mercredi 9 mai 2007

Trois liens sur le Web 2.0

Trois liens sur le Web 2.0

1. Le jour où la France s'éveillera... : une transition toute trouvée pour refermer l'intermède politique et revenir enfin aux choses sérieuses :-)

2. Web 2.0 en entreprise : un Tsunami économique ? : PDF signé Louis Naugès, tout est à lire :-)

3. Web 2.0 - not a big thing says Pew Report (via Antonio Queiroz) :


Perso je me classerais dans la catégorie "vétéran" enthousiaste (plutôt que sans entrain...)

Et pour finir un petit cadeau (en anglais)...


P.S. Ça n'a l'air de rien ces quelques liens, mais si vous lisez tout, vous m'en direz des nouvelles : croyez-moi sur parole, c'est du rich content...

dimanche 6 mai 2007

Estimations 17h30' : Sarkozy remportera(it) le 2e et dernier tour...

Estimations 17h30' : Sarkozy remportera(it) le 2e et dernier tour...

Monsieur, le Président (et malheureusement pas Madame, la Présidente), puisque tout le monde semble être au courant...

Bon, et bien on dirait que les dés sont jetés (à 17h, le taux de participation au vote était déjà de 75,11%) et les prévisions des sondages respectées. Même si tout est à prendre au conditionnel, chez nos voisins suisses (le Temps, Romandie, 20 minutes) et belges (RTBF, RTL, La dernière heure), dès 16h15' les pronostics donnaient Sarkozy gagnant selon les premiers indicateurs disponibles, et maintenant avec 54% des voix, ce que je trouve énorme. Donc, sur la fourchette initiale (52-54%), c'est l'estimation haute qui semble la plus vraisemblable, puisque nous en sommes à présent à 53-55% !

Comme souligné dans un message de 548 mots à la teneur un peu subliminale (publié à 16h04'...), le quotidien La Tribune titre « Les derniers sondages ne laissaient guère d'espoir à Ségolène Royal » et précise :
Cinq sondages publiés jeudi et vendredi donnent Nicolas Sarkozy largement gagnant dimanche soir, avec entre trois et neuf points d'avance sur sa rivale socialiste.
Comprenne qui pourra voudra...

Que dire ? La majorité n'a pas toujours raison... Mais on fera avec. Comme le dit si bien Joël Ronez :
Ils vont voter Sarkozy dimanche, et vraisemblablement l’élire. Je n’en suis pas aigri, car contrairement à beaucoup d’entre eux, je ne suis pas en train de construire un monde sur le reniement de soi et des autres. Je ne chercherais plus à les faire changer d’avis, mais je défendrai le mien jusqu’à ce que le silence des foules indigentes ait fini de râler en choeur dans des orgies électrisées de populisme.
Je mettrai à jour dès que j'aurai des résultats plus précis.

[MàJ - 19h20'] Au final, j'ai mis à jour en truffant ce billet de liens vers d'autres ressources, donc il suffit de cliquer.

Juste les deux mots de la fin (pour aujourd'hui) :
  1. Alors Loïc, prochain ministre des STIC ? Un présage, peut-être...
  2. Jean l'avait prédit, il nous a refait le coup, le bougre. Tous mes compliments :-)



Liens connexes :
  1. Blog d'une amie canadienne, plus détaillé que le mien.
  2. Sur Blogsearch, ça commence à se déchaîner...
  3. Ma trilogie du premier tour
  4. Le journal
  5. Autres sites...
  6. Pierre Chappaz
  7. Politis.ch

, , , , , , , , , , , , ,

vendredi 4 mai 2007

Microsoft - Yahoo : la machine s'emballe

Microsoft - Yahoo : la machine s'emballe

Cette fois, il ne s'agit plus des supputations d'analystes financiers en mal de théorie, c'est quasi-officiel : Microsoft négocie avec Yahoo une fusion. La valeur du deal serait autour de 50 milliards de dollars pour le rachat de la société de Sunnyvale, contre une capitalisation actuellement à environ 45 milliards, en forte hausse ces derniers jours grâce à la progression de la valeur de l'action, alimentée par la rumeur.

J'ai abordé le sujet à plusieurs reprises, en analysant la chose sous toutes les coutures dès juin 2006, puis en novembre et notamment en mars cette année.

En réalité, vu la presque hégémonie de Google dans la recherche et la pub sur Internet, je suis convaincu depuis longtemps que ce serait dans la logique des choses pour ces deux acteurs que de fondre leurs efforts, seule solution s'ils veulent faire le poids. Les faits semblent me donner raison. Même si... Il n'y a plus qu'à attendre !


P.S. Il se pourrait qu'on n'attende pas longtemps puisque sitôt commencées, les négociations seraient déjà terminées (source : WSJ). Si vous vous étonnez que les deux liens (quasi-officiel et celui-ci) sont les mêmes, c'est tout simplement qu'en cinq heures, c'est-à-dire entre le moment où j'ai écrit ce billet et la présente mise à jour, le Wall Street Journal (courtisé par Murdoch, je signale au passage) a complètement modifié son article sans changer l'URL !

Juste histoire de dire que l'autre a jamais existé, heureusement que j'avais fait une capture d'écran. Voici les deux versions :

18h45'


23h45'


Donc que s'est-il passé ? Il semble juste que les gens bien informés (people familiar with the situation) ont changé d'avis entre-temps !

À 18h45' :
In what appear to be early-stage discussions, executives at Microsoft and Yahoo are taking a fresh look at a merger of the two companies or some kind of match-up that would pair their companies' respective strengths, say people familiar with the situation.
À 23h45' :
Microsoft and Yahoo in recent months discussed a possible merger of the two companies or some kind of match-up that would pair their respective strengths, say people familiar with the situation. But the merger discussions are no longer active, these people say.
Allez savoir ! Au moins, une chose est sûre : « The two companies may still explore other ways of cooperating. » Bon, ben nous voilà fixés (puisqu'on en parle)...

, , , , , , , ,

Les chiffres et la politique

Les chiffres et la politique

N'ayant pas le satellite je ne capte pas les chaînes françaises. Il faut dire qu'il y a longtemps que j'ai délaissé la télé pour Internet, mais avant-hier à l'heure du débat j'avais autre chose à faire que de toujours écouter les mêmes conneries ressassées à l'infini, resservies et réchauffées à toutes les sauces, car qu'elles soient de droite ou de gauche, ce sont toujours des conneries !

Hier matin j'ai donc trouvé quelques extraits vidéo sur Internet mais c'est surtout le Verbatim publié en trois parties (1, 2, 3) sur le site du Nouvel Obs (également disponible sur La Tribune) qui a mobilisé mon attention.

Je n'en retiendrai que deux passages, qui illustrent en chiffres (et quels chiffres...) tout le bien que je pense de nos soi-disants démocraties. Ces deux extraits ont été prononcés par Nicolas Sarkozy, c'est donc lui qui le dit, et j'ose espérer qu'il se sera renseigné avant de parler.

Premier passage :
Mon idée est que nul en France ne doit se voir prélever plus de la moitié de ce qu'il a gagné dans l'année. Au fond, on travaillerait du 1er janvier au 30 juin pour l'Etat, et à partir du 1er juillet jusqu'au 31 décembre pour sa famille. Cela me semble raisonnable.
(...)
Non, ce que je propose, c’est pire. Je considère qu'un pays libre est un pays où chacun peut disposer librement de la moitié de ce qu'il a gagné. C'est une conception...
Deuxième passage :
Nous sommes le pays de l’Europe qui avons les impôts les plus élevés. (...) Nous avons 68 milliards d'impôts de plus que ce que paie la moyenne des 15 pays les plus riches de l'Union européenne. Il faut donc revenir à la moyenne. Le problème de la France est que l'on paie trop d'impôts, que les charges sont trop lourdes.
Chronologiquement, c'est inversé, mais pour les besoins de mon exposition, je préfère cet ordre.

* * *

Donc, d'après la conception raisonnable de ce qu'est "un pays libre" selon le probable futur président de la République française (même si ça ne m'enchante guère), chacun peut disposer librement de la moitié de ce qu'il gagne, en travaillant du 1er janvier au 30 juin pour l'Etat, et à partir du 1er juillet jusqu'au 31 décembre pour sa famille.

Excellent ! Il est bien bon ! Tout en oubliant de dire qu'on travaille aussi un mois en juillet pour les assurances, un mois en août pour les banques, un mois en septembre pour la voiture, l'essence et les transports, deux mois en octobre et novembre pour l'eau, le gaz, l'électricité, la télé, les téléphones et Internet, après quoi il reste décembre pour penser à sa famille, nourrir et éduquer ses gosses, etc., et ENFIN prendre ses vacances, d'ailleurs du réveillon de Noël à celui de la Saint-Sylvestre c'est fait pour ça, profitons-en bien parce que le 1er janvier de l'année suivante, le cycle étatique repart de plus belle... Reconnaissez que comme programme d'une année sur l'autre, c'est raisonnable, y a pas à dire !

Espérons quand même que l'hiver (qui commence le 21 décembre, comme chacun sait) sera clément, pour ne pas se faire assassiner par les coûts du chauffage. Bon, je dis ça, mais heureusement qu'on a le réchauffement climatique, la note sera moins élevée. Quoique ! Avec les étés plus chauds, c'est la facture de la clim qui grimpe, donc, l'un dans l'autre...

En tout état de cause, je comprends mieux son engagement et sa passion lorsqu'il déclare : « Le travail sera au cœur de mon action. Je veux que chacun soit libre de travailler autant qu’il le veut ». Sous-entendu : comme ça chacun sera libre de payer plus d'impôts...

- « C’est bien la preuve que chacun travaille plus pour l’Etat et la répartition que pour son salaire. », lui rétorque Guillaume, autre fier gestionnaire d'une entreprise écologique reconverti à temps dans la protection sociale (secteur autrement plus porteur que le textile), en bon entrepreneur prévoyant...

Autres explications en vidéo (avec consignes de vote) (via Fabien).

* * *

Quant à la cagnotte des « 68 milliards d'impôts de plus que ce que paie la moyenne des 15 pays les plus riches de l'Union européenne », l'équivalent de « 4 points de prélèvements obligatoires » que Sarko se serait engagé à éliminer grâce aux baisses d'impôts, elle ne suffira certainement pas à juguler une dette des administrations publiques multipliée par cinq entre 1980 et 2005, selon le rapport Pébereau (source).


Enfin, je laisse chacun/e juger de l'œuvre de nos politiques, et qu'ils ou elles soient de droite ou de gauche ne change rien puisque entre les alternances et les cohabitations successives, tous ont eu leur chance... Une incommensurable gabegie que femmes et hommes politiques de tous bords s'appliquent à perpétrer avec constance et dévouement.

Nous en avons d'ailleurs les résultats sous les yeux : voici plusieurs décennies que l'état prend chaque année de plus en plus d'argent en même temps que le gouffre des finances publiques se creuse et s'agrandit en 3D, véritable trou noir où s'abîme la manne inépuisable et providentielle des contribuables.

Qui sommes tellement con... tents qu'on va bientôt en reprendre pour 5 ans, en femmes et en hommes libres, où est-ce qu'on signe, tiens ça me fait hurler ! Quant à celles et ceux d'entre vous qui penseront : « Qu'est-ce que t'en as à foutre, toi tu vis en Italie », je vous rassure de suite, ici on ne travaille pour l'état que du 1er juillet au 31 décembre...


N.B. Nous ne parlons ici que des citoyens libres qui travaillent et gagnent leur croûte, pas de ceux qui ne gagnent rien... Ceux-là, je vous dis pas. Ou plutôt, pour paraphraser Coluche, je vous dis : il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, il y aura des hommes pauvres et il y aura des hommes riches... Et tous seront égaux ; mais ça sera pas facile tous les jours... En ajoutant : il y en aura même qui seront pauvres, petits et moches et pour eux ce sera très dur ! »

Allez le leur demander ! Enfin, on pourra toujours se consoler en chantant Liberté, Égalité, Fraternité...

, , , , , , , , , , ,

lundi 30 avril 2007

Le traducteur et l'ego de Sarko

Le traducteur et l'ego de Sarko

Ce n'est plus Ego, Hugo, c'est Ego, Sarko !

[MàJ - 24 oct. 2007] Apparemment, la traduction automatique ne fait pas mieux, Google s'obstinant à traduire Sarkozy par Bush...

Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans la tête du traducteur pour qu'il dérape de la sorte ? En effet, la semaine dernière, voici ce qu'ont pu découvrir les américains en lisant le sous-titrage du discours de Nicolas Sarkozy :
to rally my inflated ego so that we can that we can build that dream
que l'on pourrait rendre en français par :
ralliez-vous à mon égo surdimensionné pour que nous puissions que nous puissions (sic !) bâtir ce rêve
alors que le traducteur était censé traduire ces mots du candidat : « j’invite tous les Français (...) à s’unir à moi. »


Source : French Morning

Selon France 2, cocktail surmenage + bug informatique, dans ces cas-là, on rattrape comme on peut, en espérant que cela ne contribuera pas à remettre en cause la diffusion gratuite de la chaîne, ce qui serait franchement dommage pour la propagation du français aux États-Unis...

En tout cas, lorsqu'on parle de la responsabilité du traducteur, voici un cas d'école, dans la rubrique « À ne pas faire ! »


Partager sur Facebook

, , , , , , , ,

mardi 24 avril 2007

Le sens et la valeur des mots

Post-scriptum en forme de digression sémantique sur ma trilogie consacrée au premier tour des élections présidentielles 2007 :
  1. Le but de la loi en France est-il uniquement de faire peur aux gens ?
  2. Estimations du premier tour : duel Sarkozy - Royal
  3. Le nuage de Tchernobyl

* * *

À mon avis, sur un blog, il faut se garder comme de la peste des sujets qui fâchent, tels que la politique et la religion, mais on ne peut pas non plus toujours faire comme l'autruche, d'autant qu'il y a des circonstances où parler est nécessaire, voire impératif et/ou vital.

Je pensais donc en avoir fini avec l'argument pour en revenir aux grandes questions qui font évoluer le Web, comme GYM et autres, mais le commentaire d'un certain Marc (j'aurais d'ailleurs préféré qu'il soit moins anonyme vu qu'il se réclame de grands principes...) m'amène à m'interroger davantage sur ... le sens et la valeur des mots. Des mots qu'on utilise tous les jours et dont je me dis qu'on ne sait plus très bien le sens dont ils sont devraient être porteurs et les valeurs qu'ils sont censés véhiculer.

Une grande confusion règne autour des mots, et les publicitaires et politiques de tous bords - hommes et femmes - ont une immense responsabilité dans cet état de chose. Car pour le traducteur-poète (ou poète-traducteur...) que je suis, tant par vocation personnelle que professionnelle, qui réfléchit au sens des mots à longueur de journée, cela me crève le cœur de voir qu'il sont employés sans égard, fourvoyés dans une approximation scientifiquement entretenue, de sorte qu'on puisse aisément leur faire dire blanc ou noir en fonction du contexte, des opportunités, des intérêts du moment. Cela permet de mieux déstructurer la culture et l'esprit des populations, tout en les désinformant par une propagande habile, qu'elle soit marchande ou politique, je le répète.

Or il en va des mots comme de la nature. On n'en abuse pas sans générer de grandes catastrophes, et lorsque vous vous y attendez le moins ils se retournent contre vous. Dans son travail intitulé LTI - Lingua Tertii Imperri (La langue du IIIe Reich), Victor Klemperer, qui mène une réflexion approfondie et sans concession sur les mécanismes du langage totalitaire, cite en exergue ces mots de Franz Rosenzweig : « La langue est plus que le sang. »

Dès le premier recueil que j'ai écrit (il y a une vingtaine d'années), non publié, comme tous mes ouvrages poétiques, qui s'intitule « L'Écorché vif » :


réminiscences de ma vie aventureuse et vagabonde, je tentais de redonner un sens - le leur ou le mien - aux mots, à ceux que l'on parle, que l'on écrit, à ceux que l'on reçoit, aux mots, en somme, à travers lesquels on s'efforce de communiquer, les fameux "mots de la tribu"
en poursuivant délibérément le rêve de la perfection
l'utopie réalisée d'un texte qu'il n'y aura plus à reprendre - jamais !
Comme le petit Prince de sa rose, je me sentais de nouveau responsable pour chaque mot, pour l'usage propre de chaque mot..., responsable pour
enchâsser chaque parole dans son acception profonde - on n'y saurait en changer une seule sans briser l'équilibre subtil du recueil -, tantôt première tantôt plus actuelle

(combattre l'inadéquation du parler en redécouvrant la ligne de partage entre les antiques beautés de la "vieillerie langagière" et les nouveaux trésors de la langue moderne, davantage ouverte et "démocratique")

inventer une signification plus proche par quelques néologismes, contextuels ou non (plasmer)

masculiniser des substantifs injustement féminins depuis des millénaires (prostitué ou parturient...)

utiliser les vocables les plus humbles en leur rendant le discernement qu'ils ont désappris, leur native splendeur fanée d'avoir été trop longtemps prononcés, galvaudés
vulgariser la poésie, enfin

faire de la langue poétique
une langue charnelle
une langue humaine !


* * *

Donc vous comprendrez que lorsqu'on m'accuse d'être irresponsable et irrespectueux, voire de crime, je m'empresse d'analyser ces mots pour voir ce qui se cache derrière, et, plus grave encore, pour voir s'ils ont quelque fondement de vérité ou s'ils sont totalement farfelus.

Concernant les deux premiers, irresponsable et irrespectueux, ça me rappelle un slogan de la SNCF qui disait, si je ne m'abuse, « le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous », ou quelque chose dans ce genre.

Or que signifie "tous" ? Tous les français, ou tout le "monde", toute l'humanité ? Idem dans le cas qui nous occupe. À quel titre serais-je plus irresponsable et irrespectueux que des millions de belges, de suisses ou autres, qui pouvaient légalement et légitimement relayer les sondages dès 18h sans l'être pour autant, irresponsables et irrespectueux ? Et quid d'un respect ou d'une responsabilité changés en irrespect et irresponsabilité juste selon qu'on se trouve de part ou d'autre de la frontière ? En vertu de quoi, donc, m'accuser de la sorte ?

Probablement en vertu du "discours officiel", j'imagine. Dont les tenants menaçaient :
"l'annonce faite par certains blogueurs de vouloir délocaliser leur site à l'étranger n'est pas une issue de secours car la loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français hors du territoire de la République."
Un crime, bigre ! Quel gros mot ! J'aurais donc commis un crime. Qu'est-ce à dire, de quoi parle-t-on ? Car j'imagine qu'en l'espèce la définition doive être recherchée moins dans les dictionnaires que dans le code pénal, dont l'article premier fait la distinction suivante :
L'infraction que les lois punissent des peines de police est une contravention.
L'infraction que les lois punissent de peines correctionnelles est un délit.
L'infraction que les lois punissent d'une peine afflictive ou infamante est un crime.
Donc ici le crime n'est pas défini en lui-même, mais par rapport à la peine - afflictive ou infamante - dont est passible l'action considérée. Définition dont on notera l'actualité au passage, puisqu'elle remonte au mois de février 1810, il y a bientôt deux siècles. Comme je le disais en réponse au commentaire dudit Marc, à l'heure d'Internet, il serait peut-être temps de remettre les pendules à l'heure...

Mais ce qui me gêne le plus, dans ce discours "officiel", c'est qu'il est faux et trompeur, au sens où il tente d'effrayer pour mieux induire en erreur son destinataire.

Je ne ferais certes pas concurrence à Maître Eolas pour tenter d'expliquer, sur le plan du droit, en quoi la phrase "la loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français HORS du territoire de la République" est incompatible avec le principe d'une loi explicitement censée ne s'appliquer QUE sur le territoire de la République, j'en serais bien incapable, mais personnellement j'y vois une contradiction manifeste dans les termes. Car si la loi en question dit n'être applicable qu' "au territoire concerné" et non pas ad personam, je ne vois dans cette déclaration rien de plus qu'une tentative d'intimidation fallacieuse. À moins que ces propos n'aient été déformés par les journalistes qui ne les auraient pas rapportés de façon fidèle, auquel cas...

Mais s'ils sont véridiques, mon opinion est qu'on confond les torchons et les serviettes.

* * *

Nous revoilà donc au point de départ, le sens des mots et leur valeur. Deux qualités - sens et valeur - que je n'ai pas choisies au hasard, car si elles peuvent paraître redondantes, sur Internet elles acquièrent une signification toute particulière et doivent être bien dissociées.

Sur le Web, en effet, le sens des mots est une chose, et leur valeur une autre. Valeur marchande, s'entend. Puisqu'à l'instar des biens et services, maintenant ils s'achètent et se vendent !!! C'est ainsi qu'on a pu associer « racaille & Sarkozy » sans y trouver rien à redire. Et pourtant... Du reste, je ne cite qu'un des mots clés parmi les plus cités (cités, justement, banlieues, etc.) et citables...

Un exemple parfait pour expliquer comment les mots peuvent être aussi dangereux à manier que l'explosif. Voilà pourquoi des textes tels que celui-ci me dérangent profondément. Je pourrais le reprendre dans son intégralité en le démontant paragraphe par paragraphe, phrase par phrase, pour en mettre à jour les rouages manipulateurs, les incohérences flagrantes, les faussetés doucereuses, les finalités à peine masquées (mieux ferrer le gogo). Peut-être un jour, quand ma colère retombera, si elle retombe (car impossible d'écrire objectivement sous son emprise), mais ce n'est pas pour demain.

Conclusion

Nul ne peut user et abuser impunément des mots, qu'on s'appelle Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal (ou qui pour eux) ne change rien à l'affaire. Ayez toujours cette vérité à l'esprit lorsque vous vous adressez aux françaises et aux français (ce que vous ferez souvent dans les deux semaines à venir), pour peu que la sincérité ait encore cours en politique.


, , , , , , , , , , ,

lundi 23 avril 2007

Le nuage de Tchernobyl

Suite et fin de ma trilogie consacrée au premier tour des élections présidentielles 2007 :
  1. Le but de la loi en France est-il uniquement de faire peur aux gens ?
  2. Estimations du premier tour : duel Sarkozy - Royal
  3. Le nuage de Tchernobyl
Post-scriptum : Le sens et la valeur des mots

* * *

Il y a 21 ans presque jour pour jour, le 26 avril 1986, avait lieu la catastrophe de Tchernobyl après l'explosion du réacteur n° 4 de la centrale ; 20 ans plus tard, selon l'IRSN, « Les rejets de particules radioactives durent 10 jours. Le vent tourne pendant cette période, entraînant le panache dans toutes les directions. Ce sont les rejets du 27 avril qui touchent la France entre le 30 avril et le 5 mai 1986. »

Pourtant à l'époque, en France il semble que les retombées du nuage radioactif se soient arrêtées aux frontières... L'origine de cette "image" étant probablement due au communiqué 86/CAB/010/RR publié par le Ministère de l'agriculture le 6 mai 1986, qui commence ainsi :
Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l'accident de la centrale de Tchernobyl.
Une "image" sûrement renforcée par ce communiqué de la Ministre de la Santé d'alors, Michèle Barzach, publié 10 jours plus tard :
« À la suite de l’accident survenu à Tchernobyl le ministère délégué chargé de la santé et de la famille, interrogé par le public au sujet de divers domaines de la vie courante, rappelle et confirme ce qui suit :
La santé publique n’est aucunement menacée par les conséquences de cet accident.
Les activités courantes peuvent donc être poursuivies sans précautions particulières, notamment :
- alimentation : ...
- activités en plein air : ...
Aucune précaution particulière ne s’impose donc.
 »
Une "vérité officielle" d'abord battue en brèche par de nombreuses personnalités (je me rappelle même vaguement un sketch de Coluche), et largement démentie de façon tout aussi officielle par la suite, comme le montre clairement le dégradé orangé témoignant de la pénétration du nuage (retombées moyennes de césium 137 sur les surfaces agricoles...) :


Lire, entre autres, les Preuves du mensonge pour en savoir plus...
signé par Corinne Castanier, directrice de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité).

* * *

Mais pourquoi donc associer cette histoire à mes deux précédents messages, me direz-vous ? En fait, contrairement aux apparences, cela n'a rien à voir avec le binôme Tchernobyl-Sarkozy, mais plutôt avec la métaphore de la frontière.

Exactement comme ce qui s'est passé hier, à savoir qu'il était interdit à toute personne résidant sur le territoire français (métropole, Dom-Tom, etc.) de relayer les sondages dès 18h, sous peine de sanctions terribles (75 000 euros d'amende par infraction constatée, c'est quand même pas à la portée de tout le monde ! À ce compte, mieux vaut rouler bourré, on risque moins, quitte à faire plus de dégâts...). Par contre, vu qu'on ne peut quand même pas interdire ça à presque 7 milliards de terriens qui a priori se foutent pas mal de notre cuisine franco-française, les 6 milliards 940 millions de personnes restantes vivant en dehors de nos frontières pouvaient le faire sans problème.

Donc moi ce que j'en dis, n'en déplaise à Versac et aux autres fiers porte-parole de l'orthodoxie citoyenne, c'est qu'à l'heure d'Internet tout ça n'est qu'une pantalonnade, archaïque et anachronique, dénuée de fondement et du moindre bon sens. Si on veut pas communiquer les sondages à 18h, on les sort pas. Un point c'est tout.

Et on va pas faire chier les gens en les menaçant de sanctions ridicules. Car mesdames et messieurs les législateurs, sachez-le, ce n'est pas par la peur qu'on éduque le citoyen à prendre ses responsabilités, c'est par le dialogue et la pédagogie.

Évidemment, quand on pratique la langue de bois à longueur de journées avec votre maestria, après ça devient difficile de faire la part des choses. Et il ne sert à rien de se gargariser et de nous gargariser avec de belles paroles malheureusement vides de contenu sur la France libre, les citoyens libres, etc. etc.

Liberté mon cul ! N'évoquez pas ce que vous ignorez. Quant à l'égalité et la fraternité, n'en parlons même pas. Vos discours sont comme notre devise : de belles paroles ... vides de sens. Tiens, ça me rappelle un poème que j'ai écrit il y a longtemps sur le sujet, juste pour essayer de redonner un peu du sens perdu aux grands mots que vous employez à tort et à travers, sans trop réfléchir, si ce n'est à vos intérêts :

Errant parmi les décombres d'un champ de bataille
dont les sillons abreuvés de sang
- importait-il encor que celui-ci fût pur ou impur ?
n'étaient plus ensemencés que par les morts et pour les vers
où tout était silence où tout était désolation
un murmure jailli d'un gargouillis
me fit me retourner :

« Poëte »

Un porte-drapeau-en-lambeaux m'apostrophait
les mains et le regard tendus
à bout de force et à bout de vie
avançant sa bannière en pièces
en prononçant ses ultimes paroles :

« Poëte, porte-la partout et toujours
contre ton cœur :
c'est la Liberté ! »

Bleu

Lisant un journal d'encre noire
où je cherchai la raison de tous ces morts
interdit, je m'arrêtai de l'avoir trouvée :
« Ils étaient trop différents »
concluait un porte-parole de la Normalité !
« Différents de quoi, de qui ? » - pensai-je
Mais point n'était la question...
Vu que les révolutions sont faites
pour supprimer les différences
elles commencent par se débarrasser
des différents !

Les hommes prétendront-ils longtemps encore
édifier sur des himalayas de cadavres
l'Égalité ?

Rouge

Il restait les soi-disant vivants
à la poursuite de leurs ombres
et je me demandai
dans leur frénésie à tous
de bouger et de faire
qu'avaient-ils effectivement fait
de la Fraternité ?

Blanc

Depuis ce jour-là
sur toutes les routes de par le monde
un enfant-poëte ignoré
égosille dans son porte-voix cassé
tantôt hurlant tantôt à bout de souffle
pour raconter aux hommes

la Liberté la Fraternité l'Égalité



Jean-Marie Le Ray

P.S. Je m'en voudrais de parler du sens des mots sans vous citer ce chez-d'œuvre de grandiloquence et de démagogie affligeantes, tendance cynique-libéral-populiste – n'est pas Victor Hugo qui veut ! –, comme je le commentais sur le blog de Jules, qui a certainement plus de délicatesse que je n'en ai...

, , , , , , , , , , , , , ,