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vendredi 12 octobre 2007

La valeur de Facebook

Cf. La "vraie" valeur de Facebook

Facebook - I
I. La nouveauté de Facebook : la traçabilité
II. Facebook : ouvrons le graphe social ?

Facebook - II
III. Grapher les modèles sociaux
IV. Graphing social patterns

Facebook - III
V. La valeur de Facebook

* * *

Vous l’aviez compris en lisant Facebook I et II, tout le grand chambardement auquel on assiste autour du « graphe social » n’a pour but que de booster la valeur marchande de Facebook, qui est tout le contraire d’une plateforme ouverte, laissant l’utilisateur encore trop captif, dixit Hubert Guillaud.

Comme le répète l’ami Zuckerberg :
With this evolution of Facebook Platform, any developer worldwide can build full social applications on top of the social graph, inside of Facebook.

 Grâce à cette évolution de notre plateforme, les développeurs du monde entier peuvent désormais ajouter au graphe social une couche d’applications 100% sociales, à l’intérieur de Facebook.
Une ouverture toute relative, donc. Unilatérale. Mais permettant à Facebook d’avoir une armée de plus de 90 000 développeurs qui bossent gratuitement pour le site et génèrent des milliers d’outils et d’applis pour les utilisateurs ET la plateforme : pourquoi la plateforme, me direz-vous ? simplement parce que ça permet à Facebook, sans rien dépenser, de savoir immédiatement quels types d’applications sont les plus populaires, dans quels domaines, auprès de quels publics, etc.

Des informations que des centaines de milliers d’autres sociétés paient à prix d’or pour avoir des études de marché qui vont leur dire les mêmes choses, et encore, ces études restent-elles très souvent théoriques, pleines de statistiques plus ou moins fiables.

Alors qu’avec Facebook, ça se passe sur le terrain, tout est mesurable à l’unité près ! Avec en outre la collecte d’une masse considérable de données précieuses, auxquelles seule la société a accès : au-delà du nombre des installations, des utilisateurs actifs et autres broutilles, les développeurs d’applis ne captent aucune des données utilisateur, qui toutes finissent dans la BdD de Facebook : les infos sur les connexions et les relations entre les personnes, sur leurs goûts, leur mode de communiquer, etc.

Le voilà, le « graphe social » selon Zuckerberg, un énorme référentiel, un inventaire d’une incroyable valeur ajoutée, exploitable à volonté pour le marketing comportemental, le profilage utilisateur, etc., qui confère une position de force à Facebook dans un secteur actuellement dominé par GYM & co…

Maintenant, comment la société va-t-elle « monétiser » un tel atout ? Ça reste à voir. Introduction en bourse, rachat, capital-risque, prise de participation (même Yahoo serait sur les rangs), l’éventail des possibles est très large et Zuckerberg n’a qu’à claquer des doigts pour voir affluer les offres et les fonds.

D’autant que la croissance semble inarrêtable, elle a plus que doublé en moins de 6 mois alors qu’elle était déjà énorme, avec 100 000 nouveaux utilisateurs par jour fin mai 2007.

Aujourd’hui :
  • +225 000 nouveaux utilisateurs/jour fin mai 2007
  • +1,5 million de nouveaux utilisateurs par semaine (ou +6 millions par mois)
  • +60 milliards de pages vues par mois !!! (40 en mai 2007)
  • +1500 pages vues par utilisateur chaque mois en moyenne
  • Facebook est le 6ème site le plus visité sur le Web !
Entre parenthèses, en parlant de « statistiques plus ou moins fiables », comparer ces chiffres avec la baisse du trafic de Facebook signalée par comScore et Compete. Qui a tort, qui a raison ? Explications...

Ceci dit, vous pensez bien qu’avec une telle carte de visite, Zuckerberg n’a que l’embarras du choix. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi l’évaluation du site atteint des sommets. Lire également l’analyse de Christian Jegourel.

D'ailleurs en ce moment, Outre-Atlantique, les prévisions sont à la hausse ! De 10 on est passé à 15 milliards $, et certains d'évoquer le seuil de 100 milliards...

Avec les arguments suivants : l'évaluation d'une société est définie uniquement par l'accord finalisé entre l'acheteur et le vendeur (Valuation is simply defined as what a willing buyer and willing seller will agree to). Et d'ajouter : vu que Mark Zuckerberg ne vendrait probablement pas Facebook à moins de 100 milliards $, cela veut dire que l'évaluation de Facebook est dans ces eaux-là (And since, Mark Zuckerberg probably wouldn’t sell Facebook for less than $100 billion, that pretty much sets the valuation for the entire company at or near this figure).

Des affirmations fortement contredites par Jason Calacanis, même si, là encore, il est probable que la vérité est quelque part à mi-chemin (The truth is probably somewhere in the middle). Car en la matière, je trouve que le rachat par Google de Youtube (une société qui n'était pas vraiment une affaire, Calacanis dixit !), est riche d'enseignements : c'était il y a un an à peine, depuis la valeur de son action a augmenté d'un tiers (de 400 à 600 $), et Google a pris près de 50 milliards de capitalisation en plus, ce qui la place devant des poids lourds comme Wal-Mart, IBM, Apple ou Coca-Cola !

Flashback...

Donc tout dépendra de la volonté et des capacités de négocier de Zuckerberg, dont le mix de clairvoyance, de chance et d'audace a prouvé jusqu'à présent que la valeur n'attend pas le nombre des années.

Et dans ce contexte, la rentabilisation des applications et autres widgets sur la plateforme telle qu’elle est conçue aujourd’hui semblerait secondaire, tellement cela pourra dépendre des accords/alliances à venir. Voilà pourquoi je pense que la question des modèles économiques liés n’est pas le premier sujet de préoccupation chez Facebook.

Même si dans ce domaine ils font comme tout le monde : ils cherchent !

* * *
En conclusion, provisoire, je dirais qu'aujourd'hui la véritable valeur de Facebook réside en ceci :
En montrant les pouvoirs de la traçabilité sur le site-portail et la courbe de progression exponentielle de cette fonction, « qui collecte vos actions et celles de vos amis sur la plate-forme, ce “feed” comme ils l’appellent, qui nourrit et se nourrit de votre réseau relationnel », qui « conduit la viralité du réseau » et « vous informe de ce qu’il s’y passe » (Cf. Hubert Guillaud), Facebook a ouvert une voie qui va devenir une des dorsales du Web, un courant porteur, un flot ininterrompu de nouveautés sur lequel viendront se greffer toutes les applis que vous voulez et autres, tout reste à inventer…
Ce que j’appelle l’effet Facebook, une mise en flux virale qui est à Facebook ce que le PageRank fut à Google ! L’élément central et décisif de son ascension. Même Tim O’Reilly pense comme moi, c’est vous dire :
Need to think of social networking as an operating system... we are just at the beginning of building out this platform. This is like page rank in 1998. We are at the beginning of a revolution.
Social Operating System”, S.O.S., le terme est lancé, il n'est pas nouveau, mais les résultats des moteurs sont probablement destinés à exploser dans les semaines qui viennent...

Et comment traduire Social Operating System en français ? Si vous avez des idées. Système d'exploitation social n'est pas du tout satisfaisant, je vais y penser en m'aidant des réflexions d'Olivier Ertzscheid.

Pour autant, je parie que si le site/réseau ne s’ouvre pas davantage qu’il ne l’est actuellement, Facebook pourrait bien perdre son positionnement de leader pour laisser la place à de plus audacieux qui se bousculent au portillon, et pas des moindres : Hi5, LinkedIn, Google, bien sûr, sans oublier MySpace (tôt ou tard), qui ont tous décidé d’ouvrir davantage leurs réseaux sociaux. Et d’autres encore qui vont monter en puissance et dont on ne sait rien ou si peu aujourd’hui, mais qui pourraient, ou devraient (comme eBay) le faire. Quand et comment ? J'en sais rien, je suis pas devin. Mais l’avenir nous renseignera, et je gage très bientôt ! Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui manquent :







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P.S. Une fois encore, l'actualité m'a obligé à modifier l'ordre initial, qui prévoyait pour Facebook III :

V. Facebook et modèles économiques
VI. Non, Facebook n'est pas le prochain Google !
VII. Conclusion (provisoire)


J'y reviendrai, mais pour l'heure je pense que l'ex-point V. va dépendre largement des orientations économiques et stratégiques que décidera Mark Zuckerberg à court terme, et de l'évolution de la situation qui s'en suivra. Voilà pourquoi il m'a semblé plus urgent d'affronter la question de la valeur intrinsèque de Facebook.

Quant au point VI., mieux vaut remettre la discussion après le 5 novembre. Après la bataille hypercompétitive avec Microsoft, voici donc un autre front qui s'ouvre pour Google. À moins que ce ne soit le même. Dans une guerre de toute façon sans gagnant ni perdant. Et sans fin...

En attendant, je vous laisse méditer :


Et pour celles et ceux qui en entendraient parler pour la première fois, s'il y en a, je vous conseille de lire cette approche au phénomène Facebook, claire et pédagogique. Pour les autres...

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