samedi 13 octobre 2007

Facebook : anatomie d'un article fragile

Facebook : anatomie d'un article fragile

Attention, ça va tanguer. Coup de gueule. Motivé par la lecture d'une "analyse" intitulée Facebook : anatomie d'un succès fragile, signée PIERRE DE GASQUET, journaliste au service Enquête des « Echos ».

On va encore me reprocher de mélanger les torchons et les serviettes (ou journalistes et blogueurs, si vous préférez), comme quoi il n'est peut-être pas pertinent (ou serait-ce juste impertinent ?) de mettre en parallèle blogueurs et journalistes (je dis cela sans ironie aucune pour Narvic, dont les analyses sont des analyses, et les réflexions des réflexions sérieuses), mais moi, à la lecture du texte incriminé (peut-on qualifier ça d'article journalistique ?), je me demande vraiment quelle est la différence entre Pierre de Gasquet, qui publie ses enquêtes sur un journal comme Les Echos, et Jean-Marie Le Ray, qui poste ses pauvres billets sur son blog, avec 200 lecteurs dans ses bons jours !

Et ça m'énerve ! Il y a des moments où je ne supporte plus cette asymétrie de crédibilité dans l'information. Un texte que je n'oserais pas même publier bourré ! Bourré de clichés jusqu'au ridicule, qui entasse les stéréotypes les uns sur les autres sans la moindre vergogne, juste pour donner ça en pâture au peuple parce que c'est ce qu'il aurait envie d'entendre, je suppose. Quelle honte !

Moi j'appelle ça prendre les gens pour des cons. J'appelle ça être assez sot, ou imbu, pour croire que les internautes sont incapables de faire la part des choses et discerner par eux-mêmes une véritable analyse d'un véritable torchon.

Faudra quand même qu'un journaliste, un vrai, m'explique un jour ce qu'est - ou ce que devrait être - un journaliste. En 2007. À l'heure d'Internet. À l'heure où les règles ont changé.

* * *

Mais fi de déverser ma bile, venons-en au "succès fragile" de Facebook et citons sur pièces :
Dix milliards de dollars pour Facebook. Qui dit mieux ? Et bla bla et bla bla. Toute la question reste de savoir si, quelques années après l'éclatement de la première bulle Internet en 2001, nous ne sommes pas encore à la veille de l'explosion d'une nouvelle « bulle Web 2.0 », dont la tendance à la survalorisation de Facebook serait un des signes prémonitoires.
Selon certaines rumeurs persistantes, Microsoft et Google seraient prêts à se disputer une participation de 5 % à 10 % dans Facebook pour un montant estimé entre 300 et 500 millions de dollars, soit une valorisation du site communautaire comprise entre 6 et 10 milliards de dollars.
Voilà. Terminé le volet financier de l'analyse. C'est assené clair et net, bulle, signes prémonitoires, rumeurs, survalorisation, avec ça on est fixés. Quand je pense que de son côté le pauvre blogueur s'est fendu d'une longue élucubration sur la valeur de Facebook, je me dis "à quoi ça sert que Ducon il se décarcasse" ! (Ducon, c'est moi dans le cas présent, je précise pour qu'on confonde pas...)

Et ça continue :
Avec 15,7 millions (sic!) de pages vues en août, Facebook est devenu le troisième site communautaire le plus visité aux Etats-Unis, derrière MySpace et YouTube.
On voit là toute l'expertise de l'analyste, qui aurait pourtant pu - et dû - rectifier de lui-même qu'il s'agit de milliards de pages vues, et non de millions : sans trouver bizarre un instant que 42 millions d'utilisateurs actifs (Avec ses 42 millions d'utilisateurs actifs, il est encore loin des 100 millions d'adeptes réguliers revendiqués par le réseau My- Space de Murdoch) (admirez au passage : My - trait d'union - espace - Space, c'est nouveau) ne consultent que 15,7 millions de pages, soit en gros une page vue par mois pour ... 3 utilisateurs "actifs" : avec un tel taux d'activité, il y a survalorisation, c'est clair !

Mais bon, on n'en est pas à ça près dans l'approximation ! De toute façon, ça passe comme un lettre à la poste auprès du lectorat ignare.
A la base du succès des « réseaux sociaux », bla bla, l'engouement des adolescents et « post-ados » (15-24 ans) pour ces sites fédérateurs qui permettent de se regrouper par affinités. Une forme de résurgence de compagnonnage virtuel. Mais le succès de Facebook commence à se propager à certains milieux professionnels où la « cool attitude » est de rigueur (high-tech, publicité...) et où la limite d'âge théorique ne tient plus. Au point que les employeurs australiens ont récemment estimé à 5 milliards de dollars son impact négatif sur la productivité des salariés. « Mon boss veut devenir mon ami sur Facebook ! », s'alarmait récemment une jeune publicitaire de vingt-six ans dans les colonnes du « Financial Times » du 3 octobre, en s'inquiétant du brouillage entre les sphères privée et professionnelle. Ne dites pas à mon boss que je suis sur Facebook, il y est déjà !
Ici aussi, nous avons une belle brochette d'idées reçues : engouement des adolescents et post-ados, la résurgence du compagnonnage virtuel (bien trouvée, celle-là, je plussoie, et apparemment je ne suis pas le seul...), la « cool attitude » de rigueur chez les high-tech et dans la pub (ça tombe à pic, Adscriptor est très connoté high-tech), tout ça nous amène à l'argument imparable, le coup de massue : « Au point que les employeurs australiens ont récemment estimé à 5 milliards de dollars son impact négatif sur la productivité des salariés. »

Alors là, attention, l'affirmation vaut son pesant de moutarde qu'on s'y attarde. 5 milliards de dollars, nous y revoilà avec les gros chiffres. Et puis c'est pas des millions, comme pour les pages vues, c'est des milliards. En dollars australiens, nettement plus appréciés, techniquement parlant, que les dollars américains, qui font figure de parents pauvres. C'est vrai que quand on parle de milliards, de suite ça fait plus sérieux. C'est du lourd. Et sur un continent où il y a à peu près autant d'australiens que de franciliens en Île de France ! Donc sur 15,7 millions de PV, et en calculant le nombre de pages vues au prorata du pourcentage des utilisateurs "australiens" de Facebook, on comprend bien comment on en arrive à 5 milliards de dollars de pertes.

Et puis je vous dis pas dans le reste du monde... À ce compte, on comprend mieux que Facebook soit survalorisé, vu le paquet de pognon qu'il fait perdre aux employeurs. Va falloir enquêter auprès du Medef, que ça arrive pas en France, ces choses-là.

Bla bla.
Le rythme de croissance du bébé de Mark Zuckerberg fait rêver. Le modèle est simple : on consolide d'abord l'audience, et on « monétise » après à travers la publicité. Aujourd'hui, les sites communautaires sont encore valorisés sur la base d'un « acte de foi »...

Bla bla. La valorisation de Facebook est donc basée sur la double espérance de l'essor parallèle du nombre de ses utilisateurs et de ses recettes publicitaires.
C'est clair, être valorisé à « l'acte de foi » et sur une « double espérance », ne manque plus que la charité pour avoir les trois vertus théologales... Ça fait rêver. Vraiment.
Compte tenu de son profil très « aspirationnel », avec une forte audience de départ dans les universités élitistes et les écoles de commerce du type HEC ou Essec, Facebook est devenu un phénomène de mode particulièrement prisé dans des milieux à fort pouvoir d'achat. Selon Henri de Bodinat (Arthur D. Little), « Facebook est un peu vis-à-vis de MySpace ce que Prada est par rapport à Zara » dans la mode.
Ouh la la ! « profil aspirationnel », universités élitistes, phénomène de mode particulièrement prisé dans des milieux à fort pouvoir d'achat, ça frappe fort ! Pour finir avec la comparaison qui tue : Selon Henri de Bodinat (de chez Arthur D. Little, S.V.P.), « Facebook est un peu vis-à-vis de MySpace ce que Prada est par rapport à Zara » dans la mode.

Le poids des mots, le choc des images. Maintenant, je comprends mieux, tout est limpide, c'est Henri qui vous a dit ça ? Ce que Prada est à Zara, c'est bluffant ! (c'est qui Zara ?) Et d'ailleurs je suis bluffé. Je kiffe, même (je suis plus tout à fait adolescent, mais bon, avec la « cool attitude » de rigueur, y a plus de limite d'âge théorique qui tienne). Je kiffe grave, donc.

Poursuivons :
Le premier qui arrive à conquérir une telle communauté aurait déjà gagné. C'est pourquoi le potentiel de croissance de Facebook serait sans commune mesure avec celui d'un Dailymotion, pâle copie du site de partage de vidéo YouTube. Le seul risque serait le « syndrome Starbucks », où les premiers aficionados se sentent trahis par une banalisation du concept.
J'aime bien au passage le "Dailymotion, pâle copie de YouTube", justifié par quoi en fait ? Parce que Google s'est offert YouTube et pas Dailymotion, probablement. D'où pâle copie. Comme votre "article", mon cher. Et puis le « syndrome Starbucks », les aficionados, certes on est dans la banalisation banalité la plus totale. Affligeant !

Et ça continue :
Tous les experts ne sont pas, pour autant, aussi confiants dans la validité du modèle de « développement viral » de Facebook. Le critère de valorisation du « visiteur unique » reste fragile pour un site dont la valeur ajoutée est nettement moins tangible que celle de plates-formes tels qu'eBay ou Amazon. A la différence de LinkedIn ou itLinkz, Facebook est loin d'être perçu comme un outil professionnel (« au-dessus de 30 ans, être sur Facebook, c'est ridicule », estime un expert).
Bon, et bien j'espère que votre expert il fait également le psy, parce qu'il va falloir que je consulte, moi. Remarquez, si c'est un problème viral, un bon généraliste suffira peut-être.

Et bla bla, bla bla, bla bla... Tout y passe. Et ça insiste, ça se répète : la vogue des réseaux communautaires bat son plein, l'engouement ... symptôme d'une nouvelle bulle Web 2.0, moins disproportionnée que la précédente, mais dont les effets peuvent être brutaux, indices de survalorisation palpables depuis plusieurs mois, d'où il n'est pas exclu que l'engouement croissant pour la nouvelle génération de réseaux communautaires ... alimente une nouvelle bulle spéculative (Steve Ballmer, a lui-même qualifié de « lubie » l'engouement pour les réseaux sociaux en rappelant le déclin de Geocities) (Geocities, Facebook, même combat...), le contenu inepte généré par des utilisateurs qui serait impubliable par toute source professionnelle (certes, compte tenu de vos standards de qualité...), les vieux médias ne mènent plus la danse, la parabole du « visiteur unique » a supplanté la mesure d'audience traditionnelle, l'acte de foi (nous y revoilà, parabole, acte de foi, on est en pleine "évangélisation"), bulle, bulle, bulle, engouement, engouement, engouement, Steve a bien raison !

Et de conclure brillamment (titres qui accrochent et conclusions imparables sont les deux mamelles du journalisme bien compris) :
Même si Facebook n'est pas Google, le succès de la monétisation de son audience sera un test majeur pour la valorisation du Web 2.0.
Point final. Nous en reparlerons donc...

* * *

Bon. Pour résumer, perso j'appelle pas ça un papier, pas même une serviette, mais bien un torchon. C'est mou, ça n'a aucune tenue, aucun relief. Un ramassis de lieux communs. Qui s'appuient sur du vent. Du solide, quoi. Le lectorat ressortira de ce texte plus avancé et plus intelligent qu'il ne l'était en y pénétrant. C'est fou ce qu'on apprend sur le sujet "traité". À proprement parler, un vrai truc de ouf !

Pourtant que ce soit bien clair : sur le fond, je n'affirme pas que c'est moi qui ai raison et vous qui avez tort, qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas. Toutes les opinions sont défendables. Mais qu'on les défende. Qu'on les étaie. Qu'on cite des sources.

En Australie les patrons perdent 5 milliards de dollars à cause de Facebook. Très bien. Depuis quand ? Avec quelle fréquence ? À la semaine, au mois, à l'année, voire à la journée ? Quel est le panel de l'étude qui parvient à cette conclusion. Quelle méthodologie d'enquête. On aimerait en savoir plus. Ça ferait partie de la pertinence et du sérieux d'un journaliste d'investigation, me semble-t-il. Quelle est la source de cette étude ? Reportlinker ? Plus d'études ?

Je ne crois pas qu'en publiant des trucs comme ça vous apportiez beaucoup à l'image de votre profession. Qui n'en sort pas grandie. Au contraire.

Si j'enseignais dans une école de journalisme (mais avec quelles compétences ? je m'interroge !), je ferais de ce texte un cas d'école. En demandant aux aspirants journalistes de le prendre comme base pour rédiger un article, un vrai, qui parviendrait aux mêmes conclusions mais en les justifiant, en recoupant les références, en mettant des liens d'approfondissement, que chaque lecteur/lectrice puisse se faire sa propre opinion en fouillant le sujet, aujourd'hui un article sur Internet se doit d'être ouvert, de renvoyer son lectorat vers des analyses plus pointues, etc.

Ce que s'efforce de faire Adscriptor à longueur de billets, en somme. Pensez qu'il y a encore deux ou trois semaines, jamais je ne m'étais intéressé à Facebook !

Sachez enfin, Mesdames et Messieurs les Journalistes, les vrais, pas les blogueurs de pacotille comme le soussigné, que lorsque vous publiez sur Internet avec au bas de votre prose un lien clicable dont l'encre ancre est "Réagir à cet article", il se trouvera toujours un allumé tel que moi pour réagir. Donc désormais faites bien attention à ce que vous dites, vous êtes surveillés. Et si vous n'êtes pas capables de faire votre métier, changez-en. Boulot, boulot. On n'est pas sur Facebook, quand même !

Tiens, ça me donne envie de conclure en paraphrasant Coluche, qui donnait fort justement à un journaliste le conseil suivant, frappé au coin du bon sens : quand on n'en sait pas plus que ça sur un argument, on n'a qu'à fermer sa gueule !

Je m'excuse pour la citation de mémoire, ni fidèle ni recoupée, mais à chacun sa spécialisation, merde ! Je m'excuse...

Sans rancune,


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P.S. Si vous lisez mon commentaire au bas de l'article en objet, il dit simplement :
Bonjour,

Je ne pense pas que le succès de Facebook soit fragile, et à vrai dire, ce serait même exactement le contraire.
Cordialement,
Jean-Marie Le Ray

Lien proposé : Facebook à la loupe
Il faut dire que je l'ai posté d'impulsion, juste pour donner l'envie à celles et ceux qui passeraient par là d'en savoir plus.

Après quoi, plus j'ai lu et relu la "chose", plus je me suis dit que le meilleur moyen de combattre la désinformation, c'était d'informer. D'où ce billet. CQFD !

P.S. 2 : @ Pierre de Gasquet, si vous me répondez, ce que j'espère, juste une question supplémentaire. Votre contribution a-t-elle été publiée aussi sur la version papier de votre journal ?

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vendredi 12 octobre 2007

La valeur de Facebook

Cf. La "vraie" valeur de Facebook

Facebook - I
I. La nouveauté de Facebook : la traçabilité
II. Facebook : ouvrons le graphe social ?

Facebook - II
III. Grapher les modèles sociaux
IV. Graphing social patterns

Facebook - III
V. La valeur de Facebook

* * *

Vous l’aviez compris en lisant Facebook I et II, tout le grand chambardement auquel on assiste autour du « graphe social » n’a pour but que de booster la valeur marchande de Facebook, qui est tout le contraire d’une plateforme ouverte, laissant l’utilisateur encore trop captif, dixit Hubert Guillaud.

Comme le répète l’ami Zuckerberg :
With this evolution of Facebook Platform, any developer worldwide can build full social applications on top of the social graph, inside of Facebook.

 Grâce à cette évolution de notre plateforme, les développeurs du monde entier peuvent désormais ajouter au graphe social une couche d’applications 100% sociales, à l’intérieur de Facebook.
Une ouverture toute relative, donc. Unilatérale. Mais permettant à Facebook d’avoir une armée de plus de 90 000 développeurs qui bossent gratuitement pour le site et génèrent des milliers d’outils et d’applis pour les utilisateurs ET la plateforme : pourquoi la plateforme, me direz-vous ? simplement parce que ça permet à Facebook, sans rien dépenser, de savoir immédiatement quels types d’applications sont les plus populaires, dans quels domaines, auprès de quels publics, etc.

Des informations que des centaines de milliers d’autres sociétés paient à prix d’or pour avoir des études de marché qui vont leur dire les mêmes choses, et encore, ces études restent-elles très souvent théoriques, pleines de statistiques plus ou moins fiables.

Alors qu’avec Facebook, ça se passe sur le terrain, tout est mesurable à l’unité près ! Avec en outre la collecte d’une masse considérable de données précieuses, auxquelles seule la société a accès : au-delà du nombre des installations, des utilisateurs actifs et autres broutilles, les développeurs d’applis ne captent aucune des données utilisateur, qui toutes finissent dans la BdD de Facebook : les infos sur les connexions et les relations entre les personnes, sur leurs goûts, leur mode de communiquer, etc.

Le voilà, le « graphe social » selon Zuckerberg, un énorme référentiel, un inventaire d’une incroyable valeur ajoutée, exploitable à volonté pour le marketing comportemental, le profilage utilisateur, etc., qui confère une position de force à Facebook dans un secteur actuellement dominé par GYM & co…

Maintenant, comment la société va-t-elle « monétiser » un tel atout ? Ça reste à voir. Introduction en bourse, rachat, capital-risque, prise de participation (même Yahoo serait sur les rangs), l’éventail des possibles est très large et Zuckerberg n’a qu’à claquer des doigts pour voir affluer les offres et les fonds.

D’autant que la croissance semble inarrêtable, elle a plus que doublé en moins de 6 mois alors qu’elle était déjà énorme, avec 100 000 nouveaux utilisateurs par jour fin mai 2007.

Aujourd’hui :
  • +225 000 nouveaux utilisateurs/jour fin mai 2007
  • +1,5 million de nouveaux utilisateurs par semaine (ou +6 millions par mois)
  • +60 milliards de pages vues par mois !!! (40 en mai 2007)
  • +1500 pages vues par utilisateur chaque mois en moyenne
  • Facebook est le 6ème site le plus visité sur le Web !
Entre parenthèses, en parlant de « statistiques plus ou moins fiables », comparer ces chiffres avec la baisse du trafic de Facebook signalée par comScore et Compete. Qui a tort, qui a raison ? Explications...

Ceci dit, vous pensez bien qu’avec une telle carte de visite, Zuckerberg n’a que l’embarras du choix. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi l’évaluation du site atteint des sommets. Lire également l’analyse de Christian Jegourel.

D'ailleurs en ce moment, Outre-Atlantique, les prévisions sont à la hausse ! De 10 on est passé à 15 milliards $, et certains d'évoquer le seuil de 100 milliards...

Avec les arguments suivants : l'évaluation d'une société est définie uniquement par l'accord finalisé entre l'acheteur et le vendeur (Valuation is simply defined as what a willing buyer and willing seller will agree to). Et d'ajouter : vu que Mark Zuckerberg ne vendrait probablement pas Facebook à moins de 100 milliards $, cela veut dire que l'évaluation de Facebook est dans ces eaux-là (And since, Mark Zuckerberg probably wouldn’t sell Facebook for less than $100 billion, that pretty much sets the valuation for the entire company at or near this figure).

Des affirmations fortement contredites par Jason Calacanis, même si, là encore, il est probable que la vérité est quelque part à mi-chemin (The truth is probably somewhere in the middle). Car en la matière, je trouve que le rachat par Google de Youtube (une société qui n'était pas vraiment une affaire, Calacanis dixit !), est riche d'enseignements : c'était il y a un an à peine, depuis la valeur de son action a augmenté d'un tiers (de 400 à 600 $), et Google a pris près de 50 milliards de capitalisation en plus, ce qui la place devant des poids lourds comme Wal-Mart, IBM, Apple ou Coca-Cola !

Flashback...

Donc tout dépendra de la volonté et des capacités de négocier de Zuckerberg, dont le mix de clairvoyance, de chance et d'audace a prouvé jusqu'à présent que la valeur n'attend pas le nombre des années.

Et dans ce contexte, la rentabilisation des applications et autres widgets sur la plateforme telle qu’elle est conçue aujourd’hui semblerait secondaire, tellement cela pourra dépendre des accords/alliances à venir. Voilà pourquoi je pense que la question des modèles économiques liés n’est pas le premier sujet de préoccupation chez Facebook.

Même si dans ce domaine ils font comme tout le monde : ils cherchent !

* * *
En conclusion, provisoire, je dirais qu'aujourd'hui la véritable valeur de Facebook réside en ceci :
En montrant les pouvoirs de la traçabilité sur le site-portail et la courbe de progression exponentielle de cette fonction, « qui collecte vos actions et celles de vos amis sur la plate-forme, ce “feed” comme ils l’appellent, qui nourrit et se nourrit de votre réseau relationnel », qui « conduit la viralité du réseau » et « vous informe de ce qu’il s’y passe » (Cf. Hubert Guillaud), Facebook a ouvert une voie qui va devenir une des dorsales du Web, un courant porteur, un flot ininterrompu de nouveautés sur lequel viendront se greffer toutes les applis que vous voulez et autres, tout reste à inventer…
Ce que j’appelle l’effet Facebook, une mise en flux virale qui est à Facebook ce que le PageRank fut à Google ! L’élément central et décisif de son ascension. Même Tim O’Reilly pense comme moi, c’est vous dire :
Need to think of social networking as an operating system... we are just at the beginning of building out this platform. This is like page rank in 1998. We are at the beginning of a revolution.
Social Operating System”, S.O.S., le terme est lancé, il n'est pas nouveau, mais les résultats des moteurs sont probablement destinés à exploser dans les semaines qui viennent...

Et comment traduire Social Operating System en français ? Si vous avez des idées. Système d'exploitation social n'est pas du tout satisfaisant, je vais y penser en m'aidant des réflexions d'Olivier Ertzscheid.

Pour autant, je parie que si le site/réseau ne s’ouvre pas davantage qu’il ne l’est actuellement, Facebook pourrait bien perdre son positionnement de leader pour laisser la place à de plus audacieux qui se bousculent au portillon, et pas des moindres : Hi5, LinkedIn, Google, bien sûr, sans oublier MySpace (tôt ou tard), qui ont tous décidé d’ouvrir davantage leurs réseaux sociaux. Et d’autres encore qui vont monter en puissance et dont on ne sait rien ou si peu aujourd’hui, mais qui pourraient, ou devraient (comme eBay) le faire. Quand et comment ? J'en sais rien, je suis pas devin. Mais l’avenir nous renseignera, et je gage très bientôt ! Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui manquent :







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P.S. Une fois encore, l'actualité m'a obligé à modifier l'ordre initial, qui prévoyait pour Facebook III :

V. Facebook et modèles économiques
VI. Non, Facebook n'est pas le prochain Google !
VII. Conclusion (provisoire)


J'y reviendrai, mais pour l'heure je pense que l'ex-point V. va dépendre largement des orientations économiques et stratégiques que décidera Mark Zuckerberg à court terme, et de l'évolution de la situation qui s'en suivra. Voilà pourquoi il m'a semblé plus urgent d'affronter la question de la valeur intrinsèque de Facebook.

Quant au point VI., mieux vaut remettre la discussion après le 5 novembre. Après la bataille hypercompétitive avec Microsoft, voici donc un autre front qui s'ouvre pour Google. À moins que ce ne soit le même. Dans une guerre de toute façon sans gagnant ni perdant. Et sans fin...

En attendant, je vous laisse méditer :


Et pour celles et ceux qui en entendraient parler pour la première fois, s'il y en a, je vous conseille de lire cette approche au phénomène Facebook, claire et pédagogique. Pour les autres...

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mercredi 10 octobre 2007

Facebook - Graphing Social Patterns

Facebook - Graphing Social Patterns

Contrairement à ce que j'annonçais dans mon précédent billet, l'actualité m'oblige à intervertir l'ordre des trois billets programmés sur Facebook, ainsi redéfini :

Facebook - I
I. La nouveauté de Facebook : la traçabilité
II. Facebook : ouvrons le graphe social ?

Facebook - II
III. Grapher les modèles sociaux
IV. Graphing social patterns

Facebook - III
V. La valeur de Facebook


* * *

Facebook - II

III. Grapher les modèles sociaux

Tout d'abord, comment traduire "Graphing social patterns" ?

Vous l'aurez compris au vu du titre, ma proposition est : grapher les modèles sociaux, "grapher" étant un néologisme que j'ai employé une première fois dans le "décalogue de Facebook" pour signifier "modéliser le graphe" (un graphe étant en mathématiques la représentation graphique d'une fonction ou l'ensemble des couples d'éléments vérifiant une relation donnée, selon le petit Robert).

Or j'ai tenté d'expliquer qu'il y avait un hiatus entre le concept marketing habilement proposé par Mark Zuckerberg et la conception des scientifiques, pour qui la notion de graphe social, limitée par essence, allait à l'encontre d'un seul graphe social englobant tous les autres (One Graph to rule them all...).

En fait, si je m'en réfère à la bonne vieille théorie du nœud papillon sur la topographie d’Internet, Facebook est évidemment au cœur du réseau, mais ce n'est pas LE réseau.

Ce qu'exprime très clairement ce billet d'Erick Schonfeld sur Techcrunch :
(Facebook) ... is a somewhat closed, proprietary platform. (...) The ultimate technology platform, in contrast, is the Web itself. It is open and ultimately will triumph over all other platforms, including Facebook.
Traduction/adaptation : Facebook est une plateforme propriétaire, pas une plateforme ouverte. En revanche, le Web est LA plateforme technologique ultime, sans aucun doute, ouverte et qui englobe les autres, y compris Facebook... Suivez également les liens du billet, c'est très instructif.

Certains des observateurs les plus assidus du phénomène Facebook n'hésitant pas à faire le parallèle entre Facebook et Microsoft :
Facebook is open to the extent that you will build on their platform, a concept similar to how Microsoft built Windows.
Facebook est ouvert dans la mesure où vous développez pour et sur sa plateforme, de la même façon que Microsoft a conçu Windows. Et Nick O'Neill d'ajouter :
Whether or not they want to, I believe that Facebook will be forced to open up and make the “graph” transportable elsewhere.
Qu'ils le veuillent ou non, je crois que Facebook sera forcé de s'ouvrir pour que le “graphe” puisse être reproductible ailleurs.

Ainsi, dans cette histoire :
C'est très clairement la question de la valeur marchande de Facebook qui occupe le centre des débats, où comment monétiser FaceBook. Les "pour" (= y'a de l'argent à faire, des services et de la publicité à vendre) et les "contre" (= pas de modèle économique, pas d'argent) y trouveront quelques arguments de chapelle. Personnellement et en attendant mieux, j'en reste à mon effet vortex comme première clé de lecture "marchande".
Dixit Olivier Ertzscheid.

Donc je concluais :
pour avoir des lumières, il nous faudra suivre attentivement ce qui se dira à la conférence Graphing Social Patterns qui se tient au cœur de la Silicon Valley ... aujourd'hui et demain !
En effet, vu la qualité et la préparation des intervenants :


comment douter un instant qu'il n'en sortira pas quelque chose d'intéressant !? C'est ce que nous allons voir de suite. [Début]

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IV. Graphing social patterns

Je ne peux pas retracer dans le détail les nombreuses interventions, mais voici trois blogs de référence où vous retrouverez la plupart des transcriptions, sinon toutes :

1. Elegant Hack
2. Geek Daily
3. allfacebook - the unofficial facebook blog

Parmi les présentations disponibles :

Engaging the Social Operating Platform & Eco System for Your Business”, par Rodney Rumford



Citation : 54 Billion Page Views Per Month (Facebook : 54 milliards de pages vue par mois !!!) (j'ose pas comparer avec Adscriptor...)

Big Brands & Facebook: Demographics, Case Studies & Best Practices”, par Charlene Li Vice President & Principal Analyst Forrester



Citation (diapo 16) : Theme Facebook marketing requires communicating, not advertising (le marketing sur Facebook, c'est de la com, pas de la pub) (si quelqu'un peut m'expliquer les subtilités du message, je suis tout-ouïe...)

Quelques-unes des transcriptions : Opening Up the Social Graph, les interventions de Slide et Rockyou (voir également, sur Rockyou...), Danny Sullivan, Dave Morin, Tim O'Reilly (dont l'étude sur la longue traîne de Facebook est analysée par Didier Durand ici et ), App Design: Elements of Style, Platform, Apps, Metrics, etc.

Plus l'intervention de Tim O'Reilly en vidéo :



Vous pouvez également suivre l'actu sur Google ou Techmeme... C'est en anglais, bien sûr, mais personne n'est parfait. :-)

Impossible donc, face à tout ce matériel et vu mon manque de temps chronique, de vous proposer une analyse détaillée, mais tôt ou tard j'aurai l'occasion d'y revenir. Quoi qu'il en soit, force est de constater qu'aujourd'hui Facebook est un élément moteur dans le paysage Web mondial, dont il faut bien tenir compte, qu'on aime ou qu'on n'aime pas. [Début]


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lundi 8 octobre 2007

Facebook


STATS RÉCENTES (février 2010)



* * *

Par les temps qui courent, le nom se suffit à lui-même : 150 millions de résultats sur Google, + 45 millions d'utilisateurs actifs en ce début octobre, un taux de progression de 422% (!), une capitalisation évaluée multipliée par +10 en 1 an (de 1 milliard de $ par Yahoo fin 2006 à 10 milliards de $ par Microsoft en 2007, voire plus...), une cinquantaine de nouvelles applications créées chaque jour, Facebook (terme anglais pour trombinoscope) est le phénomène du moment.

D'où une série de trois billets pour tenter d'analyser à ma manière sa réussite présente et son évolution possible (le décalogue était juste un hors d'œuvre).

L'articulation des deux premiers billets est déjà établie :

Facebook - I

I. La nouveauté de Facebook : la traçabilité

II. Facebook : ouvrons le graphe social ?

[MàJ - 10 oct. 2007]

Facebook - II

III. Grapher les modèles sociaux

IV. Graphing social patterns

* * *
Facebook - III

V. La valeur de Facebook


* * *

Facebook - I

I. La nouveauté de Facebook : la traçabilité

Facebook est une rupture dans les réseaux sociaux pour une raison simple : il permet de suivre à la trace ses "amis" : qui ils fréquentent, à quels groupes ils adhèrent, quelles applications ils installent, ce qu'ils font, où, quand, comment, etc. Dans un "flux" continu, sorte de par-chemin à suivre qui déroule le palimptexte des actions...

Cette double fonctionnalité, nommée Mini- et News Feeds, installée sur le site à la fin de l'été 2006, a immédiatement suscité une forte hostilité de la part du premier public de Facebook : les étudiants. Le groupe Students against Facebook News Feed (Official Petition to Facebook) compte aujourd'hui 246 301 membres :



Danah Boyd, qui suit les réseaux sociaux depuis plusieurs années, retrace l'histoire. L'opposition fut tellement virulente que le 8 septembre, Zuckerberg déclarait dans une lettre ouverte avoir modifié amélioré les critères de contrôle sur la confidentialité des données personnelles.

Ceci dit, un an plus tard, c'est justement cette fonctionnalité qui est en rupture avec ce qui se faisait jusqu'alors et qui décrète toute la nouveauté de Facebook. D'autant plus que si les gens s'inscrivent aujourd'hui, c'est essentiellement parce qu'ils sont en quête de visibilité, voire de reconnaissance, et non pas le contraire. Si quelqu'un que je ne connais pas me demande qu'on soit "amis" (seul ce terme me dérange car il ne correspond à rien, aujourd'hui ça n'a plus aucun sens de parler d' "amis"), je regarde un peu ce qu'il fait sur le Web, et si ce qu'il fait ou dit me plaît, no problem !

C'est d'ailleurs en ça que réside une partie de la « mission » de Facebook : un réseau social qui connecte les gens les uns aux autres (Facebook is a social utility that connects you with the people around you).

Pour une répartition des actions sur Facebook au mois d'août, voir l'analyse de Compete :



Une nouvelle forme de recommandation implicite, donc, dont l'efficacité peut être proportionnelle au degré de confiance que vous accordez à ces "amis", qui sont en réalité de simples relations, des connaissances virtuelles avec des degrés d'affinité variables. Et si dans « la vraie vie » ça débouche parfois sur des rencontres, peut-être même sur de véritables amitiés, pourquoi pas !? L'amitié n'est pas un sentiment qu'on limite a priori, sans parler du reste...

Donc traverse-t-on une évolution de la liste d'amis vers le média social en trois générations ?

1. première génération : les "friend lists", des réseaux "à plat", bi-directionnels, sans relief.

2. seconde génération : les réseaux sociaux proprement dit, en relief, plus "épais" (relations transversales entre "amis" et non simplement "linéaires")

3. troisième génération (celle de Facebook) : les "médias sociaux" : de la mise en relation + de la mise en partage via différents médias.
© Fabernovel, diapo 25 (voir PDF), traduction Olivier Ertzscheid.

Ce que David Sacks analyse autrement dans les nouveaux portails, en passant de la navigation avec Yahoo à la recherche avec Google, pour aller vers le partage selon Facebook :



Mais le partage de quoi ? D'un réseau ? D'une plateforme ? D'informations ? De la confiance entre les membres ?

Selon Francis Pisani, la véritable recette de Facebook « n’est ni la plateforme prise isolément (...), ni le réseau social mais le couplage plateforme-graphe social. » :
C’est la capacité de multiplier l’un par l’autre et de compter sur développeurs et usagers pour faire l’essentiel du travail.

Les usagers y trouvent une intégration séduisante entre beaucoup d’applications qui leur plaisent et beaucoup de relations plus ou moins proches. Les développeurs ont d’autant plus intérêt à créer des applications pour cette plateforme qu’ils n’ont plus à se préoccuper de la création du réseau social dont ils ont besoin pour bien fonctionner.
“Graphe social”, « outil pour voir les relations entre les gens », “Social Graal Graph”, le terme est lancé, et on n'a pas fini d'en parler ! [Début]

* * *
II. Facebook : ouvrons le graphe social ?

Mais d'abord qu'est-ce que le “graphe social” ? En vidéo (et en anglais)...



Par écrit et en français, chez Christophe Ducamp, ce sera peut-être plus simple (traduction de Thoughts on the Social Graph).

Concrètement, sur Facebook, ça se traduit par une application connue sous le nom de "roue des amis", friendwheel, qui présente graphiquement les connexions avec "mes amis" et celles "des amis de mes amis" (qui ne sont pas forcément "mes amis", mais ça c'est une autre histoire...). C'est joli, c'est coloré, ça ressort bien, etc.

On peut même la rafraîchir chaque fois qu'on hérite d'un nouvel ami :-)



Voici la mienne, aujourd'hui :


De mon cercle d'amis (restreint, il est vrai), on peut voir de suite qui a des relations avec qui. Et plus on a d'amis, plus la pelote s'étoffe !



Mais ça c'est la perception visuelle, immédiate. Maintenant, il faudrait peut-être voir ce qu'il y a derrière, et tenter d'analyser plus en profondeur ce que cache la notion de "graphe social", si l'on ne veut pas se retrouver par « finir au milieu de nulle part » (to end up in the middle of nowhere). [Début]

* * *
D'abord repris par Mark Zuckerberg lors de sa présentation du 24 mai 2007, jour de l'ouverture de la plateforme Facebook aux applis tierces (“Until now, social networks have been closed platforms. Today, we’re going to end that...”), le concept fait florès depuis. Il faut dire que l'intuition de Zuckerberg est géniale, visionnaire à l'échelle d'Internet :
“With this evolution of Facebook Platform, any developer worldwide can build full social applications on top of the social graph, inside of Facebook.”

(...)

Mass Distribution through the “social graph,” the network of real connections through which people communicate and share information. (...)

“The social graph is the changing the way the world works.” “We are at a time in history when more information is available and people are more connected than they ever have been before, and the social graph is at the center of that.”

“The social graph is our base, and we’ve built a framework that is completely optimized for developing social applications within our environment.” “We believe that there is more value for everyone in letting other people develop applications on top of the base we’ve built than we could ever possibly provide on our own.”
Tout y est dans ce communiqué de presse. Y compris l'intégration profonde au sein même du site et l'invention d'un nouveau langage de balisage, le Facebook Markup, couplé aux API maison, qui inclut, en vrac : un tagage dynamique des informations, les tags sur le respect conditionnel des droits à la confidentialité des données, le cache des images et le Flash. Communiqué à lire et à relire pour mieux comprendre la suite...

Mais l'intégralité du discours est encore plus intéressante à écouter (en anglais) :



Dans lequel Zuckerberg attaque par cette déclaration d'intention :
Today, together, we're going to start a movement,...

Aujourd'hui, ensemble, nous allons créer un mouvement...
Une déclaration forte, un poil mégalo, certes, mais force est de constater qu'elle est clairvoyante, puisque c'est très exactement ce qui s'est passé, qui continue, et qui n'a pas l'air prêt de se terminer...

Je disais donc que Zuckerberg a repris à son compte le concept de graphe social, mais qu'il ne l'a pas lancé. Sans aller jusqu'à dire que c'est du réchauffé, c'est pourtant loin d'être nouveau.

J'en ai profité pour tester la fameuse ligne du temps de Google (il suffit d'ajouter la syntaxe view:timeline à la requête) et voir depuis quand le buzz enflait autour du “social graph”, et pour une fois, contrairement à son habitude, j'ai pris Google en défaut !



Où l'on voit bien que le buzz a explosé au cours du dernier trimestre, alors qu'on ne trouve presque rien avant.

Et pourtant ! J'ai retrouvé beaucoup de documents antérieurs à 2007, en remontant même jusqu'en 2003. Leur étude est pleine d'enseignements.

Dans une étude récente, intitulée Evolutionary games on graphs, menée par György Szabó et Gábor Fáth, nous trouvons cette représentation des graphes sociaux :



Dont la structure évoque clairement celle des deux roues colorées ci-dessus. Et les chercheurs de nous présenter dans le détail les modes de connexion ou les différences entre les "social graphs" et les "scale-free graphs".

Or dans une étude publiée en 2003, Biens informationnels et communautés médiatées, Michel Gensollen nous expliquait que le Web, qui ne se caractérisait pas par une communauté d'URL, était un "graphe fractal" (scale free), où il était « possible de rencontrer des hubs de très grande taille (les portails) », alors que le "graphe social" était « un graphe formé de clusters, reliés par quelques liens longs (d'où un diamètre relativement faible : small world).

Et de fait, la recherche "social graph" + "small+world" nous retourne un grand nombre de résultats dont beaucoup sont largement antérieurs au buzz de ces derniers mois.

Où l'on apprend que le "small world", ou "petit monde" :
est l'hypothèse que chacun puisse être relié à n'importe quel autre individu par une courte chaîne de relations sociales. Ce concept donna naissance, après l'expérience du petit monde, conduite en 1967 par le psycho-sociologue Stanley Milgram, au concept de « six degrés de séparation ». Celui-ci suggère que deux personnes, choisies au hasard parmi les citoyens US, sont reliées en moyenne par une chaîne de six relations. Par contre, après plus de trente ans, le statut de cette idée comme description de réseaux sociaux hétérogènes reste une question ouverte. Des études sont encore menées actuellement sur le "petit monde"...
Fascinant. Or ce qui est vraiment significatif dans cette histoire, c'est que les scientifiques nous disent très exactement le contraire du concept marketing sciemment véhiculé par Zuckerberg. À savoir :
  • que Facebook, vu sa taille, serait plutôt un "graphe fractal"
  • que la notion de "graphe social", limitée par essence, va à l'encontre du théorème du fondateur de Facebook, ainsi traduit par Francis Pisani :
    C’est l’ensemble des relations de toutes les personnes dans le monde. Il y en a un seul et il comprend tout le monde. Personne ne le possède. Ce que nous essayons de faire c’est de le modéliser, de représenter exactement le monde réel en en dressant la carte.
Donc entre le graphe social "petit monde" et le "social graph" à la sauce Facebook, pour avoir des lumières, il nous faudra suivre attentivement ce qui se dira à la conférence Graphing Social Patterns qui se tient au cœur de la Silicon Valley ... aujourd'hui et demain ! Les premiers retours arrivent déjà.

En attendant, ce sera tout pour l'instant. Pour conclure, disons que, personnellement, comme Olivier, je suis présent sur Facebook « juste pour savoir de quoi je cause quand j'en cause, et j'avoue ne pas encore y avoir trouvé "mon" intérêt ».


Mais ça pourrait bien venir... [Début]

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Facebook: the Decalog!

Facebook: the Decalog!

French version / Version française

55 suggestions about Facebook, sometimes it can helps...

1. Just one recommendation for Facebook

Be on it (if I had to summarize...)

* * *

2. Two steps to follow for Facebook:
  1. Allow third parties to build apps that allow users to define the categories of friends
  2. Let’s come up with a better word than “friend”, not anymore fitting in what is Facebook today
* * *

3. Three main categories of ad networks operating on Facebook:
  1. app factories that cross-promote applications
  2. cross-promotion networks allowing publishers to pay to promote apps (or get paid to promote other apps)
  3. companies enabling off-Facebook advertisers to reach Facebook users
* * *

4. Four ways to make money:
  1. Sell ads
  2. Attract sponsors
  3. Sell services
  4. Sell products
* * *

5. Five criteria to choose which Facebook Apps to invest in:
  1. simple
  2. social
  3. universal
  4. viral
  5. gather user data
* * *

6. Six other criteria to recommend for building a killer App on Facebook:
  1. For maximum virality: refine the concept/subject first
  2. Have a great interface
  3. Find a sustainable business model too
  4. Test / Learn / Keep track of what’s possible – Test / Learn / Keep track of what’s possible, …
  5. Run multiple apps and be able to cross promote (You can get the first 5,000 users by cross promoting and figure out if your app sucks in the first 2 weeks, not 9 months like on the web!)
  6. Understand the niche that you play in for targeting the good people
* * *

7. Seven Steps to Graphing Social Patterns on Facebook:
  1. Set Up Your Graph
  2. Make Connections
  3. The Need for Feed
  4. Share Your Content: Tag Your Stories & Media…

  5. App to the Future
  6. Pay to Play: see the point 3 above
  7. Show Me The Bunny: Gifts, Points, & Virtual Currency
* * *

8. Eight Companies Selling Ads on Facebook: a Tempting but Risky Business:
  1. Lookery
  2. fbExchange
  3. Cubics
  4. Social Media
  5. Appfuel
  6. RockYou
  7. Slide
  8. VideoEgg
* * *

9. Nine Reasons You Should Be Using and Watching Facebook:
  • Six impressive reasons as a user:
    1. A uniform design
    2. Tagging rules
    3. Easy blog imports
    4. Non obnoxious advertising
    5. Photo storing capabilities that rivals Flickr pro accounts
    6. Better privacy
  • Three impressive reasons from an Internet marketing perspective:
    1. Facebook is gaining ground at an impressive speed. It should be interesting to watch it and see if it can narrow the gap (with MySpace) over the next year:

    2. The new relationship with Jobster is a smart one
    3. Facebook is showing very small signs that they may be on to understanding what most social networking sites have failed at miserably up to this point: monetization beyond big partnerships
* * *

10. Top 10 Facebook Apps for Robert Scoble and Techcrunch:
  1. iLike
  2. Graffiti
  3. Where I’ve Been
  4. Zoho Online Office
  5. Fantasy Stock Exchange
  6. Flickr Photos
  7. Honesty Box
  8. Box.net files
  9. Superpoke
  10. Friend match
* * *

Now, if you've got other suggestions, pros and cons, let me know in comments, I'll link to your post...


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dimanche 7 octobre 2007

Facebook : le décalogue !

Facebook : le décalogue !

English version / Version anglaise

55 conseils en faveur d'une présence sur Facebook, ça peut toujours servir...

1 seul conseil pour Facebook

Y être (s'il fallait résumer...)

* * *

2 changements indispensables pour Facebook :
  1. Développer des applis pour permettre aux utilisateurs de définir leurs propres catégories d' "amis"
  2. Trouver un meilleur mot que le terme "amis", qui n'est plus adapté à la réalité de Facebook aujourd'hui
* * *

3 catégories principales de réseaux publicitaires sur Facebook :
  1. Les développeurs d'applis : conception et promotion croisée de leurs propres applis
  2. Les réseaux de promotion : payer pour promouvoir ses applis ou être payés pour promouvoir celles des autres
  3. Les régies : faire se rencontrer l'offre et la demande, les annonceurs et les utilisateurs
* * *

4 façon de faire de l'argent avec les applis :
  1. Vendre de la pub
  2. Attirer les sponsors
  3. Vendre des services
  4. Vendre des produits
* * *

5 critères indispensables pour développer une bonne appli :
  1. Simple
  2. Social
  3. Universel
  4. Viral
  5. Collecter les données utilisateur
* * *

6 autres critères indispensables pour développer une bonne appli :
  1. Pour obtenir un viralité maxi : affiner le plus possibile le concept en amont
  2. Créer une excellente interface
  3. Inventer un modèle économique viable
  4. Tester / adapter / garder des traces – Tester / adapter / garder des traces (courriels, stats comparatives, etc)…
  5. Faire touner plusieurs applis en même temps pour choisir les meilleures (sur le Web il faut 9 mois pour comprendre si vous avez réussi, sur Facebook 2 semaines !)
  6. Bien appréhender la niche que l'on veut occuper pour cibler le bon public
* * *

7 étapes pour grapher votre stratégie Facebook :
  1. Créez votre graphe
  2. Créez vos connexions
  3. Suivez vos flux
  4. Partagez votre contenu : distribuez vos histoires, vos médias, taguez…

  5. Pariez sur les applis, c'est l'avenir : Plateforme Facebook, API & Applications
  6. Investissez sur la pub en aidant à sa diffusion : voir le point 3 ci-dessus
  7. Faites sortir le lapin du chapeau: cadeaux, points, devise virtuelle
* * *

8 sociétés "à risque" impliquées dans la pub et les widgets sur Facebook :
  1. Lookery
  2. fbExchange
  3. Cubics
  4. Social Media
  5. Appfuel
  6. RockYou
  7. Slide
  8. VideoEgg
* * *

9 raisons pour lesquelles vous devriez utiliser et suivre de près Facebook :
  • 6 raisons en tant qu'utilisateurs :
    1. Une conception graphique sobre et uniforme
    2. Des règles claires pour taguer
    3. Une importation facile du flux de votre blog
    4. Une publicité discrète, pas de présence envahissante
    5. Des capacités de stockage des photos dignes d'un compte pro sur Flickr
    6. Un meilleur respect de la vie privée et de la confidentialité des données, non accessibles en dehors de Facebook
  • 3 raisons en tant qu'observateurs du Web marketing :
    1. Le taux de progression impressionnant de Facebook, avec un retard sur MySpace qui se resserre sensiblement au fil des mois :

    2. L'alliance nouée avec un partenaire emploi, Jobster, est une alliance intelligente
    3. Facebook semble mieux se positionner là ou d'autres réseaux sociaux ont lamentablement échoué, en donnant quelques signes d'avoir compris que la rentabilisation de ses actifs (essentiellement la masse d'informations collectées via les profils utilisateur) passe par de gros partenariats
* * *

10 applications Facebook au top selon Robert Scoble et Techcrunch :
  1. iLike
  2. Graffiti
  3. Where I’ve Been
  4. Zoho Online Office
  5. Fantasy Stock Exchange
  6. Flickr Photos
  7. Honesty Box
  8. Box.net files
  9. Superpoke
  10. Friend match
* * *

Maintenant, si vous avez un 56ème conseil, ajoutez-le en commentaire, on allongera la liste !

Et si vous souhaitez dresser un liste équivalente d'arguments "contre", signalez-le moi, je vous mettrai volontiers un lien...


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