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mardi 3 août 2010

Silvio Berlusconi mis en examen pour les attentats de 1993 !!!


[MàJ - 3 août 2010] Je me sens obligé de remettre ce billet au goût du jour car le site du Fatto Quotidiano, qui cite un article de Claudia Fusani sur l'Unità, vient d'annoncer en une que Berlusconi et Dell'Utri sont bien mis en examen pour les attentats de 1993 !!! Pour l'instant, l'article du Fatto ne parle que de Florence. À suivre quand j'en saurai davantage, même si en gros j'ai déjà abordé le sujet en détail dans mon billet « Berlusconi et Dell'Utri, commanditaires des bombes de 1993 ? »...


Une parlementaire italienne dont le père a été assassiné par la mafia, Sonia Alfano, demande aujourd'hui à Berlusconi et Dell'Utri de rapidement confirmer ou démentir cette mise en examen...

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Fin novembre 2009, le 28, à peine sortie, l'info avait été démentie, selon plusieurs sources. En tout cas, y avait de l'eau dans le gaz et ça ne changeait absolument rien à la teneur du billet...

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L'info vient de sortir, lui et Marcello Dell'Utri seraient sont mis en examen par le Parquet de Florence (affaire n° 11531/09-2) déjà depuis la mi-octobre.

Et probablement aussi (mais pour l'heure ce n'est pas confirmé) par les Parquets de Palerme (affaire n° 9145/08) et Caltanisetta (affaire n° 1595/08), même si dans ces deux cas, les noms ne sont pas encore connus "officiellement". Ceci dit cela fait déjà 16 mois que les déclarations de plusieurs repentis se recoupent en les désignant nommément, et recoupent de "vieilles" déclarations d'autres repentis !

Et pas n'importe lesquels, puisque hier comme aujourd'hui ce sont tous des "pointures" de la mafia, sûrement pas des demi-sels. Parmi les accusations, celles d'être les "présumés" commanditaires des carnages de la saison meurtrière de 1992-1993, dans le cadre des négociations et du pacte état-mafia qu'auraient "signé" (conditionnel obligé) Berlusconi et Dell'Utri avec les chefs mafieux de l'époque, notamment Provenzano et les frères Graviano...

Cela fait des mois que je vous dis que la mafia est au pouvoir en Italie et que Berlusconi et sa coalition sont en train de transformer ce pays en cloaque (voir également les dernières révélations sur l'actuel président du Sénat...), un pays à la dérivela démocratie vaut moins qu'une valise vide...

Donc ça va éclater de partout, comme promis, mais ce qui me frappe le plus dans tout ça, c'est que des signes sans équivoque montrent que les négociations sur le PAPELLO et la mise en œuvre de ses exigences SONT ENCORE EN COURS !!!


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P.S. Quelques réflexions sur cette histoire. Berlusconi s'est mis en colère en prétendant qu'il s'agissait de rumeurs infamantes (voci infamanti).

Problème : c'est de lui qu'est partie la rumeur ! Puisqu'elle a été publiée en Une et en pleine page sur le journal de son frère et sur un autre journal philo-berlusconien à 200%...

Les deux seuls des journaux italiens à avoir lancé cette "actu" !

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vendredi 20 novembre 2009

Berlusconi et Dell'Utri, commanditaires des bombes de 1993 ?


Personnellement, je serais enclin à virer le point d'interrogation, mais la présomption d'innocence vaut encore. Même s'il y a déjà lurette que ces deux-là ne sont plus compatibles avec l'innocence et la vérité !

"Mandanti esterni delle stragi", ou "mandanti occulti", ou "mandanti politici", autant d'expressions qui font référence aux commanditaires "externes" à la mafia (qui était le bras militaire ayant effectué "physiquement" et matériellement les attentats), ou "commanditaires occultes", ou "politiques", des bombes qui ont - et auraient dû - provoqué mort et désolation entre le printemps 1992 et le printemps 1994...

Tantôt désignés sous les appellations d'Auteur 1 & Auteur 2, tantôt Alpha & Bêta, Berlusconi et Dell'Utri ont déjà fait l'objet d'enquêtes sur ces faits, mais vu la délicatesse et la complexité du sujet, jusqu'à présent leur position juridique a toujours été archivée par les Parquets de Florence et de Caltanissetta, comme je l'ai déjà raconté :
  1. Le 14 novembre 1998, le juge d'instruction de Florence, Giuseppe Soresina, observait que Berlusconi et Dell'Utri « avaient entretenu des relations pas seulement épisodiques avec les entités criminelles à qui les massacres étaient imputables ». À savoir le clan des Corléonais de Riina et Provenzano, chefs indiscutables de Cosa Nostra pendant plus de vingt ans.

    Et le Tribunal de préciser : « Il y a une convergence objective entre les intérêts politiques de Cosa Nostra et quelques-unes des orientations programmatiques de la nouvelle formation politique [Forza Italia] : sur l'article 41-bis, sur la législation des collaborateurs de justice et sur le "garantisme" dans les procès, trop négligé dans la législation du début des années 90 ».

    Et de conclure, dans sa demande d'archivage due à l'impossibilité d'avoir pu recueillir davantage d'éléments dans le délai de deux ans que la loi impose pour les enquêtes préliminaires, que non seulement l'hypothèse initiale (de l'implication de Berlusconi et Dell'Utri dans les massacres) avait conservé toute sa validité, mais qu'elle avait en outre « augmenté sa plausibilité » !

  2. Quant au juge d'instruction de Caltanissetta, Giovanni Battista Tona, il écrivait dans l'acte d'archivage, en 2002 : « Les documents versés au dossier ont amplement démontré l'existence de nombreuses possibilités de contact entre les mafieux et des représentants ou des sociétés contrôlées d'une manière ou d'une autre par Berlusconi et Dell'Utri. Une circonstance qui légitime l'hypothèse selon laquelle, compte tenu du prestige des deux comparants, la mafia pouvait les avoir identifiés comme de nouveaux interlocuteurs ».

    Toutefois, l'actuelle « friabilité des indices dont nous disposons impose l'archivage », car, « bien qu'ils soient nombreux, ils résultent incertains et fragmentaires, et par conséquent inaptes à légitimer l'action pénale ou à exiger des approfondissements ultérieurs... » (gli spunti indiziari a sostegno dell’ipotesi accusatoria, per quanto numerosi, risultano incerti e frammentari, pertanto inidonei a legittimare l’esercizio dell’azione penale e insuscettibili di ulteriore approfondimento.).

Ajoutons à cela qu'en 2001, la cour d'Appel de la cour d'Assises de Caltanissetta a consacré un chapitre entier à la question, le chapitre 14, intitulé : « Contacts entre Salvatore Riina, Marcello Dell'Utri et Silvio Berlusconi », dans lequel il résulte "prouvé" que la mafia avait noué avec eux « des rapports d'affaires fructueux, tout au moins en termes économiques ».

Tellement fructueux qu'en 1992, « le projet politique de Cosa Nostra au plan institutionnel a tenté de parvenir à de nouveaux équilibres et de nouvelles alliances avec de nouveaux référents du monde politique et économique », ce qui a conduit la mafia à « amener l'État à négocier pour permettre des changements politiques capables, grâce à de nouveaux contacts, d'assurer à Cosa Nostra des complicités semblables à celles dont elle avait pu bénéficier dans le passé ».

Car en fait, c'est cette négociation, ce pacte état-mafia qui est la cause des attentats, la mafia ayant compris que plus elle frappait dur, plus elle était en position de force pour négocier. « Faire la guerre pour faire la paix » disait Riina.

N'oublions pas non plus le contexte : 1992-1993, c'est Tangentopoli et l'opération Mains propres, où la classe politique et économique du pays a été complètement décimée pour corruption généralisée et mise à sac de l'Italie sur le dos des citoyens.

Très exactement la même chose qui se passe aujourd'hui, sauf que hier c'était la 1ère République, aujourd'hui c'est la 2de République, mafieuse et née du sang des victimes des massacres de 1992-1993, encore plus cloaqueuse que la première ! Les politiques italiens ont vraiment une curieuse notion de ce qu'est une République...

Mais revenons au "Papello" et aux 12 exigences de la mafia à l'origine des attentats pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui.

Déjà, à partir de 1994, Provenzano disait aux autres chefs mafieux qu'ils auraient dû patienter une dizaine d'années pour que les choses s'arrangent. Et l'un des points clés à négocier était la DISSOCIATION, sur le même modèle que les terroristes (riconoscimento benefici dissociati - Brigate Rosse - per condannati di mafia) : en gros, je reconnais être un mafieux mais je me dissocie de la mafia, et vous me foutez la paix. Plus de QHS et, surtout, je ne suis plus obligé de vous raconter quoi que ce soit. Facile...

Ceci est un point crucial car au moment-même où l'opération "dissociation" aurait réussi, certaines des autres exigences, les plus graves, qui découlaient de celle-ci, n'auraient plus été à l'ordre du jour.

Or nous savons aujourd'hui que certains canaux politiques ont tenté de faire légiférer sur la dissociation, par deux fois, et qu'ils n'ont pas réussi grâce à l'obstination d'un magistrat, aujourd'hui amer et déçu : le juge Alfonso Sabella, dont la carrière a pris un sérieux coup dans l'aile à cause de ça (notamment sous les gouvernements Berlusconi), alors que certains de ses confrères moins regardants, pour ne pas dire complices, ont bénéficié de splendides progressions et promotions...

Donc ce qui se passe à présent avec les derniers repentis en date, dont Spatuzza, et maintenant Grigoli, c'est qu'apparemment les co-signataires mafieux du pacte ont décidé qu'ils avaient assez attendu sans obtenir les résultats espérés !

Raison pour laquelle ils ont commencé à parler, mais pas encore à TOUT déballer. Même s'il est clair que ce qui reste de l'ancien pacte ne tient plus qu'à un fil, désormais tellement ténu qu'il va se rompre d'un instant à l'autre.

Sous les coups de boutoir conjugués des déclarations de Gaspare Spatuzza (qui sera entendu comme témoin le 4 décembre prochain dans le procès d'appel à Dell'Utri), Salvatore Grigoli (presque 50 meurtres à lui tout seul, dont les déclarations recoupent celles de Spatuzza) et d'autres, mais surtout, surtout, des deux chefs mafieux Giuseppe et Filippo Graviano.

Filippo & Giuseppe Graviano
Il me faudrait écrire au moins trois billets approfondis pour vous dresser le cadre de la situation, donc permettez-moi d'être bref.

- Spatuzza désigne nommément Berlusconi comme l'un des pôles de la négociation, et raconte qu'en janvier 1994 Giuseppe Graviano, qui lui confirme qu'ils sont parvenus à un accord avec Berlusconi, lui dit ceci : « Nous tenons le pays entre nos mains (Ci siamo messi il Paese nelle mani)... » !!!

En 2004, Spatuzza est dans la même prison que Filippo Graviano, et celui-ci lui communique que ce qui les intéressait, c'était d'obtenir la dissociation, mais que si rien n'arrivait de là où ça devait venir, alors il faudrait qu'ils pensent à tout raconter aux juges.

Or dernièrement, il s'est passé un fait plutôt marquant ! Lors d'un récent procès contre un sénateur de l'ex-démocratie chrétienne, Vincenzo Inzerillo, Giuseppe Graviano a déclaré durant son intervention que Spatuzza avait tout son respect !!!

Chose extrêmement étonnante de la part d'un parrain mafieux, pour qui le mot "respect" est lourd de signification, surtout employé vis-à-vis d'un repenti qui est en train de vider son sac en l'accusant (puisque dans ses témoignages, Spatuzza détaille le rôle des frères Graviano dans les attentats)...

Cela ne peut avoir qu'une seule signification, dans une culture mafieuse profondément enracinée où être repenti est synonyme d'infamie et de condamnation à mort : que Spatuzza parle avec l'aval de son chef !!!

Ce qui voudrait dire aussi autre chose : que les déclarations de Spatuzza ne font que précéder celles des frères Graviano, dont Filippo a déjà déclaré qu'il avait l'intention de faire un "choix de légalité"...

Tremblement de terre politique force 1000 assuré !


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P.S. Dans un face à face récent entre Spatuzza et Filippo Graviano (20 août), aucune animosité entre les deux, au contraire, et cette déclaration de Graviano : « Je ne te dis pas que tu mens, je dis que moi je n'ai pas dit ces choses-là, désolé. » (Non ti dico che stai mentendo, ti dico che io le cose non le ho dette. Mi dispiace).
Comme dit l'autre, tout est dans la nuance, mais le fait qu'il ne le démente pas catégoriquement en dit déjà long...

P.S. 2 - Le ton qu'on pourrait qualifier de "civil" - voire "amical" par moment - de cette "confrontation" (y compris à distance) entre parrains mafieux (Spatuzza n'était pas n'importe qui, mais un "chef de mandement" aux ordres directs des Graviano) est vraiment une première absolue dans l'histoire de la mafia !

P.S. 3 - Vu ce qui se passe, on comprend mieux pourquoi Berlusconi répète tous les jours que la réforme de la justice (dans le seul but - avoué - de lui assurer l'impunité) est extrêmement urgente !
Pour le bien du peuple, il va sans dire...

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dimanche 25 octobre 2009

Un attentat au stade Olympique de Rome


Cet attentat, qui fut le dernier de la série des 9 attentats qui ont ensanglanté l'Italie en 1992-1993, est le plus méconnu de tous pour la bonne raison qu'il n'a provoqué aucune victime.

Simplement parce que, par un hasard "providentiel", le détonateur n'a pas fonctionné.

Dans le cas contraire, il aurait fait au bas mot une centaine de victimes chez les forces de l'ordre, puisqu'une Lancia Thema bourrée de 120 kilos d'explosif, de ronds d'acier et de ferraille, devait exploser au passage de deux cars de carabiniers chargés d'assurer la sécurité pour un match dominical de l'équipe de Rome au stade olympique.

Je vous laisse imaginer l'impact qu'aurait eu un tel carnage dans l'opinion publique.

Toute la préparation et l'évolution des événements ont été méticuleusement reconstituées par la première Cour d'Assise de Florence (pages 91 à 97 du jugement n° 2/2000, déposé le 20 avril 2000), qui conclut qu'est largement prouvée la certitude que l'attentat a bien eu lieu (la Corte di Assise di Firenze ha affermato di poter concludere esservi ampia e sicura prova che allo Stadio Olimpico di Roma, tra la fine del 1993 e gli inizi del 1994...).

Y compris l'identification des mafieux qui y ont participé, dont Gaspare Spatuzza, le chef mafieux actuellement repenti après plus d'une décennie de QHS, qui est en train de raconter aux juges quantité de détails sur cette époque...

Or Spatuzza était le chef du "mandement" de Brancaccio, d'abord "régenté" par les frères Graviano (voir le jugement ci-dessus, pages 118 à 155) avant qu'ils ne fussent arrêtés le 27 janvier 1994, et ce qu'il raconte aujourd'hui fait froid dans le dos...

Mais voyons d'abord quelques faits, à commencer par la date de cet attentat manqué, pas vraiment simple à identifier puisque plusieurs dates circulent, toutes comprises entre le dernier trimestre 1993 et janvier 1994, dont les deux plus souvent citées sont : Spatuzza lui-même semble dater l'attentat à début janvier 1994, en précisant qu'il a ensuite rencontré Giuseppe Graviano à Rome, à la mi-janvier, rencontre durant laquelle Graviano lui aurait confirmé que les négociations impliquaient directement ... Silvio Berlusconi !

Or le fait que l'attentat n'ait pas été "répliqué" a toujours été l'une des questions cruciales restées sans réponse, même si c'est probablement à mettre en relation avec l'arrestation des frères Graviano quelques jours plus tard.

En gros, certains pensent que Riina et les frères Graviano, qui étaient pour la ligne dure, ont été vendus par Provenzano dans le cadre des négociations État-mafia, d'abord menées par l'intermédiaire de Vito Ciancimino, puis reprises par Marcello Dell'Utri, que Spatuzza désigne nommément comme étant le "référent" politique de Cosa Nostra, et qui aurait "couvert" l'attentat au stade olympique : Giuseppe Graviano mi disse che per quell'attentato avevamo la copertura politica del nostro compaesano.

Et toujours selon Spatuzza, les négociations avec Berlusconi se seraient poursuivies sur plus d'une dizaine d'années, puisqu'elles auraient duré jusqu'en 2004...

Déjà, dans une lettre de chantage écrite par Vito Ciancimino (comparer l'écriture) à Berlusconi :


il s'adressait à lui en tant que président du Conseil (même si celle-ci remonte probablement à 1994, lors du premier gouvernement Berlusconi).

Une menace de parler à peine voilée, qui pourrait bien être reprise aujourd'hui par d'autres mafieux, dont les frères Graviano, maintenant qu'ils ont pratiquement perdu tout espoir de bénéficier des avantages initialement revendiqués par Totò Riina, dont certains ont été réalisés, mais pas suffisamment au goût de tous ceux qui purgent encore perpétuité...

Enfin, pour Dell'Utri, toutes ces accusations ne sont qu'un gros tas de conneries qui le font bien rire, même si à mon avis il rit plutôt jaune :


Rira bien qui rira le dernier...


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P.S. Je précise que les "accusations" de Spatuzza remplissent 75 pages, et qu'en parallèle il est jugé fiable par les magistrats puisque sa version des faits sur l'attentat de Via D'Amelio va permettre de réécrire complètement une histoire totalement bancale...




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jeudi 22 octobre 2009

Corruption : 22 recommandations pour l'Italie


À l'heure où l'Italie vient de voter une loi qui permet de blanchir légalement les capitaux mafieux (dans des opérations qui ne coûteront pratiquement rien aux "blanchisseurs", tant au niveau financier/fiscal que des conséquences légales/pénales...), le Conseil de l'Europe, via le Groupe d'États contre la Corruption (GRECO), auquel l'Italie a adhéré en 2007 (gouvernement Prodi), publie un Rapport d'évaluation sur le pays, où la situation est décrite comme suit :
Selon une étude sur le phénomène de la corruption en Italie, effectuée en 2007 par le Haut commissariat contre la corruption, la corruption est largement répandue dans l’administration publique où elle est encouragée par des particularités de l’appareil administratif italien, telles que des régimes de recrutement et de promotion qui pâtissent d’un certain manque de clarté et d’efficacité. L’étude du Haut commissariat cite également d’autres travaux de recherche qui soulignent qu’en Italie, la corruption est profondément ancrée dans différents secteurs de l’administration publique, dans la société civile ainsi que dans le secteur privé : le paiement de pots-de-vin semble être une pratique courante pour obtenir des licences et des autorisations, des contrats publics, des arrangements financiers, faciliter l’obtention de diplômes universitaires, pratiquer la médecine, conclure des accords dans le milieu du football, etc.
En effet, les interlocuteurs de l'équipe d’évaluation du GRECO (issus de la société civile et d’institutions gouvernementales) sont « nombreux à partager le sentiment que la corruption est un phénomène courant et généralisé qui touche la société italienne dans son ensemble... »

Le rapport se conclut donc par 22 recommandations, sur la mise en œuvre desquelles le GRECO invite les autorités italiennes à remettre leur rapport d'ici au 31 Janvier 2011.

Voici ces 22 recommandations :
  1. que le Service anti-corruption et pour la transparence (SAeT) ou d’autres autorités compétentes élaborent et présentent publiquement, avec la participation de la société civile, une politique anti-corruption qui prenne en considération la prévention, la détection, l’investigation et les poursuites d’affaires de corruption, et prévoie d’en contrôler et d’en évaluer l’efficacité (paragraphe 23) ;
  2. réexaminer la législation existante et nouvelle qui doit garantir la conformité de la loi italienne aux exigences de la Convention pénale sur la corruption (STE 173), afin de faire en sorte que les professionnels et les magistrats puissent la consulter et l’utiliser avec la facilité voulue (paragraphe 26) ;
  3. mettre en place un programme global de formation spécialisée à l’intention des officiers de police afin de leur inculquer des connaissances et une compréhension 64 communes sur la façon de traiter les affaires de corruption et les infractions financières qui y sont associées (paragraphe 52) ;
  4. i) renforcer davantage la coordination entre les différentes forces de l’ordre impliquées dans l’investigation des affaires de corruption sur l’ensemble du territoire italien, y compris ii) en considérant l’intérêt (et la possibilité législative) d’élaborer un mécanisme horizontal de soutien pour aider celles-ci à mener ces investigations (paragraphe 53) ;
  5. afin d’assurer que l’on puisse arriver à une décision au fond dans les affaires de corruption et ce dans un délai raisonnable, i) entreprendre une étude du taux d’affaires de corruption éteintes par prescription afin de déterminer l’ampleur et les causes de tout problème tangible ayant permis cette conclusion; ii) adopter un plan spécial pour étudier et régler, selon un calendrier précis, les problèmes identifiés par cette étude ; iii) diffuser publiquement les résultats de cet exercice (paragraphe 57) ;
  6. intégrer à la loi 124/2008 des dispositions permettant de lever la suspension des poursuites pénales afin de veiller à ce qu’une telle suspension n’entrave pas les poursuites effectives des infractions de corruption, par exemple en ce qui concerne les infractions pénales graves pour faits de corruption, en cas de flagrant délit ou lorsque la procédure a atteint un stade avancé (paragraphe 64) ;
  7. envisager l'introduction de la confiscation in rem afin de faciliter davantage la saisie des produits de la corruption (paragraphe 84) ;
  8. mettre en place les mesures appropriées permettant d’évaluer l’efficacité, dans la pratique, de l’activité des forces de l’ordre concernant les produits de la corruption, en particulier s’agissant de l’application des mesures provisoires et des ordonnances de confiscation ultérieure, y compris dans le cadre de la coopération internationale (paragraphe 85) ;
  9. i) insister, auprès des membres du personnel des organismes chargés de traiter ces aspects de la lutte contre la corruption, sur l’importance de faire remonter l’information concernant les déclarations d’opérations suspectes, de la coopération dans ce domaine et des effets bénéfiques que cela pourrait avoir ; ii) prendre des mesures pour indiquer clairement à ceux qui ont l’obligation de déclarer des opérations suspectes qu’une déclaration tardive ou une absence de déclaration ne sont pas acceptables, par exemple en recourant à des mesures de sanction, le cas échéant (paragraphe 87) ;
  10. doter le Service anti-corruption et pour la transparence (SAeT), ou une quelconque autre entité, de l’autorité et des ressources pour évaluer systématiquement l’efficacité des dispositifs administratifs généraux conçus pour aider à prévenir et à détecter les affaires de corruption, rendre ces évaluations publiques et s’en inspirer pour formuler des recommandations de réforme (paragraphe 141) ;
  11. pour ce qui est de l’accès à l’information : i) procéder à une évaluation et prendre les mesures appropriées pour faire en sorte que les administrations locales se conforment aux exigences en matière d’accès aux informations sous leur autorité ; 65 ii) procéder à une évaluation de la loi pour établir si la condition de motivation restreint, de manière injustifiée, la capacité du public de juger les actions administratives quand la connaissance d’un système ou de pratiques individuelles de prise de décision fournirait de solides éléments d’information sur d’éventuelles affaires de corruption, et rendre publiques cette évaluation et toutes recommandations, et iii) afin d’éviter qu’un recours ne soit formé devant les tribunaux administratifs où s’accumulent les dossiers en souffrance, envisager d’investir la Commission pour l’accès aux documents administratifs de l’autorité pour ordonner à l’organisme administratif, après l’avoir entendu, de communiquer l’information demandée (paragraphe 144) ;
  12. que, dans le cadre des mesures prises pour s’attaquer à la longueur des procédures et à l’arriéré des appels administratifs, les autorités envisagent expressément d’instaurer des solutions de rechange officielles aux voies de recours judiciaires, telles que d’autres formes de résolution des litiges (paragraphe 145) ;
  13. dans le cadre de la réforme globale de l’administration publique, donner à tous les organismes qui la composent un accès à des ressources d’audit internes, soit directement, soit en partage (paragraphe 146) ;
  14. i) imposer des normes cohérentes et contraignantes à tous les agents de la fonction publique (y compris les dirigeants et les consultants), à tous les échelons de l’administration ; ii) prendre des mesures pour prévoir des procédures disciplinaires exercées en temps utile en cas de violation de ces normes, sans attendre une condamnation pénale définitive ; et iii) fournir aux personnes assujetties à ces normes des moyens de se former, des directives et des conseils concernant leur application (paragraphe 150) ;
  15. élaborer un Code de conduite à l’intention des membres du gouvernement qui serait annoncé publiquement, auquel ceux-ci adhéreraient professionnellement et qui serait, si possible, contraignant et intégrer dans ce Code des restrictions raisonnables en matière d’acceptation des cadeaux (autres que ceux liés au protocole) (paragraphe 151) ;
  16. i) adopter des règles claires et contraignantes en matière de conflit d’intérêt applicables à toute personne exerçant des fonctions au sein de la fonction publique (y compris les dirigeants et les consultants), à tous les échelons de l’administration ; et ii) instaurer ou adapter (selon le cas) un ou des dispositifs de divulgation du patrimoine des titulaires des postes de la fonction publique les plus exposés aux risques de conflits d’intérêts pour contribuer à prévenir et à détecter les possibilités de telles situations (paragraphe 154) ;
  17. adopter et mettre en oeuvre des restrictions appropriées concernant les conflits d’intérêts qui peuvent se produire avec la mobilité dans le secteur privé des agents public qui remplissent des fonctions exécutives (administration publique) (paragraphe 155) ;
  18. mettre en place un système de protection adapté des personnes qui signalent de bonne foi des soupçons de corruption au sein de l’administration publique (donneurs d’alerte) (paragraphe 156) ;
  19. que la responsabilité des entreprises soit élargie pour couvrir les infractions de corruption active dans le secteur privé (paragraphe 183) ;
  20. examiner la possibilité d’imposer l’interdiction d’occuper des postes de direction dans une personne morale aux personnes condamnées pour des infractions graves de corruption, dans tous les cas, indépendamment du fait de savoir si la commission de ces infractions est associée à un abus de pouvoir ou à la violation des obligations inhérentes à la fonction exercée (paragraphe 185) ;
  21. réexaminer et renforcer les obligations comptables de toutes les formes d’entreprise (qu’elles soient ou non cotées en Bourse) et veiller à ce que les peines applicables soient effectives, proportionnées et dissuasives (paragraphe 192) ;
  22. étudier, en concertation avec les organisations professionnelles des comptables, des commissaires aux comptes et des membres des professions de conseil et juridiques, quelles mesures supplémentaires (y compris à caractère législatif/réglementaire) peuvent être adoptées pour améliorer la situation en matière de déclaration des soupçons de corruption et de blanchiment d’argent aux organismes compétents (paragraphe 194).
Et le rapport de terminer ainsi :
Le GRECO invite les autorités de l’Italie à autoriser, dans les meilleurs délais, la publication de ce rapport, à traduire le rapport dans la langue nationale et à rendre cette traduction publique.
C'est pas gagné d'avance, puisque l'Italie n'a autorisé la publication de ce rapport que le 16 octobre, plus de trois mois après qu'il ait été finalisé et, surtout, après que la Cour constitutionnelle italienne ait déclaré la loi Alfano (loi 124/08) anti-constitutionnelle...

Ce qui est sûr, c'est qu'il faudrait commencer à faire le ménage par le haut !


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P.S. Pour vous donner une idée du paradoxe de ce pays, la femme de Mastella - ex-ministre de la JUSTICE qui a fait tomber le gouvernement Prodi avant de passer chez Berlusconi et d'être élu au parlement européen (!!!) -, qui est l'actuelle présidente de la Région Campanie (provinces de Naples, Avellino, Bénévent, Caserte et Salerne), vient d'être INTERDITE DE SÉJOUR ... en CAMPANIE !!!

Imaginez un instant si demain Jean-Paul Huchon était interdit de séjour en Île de France...

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vendredi 16 octobre 2009

Italie : État - Mafia, échec et mat en 12 coups !


Je suis arrivé en Italie le dimanche 12 septembre 1982, à une époque où la mafia n’existait officiellement pas dans ce pays !

En effet, ce n’est que le lendemain que fut introduite dans le système juridique italien l’association criminelle de type mafieux (associazione per delinquere di tipo mafioso), avec la Loi du 13 septembre 1982, n° 646.

Avant-hier, l'avocat de Massimo Ciancimino a remis aux juges de Palerme une photocopie du Papello, qui listait en 12 points les prétentions de la mafia vis-à-vis de l'état italien, dans le cadre des négociations qui avaient débuté entre l'assassinat du juge Giovanni Falcone (23 mai 1992) et celui du juge Paolo Borsellino (19 juillet 1992), 57 jours plus tard.

Parmi ces douze prétentions figure l'abolition de l'article 416-bis, à savoir l’association criminelle de type mafieux introduite 10 ans plus tôt par la Loi du 13 septembre 1982, n° 646.


Ces premières photos, publiées en exclusivité par l'Espresso d'aujourd'hui, ne se réfèrent pas au véritable PAPELLO (écrit tout en majuscule, avec une faute d'orthographe - "fragrant délit" au lieu de "flagrant délit"), mais à un Papello-bis, revu par Vito Ciancimino, ancien maire mafieux de Palerme et père de Massimo.

Une parenthèse s'impose : la coupole mafieuse était alors dominée sans conteste par Totò Riina et Bernardo Provenzano, Riina représentant l'aile dure (faire la guerre à l'état pour avoir la paix) et Provenzano l'approche un peu plus souple. Il commençait d'ailleurs à y avoir de l'eau dans le gaz entre les deux, et Vito Ciancimino était plutôt homme de Provenzano que de Riina. Selon Massimo, lorsque son père a lu les 12 points de la liste voulus par Riina, il se serait exclamé : toujours la même tête de nœud ! ("sempre la solita testa di minchia", pour qui connaît l'italien...)


Voici le texte retranscrit :
  1. revisione sentenza maxi processo
  2. annullamento decreto legge 41 bis
  3. revisione legge Rognoni-La Torre
  4. riforma legge pentiti
  5. riconoscimento benefici dissociati - Brigate Rosse - per condannati di mafia
  6. arresti domiciliari dopo 70 anni di età
  7. chiusura super carceri
  8. carcerazione vicino le case dei familiari
  9. niente censura posta familiari
  10. misure prevenzione-sequestro-non familiari
  11. arresto solo fragranza reato
  12. levare tasse carburanti come Aosta
Avec un post-it sur la liste indiquant que la lettre a été remise SPONTANÉMENT par Vito Ciancimino au colonel Mori, dont je vous ai déjà parlé, et dont nous reparlerons !


D'où les retouches apportées à la liste par Ciancimino père, dans une version plus "politique" :

- révision du maxiprocès par la cour européenne de Strasbourg (!)
- réforme de la justice "à l'américaine" (?)
- défiscalisation de l'essence (!?)
- création du "parti du sud"...

Avec en début de liste les noms des deux politiques qui "suivaient" les négociations, selon Massimo Ciancimino : Mancino (Nicola) - Rognoni (Virgilio), ministre de la Défense du dernier gouvernement Andreotti...


Une négociation commencée par Riina et poursuivie par Provenzano, qui fit arrêter ensuite Riina le 15 janvier 1993 avant de relancer avec les bombes (voir la chronologie) et de remplacer son intermédiaire déjà sur le déclin, Vito Ciancimino, par l'astre montant : Marcello Dell'Utri.

Le tout lié à la naissance de Forza Italia, le parti-entreprise de Berlusconi, et à l'avènement de la seconde république italienne, née du sang des juges Falcone et Borsellino.

Des événements enfin en passe de s'éclaircir, après 17 ans !, selon la dernière déclaration d'Antonio Ingroia : « Nous sommes dans l'antichambre de la vérité ! »

Et pendant que ça s'éclaircit d'un côté, de très très gros nuages noirs, bien lourds, sont en train de s'amonceler sur la tête de Silvio Berlusconi...


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P.S. Ces documents ont été remis aux juges avant-hier, le 14 octobre, et hier, 15 octobre, à part Il Fatto, dernier arrivé dans la cour des grands, AUCUN journal n'en a parlé, ni dans la presse, ni à la télé !!!

L'Italie n'est pas un pays normal...

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vendredi 9 octobre 2009

Et si on parlait mafia !


[MàJ - 14 octobre 2009] Le PAPELLO a enfin été remis aux juges (premières photos !), un moment HISTORIQUE pour l'Italie, on en reparlera...

* * *

Ça y est : papounet est complètement à la masse ! Depuis qu'hier la Cour constitutionnelle a déclaré inconstitutionnelle la loi qu'il s'était fait écrire sur mesure par ses avocats pour lui garantir l'immunité - et l'impunité - au prétexte qu'il serait au-dessus de ses concitoyens en vertu de son rôle (oui, je sais, la phrase est tordue, mais c'est son influence qui déteint), il a les neurones qui ont pété.

Non pas à cause des procès dont on sait qu'il s'en tirera très probablement par quelques pirouettes légales en payant quelques millions de plus à ses avocats (eux au moins, ils ont trouvé la poule aux œufs d'or, et ça repart aujourd'hui même...), mais plutôt à cause des affaires de mafia qui sont sur le point de le rattraper d'un instant à l'autre. Et dans le cadre desquelles il y a tellement d'éléments à charge contre lui, son éminence noire, Marcello Dell'Utri, et le parti politique qu'ils ont créé ensemble, Forza Italia, qu'on voit mal comment cette fois il pourrait s'en sortir sans dégâts.

J'ai vu hier soir une émission culte en Italie, AnnoZero, dont le thème était les vérités cachées sur le pacte de sang passé entre l'état italien et la mafia autour de l'assassinat des juges Falcone & Borsellino et des attentats meurtriers de 1993.

Autant de carnages sur lesquels a été bâtie la "deuxième république italienne" que nous avons sous les yeux aujourd'hui. Or l'un des points cruciaux pour arriver à la vérité était d'établir avec certitude à quelle époque ont commencé les négociations. Selon l'ex-général Mori lui-même (celui qui a capturé Riina sur dénonciation de Provenzano dans le cadre de ces négociations) (actuellement chargé de la sécurité de ... Rome ! et de la future expo universelle de Milan 2015...), les pourparlers avec l'intermédiaire autorisé par Cosa Nostra, Vito Ciancimino, auraient débuté avec précision le 5 août 1992, c'est-à-dire APRÈS l'assassinat de Borsellino. Et, toujours selon Mori, ces pourparlers auraient été entrepris à "son" initiative comme conséquence des assassinats de Falcone & Borsellino.

Une version contestée depuis toujours par nombre de personnes, et notamment par la famille du juge Paolo Borsellino, selon qui la décision de tuer Borsellino aurait été accélérée parce qu'il aurait été mis au courant des négociations en cours et qu'il s'y serait opposé de toutes ses forces. Selon une chronologie que Paolo aurait consigné précisément dans l'agenda rouge dont il ne se séparait jamais et que ses assassins ont fait disparaître.

Un agenda rouge devenu aujourd'hui le double symbole de la justice niée d'une part - du côté de l'État -, et de la soif de justice et de vérité de l'autre - du côté des gens honnêtes.

Donc, le scoop énorme que nous ont réservé hier soir Michele Santoro et Sandro Ruotolo (qui viennent d'être menacés de mort, voir en fin de billet), c'est que Paolo Borsellino a très sûrement été mis au courant des négociations autour du 20 juin 1992, soit environ un mois après la mort de son ami Giovanni Falcone et un mois avant sa propre mort.

Circonstance confirmée par Claudio Martelli, ministre de la Justice de l'époque, et par la secrétaire du juge Falcone, qui était également amie de Paolo Borsellino. Le scoop fait d'ailleurs la Une du nouveau quotidien, Il Fatto, sur lequel je reviendrai un jour...


Circonstance confirmée également par Massimo Ciancimino, un des fils de Don Vito, qui était sur le plateau hier soir, et qui a répété (ou pour le moins qui n'a pas nié) que son père avait été supplanté ensuite dans son rôle d'intermédiaire par Marcello Dell'Utri.

Celui qui deviendra le véritable ambassadeur de la mafia, le "référent" comme l'appelle il y a deux jours encore un repenti de premier plan, Antonino Giuffré, qui précise que le nouveau parti appuyé par la mafia était Forza Italia, après le déclin total de la Démocratie Chrétienne et du Parti Socialiste :
« Forza Italia e Dell’Utri referenti di Cosa Nostra.

Quando Dc e Psi si avviarono al tramonto, in Cosa nostra nacque un nuovo discorso politico. Un nuovo soggetto politico andava appoggiato: era Forza Italia
 ».
Des négociations qui ont provoqué des dizaines de morts et une série d'attentats, et dont un autre repenti, Gaspare Spatuzza, dit à propos du dernier, qui aurait dû être le plus meurtrier, qu'ils avaient reçu la "couverture politique" de leur "pays" (Dell'Utri) :
Giuseppe Graviano mi disse che per quell'attentato avevamo la copertura politica del nostro compaesano.
À propos de cet attentat, perpétré fin 1993 près du stade Olympique de Rome, je signale qu'il aurait causé un véritable carnage : une voiture piégée devait exploser au passage d'un bus rempli de policiers chargés d'assurer le service d'ordre au match de foot de l'A.S. Roma, et seul un détonateur défectueux a empêché la tuerie. Tout le déroulement de l'attentat a été reconstitué dans des centaines de pages déposées aux actes des procès pour les massacres de 1993.

Je vous laisse imaginer l'impact dévastateur qu'aurait eu un tel acte criminel dans une Italie déjà dévastée par la situation politique d'alors. Un attentat qui n'a pas été répliqué uniquement parce qu'entre-temps la mafia et ses interlocuteurs sont parvenus à un accord définitif. Qui a duré jusqu'à aujourd'hui mais qui est en passe de prendre fin, incessamment sous peu.

Donc faut-il s'attendre à une nouvelle saison de bombes et de meurtres comme à la grande époque de la stratégie de la tension ? Personnellement, je ne pense pas pour une série de raisons, mais les menaces de mort adressées ces jours-ci à Sandro Ruotolo et Michele Santoro (c'est mon avis : la lettre de menace dit à Sandro Ruotolo qu'il est le deuxième objectif sur la liste, or il est le second de Michele Santoro, lui-même menacé la saison dernière) ne laissent rien augurer de bon.

Et malheureusement, tant que l'Italie ne réussira pas à faire toute la lumière sur les véritables circonstances à l'origine de sa deuxième république, dont le personnage central est Silvio Berlusconi, ce pays restera une non-démocratie sans avenir.

Mais je reste optimiste, je dois au moins ça à mon fils.


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P.S. Pendant l'émission, la femme de Paolo Borsellino a lancé un appel à la vérité. C'est la première fois qu'elle s'exprime publiquement depuis 17 ans...



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vendredi 24 juillet 2009

Italie, pacte état-mafia : les négociations


[MàJ - 1er août 2009] Négociation POLITIQUE confirmée...

[MàJ - 25 juillet 2009] Dans le magazine Panorama de cette semaine, Gianluigi Nuzzi (auteur de Vaticano S.p.A.) anticipe en exclusivité ce que représentent les archives de Vito Ciancimino qui confirment les négociations entre l'état et la mafia :


Environ 800 pages manuscrites, plus quelques cassettes vidéo et audio ! Le bout de message ci-dessus dit textuellement :
ayant reçu les pleins pouvoirs pour négocier, j'ai contacté les carabiniers qui me dirent de formuler la proposition suivante : vous livrez à la justice certains des principaux chefs mafieux en cavale et en retour nous vous garantissons de bien traiter les familles...
Signé : Vito Ciancimino
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Je vous ai déjà anticipé l'histoire du "papello", dont la lecture est un préalable indispensable si vous voulez mieux comprendre ce billet, et notamment la partie finale où il est question de Michele Riccio et Luigi Ilardo, mais en ce moment les événements se développent à la vitesse grand V !

Je commencerai en rendant hommage aux magistrats d'un côté (ceux qui n'ont jamais cessé de se battre pour parvenir à la vérité sur ces événements terribles), et aux journalistes de l'autre, dont l'emblème est bien sûr Marco Travaglio, qui répètent inlassablement ces histoires depuis des années, et que l'establishment fait tout pour tourner en dérision, tant à droite qu'à gauche ou au centre (pensez que jusqu'à la fin des années 80 - début des années 90, même la Cassation affirmait que la mafia n'existait pas mais n'était qu'une invention...), histoire de les faire apparaître moins crédibles qu'ils ne sont, pour ne pas dire totalement affabulateurs.

Or voilà que les faits sont en train de leur donner raison, voici que leurs écrits trouvent confirmations dans différents témoignages, qui se recoupent parfaitement et sont trop nombreux et proviennent de sources trop diverses pour qu'on puisse sérieusement nier, aujourd'hui, que ces choses ont bien eu lieu.

D'ailleurs il est frappant de constater qu'une multitude de personnages commencent à retrouver des lambeaux de mémoire, mais seulement parce que, placés de force devant l'évidence, ils ne peuvent plus faire autrement. Voir l'exemple de papounet le débauché qui finit par reconnaître, depuis des mois que ses mensonges à répétition et sa lobotomie informationnelle ne fonctionnent plus, qu'il n'est "pas un saint"...

(J'aurais bien une litanie d'insultes pour le qualifier, mais il est inqualifiable), fermer la parenthèse.

Quant aux zones d'ombre et aux questions qui demeurent, nombreuses, là encore, la première constatation est que rien n'a jamais été éclairci, bien au contraire (je vous parle de plus de 20 ans de dépistages, de mensonges "officiels" et de manipulations à n'en plus finir), juste par volonté délibérée de ne rien éclaircir. Volonté aux plus hauts niveaux, tant il est vrai que dans l'Italie d'aujourd'hui, la vraie mafia c'est la politique...

D'aujourd'hui et d'hier, malheureusement, faisons donc tout notre possible pour que ça ne soit pas aussi "de demain" !

Hier, au sens propre, il s'est passé trois choses extrêmement nouvelles et encourageantes, trois témoignages, deux devant les juges et un devant la presse :
  1. Suite au témoignage de Michele Riccio devant les juges Nino Di Matteo et Antonio Ingroia, qui a dévoilé que Marcello Dell'Utri était le personnage politique que lui avait indiqué Ilardo comme étant le "référent" de la mafia (circonstance qu'il n'avait jamais précisé dans ses rapports parce qu'il n'avait aucune confiance en ses supérieurs, dont Mario Mori), Dell'Utri est à présent officiellement inculpé dans le cadre de cette affaire. Rappelons que l'actuel sénateur Dell'Utri est déjà condamné à 9 ans de prison pour concours extérieur à une association mafieuse, et en attente de son jugement d'appel, dont les juges décideront, le 17 septembre, s'ils versent aussi au dossier les nouveaux éléments apportés par Massimo Ciancimino.

    Mais quoi qu'il en soit, ce sont deux procès parallèles, quand bien même avec de nombreux points de contact. En fait, cette nouvelle affaire est en train de mettre à jour une deuxième négociation, ou si vous préférez la continuation de la première, qui aurait été menée par Bernardo Provenzano alors que Riina était déjà en prison. En effet, si vous regardez la chronologie, vous verrez que la série d'attentats commence APRÈS la capture de Riina par Mori.

    L'autre élément crucial à établir est la date à laquelle a débuté la première négociation. Selon Mori, il aurait rencontré Vito Ciancimino pour la première fois le 5 août 1992, c'est-à-dire après les tueries Falcone et Borsellino (11 morts en deux attentats). Une date contestée d'abord par son second de l'époque, le capitaine De Donno, qui situe le début de la négociation entre l'assassinat de Falcone et celui de Borsellino, durant ces 57 jours qui ont profondément modifié le cours de l'histoire italienne. Une fenêtre temporelle confirmée par Massimo Ciancimino, mais pas seulement, comme nous allons le voir...

  2. Hier, Luciano Violante, ex-magistrat, ex-président de la Chambre des Députés et ex-président de la Commission nationale anti-mafia entre 1992 et 1994, a été entendu par Antonio Ingroia et Roberto Scarpinato à propos de cette négociation "présumée" entre l'état et la mafia. D'après les éléments en possession des juges, Vito Ciancimino aurait souhaité rencontrer Violante en septembre 1992, en lui faisant parvenir la requête par personne interposée - Mori, toujours lui, le brave homme -, mais Violante aurait refusé.

    La nouveauté dévoilée par Massimo Ciancimino, c'est que son père voulait obtenir des garanties, soit de Violante soit de Mancino, dans le cadre des fameuses négociations. Voici donc, 17 ans après, que Violante confirme qu'il a bien été approché par l'intermédiaire de Mori...

    Du reste, Ciancimino père confirma par la suite qu'il avait obtenu les garanties qu'il voulait, donc s'il ne les a pas eues de Violante, suivez mon regard !

  3. 17 ans après (17 ans d'amnésie...), hier encore, Giuseppe Ayala, qui faisait partie du pool antimafia dès les années 80 aux côtés de Falcone et de Borsellino, a déclaré à une journaliste :
    J'ai eu l'occasion de parler avec Nicola Mancino, que j'ai côtoyé au Sénat pendant des années, et il a bien eu une entrevue avec Borsellino le 1er juillet 1992, même si la chose s'est faite totalement par hasard.

    - Mais Mancino a toujours nié cette entrevue...

    Ce n'est pas ce qu'il m'a dit. Il m'a même fait voir son agenda annoté avec la date du RdV. Franchement, je n'ai aucun élément pour interpréter rétrospectivement cette circonstance. Borsellino discutait avec Parisi, le chef de la police de l'époque. Celui-ci dit au nouveau ministre que Borsellino était là et lui demanda s'il voulait le saluer, ce à quoi Mancino répondit : « Mais pensez donc ! ». Il accompagna Borsellino dans son bureau, au milieu d'autres personnes, et lui serra la main. Je ne dispose d'aucun autre élément pour imaginer que le rôle de Mancino fut autre...
Une déclaration qui contredit formellement Martelli, ancien ministre de la justice du gouvernement Craxi (Si parla di una visita di Borsellino a Mancino, nel giorno in cui quest'ultimo si insediava agli Interni al posto di Scotti. Beh, Mancino non ricorda quella visita che, tra l'altro, è strano coincidesse proprio col giorno del suo insediamento. Pare invece che proprio quel primo luglio Borsellino dovesse incontrare il capo della Polizia, Vincenzo Parisi, che però non c'è più e non può far luce su questa vicenda...), soit dit en passant...

La réaction de Salvatore Borsellino, frère de Paolo, ne s'est pas faite attendre, qui se déclare "interdit" par ce qu'il apprend...

Une poignée de main que Mancino n'a jamais reconnu jusqu'à présent, osant même affirmer qu'il ne connaissait pas physiquement Borsellino (c'eût été le seul dans toute l'Italie !), totalement empêtré dans ses mensonges et ses contradictions entre une version et la suivante. Y compris sur l'existence d'une négociation, puisqu'il a déclaré récemment que l'état avait refusé de négocier avec la mafia !

Or paradoxalement, "refuser de négocier" signifie bien que quelqu'un a tenté de négocier... Une déclaration immédiatement reprise par Antonio Ingroia, qui a répliqué « comment l'état a-t-il dit non ? »

Certes, il aurait du mal à l'expliquer, surtout maintenant que l'accumulation d'éléments nouveaux conduit à une seule conclusion : l'état a bien dit oui, et la montée au pouvoir de Berlusconi est étroitement liée au pacte état-mafia, dont nous payons aujourd'hui encore les conséquences.

En attendant les développements ultérieurs, qui ne sauraient tarder...



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P.S. À noter que Totò Riina est interrogé aujourd'hui même par les juges (la fois précédente, c'était il y a 13 ans), à propos de ses récentes déclarations sur l'implication de l'état dans le meurtre de Borsellino : « C'est eux qui l'ont tué... », en confirmant ainsi le triste présage de Paolo Borsellino lui-même : « Quand ils me tueront, et non pas s'ils me tueront, ce ne sera pas seulement la mafia ! (Quando mi ammazzeranno, e non "se" mi ammazzeranno, non sarà stata solo la mafia...) »

J'ai regardé les deux principaux JT de 13h et 13h30' pour voir si l'un des sujets ci-dessus était abordé. Sur RAI 2, rien de rien, pas un mot. Sur RAI 1, juste un service consacré à l'interrogatoire de Riina. Sur Dell'Utri, Violante et Ayala, rien. Sur les télés de Berlusconi, j'ai pas osé...

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jeudi 16 juillet 2009

IL PAPELLO


[MàJ - 14 octobre 2009] Ça y est !!! Le "papello" a été remis aux juges, un moment HISTORIQUE pour l'Italie, on en reparlera...

(Per chi vuole parlare...)

Suite : Italie, pacte état-mafia : les négociations

[MàJ - 17 juillet 2009, peu après minuit] Il n'est pas encore très clair si les pièces déposées hier (extrêmement sensibles, puisque le cabinet de son avocat a été cambriolé le jour même !) par Massimo Ciancimino comprennent ou non "il papello", nous en saurons probablement davantage dans les jours qui viennent...

En attendant, enquêtes officiellement rouvertes sur la mort des juges Falcone et Borsellino !

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« Il papello », je vous en ai déjà parlé : une simple feuille de papier, au format A4, où serait indiquée une liste de 10 à 12 requêtes signées de la main de Totò Riina.

Une liste de prétentions faites parvenir à l'état italien pour passer un pacte de fer et de sang entre l'état et la mafia, écrites sur un bout de papier qui marque pourtant la transition entre la première république et la deuxième république italiennes, c'est-à-dire entre le déclin de la démocratie chrétienne et du parti socialiste italien d'un côté, respectivement symbolisés par Giulio Andreotti et Bettino Craxi, et l'arrivée politique et la montée en puissance du parti-entreprise de Silvio Berlusconi de l'autre, encore au pouvoir aujourd'hui pour le plus grand malheur de la démocratie.

[ Et pas seulement en Italie si j'en juge par les aspirations de Sarkozy qui semble vouloir faire tout ce qu'il peut pour ressembler chaque jour davantage à son parangon transalpin, sous le regard probablement détourné de sa femme (qui a quelque excuse, puisqu'on sait que l'amour rend aveugle...). D'ailleurs, s'il est vrai qu'on juge aussi les hommes par les modèles qu'ils se choisissent... Bien, fini la parenthèse française ! ]

En Italie, donc, ce pacte état-mafia est aujourd'hui un secret de polichinelle, et Massimo Ciancimino, fils de Don Vito, assure vouloir remettre incessamment sous peu le papier original aux juges italiens. Y en a déjà qui commencent à chier dans leur froc de ce côté des Alpes, et les premières puanteurs qui se font sentir un peu partout ne sont que les prémisses de l'avalanche de merde qui devrait s'abattre sur tout le pays dans les plus brefs délais. Excusez le langage, mais je ne vois pas d'autres termes plus explicites mieux à même de rendre compte de l'actuelle situation.

D'autant plus lorsque Ciancimino fils affirme dans une interview à Repubblica qu'il remettra non seulement "il papello" mais également d'autres documents de son père, qui devaient lui servir à la rédaction d'un livre qu'il n'a jamais écrit.

Il ajoute entre autres un "détail" qui pèse lourd comme une enclume : en 2005, toute cette documentation se trouvait dans le coffre-fort de son domicile de Mondello. Or pendant qu'il était à Paris, les carabiniers firent une perquisition chez lui ... sans toucher au coffre-fort ! Pourtant le même jour, les carabiniers perquisitionnaient également chez Giovanni Lapis, comptable de son père, dont ils ouvrirent le coffre. Un coup je prends, un coup je laisse...

Salvatore Borsellino, frère du juge Paolo Borsellino qui fut assassiné il y a 17 ans presque jour pour jour, selon toute probabilité parce qu'il aurait tout fait pour entraver la finalisation de ce "pacte état-mafia", ne peut s'empêcher d'observer :
Cette histoire me rappelle celle du coffre-fort du général Dalla Chiesa, le "traitement" de l'ordinateur et des agendas électroniques de Giovanni Falcone, le coffre-fort retrouvé vide dans le refuge de Totò Riina, ou encore l'agenda rouge de mon frère qui n'a jamais été retrouvé.
Sur la capture de Totò Riina en janvier 1993, Ciancimino fils révèle explicitement que son père, porte-parole de Provenzano, négocia directement cette capture avec l'état italien, par l'intermédiaire du colonel Mori et du capitaine De Donno, sous l'œil attentif d'un certain "Franco" des services secrets (dont l'omniprésence est un fil rouge ... sang), dernier paravent de l'homme politique italien qui se cachait derrière tout ça. Et dont Ciancimino junior a déjà indiqué le nom aux juges, mais les procès-verbaux sont top secrets, pour l'instant...

Imaginez d'ailleurs la capture de Riina après 23 ans de cavale, on le prend et tout le monde s'en va ! Pas de fouille du repaire (et encore moins du coffre-fort...), laissé libre et sans surveillance pendant 15 jours, juste histoire de donner à la mafia le temps nécessaire pour tout déménager, tout vider. Ils se sont même payés le luxe de repeindre pour effacer traces et empreintes...

Du travail bien fait, digne d'un Victor dans Nikita !

Mais la série "disparition de documents sensibles" ne s'arrête pas là. Car c'est toujours à l'année 2005 que remonte la découverte d'un autre "papello", un bout de page dont le haut a été déchiré où l'on peut lire :
...posizione politica intendo portare il mio contributo (che non sarà di poco) perché questo triste evento non ne abbia a verificarsi. Sono convinto che questo evento onorevole Berlusconi vorrà mettere a disposizione una delle sue reti televisive.

Un morceau de phrase à la syntaxe décousue, où le scripteur dit qu'il aurait apporté son appui, important sans aucun doute, pour que le triste événement n'ait pas lieu (menaces de rapt ou de mort sur le fils aîné de Berlusconi), à condition que celui-ci laisse à la mafia le contrôle d'une de ses chaînes télévisées.

Or cette lettre, saisie en 2005 à Palerme, n'a été officiellement remise au tribunal que le ... 16 juillet 2009 : aujourd'hui !

C'est-à-dire que pendant 4 ans personne n'en a officiellement rien su, et pourtant, imaginez la tempête qu'aurait produite cette découverte dès 2005, déjà en plein gouvernements II et III de ... Silvio Berlusconi !

Une lettre alors entière, qui aurait été écrite par un lieutenant de Riina et aurait passé de main en main selon Ciancimino Junior : de Totò Riina à Bernardo Provenzano, de Provenzano à Vito Ciancimino, de Ciancimino père à Marcello Dell’Utri, de Dell’Utri à Berlusconi. Ces nouvelles révélations ont d'ailleurs été entendues par les juges qui instruisent actuellement le procès d'appel contre Dell’Utri, condamné à plus de 9 ans de prison pour concours mafieux en première instance, et qui se sont réservés de décider le 17 septembre prochain si insérer ou non ces nouveaux éléments (y compris le témoignage du fils Ciancimino) dans le procès d'appel.

En attendant Dell'Utri continue d'être sénateur de la république italienne et il œuvre intensément à la création d'un futur Parti du Sud, une coalition politique qui aurait pour finalité de « défendre les intérêts du Sud de l'Italie », un vieux rêve de la mafia :
...au même moment (1993-1994), en Sicile, dans tout le sud-ouest de la Botte et jusqu'en Calabre, on voyait l'effervescence d'étranges ligues du sud qui, dans le sillage de la Ligue du Nord - il y eut même à Lamezia Terme une réunion avec un représentant de la Ligue du Nord -, visaient la sécession en voulant détacher de l'Italie péninsulaire la Calabre ou la Sicile... De fait, ces mouvements s'appelaient "la Sicile libre, la Calabre libre". Ces ligues fédéraient un peuple interlope, fait non pas de padans féroces, mais plutôt de gens étranges, un peu liés à la mafia, un peu à la 'ndrangheta, un peu à la P2 ; l'un d'eux, le prince Domenico Napoleone Orsini, qui avait des liens avec ces personnages, avait également des liens avec Marcello Dell'Utri.

Nous savons donc que Dell'Utri - chose démontrée par Gioacchino Genchi en analysant les relevés téléphoniques d'appels entrants et sortants, quel hasard ! - avait des contacts directs avec le prince Orsini. Dans un premier temps, Dell'Utri suivait de près l'évolution de ces milieux, justement parce que ce sont des organisations mafieuses, liées à des membres de la P2 et de la subversion d'extrême-droite, qui se fédèrent dès qu'elles sentent l'odeur d'un coup d'état possible, de la naissance d'une nouvelle République, et qu'elles veulent faire peser le poids, une fois de plus, de leur mainmise sur un ou plusieurs nouveaux partis.

Comme Sicilia Libera, parti à la création duquel s'intéressent directement des boss du calibre de Tullio Cannella, Leoluca Bagarella, les frères Graviano ou Giovanni Brusca.

Puis il se passe quelque chose, après la tentative d'assassinat de Costanzo et les attentats évoqués plus haut
(voir chronologie)..., cette stratégie terroriste mise en œuvre par la mafia obtient les résultats escomptés : Riina ne frappe pas au hasard, comme il eut l'occasion de le dire à ses troupes, on fait la guerre pour faire la paix avec l'État.

Une nouvelle paix avec de nouveaux acteurs et de nouveaux contacts politiques, qui, à la différence des précédents, déjà à l'agonie, étaient bien vivants, réactifs, et en mesure de respecter les accords, une fois conclus.

Nous en sommes à l'été 1993, et l'aventure de Forza Italia est déjà décidée : vers avril-mai, Berlusconi annonce à Montanelli qu'il se lance en politique...
Nous sommes là au cœur du nouveau pacte mafia-état italien, dont Riina fut le grand perdant, trahi et livré par Provenzano (pour le compte de qui Vito Ciancimino menait les négociations) en échange d'une "pax mafiosa" durable...

Provenzano qui décida alors de laisser tomber la sécession et de tout miser sur Berlusconi et Forza Italia, comme l'affirmait dès février 1994 Luigi Ilardo, un boss mafieux, "confident" ultra-secret d'un colonel des carabiniers, Michele Riccio, à qui il raconta que Cosa Nostra avait décidé de soutenir le mouvement naissant de Berlusconi dès les élections de mars 1994.

Et Ilardo d'expliquer à Riccio que quelques semaines plus tôt (à cheval sur fin 1993 - début 1994), les "palermitains" avaient organisé une « réunion restreinte » à Caltanissetta avec d'autres chefs mafieux, durant laquelle décision fut prise que les différentes organisations mafieuses sur le territoire national auraient voté pour « Forza Italia », le parti de Berlusconi, qui remporta effectivement les élections. Chaque famille aurait reçu ensuite les informations sur les candidats vers lesquels reporter leurs voix...

L'histoire, et surtout la fin d'Ilardo, sont d'ailleurs très riches d'enseignements :
Le 31 octobre 1995, Ilardo prévient Riccio qu'il doit rencontrer Bernardo Provenzano en personne. Riccio, qui fait maintenant partie du ROS, demande à ses supérieurs d'obtenir les moyens nécessaires pour intervenir. La réponse tombe, laconique, glacée : ne rien faire...
C'est ainsi que Provenzano aurait pu être capturé 11 ans plus tôt, si les commandants Mario Mori et Mauro Obinu n'avaient pas dit NON à Michele Riccio.
  • Ce même Mario Mori qu'on retrouve aux côtés du capitaine Sergio De Caprio alors qu'il ne disposèrent aucune perquisition ni aucune planque au refuge de Riina après que celui-ci ait été arrêté, le 15 janvier 1993...

  • Ce même Mario Mori qu'on retrouve aux côtés du capitaine De Donno alors qu'il négociait, entre autres, la capture de Riina avec Vito Ciancimino, selon les déclarations du fils, et « l'un des médiateurs » du pacte état-mafia selon Giovanni Brusca...

  • Ce même Mario Mori qui fut reconnu - alors qu'il n'aurait pas été censé l'être - par Ilardo, lors de la réunion secrète organisée le 2 mai 1996 à Rome pour décider de son avenir comme collaborateur de justice, entre les juges Caselli (Palerme), Tinebra (Caltanissetta) et le général Mori, qui avait pris du galon entre temps. Ilardo entre dans la pièce, il voit Mori, se dirige vers lui et, sans même le saluer, il lui dit : « Colonel, sachez que les massacres que nous avons commis, c'est vous, c'est l'État qui nous les avez commissionnés. » Grand moment de silence et de gêne, puis Mori, sans rien dire, tourne les talons et s'en va.

    Lors de cette réunion, le premier interrogatoire d'Ilardo est fixé au 15 mai. Celui-ci décide alors de rentrer une semaine chez lui pour prévenir sa famille de sa décision de collaborer, ce qui l'obligera à rester loin de la Sicile. Le 10 mai, Ilardo et Riccio se rencontrent une dernière fois à l'aéroport de Catane. Quelques heures plus tard, à 21h30, il est assassiné par deux tueurs devant chez lui.

    Il ne se présentera jamais à l'interrogatoire du 15 mai.
Mario Mori, commandant, colonel, général, préfet, chef des services secrets, etc. ; Marcello Dell'Utri, co-fondateur du parti politique de Berlusconi, bibliophile, sénateur ; Silvio Berlusconi, homme le plus puissant d'Italie, actuel chef du gouvernement, etc. : voilà un bel échantillon des hommes qui gouvernent gangrènent le pays aujourd'hui.

Et après on s'étonne que l'Italie pourrisse à petits feux...


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