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vendredi 19 août 2011

Les grands discours d'un grand président

I. Les grands discours d'un petit président
II. Les grands discours d'un grand président


* * *
À la suite de mon précédent billet, il m'est venu l'envie d'analyser les discours du Général de Gaulle, non pas pour comparer ce qui n'est pas comparable, mais plutôt pour faire réfléchir qui me lira sur la grandeur de la politique - et des politiques -, notion qui a disparu depuis longtemps de la scène politique mondiale (et par décence je me tairais sur l'Italie pour l'occasion)...

J'ai donc constitué un corpus de 94 discours qui comprennent, une fois nettoyés, 85 305 mots, soit une moyenne de 907,5 par discours. Comparé au corpus de Sarko (7 discours, 44 958 mots, +6 422 mots par discours en moyenne), ça donne une moyenne de 7 fois moins de mots par discours pour le Gal, mais pratiquement un corpus multiplié par 2 en taille.

Autrement dit, si j'ai 100 fois JE VEUX chez de Gaulle et 100 fois JE VEUX chez Sarko, à égalité d'occurrences c'est comme si j'avais le double chez Sarko (190 exactement, x 1,897).

En réalité, je n’ai trouvé « JE VEUX » que 11 fois (dont 9 fois « je veux … dire », 1 fois « … parler » et 1 fois « … évoquer ») dans les discours du Général, donc en proportions, c'est comme si à chaque fois que Charles de Gaulle dit "JE VEUX", Sarko le dit 30 fois !!! (177 / 11 x 1,897).

Bien sûr, ces chiffres doivent être rapportés à mon seul échantillon d’analyse, donc rien de valable dans l’absolu.

Pour autant, question pronoms, chez le Général de Gaulle, le premier pronom employé est le NOUS (918 occurrences), suivi de JE (544 = 397 JE + 147 J'), de ELLE (pas toujours la France, mais souvent), de VOUS (378) et de NOTRE (368), tandis que chez Sarko, c’est JE en premier (689 = 590 JE + 99 J'), NOUS après (447), et la France en dernier (193) : une inversion totale des valeurs, en quelque sorte !

Donc pour Charles de Gaulle, la France est première absolue, avec 604 occurrences plus quelques centaines de ELLE : 452, qui ne s'y réfèrent pas toujours, mais le plus souvent quand même, comme dans l'Appel du 18 Juin :
Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis…

Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur...
À noter que "grandeur" n'est utilisé en tout et pour tout que 24 fois dans les 94 discours. Mais voici le nuage sémantique des 20 premiers termes ayant plus de 100 occurrences, pronoms compris :

Au plan du symbolisme, le discours de Charles de Gaulle dit : NOUS sommes la FRANCE et JE suis à VOTRE/SON service, tandis que SARKO, c'est JE suis la FRANCE (l'État c'est moi, et que la plèbe me suive ... si elle peut !)

Comme si la répétition obsessionnelle du JE / VEUX était censée suppléer une carence évidente au niveau de la traduction en faits des bonnes intentions...

C'est d'ailleurs une des grandes leçons que je retire de ces analyses, à savoir qu'un discours n’est pas grand par la taille, mais par le contenu ! Le communiqué du 28 avril 1969 est un grand discours, qui ne fait que 2 lignes :
Je cesse d'exercer mes fonctions de Président de la République.
Cette décision prend effet aujourd'hui à midi.
C'est l'Histoire qui donne tout leur sens à ces paroles, tandis que dans les affirmations vides autant que prolixes de Sarko, les mots ne sont que le témoignage de la vacuité d'un discours jamais concrétisé.

En somme, ce qui fait toute la différence entre un grand président, et un petit président...

Je conclurai sur le nuage sémantique des 100 premiers termes significatifs (par nombre d'occurrence et sans les pronoms) :

Mais, surtout, laissons le dernier mot au Général de Gaulle (respectivement 10 et 19 occurrences) :

Vive la République !
Vive la France !
Sans oublier son discours posthume, intéressante curiosité...


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P.S. À titre de comparaison avec le précédent corpus, voici le tableau des 40 premiers termes avec le nombre d'occurrences :

samedi 13 août 2011

Les grands discours d'un petit président

I. Les grands discours d'un petit président
II. Les grands discours d'un grand président


* * *
Dans le sillage de mon précédent billet, une longue réflexion sur les mots et sur le pouvoir qu'ils ont de changer le monde, en bien et/ou en mal, selon l'usage qu'on en fait et, surtout, selon qui les prononce, et pour quelles finalités (trop souvent bien cachées derrière des apparences trompeuses), la lecture du récent Parti pris d'Edwy Plenel contre la dictature financière, m'a ramené, presque malgré moi, au sens et à la valeur des mots :
Face à la catastrophe annoncée et confirmée par la folle journée de ce mercredi (...), nous avons rendez-vous avec l'histoire. Car la crise actuelle ne résulte pas d'une inévitable fatalité économique ou d'une éphémère folie financière. Elle est la conséquence de politiques socialement criminelles, mensongères et amorales, qui, si elles ne sont pas défaites par les peuples, entraîneront nos sociétés dans une spirale de violences. Aussi est-il temps d'imposer des solutions s'attaquant à la racine du mal : réalistes parce que radicales.

Il y aura bientôt trois ans, le 25 septembre 2008, ces solutions étaient évoquées par un orateur, indigné devant ce que révélaient, avec le scandale des subprimes, les débuts de la crise qui, aujourd'hui, s'approfondit. Ce n'était alors que refrains sur ces spéculateurs impunis, ces banques avides, ces financiers rapaces, ces Etats impuissants, ces idéologues complices, cette misère sociale, ces injustices croissantes, ces escrocs mondains – l'affaire Madoff allait bientôt éclater –, bref, cet argent fou devenu tueur en série lâché sur le monde, détruisant ses richesses humaines et naturelles, premier ennemi du genre humain et de sa terre nourricière.

C'était en France, à Toulon, et l'orateur tenait à « dire la vérité aux Français », et notamment cette vérité première : « L'idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle. » Et il ne cessait de la marteler, en lisant son discours écrit par l'un de ses conseillers. Nos lecteurs nous pardonneront la longueur de la citation, justifiée par la gravité de l'heure tant ces mots bruyants d'hier résonnent aujourd'hui bizarrement, dans le silence feutré des conversations téléphoniques et des communiqués lénifiants qui, trois ans après, tiennent lieu de réactions officielles à une crise historique de nos économies. Informer, c'est aussi, sinon d'abord, se souvenir. Ne pas perdre la mémoire. Se rappeler les engagements pris. Ne jamais croire sur parole et, toujours, mettre en perspective. Voici donc...
Je n'ai jamais aimé les discours des politiques, car ils ne sont le plus souvent que mensonges. Mensonges au sens où il n'y a pas la moindre correspondances entre les - belles - paroles annoncées et proclamées avec convinction, ô combien !, et la triste réalité. Pire encore : 90 fois sur 100, la réalité est même exactement le contraire du sens véhiculé par les mots composant tous ces beaux discours (avec des exceptions : Berlusconi, c'est du 100%. Dès qu'il parle, il ment. On chercherait en vain dans sa vie une seule déclaration véridique. C'est du Goebbels à l'état pur : propagande mensongère et matraquage de masse quotidien sont les deux mamelles du langage berlusconien, porté par tout un appareil étatique & médiatique digne d'une démocrature en parfait état de marche). Refermons-là la parenthèse.

Je m'étais déjà penché sur le cas Sarko dans l'État, c'est moi, mais Jean Véronis avait mis un bémol à mon analyse en expliquant que d'autres faisaient bien mieux et plus fort que lui dans le maniement du "je", tout en s'interrogeant :
D'où vient alors l'impression d'égotisme qui se dégage de son discours ? Je faisais l'hypothèse, dans les billets en question, que les pronoms forment un écosystème, et qu'on les perçoit les uns par rapport aux autres. Nicolas Sarkozy n'utilise peut-être pas plus je que d'autres, mais sa marque est de ne parler que très peu de nous ou vous, contrairement à Ségolène Royal par exemple. L'autre élément qui contribue aussi à mon sens à cette perception de discours personnel, est l'association des mots je + veux, beaucoup plus fréquente chez lui que chez les autres ("je veux être le Président de la France qui...").
J'ai donc voulu vérifier cette "théorie" en prenant 7 "grands discours", dont celui de Toulon que m'a remis en mémoire Edwy Plenel, répartis de 2006 à 2011 :
  1. Discours de Périgueux (12 octobre 2006)
  2. Discours du Zénith à Paris (18 mars 2007)
  3. Discours de Dijon (23 avril 2007)
  4. Discours du Zénith à Toulon (25 septembre 2008)
  5. Discours du congrès de Versailles (22 juin 2009)
  6. Discours de Davos pour l'ouverture du 40ème Forum économique mondial (27 janvier 2010)
  7. Discours d'ouverture de la conférence du G20 (23 mai 2011)
Mon seul critère de choix a été l'importance affichée de ces discours, en les étalant sur une période temporelle significative. Une fois décortiqués, j'obtiens 44 958 mots, soit une moyenne de +6 422 mots par texte : de gros discours, donc, probablement censés être proportionnels à leur "grandeur".

Voici le tableau des 40 premiers termes avec le nombre d'occurrences :

Donc une première constatation, pour poursuivre l'analyse de Jean sur le sentiment perçu d'égotisme, force est de constater que même si le NOUS et le VOUS semblent remonter, le JE l'emporte haut-la-main et nous avons quand même 177 fois JE VEUX sur 7 discours, soit une moyenne supérieure à 25 fois par discours, dans le genre anaphore volontariste (ou d'enfant gâté...), ça se pose là !

Ceci étant dit, une fois évacué le JE sarkozyen (802 occurrences, quand même : 590 JE + 99 J' + 38 MOI + 33 M + 32 M' = 802 SARKO), nous nous consolerons de voir que le premier substantif est la FRANCE avec 193 occurrences (soit 4 fois moins que son chef, quand même), suivi des 49 termes significatifs ci-après :


Chacun/e pourra prendre le(s) mot(s) de son choix et aller voir comment ils sont traités dans ces discours, mais il m'a semblé important d'énumérer les 177 JE VEUX, car même si ça risque d'être long, un seul coup d'œil suffira pour comprendre si chaque JE VEUX (ou JE NE VEUX PAS) s'est transformé en réalité ! Exemple : JE VEUX moraliser l'économie...

C'est parti pour la plus grande anaphore (figure rhétorique qui consiste en une répétition des débuts de phrases) de la politique française :
  1. je veux dire très clairement que la mondialisation de l'épargne a engendré un monde où tout était donné au capital financier, tout, et presque rien au travail, où, l'entrepreneur passait après le spéculateur, où le rentier prenait le pas sur le travailleur, où les effets de levier - ... -, atteignaient des proportions déraisonnables, et tout ceci a engendré un capitalisme dans lequel il était devenu normal de jouer avec l'argent, de préférence des autres, de gagner facilement, extrêmement rapidement, sans effort et souvent sans aucune création de richesses ou d'emplois, des masses d'argent absolument considérables.
  2. j’en veux pour preuve, ..., cette dépréciation de l'avenir dans les exigences absolument exorbitantes de rendement. Ce rendement dopé par la spéculation et les effets de levier, c'était le taux d'actualisation des revenus futurs : plus ils s'élevaient, moins l'avenir comptait. Tout, tout de suite.
  3. je veux être compris ici : il ne s'agit pas de nous demander par quoi nous allons remplacer le capitalisme mais de savoir : « quel capitalisme voulons-nous ? ».
  4. je veux dire une chose : c'est bien beau de prendre des décisions, encore faut-il qu'elles soient -- ces décisions -- mises en œuvre.
  5. je veux saisir cette occasion pour affirmer que si les signes de reprise qui semblent marquer la fin de la récession mondiale sont là, cela ne doit pas nous inciter à être moins audacieux mais davantage encore.
  6. je veux dire combien je soutiens les initiatives de l'Angleterre et de Gordon BROWN.
  7. je veux rendre hommage aux entreprises, les entreprises les plus mondialisées, les banques les plus globales qui ont redécouvert avec une facilité déconcertante qu'elles avaient une nationalité.
  8. (Si vous ne rêvez pas aujourd'hui, vous serez des adultes à la "petite vie".) je ne veux pas que vous la connaissiez !
  9. je veux, si je deviens Président de la République, couper tous les liens qui vous entravent, et vous donner les moyens de cette liberté que j'appelle l'autonomie.
  10. (« Ma petite maman chérie » - parole prononcé par Guy Môquet, assassiné par la guerre à 17 ans -. Ce mot d’amour que nous portons tous en nous et que nous n’avons pas dit, quand nous le pouvions, aussi souvent que nous aurions dû. Ce mot d’amour et de tendresse prononcé au seuil de la mort), je veux vous dire une chose importante, il n’est pas ridicule.
  11. (À ceux qui ont osé dire que je n’avais pas le droit de citer Guy Môquet parce que je n’étais pas de gauche), je veux dire que je demeure stupéfait de tant de sectarisme.
  12. (Président de la République) je veux rassembler tous les Français et leur dire que j'honorerai tous ceux qui ont fait la grandeur de la France, sans me préoccuper de la couleur de leur peau, de leur appartenance politique, de leurs origines sociales.
  13. je veux dire que cette lettre de Guy Môquet, elle devrait être lue à tous les lycéens de France non comme la lettre d’un jeune communiste mais comme celle d’un jeune Français faisant à la France et à la liberté l’offrande de sa vie, comme celle d’un fils qui regarde en face sa propre mort et dit à ses parents et à son frère le dernier mot d’amour qui sera tout ce qui restera vivant de lui dans leur cœur.
  14. je veux proposer aux jeunes Français une grande ambition, parce que les petites sont médiocres.
  15. je veux faire de la France le pays de la vie, de la joie, du dynamisme, de la jeunesse retrouvée et de la création renouvelée !
  16. (Je ne suis pas né pour subir, je suis fais pour agir.) je veux mettre cette force au service de mon pays, de chaque Français, pour que chacun ait un avenir à sa mesure.
  17. je ne veux pas vous aider à rester jeunes le plus longtemps possible mais à devenir des adultes accomplissant les rêves de leur jeunesse.
  18. je veux parler à tous les Français et tous les rassembler parce que tous, à mes yeux, ont un rôle à jouer, une utilité sociale, une valeur qui leur est propre.
  19. (C’est-à-dire à une société où chacun n’aime que celui qui lui ressemble, celui qui a la même couleur de peau, la même origine, la même religion.) je veux lutter contre cette dérive.
  20. je veux rendre à chaque jeune Français la fierté d’être Français.
  21. (Cette fierté), je veux que nous l’offrions en partage à tous ceux qui veulent devenir Français, au lieu de les accueillir dans une France qui croirait si peu dans ses valeurs qu’elle ne se donnerait même plus la peine de les défendre.
  22. je veux rappeler que la France est plus forte quand elle est unie
  23. je veux remettre la fraternité au cœur de la politique.
  24. je veux remettre la fraternité au cœur du projet républicain.
  25. (La France) je ne veux pas la laisser caricaturer par une minorité qui ne lui ressemble pas, qui ne cherche qu’à attiser la violence et la haine.
  26. (Cette France) je veux lui dire que la fraternité c’est d’abord pour elle...
  27. ... que je veux la remettre au coeur de la République.
  28. je veux lui dire que la fraternité ce n’est pas seulement des allocations, ce n’est pas seulement la réhabilitation des immeubles, l’aide aux territoires.
  29. (À tous ceux qui vivent dans l’angoisse de l’exclusion, du déclassement, qui vivent avec au ventre la peur de ne plus pouvoir loger leurs enfants, de ne plus pouvoir les nourrir, les habiller), je veux leur dire que la France est leur pays, qu’elle a besoin d’eux et qu’elle ne les abandonnera pas.
  30. je ne veux pas d’une société où les travailleurs sont si pauvres qu’ils ne peuvent pas se loger.
  31. je ne veux pas d’une société qui laisse des hommes et des femmes mourir de froid sur le trottoir.
  32. je ne veux pas d’une société où la pauvreté est tolérée comme une fatalité, où le chômage est supporté comme un mal nécessaire.
  33. je veux lutter contre la pauvreté et contre le chômage par la revalorisation du travail, par l’augmentation du pouvoir d’achat, par l’incitation à travailler plus pour gagner plus, parce que c’est le travail qui crée le travail.
  34. je veux être le Président d’une France qui se sente solidaire de tous les proscrits, de tous les enfants qui souffrent, de toutes les femmes martyrisées, de tous ceux qui sont menacés de mort par les dictatures et par les fanatismes.
  35. (À tous les jeunes) je veux dire : ne vous laissez pas décourager, ne renoncez pas, ne vous avouez pas vaincus.
  36. je veux vous dire aussi que la jeunesse est un passage et pas une fin en soi.
  37. je veux dire à la jeunesse que la liberté est un bien précieux mais qu’il y a des règles à respecter sans lesquelles, précisément, il ne peut plus y avoir de liberté.
  38. je veux lui dire que si la jeunesse s’affirme en transgressant, il n’y a rien à transgresser s’il n’y a pas de règle.
  39. je veux lui dire qu’on ne lui a pas rendu service en lui laissant croire que tout était permis, que l’âge excusait tout.
  40. je veux lui dire qu’on ne lui a pas rendu service en lui laissant croire qu’elle pouvait tout avoir sans effort, sans travail et sans courage, qu’elle n’avait même pas besoin de vouloir puisque la société serait toujours là pour vouloir à sa place.
  41. je veux être un Président qui, parce qu'il aime la jeunesse, lui dira la vérité. (Parce qu’on doit toujours la vérité à ceux que l’on aime...)
  42. je veux être le Président qui avec vous accomplira une triple révolution : la révolution numérique, la révolution écologique et la révolution de l’éducation.
  43. je veux être le Président qui avec vous réconciliera la France avec elle-même et avec le monde parce qu’au XXIe siècle les nations continueront de mener le monde et parce que la France ce n’est pas fini.
  44. je veux être le Président qui avec vous refera de l’Europe un idéal de paix et de prospérité pour tous les hommes parce que sans l’Europe l’idée que nous nous faisons de l’Homme serait condamnée à disparaître.
  45. je veux être le Président qui avec vous fera l’union de la Méditerranée parce que c’est en Méditerranée que se joue l’avenir de l’Europe et de la civilisation mondiale.
  46. je veux redonner à la politique plus de sincérité, plus d’humanité, plus de morale, plus de courage. (La sincérité, je la mettrai au service de la vérité...)
  47. je veux aussi rappeler que des objectifs de plein emploi figurent dans les textes fondateurs du FMI et de l'OMC.
  48. je veux dire par là qu'un socle de protection sociale peut être un élément du développement économique et je voudrais défendre cette idée.
  49. je veux souligner le pas important qui a été franchi au niveau européen, ... , avec le pacte pour l'euro.
  50. je ne veux pas rouvrir le débat sur le terme de discrimination positive dont j’ai conscience qu’il renvoie à des histoires, à des traditions différentes des nôtres.
  51. (Mais) je veux dire que pour atteindre l’égalité il faut savoir donner plus à ceux qui ont moins, il faut savoir compenser les handicaps de ceux auxquels la vie a donné d’emblée moins de chance de réussir qu’à tous les autres.
  52. je veux parler avec eux (les citoyens) des moyens par lesquels la République pourra tenir ses engagements.
  53. je veux parler avec eux des moyens juridiques et matériels qui sont nécessaires pour y parvenir.
  54. je veux le dire solennellement, la burka n’est pas la bienvenue en France.
  55. je veux dire à ceux qui s’étonnent que l’on puisse s’endetter pour doter le Fonds Stratégique d’Investissement que ce fonds nous aide à créer des emplois, à préserver des avancées technologiques et que de surcroît il va rapporter de l’argent à l’Etat parce que les actifs qu’il achète vont se valoriser.
  56. je veux dire à ceux qui trouvaient que le Grenelle de l’environnement coûtait trop cher, que c’est la dépense la plus rentable que l’on puisse imaginer. (Elle va créer 600 000 emplois...)
  57. je veux que l’on propose une solution à tous les adolescents qui sortent du système scolaire à 16 ans sans rien.
  58. je veux revaloriser l’apprentissage, la filière professionnelle, la filière technologique, la filière littéraire.
  59. je veux que l’on mette les moyens nécessaires pour en faire des filières d’excellence au même titre que la filière scientifique, avec des passerelles, avec des diplômes de haut niveau. (Nous serons au rendez-vous des réformes...)
  60. je veux que l’on mette les moyens pour que dans notre pays les jeunes puissent conquérir leur autonomie par leur travail, par leur mérite. (Je pense ainsi à la croissance de demain...)
  61. je veux poser la question de la fiscalité : allons-nous continuer à taxer la production et à taxer le travail alors que nous savons bien qu’en faisant peser des charges fixes trop lourdes sur le travail et la production nous détruisons nos emplois et nos industries ? (Le but est-il que toutes nos usines s’en aillent ? Le but est-il qu’il n’y ait plus d’ouvriers dans notre pays ?)
  62. je ne veux pas m’y résigner.
  63. je veux l'unité. (Je suis le garant de l'unité. Et s'il le faut je serai unitaire pour tous les autres...)
  64. (Alors que le monde se met à douter de la France, et que les Français eux-mêmes s'interrogent, voilà qu'une fois de plus, des tréfonds du pays je sens monter cette volonté de renouveau) que je veux incarner et par laquelle ...
  65. ... je veux vaincre la fatalité. (Cette force que j'imagine, elle est en vous. Elle est dans cette foule immense rassemblée ce soir à Périgueux.)
  66. je veux dire que la République n'est pas un modèle figé pour l'éternité mais un projet toujours inachevé, un élan du coeur et de l'esprit, un idéal de civilisation et d'humanisme, un rêve d'universalité et de fraternité.
  67. je veux dire que la République, depuis 200 ans, c'est une continuité de principes, de valeurs, d'objectifs et une variété de moyens, de procédures et de priorités en fonction des circonstances.
  68. je veux dire que la République de Jules Ferry et de Gambetta n'était pas celle de Danton pas davantage celle de Robespierre, que celle de Clémenceau n'était pas celle de Lamartine et pas non plus celle du Général De Gaulle.
  69. je veux construire une nouvelle relation avec les Français, faite de vérité, de respect de la parole donnée, de confiance.
  70. je veux un nouvel État, une nouvelle nation, une nouvelle République.
  71. (À tous), je veux dire : la nation n'est pas un obstacle à la démocratie, elle en est la condition.
  72. je veux un État respecté.
  73. je veux un État que les fonctionnaires soient heureux de servir et dont les Français soient fiers.
  74. je veux un État exemplaire sur le plan de la diversité et de la lutte contre les discriminations.
  75. je veux un État qui domine les intérêts catégoriels au lieu d'être dominé par eux.
  76. je veux un État qui ne soit pas fragilisé par le laxisme et par la fraude.
  77. je ne veux pas que ceux qui ne veulent rien faire, que ceux qui ne veulent pas travailler vivent sur le dos de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur.
  78. je ne veux pas que ceux qui fraudent l'assurance chômage, l'assurance maladie, les allocations familiales, ceux qui escroquent le fisc ou les ASSEDIC, ceux qui détournent de l'argent public par copinage ou par favoritisme, continuent à mettre en péril la solidarité nationale.
  79. je veux le dire ce soir : je n'aime pas la façon dont on parle des fonctionnaires dans notre pays.
  80. je ne veux pas que la seule voie de réussite soit celle des concours et des examens. L'expérience, cela compte aussi.
  81. (À l'infirmière qui veut progresser je dis que) je veux lui donner la possibilité d'acquérir une formation complémentaire qui lui permette de devenir médecin par la promotion interne si elle en a l'aptitude et la motivation.
  82. je veux par dessus tout qu'elle gagne plus parce qu'elle le mérite.
  83. je veux dire aux juges que ...
  84. ... je veux une justice respectée.
  85. je veux dire aux juges que je sais à quel point leurs conditions de travail sont difficiles, à quel point leurs moyens matériels et humains sont insuffisants.
  86. je veux leur dire combien la justice à mes yeux est une institution essentielle de la République.
  87. (Mais) je veux leur dire aussi que dans la République nul ne peut prétendre se soustraire à la critique.
  88. je veux leur dire que l'indépendance de la justice ne peut les exonérer d'avoir à rendre compte au peuple de la manière dont la justice est rendue en son nom.
  89. je veux rappeler qu'ils ont mission d'appliquer la loi, non de la faire.
  90. je veux rappeler qu'ils ont à juger en fonction du droit et non d'une idéologie.
  91. je veux rappeler qu'ils ont pour fonction de rendre justice aux victimes.
  92. je veux leur dire que je serai toujours à leurs côtés pour défendre l'indépendance de la justice et l'accroissement de ses moyens.
  93. je veux l'égalité des chances pour tous.
  94. je veux la culture pour chacun, parce la culture c'est la clé de l'égalité des chances.
  95. (D'autres comme d'habitude m'ont dit que c'était impossible). (...) je veux leur dire : la différence entre vous et moi c'est que ...
  96. ... je veux faire en sorte que tout ce qui est nécessaire et qui est juste devienne possible et vous ne le voulez pas !
  97. je veux l'égalité des territoires devant le service public.
  98. je veux que les services publics reviennent dans les quartiers en difficulté.
  99. je veux que les services publics restent présents dans les zones rurales.
  100. je veux la mutualisation des risques par le moyen d'un cautionnement public pour que le malade puisse emprunter, pour que l'enfant de famille modeste ait le même droit à l'emprunt que l'enfant de riche, pour que celui qui n'a pas les moyens d'apporter une garantie puisse quand même louer ou emprunter pour financer ses projets.
  101. je veux que grâce à la mutualisation des risques il y ait plus d'investissement immobilier, plus d'opportunités d'entreprendre, plus de création, plus d'invention, plus de consommation et donc plus d'égalité de chances et plus de croissance.
  102. je veux qu'il y ait plus d'égalité et de justice dans les retraites.
  103. je veux un État exemplaire en matière d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte.
  104. je veux que dans les conseils d'administration des entreprises publiques il y ait au moins 50% de femmes.
  105. je veux que le principe de la parité tel qu'il s'applique à la politique s'applique aussi aux représentants du personnel dans les entreprises.
  106. je veux que le temps passé à l'éducation des enfants soit intégralement pris en compte pour le calcul des retraites, que les femmes aient continué de travailler en les élevant ou qu'elles aient cessé de travailler pour les élever.
  107. je veux que les femmes qui ont cessé longtemps de travailler pour élever leurs enfant et qui se séparent de leur mari soient davantage aidées pour retrouver un emploi.
  108. je veux que les femmes au chômage qui cherchent un emploi aient le droit de faire garder leurs enfants comme les femmes qui travaillent.
  109. je veux que la violence conjugale soit plus durement réprimée et que les femmes qui en sont victimes soient mieux accompagnées.
  110. je veux répéter qu'aucune coutume, aucune culture d'origine, aucune pratique religieuse ne saurait en France autoriser quiconque à proclamer l'infériorité intrinsèque de la femme.
  111. je veux que partout en France les femmes soient libres de se promener en jupe, libres de vivre comme elles l'entendent, libres de se marier à leur guise.
  112. je veux que la République s'attaque aux nouvelles inégalités. Depuis des années, au nom de la morale républicaine, on proclame des droits qui ne sont pas suivis d'effet.
  113. je ne veux pas faire une discrimination positive sur des critères ethniques qui serait la négation de la République.
  114. (Mais) je veux que sur la base de critères économiques, sociaux, éducatifs, on mette tous les moyens nécessaires pour combler des écarts qui sont devenus insupportables et qui mettent en péril la cohésion nationale.
  115. je veux qu'on n'aide pas seulement les territoires ou les quartiers mais aussi les personnes.
  116. (À ceux qui pensent que cela coûtera trop cher), je veux dire que ne pas faire assez pour restaurer le sentiment de l'égalité et de la justice coûterait infiniment plus cher.
  117. (À ceux qui pensent que la pureté idéologique de la République pourrait en souffrir), je veux dire que la République souffrira bien davantage de la persistance d'injustices intolérables.
  118. (À ceux qui pensent que les bénéficiaires de la discrimination positive prendront les places des autres), je veux dire qu'il n'en sera rien car des places supplémentaires seront créées à cette fin.
  119. je veux le dire aux Français : l'anticapitalisme n'offre aucune solution à la crise actuelle.
  120. je veux poser une question grave : si ce qui s'est passé aux États-Unis s'était passé en Europe, avec quelle rapidité, avec quelle force, avec quelle détermination l'Europe, avec les institutions actuelles, les principes actuels, aurait-elle fait face à la crise ? (nous allons pas tarder à le savoir...)
  121. je veux dire aux Français qu'il n'existe aucune solution miracle qui permettrait à notre pays de se dispenser des efforts nécessaires pour surmonter la crise.
  122. je veux prendre mes responsabilités devant vous, j'assume donc la décision de financer le RSA en taxant légèrement les revenus financiers qui depuis des années augmentent plus vite que les revenus du travail.
  123. je veux le dire aux Français, il va falloir payer plus cher le pétrole, plus cher le gaz, plus cher les matières premières.
  124. je veux dire à quel point je crois que le système du bonus-malus est un bon système.
  125. je veux que soit mis à l'étude un grand plan de rénovation des infrastructures des transports collectifs dans les grandes villes où la situation est devenue souvent critique.
  126. je veux m'adresser aux 11 millions de Français qui m'ont apporté leurs suffrages.
  127. je veux leur dire que je ne les trahirai pas, que tous les engagements que j'ai pris, je les tiendrai scrupuleusement.
  128. je veux leur dire que si j'ai voulu mettre la morale au cœur du débat politique, ...
  129. ... je veux aussi la mettre dans le comportement politique.
  130. je veux la vérité, je refuse le mensonge.
  131. (Aux 11 millions de Français qui m'ont fait confiance dès le premier tour), je veux dire que mon souhait de moraliser la politique et de remédier à la crise de confiance commence pour moi par la volonté de ne pas les décevoir.
  132. je veux leur dire que c'est autour d'eux que je compte faire le rassemblement du peuple français le plus large possible.
  133. je veux dire qu'ils ont toute leur place dans ce rassemblement dès lors qu'eux aussi partagent les valeurs de l'identité nationale et de l'amour de la France, du travail et de son respect, du mérite et de sa récompense, du civisme et de ses devoirs, de la justice républicaine.
  134. (La République), je la veux fraternelle et rassemblée.
  135. (la France, moi), je veux la renforcer, pas l'affaiblir.
  136. je veux être le candidat de l'ouverture parce que ...
  137. ... je veux être le président de l'ouverture, mais d'une ouverture qui n'a rien à voir avec la politique politicienne, d'une ouverture qui n'est pas l'ouverture vers les appareils.
  138. (L'ouverture dont) je veux être le candidat, c'est l'ouverture d'esprit.
  139. (L'ouverture dont) je veux être le candidat, c'est l'ouverture vers les autres, vers ceux qui ne pensent pas la même chose que moi, qui n'ont pas le même parcours, pas la même expérience de la vie, pas la même histoire, vers ceux qui n'ont pas voté pour moi, vers ceux qui parfois m'ont combattu.
  140. je veux être le président de tous les Français, qui parlera en leur nom à tous, qui les respectera et qui les aimera tous, qui les unira.
  141. (La majorité présidentielle que) je veux rassembler, c'est une majorité dans laquelle tous les Français, quelles que soient leurs croyances, quelle que soit leur sensibilité, quelles que soient leurs origines, doivent pouvoir se reconnaître, doivent pouvoir retrouver cette part d'eux-mêmes, cette part de leur identité qui leur donne le sentiment qu'ils appartiennent à la même République et que ce qui les unit est plus fort que ce qui les sépare.
  142. (La France est une synthèse, sans cesse recommencée.) je veux faire la synthèse de l'ordre et du mouvement, de l'autorité et de la fraternité, de la liberté et de la justice.
  143. je ne veux pas que la France donne le visage de l'extrémisme. Voilà ce que je dis, voilà ce que je ferai.
  144. je ne veux pas qu'on demande aux enfants d'expier les fautes supposées de leurs pères ?
  145. (C'est la vérité), je ne veux pas de la repentance. (Pourquoi tant de haine ?...)
  146. (C'est cela la France et) je veux que l'on parle de cela. (Pourquoi tant de haine ?...)
  147. je veux tourner définitivement la page de mai 68.
  148. je veux en finir avec cet héritage, avec ce relativisme moral et intellectuel.
  149. je veux dire la vérité sur l'école. (Lorsqu'elle n'arrive plus à remplir son rôle ce n'est pas la question des enseignants, c'est la question de la politique...)
  150. je veux l'école de l'excellence qui tire les enfants vers le haut.
  151. je veux l'école qui tourne le dos à l'égalitarisme, qui permet aux enfants des milieux modestes d'accéder à la promotion sociale, qui aide les enfants à devenir des adultes et non à demeurer de grands enfants. Voilà l'école de la République.
  152. je veux une école qui donne aux enfants le goût de l'effort intellectuel et du travail. Mais si l'enfant n'apprend pas le sens de l'effort à l'école, où l'apprendra-t-il ? (Pourquoi tant de haine ?...)
  153. (Peut-être cette haine vient-elle du fait que) je veux que la police fasse son métier ?
  154. je veux redonner le moral à la France qui travaille.
  155. je veux augmenter le pouvoir d'achat des salaires, parce que ...
  156. ... je ne veux plus qu'il y ait de travailleurs pauvres.
  157. je veux prendre à bras-le-corps le problème des conditions de travail qui amènent tant de travailleurs à la dépression ou au suicide.
  158. (Ce ne sont pas des mots qui me font peur), je veux les affronter parce que derrière, il y a de la souffrance.
  159. je veux protéger les travailleurs contre les délocalisations.
  160. (Je l'affirme), je veux une préférence communautaire.
  161. je veux lutter contre les dumpings et contre la concurrence déloyale.
  162. je veux que l'entreprise qui délocalise rembourse les aides publiques qu'elle a reçues.
  163. je veux que l'impôt sur les sociétés soit plus élevé pour les entreprises qui détruisent des emplois et qui délocalisent, que pour les entreprises qui créent des emplois et qui investissent.
  164. (Ces dernières paieront moins d'impôts sur les bénéfices des sociétés car) je veux redonner la priorité au travail, à l'investissement et à la création d'emploi.
  165. je veux poser ce diagnostic juste.
  166. (Pourquoi tant de haine ? Parce que) je veux moraliser le capitalisme.
  167. je veux en finir avec la pratique détestable des parachutes dorés.
  168. je veux autant de sévérité à l'encontre des patrons voyous qu'à l'encontre des petits voyous.
  169. je veux que les stocks options soient pour tout le monde et pas seulement pour quelques-uns, parce que tous les salariés contribuent à la réussite de l'entreprise
  170. (Oui, j'ai compris pourquoi tant de haine ? Parce que) je veux que chacun puisse transmettre à ses enfants sans droit de succession le fruit d'une vie de travail et d'épargne.
  171. (Parce que) je ne veux pas que l'impôt puisse prendre plus de 50% du revenu.
  172. (Pourquoi tant de haine ? Parce que) je veux instaurer le service minimum dans les transports.
  173. (Parce que) je ne veux plus qu'une minorité puisse prendre la majorité des citoyens en otage.
  174. (Parce que) je veux faire respecter le principe fondamental de la continuité du service public.
  175. je ne veux pas la confiance de ceux qui ne comprennent pas qu'en France le temporel et le spirituel sont séparés. C'est cela la France.
  176. je veux que les pauvres puissent gagner leur vie. C'est toute la différence entre eux et nous.
  177. je ne veux me consacrer qu'à une seule chose : rassembler le peuple français autour d'un nouveau rêve français, celui d'une République fraternelle où chacun trouvera sa place, où personne n'a plus peur de l'autre, où la diversité sera vécue non comme une menace mais comme une richesse.
Bien, rassurez-vous, je vous fais grâce des 625 autres occurrences où Ego Sarko manie le moi, le me, le m', le j', le je dis, je fais, je truc, je machin-chouette, etc.

Si vous ne craignez pas l'indigestion, vous pouvez toujours aller explorer la base de plus de 630 (!) discours du chef rassemblés par Jean Véronis, ou bien vous la jouer institutionnel et aller puiser à la source...

Quoi qu'il en soit, Jean avait parfaitement cerné le problème...


Perso, tous ces JE VEUX qui ne veulent plus rien dire me donnent la nausée, et JE VEUX vous dire, Monsieur le président des français, que vous devriez surtout arrêter de nous prendre pour des cons en alignant tous ces mots, certes avec énormément de conviction, mais dont le seul - gros - défaut est qu'ils ne sont que des coquilles vides.

Et si j'ai titré "grands discours" pour un "petit président", ce n'est certes pas en rapport avec votre taille mais du seul fait qu'à l'évidence vous êtes un président qui veut beaucoup mais qui peut peu ! Car à part le burqa, je ne vois pas trop ce que vous avez réellement réalisé de vos mille promesses fumeuses...

J'imagine que lorsque Edwy Plenel lit des déclarations telles que "je veux redonner à la politique plus de sincérité, plus d’humanité, plus de morale, plus de courage. (La sincérité, je la mettrai au service de la vérité...)", ou "je veux dire (aux français) que si j'ai voulu mettre la morale au cœur du débat politique, je veux aussi la mettre dans le comportement politique.", "je veux la vérité, je refuse le mensonge", il doit s'étrangler (de rire, d'indignation ou des deux).

Et vous qui vous targuez d'être un président moderne (je veux être le Président qui avec vous accomplira une triple révolution ... dont la révolution numérique), sachez que le temps où les politiques pouvaient faire gober ce qu'ils voulaient à la plèbe crédule est révolu, nous sommes désormais au cœur de la société transparente. Et que la transparence s'apparente justement avec le devoir qu'ont nos gouvernants de nous rendre des comptes, aussi bien de ce qu'ils font que de ce qu'ils disent, dès lors qu'ils disent ce qu'ils ne font pas et surtout qu'ils font ce qu'ils ne disent pas. Les anglo-saxons appellent ça l'accountability :
The government continues to increase its ability to look in on citizens, creating an Orwellian-like society that people may find alarming. According to Brin, reciprocal accountability, which is the ability for people to look back at the government and hold it accountable, is key to minimizing undesirable effects and behaviors.
Donc ne vous étonnez pas, Monsieur Sarkozy, si de temps en temps quelqu'un vous demande compte d'autant de promesses jamais tenues ! Du reste vous le dites vous-même : « Comment faire espérer dans une République qui continuerait à tenir si peu ses promesses ? Je ne me résigne pas à ce qui serait un désastre. »

Je ne m'y résigne pas moins que vous, Monsieur Nicolas Sarkozy. Mais le désastre est bien réel, hélas !


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lundi 29 juin 2009

Sarkozy a-t-il été l'avocat de Berlusconi ?

La réponse à cette question posée par l'ami Ail & Oignon est OUI !

Sarkozy, ou le cabinet dont Nicolas Sarkozy était associé, a bien défendu les intérêts de Silvio Berlusconi et de Jean-Luc Lagardère contre ... Jacques Chirac, à l'époque de La Cinq, sans parvenir à "dénouer l'affaire".

Rue89 en parlait dans ce billet, en relatant un article du Temps :
Nicolas Sarkozy a été, dans les années 1980, l'avocat de Silvio Berlusconi. (…) Comme le souligne le Corriere della Sera, il défendait les intérêts de l'empire médiatique du Transalpin dans le long contentieux qui opposait La Cinq, achetée par le Cavaliere, au gouvernement français, puis aux partenaires français de la chaîne de télévision. Le groupe d'avocats dont faisait partie Nicolas Sarkozy pour défendre le magnat italien n'était pas parvenu à dénouer l'affaire. Le litige avait nécessité un arbitrage suisse.
En effet, l'affaire était compliquée, comme le montre la chronologie des événements :
20 février 1986 : naissance. Silvio Berlusconi et Jérôme Seydoux, PDG des chargeurs réunis. LA CINQ, première chaîne française privée et gratuite. Le temps des paillettes italiennes; Amanda Lear, Alain Gillot-Pétré, Christian Morin, Roger Zabel.

3 février 1987 : La concession est résiliée par le gouvernement de Jacques Chirac.

23 février 1987 : Robert Hersant et Silvio Berlusconi aux commandes de LA CINQ. "cinq you la cinq". Sébastien, Sabatier, Collaro et Bouvard : un petit tour et puis s'en vont.

14 septembre 1987 : Premier journal télévisé sur LA CINQ. LA CINQ c'est "tous les soirs un film".

23 octobre 1990 : Le CSA accepte la modification du capital. Le groupe Hachette devient opérateur. Yves Sabouret nommé PDG. Robert Hersant : "les meilleurs moments en télévision; c'est quand on obtient une chaîne… Et quand on s'en retire. Jean Luc Lagardère : "Et moi je dis, Hachette va sauver LA CINQ".

(...)

31 décembre 1991 : 10 heures. Dépôt de bilan. LA CINQ version Hachette aura durée 420 jours. Angelo Codignoni (représentant de Silvio Berlusconi) : "A partir de ce moment, nous réflechissons pour voir s'il y a encore des possibilités que LA CINQ ne disparaisse pas des écrans français."

03 janvier 1992 : Maître Hubert Lafont est nommé administrateur judiciaire par le tribunal de commerce. Hubert Lafont :"Il n'est pas possible de dire aujourd'hui quelle sera l'issue de cette affaire." Jean-Claude Bourret crée l'association de défense de LA CINQ; 40 000 adhésions en trois jours.

09 janvier 1992 : 100 000 adhérents à l'association de défense.

15 janvier 1992 : Silvio Berlusconi annonce qu'il peut sauver LA CINQ "dans le respect de la réglementation." Charles Pasqua envisage d'associer les collectivités locales au capital de LA CINQ. Charles Pasqua :" je ne réclame ni la présidence de la chaîne, ni le poste de présentateur."

20 janvier 1992 : TF1, CANAL + et M6 annoncent un projet de chaîne d'information continue pour remplacer LA CINQ.

23 janvier 1992 : 500 000 adhérents à l'association de défense de LA CINQ.

25 janvier 1992 : LA CINQ et son personnel reçoivent le prix "Europe et Liberté 1992" pour récompenser le combat mené par la chaîne pour la pluralité.

03 février 1992 : Silvio Berlusconi dépose officiellement son projet de reprise de LA CINQ. Il envisage une augmentation de capital de 1,5 milliard et le maintient de 600 emplois sur 900. Silvio Berlusconi :"Nous avons quelques idées."

24 février 1992 : 800 000 adhérents à l'association de défense de LA CINQ.

02 avril 1992 : Silvio Berlusconi annonce le retrait de son plan de sauvetage de LA CINQ. Le magnat italien ne peut pas lutter contre les pressions exercées par le gouvernement, par différents hommes politiques et les hautes sphères institutionnelles. Ces derniers ne veulent pas de Berlusconi à la tête d'une chaîne de télévision française. Tout est fait pour l'empêcher de sauver LA CINQ.

12 avril 1992 à 24 h 00 : LA CINQ cesse définitivement de vivre. La cinquième chaîne de télévision française, première chaîne privée et gratuite en France, est morte en direct sous les yeux de plusieurs millions de téléspectateurs.
L'Humanité nous donne davantage de détails :
Si une cession - demandée un temps par Berlusconi - rendrait caduque l’autorisation d’émettre (les fréquences sont incessibles), la continuation signifie une reprise du lourd passif (1,4 milliard de francs). Mais Berlusconi a aussi de bonnes raisons de ne pas laisser « filer » : il détient encore 25% du capital de la chaîne et, surtout, il a vendu ces trois dernières années à La 5, avec ses stocks milanais, pour environ 80 millions de dollars de programmes !

(...)

La solution de Berlusconi n’exclut ni un partenariat avec Charles Pasqua et les « collectivités locales » par le biais d’une société d’économie mixte, ni avec Hachette, réduit à un rôle d’actionnaire minoritaire. Berlusconi doit, en effet, trouver des partenaires. La rumeur cite l’Allemand Leo Kirch, associé à Berlusconi et… à TF1 dans la société de production Tricom, ou la ONCE, association des aveugles espagnols gérant La 5 madrilène avec… Berlusconi. Un entrecroisement d’intérêts privés d’où pourrait bien surgir la nouvelle 5. Pourquoi pas, Hachette se demandent certains ?
En réalité, l'affaire était éminemment politique et Jacques Chirac n'a jamais eu l'intention d'offrir une chaîne au "marchand de soupes" :
Lorsque Jacques Chirac boute Silvio Berlusconi hors de France, lui et sa chaîne télé la Cinq, en 1990, il traite l’entrepreneur italien de "marchand de soupes". Mais il a tort : Il Cavaliere n’est pas seulement un vulgaire politicien corrompu et cupide, c’est aussi et surtout un stratège malin et populaire en Italie malgré les affaires qui le poursuivent. L’incarnation parfaite du Prince de Machiavel. L’homme le plus riche de son pays n’a en effet jamais lésiné sur les moyens pour justifier ses fins. Toute sa carrière est entachée de mystères financiers.
Qui a écrit ça ne croyait pas si bien dire...

Une récente interview de Tarak Ben Ammar en Italie précise :
En France, Chirac ne l’a pas voulu, puisque son gouvernement a exercé des pressions sur son ami Lagardère pour empêcher que Berlusconi ne puisse prendre le contrôle de la Cinq.

In Francia Chirac non l’ha voluto: il governo di Chirac fece pressioni sul suo amico Lagardère, pur di non lasciar prendere il controllo della Cinq a Berlusconi.

Donc, cinq you la cinq, et merci Chirac de nous avoir sauvés de la cata en évitant que Berlusconi ne s'implante en France !


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P.S. J'observe, en marge de ce billet, que Pasqua a toujours aimé le Ricard, la soupe, et les "magnifiques désastres"...

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mardi 23 juin 2009

Nuages sémantiques


Je découvre sur le blog de Nicolas Vanbremeersch une analyse rapide du discours de Sarkozy qui s’est exprimé hier, pour la première fois depuis 1873, devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès à Versailles.

Or Versac (si j'écris Nicolas, on saura plus duquel je parle :-) nous propose une bonne analyse mais un nuage sémantique confus :


et donc peu expressif du fait qu'il contient tous les mots vides du discours, d'où un sens noyé dans le flux.

De ce point de vue, le nuage proposé par Vincent en se basant sur le même discours me semble un peu plus pertinent, même s'il reste bruyant :


Moi qui me sens l'âme d'un népho-sémanticien (néologisme modeste combinant néphologie et sémantique), voire de faux sémanticien tout court, je ne pouvais résister à l'envie d'y ajouter mon grain de sel, surtout depuis que je maîtrise à la perfection le binôme Quensis (sémantique) et Wordle (néphologie)...

En intégrant quelques différences dans le classement des mots par rapport au tableau utilisé par Versac, puisque lui ne prend pas en compte les pronoms personnels.

Or lorsqu'on parle de Sarkozy, l'analyse des pronoms est toujours très significative. J'en veux pour preuve le nuage issu de ma précédente analyse, où le JE est omniprésent et le NOUS totalement absent :


alors que dans le discours d'hier le NOUS (135 occurrences sur 6266 mots) est presque deux fois plus représenté que le JE (76 occurrences, dont 62 fois JE et 14 J'), une nouveauté absolue pour Sarkozy !


Un discours assez proche de celui tenu par Obama au Caire, tout au moins au plan de la répartition de NOUS, NOTRE, JE, MONDE, etc.

En tout cas un recentrage total par rapport à tous les précédents discours de Sarko, qui devient encore plus évident si l'on n'examine que les 21 termes significatifs ayant plus de 10 occurrences :


Certes, il n'y a aucune spontanéité là-dedans, c'est de la pure ingénierie linguistique, où l'on commence par booster la densité des mots clés autour desquels le discours sera bâti, phrase par phrase, en jouant sur les répétitions, les figures de style, etc. etc.

Voici donc les 14 substantifs plus représentatifs du texte (en réunissant singuliers et pluriels) :


et en étendant le nuage aux 100 substantifs plus représentatifs :


J'emprunterai ma conclusion à Versac :
Au final, on est dans un habillage assez peu inspiré, ou par de grands creux, d’un message simple et basique : on continue, parce que notre voie est la bonne, et que ne rien faire serait criminel.
Voilà qui est dit ! Bravo Nicolas !

Je vous laisse choisir lequel :-)


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lundi 8 juin 2009

Réflexions sur la démocratie et sur le dépassement de la dichotomie droite-gauche


Sur Twitter, François m'interpelle :
je comprends pas ton assiduité à défendre la démocratie alors que c'est l'exemple vivant de sa débilité :D
Bonne question. Et bon constat. Mais la réponse est difficile. Et longue...

Pourquoi défendre la démocratie ? Personnellement, c'est juste une question de principe. Je pense en effet que la démocratie est la forme politique plus évoluée qui aurait pu permettre aux peuples de s'affranchir des différents totalitarismes, du communisme au capitalisme en passant par le nazisme ou le "socialisme de marché", etc.

Or ce que je vois se produire aujourd'hui dans deux "démocraties" telles que la France et l'Italie me pousse à être très pessimiste quant à la capacité des peuples de s'affranchir de ces totalitarismes en exerçant leur responsabilité, et leur discernement. Ou tout simplement leur esprit critique.

Dans l'article DÉMOCRATIE sur Universalis, l'auteur nous dit :
Le mot démocratie souffre d'un excès de signification.

(...)

C'est qu'en effet la démocratie n'est pas seulement une manière d'être des institutions, elle est plus encore peut-être une exigence morale. Or cette exigence n'est pas définissable dans l'abstrait, car son contenu est déterminé à la fois par l'insatisfaction que procure une situation présente et par l'image de ce que serait un ordre politico-social meilleur.

Il en résulte que le sens du mot démocratie varie selon le milieu et le moment dans lequel il est employé et selon le contexte doctrinal où il se trouve situé. Que cette ductilité du terme soit génératrice d'équivoque, c'est incontestable. Mais, à exclure l'ambiguïté pour élaborer une définition scientifique sans bavure, on risquerait de ne pas rendre compte du dynamisme qui est inclus dans l'idée démocratique et fait d'elle l'un des facteurs les plus puissants d'évolution des sociétés. Toute l'histoire prouve que la démocratie réalisée n'est jamais qu'un moment du mouvement démocratique. Un mouvement qui jamais ne s’arrête car, pour les hommes qui le suscitent, la démocratie c’est le Bien. Ainsi, elle n’est pas seulement une formule d’organisation politique ou une modalité d’aménagement des rapports sociaux ; elle est une valeur. Et c’est cette valeur, l’inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif, qui constitue l’unité profonde de ce que, pour la clarté de l’analyse, on appelle les différentes conceptions de la démocratie.

(...)

Dans l’évolution de l’idée démocratique à l’époque moderne, on peut schématiquement distinguer trois phases.
  1. La démocratie a d’abord été considérée comme un moyen de la liberté. C’est à ce titre qu’elle s’est introduite dans les institutions sous sa forme exclusivement politique.
  2. Elle fut ensuite tenue pour un instrument de la justice, ce qui, outre les changements que cette interprétation entraînait dans l’organisation politique, provoqua son extension aux rapports économiques et sociaux.
  3. Enfin, et c’est l’étape dans laquelle sont engagées les sociétés hautement développées, la démocratie tend à assurer le contrôle de la collectivité sur la croissance économique et, à la limite, sur le bon usage de la prospérité.
Signé Georges Burdeau et non pas Paul Vaurs, qui a pompé presque entièrement l'article dans un billet à la gloire de Sarkozy, soit dit en passant. Sans vergogne, sans y changer une virgule et sans en donner la juste attribution à son auteur respectif. Décédé qui plus est, ce qui coupe court à toute contestation de sa part. On appelle ça du plagiat, Monsieur Vaurs, et il y a pour rendre hommage des moyens certainement plus élégants que de plagier en prétendant faire croire qu'on sait écrire...

Cette pauvre parenthèse étant fermée, revenons-en à la démocratie et à pourquoi la défendre. Car « elle est une valeur. Et c’est cette valeur, l’inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif », que j'ai à cœur de défendre.

Car je n'arrive pas à me faire une raison de voir la facilité et la passivité avec lesquelles ces deux peuples se font manipuler à leur insu de leur plein gré !

Par deux hommes qui aimeraient faire croire qu'ils ont une stature de chefs d'état alors qu'en fait ce ne sont que de piètres candidats despotes en culottes courtes, petits moins par leur taille que par la mesquinerie de leur vision, au service exclusif de leurs intérêts et de ceux de leurs clans plutôt que des intérêts de ceux qu'ils gouvernent.

Deux hommes qui aiment à se copier l'un l'autre, qui ont vraiment beaucoup - trop - de points communs, et dont la mainmise sur les médias n'est certes pas le moindre.

Disons pour simplifier que l'un les possède, l'autre les contrôle, et tous deux les occupent en terrain conquis, les vampirisent avec un objectif commun : parvenir à aliéner « l’inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif » ; or au vu des résultats, ils y parviennent très bien.

En confisquant chaque jour un peu plus cette soi-disant démocratie dans des institutions ne représentant plus qu'elles-mêmes et les "élites" familières des CdA (comme l'observe fort justement Nicolas Voisin, « Nous ne sommes plus représentés »...), en contaminant quotidiennement les esprits par une propagande de régime qui mélange les mots dans tous les sens jusqu'à le leur faire perdre, une désinformation permanente visant à caresser la majorité des peuples dans le sens du poil, et les peuples suivent en bons petits troupeaux ! Du bétail, vous dis-je, voici ce que nous sommes aux yeux de nos gouvernants. Voire moins que ça, mais sûrement pas plus...

Or l'un des premiers - et derniers - moyens d'expression d'une démocratie serait le vote. Oui, mais voilà, « le vote est un truc bien trop sérieux pour être laissé au peuple », qu'il convient donc de confiner dans une ignorance béate en l'entretenant de tout et de rien, de panem et circenses mais surtout pas des choses qui comptent, histoire d'éviter qu'il réfléchisse par lui-même, des fois que ses femmes et ses hommes seraient tentés d'exercer leur « inaliénable vocation (...) à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif »...

Risque désastreux qu'il vaut mieux éviter à tout prix. Et quoi de mieux pour l'éviter que de fausser le cadre d'ensemble ? Par exemple en continuant contre vents et marées à proposer la dichotomie manichéenne éculée droite-gauche, impertinente et politiquement incorrecte, dont chacune des composantes n'existerait pas plus sans l'autre...

Pour développer ma réflexion, je voudrais vous proposer la pensée de deux intellectuels italiens de premier plan, Norberto Bobbio et Giovanni Sartori.

Je commencerai donc par un extrait des leçons que le second tirait du premier, en ne définissant pas la démocratie comme un système politique mais en retenant la définition procédurale a minima qu'en donnait Bobbio : « Un ensemble de règles (primaires et fondamentales) établissant qui est autorisé à prendre les décisions collectives contraignantes et selon quelles procédures », pour mieux caractériser la démocratie en termes d'idéaux, d'idées et d'opinions :
En ces termes, nous pouvons déclarer que la démocratie est :
  1. un gouvernement d'idéaux, alimenté et enrichi par des idéaux ;
  2. un gouvernement d'idées (idéocratie) pour expliquer que la démocratie doit être raisonnée et comprise ;
  3. un gouvernement d'opinions, fondé sur le consensus et les opinions des citoyens.
Attention : seule la démocratie (démocratie libérale) peut être caractérisée de cette manière. Pas les autocraties. Car seule la démocratie se pose le problème de construire une « cité bonne », les tyrans n'ayant pour objectif que de construire une « cité forte », gouvernée par la force. D'où l'on peut en déduire que si les autocraties sont des régimes « élémentaires », la démocratie est un régime compliqué, « difficile » à concevoir et difficile à gérer. La question est donc de savoir si nos démocraties affrontent bien ou mal, avec succès ou non, les difficultés qui les caractérisent. Selon moi, mal ou, pour le moins, pas bien.
  1. Le gouvernement des idéaux a été extrémisé par une vision perfectionniste de la démocratie, trop maximaliste et prescriptive, qui finit par buter sur les dangers opposés.
  2. Le gouvernement des idées, et, donc, de la force des idées et de la raison, est profondément érodé par l'avènement de l'homo videns, qui atrophie notre capacité d'abstraction et, partant, notre compréhension.
  3. Le gouvernement des opinions est de plus en plus confisqué par le gouvernement qu'exercent les médias, et notamment la télévision, sur l'opinion.
Donc on ne va pas bien. Suis-je un pessimiste pour autant ? Norberto Bobbio a écrit de lui-même que « l'attitude pessimiste convient mieux à l'homme de raison que l'attitude optimiste », ce qui revient presque à dire que le réel n'est jamais rationnel, et qu'il est donc négativement interprété par l'homme de raison. Nous connaissons par ailleurs sa prédilection pour la formule selon laquelle le pessimisme de la raison doit être combattu par l'optimisme de la volonté. D'accord. Cependant, il y a pessimisme et pessimisme. Face au verre à moitié plein de l'optimiste et à moitié vide du pessimiste tous deux ont raison, mais si le verre est presque vide et que l'optimiste refuse de l'admettre, il a tort, un point c'est tout. Donc au-delà du pessimisme comme inclinaison, le problème est de savoir si un diagnostic est vrai ou faux (en tout ou en partie), et un pronostic fondé (crédible, probable) ou dénué de fondement. Or mon diagnostic est que la démocratie s'étend provisoirement dans l'espace mais n'avance pas sur le fond, et mon pronostic que sur le long terme son avenir est à risque.

Entendons-nous bien : sa grande force est que dans le monde moderne (qui ne peut accepter le droit divin, la théocratie), la démocratie comme principe de légitimité n'a pas d'alternative. Toutefois ce principe de légitimité ne pourrait être qu'une coquille, une coquille vide, vidée de sa substance et dans sa substance. Et mon analyse craint avant tout cet évidement. J'ai dit plus haut que si un pessimiste a raison, il a raison : inutile alors de tenter de le disqualifier en le taxant de pessimiste. Toutefois l'autre travers consiste à être trop pessimiste, à excéder dans le pessimisme. Il se peut donc (l'optimisme de la volonté me conduit à l'espérer) que j'exagère. Or même si c'était le cas, pourquoi pas ? Dans l'univers théorique, il arrive que de fausses prophéties s'autoréalisent (ce fut le cas du marxisme), et que de vraies prophéties s'autodétruisent. Je propose donc pour ma prophétie (permettez-moi de l'appeler ainsi) l'autodestruction. Et dans ce but, exagérer ne nuit pas. Car si les gens commencent à craindre de perdre la démocratie, ils réagiront pour la sauver. Sinon ils resteront assis en passant leur temps à se plaindre. Le pessimisme n'est dangereux que s'il induit à se rendre, tandis que vouloir l'optimisme ou tranquilliser à tout prix en induisant les gens à ne pas réagir fait plus de mal que de bien. En conclusion, ..., (p)armi les trois points faibles que j'ai mentionnés, quel est le plus faible ?

Je dirais le second, à savoir l'affaiblissement des idées, la chute verticale du savoir à tous les niveaux. Le fait est que ne pas comprendre ce qu'est la démocratie implique qu'elle est bêtement et mal critiquée d'un côté, mal défendue et mal promue de l'autre. Et le fait est que depuis une trentaine d'années j'assiste avec horreur (oui, horreur) et terreur au déclin et à l'appauvrissement de la théorie de la démocratie, théorie qui n'est autre que le savoir qui explique ce qu'est la démocratie. Bobbio et moi sommes parmi les rares intellectuels qui ont cru et croient encore à la transmission des connaissances (qui est selon moi la première mission du docte), et qui lisent avant d'écrire ce qu'ont écrit leurs prédécesseurs. En revanche les nouvelles vagues de jeunes auteurs écrivent de plus en plus de livres sans bibliographies, puisés aux sources de leur génie. À quelques exceptions près, leurs (trop rares) lectures remontent à vingt ans auparavant, et ils ne font que citer des pairs et des compagnons de route aussi inexpérimentés qu'eux-mêmes.
Faites comme moi, lisez et relisez ce passage, vous verrez comme il est lourd d'implications...

Gouverner (dans son sens premier, qui veut dire "diriger", "conduire", "mener", etc.) des idéaux, des idées, des opinions, en voici une déclaration programmatique de mise en œuvre de la démocratie !

Or regardons autour de nous : quels sont aujourd'hui les idéaux de nos "gouvernants", quel est le pouvoir des idées (selon l'acception première d'idéocratie, qui tire son étymologie du grec ίδεα « idée » et κράτος « pouvoir », mais certes pas dans le sens d'une pensée unique érigée en idéologie), où va la soit-disant "opinion publique" ?

Des corps aux esprits, des êtres aux pensées, tout est réifié, marchandisé, uniformisé (par le bas, et non pas par le haut), lobbyisé (même racine étymologique que "lobotomisé" ?), écrasé, broyé sous le protéiforme pouvoir d'imposition des États-Nations, tout est récupéré au profit des puissants, qui monétisent ensuite en transformant le tout en prises de bénéfices...

Et quand je dis "tout est récupéré", il est clair que ça commence par les mots. Des mots qui finissent par n'avoir plus de signification tellement ils en ont, pratiquement une par locuteur, que les gens utilisent dans la vie de tous les jours sans plus aucune référence à un sens commun ! Demandez au citoyen lambda quelle différence y a-t-il, selon lui, entre une idée et une opinion ? Dans une dérive quotidienne qui va du révisionnisme au négationnisme purs et durs des enseignements de l'histoire. Je n'en donnerai qu'un exemple, ô combien parlant.

En Italie, le 25 avril est la fête de la libération. Où l'on entend par libération l'Italie libérée du régime fasciste et des nazistes. Qui fut en grande partie le fait de la résistance communiste. Ce qui explique aussi pourquoi pendant plus d'un demi siècle la présence des héritiers politiques du fascisme aux commémorations annuelles n'a jamais trop été à l'ordre du jour. Jusqu'au 25 avril dernier où Berlusconi a décidé de s'inviter (rappelons que le PDL est une espèce de foutoir qui intègre, entre autres, des "post-fascistes" de tous horizons), dans un souci de "réunification nationale"...

Il l'a fait à Onna, en plein cœur des Abruzzes sinistrées par un tremblement de terre, ajoutant symboles sur symboles (Onna, détruite par le séisme, avait déjà été le théâtre de représailles nazies en juin 1944, lorsque les allemands fusillèrent 17 villageois), où il prononça un discours d' « unité nationale renouvelée » que j'ai analysé ici (en italien). Je vous ferai grâce des "détails", en insistant juste sur le glissement sémantique que propose Berlusconi dans son discours, qu'il conclut ainsi :
Viva il 25 Aprile la festa della riconquistata libertà!

Vive le 25 avril, la fête de la liberté reconquise !
C'est très habile : sur le fond, aucune différence entre « libération » et « liberté reconquise » ; sur la forme, « reconquise » ne dure que le temps du discours et dès les premiers commentaires dans les médias, la « Fête de la Libération » devient la « Fête de la Liberté », dans un élan révisionniste et négationniste qui n'a heureusement trompé personne...

Voilà donc un exemple lumineux de la façon dont la politique et les politiques de tous bords récupèrent les mots pour en contourner et en récupérer le sens, ce en quoi ils sont d'une extrême habilité, entourés par des armées de conseillers en com et en pub, pour mieux nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Comme on dit en italien, ils nous pissent dessus et ils disent qu'il pleut...

Voici maintenant un autre exemple de la façon dont Berlusconi en particulier, et les politiques en général, pratique(nt) et insuffle(nt) subrepticement la haine. Lors de son discours pour la création du PDL, il a osé affirmer :
N'oublions jamais qu'il y a eu dans notre pays des millions d'adorateurs de tyrans sanguinaires comme Staline, Mao ou Pol Pot.

"Non dimentichiamoci mai che nel nostro Paese ci sono stati milioni di adoratori di tiranni sanguinari come Stalin, come Mao, come Pol Pot".
Des mots injustifiables en 2009, des mots qui incitent à la haine, indignes d'un chef d'état ou de gouvernement. Mais surtout des mots qui proposent et reproposent à outrance la dichotomie gauche-droite, comme si nos sociétés n'avaient pas évolué depuis la IIe Guerre Mondiale, ou pour le moins depuis une vingtaine d'années avec la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide.

Selon moi c'est criminel de continuer à insister comme il le fait depuis 15 ans, depuis son arrivée en politique, sur cette opposition gauche-droite, pour monter les uns contre les autres, et en tout état de cause, comme toujours, il fait très exactement le contraire de ce qu'il dit. D'ailleurs, de Silvio l'Imposteur, Norberto Bobbio nous avertissait déjà :
L'une des raisons de la force (et, selon moi, de la dangerosité) de Berlusconi est qu'il s'est présenté comme le fondateur d'un nouveau parti, en opposition directe aux partis traditionnels, considérés décadents, de même que les fascistes s'étaient présentés en opposition vis-à-vis des partis politiques de l'Italie libérale". (de 1860 jusqu'à l'arrivée du fascisme)

"Una delle ragioni della forza (e per me anche della pericolosità) di Berlusconi consiste nel presentarsi come fondatore di un partito nuovo in contrapposizione ai vecchi partiti considerati decadenti, come i fascisti si presentavano nei confronti dei vecchi partiti dell'Italia liberale".
Il y a deux jours encore, dans son marathon télévisé à la veille des élections, il continuait à se présenter en entrepreneur forcé de lutter contre tous les professionnels de la politique, comme si lui-même n'était pas le premier et le parangon de ces politicards professionnels !

Qui n'existent que CONTRE mais jamais AVEC ! Or il est clair que la politique aujourd'hui ne doit plus se faire CONTRE tous ceux qui pensent autrement, mais AVEC toutes les forces vives de la société. Dans une pluralité gage de diversité, une complémentarité gage de richesse.

Car de fait, l'insistance obstinée de la politique politicienne sur cette distinction droite-gauche conduit forcément à une impasse, un "vicolo cieco" comme on dit en italien, une destination "aveugle". Aucune vision derrière, aucune perspective, aucun horizon.

Donc plus que jamais il est temps de contester cette distinction, pour faire en sorte que les notions de “droite” et “gauche” ne soient plus exclusives l'une de l'autre, ni ne rendent compte à elles seules de la totalité du champ politique, ce qu'elles sont et font depuis plus de deux siècles :
8. Droite et gauche sont rigoureusement dépendantes l'une de l'autre : que l'une vienne à disparaître et l'autre perd du même coup sa raison d'être. C'est ce qui s'est passé en Italie après la chute du fascisme : la droite était alors si décrédibilisée et marginalisée que la seule façon pour les tenants de cette position de s'affirmer dans le champ politique fut de nier la validité des notions de gauche et de droite, à la fois pour occulter leur propre faiblesse et pour dévaluer l'adversaire.

9. Or, la chute du Mur reproduit ce mouvement, mais cette fois aux dépens de la gauche. Certains sont tentés d'y voir une obsolescence des notions de droite et gauche, puisque cette dernière aurait disparu avec le communisme. (...)

10. Enfin, le dernier argument en faveur de la disparition de la dyade est apporté par ceux qui, constatant que les partis politiques mettent en avant des programmes électoraux de plus en plus semblables, en viennent à considérer l'opposition entre droite et gauche comme mensongère...
C'est ainsi que dans sa réflexion très poussée sur la démocratie et sur la participation active et non manipulée des citoyens à sa mise en œuvre, Norberto Bobbio nous invite à tenir haut le flambeau des idéaux de liberté politique & justice sociale.

Or que font nos politiques aujourd'hui ? Ils ont confisqué la liberté politique pour leur usage personnel et clanique et, surtout, ont transformé la justice sociale, attente légitime des peuples, en injustice sociale, condition illégitime des peuples.

Qui n'ont pas su ni voulu, ou les deux, en bref qui n'ont pas été capables d'exercer leur « inaliénable vocation (...) à prendre en charge leur destin ».

Quel dommage !

Est-ce que ça changera ?


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