lundi 21 juillet 2008

Microsoft - Yahoo! : accord Yahoo! - Icahn !

Microsoft - Yahoo! : accord Yahoo! - Icahn !

[MàJ - 22 juillet, 22h30'] Bons résultats trimestriels de Yahoo! Les analystes sont plus mitigés, comme à leur habitude :-)

* * *

En vue de limiter les dégâts lors de l'assemblée générale des actionnaires du 1er août, le Conseil d'administration de Yahoo! et Carl Icahn viennent de trouver un accord :

- Huit des membres actuels du Conseil seront rééligibles : Roy Bostock, Ronald Burkle, Eric Hippeau, Vyomesh Joshi, Arthur Kern, Mary Agnes Wilderotter, Gary Wilson et Jerry Yang. Robert Kotick ne se représentera pas.

- Jerry Yang gardera son poste.

- La composition du CdA sera étendue à 11 membres. Carl Icahn sera donc nommé membre et les désignations aux deux sièges restants seront décidées sur recommandation du Comité de Gouvernance et des Nominations, notamment parmi les huit autres membres actuellement proposés par M. Icahn. Les deux candidats probables seraient Mark Cuban et Jonathan Miller, ex Président et CEO d'AOL.

- Carl Icahn, qui détient au total 68 786 320 d'actions, soit 4,98% du capital ordinaire de Yahoo!, ne présentera donc pas d'autres candidatures, ce qui permettra d'éviter la bataille de procuration. Il s'est déclaré très heureux :
I am very pleased that this settlement will allow me to work in partnership with Yahoo!'s Board and management team to help the Company achieve its full potential.
On pourra se demander pourquoi ce choix ? Est-ce le prélude à un futur accord avec Microsoft ? Les grandes manœuvres continuent...


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Meetic

Meetic (et la bourse)

[MàJ - 25 juillet 2008] Résultats 1er semestre 2008 : 63M de C.A., dont 38 (+60%) dépensés en pub...


Citation :
Création du pôle « éditorial et trafic » de MEETIC au travers de VIOO, le site féminin 2.0 de MEETIC, mis en ligne mi-juillet 2008. On rappellera cependant que l’essentiel du surinvestissement marketing sera concentré sur les activités historiques du Groupe. Aucune nouvelle source de revenus ne sera générée par le pôle éditorial sur l’exercice en cours.
Avec un budget publicitaire de presque 210 000 euros/jour, difficile de concurrencer une telle force de frappe marketing !

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Il y a longtemps que je voulais faire un billet sur Meetic, qui est l'un des acteurs incontournables du Web francophone, au même titre que Skyrock et d'autres success stories à la française.

Toutefois je ne vais ni m'étendre sur les débuts de Meetic ni vous détailler comment fonctionne le site de rencontres (tout est ici), mais plutôt choisir une approche différente, à savoir les rapports entre Meetic et la bourse. Qui semblent se détériorer au fur et à mesure que la société progresse, puisque depuis l'introduction en bourse (Octobre 2005), nous avons un CA journalier consolidé pratiquement multiplié par 3 en 3 ans, alors que sur la même période l'action a perdu 1/3 de sa valeur !

Jugez par vous-mêmes :


- CA journalier de 118 000 € en 2005
- CA journalier de 216 000 € en 2006
- CA journalier de 310 000 € en 2007

Idem pour le résultat net, multiplié par 2,5 entre 2005 et 2008, alors que l'évolution historique du cours semble en chute libre :


notamment depuis le début de l'année, au moment même où l'on a un CA journalier de 350 000 € au 31 mars 2008 !!!


Pourtant, d'un prix d'admission et d'émission fixé à 22,30 € par action le 13 octobre 2005 (correspondant au haut de la fourchette vu le succès de l'opération), nous en sommes arrivés à un cours de clôture à 15,22 € en fin de semaine dernière.

J'ai déjà souligné ce qui est selon moi un signe manifeste de démence des analystes financiers, qui sanctionnent à tout-va des résultats faramineux sans qu'on comprenne vraiment pourquoi, sinon l'irréfrénable envie de spéculer à l'infini sur des résultats n'ayant plus aucun rapport avec la réalité d'une gestion opérationnelle au jour le jour, effarouchés par la perspective du moindre changement de business model, un point sur lequel Marc Simoncini s'est empressé de revenir pour rassurer le troupeau :
Je crains de m’être mal exprimé. Certains investisseurs ont pu croire que Meetic allait changer de métier, il n’en est rien ! Nous entendons seulement accroître notre chiffre d’affaires en générant de nouveaux revenus, grâce aux recettes publicitaires et mobiles, et cela en créant de nouveaux sites.
Espérons donc que Meetic ne ratera pas son prochain rendez-vous avec les analystes, prévu le 24 juillet (jeudi soir), pour communiquer son chiffre d’affaires du premier semestre 2008.

Ainsi que le soulignait l'excellent DatingWatch (dommage que les juges soient encore passés par là...) :
comme toute société cotée en bourse, (Meetic) est désormais soumise à de fortes exigences de résultats.
Or malgré quelques interrogations légitimes... les résultats sont excellents. Et le cours est déplorable. Allez y comprendre quelque chose !

Entre-temps, vous pouvez déjà voir un aperçu de VIOO, signe de la nouvelle évolution en cours...

* * *

Je conclurai par cette réflexion du patron, initié au blogging par Loïc Le Meur (qui est d'ailleurs administrateur indépendant de Meetic depuis l'année dernière), sur feu son blog joliment intitulé « On ne regrette que ce que l'on n'a pas fait... » (à peine entré, déjà sorti), dans l'un des seuls billets qu'il ait publiés (6 octobre 2006) :
putain 20 ans !

L'une des questions que l'on me pose très souvent concerne "mes débuts" ... "aviez-vous l'âme d'un entrepreneur ?" "Comment avez-vous eu l'idée" "qui ont été vos modèles" etc etc.

Pourquoi j'ai décidé de monter ma première boîte à 22 ans ? Je n'arrive jamais à répondre précisément ... L'envie ? Le besoin ? L’inconscience ?

Je viens d'être invité à un colloque "les stars Internet de demain", mon intervention portait sur "2O ans d'entreprenariat", ce fut l’occasion de prendre conscience qu’effectivement, cela faisait bien 20 ans que je dirigeait des entreprises (pendant 15 ans vu le volume d’activité elle n’ont eu d’entreprises que le nom, le terme d’épicerie conviendrait mieux !)

Cela m’a donné l’occasion de me pencher sur ces 20 dernières années, de prendre conscience du chemin parcouru de mon bac à ma première société, d’iFrance à Meetic, de me souvenir des milliers de problèmes que j’ai dû affronter en 20 ans aux millions de hasards heureux qui m’ont permis de réussir 2 ou 3 trucs, des gens formidables qui m’ont aidé ou accablé, des calamiteux que j’ai croisé, de tous ceux avec qui je n’ai pas été corrects (qu’ils m’en excusent, sincèrement), de ceux qui m’ont aidé, de ceux que j’ai oublié et de tous dont j’ai tant appris.

J’ai décidé de tenter de retrouver tout cela en reprenant l’histoire au tout tout début, je ne sais pas si cela à un quelconque intérêt, si j’irai au bout ni même ni si cela servira à quelque chose mais je me lance, as usual … on verra bien. Peut être que la réponse à la première question prendra forme en même temps que mes souvenirs prendront encre…
Sic. Meetic, aujourd'hui, c'est quand même une audience qualifiée et plus d'1 milliard de pages vues par mois. Donc même si c'est sans rapport avec d'autres ordres de grandeur, c'est honorable quand même, non ?


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P.S. Je viens de voir dans mes liens référents une recherche sur "rdv meetic" :


Incroyable : l'internaute cherche "rdv", Google met en évidence "rdv" ET "rendez-vous" !!! Trop fort, Google !

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Google superlatif


Dans mon dernier billet sur les gains de Google par page vue et par visiteur, il y a quand même un chiffre astronomique qui ressort : 4,3 milliards de pages vues par jour !!!



Évidemment, cela veut dire - je suppose - 4,3 milliards de pages vues chaque jour sur l'ensemble du réseau de contenu de Google, qui comprend aussi bien les milliards de pages de résultats générées par le moteur de recherche que les centaines de milliers de "partenaires" - sites et pages Web, blogs, forums, réseaux sociaux, etc. -, sur lesquels s'affichent les pubs AdSense/AdWords :
Il n'existe pas plus grand réseau de publicité contextuelle au monde.
Ajoutez à cela le monopole de Google dans la vidéo avec YouTube, et vous comprenez aisément qu'il ne reste pas grand chose aux autres...

Il y avait toutefois un secteur où Google profileur en série était largement surpassé, notamment par Yahoo! : le "display advertising", ou affichage de bannières, de boutons, de fenêtres pop-up, de pubs en flash, etc.

Un retard largement récupéré grâce à l'intégration de Doubleclick qui affiche la bagatelle de ... 10 milliards de pubs ... par jour !

Et encore, ça c'était avant l'acquisition par Google, dont nous avons vu la part prépondérante de Doubleclick dans les affichages publicitaires :



Le tableau ci-dessus aide d'ailleurs à comprendre les grandes manœuvres auxquelles se livrent actuellement les acteurs cités dans le tableau : Yahoo!, Microsoft, Time Warner Network / AOL et Fox Interactive Media / Myspace.com.

Et à mieux saisir pourquoi - vu qu'au final aucune forme d'accord ne semble plus possible entre Microsoft et Yahoo! - Microsoft se tourne aujourd'hui vers AOL et Yahoo! reprend contact avec Murdoch.

Microsoft qui ferait une erreur stratégique colossale à ne pas racheter Yahoo!, c'est mon avis. D'autant plus lorsque l'on voit que dans un C.A. annuel mirobolant de 67 milliards $, l'activité en ligne de Microsoft est pratiquement la seule déficitaire (en plus du secteur Entertainment & Devices), avec une perte de 488 millions $ sur l'année...

En outre, puisqu'il est acquis que Yahoo! accepterait la fusion à 33$ l'action, soit un chiffre global d'environ 47 milliards $, on se dit que ça ne représenterait jamais qu'un peu moins de 3 trimestres de C.A., et donc on comprend encore plus difficilement pourquoi Ballmer irait se lancer dans un deal avec AOL, nettement moins avantageux pour Microsoft à tous points de vue.

Et si c'est uniquement pour ne pas perdre la face, de toute façon c'est trop tard ! Ce qui ne l'empêchait pas de déclarer il y a quelques jours :
We love what we're doing today in search. If you go to www.msn.com you use our Live Search every day, every month, every year, every release we're making incredible progress in innovation, both on the results that you see, the user experience, the relevance, the advertising, and we love what we're doing, and we're going to drive forward in any event.

(...)

I can't really comment much about what's going on today with Yahoo, but I can tell you that with or without anything going on, on that front, I love what we're building. It's fantastic. If we can accelerate our strategy, great, but we're depending on our own guys, our own engineers, their brilliance, their efforts, their energy, that's what's going to and a lot of hard work, and a lot of patience, and a lot of tenacity, that's what's going to give us the breakthroughs versus Google.
L'important, c'est de garder l'optimisme !

À noter que dès le mois de février, tous ces acteurs étaient déjà présents dans mon petit glossaire pour mieux comprendre les dessous de l'opération Microsoft - Yahoo!

Comme si rien n'avait changé depuis ! En tout cas, quoi qu'il se passe, Google est tranquille pour un bon bout de temps, les concurrents qui lui feront de l'ombre doivent encore naître...



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P.S. Et si au final Apple coiffait tout le monde au poteau et faisait l'acquisition de Yahoo! ?



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vendredi 18 juillet 2008

Google : gains par page vue et par visiteur


800 milliards de requêtes par an, tous moteurs confondus ?

Hier Google a annoncé ses résultats trimestriels, à 5,37 milliards $ pour le deuxième trimestre 2008, soit une progression de 39% d'une année sur l'autre, et de 3% par rapport au premier trimestre.

Des résultats jugés décevants par les analystes...

Un cash flow généré à 97% par la pub sur le réseau Google dans son ensemble, pour un total de 5 185 425 000 $ sur trois mois, soit une moyenne mensuelle de 1 728 475 000 $ !

Or nous savons depuis longtemps que Google est bien plus qu'un "simple" moteur de recherche, puisque c'est aussi et surtout le plus grand réseau publicitaire mondialisé, présent dans plus de 20 langues et plus de 100 pays, avec une audience qui touche entre 75% et 80% des internautes au niveau mondial, atteignant même 90% dans certains pays :


Ce qui représente plus de 1 500 milliards de pages vues annuelles, soit une moyenne de 4,3 milliards/jour.


Maintenant, si l'on extrait de ces chiffres des moyennes mensuelles, pour un cumul de 705 millions de visiteurs nous obtenons 129 milliards de pages vues (soit 183 pages vues mensuelles par visiteur).

Rapportés au C.A. moyen mensuel de Google pour le dernier trimestre (1 728 475 000 $), cela donne un gain de 0,0134 $ par page vue et de 2,45 $ par visiteur.

Je sais bien que c'est simpliste, et ne reflète en rien la formule originale de Google pour calculer ses revenus publicitaires :



Revenu
= Nb d’utilisateurs x (Nb de requêtes/utilisateur) x (Nb de pubs/requête) x (Nb de clics/pub) x (Revenu/clic)
Mais faute d'avoir toutes les données à disposition, on se contentera de ce qu'on a...

Et dire que selon une étude AdAge menée en mars dernier, la recherche ne totalise que 5% du temps passé en ligne par les internautes. Ce qui veut dire que les 95% restants concernent des activités autres que la recherche sur les moteurs !


Il serait vraiment intéressant de savoir combien de requêtes saisissent les internautes chaque jour dans le monde sur Google ! Des données secrètes et bien conservées, j'imagine.

Impossible de comparer des ordres de grandeur incomparables, mais il n'empêche que l'écart énorme entre les 3,6 milliards de visites dans le mois communiquées par Yahoo! hier, et ce chiffre de 129 milliards de pages vues par mois sur les sites du réseau Google, ne peut s'expliquer que par la quantité faramineuse de requêtes saisies chaque jour sur le moteur de recherche.

D'autant plus que cela serait vraiment inexplicable au vu des quantités de visiteurs à peu près équivalentes sur les deux réseaux.

Ceci dit, s'il est vrai que l'activité internationale de Google représente 52% du total, et que selon les derniers chiffres disponibles sur le nombre de requêtes mensuelles aux États-Unis, qui représentaient 6,67 milliards de requêtes au mois de mai dernier (61% du total), cela signifierait 7,22 milliards de requêtes hors États-Unis, pour un total mensuel qu'on arrondira par défaut à 14 milliards de requêtes dans le monde.

Des estimations encore bien basses si on les compare aux 400 milliards de requêtes par an déjà annoncées en ... 2006 par ... Yahoo ! [Début]

[MàJ - 19h] Je viens de découvrir ce communiqué de presse de comScore, qui comptait 61 milliards de recherches dans le monde en août 2007, dont +37 milliards uniquement pour Google (+31 milliards pour le moteur et le reste sur YouTube).

Or le même mois, les requêtes de Google sur le seul marché US était de 5,545 milliards, soit uniquement 18% du total mondial. Un pourcentage qui me semble un peu faible...
Si l'on applique le même taux aux résultats de mai dernier, ça nous donnerait 37 milliards de requêtes uniquement pour Google moteur de recherche, soit une estimation de 444 milliards de requêtes sur 2008, et plus de 800 milliards de requêtes tous moteurs confondus.
Soit une progression de 100% en deux ans ! Si quelqu'un a des chiffres...

En attendant, le temps que je fasse mes petits calculs, les stats de juin 2008 aux États-Unis viennent de sortir ! [Début]




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P.S. À noter que, dans le sillage de Google, les résultats de Microsoft (un C.A. annuel de +67 milliards de $) ont également été jugés décevants par les "analystes financiers" : ces gens-là sont des déments qui n'ont absolument aucun contact avec la réalité des choses... [Début]

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Microsoft - Yahoo! : Yahoo! communique !

Microsoft - Yahoo! : Yahoo! communique !

Aussi bien en vue de la présentation de ses résultats trimestriels le 22 juillet que de son assemblée générale le 1er août, Yahoo! communique !

D'abord dans une lettre à ses actionnaires pour tenter de les convaincre de ne pas voter pour les administrateurs proposés par Icahn dans la bataille de procuration, sans perdre l'occasion pour casser l'image du raider au passage, y compris sur sa page d'accueil...

Ensuite en informant le public de ses atouts et du détail des négociations avec Microsoft.

J'ai extrait 7 diapos sur 32.

1. La valeur de Yahoo!


2. Deux actifs : l'audience et la monétisation


Un total de 38 milliards de minutes passées sur le site par mois, qui est le plus visité avec 3,6 milliards de visites (26 visites par utilisateur en moyenne, soit 138  461 538 visiteurs dans le mois)...

3. Des critiques positives partout dans la presse sur les trois aspects clés : monétisation, audience, mobile


4. Une position de leader en Asie


5. Chronologie de la saga Microsoft - Yahoo!


6. Chronologie II


7. L'accord avec Google


Conclusion

Yahoo! est une grande marque, une réussite par de nombreux aspects, mais sous-exploitée et sous-évaluée depuis trop longtemps. Sa réaction tardive et la confusion des négociations avec Microsoft conduisent la société vers des horizons imprévisibles, mais on ne devrait plus attendre beaucoup avant d'être fixés...

Et comme si tout cela ne suffisait pas, voici que les deux sociétés convoitent AOL. Tout ça au moment où Microsoft déclare un C.A. de 67-68 milliards $ pour l'année fiscale close au 30 juin 2009 !

L'été sera chaud, très chaud pour Ballmer, Yang & Co. :-)


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mercredi 16 juillet 2008

2008 : l'information se cherche un contre-pouvoir

Tirer les leçons du scoop 100% Web de Médiapart, qui n'a été relayé ni par la presse traditionnelle ni sur Internet, pour mieux réfléchir à l'établissement et la crédibilité d'un contre-pouvoir de l'information en ligne.

* * *

N.B. Une version de cet article a été publiée dans le dossier de Contre-Feux dédié à Ingrid Betancourt, mais sous une forme un peu trop "journalisme à l'ancienne" pour mes goûts.


C'est-à-dire, pour reprendre le commentaire de François, sans lien externe ni sans rien qui facilite la lecture.

D'où la re-publication sur mon blog de ce billet tel que je l'ai conçu, plus aéré pour le rendre plus lisible, et riche en liens hypertextes comme à mon habitude, car un article sans liens est comme un jour sans pain, une véritable disette. Le jour où les médias traditionnels comprendront cela, ils feront un grand pas vers leur émancipation...

* * *

La presse exerce-t-elle aujourd'hui un contre-pouvoir de l'information ?

De catastrophe en catastrophe, la révolution Internet remet à plat le fonctionnement des cinq grands médias traditionnels, et notamment la presse.

Qui avait pourtant réussi à négocier brillamment le passage du XIXe au XXe siècle, à prospérer, même, allant jusqu'à devenir en de maintes occasions la « voix des sans-voix », ce qui lui a justement valu de recevoir le titre de quatrième pouvoir (initialement compris comme un contre-pouvoir aux trois pouvoirs traditionnels - législatif, exécutif et judiciaire).

Or, tel que le constate amèrement Ignacio Ramonet dans une brillante analyse (qui se bonifie en vieillissant, à l'instar d'un vin de qualité, un Bordeaux, par exemple ;-) (c'est moi qui graisse) :
Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce « quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Cette choquante évidence s’impose en étudiant de près le fonctionnement de la globalisation, en observant comment un nouveau type de capitalisme a pris son essor, non plus simplement industriel mais surtout financier, bref un capitalisme de la spéculation.
Une citation que semble aujourd'hui corroborer ... Médiapart :
L'Autorité de sûreté nucléaire dispose-t-elle des moyens d'alerte suffisants à un moment où les contre-pouvoirs en matière d'information demeurent faibles?
C'est bien évidemment la deuxième partie de la phrase qui m'intéresse : « à un moment où les contre-pouvoirs en matière d'information demeurent faibles ! »

Doux euphémisme en général...

Et en particulier, probablement aussi, le constat de l'isolement de Médiapart, échaudé d'avoir constaté que même le plus gros scoop du monde peut ne rien valoir dès lors qu'il est publié sur un média ... à part !

Imaginez un instant qu'Edwy Plenel ait sorti une pareille histoire dans un édito du Monde, bien avant que ne commencent les règlements de compte...

Imaginez, oui, un seul instant : repris en boucle par toutes les agences, tous les journaux, dans la presse étrangère, sur Internet, partout, une résonance ... mondiale !

Tandis que là, rien. Un pet dans l'eau. Quelques petites bulles et puis s'en vont.

Moi cette histoire m'interpelle, pas vous ? Car ça veut dire que si rien n'est fait pour se faire entendre, l'information indépendante va avoir bien du mal à sortir la tête de l'eau. À défaut des bulles. Nous sommes en plein dans l'asymétrie de crédibilité de l'information. Permettez-moi de me citer moi-même :
Il y a asymétrie lorsque :

* la source objectivement crédible est subjectivement perçue comme non crédible
* la source objectivement non crédible est subjectivement perçue comme crédible

cas de figure auxquels s’ajoute cet autre double problème, propre à Internet et aux médias de masse :

* la source objectivement crédible est largement ignorée (il y a crédibilité sans notoriété / visibilité)
* la source objectivement non crédible est largement suivie (notoriété / visibilité sans crédibilité)
Oui, nous y sommes, en plein ! Puisque de plus en plus de gens ignorent allègrement quelques sources objectivement crédibles perdues dans la masse, en buvant crédulement les mots de maintes sources non - ou moins - crédibles mais largement surmédiatisées.

Voilà peut-être quelle serait la leçon à tirer du scoop de Médiapart, fièrement ignoré par l'opinion mainstream : « Le quatrième pouvoir médiacratique médiocratique de la presse ne joue plus aujourd'hui le rôle qui le légitimait hier » !

Cette histoire n'étant que la pointe de l'iceberg, un exemple noyé dans un océan de manigances, de compromis et de collusions avec les pouvoirs économico-politiques en place.

* * *

Existe-t-il un cinquième pouvoir, et de quoi s'agit-il ?

Idéalement, ce serait « la nouvelle mobilisation politique qui se dégage au travers d’internet, sans mettre l’accent sur internet lui-même », destinée à « bouscule(r) l'ordre établi ».

Ce serait également, toujours dans l'idéal, l'expression de l'opinion publique, en réalité manipulable et manipulée à souhait. Tous les pouvoirs le savent, à commencer par nos « démocraties », dont l'Italie est le parangon moderne...

Pour autant, concrètement, on chercherait en vain dans ce soi-disant cinquième pouvoir la voix (voie) quelconque d'un nouveau contre-pouvoir de l'information !

Rien de plus que des consciences assoupies, anesthésiées sous la coupe de l'antique stratégie « panem et circenses », et si l'on n'y veille, le sixième grand média qu'est devenu Internet empruntera le même chemin savonneux que les cinq précédents.

Donc pour répondre à la question « Existe-t-il un cinquième pouvoir ? » : en théorie, oui, dans la pratique, non !

* * *


Tel est le constat, désabusé mais point encore désespéré, qu'il convient de faire si l'on veut résolument contribuer à jeter les bases et réunir les conditions propices à l'établissement d'un contre-pouvoir crédible de l'information en ligne.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire, paraît-il...


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mardi 15 juillet 2008

Les 4 points cardinaux de la traduction

Si vous lisez Adscriptor, vous devez savoir qu'il m'arrive de temps en temps de revisiter d'anciens écrits que j'ai commis sur la traduction pour les remettre au goût du jour.

Dans celui-ci, datant d'octobre 2004, je tentais de dégager les 4 points cardinaux de la traduction, qui est tout à la fois :
  1. une activité de service ;
  2. une profession ;
  3. un processus de transfert d’une langue à l’autre, et
  4. le produit qui en découle.
Il y a déjà près de 20 ans, dans « Le traducteur, la traduction et l’entreprise, AFNOR, 1989 (PDF, 900 Ko), Daniel Gouadec nous donnait la définition suivante :
Le produit est le document final, texte ou autre, adapté dans tous ses caractères de contenu et de forme aux usages, normes et conventions d’un public spécifique et à des objectifs qui sont eux-mêmes chaque fois spécifiques : informer, faire vendre, convaincre, faire acheter, émouvoir, ... Le statut du produit-traduction est fondamentalement hybride en ce sens qu’il doit exister de plein droit (constituer un document « naturel » pour le public auquel il s’adresse) tout en respectant les contraintes imposées par la référence à un document antérieur destiné à un autre public. Les contraintes du passage d’un public à l’autre sont régies par des règles de l’art et généralement définies dans un cahier des charges.
Une formulation qui trace avant l’heure les contours de la localisation (qualifiée de naturalisation par Gouadec : …le traducteur rédige en s’appuyant sur les contenus d’un document existant qu’il « naturalise » de manière à l’intégrer totalement à la langue et à la culture d’un autre public), et garde aujourd’hui encore toute son actualité.

Toutefois, dans ses différentes composantes, ma définition de la traduction était la suivante :
Communication ciblée produite par transfert linguistique/adaptation culturelle, qui résulte de l’interaction de divers processus-métier intégrant la mobilisation conjointe de connaissances et de ressources.
Une définition à laquelle j'avais longuement réfléchi et qui avait le grand avantage, selon moi, de représenter les quatre concepts cardinaux servant à catégoriser la traduction :


  1. Communication ciblée
  2. Transfert linguistique / adaptation culturelle
  3. Interaction de divers processus-métier
  4. Mobilisation conjointe de connaissances / ressources
Le tout au sein du cycle communicationnel de la traduction, et sans oublier sa dimension sociale...

Ce qui peut expliquer pourquoi la traduction reste une affaire de professionnels. :-)



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