Le Web dans les nuages
Pendant que les français, sûrs de leur bon
droit, brident les énergies du Web à coup de procès et envisagent d'interdire purement et simplement aux "
pirates" l'accès à Internet (qui devrait pourtant faire partie des droits inaliénables de tout citoyen, monsieur le
petit père castrateur), les américains inventent l'avenir :
le Web dans les nuages, ou
Cloud computing.
Pendant que les français oublient que les inventeurs du Web,
Tim Berners-Lee et Robert Cailliau, renoncèrent
il y a 15 ans (1993) à percevoir des royalties sur leur "invention", offerte au domaine public (sans quoi le Web tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existerait pas), les américains joignent leurs efforts pour conquérir ce qu'ils considèrent être le futur
modèle dominant de l'ingénierie matérielle et logicielle du 21e siècle, le
cloud computing, ou l'informatique distribuée via des grilles de calcul (
grid computing) à l'échelle de la planète.
Déjà en 2007,
Google et IBM renforçaient leur partenariat dans ce domaine, et une fusion Microsoft-Yahoo augmenterait considérablement ce qu'Hervé Le Crosnier appelle le
vectorialisme, qui définit ainsi le
cloud computing :
disposer d'une force de frappe informatique (réseau + serveurs + mémoire + logiciels "as a service") pour offrir des services aux particuliers (dépôts photo, logiciels de productivité,...) et les capter dans l'univers d'un des vecteurs. Attention, on n'est plus dans l'époque des "mainframes", le nombre d'usagers ne se limite pas à des "grappes de terminaux", mais se compte en millions...
Oublions un instant les éternels fiancés Microsoft (toujours
extrêment actif dans les
data centers) et Yahoo! (
social, viral et convivial, très impliqué dans
Hadoop...), mais rappelons que si Google disposait d'un parc autour
du million de serveurs à l'été 2007, ses investissements dans de
gigantesques centres de données ont fait un bond énorme au
premier trimestre 2008, alors même qu'
IBM vient s'installer en Europe !
Et les deux compères (qui ont un autre point commun de taille :
leur rivalité avec Microsoft) n'hésitent plus à envisager la réalisation conjointe d'un "
réseau mondial de serveurs" :
IBM and Google plan to exploit their common technological world view and considerable talent to build a worldwide network, or cloud, of servers from which consumers and businesses will tap everything from online soccer schedules to advanced engineering applications.
Nous sommes loin du
parc de 400 serveurs, éventuellement extensible à 4000,
annoncé l'année dernière...
Tout cela présage donc une nouvelle révolution dans de nombreux domaines :
SaaS,
HaaS,
stockage en ligne des données (et
vu les volumes attendus...), télécommunications,
Internet des choses, etc.
Juste pour donner un exemple de la puissance du
grid computing, voici quelques infos sur la grille de calcul du CERN (voir plus haut) implémentée dans le cadre du projet WLCG (
Worldwide LHC Computing Grid, cf.
ici pour le
Grand Collisionneur de Hadrons), nécessaire pour traiter un volume de 15
Pétaoctets de nouvelles données chaque année :
Le catalogue entier des Rolling Stones transféré d'Angleterre au Japon en
moins de 2 secondes ! Top chrono...
* * *
Et pendant ce temps, les français continuent de penser qu'on n'a pas encore fait mieux que le droit romain pour réglementer Internet, ce putain d'espace de non-droit.
Pensez, Mesdames et Messieurs, pensez. Après tout n'est-ce pas Descartes qui affirme : "
Je pense donc je suis". Si ça peut vous donner l'illusion d'être ! Mais n'oubliez pas que pendant que vous pensez, d'autres agissent...
Permettez-moi de vous dédier ce fabliau (en espérant qu'il sera libre de droits...) :
Les français et les américains
Les français, ayant pensé
Toute leur vie,
Se trouvèrent fort dépourvus
Quand la Web économie fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Ils allèrent crier à l'aide
Chez les américains leurs voisins,
Les priant de leur prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la prochaine reprise.
"Nous vous paierons, leur dirent-il,
Avant l'août, foi d'animaux,
Intérêt et principal."
Les américains ne sont pas prêteurs :
C'est là leur moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dirent-ils à ces emprunteurs.
- Nuit et jour à tout venant
Nous pensions, ne vous déplaise.
- Vous pensiez ? nous en sommes fort aises.
Eh bien! dansez maintenant.
Fermeture d'esprit : 0 - Pragmatisme : 1
C'est pas marrant, je sais, mais ça soulage.
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