On a bien vu durant les 21 mois de sa campagne que Barack Obama était un digital native, et ça se confirme ! Il vient tout juste d'être élu que deux nouveaux sites sont en ligne, qui expriment mieux que mille discours la rupture avec ce qui a précédé : Change has come !
À noter qu'en cliquant sur chacun des liens, un carré en haut à droite propose aux gens de soumettre leurs idées :
En suivant le lien on arrive sur une page formulaire où l'on peut commenter et choisir le ou les sujets souhaités, y compris n'importe quel thème qui ne serait pas initialement listé :
Un blog avec les premiers billets est déjà en ligne (flux), et même s'il n'est pas possible de commenter, deux espaces sont à la disposition des gens pour qu'ils y expriment leur histoire et/ou leur vision !
Avec la possibilité sur chaque formulaire de commenter, de charger une photo et un fichier !
Puis en bas à droite, vous trouvez la "Transition Directory" :
Chose étonnante, Obama a choisi d'en diffuser la vidéo directement sur un nouveau compte YouTube créé le 5 novembre. Un choix technique qui tranche avec les sites gouvernementaux du monde entier, y compris celui de la Maison-Blanche. La «PR-TV» du site web de l'Elysée propose ainsi des vidéos sous un format qui ne permet pas à aux internautes de les reprendre sur leurs blogs. Obama semble avoir tiré les leçons de la «viralité», ce mystère qui fait se multiplier les vidéos de ses interventions de blogs en blogs.
L'une des premières actions de Barack Obama consiste à nommer un conseil des sages de 17 membres qui comprend Eric Schmidt et Warren Buffett, entre autres, pour réfléchir à la situation économique d'ici à sa prise de pouvoir le 20 janvier.
Ce comité aura la tâche de plancher sur la mise en œuvre d'un ensemble de politiques fortes pour affronter la crise économique (developing a strong set of policies to respond to the economic crisis).
J'avais déjà évoqué la possibilité qu'il s'entoure de Vinton Cerf pour son programme technologique, donc apparemment Obama est bien décidé à faire appel à des équipes d'exception pour l'aider à y voir plus clair. Voir aussi les membres possibles de son gouvernement.
Que l'Etat redirige vers un parking, voilà qui est comique (quoique...), puisqu'il ne semble pas que le site ait changé de propriétaire depuis le début :
Maintenu chez Domaine.fr, le nom du déposant est confidentiel, mais la date initiale d'enregistrement du 18 janvier 2006 correspond bien à l'époque d'ouverture du site. Probable qu'ils veulent tenter de monétiser (prix fixé à 3 200 euros selon certaines sources)...
Donc, s'ils veulent rentrer dans leurs dépenses, ça risque d'être coton, vu le lancement à - TRÈS - grands frais par le gouvernement de l'époque (premier ministre, Dominique de Villepin) :
J’ai souhaité ouvrir un véritable débat de société sur la propriété littéraire et artistique, l’économie de la culture, la culture elle-même.
J’ai voulu, avec le lancement de ce site, permettre le dialogue le plus concret le débat le plus large, en offrant à chacun un espace de discussion.
Ce site doit être un outil d’intérêt général, un outil de démocratie participative.
Très concrètement, comme vous allez pouvoir le découvrir dans la présentation qui va suivre, des témoignages, que je souhaite les plus nombreux possibles, d’artistes et de professionnels seront quotidiennement mis en ligne.
Tous les métiers de la création pourront s’exprimer, ceux qui sont en coulisse, ceux que l’on ne voit pas, réalisateurs, ingénieurs du son, éclairagistes, techniciens…
Chacun pourra réagir librement, la discussion aura lieu sur les forums, de nombreux « chats » seront organisés, et j’espère pouvoir y participer.
Ce site n’est pas un espace de propagande. Il est libre et n’est au service d’aucun intérêt particulier ou corporatiste.
C’est le premier site réellement pluraliste sur le sujet du téléchargement. Il n’a pas d’autre but que d’amener artistes, créateurs et internautes à s’entendre sur les modalités du téléchargement de musique et de cinéma.
Les points de vue les plus opposés pourront s’affronter, comme par exemple sur la question de la licence globale comme vous allez le constater lors d’une courte démonstration.
La transparence sera le maître mot de ce site.
Enfin, parce que la création naît de l’échange, le site proposera aux artistes qui le souhaitent de profiter de la fréquentation et de la médiatisation du site pour faire découvrir leurs créations. Un espace gratuit de téléchargement sera mise à disposition car Internet est un tremplin, un révélateur de talents, c’est une étape dans le parcours des œuvres et des artistes.
Ce site ambitieux met en valeur l’importance du débat dans notre démocratie, dans notre République, qui doivent demeurer fidèles à leurs messages et à leurs principes, dans l’ère numérique dans lequel nous nous trouvons désormais.
« J'ai souhaité..., j'ai voulu... », ce qu'on appelle l'action gouvernementale... Efficace et respectueuse de l'argent du contribuable. ;-)
Fort justement, Nicolas Sarkozy Vanbremeersch se déclare « atterré par cette affaire » : il y a de quoi ! Car si vous ajoutez aux centaines de milliers d'euros dépensés pour tout ce battage, plus tout le reste que nous ignorons, la modique somme de 180 000 € (cent quatre-vingt mille euros) généreusement versée à Publicis (qui a d'ailleurs fort bien défendu sa cause...) pour développer un blog sous Dotclear, autrement dit une solution libre et gratuite accessible à tous, ça nous donne rien de moins que le blog le plus cher du monde, surtout rapporté à sa durée de vie sur la toile...
Eolas relevait en son temps que Publicis n'avait pas sécurisé les noms de domaine des sites parasites lestelechargements.info, lestelechargements.fr et lestelechargements.org, ce qui frisait l'incompétence, selon lui, mais aujourd'hui moi je dis merci à lestelechargements.fr, encore en ligne pour témoigner de manière tangible de cette gabegie étatique.
M. Christian Paul. Je terminerai par un autre exemple, monsieur le ministre, qui vous concerne directement et montre que vous n’avez pas écouté le pays, la jeunesse de France et les internautes. Vous avez mis en ligne il y a dix jours, à grands frais pour la République, un blog baptisé « Lestelechargements.com » censé nourrir le débat. J’espère que la Cour des comptes se penchera bientôt sur cet exemple de communication interactive : près de 200 000 euros, mes chers collègues, ont été nécessaires pour ce blog pourtant créé à partir d’un logiciel libre, et donc gratuit – M. Carayon sera sensible, je pense, à cet exemple. J’ai eu l’occasion pour ma part de mettre en ligne un blog avec le même logiciel libre. L’ensemble de l’affaire m’a coûté 50 euros. Il faudra que le ministre s’explique sur les 200 000 euros qu’il a dépensés.
M. Jean-Marie Le Guen. C’est un artiste !
M. Christian Paul. Voilà un bel exemple d’utilisation des fonds publics au service de la démocratie ! On pourrait s’en tenir à la simple condamnation d’un tel gaspillage au moment où le budget du spectacle vivant baisse de 8,5 %...
M. le ministre de la culture et de la communication. Ce n’est pas vrai !
M. Christian Paul. …mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Ce bel exercice de communication avec les Français a tourné au fiasco démocratique, comme tourne au fiasco parlementaire le débat que nous avons en ce moment. Au bout de vingt-quatre heures, il y avait 40 000 connexions sur ce blog, ce qui prouve qu’il a créé le débat, mais 95 % des messages envoyés condamnaient les positions du Gouvernement et le projet de loi.
M. Dominique Richard. C’est du micro-trottoir !
Mme Christine Boutin. Mais non ! Vous n’y connaissez rien !
M. Christian Paul. Que s’est-il donc passé ? On a tout simplement changé la règle du jeu et verrouillé le blog ; le dialogue prévu avec les artistes n’a pas eu lieu. Vous ne pouvez donc pas dire, monsieur le ministre, que vous êtes parvenu à un point d’équilibre.
Quant à comparer les Français, jeunes et moins jeunes, qui pratiquent le téléchargement à des bataillons de sauterelles pillant le patrimoine culturel de notre pays – c’est la parabole douteuse que vous avez mise en ligne –, vous comprendrez que nous ne puissions pas y voir une grande leçon d’écoute et de dialogue démocratique.
Pour toutes ces raisons et parce que le débat est mal engagé, nous avons besoin d’avoir l’assurance que les positions durables qui seront adoptées sur le logiciel libre, l’interopérabilité ou la DRM ne seront pas seulement le fruit des votes disciplinaires de la majorité mais qu’elles se fonderont sur l’existence d’une procédure véritablement contradictoire au Parlement. Nous avons besoin pour cela d’un engagement écrit du Gouvernement – c’est la responsabilité du Premier ministre – qui nous assure d’une seconde lecture à l’Assemblée nationale.
L'argumentation du ministre de la culture et de la communication est particulièrement pertinente : ce n’est pas vrai !
Mais si, c'est vrai, Monsieur le ministre. La preuve ? Cliquez sur le lien. Enfin, espérons que vos successeurs vont monétiser un max chez Sedo. Ça sera toujours ça de gagné sur l'argent des contribuables... Rémy, qu'est-ce que t'en dis ?
Et pour terminer en revenant au titre de mon billet, permettez-moi d'emprunter à M. Christian Paul : « J’espère que la Cour des comptes se penchera bientôt sur cet exemple de communication interactive... »
Nous l'espérons également. Si quelqu'un a des infos là-dessus, merci de bien vouloir nous en faire part en commentaire.
« ouvrir un véritable débat de société sur la propriété littéraire et artistique, l’économie de la culture, la culture elle-même », « permettre le dialogue le plus concret le débat le plus large, en offrant à chacun un espace de discussion », un « outil d’intérêt général, un outil de démocratie participative », un site où « tous les métiers de la création pourront s’exprimer, ceux qui sont en coulisse, ceux que l’on ne voit pas, réalisateurs, ingénieurs du son, éclairagistes, techniciens… », où « chacun pourra réagir librement », où « la discussion aura lieu sur les forums », où « de nombreux « chats » seront organisés », un site « libre », qui ne sera pas « un espace de propagande » ni « au service d’aucun intérêt particulier ou corporatiste », un « site réellement pluraliste », qui n'aura « pas d’autre but que d’amener artistes, créateurs et internautes à s’entendre sur les modalités du téléchargement de musique et de cinéma », où « les points de vue les plus opposés pourront s’affronter, comme par exemple sur la question de la licence globale », où la « transparence sera le maître mot », un site « ambitieux » qui « met en valeur l’importance du débat dans notre démocratie, dans notre République, qui doivent demeurer fidèles à leurs messages et à leurs principes, dans l’ère numérique dans lequel nous nous trouvons désormais. »
Dans laquelle, Monsieur ou Madame le ministre, dans laquelle...
Bon, et bien nous voilà rassérénés, encore de l'argent bien placé (combien ?...), le contribuable n'en doute pas une seconde.
Le contribuable remercie d'ailleurs chaleureusement les politiques d'être résolument orientés Web 2.0. Et top du top, ils ont même leur compte chez Sedo. Donc à quand jaimelesartistes.fr en parking, les paris sont ouverts... Mouarf, mouarf.
Et surtout le contribuable est très reconnaissant que vous continuiez avec autant d'assiduité et de clairvoyance à le prendre pour un con...
tribuable, justement !
Ce n'est plus lestelechargements.com mais lestelechargements.con ! D'ailleurs je ne sais pas quel est le brillant esprit qui crée des noms si joliment inspirés (Jaimelesartistes.fr est pas mal non plus dans son genre), mais je pourrais peut-être vous proposer l'alternative Quensis...
Qui a également le mérite d'avoir ses bureaux juste en face de la Cour des Comptes : ça pourra peut-être servir un jour...
Même si a priori je suis d'accord avec Martin Varsavsky, cela représente quand même une véritable rupture culturelle, dans l'attente de voir s'il s'agira aussi d'une rupture politique, économique et sociale...
N.B. (5h20') Je suis en train d'écouter le discours de McCain qui reconnaît sa défaite, fantastique discours ! Chapeau Monsieur John McCain !!!
[Mises à jour du 4 nov. 2008, à partir de 17h] (il se pourrait qu'il y en ait plusieurs dans les heures à venir...) (si ma connexion ADSL tient le coup, parce qu'en ce moment il y a un gros orage ici :-)
« L'Amérique latine espère trouver un véritable interlocuteur en Obama... »
Titre d'une dépêche de l'AFP qui commence ainsi :
La victoire présidentielle du démocrate américain Barack Obama fait naître l'espoir en Amérique latine de relations apaisées avec le puissant voisin du nord, alors que le sentiment anti-américain s'y est accentué face à l'unilatéralisme de l'administration de George W. Bush.
Lors de sa campagne électorale, Obama avait affiché sa volonté de réviser les relations de son pays avec l'Amérique latine.
Le nouveau maître des États-Unis va en effet se trouver d'emblée confronté à un délicat contexte de tensions qui s'étaient accrues récemment entre l'administration Bush et une Amérique latine aux gouvernements majoritairement de gauche.
La victoire présidentielle du démocrate américain Barack Obama... Le nouveau maître des États-Unis ![Début]
Seul problème, la dépêche a été publiée hier (le Parisien indique à 10h04') :
sur Yahoo News, 10h12'
alors que les élections n'auront lieu que ... demain ! [Début]
Cela n'a pas empêché l'ensemble de la presse institutionnelle de se dépêcher pour reprendre en chœur la nouvelle. Ce qu'on appelle de l'info sourcée, validée et contre-vérifiée !
À croire que leurs journalistes et relecteurs se recoupent mutuellement :-)
Dix-sept ans après sa première publication, ce billet reste étonnamment vivant. Chaque année, au moment d'Halloween, de plus en plus d'internautes le consultent, entre satire et sortilèges ! S'il vous fait encore sourire, ou grincer des dents, laissez-moi vous raconter, en postface, ce que font les enfants le soir d'Halloween...
*
La fête d'Halloween tire son nom de la contraction d'All Hallow E'en, où E'en signifie "evening" (on pourrait également dire All Hallow's Eve sur le même modèle que New Year's Eve, qui est le réveillon du 1er de l'An), c'est-à-dire la veille de la Toussaint (le verbe "hallow" signifie sanctifier, consacrer). Le 31 octobre, donc.
Ce n'est pas une fête "traditionnelle" pour les grands, mais c'est en train de le devenir pour les petits (rendons d'ailleurs à César ce qui appartient à César ;-). Je n'ai pas pris de photos de mon fils aujourd'hui, mais ça valait le coup d'œil...
Comme toujours quand on s'intéresse aux mots et à leur traduction, il est intéressant de voir comment les cultures ont importé la tradition du « Trick or treat ».
Une expression qui a la caractéristique d'associer en anglais deux mots courts, assonants, qui riment presque.
Donc il est évident que l'adaptation de la formule dans une langue doit avoir un peu les mêmes critères. Ce que font l'italien et l'allemand, où il semble y avoir consensus sur la traduction par "Dolcetto o scherzetto" et "Süßes oder Saueres". Par contre, ça se complique en français et en espagnol. [Début]
* * *
Français
En Googlant pour voir les traductions françaises plus courantes, il ne m'a pas semblé en trouver une qui emporte l'adhésion aux dépens des autres. Tout au moins en termes de fréquence. Nous avons ainsi différentes combinaisons, alternant les singuliers ou les pluriels, entre :
Treat :
Bonbon
Gâterie
Confiserie
Friandise
Gourmandise
Trick :
Tour (mauvais tour)
Sort (mauvais sort)
Blague (méchante blague)
Farce
Bêtise
Bobos
Malédiction
Les bonbons ont bien sûr la palme de l'usage, vu que les missions "bonbons" ont un succès bien compréhensible chez les enfants.
- Des bonbons ou une farce
- Des bonbons ou un sort
- Des bonbons ou des tours
- Des bonbons ou des mauvais tours
- Des bonbons ou des bobos
- Des bonbons ou la vie
- Un bonbon ou une malédiction
- Bonbons ou bobos
- Farces ou friandises
- Des friandises ou une méchante blague
- Des confiseries ou on vous jette un sort
- Des friandises ou des bêtises
- Une gourmandise ou une bêtise
J'ai même trouvé "un sort ou une gâterie", sans oublier un pittoresque "file du blé ou j'te pète ta race !"
Mes préférés parmi ceux qui respectent davantage les critères de départ sont « Des friandises ou des bêtises », et, naturellement, « Des bonbons ou des bobos » : dire friandises ou bêtises ?, bonbons ou bobos ?, ce serait même encore plus direct !
C'est d'ailleurs bien plus joli sans articles : farce ou bonbons "sonne" cent fois mieux que "des bonbons ou une farce"...
Il me semble que la plus utilisée soit « treta o trato », qui respecte aussi les caractéristiques de l'anglais, y compris dans l'ordre des termes.
En effet, dans :
- Trick or Treat (anglais)
- Bonbons ou bobos (mon préféré en français)
- Dolcetto o scherzetto (italien)
- Süßes oder Saueres (allemand)
- Treta o trato (espagnol)
nous avons en anglais et en espagnol la composante "négative" (trick) en premier, alors que dans les autres langues c'est le contraire. Ceci dit, pour chaque langue, il est évident que la phonétique joue un rôle primordial dans la disposition des termes. Dans ce sens, le français pourrait également s'adapter en « farce ou bonbons » !
Sans oublier que, dans toutes les langues du monde, ce sont des enfants qui prononcent cette phrase. :-)
Voilà. Si quelque lectrice ou lecteur veut bien compléter cette réflexion linguistique en ajoutant des remarques ou en donnant des exemples dans d'autres langues, les commentaires vous sont ouverts. [Début]
Postface. Ce que font les enfants le soir d'Halloween !
Chaque 31 octobre, veille magique de la
Toussaint,
les rues se parent de citrouilles, de toiles d’araignée et de rires d’enfants :
c’est Halloween, la nuit où les déguisements deviennent sortilèges.
Sur les perrons, des
jack-o’-lanterns
grimaçantes clignotent déjà comme des balises, tandis que les guirlandes de chauves-souris en papier
battent des ailes au moindre souffle.
Déguisements, costumes et maquillage
Les chambres éclairées se transforment en coulisses du tournage à venir pour les héros de fortune.
On ajuste des capes et des chapeaux pointus, on remet droit un bandeau de pirate,
on vérifie des canines en plastique avec un sérieux d’orfèvre,
on trace des moustaches et des cicatrices : l’instant où l’ordinaire bascule dans le jeu.
La citrouille taillée la veille s’illumine : la bougie vacille, l’ombre danse sur les murs,
et soudain tout ressemble à un décor — frisson léger, version sucrée.
La grande tournée des petits ducs
Dehors, la rue devient un joyeux défilé. On marche en grappes serrées, un parent ou deux en escorte discrète.
Les portes qui affichent araignées en papier, guirlandes orange, épouvantails plantés de travers
ou petits cimetières en carton plein de pierres tombales penchées,
sont autant de signaux clairs : on peut frapper.
À intervalles réguliers, la formule rituelle fuse, rarement synchro mais toujours joyeuse :
« Des bonbons ou un sort ! »
Parfois on reçoit un sourire et une poignée de caramels ; parfois un voisin joue la comédie,
lance un « Bouh ! » tonitruant suivi d’un hurlement ravi,
puis cède une grosse poignée de chocolats, traité de paix signé sur du papier brillant.
On compare les butins entre deux maisons. Les plus petits négocient déjà :
deux sucettes contre une barre au chocolat, « parce que moi j’aime pas le citron ».
Les plus grands font semblant d’être blasés mais serrent leur sac comme un trésor.
On croise un zombie qui traîne un pied, une momie emmaillotée trop court,
un loup-garou qui teste son hurlement, et, plus loin, un Spider-Man
qui remonte son masque pour mordre dans un bonbon.
Quelqu’un distribue même des triangles jaune-orange-blanc, curiosités sucrées importées.
Il y a toujours un jardin trop décoré qui fait hésiter. Ce soir, c’est celui-là :
squelette grinçant, main animée sur une table, drap blanc suspendu à la branche d’un arbre.
Dans un coin, un chaudron en plastique fume d’une potion verte de gélifiés ;
un balai appuyé au mur attend la relève. On rit, on crie, on avance quand même, le courage, ça motive.
Au bout de l’allée, trois amis s’arrêtent : l'une, tresses rousses, filet à papillons brandi comme un attrape-fantômes ;
l'autre, vampire rockeur avec guitare en carton, et la troisième, une fée bienveillante au chapeau piqué de plumes.
Ils se regardent, complotent entre signes de tête et mines angoissées.
Les Gardiens des Souvenirs
La rumeur du village prête ses mille secrets à cette maison sur la colline,
aux fenêtres qui brillent comme des yeux. Le portail rouillé gémit quand on le pousse.
Dans le jardin, des citrouilles affaissées et de vraies toiles d’araignée.
La porte s’entrouvre d’elle-même. Un couloir tapissé de papier jauni, des bougies qui tremblent toutes seules,
et, au centre, une table dressée d’une nappe blanche.
Les enfants hésitent, puis s’assoient, parce que parfois la peur ressemble à une invitation.
– Asseyez-vous, voyageurs d’Halloween, murmure une voix douce, venue de nulle part.
Des silhouettes se dessinent : une vieille dame en robe victorienne, un petit garçon en drap de fantôme,
un chat noir aux yeux verts, rien de méchant, juste du folklore.
– Nous sommes les Gardiens des Souvenirs, dit la vieille dame. Ici, on n’effraie pas : on se souvient.
Chaque 31 octobre, on échange. Vous racontez votre Halloween, on vous rend une petite magie.
Le chat saute sur la table, queue en point d’interrogation.
Les enfants racontent leur aventure chocolatée. Ils rient, se coupent, se corrigent,
ajoutent des détails inutiles et donc précieux. Les silhouettes écoutent, sourient, deviennent plus nettes,
comme si chaque détail était une pièce du puzzle qui les ramène.
Dehors, la brume s’est levée et la pleine lune découpe les toits ; même les capes prennent de l’ampleur.
Le village poursuit sa ronde de lumières et de rires.
Puis, de retour dans la rue, tout redevient simple pour le petit trio.
Les sacs pèsent lourd. On redescend la colline, on retombe dans le flot des cliquetis de seaux,
des parades improvisées, des
« trick or treat ! »
polyglottes, des concours de costumes, des chasses aux pommes dans l’eau du jardin des voisins,
labyrinthes hantés tracés à la lumière de poche.
Retour à la maison : le tri du butin et le marchand de sable
Après 20h, on rentre à la maison. Chez soi, l’ultime rituel commence :
on renverse le sac sur la table, on fait des piles
(choco / gélifiés / « à donner aux parents »),
on invente des règles discutables (« un par jour », « sauf le week-end »),
on raconte les meilleurs accueils, les petites frayeurs, les fous rires.
On garde le maquillage jusqu’au brossage des dents, on éteint la citrouille qui fume encore un peu,
on promet que l’an prochain, le costume sera « encore plus incroyable ».
Dans leur chambre, après avoir glissé leur chapeau sous le lit — sait-on jamais, les chapeaux aiment voyager —,
les petits s'endorment, paisibles, la tête bruissant de frissons de papier,
des rires dans la rue, des pas qui craquent sur de vieux parquets délabrés.
La fin de la fête et la promesse de l’an prochain
La nuit peut retomber. Restent sur le trottoir trois confettis de citrouille, un faux croc oublié, une paillette de fée.
Et la sensation très nette qu'en l'espace de quelques heures, le monde s’est prêté au jeu :
il a réglé ses horloges sur l’enfance et laissé les portes s’ouvrir.
La clochette, dit-on, a tinté plus tard, pas d’un son, mais d’un souvenir :
celui d’un courage partagé, tressé d'un ensemble d'amitiés et de craintes enfantines — à plusieurs, on ose —,
d’ombres apprivoisées, d’une poignée de bonbons gagnés à force de « s’il vous plaît ».
Toutes ces années après — Paolo avait 7 ans — les friandises sont toujours là,
autres couleurs, autres formes, autres goûts,
mais les rires et les sorts, eux, traversent le temps et poursuivent leur chemin.
Coïncidence aussi sympa qu'étrange, on ne me demande que très rarement des interviews bloguées, mais cette fois il y en a deux qui sortent le même jour !
L'une sur mes pratiques de veille, et l'autre sur ma pratique du ... chocolat. À vrai dire, je serais bien incapable de me prononcer sur le sujet le plus sérieux !
Coupons la poire en deux et disons que ça va de pair, puisqu'on peut fort bien manger l'un en faisant l'autre. Il est d'ailleurs scientifiquement acquis que le chocolat est bon pour la santé !
Même Jean-Claude Van Damme pense que c'est diététique ... pour son chien :
Global Network Initiative : Google, Yahoo, Microsoft et les autres...
Voici déjà le communiqué officiel de Yahoo! annonçant l'accord de GYM et de diverses organisations de droits de l'homme pour défendre la liberté d'expression au sein de GNI. Pour la version française, cliquer sur l'image.
Toutefois, avec les multiples formes de censure et de surveillance en Chine et dans d'autres pays, je doute que ces mesures n'impressionnent beaucoup les pays concernés, résolus à poursuivre leur répression contre vents et marées.
Pour GYM & Co. la tâche est immense :
I. Respecter le libre choix des internautes, autant au niveau de l'expression que de la recherche : cf. la censure sur les mots clés décidés par Pékin, Google a d'ailleurs fait un pas dans ce sens le mois dernier en "décensurant" le site de Human Rights Watch, mais il reste du chemin à faire comme le savent celles et ceux qui ont déjà installé le plugin Firefox.
II. Le deuxième grand sujet sensible est bien sûr la nécessité absolue de préserver l'anonymat des blogueurs et internautes menacés d'incarcération, voire de mort, par les "autorités" de tous ces pays, lorsqu'elles s'adressent à Google, Yahoo, Microsoft ou d'autres pour obtenir leur identité. Un point sur lequel RSF avait critiqué très vivement Yahoo, fort justement sommée de s'expliquer devant le Congrès américain l'année dernière :
Au moins quatre cyberdissidents sont derrière les barreaux, car Yahoo a fourni des renseignements sur eux à la police chinoise. Nous aimerions connaître jusqu'où Yahoo a suivi les ordres des autorités de Pékin et combien de personnes sont réellement concernées.
Pour autant, Yahoo n'a pas été la seule société à être mise en accusation...
Souhaitons donc de tout cœur que la Global Network Initiative réussira un jour à préserver la liberté de celles et ceux qui bloguent sous d'autres cieux bien plus cruels que les nôtres en risquant la prison ou la vie.