mercredi 16 juillet 2008

2008 : l'information se cherche un contre-pouvoir

Tirer les leçons du scoop 100% Web de Médiapart, qui n'a été relayé ni par la presse traditionnelle ni sur Internet, pour mieux réfléchir à l'établissement et la crédibilité d'un contre-pouvoir de l'information en ligne.

* * *

N.B. Une version de cet article a été publiée dans le dossier de Contre-Feux dédié à Ingrid Betancourt, mais sous une forme un peu trop "journalisme à l'ancienne" pour mes goûts.


C'est-à-dire, pour reprendre le commentaire de François, sans lien externe ni sans rien qui facilite la lecture.

D'où la re-publication sur mon blog de ce billet tel que je l'ai conçu, plus aéré pour le rendre plus lisible, et riche en liens hypertextes comme à mon habitude, car un article sans liens est comme un jour sans pain, une véritable disette. Le jour où les médias traditionnels comprendront cela, ils feront un grand pas vers leur émancipation...

* * *

La presse exerce-t-elle aujourd'hui un contre-pouvoir de l'information ?

De catastrophe en catastrophe, la révolution Internet remet à plat le fonctionnement des cinq grands médias traditionnels, et notamment la presse.

Qui avait pourtant réussi à négocier brillamment le passage du XIXe au XXe siècle, à prospérer, même, allant jusqu'à devenir en de maintes occasions la « voix des sans-voix », ce qui lui a justement valu de recevoir le titre de quatrième pouvoir (initialement compris comme un contre-pouvoir aux trois pouvoirs traditionnels - législatif, exécutif et judiciaire).

Or, tel que le constate amèrement Ignacio Ramonet dans une brillante analyse (qui se bonifie en vieillissant, à l'instar d'un vin de qualité, un Bordeaux, par exemple ;-) (c'est moi qui graisse) :
Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce « quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Cette choquante évidence s’impose en étudiant de près le fonctionnement de la globalisation, en observant comment un nouveau type de capitalisme a pris son essor, non plus simplement industriel mais surtout financier, bref un capitalisme de la spéculation.
Une citation que semble aujourd'hui corroborer ... Médiapart :
L'Autorité de sûreté nucléaire dispose-t-elle des moyens d'alerte suffisants à un moment où les contre-pouvoirs en matière d'information demeurent faibles?
C'est bien évidemment la deuxième partie de la phrase qui m'intéresse : « à un moment où les contre-pouvoirs en matière d'information demeurent faibles ! »

Doux euphémisme en général...

Et en particulier, probablement aussi, le constat de l'isolement de Médiapart, échaudé d'avoir constaté que même le plus gros scoop du monde peut ne rien valoir dès lors qu'il est publié sur un média ... à part !

Imaginez un instant qu'Edwy Plenel ait sorti une pareille histoire dans un édito du Monde, bien avant que ne commencent les règlements de compte...

Imaginez, oui, un seul instant : repris en boucle par toutes les agences, tous les journaux, dans la presse étrangère, sur Internet, partout, une résonance ... mondiale !

Tandis que là, rien. Un pet dans l'eau. Quelques petites bulles et puis s'en vont.

Moi cette histoire m'interpelle, pas vous ? Car ça veut dire que si rien n'est fait pour se faire entendre, l'information indépendante va avoir bien du mal à sortir la tête de l'eau. À défaut des bulles. Nous sommes en plein dans l'asymétrie de crédibilité de l'information. Permettez-moi de me citer moi-même :
Il y a asymétrie lorsque :

* la source objectivement crédible est subjectivement perçue comme non crédible
* la source objectivement non crédible est subjectivement perçue comme crédible

cas de figure auxquels s’ajoute cet autre double problème, propre à Internet et aux médias de masse :

* la source objectivement crédible est largement ignorée (il y a crédibilité sans notoriété / visibilité)
* la source objectivement non crédible est largement suivie (notoriété / visibilité sans crédibilité)
Oui, nous y sommes, en plein ! Puisque de plus en plus de gens ignorent allègrement quelques sources objectivement crédibles perdues dans la masse, en buvant crédulement les mots de maintes sources non - ou moins - crédibles mais largement surmédiatisées.

Voilà peut-être quelle serait la leçon à tirer du scoop de Médiapart, fièrement ignoré par l'opinion mainstream : « Le quatrième pouvoir médiacratique médiocratique de la presse ne joue plus aujourd'hui le rôle qui le légitimait hier » !

Cette histoire n'étant que la pointe de l'iceberg, un exemple noyé dans un océan de manigances, de compromis et de collusions avec les pouvoirs économico-politiques en place.

* * *

Existe-t-il un cinquième pouvoir, et de quoi s'agit-il ?

Idéalement, ce serait « la nouvelle mobilisation politique qui se dégage au travers d’internet, sans mettre l’accent sur internet lui-même », destinée à « bouscule(r) l'ordre établi ».

Ce serait également, toujours dans l'idéal, l'expression de l'opinion publique, en réalité manipulable et manipulée à souhait. Tous les pouvoirs le savent, à commencer par nos « démocraties », dont l'Italie est le parangon moderne...

Pour autant, concrètement, on chercherait en vain dans ce soi-disant cinquième pouvoir la voix (voie) quelconque d'un nouveau contre-pouvoir de l'information !

Rien de plus que des consciences assoupies, anesthésiées sous la coupe de l'antique stratégie « panem et circenses », et si l'on n'y veille, le sixième grand média qu'est devenu Internet empruntera le même chemin savonneux que les cinq précédents.

Donc pour répondre à la question « Existe-t-il un cinquième pouvoir ? » : en théorie, oui, dans la pratique, non !

* * *


Tel est le constat, désabusé mais point encore désespéré, qu'il convient de faire si l'on veut résolument contribuer à jeter les bases et réunir les conditions propices à l'établissement d'un contre-pouvoir crédible de l'information en ligne.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire, paraît-il...


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mardi 15 juillet 2008

Les 4 points cardinaux de la traduction

Si vous lisez Adscriptor, vous devez savoir qu'il m'arrive de temps en temps de revisiter d'anciens écrits que j'ai commis sur la traduction pour les remettre au goût du jour.

Dans celui-ci, datant d'octobre 2004, je tentais de dégager les 4 points cardinaux de la traduction, qui est tout à la fois :
  1. une activité de service ;
  2. une profession ;
  3. un processus de transfert d’une langue à l’autre, et
  4. le produit qui en découle.
Il y a déjà près de 20 ans, dans « Le traducteur, la traduction et l’entreprise, AFNOR, 1989 (PDF, 900 Ko), Daniel Gouadec nous donnait la définition suivante :
Le produit est le document final, texte ou autre, adapté dans tous ses caractères de contenu et de forme aux usages, normes et conventions d’un public spécifique et à des objectifs qui sont eux-mêmes chaque fois spécifiques : informer, faire vendre, convaincre, faire acheter, émouvoir, ... Le statut du produit-traduction est fondamentalement hybride en ce sens qu’il doit exister de plein droit (constituer un document « naturel » pour le public auquel il s’adresse) tout en respectant les contraintes imposées par la référence à un document antérieur destiné à un autre public. Les contraintes du passage d’un public à l’autre sont régies par des règles de l’art et généralement définies dans un cahier des charges.
Une formulation qui trace avant l’heure les contours de la localisation (qualifiée de naturalisation par Gouadec : …le traducteur rédige en s’appuyant sur les contenus d’un document existant qu’il « naturalise » de manière à l’intégrer totalement à la langue et à la culture d’un autre public), et garde aujourd’hui encore toute son actualité.

Toutefois, dans ses différentes composantes, ma définition de la traduction était la suivante :
Communication ciblée produite par transfert linguistique/adaptation culturelle, qui résulte de l’interaction de divers processus-métier intégrant la mobilisation conjointe de connaissances et de ressources.
Une définition à laquelle j'avais longuement réfléchi et qui avait le grand avantage, selon moi, de représenter les quatre concepts cardinaux servant à catégoriser la traduction :


  1. Communication ciblée
  2. Transfert linguistique / adaptation culturelle
  3. Interaction de divers processus-métier
  4. Mobilisation conjointe de connaissances / ressources
Le tout au sein du cycle communicationnel de la traduction, et sans oublier sa dimension sociale...

Ce qui peut expliquer pourquoi la traduction reste une affaire de professionnels. :-)



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dimanche 13 juillet 2008

Microsoft - Yahoo! : Yahoo! rejette une proposition conjointe Microsoft / Carl Icahn

Faite vendredi soir, la proposition portait sur la restructuration de Yahoo! et l'acquisition du volet Search.

Yahoo!, qui aurait reçu un ultimatum de moins de 24 heures pour accepter cette proposition "non négociable", l'a rejetée en l'état et contre-propose à Microsoft l'acquisition de l'ensemble de la société. À un prix de 33$ par action...

Parmi les motifs de rejet, en simplifiant :
  1. L'entreprise telle qu'elle est organisée et l'accord commercial signé avec Google ont une valeur financière supérieure à la proposition Microsoft / Icahn, plus complexe et plus risquée à mettre en œuvre.

  2. Cette proposition serait un obstacle à la vente éventuelle de la totalité de Yahoo! à une juste valorisation.

  3. Le CdA voulu par Carl Icahn n'a aucune connaissance pratique de la gestion des activités non-Search de Yahoo!

  4. La proposition Microsoft / Icahn de remplacer immédiatement le Conseil d'administration et les dirigeants actuels de Yahoo! dès l'année à venir - c'est-à-dire pendant toute la période temporelle nécessaire aux autorités de régulation compétentes pour autoriser l'opération - déstabiliserait l'entreprise.

Selon Roy Bostock :
« Cette alliance étrange et opportuniste entre Microsoft et Carl Icahn fait tout sauf les intérêts des actionnaires de Yahoo! N'ayant pas réussi à progresser dans la recherche, Microsoft s'aligne sur les objectifs à court terme de M. Icahn pour contraindre Yahoo! à vendre ses principaux actifs stratégiques à des conditions très avantageuses pour Microsoft mais très défavorables pour les actionnaires de Yahoo! Notre CdA ne le permettra pas »...

Et de poursuivre : « Après avoir négocié entre eux sans impliquer Yahoo!, Carl Icahn et Microsoft nous ont présenté un ultimatum, à prendre ou à laisser, pour restructurer la Société, vendre le volet Recherche à Microsoft et le reste de la société à Carl Icahn, en nous donnant moins de 24 heures pour répondre. Il est ridicule de penser que notre CdA pourrait accepter une telle proposition. Et si ce type de comportement imprévisible et incohérent correspond bien à ce que l'on peut attendre de Microsoft, nous ne nous engagerons jamais dans une opération qui desservirait les intérêts de nos actionnaires ».

(...)

Et de conclure : « Microsoft et Carl Icahn tentent de démanteler Yahoo! en livrant notre activité Search à Microsoft dans des conditions qui seraient défavorables aux actionnaires de Yahoo! Or nous sommes prêts à laisser nos actionnaires décider - et non pas à Microsoft ou à M. Icahn -, ce qui est dans leur intérêt, et nous attendrons le vote du 1er août pour ce faire ».
Ballmer est vraiment con ! Je crois qu'il va finir par me rendre Jerry Yang sympathique...


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samedi 12 juillet 2008

Flickr, crowdsourcing, Web 2.0 et modèles économiques...

Flickr, crowdsourcing, Web 2.0 et modèles économiques...

Dans un billet publié sur Wired en juin 2006, qui est à l'origine du concept de « crowdsourcing, ou contribution communautaire », le journaliste, Jeff Howe, explique le fonctionnement du site iStockphoto, qui propose un fonds photographique à environ 1$ la photo, fort de la contribution de quelque 22 000 photographes amateurs (le cap des 2 millions a été franchi il y a un an...), en concluant ainsi :
Comment voulez-vous concurrencer des photos à 1$ (“But how can I compete with a dollar?”) ?
Et 5$ pour un clip de 30 secondes !

C'est très simple : en puisant à volonté dans les inventaires de photos gratuites, dont le plus célèbre et le plus fourni est aujourd'hui, sans conteste, Flickr (qui ne représente toutefois qu'une minuscule portion de l'inventaire d'images sur le Web, et sans compter Facebook, car pour ce qui est des conditions d'utilisation, bonjour la souplesse...).

Et Jeff Howe de poursuivre qu'en février de cette année-là, Getty Images, à l'époque la plus grosse agence photos du monde avec plus de 30% des parts de marché, faisait l'acquisition d'iStockphoto.com pour 50 millions $, en rapportant cette déclaration de Jonathan Klein, PDG de Getty Images :
Si quelqu'un est sur le point de cannibaliser votre métier, mieux vaut l'intégrer dans l'un de vos autres métiers.

“If someone’s going to cannibalize your business, better it be one of your other businesses”.
À la lumière de cette déclaration, prononcée il y a deux ans, on comprend mieux pourquoi Getty Images vient juste de signer un contrat avec Flickr (Yahoo!), dans le cadre duquel, lorsque les accords seront finalisés, les utilisateurs sélectionnés de Flickr pourront être rémunérés par Getty au même tarif que celui appliqué aux photographes contractuels.

Soit entre 30 et 40% du tarif facturé par Getty pour les images dont les droits sont sous licence, compris dans une fourchette de 500 à 600$ pour une période temporelle limitée, et une cinquantaine de dollars pour les images sans droit exclusif d'utilisation. Si ça vous intéresse...

Jonathan Klein, toujours lui, réitère :
Nous pensons que l'inventaire de Flickr est un ajout important au mix de notre offre.

“We believe that Flickr will be an important addition to the mix that we have”
.
Vu les chiffres annoncés par The Register pour Flickr (54 millions de visiteurs mensuels dans le monde, plus de deux milliards de photos d'inventaire et 27 millions de membres, à comparer avec les chiffres d'iStockphoto.com ci-dessus), on le comprend !

Il précise d'ailleurs que cet accord pèsera peu sur les finances du groupe, mais qu'il est extrêmement significatif au plan stratégique (Klein said the deal "financially for us is not significant, but it's strategically extremely important").

D'autant plus lorsqu'on a une idée des circuits qu'empruntent les marchés de la photographie :


Source : Nathalie Moureau, Dominique Sagot-Duvauroux.

* * *

Il y a quelques jours, par le plus grand des hasards, je tombe sur cet article de Libération, qui parle de la baisse de l'immobilier dans plusieurs villes de France. Mon regard, attiré par cette magnifique photo d'un immeuble parisien :


sursaute en lisant la légende : Luc Legay / http://www.flickr.com/photos/luc/950353487/ (ne cherchez pas le lien actif sur l'article de Libé, il n'y est pas, c'est moi qui vient de le rajouter).

Or connaissant Luc dans le cadre des Explorateurs du Web, surpris, je le contacte en lui demandant s'il en sait quelque chose. Voici un extrait de ses réponses, qu'il m'a autorisé à citer (c'est moi qui souligne) :
Jean-Marie,

On dirait bien que les médias ont compris l'intérêt d'utiliser —gratuitement— les millions de photos en CreativeCommons disponibles sur Flickr

Ce qui m'étonne le plus c'est que je suis très loin de produire des photos de qualité pro… j'utilise un appareil qui coûte moins de 200 euros… et les médias soient prêts à sacrifier en qualité pour se tourner de plus en plus vers du gratuit.
Au delà de l'avenir des médias eux-mêmes, l'avenir des agences photos me parait bien sombre.

(...)

Pour l'image Libé… je n'étais pas au courant.
Ce n'est pas la première fois, loin de là, mais habituellement les "pompeurs" me préviennent via un mail ou un message dans Flickr.
Visiblement mon statut de photographe amateur (pour ne pas dire de simple touriste) ne fait pas peur aux éditeurs ;-)

Bien à toi.
Toujours désireux d'approfondir, je vois sur Flickr que la licence choisie par Luc pour sa photo est la suivante :


Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Générique, qui précise :
À chaque réutilisation ou distribution de cette création, vous devez faire apparaître clairement au public les conditions contractuelles de sa mise à disposition. La meilleure manière de les indiquer est un lien vers cette page web.
Or si Libé a respecté la paternité en mentionnant le nom de Luc, l'article ne donne aucun lien actif, ni vers la photo ni vers la licence, pas plus qu'il ne précise « clairement au public les conditions contractuelles de sa mise à disposition » !

Et pour être tout à fait complet, signalons que j'ignore totalement si ce même article a paru sur la version papier du journal, avec la même photo ? Donc voilà.

En observant qu'ici, on ne parle pas du blogueur du coin mais de Libé, l'un des premiers quotidiens de France. Que les personnes autorisées et plus compétentes que moi en tirent les conclusions qu'elles jugeront nécessaires...


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P.S. Pour répondre à Luc, qui s'étonne de ce qu'il est « très loin de produire des photos de qualité pro… » et que « Visiblement (s)on statut de photographe amateur (pour ne pas dire de simple touriste) ne fait pas peur aux éditeurs », laissons la parole à Jonathan Klein :
Nombre de clichés, qui n'ont pas été pris pour des services commerciaux, sont plus authentiques. Or l'authenticité, c'est que les annonceurs recherchent.

Because the imagery is not shot for commercial services, there is more authenticity. Advertisers are looking for authenticity.
À l'instar des clichés, nous voici fixés...

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Acquisitions : TechCrunch sera-t-il la prochaine cible ?

Acquisitions : TechCrunch sera-t-il la prochaine cible ?

Après les récents rachats d'Ars Technica par Condé Nast (Wired) pour 25 millions $ et de paidContent par le Guardian Media Group à hauteur de 30 millions $, TechCrunch sera-t-il la prochaine cible sur la liste des acquisitions ?

C'est en tout cas l'idée mise en avant par Kara Swisher, selon qui des négociations seraient déjà en cours avec AOL (Time Warner), pour une fourchette de prix comprise entre 20 et 30 millions $, bien que la valeur de Techcrunch soit probablement supérieure (although one might assume it is higher than that).

Sans parler des rumeurs de rapprochement entre Digg et Google, il pourrait également y avoir d'autres candidats naturels au rachat, comme Techmeme ou Search Engine Land...

Mario Asselin a bien raison : « Si les blogueurs ne sont pas des journalistes, les blogues sont des médias »...

Toutes ces histoires me rappellent un "vieux" billet : ce que les anglo-saxons nous enseignent (un enseignement que nous ne savons pas recueillir)... Je cite :
Pour autant, constituer une équipe qui gagne ne signifie pas uniquement réunir des individualités particulièrement compétentes et talentueuses, mais surtout réussir à les fédérer autour d'un projet commun. Ajoutez-y un travail acharné, j'ai compté 260 billets publiés entre le 1er décembre 2006 et ce jour, à l'heure où j'écris, soit une moyenne proche de 7 articles quotidiens si l'on tient compte des fêtes. Sans oublier la qualité et la réactivité, voir la réponse de Bill à ma question...

Si je devais choisir parmi les qualités de cette équipe, outre le grand pragmatisme anglo-saxon qui n'est plus à démontrer, je dirais compétence, sérieux, humilité, cette dernière étant probablement ce qui nous manque le plus en France pour faire quelque chose de similaire. Car parlons peu, parlons clair. Malheureusement, rien de semblable n'existe chez nous ! Ne peut exister ?
Bof ! Car dans un même temps, en France, pendant que les blogueurs se demandent toujours comment gagner quelques miettes avec leur blog, les vautours sont déjà prêts à fondre sur leurs proies...

Il n'y a pas de petits profits, disaient nos aïeux. Bel adage brillamment repris à son compte par l'État de cette douce terre de France ! Probablement douce pour Ingrid Betancourt, plutôt dirigiste tendance chiatique pour des millions d'autres français, et carrément à fuir pour d'autres encore. Dont moi.

Mais beau pays quand même.


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jeudi 10 juillet 2008

Médiatisation de la libération d'Ingrid Bétancourt sur le Web

Médiatisation de la libération d'Ingrid Bétancourt sur le Web

Suite : en 2008, l'information se cherche un contre-pouvoir...

* * *

En France, l'annonce officielle a été confirmée par l'Élysée à 21h16' le 2 juillet.

[Rectificatif - 19h] Réactif ;-), TomHtml commente qu'il a « posté un petit article sur (s)on blog... à 21h35 (d'après FeedBurner, 21h28 selon Blogger). Otto fera mieux la prochaine fois. »

Tom, il faut dire aussi que 52', ça me semblait un peu long pour une info de cette ampleur...

* * *

Sauf erreur de ma part, le premier billet que j'ai trouvé sur le Web a été publié chez Chauffeur de Buzz à 22h08', soit 52 minutes plus tard (si vous connaissez d'autres sources, merci de me les signaler). Ici aussi, une histoire de sa libération, toujours datée du 2 juillet.

Ingrid Bétancourt est libre !, à 23h14', puis à 23h30', 9 captures d'écran de quotidiens, dont seuls 6 en parlent dans leur "une" : 20minutes.fr, lemonde.fr, parisien.fr, liberation.fr, mediapart.fr et tf1.fr (ceux qui n'en parlent pas encore : bakchich.info, lexpress.fr et rue89.com, qui réagira à 23h57').

Signalons également lefigaro.fr, absent de la liste, mais très réactif entre une coupe et l'autre... pour acheter les Adwords correspondants à Ingrid Bétancourt et se positionner dans les Adsense avec ce message :
Fin de la détention pour Ingrid Bétancourt. Tout sur le Figaro

Source : Thierry Weber

À 0h15', les premières images tombent sur les écrans. Cela nous amène au lendemain, le 3 juillet, où là c'est l'explosion, en ligne et hors ligne, avec cependant un point commun : tous les articles sont rédigés autour de la libération spectaculaire mise en avant par les autorités colombiennes. Comme je l'ai lu ici, Les informations étant quasiment identiques dans les différents médias.

Il semble même qu'une catastrophe ait été évitée de justesse...

Pour autant, parmi la reprise en boucle de l'info telle quelle sur les médias "traditionnels", y compris à la radio et la télé, où partout on colle à la version "officielle", le 4 juillet, alors même que le "rassemblement du bonheur" était déserté, un premier article va faire brèche dans ce tableau huilé à la perfection, peint et repeint : il est publié chez Médiapart, sur le Web, donc, et c'est précisément un premier écart entre l'info traitée hors ligne et son traitement en ligne.

Un scoop 100% Web, intitulé « Libération d'Ingrid Betancourt : ce que ne dit pas la version officielle ».

Où le journaliste Claude-Marie Vadrot nous explique par le menu que « le gouvernement colombien tente de vendre au monde entier comme un fait d'armes, ce qui n'est qu'une reddition d'un groupe des FARC. »

Ceci sans « remettre en cause le courage d'Ingrid Betancourt, le plaisir d'apprendre enfin sa libération, ni son extraordinaire volonté de surmonter ses souffrances. »

Face à un tel scoop (l'article est fort bien étayé, et Claude-Marie Vadrot y ajoutera de nouveaux éléments trois jours plus tard), on pourrait penser que cette version argumentée va pour le moins prendre de l'ampleur et contre-balancer un peu la version "officielle", plus "hollywoodienne" dans son essence.

Que nenni ! J'ai fait une recherche sur les liens pointant vers l'article de Médiapart, il y en a en tout et pour tout une quarantaine, la plupart venant de quelques blogs, quelques forums, quelques commentaires, autant dire un beau zéro pointé pour une information de cette valeur. Le seul titre de presse un peu important à relayer le sujet est le site suisse TSRInfo.ch, qui fait état le 5 juillet de « flou et doutes sur sa libération » !!!

Mais aucun titre de presse nationale, aucun site Web notoire, même si, le 6 juillet, on pourra lire dans un résumé sur Bakchich « les quelques informations vite diffusées sur les ondes ou dans la presse écrite » :
- L’opération aurait duré seulement 22 minutes.
- Les FARC auraient touché 20 millions de dollars pour permettre la libération d’Ingrid Betancourt et quatorze de ses compagnons d’infortune.
- Les services spéciaux colombiens n’ont été que les petites mains des Américains et des Israéliens.
Mais, en fait, rien de ce qui fait le fond de l'article de Médiapart. Tout juste si une dépêche de l'AFP fera état, trois jours plus tard, de « zones d'ombres sur l'opération »... Et pourtant, entre infiltration et reddition, il n'y a qu'un mot qui change ! Voir cet article un peu plus sérieux, en portugais, et en anglais...

* * *

[MàJ - 17h50'] En suivant le dossier de contre-feux.com, à l'origine de ce billet, j'ai découvert cet article de l'express.fr, qui signale le "scoop" de Mediapart avec ce lien perfide (cliquer ici pour lire l'article, payant), quand c'est justement l'un des seuls articles en libre accès sur Médiapart (je vous le demande : qui va cliquer sur un lien renvoyant vers un article "payant"...) !!!

* * *

Alors pourquoi ? Dans la presse traditionnelle, tout d'abord, probablement noyautée peu ou prou à différents niveaux, j'ai trouvé une explication "interne" plutôt déconcertante, venant d'un blog de journaliste, Pierre, qui reconnaît « C'est tout de même un gros scoop » (j'aimerais citer le billet en entier, mais allez plutôt le lire, je vous livre la conclusion) :
Mais des informations de MediaPart, il n’en a été question nulle part, sauf brièvement sur France Info. Je connais un moustachu qui a dû désespérer. Il a probablement appelé l’AFP, comme il doit en avoir l’habitude maintenant. J’ai moi-même mené un lobbying auprès de ma rédaction pour qu’il y soit fait mention, au moins dans l’article consacré aux informations de la RSR, dans un bloc sur les “doutes sur la version officielle”. Le responsable de service, bien qu’ayant fait l’effort de lire l’article de MediaPart, a choisi de ne pas en parler. “MediaPart, personne ne connait”, m’a-t-il dit.

Personne ne connait, donc on s’en fout.

Eeeeh ben c’est triste. Car ce conformisme, ce suivisme, cette uniformité de l’information, est le fondement de la critique formulée par les Français d’aujourd’hui à propos de leurs médias. Tout se déroule comme si nous étions des dinosaures au bord de l’éradication. On a pourtant l’avantage de voir la météorite arriver, mais on ne fait rien. En Floride, le Tampa Tribune s’apprête à licencier une bonne partie de son personnel. Dans un billet très remarqué, une stagiaire a pris la plume pour clamer que le journalisme méritait qu’on se batte pour lui. Un journaliste plus ancien, lauréat du Pulitzer, lui a répondu que seule l’innovation pourrait nous sortir de ce marasme. Une innovation qui ne risque pas d’arriver, dit-il, puisque ceux qui nous ont mis dans cette situation sont les mêmes que ceux qui sont aux commandes aujourd’hui.
Sans appel !

Cela étant, le scoop n'a pas non plus été largement repris sur la blogosphère, et pourtant c'était probablement un terreau fertile pour assurer un contre-pouvoir médiatique salutaire... Alors pourquoi ?

Je pense que cela est dû à la position ambiguë de Médiapart, dont le "modèle économique par abonnement" ne fait pas l'unanimité (je ne porte aucun jugement là-dessus, consultez plutôt l'analyse qualifiée d'Emmanuel Parody), et qui a recueilli nombre d'avis négatifs, ou pour le moins dubitatifs.

Un peu comme si l'on était face à une créature hybride, ni viande ni poisson, qu'on ne sait trop où caser. Il est d'ailleurs significatif d'observer que le fameux scoop a été publié en libre accès...

Dommage ! Puisque cet article mérite, à mon avis, et aurait dû incendier le Web francophone comme une traînée de poudre.

Car en fait, la blogosphère n'a pas été avare de billets sur Ingrid Bétancourt depuis sa libération, on en compte déjà plus de 35 000 sur le moteur de recherche de blogs de Google, pourtant dès que l'on approfondit un peu la teneur des billets, beaucoup partent dans des envolées anticléricales parce qu'elle a osé parler de Dieu et de sa foi, alors que selon moi cela ressort exclusivement de sa sphère privée, et qu'elle a juste dit ce qu'elle avait à dire.

C'est à elle, ça lui appartient, il y a dans ce drame une dimension personnelle et familiale face à laquelle la seule chose à faire, ô vous tous qui tirez dans tous les sens sans penser plus loin que le bout de votre plume, c'est de fermer votre gueule !

D'ailleurs j'aimerais bien en discuter avec celles et ceux qui balaient tout ça d'un revers de conscience à leur retour après 2401 jours de captivité dans la jungle colombienne aux mains des FARC...

Sans parler du trash de chez trash, mais là c'est moi qui la ferme, sans quoi je partirais dans une litanie d'insultes à n'en plus finir. Y en a d'autres à qui ça plaît, comme quoi il faut de tout pour faire un monde...

Que la lassitude de cette hypermédiatisation se fasse sentir, d'accord. Mais ça ne justifie pas tout. Je n'accepte pas qu'on se lance dans de tels outrages à la douleur et la solitude des gens, y compris lorsqu'on se permet d'évoquer les insupportables enfants d'Ingrid Bétancourt, sans penser une seconde au désarroi de deux adolescents face à une situation si atroce, et pendant si longtemps.

Mais bon, il est clair qu'il y en a qui ne font pas dans la dentelle. Pas vrai mon hiboo :-)

Enfin, tout ça pour dire que dans le cas présent, il me semble que le vrai sujet de fond n'est traité nulle part, que personne n'en a envie, et qu'on préfère faire de l'info spectacle, du kitch bien dans l'air du temps.

L'autre ombre au tableau étant bien sûr la récupération politique tous azimuts autour de L'OTAGE, plus impardonnable encore que les dérives malheureuses susmentionnées, et sur laquelle je ne souhaite pas m'étendre, sinon sur un constat consensuel de torts équitablement partagés entre droite, gauche, centre, etc., tous courants confondus.

Saluons donc dans ce brouhaha médiatique quelques trop rares accents de sincérité, un merci sobre, un regard sur les coulisses de l'info, et un billet qui dit ce qu'il en est.

J'arrête ici ma revue de presse, car c'est bien ce dont il s'agit, hors ligne et en ligne, en concluant amèrement que trop souvent la masse préfère s'entendre dire les choses qui ne fâchent point, qui n'obligent personne à trop réfléchir, surtout pas. J'espère que cela va s'améliorer dans les jours qui viennent, il n'est pas encore trop tard pour tenter d'aller à l'essentiel dans cette tempête de poudre aux yeux.

Faute de quoi ce sera une belle occasion de perdue par la blogosphère, qui devrait vite s'en saisir pour faire entendre une voix autre que le discours convenu et condescendant de la presse en place, plutôt que de continuer à se regarder complaisamment le nombril.

D'ailleurs n'est-ce pas à cette vocation que sont appelés les médias de demain : vous et moi, TOUS JOURNALISTES !?


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P.S. Un phénomène à part : la libération d'Ingrid Bétancourt sur Twitter...

Plus deux liens signalés en commentaires, qui font état d'une diffusion de la nouvelle avant même la confirmation officielle de l'Élysée, et de la mise à jour de l'article sur Wikipedia EN ... dans la minute qui a suivi !

Autres liens en rapport avec cette histoire (j'ajouterai au fur et à mesure de mes découvertes) :

- Bétancourt : le mari oublié...
- Ingrid Bétancourt vue d'ici...
- Ingrid Bétancourt, otage de nous-mêmes
- Show must go on...
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mercredi 9 juillet 2008

Les marques et les nouvelles extensions

Sous-titre : dès 2009, chaque marque aura-t-elle intérêt à prendre sa propre extension en .MARQUE ?

Je vous rassure tout de suite, personne n'en sait rien, pas plus l'ICANN que moi. L'ICANN l'espère, et moi je m'interroge, car le flou qui s'annonce n'est pas une bonne raison pour tenter d'éviter l'analyse... ;-)

Ceci dit, la situation n'est pas simple !

* * *


Le 26 juin dernier, l'ICANN a annoncé deux changements majeurs pour les extensions génériques de premier niveau (gTLD) :
  1. it is possible to implement many new names to the Internet ... as well as generic strings like .brandname...
  2. the expanding system is also being planned to support extensions in the languages of the world.
Dans l'absolu, il sera donc possible de créer un dot.anything, dans le respect des recommandations de l'ICANN, même si cela restera vraisemblablement réservé aux organisations plutôt qu'aux particuliers, sauf à ceux qui auront suffisamment d'argent à mettre dans l'aventure, vu les nombreuses contraintes, notamment opérationnelles, juridiques et financières.

Il est d'ailleurs probable que cette possibilité ouvrira un nouveau marché pour quelques-uns des registres actuels, qui pourront ainsi louer leurs services et leur savoir-faire afin que les candidats aux nouvelles extensions puissent se faire aider dans le montage du dossier de préparation, voire en externaliser la gestion une fois l'extension autorisée.

Si les délais prévus par l'ICANN sont respectés, cela voudrait dire que les premières candidatures pourront être soumises dès la moitié du second trimestre 2009, après une campagne massive de communication de l'ICANN pour vanter les mérites des nouvelles extensions, dès le début de l'année prochaine.



Toutefois, il y a dans les deux points signalés en début de billet deux aspects différents :
  1. les extensions en caractères romains (37 en tout, les 26 lettres de notre alphabet, le trait d'union et les chiffres de 0 à 9),
  2. les extensions en IDN (noms de domaine multilingues).
Ainsi que le soulignait Caroline Perriard de chez Nestlé Suisse SA, lors de l'atelier New gTLDs - Shaping the Future of the Internet? qui s'est tenu à Paris le 23 juin dernier dans le cadre de la réunion de l'ICANN :
En fait, si nous pouvons choisir la partie de l'URL avant le point, et la partie après le point, nous aurons deux choix à faire. (If you have to choose the first part before the dot and then the second part, you have two choices to make)
Ce qui n'est pas tout à fait vrai, car dans son cas elle n'a pas deux options, mais quatre possibles :

1) non-IDN.non-IDN

2) IDN.non-IDN

3) non-IDN.IDN

4) IDN.IDN

Puisque Nestlé pourra désormais se décliner en .NESTLE ou .NESTLÉ !

Au-delà de telle ou telle marque, cela veut donc dire que des extensions pourront être créées dans toutes les langues, avec des centaines de milliers de caractères. Pour autant, est-ce souhaitable ?

* * *


Pour garder notre exemple, quel intérêt aurait Nestlé à passer du .COM (et/ou de toutes les autres extensions que vous voulez) au .NESTLE (ou .NESTLÉ) ?

En fait, dans l'état actuel des connaissances en la matière, un intérêt plutôt limité ! Puisque la nouvelle extension n'a pas vocation (pour l'instant...) à remplacer toutes les autres, mais seulement à s'ajouter à toutes les autres.

D'où d'énormes coûts supplémentaires en vue, cela va de soi. Or on a beau dire que les grand groupes mondiaux sont riches, ils ont déjà fort à faire pour protéger leurs marques (car la plupart du temps ils n'en ont pas qu'une mais toute une ribambelle) avec les quelque 264 extensions existantes (21 gTLD + 243 ccTLD), qui pourtant sont toutes peu ou prou disponibles à des prix accessibles.

Et en fait je partage l'avis de J. Scott Evans qui trouve extrêmement basses les estimations selon lesquelles les sociétés du club Fortune 500 dépensent un demi-million $ par an pour la protection de leur domaine.

D'autant plus qu'une étude sur la localisation en français de 18 d'entre elles (4,56 Mo) m'a montré qu'elles étaient loin de toujours être cohérentes dans leur charte de nommage et leur politique mondiales de visibilité sur Internet.

Donc tout cela ne fera qu'ajouter à la confusion et rebutera les sociétés d'investir des chiffres énormes (je pense qu'on peut avancer sans grande crainte de se tromper une fourchette entre 100 000 et 500 000 $ par extension personnalisée, sans compter ensuite les coûts annualisés de leur exploitation). Ce qui va vite devenir rédhibitoire, même pour des multinationales qui en fait n'en auront pas besoin, pour plusieurs raisons dépassant le seul aspect financier :
  1. tous les grands groupes ont aujourd'hui une présence Internet consolidée ;
  2. une nouvelle extension .MARQUE les obligera à communiquer massivement vers les internautes avant que la "commutation" ne se mette en place naturellement ;
  3. cela risque de générer une bonne dose de confusion chez les utilisateurs/consommateurs qui perdront leurs marques (c'est le cas de dire ;-) et ne sauront plus où aller, sauf à rendre visite à la concurrence ;
  4. il n'est pas du tout certain que les multinationales souhaitent regrouper des portefeuilles de marques parfois énormes sous un seul domaine (par exemple, Montblanc.NESTLE, et ainsi de suite) ;
  5. le choix d'une extension IDN (.NESTLÉ) coupe automatiquement des centaines de millions d'internautes qui n'ont pas de é (e accent aigu) sur leur clavier, ce qui serait très mauvais pour le commerce, etc.
Ce qui, au final, ferait quand même cher pour pas grand chose. Mais bon, je ne suis sûrement pas dans la tête de leurs dirigeants...

Par contre, il y a selon moi une mesure à laquelle l'ICANN n'a pas pensé (ils n'avaient qu'à me le demander ;-), ce serait d'offrir aux marques une nouvelle extension qui ne s'ajoute pas à toutes les autres, mais qui les remplace !

Après tout, puisque c'est l'ICANN qui signe les accords avec tous les registres, il suffirait de prendre des accords collectifs pour que le .MARQUE soit packagé avec les 264 extensions existantes, et le tour est joué.

Utopique ? Vous croyez ? Ah bon, peut-être !

* * *


Il n'empêche que ce serait LA solution pour les marques, mondiales, évidemment. Pour les autres, ce serait plus compliqué. Sans compter les innombrables cas de litiges possibles, à commencer par le fameux principe de spécialité des marques.

Rassurez-vous, j'ignorais tout de cela il y a quelques mois encore, mais c'est en collaborant avec Quensis, société spécialisée dans la création de marques juridiquement disponibles, que petit à petit je vais devenir incollable. Consultez leur brochure ou leur blog, vous verrez que c'est génial. Petit clin d'œil au passage à Delphine et Jean-Philippe ;-)

En clair, si deux marques ne sont pas déposées dans les mêmes classes (il y en a 45), elles peuvent cohabiter : Hermès / éditions Hermès, Montblanc / crème Montblanc / Mont Blanc, Apple / Apple et producteurs de pommes, etc.

Donc déjà que la jurisprudence est loin d'être constante dans l'application du principe de spécialité aux noms de domaine (c'est moi qui souligne) :
Lorsque le contentieux des noms de domaine est apparu, on a pu constater de nombreuses divergences, tant doctrinales que jurisprudentielles, sur le point de savoir si ces nouveaux signes distinctifs étaient soumis au principe de spécialité.
et cela sur UN seul pays, alors imaginez la cacophonie mondiale, dans toutes les classes et toutes les langues, ce sera à proprement parler ingérable.

De plus par l'ICANN, qui, jusqu'à présent, nous a souvent donné des preuves manifestes de son incohérence, voire de son inconséquence, notamment dans des dossiers comme le domain tasting ou dans l'affaire du .XXX, ce qui présage bien d'une gestion saine des nouvelles extensions, convenons-en...

D'où une myriade de litiges en perspective, et des coûts démultipliés pour les entreprises.

Autre exemple bref : imaginez le déposant de .GAMING, comment seront gérées les marques à gauche du point (XBOX, SONY, NINTENDO, etc.) ?

Voilà. Il y a d'autres aspects à aborder, mais ce sera pour une autre fois. Donc pour répondre à ma question : « dès 2009, chaque marque aura-t-elle intérêt à prendre sa propre extension en .MARQUE ? », disons que pour l'instant le plateau de la balance penche largement en faveur du NON plutôt que du OUI.

J'emprunterai ma conclusion à Cédric Manara :
Plus il y a d’extensions, plus cela fortifie la valeur des .COM.

Plus on habite le centre-ville, plus on est heureux d’y être quand la banlieue s’étend.
Dans cette affaire, je crois surtout que l'ICANN a confondu vitesse et précipitation, tout accaparée par sa quête forcenée de générer des recettes supplémentaires. Nous verrons.



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