » qui, aujourd'hui, autant à cause de ses erreurs que des miennes, tentera certainement de vous forcer, alors que vous-même êtes une personne au-dessus des parties, que j’ai appris à estimer et apprécier au fil du temps, pour vous convaincre de prendre les rênes d'un pays au bord du gouffre. J'ai été condamné pour crime de mafia sur les indications du régime et de personnes au côté desquelles certains mafieux sont de vrais gentlemen.

Dès 1984, pour répondre à un mandat précis desdites personnes, il a été décidé, après avoir adhéré à toutes leurs revendications, de sortir d’un tiroir un vieux rapport de la Criminalpol transmis en Italie trois ans auparavant, et d'armer l’action judiciaire du juge Falcone pour éliminer Vito Ciancimino de la scène politique. C’est ainsi que fut décidée une véritable épuration, uniquement interrompue par le suicide du député Rosario Nicoletti. Les dirigeants de la démocratie-chrétienne décidèrent alors de serrer les rangs autour du décès de leur secrétaire régional palermitain. Ces mêmes personnes, par l’intermédiaire du comte Vaselli, me firent ensuite contacter par Gianni De Gennaro, autant pour me préparer au triste événement que pour contrôler les réactions et les dommages que mon arrestation aurait pu causer à leur nouveau "projet". Mais c’est bien cette année-là que le « régime » mit au point son chef-d'œuvre. Je suis fermement convaincu que la main de la mafia fut armée sur ordre de ces personnes, afin d’assassiner Salvo Lima, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

Or faisant partie de ce régime, je suis conscient que, par le simple fait d’en faire partie, j’en serai bientôt exclu. Pour l'heure, je sers encore à leurs derniers desseins avant le « chef-d'œuvre final ». Mais après une première tentative scélérate de solution avancée par le colonel Mori pour stopper l’attaque terroriste mafieuse, énième arme aux mains du régime, interrompue de facto par l'assassinat du juge Borsellino, très certainement prêt à s’opposer résolument à cet accord, finalement, sous la contrainte des événements, il fut décidé d'accepter la seule solution possible pour tenter de ralentir ce flot de sang, qui n’était pourtant qu'une partie du plan subversif.

À plusieurs reprises, en vain (je pourrai produire toute la documentation), j'ai demandé à être entendu par la Commission Antimafia, à la seule condition que tout aurait dû être diffusé en direct à la télévision, dans le seul but de dénoncer à l’opinion publique italienne les événements dont je ne dévoile ici qu’une fraction minime, événements qui furent un instrument aux mains du pouvoir dont je fais moi-même partie. Ce même régime que j'ai dénoncé publiquement comme étant « Le Grand Architecte », est composé d'hommes des Institutions que je connais bien par leurs noms et leurs prénoms. Or mon sentiment est qu’avec la chute du mur de Berlin se sont aussi écroulés les véritables motifs et les postulats de base pour lesquels, en son temps, j'avais adhéré à toute cette histoire. En revanche, la tentative actuellement en cours pour pouvoir participer directement à la vie politique future de notre pays n’est que le énième acte scélérat, auquel non seulement je n’entends pas prendre part, mais également que je tiens à dénoncer. L’ensemble de l’ancienne hiérarchie politique sera destinée à s’aligner à ce nouveau cours de l'histoire de notre République, qui jette aujourd’hui ses bases non plus sur une simple escroquerie, mais sur « un véritable carnage ». Je peux évidemment fournir toute la documentation connexe pour preuve de ce que j’avance, ainsi que les noms et prénoms des personnes impliquées.


Le véritable carnage, ce sont les bombes de 1992-1993, beaucoup de sang versé, le sang innocent d'italiennes et d'italiens honnêtes sur lequel se fonde le pacte état-mafia qui a donné naissance à la IIe République italienne.

Celle que nous connaissons aujourd'hui et qui a pour actuel président du Conseil un certain Silvio Berlusconi !

Comment est-ce possible ? C'est la question que je me pose tous les jours, encore sans réponse... [Début]


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P.S. Il y a quelques jours, Salvatore Riina a été autorisé à voir son fils aîné, lui aussi en prison, pour la première fois depuis 14 ans. Leur entretien, qui a été enregistré, est une leçon magistrale du langage mafieux où le plus explicite est dans les non-dits. Or pour Riina, les seuls véritables infâmes - l'insulte suprême pour un chef mafieux - sont Vito Ciancimino et son fils. Mais paradoxalement, c'est le plus grand gage qu'il puisse donner du sérieux et de l'authenticité de leur témoignage...

[MàJ - 21 septembre 2010] À ce propos, permettez-moi de vous signaler deux nouveautés très intéressantes, que j'ai apprises hier lundi (alors que mon billet date de l'avant-veille, samedi) en suivant le point hebdomadaire sur la situation italienne de Marco Travaglio, que voici en images (et en texte) :



  1. Concernant le chèque de 35 millions de lires signé Berlusconi (dont parlait déjà Massimo dans une écoute téléphonique qui remonte au 5 mars 2004...), il était vraisemblablement destiné à financer le parti politique de Ciancimino, la DC, et serait datable dans une fourchette comprise entre 1979 et 1983 (c'est-à-dire à la grande époque où les fonds d'origine suspecte, pour employer un euphémisme, arrivent par milliards dans les caisses de Fininvest, l'empire de Berlusconi) : en effet, Vito Ciancimino note par écrit sur un "pizzino" (littéralement, un bout de papier, mais à forte connotation mafieuse, puisque c'est le moyen traditionnel utilisé par les chefs mafieux - et notamment Provenzano - pour communiquer) que cet argent lui sert à l'achat de cartes pour la période 79/83 (acquisto tessere periodo 79/83), c'est-à-dire l'achat de fausses cartes d'adhésion à la Démocratie chrétienne pour passer devant ses concurrents politiques et se faire élire en Sicile.
  2. Outre le chèque, l'épouse Ciancimino fournit également un autre "pizzino", vraisemblablement datable en 2001 (l'expertise est en cours, mais 2001 c'est l'époque où Berlusconi est en passe - ou vient - d'être réélu président du Conseil pour son deuxième gouvernement, après avoir conquis 61 sièges sur 61 en Sicile, du jamais vu...), destiné à Bernardo Provenzano, sur lequel son mari écrit ceci :
    “sur les 100 millions reçus de Berlusconi, 75 vont à Benedetto Spera et 25 à mon fils, Massimo, mais il faudrait dire à nos amis qu'ils arrêtent leurs conneries et pensent à résoudre nos problèmes judiciaires”...
    En clair, Benedetto Spera est le bras droit de Provenzano, et il serait temps que le parti politique élu grâce aux votes de la mafia fasse adopter une législation plus souple et adaptée aux exigences mafieuses, écrites noir sur blanc dans le "papello"...

    Pourtant, dès sa première élection, Berlusconi avait montré toute sa bonne volonté, puisque dès le 13 juillet 1994 (deux mois à peine après la composition de son premier gouvernement, entré en fonction le 10 mai 1994), il s'était empressé de faire promulguer le tristement fameux "décret-loi Biondi" (du nom de son ministre de la "justice", Alfredo Biondi), autrement dénommée loi "salva-ladri" (le salut des voleurs), qui aurait permis de libérer tout le monde (y compris les couples de corrompus/corrupteurs - qui vont toujours par paire - condamnés dans le cadre de l'opération Mains propres...), sous le généreux prétexte de désengorger les prisons !

    Le lendemain, 14 juillet 1994, Antonio Di Pietro, alors au plus haut de sa popularité, avait lu un communiqué de presse télévisé, au nom de l'ensemble du pool milanais, pour annoncer à la nation leur intention de tout abandonner :
    Convaincus que la nécessité de faire observer la loi vis-à-vis de tous les citoyens était une opinion généralement partagée, nous avons travaillé intensément pour servir notre pays jusqu'au bout.

    (...)

    Or ce décret-loi ne permet plus aux magistrats de lutter efficacement contre les crimes sur lesquels ils enquêtent. (...) Nous avons donc informé le Procureur de la République de notre intention d'être mutés au plus vite vers des missions où nous ne serons plus obligés de nous heurter entre ce que notre conscience nous dicte et ce que la loi nous impose.
    Face à l'énorme levée de boucliers qui s'ensuivit, Berlusconi fut obligé de faire marche arrière, avant que son gouvernement ne tombe six mois plus tard...

    * * *

    Le 22 décembre 2002, dans l'année qui a suivi la deuxième accession de Berlusconi à la présidence du Conseil, au stade de Palerme se jouait le match Palerme - Ascoli (Ascoli étant la ville où Salvatore Riina purgeait alors sa peine), durant lequel toute l'Italie put voir à la télé le message suivant :

    UNITI CONTRO IL 41 BIS
    BERLUSCONI dimentica LA SICILIA!


Traduction : Unis contre le 41-bis, Berlusconi oublie la Sicile ! (Il faut savoir que l'assouplissement des conditions de détentions très strictes fixées par l'article 41-bis, qui établit un régime carcéral de très haute sécurité pour les chefs mafieux, est le premier point négocié par la mafia dans le "papello"). Une façon comme une autre, donc, de faire comprendre aux "amis" qu'ils arrêtent leurs conneries et pensent à résoudre, enfin, les problèmes judiciaires de la mafia...

Et Marco Travaglio de se demander (j'adapte) : c'est quoi, ces 100 millions de lires "donnés" par Berlusconi dont parle Ciancimino père ? Un versement fixe, mensuel, trimestriel, semestriel, de Berlusconi à Ciancimino ? Et c'est quoi cette répartition, 25% à Ciancimino et 75% à Benedetto Spera ? En échange de quoi ? Depuis quand Berlusconi a-t-il pris l'habitude de payer la mafia, de quoi s'agit-il ? Ce sont les dividendes d'anciennes participations actionnariales ? Ce sont des cadeaux ? Des pots-de-vin ? Mystère ! Même si de toute évidence ça n'a rien à voir avec l'autre chèque de 35 millions, puisqu'à l'époque où il l'a signé, Berlusconi n'était pas encore en politique...

Voilà pour aujourd'hui. En fait, ma précédente conclusion n'a pas changé : toujours de plus en plus de questions, toujours de moins en moins de réponses ! [Début]

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jeudi 9 septembre 2010

Le Château Trompette à Bordeaux


Dans mon premier billet intitulé Bordeaux et le château Trompette, publié il y a deux ans déjà, j'écrivais :
Maintenant, si quelqu'un a de plus amples précisions, voire des illustrations ou des plans du véritable château Trompette, ce serait sympa de nous en faire profiter. :-)
Et bien aujourd'hui c'est chose faite ! Grâce aux liens proposés par Monsieur B. Majour, et grâce à la maquette du château Trompette par Vauban, photographiée à Paris par Sandynette, au musée des Invalides, un document exceptionnel :

Maquette du château Trompette par Vauban
il est enfin possible de matérialiser ce fameux Château Trompette ! En observant le positionnement de la maquette, la partie sombre en arrière-plan correspond au cours de la Garonne, et la pointe du triangle en premier plan approximativement à l'endroit où se dresse aujourd'hui la colonne du monument aux Girondins.

Le château recouvrait à peu près l'ensemble des Quinconces, soit une surface d'environ 12 hectares :

Esplanade des Quinconces vue du ciel
(© Thomas Sanson - Mairie de Bordeaux)

Donc, comme dit Sandynette en commentaire, désormais, « pour moi, il n'est plus virtuel ! »

Et pour nous non plus, grâce à elle. En revanche, les liens fournis par B. Majour nous permettent d'en savoir plus sur l'évolution du château Trompette au fil des siècles. Le voici au XVe siècle :

Château Trompette au XV° siècle
et au XVIIe :

Château Trompette au XVII° siècle
Cette maquette montrant le château Trompette tel qu'il fut remanié sous la direction de Vauban (je vous conseille d'ailleurs de lire les fiches accompagnant les illustrations), qui se trouve au musée des Plans & Reliefs de Paris, est bien celle photographiée par Sandynette :

Maquette du château Trompette par Vauban
Le voici sous un autre angle :

Le château Trompette en largeur
Enfin, sur cet autre lien fourni par M. Majour, on peut voir cette gravure illustrant :
... les murs de "la première ville de Bordeaux" , "les fossés" rappelant les rivières coulant au cœur de la cité, "le château du Hâ" (réduit aujourd'hui à ses deux tours), quelques "portes" (Dijeaux, St-Germain, Salinières, etc..), "le château Trompette" (deux forts successifs aux XVe et XVIIe siècles) définitivement rasé en 1818 (auj. place des Quinconces), etc.

Château Trompette - Murs de Burdigala
Malheureusement, la vignette du château Trompette proposée sur la page Web de M. Pierre Morpain, est trop petite pour qu'on puisse y distinguer quoi que ce soit, c'est bien dommage.

Par contre le site Vallée du Dropt nous offre deux cartes anciennes où l'on peut voir des cartographies situant parfaitement le château Trompette, la première d'un Plan de la ville de Bordeaux avec "ses vielles et nouvelles fortifications", publié en 1653 (Pierre Duval, 1619-1683) :

Château Trompette, plan de Bordeaux avec ses vielles et nouvelles fortifications, 1653
Quant au deuxième plan géométral de Bordeaux, "levé par les ordres de M. de Tourny, Intendant de la Généralité", il date d'un siècle plus tard, en 1754 :

Le Château Trompette, plan géométral de Bordeaux, 1754
Vu du haut, voici la place qu'il occupait :

Perspective du Château Trompette, plan géométral de Bordeaux, 1754
Voilà, j'espère avoir réuni en un seul billet tout ce qu'on peut trouver d'intéressant sur le Web à propos de ce fameux château Trompette, et dire que toute cette histoire est partie d'un scoop raté !

Sachez enfin que, par mot clé, le château Trompette est au troisième rang pour les internautes qui visitent mon blog par les moteurs, juste après Facebook et le binôme Google+traduction !!!

Pour l'anecdote, le quatrième est doigtage, mais c'est un accident de parcours :-)

Merci encore à Monsieur B. Majour et à Sandynette de nous avoir fait profiter de leurs découvertes, et si cela peut inspirer d'autres personnes ayant des infos inédites sur le château Tompette, je serai heureux de les faire partager sur ce billet !


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dimanche 5 septembre 2010

Renato Schifani


Les lourds nuages noirs qui s'accumulent sur le président du Sénat italien
Les zones d'ombre de Renato Schifani
Conclusion


[MàJ - 30 septembre 2010] Une enquête du Parquet de Palerme serait actuellement ouverte à son encontre pour "concours externe en association mafieuse" (même accusation que Marcello Dell'Utri) (info immédiatement démentie, puis reconfirmée dans la foulée) ("accusations fausses et infamantes" selon Schifani)...

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Les lourds nuages noirs qui s'accumulent sur le président du Sénat italien

Dans Imaginez un pays..., j'avais oublié de mentionner la deuxième charge de l'état italien, l'actuel président du Sénat, Renato Schifani. J'y ai rapidement fait allusion dans La mafia en Italie en précisant qu'il avait été suspecté d'être proche de l'organisation mafieuse, en bonne compagnie au sein de cet état délinquant qu'est l'Italie d'aujourd'hui...

Or il est maintenant directement mis en cause par Gasparre Spatuzza, repenti jugé fiable par les magistrats de trois Parquets (Florence, Palerme et Caltanissetta) qui enquêtent sur la saison meurtrière de 1992-1993, et que le gouvernement de Silvio Berlusconi s'entête à ne pas vouloir protéger (une grande première dans l'histoire du pays) sous les prétextes les plus faux et détournés, et cela au moment même où Berlusconi et son compère Dell'Utri sont TRÈS PROBABLEMENT mis en examen par les trois Parquets susmentionnés comme commanditaires des attentats meurtriers de l'époque...

Mais avant d'arriver à Spatuzza, signalons que Schifani a déjà été mis en cause par au moins trois autres repentis, au point qu'il a déjà fait l'objet de TROIS enquêtes (ce dont PERSONNE n'a JAMAIS entendu parler en Italie...) pour association mafieuse : une nuance d'importance, puisque contrairement à Dell'Utri, déjà condamné en appel à 7 ans de prison pour concours externe en association mafieuse, la différence entre association mafieuse et concours externe en association mafieuse signifie que, dans le premier cas, la personne impliquée est une partie "organique" de la mafia, alors que, dans le second cas, même si la personne favorise la mafia, elle reste "en dehors" de l'organisation.

D'abord, le 20 août dernier, le journaliste Marco Lillo du Fatto nous apprend que l'actuel président du Sénat italien a déjà fait l'objet de TROIS enquêtes pour association mafieuse, toutes trois archivées en 2002, ce qui ne veut pas dire absolution, loin de là, mais juste que les preuves nécessaires à un jugement n'ont pas pu être réunies dans les délais de loi imposés pour mettre fin à l'enquête. En clair, une enquête archivée est toujours susceptible d'être rouverte lorsque des éléments nouveaux interviennent.


Et il faut bien convenir que le témoignage de Spatuzza, qui accuse Renato Schifani d'avoir fait la liaison entre Dell'Utri/Berlusconi et les frères Graviano, est un élément d'une extrême nouveauté, entièrement à éclaircir.

Face à ces accusations, le président du Sénat se déclare indigné mais serein, prêt à éclaircir sa position devant les juges ! Nous verrons...

Mais d'ores et déjà, Salvatore Borsellino, frère de Paolo, demande sa démission.

En attendant, voici une chronologie des "supposées" relations de Schifani avec la mafia. Des relations dont on a commencé à avoir un écho avec la sortie en 2007 d'un livre intitulé "I Complici" (Les complices), écrit par Lirio Abbate (menacé de mort par la mafia) et Peter Gomez, où les auteurs racontent qu'en 1979, une société sicilienne de courtage et de recouvrement de crédit (tout un programme...), la Sicula Brokers, comptait parmi ses associés :
  • Nino Mandalà, "avocat" très proche de Bernardo Provenzano, destiné à devenir le boss mafieux de Villabate où il a fait pendant des années la pluie et le beau temps (la municipalité de Villabate fut dissoute deux fois pour mafia...) ;

  • Benny D’Agostino, entrepreneur BTP, définitivement condamné pour concours externe en association mafieuse au moment même où Schifani devenait président du Sénat (par un étrange jeu du destin), ami de Michele Greco (le "pape" de la coupole mafieuse sicilienne à l'époque) ;

  • Giuseppe Lombardo, administrateur des sociétés des cousins Nino et Ignazio Salvo, jugés pour leur participation à l'association mafieuse au maxi-procès de Parlerme (instruit par Giovanni Falcone & Paolo Borsellino), dont l'un est décédé de mort naturelle et l'autre assassiné par la mafia, puni comme Salvo Lima pour n'avoir pas su éviter la condamnation à perpétuité de tous les chefs mafieux... ;

  • Enrico La Loggia, actuel député du parti de Silvio Berlusconi, qui a récemment cité en justice une autre parlementaire, Sonia Alfano (dont le père, journaliste, fut assassiné par la mafia), pour avoir osé relater une écoute téléphonique entre Mandalà et La Loggia, dont la teneur ne laisserait guère place au doute :
    Enrico, tu sais d'où je viens, qui je suis et ce que je faisais avec ton père… Je suis un mafieux comme ton père l'était, puisqu'avec ton père nous allions ensemble à Villalba pour quémander les votes à Turiddu Malta, chef mafieux de Vallelunga… Aujourd'hui ton père n'est plus là, mais moi je peux encore le dire, que c'était un mafieux…
    Abbate et Gomez racontent dans leur livre (p. 86) que la circonstance fut confirmée par une pointure comme Nick Gentile, conseiller d'Al Capone et de Lucky Luciano... ;

  • et enfin, last but not least, Renato Schifani, actuel président du Sénat italien...
Rien que du beau monde, en fait. Le dimanche 10 mai 2008, durant l'émission de Fabio Fazio su RAI 3, Che tempo che fa, Marco Travaglio, reprenait l'épisode mentionné dans le livre I Complici pour attaquer l'indécence d'hommes politiques imprésentables :



Le lendemain, Schifani répond par la phrase suivante : « Des faits sans importance et manipulés qui n'ont pas même la dignité pour faire naître les soupçons... » (Fatti inconsistenti e manipolati che non hanno nemmeno la dignità per generare sospetti).

Quant à Travaglio, après avoir subi des attaques en règle, tous partis confondus, à l'exception notable d'Antonio Di Pietro, il fut assigné ensuite en justice par Schifani pour diffamation, qui demandait globalement 1 750 000 € (un million sept cent cinquante mille euros) au titre des préjudices (vs. 1 300 000 € à Antonio Tabucchi, j'ignore si l'affaire a déjà été jugée)...

Le 25 mai 2010, en première instance, le Tribunal de Turin condamnait effectivement Marco Travaglio, mais à payer ... moins de 1% de la somme prétendue par Schifani, et sûrement pas pour les motivations qu'aurait souhaitées le président du Sénat : en fait, Travaglio a été condamné uniquement pour avoir associé l'homme Schifani à de "la moisissure" et à un "ver de terre" durant l'émission, mais en aucun cas pour avoir évoqué ses "supposées" relations avec la mafia, sur lesquelles le Tribunal a jugé que « la connaissance des infos relatées était d'intérêt public, qu'elles étaient substantiellement vraies, que les différents épisodes racontés étaient suffisamment contextualisés et que le ton de leur exposition était contenu »... (“ravvisandosi l’interesse pubblico alla conoscenza delle notizie narrate, la sostanziale verità delle stesse, la contestualizzazione dei vari episodi narrati e la continenza dell’esposizione”).

Le Tribunal apporte par conséquent un lourd démenti à l'évaluation de Schifani lui-même, selon qui il ne se serait agi que de « faits sans importance et manipulés (n'ayant) pas même la dignité pour faire naître les soupçons... »

Et le juge de poursuivre :
A fortiori, il y a lieu d'attendre des personnalités qui occupent des fonctions publiques que leurs parcours professionnels soient sans zones d'ombre, ou pour le moins qu'elles soient capables d'être critiques vis-à-vis de relations qu'elles auraient eu dans le passé, éventuellement sans en avoir conscience, avec des sujets qui ont fait l'objet d'enquêtes judiciaires - même successives - ayant prouvé leur implication (ou tout au moins leur contiguïté) avec des organisations criminelles opérant dans un territoire identifiable comme bassin électoral de ces mêmes politiques.
Tout en indiquant que certains passages de l'acte de citation (de Schifani) sont erronés : « Il n'est pas vrai de dire que (Travaglio) n'a pas fait ressortir le fait que (Schifani) avait fortement contesté le contenu des déclarations du ‘repenti’ Campanella… » (“Non corrisponde a verità che il convenuto non abbia evidenziato che l’attore aveva sostanzialmente contestato il contenuto delle dichiarazioni del ‘pentito’ Campanella…”)

Mais qui est Francesco Campanella, le ‘repenti’ qui accuse le sénateur Schifani ?

Considéré le bras droit de Nino Mandalà, chef mafieux de Villabate (ex-associé de Schifani dans la société Sicula Brokers, voir plus haut), jusqu'à ce qu'il soit arrêté pour mafia, ce fut le secrétaire national des jeunes de l'UDEUR (à l'époque le parti de Mastella, grand accusateur de Luigi De Magistris, voir ici pour avoir une idée du personnage), une personnalité politique de premier plan, et accessoirement responsable d'avoir falsifié les papiers de Bernardo Provenzano pour qu'il puisse aller se faire opérer à Marseille (le chirurgien, M. Lecoq, a d'ailleurs eu plus de chance que son confrère italien, le jeune urologue Attilio Manca que Provenzano a fait assassiner, probablement parce qu'il en savait trop sur son compte...).

Or s'il est vrai que Schifani a vigoureusement protesté contre les accusations de Campanella et l'a assigné en justice pour diffamation, il est tout aussi vrai que le Tribunal a archivé l'affaire, ce qui a fortement irrité ... Campanella, lequel en rajoute une couche, en accusant carrément Schifani d'avoir été réticent dans son témoignage sur ses activités de consultant !

Un à un, la balle au centre, on recommence. Car la partie est loin d'être jouée et les zones d'ombre semblent s'accumuler sous un ciel chargé, pour le président du Sénat, de lourds nuages noirs. [Début]

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Les zones d'ombre de Renato Schifani

Dans une lettre envoyée le 6 juillet 1993 à leurs collègues de Palerme, les agents de la "Procura distrettuale antimafia" de Bologne demandent que leur soient transmises des informations sur 9 personnes qui, selon la Guardia di Finanza, auraient joué "un rôle décisif dans la mise au point d'accords" pour l'acquisition d'Urafin, une société en faillite, dont l'avocat Schifani, de Palerme, qui se serait occupé de la phase contractuelle de l'affaire.

Or, en parallèle à cette escroquerie (l'affaire Urafin), l'avocat Schifani se serait également occupé des intérêts d'un certain Giovanni Costa, entrepreneur de Villabate, aujourd'hui condamné à 9 ans de prison pour blanchiment d'argent mafieux. Et si Renato Schifani ne semble pas avoir gardé un souvenir impérissable de Costa, la réciproque est moins sûre, puisque selon Giovanni Costa, Schifani fut son consultant de confiance pendant des années, celui qui résolvait les affaires les plus difficiles, au point qu'il aurait décidé de citer Schifani comme témoin à son procès d'appel...

Costa observe par ailleurs qu'on n'entend jamais parler d'autres "vieux" clients de Schifani, qui avaient pourtant un certain "poids" à Palerme (molti nomi di suoi ex clienti non vengono fatti. Eppure erano persone che all'epoca avevano un peso a Palermo)...

On sait du reste que Schifani comptait déjà parmi ses clients Giovanni Bontate, frère de Stefano, chef des chefs de la mafia dans les années 70 avant d'être assassiné le jour de son 42e anniversaire par Pino Greco, neveu de Michele dont il est question plus haut.

Selon un autre repenti de premier plan, Francesco Di Carlo, chef mafieux d'Altofonte pendant trente ans, c'est du reste à ce même Stefano Bontate que Berlusconi demanda protection car il craignait l'enlèvement de quelqu'un de sa famille. Dans un livre intitulé Un uomo d'onore (BUR, 2010), Enrico Bellavia reprend de page 205 à 208 le récit que Di Carlo fit d'abord devant les juges, d'une réunion à Milan avec Silvio Berlusconi, Marcello Dell'Utri et trois chefs mafieux : Gaetano Cinà (co-condamné de Dell'Utri), Mimmo Teresi et Stefano Bontate.

Réunion confirmée par d'autres sources, durant laquelle décision fut prise d'embaucher Mangano et qui se serait terminée sur ce dialogue suréaliste entre le chef des chefs mafieux de l'époque et l'actuel président du conseil italien :
Stefano Bontate à Silvio Berlusconi : - à partir de maintenant vos problèmes sont terminés, vous ne craignez plus rien, Marcello est à vos côtés, soyez serein, lui nous contacte et nous, nous sommes toujours à votre disposition.

Silvio Berlusconi à Stefano Bontate : - Moi aussi je suis à votre disposition, si vous avez besoin de quoi que ce soit sur Milan.
Or se "mettre à disposition" de la mafia veut dire "corps et âme". Et pour toujours...

Mais revenons-en à Schifani, qui avait donc pour clients des pointures comme Giovanni Bontate (celui-là même qui, selon Di Carlo, devait être le témoin de mariage de Jimmy Fauci, cérémonie qui se déroula à Londres en présence de Marcello Dell'Utri), Giovanni Costa, ou encore Pietro Lo Sicco, entrepreneur arrêté pour mafia en 1998 et définitivement condamné en 2008, pour qui le cabinet d'avocat de Schifani aurait défendu les intérêts relatifs à un immeuble de neuf étages au centre de Palerme, dont le responsable des travaux, un certain Salvatore Savoca, avait été étranglé car il ne voulait pas partager l'affaire avec la famille Madonia. Les autres clans liés de près ou de loin à cet immeuble représentent une bonne part du gotha mafieux palermitain : Pullarà, Guastella, Lo Piccolo, Madonia et ... Bontate, à travers sa fille.

Comme quoi le monde est petit, et Palerme encore plus, mais enfin entre associés et clients ripoux, même en supposant que Renato Schifani n'ait découvert qu'a posteriori leurs accointances mafieuses, il semble évident que l'actuel président du Sénat italien a jusqu'alors souffert de graves problèmes au niveau de son intuitu personae... D'ailleurs il n'en démord pas, puisqu'il est toujours prêt à défendre les autres condamnés de la caste, justement au nom du garantisme (lire "impunité totale") si cher à Berlusconi et à sa clique. [Début]

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En conclusion, de tout ce qui précède, il est fort probable que Renato Schifani nous dirait qu'il ne s'agit là que de « faits sans importance et manipulés (n'ayant) pas même la dignité pour faire naître les soupçons... »

Sauf qu'en y regardant de plus près, au fil du temps et des nouveaux témoignages, il est de plus en plus difficile de comprendre quelles sont les manipulations auxquelles Schifani se réfère, et qu'à la longue beaucoup de petits faits sans importance qui s'accumulent finissent par revêtir une certaine importance, et qu'à la limite ça pourrait même faire naître quelques soupçons !

Quant à évoquer de la dignité dans un tel cloaque, je vous laisse juges... [Début]


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P.S. Si vous comprenez l'italien, je vous engage à suivre la deuxième partie de cette intervention de Travaglio, entièrement consacrée au président du Sénat, sous le titre : Schifani, basta la parola.



Ou si vous préférez, voici le texte en anglais (à partir de Schifani and the “Cavaliere’s” umbrella). [Début]

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Adscriptor : quelques réflexions à voix haute sur le blogging !


Voici 57 mois que je publie en moyenne un billet tous les deux jours : 860 en tout, 710 sur ce blog et 150 sur d'autres blogs (dont 136 sur mon blog italien)...

Ce n'est pas affaire de quantité, mais de constance ! Depuis que j'ai commencé, en mars 2005, je n'ai pas été constant les premiers mois, avant de me rattraper par la suite, d'abord en traitant essentiellement de traduction et d'Internet, et plus récemment en mettant le cap sur l'Italie :
En revanche, à ce jour, avec seulement 17 billets tagués "Italie" sur 609, l'argument n'a représenté qu'à peine 2,8% de ma production, ...
J'en suis aujourd'hui à 90 sur 710, soit globalement 12,68%, une augmentation significative puisque cela veut dire que sur mes 101 derniers billets, j'en ai consacré 73 à l'Italie (72,3%, ou trois billets sur quatre) !

Avec une longueur de billet accrue de plus de 50% (!) par rapport à ma précédente moyenne de 900 mots par billet, puisque j'en suis à 1 373,48 avec mes billets tagués Italie (123 613 mots pour 90 billets). Mais il faut bien ça pour tenter d'expliquer un pays inconcevable et « aussi difficile à comprendre pour un étranger que l’Italie » ! En cohérence avec ce que j'annonçais dans Changement de cap :
Je n'ai encore aucune idée du rythme de publication, les sujets sont longs et complexes, ce qui est d'autant plus délicat lorsqu'on veut tenter d'expliquer les choses clairement, avec des mots simples. Et avec des mots vrais, surtout, qui savent faire le tri entre, d'une part, une propagande officielle visant à l'obscurantisme et l'abêtissement du peuple, et, de l'autre, la réalité des choses.
J'ai réalisé le nuage sémantique des 40 substantifs plus fréquents dans ces 90 billets consacrés à l'Italie :


L'importance démesurée de Berlusconi, qui conditionne négativement et gravement ce qui reste de la vie démocratique italienne, ressort de façon suffisamment éloquente par l'image et par les chiffres, sans qu'il soit besoin de mots :



Bien sûr, d'aucuns pourraient se demander pourquoi "perdre" autant de temps dans une activité aussi "inutile" que le blogging. Je ne vais pas faire dans l'originalité, ma motivation principale est le partage, comme la plupart des blogueuses et blogueurs :
Sur ces 70 billets, les principales raisons invoquées sont, à :
  • 57%, le partage au sens large (35 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 38,6%, les rencontres occasionnées, virtuelles ou réelles (17 fois le verbe, 10 fois le substantif)
  • 30%, l'écriture (16 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 27,1%, l'échange (15 fois le verbe, 4 fois le substantif)
  • 22,9%, le plaisir de bloguer (16 fois le substantif)
Maintenant, si l'on donne une valeur arbitraire de 100% à ces cinq raisons, la répartition est la suivante :
  1. partage, 32,5%
  2. rencontres, 22%
  3. écriture, 17%
  4. échange, 15,5%
  5. plaisir, 13%


Et bien évidemment parce que j'aime écrire, et lire ! Ça me rappelle un billet actuellement introuvable sur Internet, que j'ai rédigé fin mai 2008 pour MoteurZine sur l'approche professionnelle au blogging, qui contient également des pistes pour bloguer au quotidien, dont voici l'essentiel :
...tenir un blog peut s'avérer une activité extrêmement sérieuse, à défaut d'être financièrement rentable.

Donc si vous rêvez de devenir un blogueur pro, ou un pro du blogging, si vous préférez, sachez d'abord quelles sont les conditions de départ minimales pour tenir un blog au quotidien, et comment se conjugue le verbe Bloguer dans la réalité. Entre autres :
  • Bloguer, c'est savoir écrire ET savoir lire, toujours s'informer de tout, avec constance et rigueur ;
  • Bloguer, c'est découvrir les trésors insondables de la blogosphère, du Top Wikio aux Skyblogs, en passant par vos domaines de prédilection : pour chaque domaine, il n'est pas rare qu'il y ait des dizaines, voire des centaines d'excellents blogs, il faut les connaître ; sans quoi, peu importe le domaine, comment amener une expertise nouvelle, un point de vue original – les vôtres – sur les choses ? C'est votre différence, votre personnalité, qui vont donner le ton ;
  • Bloguer, c'est chacun/e son style, ses spécificités : par exemple, qui blogue court et nerveux, de fréquentes séries de billets succincts, destinés à aiguillonner le lecteur, qui blogue long et par petites touches, moins d'un billet par jour sur le mois, davantage porté sur l'analyse. Seul dénominateur commun : susciter la réflexion et nouer le dialogue en créant du CONTENU. Du contenu de qualité et ouvert : des liens, encore des liens, toujours des liens. Des liens à profusion, l'hypertextualité est la richesse du Web ;
  • Bloguer, c'est considérer les autres blogueurs comme des pairs plutôt que des concurrents, c'est jouer en réseau, dans le blogging l'union fait la force, les réseaux de blogs sont courants aux Etats-Unis, en France on finira bien par y arriver… ;
  • Bloguer, c'est se fixer des étapes, des délais, raisonnables, réalisables en fonction de ses forces, ses capacités, ses idées, ça se prépare à l'avance, qu'on traite de l'événementiel ou des sujets de fond ;
  • Bloguer, c'est du rêve, de la passion, de l'enthousiasme, de la curiosité à 360°, etc., autant de facteurs indispensables pour se lancer et tenir la distance, mais ça ne suffit pas ;
  • Bloguer, c'est du travail, de la fatigue, cela demande de l'assiduité, de l'obstination, une certaine discipline de travail, il ne faut pas avoir peur de passer des nuits blanches, ne surtout pas s'attendre à des résultats faramineux du jour au lendemain, c'est pas un 100 mètres mais un marathon, une course d'endurance qui se joue sur le long terme…
En clair, bloguer c'est un état d'esprit, avec à la clé, tout au moins sur le Web francophone, davantage une reconnaissance personnelle que financière, même si l'impact sur la vie professionnelle peut être fort et rapide…

C'est également une veille permanente et une activité sociale qui ne se limite pas à la seule blogosphère mais investit les réseaux sociaux dans leur ensemble : Twitter, Flickr, Delicious, YouTube, Slideshare, Facebook, forums et listes de discussion, newsletters, alertes, etc.

N'attendez pas simplement que les lecteurs viennent à vous, allez vers eux. Faites-vous connaître, intervenez, commentez, participez à la conversation générale,
join the conversation disent les anglo-saxons…
En mars 2005, lorsque j'écrivis mes premiers billets, je me posais beaucoup de questions sur l'utilité du geste... Aujourd'hui, si ça peut aider à la réflexion de quelqu'un qui souhaite se lancer dans le blogging, j'ai trouvé la ma réponse : si c'était à refaire, je le referais !

Au fond, il n'est jamais trop tard pour bien faire... Si vous n'avez pas encore de blog, pensez-y :-)


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vendredi 27 août 2010

La géopolitique dans l'Italie républicaine


Prenons un peu de hauteur. Comme je l'ai déjà laissé entrevoir sur le concept de "souveraineté limitée de l'Italie" d'une part, et sur la nécessité d'une mise en perspective historique de ce pays de l'autre si l'on veut mieux le comprendre, j'ai découvert cette semaine l'éditorial de Tiberio Graziani, président de l’IsAG (Istituto di Alti Studi in Geopolitica e Scienze Ausiliarie) et directeur de la revue Eurasia, qui s'intitule La geopolitica nell'Italia repubblicana. En voici la traduction, avec son aimable autorisation.

Je réserve mon analyse pour un billet à venir.

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[MàJ - 28 août 2010] Suite à la publication de ma traduction, l'auteur a publié ce billet sur le réseau Voltaire, sous le titre : « L'Italie à la recherche de sa géopolitique ».

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La géopolitique dans l'Italie républicaine

Un pays à souveraineté limitée

En dépit de sa situation géographique enviable et des spécificités de sa structure morphologique, l'Italie n'a actuellement aucune doctrine géopolitique.

Cela est essentiellement dû aux trois éléments suivants : a) l'appartenance de l'Italie à la sphère d'influence nord-américaine (le système occidental) ; b) la crise profonde qui caractérise l'identité nationale ; c) le manque de culture géopolitique de ses classes dirigeantes.

Le premier élément, outre limiter la souveraineté de l'État italien dans de nombreux secteurs, du domaine militaire à la politique étrangère, pour ne citer que les plus importants du point de vue géopolitique, influe sur la politique intérieure et l'économie, sur les choix stratégiques en matière d'énergie, sur la recherche technologique, sur le développement des grandes infrastructures et, last but not least, sur les politiques nationales de lutte contre le crime organisé. L'Italie républicaine, en raison des conséquences notoires du Traité de paix de 1947 et en vertu de l'ambiguïté idéologique de sa charte constitutionnelle, aux termes de laquelle la souveraineté appartiendrait à une entité socioéconomique et culturelle, par ailleurs changeante et vaguement homogène - le peuple -, plutôt qu'à une entité politique bien définie comme l'État (1), a suivi la règle d'or du « réalisme collaborationniste ou boiteux », à savoir qu'elle a renoncé à la responsabilité de prendre en main son propre destin (2). Une abdication qui place l'Italie dans un état de « subordination passive » et lie ses choix stratégiques à la « bonne volonté de l'État subordonnant » (3).

Le deuxième élément invalide l'un des facteurs nécessaires à la définition d'une doctrine géopolitique cohérente. La crise de l'identité italienne est due à des causes complexes, qui remontent à l'amalgame mal réussi des différentes idéologies nationales (d'inspiration catholique, monarchique, libérale, socialiste, laïque et maçonnique) ayant soutenu l'unification de l'Italie, l'édification de l'État unitaire et, après la parenthèse fasciste, la réalisation de l'actuelle organisation républicaine. Cette crise d'identité nationale est également due à l'expérience fasciste mal digérée et au traumatisme laissé par la défaite du conflit mondial. La rhétorique romantique de l'État-nation, le mythe de la nation puis ceux de la résistance et de la « libération » n'ont certainement pas rendu un bon service aux intérêts de l'Italie, toujours à la recherche de son identité nationale à la veille du cent-cinquantenaire de son unification.

Le troisième facteur, enfin, en partie lié aux précédents pour des motifs historiques, ne permet pas d'inscrire les axes géopolitiques de l'Italie parmi les priorités de l'agenda national.

Pour autant l'alternance des vicissitudes de la République italienne a toujours connu une certaine forme de géopolitique ou, plutôt, une politique étrangère s'appuyant principalement sur sa situation géographique pour répondre aux intérêts nationaux et, donc, excentrée par rapport aux indications états-uniennes, exclusivement destinées à assurer l'hégémonie de Washington dans la région méditerranéenne. Notamment avec l'attention de politiciens comme Aldo Moro, Giulio Andreotti et Bettino Craxi, ou de grands commis de l'État tels que Enrico Mattei, tournée vers les pays d'Afrique du Nord, du Proche- et du Moyen-Orient, qui, bien que se limitant à des relations de « bon voisinage » et de « co-prospérité », était résolument conforme à la position géographique de l'Italie au sein de la Méditerranée d'une part, mais aussi fonctionnelle à l'émancipation potentielle, future et souhaitable de l'Italie démocratique vis-à-vis de la "tutelle" nord-américaine, de même qu'au rôle régional que Rome aurait pu exercer, y compris dans le cadre d'un système bipolaire rigide. De telles initiatives auraient ainsi pu jeter les bases pour définir les axes stratégiques de ce que l'argentin Marcelo Gullo appelle le « réalisme libérationniste » dans son étude sur la construction de la puissance des nations, afin de faire transiter l'Italie d'un état de « subordination passive » à un état de « subordination active » : une étape cruciale pour conquérir des espaces d'autonomie sur la scène internationale.

Or l'échec de la modeste politique méditerranéenne de l'Italie républicaine est dû non seulement à l'ingérence des États-Unis, mais également à la nature épisodique de sa mise en œuvre et à l'attitude adverse de groupes de pression internes - davantage philo-américains et pro-sionistes - qui l'ont entravée. Ainsi, avec la fin du bipolarisme et de la soi-disant Première République, les initiatives ci-dessus, visant à donner à la politique étrangère italienne une plus grande autonomie, quand bien même limitée, se sont évanouies.

L'Italie d'aujourd'hui, en tant que pays euro-méditerranéen soumis aux intérêts nord-américains, se retrouve dans une situation extrêmement délicate, puisque, du fait de sa double appartenance à l'Union européenne et à l'OTAN, non seulement elle subit le contre-coup des tensions générées entre les États-Unis et la Russie en Europe continentale, et en particulier dans la région centre-orientale (voir la question polonaise au niveau de la « sécurité » ou en matière d'énergie), mais également les répercussions des politiques de Washington au Proche- et au Moyen-Orient. En outre, rappelons-le, l'assujettissement de l'Italie aux États-Unis se traduit par une limitation évidente de la souveraineté de l'État italien, accroît les fragilités typiques des zones péninsulaires (tensions entre la partie continentale du pays, quand bien même elle reste limitée dans le cas de l'Italie, et les régions péninsulaires et insulaires à proprement parler) et augmente les pressions centrifuges jusqu'à rendre difficile la gestion administrative normale de l'État.

Militairement occupée par les États-Unis - dans le cadre de l' « alliance » atlantique - avec plus d'une centaine de bases sur son sol (4), sans ressources suffisantes en énergie, économiquement fragile et socialement instable compte tenu de l'érosion constante d'un "État social" désormais à l'agonie, l'Italie n'a pas de marges de liberté telles qu'elles lui permettraient de faire valoir les lignes directrices naturelles de son potentiel géopolitique et géostratégique - lignes directrices tracées par la Méditerranée et par la zone adriatique-balkanique-danubienne -, sauf dans les limites de stratégies imposées Outre-Atlantique qui profitent par conséquent à des intérêts extra-nationaux et extra-extracontinentaux.

Les opportunités pour l'Italie de découper son propre rôle géopolitique sont donc externes à la volonté de Rome, et résident dans les retombées qu'aura l'actuelle évolution de la scène mondiale - désormais multipolaire - dans le bassin méditerranéen et en Europe continentale. Or ce sont justement les grands bouleversements géopolitiques en cours, principalement déterminés par la Russie, qui pourraient renforcer le rôle stratégique de l'Italie en Méditerranée, dans le cadre de la mise en place et de la consolidation du nouveau système multipolaire et de l'intégration potentielle de l'Eurasie.

En effet, il faut bien comprendre que la structuration de ce nouveau système géopolitique multipolaire passe, pour des raisons évidentes, par un processus de dislocation ou de redimensionnement du système occidental contrôlé par les État-Unis, processus qui commence à la périphérie du système dont les contours sont formés par la masse euro-afro-asiatique, par la péninsule européenne, le bassin méditerranéen et l'arc insulaire japonais.

Russie et Turquie : les deux pôles géopolitiques

Les changements récents du cadre géopolitique mondial ont produit certains facteurs qui pourraient permettre à la plupart des pays formant ce que l'on appelle le système occidental de se "dégager" de la tutelle de l' "ami américain". Cela pourrait mettre Rome en mesure d'appliquer sa propre doctrine géopolitique, en phase avec le nouveau contexte mondial.

Comme on le sait, la réaffirmation de la Russie comme acteur au niveau mondial et le rôle prépondérant de la Chine et de l'Inde ont remis à plat les relations entre les grandes puissances et jeté les bases pour la création d'un nouvel ordre mondial, fondé sur des unités géopolitiques continentales s'appuyant non plus sur des rapports de force militaires, mais sur des alliances stratégiques. On enregistre aussi ces changements dans la partie sud de l'hémisphère oriental, hier encore le jardin des États-Unis, où les relations qu'entretiennent désormais le Brésil, l'Argentine et le Venezuela avec les puissances eurasiennes susmentionnées ont donné un nouvel élan à l'hypothèse d'une unité continentale sud-américaine. En Méditerranée, le premier de ces facteurs d'une nouvelle organisation géopolitique est celui de l'inversion de tendance d'Ankara dans ses politiques au Proche- et au Moyen-Orient. Car à moyen terme, le détachement de la Turquie vis-à-vis de Washington et de Tel-Aviv pourrait avoir des conséquences géopolitiques d'une vaste portée pour constituer un espace géopolitique eurasien intégré, en représentant la première étape concrète sur laquelle greffer le processus de dislocation (ou de limitation) du système occidental, justement à partir du bassin méditerranéen.

Compte tenu des conditions actuelles, les pôles géopolitiques sur lesquels devrait se concentrer une Italie qui aurait réellement l'intention de s'émanciper de la tutelle des États-Unis sont donc la Turquie et la Russie. Un alignement de Rome sur la politique proche-orientale turque fournirait à l'Italie la crédibilité nécessaire, sévèrement ternie par ses relations de vassalité envers Washington, pour donner une orientation géopolitique aux politiques de coopération lasses du Ministère italien des Affaires étrangères avec la rive sud de la Méditerranée et le Proche-Orient. D'autre part cela mettrait Rome en condition, au côté de (et grâce à) son allié turc, pour le moins de renégocier la position humiliante et lourde de l'Italie au sein de l'OTAN - voire de dénoncer le Traité de l'Atlantique Nord -, et, dans un même temps, d'envisager la reconversion des sites militaires de l'OTAN en bases utiles à la sécurité de la Méditerranée. L'Italie et la Turquie, ainsi que d'autres pays méditerranéens riverains, pourraient ainsi réaliser un système de défense intégré, sur l'exemple de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC).

Dans la mise en œuvre d'une "stratégie de sortie" de ses obligations vis-à-vis des États-Unis, telle que nous l'avons esquissée ci-dessus, Rome pourrait compter sur le soutien assuré non seulement d'Ankara, mais également de Tripoli, de Damas, de Téhéran et, bien sûr, de Moscou. Du reste, la Russie soutiendrait certainement Rome pour sortir de l'orbite des États-Unis, tout en favorisant sa projection géopolitique naturelle le long de l'axe adriatique-balkanique-danubien, naturellement dans le cadre d'une entente italo-russo-turque construite autour d'intérêts communs visant la mise en œuvre d'une "Méditerranée élargie" (c'est-à-dire comprenant les Mers Méditerranée, Noire et Caspienne).


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(1) Cf. deuxième partie de l'Article 1 de la Constitution italienne :
L'Italie est une République démocratique, fondée sur le travail. La souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les formes et dans les limites de la Constitution.
Voici les notes originales, directement traduites par les soins de M. Tiberio Graziani :
  1. En ce qui concerne l'étude de la genèse de l'article 1 de la Constitution italienne, en particulier le deuxième paragraphe (La souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les formes et dans les limites de la Constitution), et l'absence d'un article spécifique de la Constitution consacré à l'Etat et sa souveraineté, comme demandé par Dossetti, voir Maurizio Fioravanti, Costituzione e popolo sovrano, il Mulino, Bologna 2004, p.11 e pp. 91-98.
  2. Marcelo Gullo, La insurbodinación fondante, Editorial Biblos, Buenos Aires 2008, p. 26-27.
  3. Marcelo Gullo, ibid.
  4. Fabrizio Di Ernesto, Portaerei Italia. Sessant’anni di NATO nel nostro Paese, Fuoco Edizioni, Roma 2009.
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dimanche 22 août 2010

Déchets


Après les poisons, les déchets ! Dont Denis Gasquet, Directeur général de VEOLIA Propreté, prétend qu'il s'agit d'une ressource :
Sur quatre milliards de tonnes de déchets produits dans le monde, aujourd'hui seul un milliard de tonnes est valorisé (toutes formes confondues). Trois milliards de tonnes restent à valoriser, ce qui représente un potentiel énorme. Notre feuille de route n'a pas dévié : nous continuons à faire du déchet une ressource.
Donc, outre vouloir présenter les déchets comme une ressource, cette citation nous indique deux chiffres importants :
  1. chaque année, 4 milliards de tonnes de déchets sont produits dans le monde, dont 1 seul milliard est "traité" ;
  2. chaque année, 3 milliards de tonnes de déchets produits dans le monde ne sont pas "traités".
C'est à dessein que j'évite d'utiliser "valoriser", qui a selon moi une connotation trop fortement positive et contribue ainsi à détourner la perception que les gens pourraient se faire de la réalité, à savoir que sur ces 3 milliards de tonnes non traitées chaque année (soit plus d'un kilo par personne et par jour au niveau mondial), il est vraisemblable que la plupart vont finir par polluer la terre (enfouissement dans les décharges), la mer (où les poisons en tout genre sont simplement passés par dessus bord) et les airs (à travers les fumées chargées de substances nocives)...

Autrement dit l'ensemble de l'écosystème dans lequel nous vivons. Cela étant, tous les déchets ne sont pas égaux, puisque sur ces 4 milliards de tonnes :
  • de 1,7 à 1,9 milliard de tonnes sont des déchets municipaux (ordures ménagères) ;
  • de 1,2 à 1,6 milliard sont des déchets industriels non dangereux ;
  • environ 490 millions sont des déchets dangereux.
Si j'arrondis à 500 millions, personne ne m'en voudra. Car c'est bien ce demi-milliard de tonnes de déchets dangeureux qui pose problème, un GROS problème qui se renouvelle chaque année, ou plutôt qui s'accumule en s'ajoutant aux immenses quantités des années précédentes ! Et depuis quand ? nul ne le sait...

D'autant plus que, selon l'OCDE, l'origine et la composition des trois-quarts de ces déchets dangereux sont inconnues. Des déchets dont un récent rapport de VEOLIA Propreté nous dit qu'en grande partie leur gestion est quasi inexistante, et leur collecte largement inférieure à leur production ! Voilà de quoi nous rassurer.

Et puis dans les déchets dangereux il y a les déchets nucléaires, dont un seul réacteur de 1 000 MW produirait chaque année :


Soit :
  • 229 800 tonnes de déchets produits par l'extraction du minerai ;
  • 190 tonnes de déchets produits par la transformation en concentré d'uranium ;
  • 13 tonnes de déchets produits par l'enrichissement de l'uranium ;
  • plus 25 m3 de déchets ultimes de combustion dans le réacteur + rejets + démantèlement, etc.
Des chiffres à multiplier par ... 62 (!) uniquement en France, puisque le parc actuel installé, réparti sur 20 sites, est de 62 400 MW :

- 34 réacteurs d’une puissance de 900 MW ;
- 20 réacteurs de 1300 MW ;
- 4 réacteurs de 1450 MW.

Actualisons :
  • 14 247 600 tonnes de déchets produits par l'extraction du minerai ;
  • 11 780 tonnes de déchets produits par la transformation en concentré d'uranium ;
  • 806 tonnes de déchets produits par l'enrichissement de l'uranium ;
  • plus 1 550 m3 de déchets ultimes de combustion dans le réacteur + rejets + démantèlement, etc.
Chaque année... Dans un seul pays (quand bien même il s'agirait de la deuxième puissance électro-nucléaire au monde derrière les États-Unis), pour des déchets qui ont des durées de vie ... incommensurables !

Donc ce qui m'inquiète vraiment, c'est si EDF (ou AREVA ou qui que ce soit) décide d'exporter son nucléaire en Italie :
  • où RIEN n'est JAMAIS contrôlé ;
  • où la société chargée de gérer les installations nucléaires - SOGIN, sous contrôle de l'état -, n'est même PAS CAPABLE de gérer les fuites de la piscine nucléaire de Saluggia (centrale où sont stockés 85% des déchets nucléaires d'Italie) qui fait eau de toutes parts et a déjà contaminé la nappe phréatique (en outre c'est tout près de là que part l'aqueduc qui fournit l'eau potable à tout le Piémont...) ;
  • AU MOINS UNE des sociétés impliquées dans le "démantèlement" des actuelles centrales est en odeur de 'ndrangheta (centrales dont la construction remonte aux décennies 50-60 mais dont le démantèlement n'a JAMAIS été réellement assuré, depuis 50 ans, et encore moins géré "dans la transparence") ;
  • et où RIEN de ce qui attire des financements astronomiques (comme la filière nucléaire, par exemple) n'échappe à l'emprise des mafias italiennes !
Car face à ce panorama funeste, il serait bon que les français se souviennent qu'à Tchernobyl le nuage ne s'est pas arrêté aux frontières : une simple question de prévention des accidents majeurs. Mieux vaut encore faire gérer une centrale nucléaire par les iraniens, que par les italiens !

Déjà que selon les statistiques officielles de l'Union européenne, comme nous le relate Gianni Lannes, « au cours des 21 dernières années, l'Italie a fait disparaître 1 milliard de tonnes de déchets de toutes sortes » sans qu'on sache vraiment où et comment. Même si l'on a quelques indices...

Sous cette mer et sous cette terre de Gomorrhe, qui est également ma terre d'adoption, dont la récente expertise d'un géologue, Giovanni Balestri, nous dit qu'elle risque une catastrophe environnementale définitive dans une cinquantaine d'années, en prévoyant pour :
2064 le pic de la dégénérescence des substances polluantes et du percolat issu de 341 000 tonnes de déchets dangereux (à commencer par les boues de l'ACNA de Cengio) et de plus de 800 000 tonnes de déchets d'autre nature, qui atteindront les nappes phréatiques plus profondes en empoisonnant des centaines d'hectares et des kilomètres et des kilomètres de territoire, en le rendant invivable pour les hommes, les animaux et les cultures agricoles.
Et cela avec la complicité des politiques de tous bords, mais surtout du parti de Silvio Berlusconi, commme Nicola Cosentino qui a démissionné il y a un mois à peine, sous le coup d'un mandat d'arrêt confirmé par la Cour de Cassation italienne pour association externe avec la camorra, mais encore protégé par ses complices au Parlement. Et c'est lui qui a tenu les caisses de l'Italie ces deux dernières années, en tant que secrétaire d'état au Trésor !

Du reste que dire et que faire lorsque les contacts entre politiques et mafia sont prouvés depuis des décennies sans que cela n'empêche l'un de faire le président du Conseil, l'autre le président du sénat, etc. J'en passe et des funestes ! Et je parle des ACTUELS présidents, pas de la préhistoire...

* * *

Dans la série "on nous empoisonne sans nous demander notre avis", laissez-moi conclure sur un épisode récent, une affaire présumée (pour l'instant) d'exportation de ferrailles radioactives (normalement interdite en France, selon M. Roland Desbordes, président de la CRIIRAD), déchargées en l'absence de tout contrôle sur les quais du port de Salerno (à 7km de Cava de' Tirreni, là où vit ma belle-famille), comme nous le rapporte Gianni Lannes début août :



Dans un second billet plus détaillé, joliment intitulé « Déchets radioactifs : de la France au Mezzogiorno d'Italie », il nous explique qu'un cargo battant pavillon maltais, le Frelon, qui proviendrait de Port-Saint-Louis-du-Rhône (il écrit dans son billet "port communautaire de Saint-Louis en France", mais j'imagine que c'est celui-là dont il s'agit), aurait transporté 1 600 tonnes de ferrailles contaminées, d'après les mesures prélevées avec un compteur Geiger Gamma-Scout :

- mesure de 2 mSv dans l'espace d'une minute sur le quai nettoyé (c'est-à-dire après le déchargement-chargement de la cargaison)
- mesure de 5 mSv dans l'espace d'une minute devant l'usine de "traitement" SIDER de Potenza (actuellement Ferriere Nord SpA)
- mesure de 4,4 mSv dans l'espace d'une minute dans la localité limitrophe de l'usine (Bucaletto)

Mesures confirmées ensuite par les techniciens de l'Agence régionale pour la protection de l'Environnement, qui se sont rendus devant l'usine (fermée ce jour-là), et dans la localité limitrophe où leurs relevés ont quand même indiqué la présence de radioactivité dans l'air...

Or selon la documentation "officielle", le chargement aurait été contrôlé en France par Sicea International et en Italie par un autre laboratoire, qui n'ont rien signalé d'anormal sur les certificats d'accompagnement de la marchandise. Il serait donc intéressant d'avoir des explications sur ces divergences entre mesures, "normales" pour les uns, alors que les dosages relevés par Lannes correspondent à ceux d'une zone orange (zone contrôlée, spécialement réglementée), ce qui ne saute pas forcément aux yeux quand on voit le film ci-dessus...

Gianni Lannes, qui est sous escorte permanente car il est menacé de mort par la mafia, précise en outre qu'il s'est rendu sur les quais du port de Salerno avec son escorte : les policiers l'accompagnant ont donc assisté aux relevés et signalé la chose au Ministère de l'Intérieur.

Par ailleurs une enquête a été ouverte (affaire 2433/2010) par le procureur de Salerno (Franco Roberti) et par le coordinateur anti-mafia (Enrico d'Auria).

De mon côté j'ai contacté la CRIIRAD, le réseau Sortir du nucléaire et Greenpeace France pour leur signaler la chose et obtenir davantage d'infos, si possible, mais pour l'heure seule la CRIIRAD m'a répondu. Merci Monsieur Desbordes !

À suivre...


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