mercredi 30 mars 2011

Collaboration avec Presse-Citron

La semaine dernière, je suis tombé par hasard sur ce billet d'Éric Dupin, intitulé Devenir rédacteur sur Presse-citron, et en le lisant, je me suis dit : pourquoi pas ?

J'ai donc contacté Éric en lui demandant s'il était d'accord et en trois jours je publiais un bref billet de présentation.

Car depuis que j'ai annoncé mon changement de cap sur ce blog, il y a déjà deux ans (!), j'ai consacré une centaine de billets à l'Italie pour tenter d'expliquer ce pays à un lectorat francophone ayant trop souvent tendance à "ne voir de l'Italie que ce qu'il voit en France", mais j'avoue que je commence à fatiguer.

Non pas que j'aie l'intention d'arrêter, ça n'aurait pas de sens tant que Berlusconi continue à conditionner si tristement la vie du pays, et je continuerai donc jusqu'à un "retour à la normale", en espérant que cette "normalité" arrivera le plus vite possible.

Pour autant le salutaire billet d'Éric m'a permis de retoucher terre un instant, et je me suis dit qu'il n'était pas juste de consacrer toutes mes forces à un travail d'Hercule que je trouve de plus en plus inutile, et qu'il serait peut-être temps de revenir à mes premières amours, à savoir le Web. Or quel meilleur endroit que publier sur le premier blog français au classement high-tech de Wikio !?

Et puisqu'il est question de Wikio, mon premier véritable billet s'intéresse à la société de Pierre Chappaz, car je dois dire qu'il me trottait dans la tête depuis un moment.

Vous me direz que j'aurais aussi bien pu le publier sur Adscriptor, mais le mélange ne prend plus, ce commentaire l'explique fort bien :
Salut Jean-Marie, avant je suivais beaucoup tes articles mais depuis que tu cibles seulement l’Italie, j’ai arrêté de visiter ton blog. Dans tous les cas, Bienvenue !
Donc comme on dit, l'occasion fait le larron et je me sens bien la pêche pour entreprendre cette nouvelle aventure.

Alors merci à Éric, et qu'il me soit également permis de remercier Philippe Lagane, d'Accessoweb, qui m'a aussi invité à publier sur le sien. C'est assez gentil pour le signaler !

Donc en attendant, voici l'extrait de présentation de "Convergence totale des médias, Wikio et création de contenu" :
Chaque révolution dans la production de contenu s’accompagne d’une révolution correspondante dans la distribution de contenu. Or cette distribution est fortement impactée par la convergence totale des médias de plus en plus interconnectés (Web, TV, radio, films, téléphone, etc., voire, demain, l’Internet des choses), qui se décline à travers la multiplicité des supports (ordinateurs, tablettes, mobiles, etc.), des tailles d’écran (iPhone, iPad, Blackberry…), des résolutions (Androïd), sans oublier la localisation multilingue : seule une plateforme ouverte, libre et sociale pourra relever cet immense défi…
Lire la suite ici...


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vendredi 25 mars 2011

Indécence absolue de la politique italienne

La politique italienne est une pute de la pire espèce. Je ne parle pas des prostitué(e)s qui vendent leur corps mais conservent leur dignité d'êtres humains, non, je parle des traînées dont tous les trous sont déjà bouchés et qui vendent au plus offrant les restes que la nature a mis à leur disposition, dans un souci d'égalité mal récompensé, du coeur à l'âme, du cerveau aux sentiments.

Et dire qu'entre eux les politiques italiens prétendent qu'on les appelle "honorables", un titre inversement proportionnel à leur bassesse d'esprit, un titre dont seule la pompe va comme un gant préservatif usagé à tous ces pompeurs de ... (je vous laisse remplir les trous).

Ils confondent députés et des putes, probablement un problème d'accent, voire députés et "imputés" (le terme italien qui désigne le prévenu, tandis que "indagato" désigne l'inculpé, ou mis en examen).

Honneur à l'imputé en chef, donc, Silvio Berlusconi, appelé à comparaître dans quelques jours, entre autres..., pour concussion et instigation à la prostitution de mineurs, mérite d'un chef de gouvernement assez rare pour être souligné, qui vient de nommer cette semaine un nouveau ministre de l'agriculture, lui aussi en attente de connaître son sort, puisqu'il fait d'ores et déjà l'objet de deux mises en examen, l'une pour "participation externe à une association mafieuse" (concorso in associazione mafiosa), et l'autre pour "participation à la corruption, aggravée par le fait d'avoir favorisé l'association mafieuse" (concorso in corruzione aggravata dall'aver favorito l'associazione mafiosa).

Pas grand chose, me direz-vous, vu le CV de l'actuel premier ministre, on comprend que les derniers arrivés dans l'équipe gouvernementale aient un souci légitime d'émulation.

Certains s'étonnent quand même de la situation, comme le Président de la République italienne, Giorgio Napolitano, qui a d'abord tenté de dissuader Berlusconi de nommer ce ministre en particulier, avant d'en contresigner la nomination en même temps que son service de presse publiait un communiqué officiel pour exprimer tous les "doutes" et les "réserves" du Président sur l'opportunité politique et institutionnelle d'une telle nomination...

Bien évidemment, le néo-ministre s'est empressé de se déclarer déçu par le communiqué, "inexact" de son point de vue. La Présidence de la République lui a immédiatement répondu en l'invitant à "relire le communiqué"...

PierLuigi Bersani, chef de l'opposition, a qualifié cette nomination comme l'un des épisodes les plus noirs de l'histoire de la République italienne.

Ambiance !

Berlusconi a donc dû insister en déclarant qu'il assumait personnellement toutes ses responsabilités dans cette affaire, pour une nomination incompréhensible si l'on ne sait pas ce qu'il y a derrière. Et pour comprendre ce qu'il y a derrière, à part le message implicite à la mafia, il faut remonter au 14 décembre 2010, lorsque Berlusconi a été sauvé sur le fil grâce à "trois petites voix", mais qui lui ont permis de se tirer indemne de deux motions (l'une de confiance sur sa personne et l'autre de censure sur son gouvernement), et, surtout, seule chose qui lui importait vraiment, de conserver son immunité pénale...

Or le pire dans tout ça, c'est cette "majorité du parlement italien" qui n'a que quelques voix d'écart sur l'opposition parlementaire et dont beaucoup, en sachant que leur vote est absolument primordial pour maintenir ce bouffon de Berlusconi au pouvoir, n'hésitent pas à monnayer - cher, très cher - leur appui.

Comme nombre de ceux qui ont brusquement changé de camp dans le mois qui a précédé la motion de confiance, en donnant un spectacle indécent de la politique italienne, plus puante qu'un marché aux bestiaux ! À tel point que dans les jours à venir, Berlusconi devrait publier un décret qui lui permettra d'élargir son "équipe gouvernementale" pour y faire entrer tous les transfuges (une bonne vingtaine, selon certaines prévisions) qui piaffent d'impatience et dont Saverio Romano n'a été que le premier.

La déplorable situation du gouvernement italien est donc celle d'un chef de gouvernement sous chantage permanent, chose que dénoncent ouvertement et quotidiennement les observateurs et analystes de tous bords (sauf ceux qui sont à la solde du pouvoir, bien sûr), qui a un besoin extrêmement urgent de se faire voter de nouvelles lois pour lui assurer une impunité ad vitam æternam...

Bien évidemment, face à une cette impérative nécessité, vitale pour l'intéressé, les prix montent. Et vite.

C'est probablement un hasard, mais la nomination du néo-ministre de l'agriculture tombe pile au moment où les magistrats s'apprêtent à demander au parlement l'autorisation d'utiliser les écoutes téléphoniques qui l'ont surpris en conversation avec des personnages peu recommandables, et gageons que le parlement se fera un plaisir de refuser la requête des magistrats, alors qu'il s'agit là d'éléments de preuve qui auraient probablement un poids déterminant dans la mise en examen du ministre.

Autant vous dire que dans le contexte nauséabond généralisé du cloaque italien, la politique - la vraie - n'a plus droit de cité et qu'aucun - absolument aucun - des gigantesques problèmes qui accablent la société italienne n'a plus le moindre espoir d'être traité par cette classe politique dégénérée et gangrénée jusqu'à la moelle.

Dont les seules préoccupations consistent à s'en mettre plein les poches sur le dos du peuple et à taper sur les juges de toutes les manières possibles. Je vous raconte pas les lois qui sont en préparation, il me faudrait plusieurs billets pour vous en donner un faible aperçu, disons juste qu'elles arrivent en droite ligne de la subversion piduiste dont Berlusconi fut - et reste - un membre éminent. En tout cas, s'il y a une chose qu'il faut reconnaître à ce triste énergumène, c'est sa pugnacité, puisqu'après des décennies d'efforts incessants, il est sur le point de réussir son coup d'état démocratique et légal, une grande première dans l'histoire de l'humanité, avec le consentement passif et coupable (extrêmement coupable, à la limite de l'indifférence, même) de la société italienne, sans couilles et sans âme, qui vit comme une fatalité inéluctable les cancers mafieux et cet océan de corruption politique et sociale qui l'affligent.

Je me sens tellement impuissant face à ce déferlement de merde humaine, cela fait déjà des centaines de billets que j'écris sur ce blog et mon blog italien pour dénoncer une situation sans précédent dans un pays soi-disant "démocratique", un pays inimaginable, mais j'obtiens à peu près le même résultat que la fameuse piqûre de moustique sur le cul du mammouth.

Tiens, je vais aller vomir mon âme, ça me soulagera un peu, jusqu'à ce que le trop-plein se reconstitue et qu'il ne déborde dans un prochain billet...

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jeudi 24 mars 2011

Demand Media Infographic

Après mon premier billet sur l'introduction en bourse de Demand Media, voici une infographie intéressante :


[Source: OnlineMBA.com]


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vendredi 11 mars 2011

Tangentopoli n'aurait jamais eu lieu...


Version italienne...

La catastrophe Berlusconi n'en finit pas de faire des dégâts ! Je crois qu'à la fin de sa carrière, même en espérant qu'elle arrive le plus vite possible, ce triste sire aura fait plus de mal à l'Italie que Mussolini himself ! Difficile d'imaginer pire...

Depuis toujours, les deux obsessions de Berlusconi sont la justice et la Constitution italienne. La justice parce qu'elle est un risque constant qui menace - justement - de sanctionner ses innombrables méfaits. Et la Constitution car son système subtil d'équilibres et de contre-pouvoirs l'empêche de gouverner l'Italie à sa guise, c'est-à-dire dans l'impunité la plus totale pour lui et pour tous les clans de maléfiques qui lui tournent autour.

Berlusconi a donc présenté aujourd'hui sa grande, grande, grande "réforme" de la justice, qu'il n'hésite pas à définir "épocale" et n'a pour but que d'entériner la fin de la démocratie en Italie, arrivant en droite ligne du "plan de renaissance démocratique" de Licio Gelli, et copiant mot pour mot nombre de mesures destinées à casser les relations police-parquet et à placer les magistrats et la "justice" à la botte du pouvoir exécutif.

Dans un article intitulé "Les relations police-parquet en Italie : un équilibre menacé ?", Massimo Vogliotti rappelait dès 2004 « le processus qui a amené le ministère public italien à la conquête progressive de son indépendance et au renforcement de son rôle. Cette évolution a pesé sur ses rapports avec la police judiciaire, organe tenu à une double loyauté : à l’égard du Gouvernement et de la magistrature. Si pendant le régime fasciste ce système était très déséquilibré du côté du pouvoir politique, la Constitution républicaine et le nouveau code de procédure pénale ont accru le pouvoir du parquet dans la direction effective de la police. Actuellement, ce cadre institutionnel – suffisamment équilibré – est menacé par des projets de réforme qui affaiblissent l’indépendance du ministère public et contestent – au profit de la police – son rôle actif durant l’enquête. »

Donc cette soi-disant "réforme épocale" berlusconienne réintroduit le fort déséquilibre au profit du pouvoir politique propre au fascisme, et ce n'est qu'un début. Dans l'affaire bunga-bunga, par exemple, où Berlusconi est intervenu directement auprès de la préfecture et des services de police pour faire relâcher la mineure, si la réforme avait été en place, personne n'aurait jamais rien su de cette histoire...

Lors de la présentation de la "réforme épocale" au côté de son "ministre de la justice", Angelino Alfano (le même qui embrassait un chef mafieux en 1996 au mariage de sa fille, sans savoir de qui il s'agissait, c'est clair, un peu dans la lignée des Dell'Utri et des Schifani...), un journaliste lui pose la question suivante : « comment imaginez-vous l'histoire de la république si cette réforme avait déjà été approuvée il y a 20 ans. »



Réponse de Berlusconi :
Il n'y aurait eu aucun débordement de la magistrature, les juges n'auraient pas envahi l'espace politique, nous n'aurions pas vécu les situations qui ont induit des changements de gouvernements, ni l'annulation des classes dirigeantes des années 92-93, ni le renversement d'un gouvernement élu en 1994 (le sien), etc.
En clair, Tangentopoli n'aurait jamais eu lieu...

Cette seule image donne une idée précise de ce que Berlusconi a réussi à faire - ou, pour mieux dire, à défaire - en 20 ans : en 92, Tangentopoli fut saluée par tout le peuple italien honnête comme un "tournant épocal", justement, un changement d'époque pour raser la corruption politico-mafieuse et entrepreneuriale généralisée qui gangrénait l'ensemble du corps social et repartir sur de nouvelles bases, et tout le peuple italien honnête était extrêmement reconnaissant au pool de magistrats du parquet de Milan, formé par le procureur général Francesco Saverio Borrelli et les juges Gerardo D'Ambrosio, Piercamillo Davigo, Francesco Greco, Gherardo Colombo, Ilda Boccassini et Antonio Di Pietro, le plus médiatisé à l'époque :


Grazie : le peuple des gens honnêtes remerciait donc les magistrats, sans savoir qu'au même moment les nouvelles classes politiques pactisaient sur son dos avec les chefs historiques de la mafia, qui avait déjà décidé de miser sur un nouveau cheval cavalier...

Et voilà qu'aujourd'hui, moins de 20 ans plus tard, alors que la mafia progresse de partout, Berlusconi avoue tout heureux au peuple italien qu'avec sa réforme, Tangentopoli n'aurait jamais eu lieu, et que, désormais, le ministère public devra se présenter devant le juge en saluant d'une courbette (pour rendre l'expression utilisée par Berlusconi : "col cappello in mano", qui signifie "servilement") !

Laissons tomber toutes les autres bestialités prononcées par ce mensonge vivant (je jure sur mes enfants que jamais, jamais, jamais ma qualité d'homme politique n'a influé sur mes procès, desquels j'ai toujours été absous, etc. etc.), pour souligner l'effronterie sans vergogne de cet énergumène qui tient l'Italie sous le joug de la corruption institutionnalisée, au point de faire sortir de son habituelle réserve Gian Carlo Caselli, actuel Procureur général de la République, chef du Parquet de la Cour d'appel de Turin, généralement plutôt mesuré dans ses paroles, qui déclare dans un éditorial intitulé "La démocratie est en jeu, aux hommes libres de la défendre", que, selon lui, confier la réforme de la justice à un tel personnage - maintes fois prévenu, qui méprise tout principe de légalité en prétendant que la loi doive être la même pour tous les mortels sauf pour Lui, un personnage qui hait les juges et passe son temps à les insulter -, c'est comme confier la réforme du catéchisme à un bouffe-curé athée et blasphème !

Certes, la réforme propose que le double conseil supérieur de la magistrature soit sous le contrôle direct du Président de la République, une garantie donc, mais au même moment Berlusconi annonce qu'il vise désormais la ... Présidence de la République en 2013 ! Donc imaginez quelle espèce de garantie peut donner un homme actuellement accusé - entre beaucoup d'autres choses mais avec un dossier épais comme une encyclopédie de l'injustice en 50 volumes -, de favoriser la prostitution des mineures.

Il est vrai qu'il va même jusqu'à nier que Ruby était mineure, en annonçant des preuves de son assertion ! Il y a tout juste huit jours, le 3 mars, le journal de famille (l'éditeur est son frère) titre en une : « Berlusconi optimiste, Ruby était majeure ». Et en page 5 : « Berlusconi joue son atout, Ruby était majeure ».

D'ailleurs, le même jour, l'info était reprise sur le Corriere della Sera, en page 9 : « J'ai les preuves, Ruby n'était pas mineure », avec en sous-titre : « Berlusconi déclare aux députés : Ruby a été enregistrée à l'état-civil deux ans après sa naissance, je serais totalement absous », selon les résultats d' « une enquête défensive menée jusqu'au Maroc », dans « la ville d'origine de la jeune fille », Fki Ben Salah...

Or hier, le Fatto quotidiano annonce en exclusivité un scoop surprenant, selon lequel une des responsables du service de l'état-civil dénonce avoir subi le mois dernier une tentative de corruption de la part de deux italiens pour anticiper de 2 ans la date de naissance de Karima El Mahroug, surnommée Ruby, qui aurait dû devenir le 1er novembre 1990 au lieu du 1er novembre 1992...

Voir en P.S. la vidéo, sous-titrée en italien.

Les avocats de Berlusconi ont immédiatement porté plainte en niant toute implication de Berlusconi dans cette "falsification", il n'en reste pas moins qu'il faudrait quand même trouver une explication rationnelle et plausible aux affirmations du journal de famille huit jours auparavant...

D'ailleurs il se pourrait bien que l'affaire devienne un cas diplomatique entre l'Italie et le Maroc, maintenant qu'une honnête fonctionnaire de l'état-civil marocain risque d'en voir de toutes les couleurs à cause de cette triste histoire.

Donc penser une seule seconde que Berlusconi Silvio, dénommé Ubunga-bunga, actuel hors-la-loi institutionnel et accessoirement président du conseil des ministres italien, qui n'est d'ores et déjà plus présentable ni défendable hors d'Italie (en Italie non plus, mais malheureusement il est encore soutenu par un parlement de vendus et ce n'est pas l'opinion publique ni l'opposition lobotomisées qui risquent de trop le contrarier), puisse devenir demain Président de la République italienne, c'est pour le coup que je me casse définitivement d'Italie.

Il est vrai que si la majorité des italiens est encore assez conne pour le voter contre ses propres intérêts (l'expression n'est pas de moi, je ne fais que paraphraser Berlusconi lui-même en campagne électorale...), le pays n'aura que la classe politique qu'il se mérite, on le voit bien aujourd'hui. Mais ça c'est une autre histoire...


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lundi 28 février 2011

Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : où est la vérité ?

I. Victor-Emmanuel de Savoie avoue : scoop du Fatto Quotidiano !
II. Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : le fusil du prince !
III. Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : où est la vérité ?


* * *
Dans un démenti "officiel" dont j'ai déjà parlé dans mon premier billet :


publié le 24 février, le prince de Savoie fait quelques affirmations intéressantes qu'il convient d'analyser de plus près. Mais voyons d'abord la traduction :
J'ai lu ce qu'a publié aujourd'hui en une "Il Fatto Quotidiano", à propos d'une vidéo qui ferait ressortir des faits nouveaux sur les événements tragiques ayant conduit à la triste disparition du jeune Dirk Hamer. Encore une tentative maladroite pour attaquer un citoyen, une fois de plus, en prétextant de faits déjà tirés au clair depuis des années. Des faits qui s'inscrivent dans une enquête menée en 2006 par le Ministère public Woodcock, dont j'ai été totalement acquitté au motif de « faits non avenus ».

Il s'agit là d'une pratique journalistique "à retardement", utilisée depuis longtemps déjà pour noircir les personnes qui ne sont pas en phase, si je puis dire, avec les souhaits d'un certain type de presse, présentant des infos qui finissent régulièrement par se dégonfler comme des ballons de baudruche tout en laissant des traces lourdes et douloureuses chez qui en est la victime, une pratique utilisée aujourd'hui par "Il Fatto Quotidiano".

L'examen du texte des conversations relatives à la vidéo diffusée ce jour par le journal en question, déjà retranscrites dans les actes de la police judiciaire et à disposition de la justice depuis longtemps, n'ajoutent pas une virgule à ce qui est notoirement connu, et font même ressortir l'état de difficulté évident dans lequel j'étais à cause de mon incarcération traumatisante et de la situation incompréhensible dans laquelle je me trouvais. J'ajoute que des doses importantes de sédatif m'avaient été administrées, nécessaires à cause de mon état d'anxiété, qui ont provoqué chez moi un grave état de confusion, chose prouvée par les analyses médicales effectuées à ma sortie de la prison de Potenza.

J'observe également que les phrases sont déconnectées les unes des autres, avec l'intercalage de longues parties où s'alternent pauses et mots incompréhensibles, ce qui rend impossible de lier les différents tronçons entre eux pour faire croire à la thèse de l'admission de culpabilité. J'observe en outre que la vidéo diffusée par “Il Fatto Quotidiano” résulte d'un montage artificiel faisant intervenir 7 tronçons différents pour tenter de donner un sens achevé aux phrases prononcées. Or tout cela a déjà été publié dans de nombreux journaux en 2006, et clairement expliqué dans les actes de différents procès.

Je souligne d'ailleurs que :

1) Les mots de la vidéo sont très fragmentés et incohérents, entrecoupés de longues pauses et de bouts d'enregistrement incompréhensibles, fruit d'un montage astucieusement assemblé.

2) Aucun mot ne ressort du contexte de la vidéo enregistrée, qui serait nouveau par rapport à ceux déjà connus et tirés au clair.

3) Aucun aveu de responsabilité ne ressort du contexte de l'enregistrement ni n'aurait jamais pu ressortir, puisqu'il n'y a jamais eu aucune responsabilité.

4) Chose dont la Cour d'assises de Paris fut bien consciente, puisqu'elle s'est exprimée sur la base de preuves objectives sans la moindre équivoque : expertises balistiques (qui ont prouvé, entre autres, que la balle qui a frappé la jambe de la victime était une balle de pistolet, et non pas de fusil) et nombreuses évaluations techniques.

Cette déplorable tentative de raviver des expériences humaines douloureuses en publiant des infos journalistiques visant à accréditer des faits qui ne sont pas vrais, trouvera les réponses les plus fermes devant les tribunaux compétents, et je précise du reste que le magistrat Henry John Woodcock avait transmis dès 2006 le film et la retranscription des écoutes au Ministère de la Justice français, qui avait lui "sèchement" et clairement répondu qu'aucune procédure ne pouvait être rouverte contre lui après un jugement de la Cour d'Assises de Paris, fondé sur des preuves objectives et sans équivoque de son innocence.

Difficile de comprendre, donc, pourquoi le journal en question veut relancer une histoire désuette et clarifiée, quel est le but ?

J'ai déjà mandaté Maître Francesco Murgia pour intenter toutes les actions nécessaires à l'encontre de quiconque voudra accréditer des faits ou des versions différent(e)s, ou encore insinuer qu'il y ait eu de ma part une reconnaissance de culpabilité pour les événements mentionnés, afin de rétablir la vérité des faits, si nécessaire, et de protéger mon innocence contre les diffamations de ceux qui citent les jugements comme des vérités uniquement lorsque ces vérités correspondent à leurs vues instrumentales.

Victor-Emmanuel
En premier lieu, puisque le prince parle beaucoup de "faits" dans sa note, voyons-les de plus près, ces "faits" :

- en décembre 1978, âgé de 19 ans, Dirk Hamer décède des suites d'une blessure à l'aine causée par un tir d'arme à feu, dont le prince avait reconnu dans un premier temps être responsable (déclaration rendue le 18 août 1978 à 7h du matin aux policiers Nowaczyk et Monet, du commissariat de Bonifacio, nous dit Birgit Hamer dans son livre) [Je soussigné, S.A.R. le Prince Victor-Emmanuel de Savoie, Comte de Sarre, né le 12 février 1937, à Naples (Italie). (...) Au moment où le deuxième coup fut tiré, j'avais la main sur la détente et le coup est parti accidentellement. À aucun moment je n'ai voulu tirer dans leur direction. Je reconnais les faits tels qu'ils se sont passés, en ce sens que j'assume mes propres responsabilités sur les blessures provoquées par cette balle perdue. Je vous remets le fusil et 29 cartouches. Je détiens un port d'armes dont voici une photocopie. (Al momento del secondo sparo la mia mano era sul grilletto e il colpo è partito accidentalmente. In nessun momento ho mai voluto sparare nella loro direzione. Riconosco i fatti per come si sono svolti, nel senso che mi assumo le responsabilità delle ferite causate da questa pallottola vagante. Vi consegno il fucile con 29 cartucce. Sono titolare di un porto d’armi di cui vi consegno fotocopia.)] ;
- en juillet 1992, 14 ans plus tard, le prince Victor-Emmanuel de Savoie est définitivement acquitté dans cette affaire, à l'issue d'un ultime recours en Cassation de la famille Hamer ;
- en juin 2006, alors que l'histoire est close depuis 14 ans et que personne ne lui demande rien, Victor-Emmanuel de Savoie déclare de façon totalement spontanée à ses compagnons de cellule (c'est lui qui mène la conversation, sur un ton pas particulièrement stressé, au contraire) :
Je peux vous dire qu’Isolabella est venu à Paris assister à mon procès, le procès, même si j'étais en tort, en tort, pour être...

Parce que là, c’est oui ou c’est non, d'abord ils m’ont saisi, encore à moi… alors j’ai changé six des jurés, parce que j’avais le droit, s’ils ne me plaisaient pas, de les changer

J'avais une batterie d'avocats... ah, comment mon avocat s’appelait-il donc ?... il avait trouvé... puis j'ai été mis en probation
(sursis avec mise à l’épreuve, je suppose), pendant un an et demi, donc c’est à partir de là que nous avons commencé, et je dois dire que je les ai bien eus, vraiment génial, plus une vingtaine de témoins, et d’autres personnalités publiques importantes, le parquet avait demandé cinq ans et demi, mais j'étais sûr de gagner, j'en étais plus que sûr, attendez, laissez-moi visualiser (la scène), maintenant on demande aux jurés qui se sont, on demande aux jurés de se retirer et de répondre sur trois points :
  1. Y a-t-il eu un acte volontaire de la part de Monsieur le prince de Savoie? 
  2. Monsieur le prince de Savoie est-il responsable de la mort (de Dirk Hamer)?
  3. Monsieur le prince de Savoie avait-il oui ou non une arme à feu ?
Ils se sont retirés, et deux heures plus tard ils sont revenus ... impressionnant
  1. Premier point : « Aucun acte volontaire de la part de Monsieur le prince de Savoie » 
  2. Deuxième point: « Monsieur le prince de Savoie n'est pas responsable de la mort de l'allemand » 
  3. Troisième point: « Oui, il avait une carabine datant d’avant-guerre »... 
Condamné à six mois avec sursis. Six mois : il y avait une amnistie, ils l’ont même pas transcrit (sur mon casier) ! 
- (rigolade) – 
Je suis sorti de là, vraiment génial ! Non, parce que…

J'ai tiré deux coups de fusil, un comme ça et l'autre vers le bas, mais le coup est parti dans cette direction, il est parti là et l'a touché à la jambe (incompréhensible)... en passant à travers la coque.

Et d’ailleurs, je sais pas si quelqu’un a fait le service
(militaire), avez-vous fait le service quand il y avait les … anglais, carabine, OK, cartouche calibre 30/03, 30/03, (crosse) en bois

Alors, il est où, ce whisky ?
- en 2011, après presque cinq ans d'attente, la sœur de Dirk Hamer finit par obtenir des autorités compétentes, par les voies judiciaires ordinaires et de façon tout à fait légitime, la vidéo intacte d'une durée de 6'24" où sont enregistrés sons et images de ladite déclaration.
- 33 ans séparent la mort de Dirk Hamer et la mise à disposition de la vidéo sur Internet.

Ça ce sont les faits. Nus et durs.
* * *
Lorsque, pour la première fois, l'enregistrement audio ci-dessus (mais pas la vidéo) a été publié par la presse italienne en 2006, le prince a immédiatement contre-attaqué dans deux directions : la manipulation de l'info par la publication de fragments de phrases extrapolées d'un contexte plus ample, et le manque de lucidité et de sérénité dont il souffrait à cause de sa détention.

Ce dont témoignent parfaitement les déclarations de son avocate de l'époque, Giulia Bongiorno, qui dit en deux occasions : « ce ne sont que des petits fragments extrapolés de contextes bien plus amples » (Sono solo piccoli frammenti estrapolati da contesti molto più ampi), et « je tiens à souligner que durant sa détention Victor-Emmanuel n'était nullement lucide ni serein » (Vorrei far presente che nei giorni della sua detenzione Vittorio Emanuele non era per nulla lucido e sereno).

La femme du prince, Marina Doria, rend également une déclaration semblable, comme le précise cette note de l'Ambassade de France, datée du 13 septembre 2006, intitulée « Signalé dans la presse italienne » :
« Vittorio Emanuele de Savoie évoque la tragédie survenue il y a vingt-huit ans sur l’île de Cavallo : "Je n’ai pas tué Hamer, la preuve est le projectile" » (Federica Cavadini, Corriere) : « L’épouse du prince, Marina Doria, s’exprime pour son mari : "des bouts de phrases prononcées par mon époux ont été assemblées pour le confondre" ».
Elle ajoute du reste : « Il est impossible que mon mari ait dit ça, parce qu'il est innocent. Pourquoi ont-ils assemblés ces fragments ? Ce n'est pas à nous qu'il faut le demander ». (E' impossibile che mio marito l'abbia detto, perché è innocente. Perché hanno messo insieme quei frammenti? Non lo chieda a noi.)

Par ailleurs, sur la teneur des mots interceptés dans l'enregistrement, les défenseurs du prince, les avocats Sergio Calvetti et Francesco Murgia, déclarent même : « Cette phrase n'a jamais été prononcée » (Quella frase non è stata mai pronunciata), à propos de « J'avais tort et je les ai eus. J'étais sûr de gagner » (Avevo torto e li ho fregati. Ero sicuro di vincere).

Dans ce cas, il est vrai que cette phrase précise n'a jamais été prononcée telle quelle, et que ce sont effectivement trois bouts de phrase assemblés, mais il ne me semble pas que la teneur diffère fondamentalement du message qui passe en voyant l'intégralité de la vidéo, retranscrit ci-dessus.

Quant à Birgit Hamer, elle nous dit dans le livre que Paul Lombard et les défenseurs français du prince réitérèrent son innocence en soutenant la même thèse, à savoir que le prince avait parlé dans un état d'incapacité provoqué par l'administration de médicaments (Ovviamente i legali della controparte, soprattutto Paul Lombard, sostengono che il principe abbia parlato in stato di incapacità d’intendere e di volere determinata dall’assunzione di alcuni farmaci, e ribadiscono l’innocenza del loro assistito).

Il est vrai que, parfois, le mélange alcool-médicaments ne fait pas bon ménage (Alors, il est où, ce whisky ?)...
* * *
Mais passons, pour en arriver à la note princière (traduite en début de billet), où la stratégie d'attaque est exactement la même que celle qui a fait florès en 2006 : à la différence que cette fois le prince parle de vidéo artificieusement montée, et qu'il renchérit avec "les doses importantes de sédatif administrées" pour justifier son "grave état de confusion".

Il est vrai que le prince était tellement confus qu'à la sortie de sa semaine de prison, toujours en 2006, et sachant probablement qu'il était sur écoutes, il eut pour ses auditeurs une pensée pleine de gentillesse en s'adressant à son interlocuteur au téléphone : « Ce sont de pauvres individus, des envieux, des salauds, pense à ces connards qui sont en train de nous écouter, ils sont morts de faim, ils ont pas un centime, ils sont obligés de nous écouter toute la journée pendant que leur femme les fait probablement cocus... » (Sono dei poveretti, degli invidiosi, degli stronzi, pensa a quei coglioni che ci stanno ascoltando... morti di fame, non hanno un soldo, devono rimanere tutta la giornata ad ascoltare mentre probabilmente la moglie gli fa le corna)...

Au point de faire dire au magistrat de Potenza chargé de l'enquête préliminaire, Rocco Pavese, que ces déclarations démontrent tout le « cynisme et le mépris pour une enquête judiciaire légitime » (cinismo e disprezzo per la legittima attività investigativa e giurisdizionale). Autant vous dire que l'info a été reprise en boucle dans la presse et les médias...

Dans le même article que celui signalé par l'Ambassade de France, la femme du prince est bien sûr d'un avis opposé, et revient sur ces douces pensées royales : « Mon mari admet qu'il a eu ces mots et il s'en excuse, mais il les a eus dans un moment de dépression et de rage, probablement avait-il bu un verre de trop. Il a beaucoup souffert pendant sa détention en résidence surveillée ». (Mio marito ammette di aver detto quelle cose e se ne scusa, è stato un momento di depressione, di rabbia, avrà bevuto un bicchiere di troppo. Ha sofferto molto agli arresti domiciliari.)

Cela explique tout, donc. Pourtant, en 2011, alors que se dessine la même stratégie puissante d'attaque et d'intimidation préventive, on pourrait faire au prince plusieurs objections sur sa note :

1. Sur la "tentative maladroite" de relancer des "faits déjà tirés au clair depuis des années" pour lesquels le prince a été définitivement acquitté, j'ignore si la tentative est maladroite, mais le fait est qu'en faisant ses déclarations spontanées à ses compagnons de cellule, c'est le prince lui-même qui contredit seul ce qu'il a soutenu lors d'un jugement 15 ans auparavant, lui seul et personne d'autre. Donc si quelqu'un répète ce que lui-même a dit, de façon évidente et sans équivoque - la vidéo en est la preuve -, doit-on croire que le prince se diffamerait lui-même s'il accusait de diffamation ceux qui se contentent de répéter ses propos sans qu'ils n'aient jamais eu la moindre responsabilité dans la teneur desdits ?

2. Sur la soi-disant pratique journalistique "à retardement", suffit-il de rappeler que Birgit Hamer a dû attendre près de cinq ans pour recevoir la vidéo ? Par conséquent, si retardement il y a, c'est indubitablement indépendant de la volonté de Mme Hamer et uniquement dû aux longueurs de la procédure nécessaire à son obtention, mais certainement pas aux raisons invoquées par le prince dans le but prétendu de noircir son Altesse. Il y parvient fort bien tout seul par ses déclarations...

3. Sur le fait que la vidéo n'ajoute pas une virgule au texte des enregistrements précédemment retranscrits, c'est clair : le message n'a pas changé. Par contre la vidéo permet très précisément d'appréhender l'unité de temps et de lieu du contexte global, et de comprendre d'un seul coup d'œil que les déclarations sont spontanées (pas de pistolet sur la tempe pour le faire parler), autonomes, et sans aucune dilatation temporelle : le tout ne dure pas plus de 6'24".

Quant à la confusion que justifierait l'absorption de "doses importantes de sédatif" (et de whisky ?), elle est toute relative, puisque le prince semble manifester bien peu de confusion lorsqu'il parle de son procès, dès lors que l'évocation qu'il en fait correspond précisément au déroulement du jugement (les jurés récusés et le défilé des témoins, les questions posées aux jurés, etc.) et à son issue ("six mois avec sursis", ponctué d'une rigolade et d'un "j'en suis sorti, vraiment génial", qui prêtent peu à équivoque). Or être confus, ce serait l'être pour tout... Piqûre de rappel :
Je peux vous dire qu’Isolabella est venu à Paris assister à mon procès, le procès, même si j'étais en tort, en tort, pour être...

Parce que là, c’est oui ou c’est non, d'abord ils m’ont saisi, encore à moi… alors j’ai changé six des jurés, parce que j’avais le droit, s’ils ne me plaisaient pas, de les changer

J'avais une batterie d'avocats... ah, comment mon avocat s’appelait-il donc ?... il avait trouvé... puis j'ai été mis en probation
(sursis avec mise à l’épreuve, je suppose), pendant un an et demi, donc c’est à partir de là que nous avons commencé, et je dois dire que je les ai bien eus, vraiment génial, plus une vingtaine de témoins, et d’autres personnalités publiques importantes, le parquet avait demandé cinq ans et demi, mais j'étais sûr de gagner, j'en étais plus que sûr, attendez, laissez-moi visualiser (la scène), maintenant on demande aux jurés qui se sont, on demande aux jurés de se retirer et de répondre sur trois points :
  1. Y a-t-il eu un acte volontaire de la part de Monsieur le prince de Savoie? 
  2. Monsieur le prince de Savoie est-il responsable de la mort (de Dirk Hamer)?
  3. Monsieur le prince de Savoie avait-il oui ou non une arme à feu ?
Ils se sont retirés, et deux heures plus tard ils sont revenus ... impressionnant
  1. Premier point : « Aucun acte volontaire de la part de Monsieur le prince de Savoie » 
  2. Deuxième point: « Monsieur le prince de Savoie n'est pas responsable de la mort de l'allemand » 
  3. Troisième point: « Oui, il avait une carabine datant d’avant-guerre »... 
Condamné à six mois avec sursis. Six mois : il y avait une amnistie, ils l’ont même pas transcrit (sur mon casier) ! 
- (rigolade) – 
Je suis sorti de là, vraiment génial ! Non, parce que…

J'ai tiré deux coups de fusil, un comme ça et l'autre vers le bas, mais le coup est parti dans cette direction, il est parti là et l'a touché à la jambe (incompréhensible)... en passant à travers la coque.

Et d’ailleurs, je sais pas si quelqu’un a fait le service
(militaire), avez-vous fait le service quand il y avait les … anglais, carabine, OK, cartouche calibre 30/03, 30/03, (crosse) en bois

Alors, il est où, ce whisky ?
4. Sur les phrases déconnectées les unes des autres, entrecoupées de longues parties où s'alternent pauses et mots incompréhensibles, "ce qui rend impossible de lier les différents tronçons entre eux pour faire croire à la thèse de l'admission de culpabilité", à la rigueur c'est un argument qui pouvait être soutenu en 2006, justement en l'absence d'une unité tangible de temps et de lieu qui permit alors au prince et à ses défenseurs de prétendre qu'il y eut un assemblage artificieux de phrases hors contexte pour confondre les idées. L'élément de nouveauté qu'amène la vidéo est justement qu'il n'est plus possible d'affirmer cela aujourd'hui. Sauf à étayer les affirmations du prince et de ses défenseurs en démontrant qu'il y aurait eu manipulation audio et/ou vidéo du message.

5. Sur le montage artificieusement réalisé pour coller 7 tronçons différents afin de tenter de donner un sens achevé aux phrases prononcées, "Il Fatto Quoditiano" a clairement répondu en disant que le prince avait basé son raisonnement sur des extraits de la vidéo intégrale, bien que l'intégralité de celle-ci fût clairement signalée dans l'article. Pour autant, publier une note officielle de cette teneur ne devrait pas se faire à la légère, en accusant d'emblée le journal d'avoir procédé à un montage artificieux de la vidéo. Car de fait, comme l'observe la sœur de Dirk, il s'agit là d'accusations d'une extrême gravité : « Si le Savoie veut accuser les magistrats de Potenza d'avoir falsifié le film, qu'il le dise ouvertement... ».

6. Sur la publication d'infos journalistiques visant à accréditer des faits qui ne sont pas vrais, quels sont donc les "faits publiés qui ne sont pas vrais" ? La seule chose publiée est la vidéo ? Donc la vidéo serait fausse ? L'enregistrement audio et/ou vidéo aurait été manipulé ? Des fragments assemblés hors contexte ? Des "non" auraient été supprimés pour modifier les affirmations négatives en positives, ou vice-versa ? Par qui ? Par les magistrats de Potenza ? Et pourquoi donc ? Qui est-ce qui affirme : « J'ai tiré deux coups de fusil, un comme ça et l'autre vers le bas, mais le coup est parti dans cette direction, il est parti là et l'a touché à la jambe... » ?

Et comment doit-on interpréter cette phrase, et les autres (le procès, même si j'étais en tort, en tort... J'avais une batterie d'avocats... je dois dire que je les ai bien eus, vraiment génial, ... mais j'étais sûr de gagner, j'en étais plus que sûr, ...) ? Comme des aveux, des déclarations spontanées, des mensonges, des vérités, ou encore quelques paroles sans aucune importance au motif qu'elles auraient été prononcées par un incapable d'agir ? Ou bien devrait-on considérer les mots prononcés "nuls et non avenus" ? Et si oui, pourquoi donc ?

7. Sur la difficulté de comprendre dans quel but relancer une telle histoire "désuette et clarifiée", serait-il ingénu de croire qu'un journal qui professe comme ligne éditoriale la Constitution italienne et se bat quotidiennement contre la corruption et le mensonge, endémiques en Italie, s'attache également, d'une manière générale, à la vérité des faits ? Quand bien même la chose pourrait paraître secondaire à quelqu'un qui, en 1994, lorsqu'il lui fut demandé s'il était prêt à jurer fidélité à la Constitution républicaine pour pouvoir rentrer en Italie, se contenta de rétorquer : « Non, je ne veux pas répondre à cette question. C'est une connerie ! » (Nel 1994, quando gli fu chiesto se fosse disposto a giurare fedeltà alla Costituzione repubblicana per tornare in Italia, lui rispose: “No. Non voglio rispondere a questa domanda. È una cazzata!). Bon prince...

8. Enfin, sur la reconnaissance de culpabilité pour les événements mentionnés, sur le rétablissement de la vérité des faits, si nécessaire, et sur la nécessité de protéger le prince innocent contre les diffamations de ceux qui citent de façon arbitraire les jugements comme des vérités, peut-être vaudrait-il la peine de conclure en voyant quelles sont les seules "vérités" restées irréfutables dans cette histoire :

- en août 1978, un jeune homme de 19 ans, Dirk Hamer, est blessé à l'aine par le tir d'une arme à feu ; il meurt des suites de sa blessure en décembre de la même année ;
- la justice française n'a jamais pu identifier ni condamner le coupable ayant tiré ;
- par un beau jour de juin 2006, un homme déclare spontanément à ses compagnons de cellule dans la prison de Potenza que c'est lui qui a tiré deux coups de fusil, dont l'un a touché Dirk Hamer à la jambe.

Cet homme, c'est vous, Victor Emmanuel Albert Charles Théodore Humbert Boniface Amédée Damien Bernardin Janvier Marie de Savoie.

Aucun jugement n'est cité. Juste une vidéo de 6'24", nue et crue, publiée le 24 février 2011 sur le site du "Fatto quotidiano", 33 ans après "les événements tragiques ayant conduit à la triste disparition du jeune Dirk Hamer", qui en témoigne de façon évidente et sans équivoque. Est-ce diffamer la vérité que de dire cela ? Ou, tout simplement, est-ce dire la vérité ? Et encore, est-ce offenser l'honneur et la réputation d'un homme que de dire la vérité ?

La question est posée.

Si vous souhaitez y répondre, les commentaires vous sont ouverts.


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dimanche 27 février 2011

Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : le fusil du prince !


Billet qu'on pourrait également sous-titrer : mais que fait la presse ? ou pourquoi ce silence des médias ?

I. Victor-Emmanuel de Savoie avoue : scoop du Fatto Quotidiano !
II. Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : le fusil du prince !
III. Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : où est la vérité ?


* * *

En lisant le Fatto Quotidiano qui couvre cette histoire, le journal d'hier signale qu'un lecteur aurait réussi à comprendre la parole que dissimulent les derniers mots prononcés par le prince de Savoie à la fin du film, que j'ai retranscrits comme suit :
E poi, non so sé qualcuno qui ha fatto il servizio, chi ha fatto il servizio quando c’erano … inglese, ecc. Carabina, va bene… Pallottola trenta zero tre, trenta zero tre, … di legno… 
Allora, dov’è ‘sto whisky?

Traduction :

Et d’ailleurs, je sais pas si quelqu’un a fait le service (militaire), avez-vous fait le service quand il y avait les … anglais, carabine, OK, cartouche calibre 30/03, 30/03, (crosse) en bois

Alors, il est où, ce whisky ?
Selon le lecteur qui a contacté le site Dagospia, le mot manquant serait ENFIELD, dont il nous dit :
Si tratta del fucile usato nella I e II Guerra Mondiale dall'Esercito Inglese (vedi con Google la voce: Lee-Enfield).
Tale arma fù in dotazione anche all'Esercito Italiano negli ultimi tempi dell'ultima guerra e ancora negli anni cinquanta.
Per funzioni di rappresentanza é a volte utilizzato ancor oggi dalla marina militare.
La misura della pallottola (cioé il calibro) di tale fucile é proprio .303 (millesimi di pollice) altrimento detto "trecentotré inglese", nella conversazione é approssimativamene indicato come "trenta zero tre" tempo (6' 00") .
Il fucile Enfield, diversamente dai fucili oggi in uso ai militari, aveva ancora la calciatura in legno. tempo (6' 04")
Risulta quindi evidente, che l'intercettato parlava dell'arma con cognizione di causa.


Il s'agit d'un fusil utilisé par les troupes britanniques durant la 1ère et la 2ème Guerres mondiales (chercher sur Google "Lee-Enfield"), une arme qui fut également en dotation à l'Armée italienne lors de la dernière Guerre et jusque dans les années 50.
Notre marine militaire l'utilise aujourd'hui encore pour les parades.
Le calibre des balles est bien le 303 (millièmes de pouce), qu'on appelle 303 british, indiqué de manière approximative dans la conversation comme 30-03.
Les fusils Enfield, contrairement aux fusils qu'utilisent à présent les militaires, avaient encore une crosse en bois (6'04").
Il est donc évident que le prince parle de l'arme en connaissance de cause.
Du reste, il est notoire que le prince est un passionné d'armes... Mais en étudiant la chose de plus près, un détail ne cadre pas : le Enfield n'a que 10 balles (dix coups dans un chargeur amovible), alors que le fusil du prince en avait 31 : une carabine semi-automatique munie de son chargeur et de 31 cartouches 7,62 mm.

La chose est confirmée dans le livre que vient de publier Aliberti, intitulé Délit sans châtiment, et par le prince lui-même dans la déclaration qu'il fit le 18 août 1978 à la police :
Vi consegno il fucile con 29 cartucce. Sono titolare di un porto d’armi di cui vi consegno fotocopia.

Je vous remets le fusil et 29 cartouches. Je détiens un port d'armes dont voici une photocopie.
De même, dans un premier rapport de police rédigé par deux agents de Bonifacio :
Al momento della consegna del fucile da parte del principe Vittorio Emanuele, il fucile era bagnato. Il caricatore conteneva ventinove cartucce, e recava tracce evidenti d’acqua. Il bossolo individuato sul Coke da un passeggero e consegnato dal sig. Pende è dello stesso tipo e calibro delle altre cartucce.


Au moment où le prince Victor-Emmanuel nous a remis le fusil, celui-ci était mouillé. Le chargeur contenait vingt-neuf cartouches avec des traces évidentes d'eau dedans. La douille identifiée sur le "Coke" par un passager que nous a remise M. Pende est de même nature et du même calibre que les autres cartouches.
Mais le livre ajoute deux autres détails qui font douter qu'il s'agit bien d'un Enfield :
  1. La perizia balistica ufficiale poté essere effettuata dal professor Ceccaldi, capo-laboratorio della scientifica di Parigi, solo dopo che dal corpo di Dirk vennero estratti frammenti di piombo schiacciati di 4,125 grammi, qualitativamente identici al materiale del nucleo del proiettile calibro 30 MI Hirtenberger.

    L'expertise balistique officielle ne put être effectuée par le professeur Ceccaldi, directeur du laboratoire de police judiciaire de Paris, qu'après avoir extrait de la blessure de Dirk Hamer un fragment de plomb écrasé de 4,25 grammes, identique de par sa nature au contenu des projectiles de calibre 30 M1 Hirtenberger.


  2. Il 23 agosto furono fatte immersioni nel punto in cui erano ormeggiati i tre yacht degli italiani: furono recuperati un bossolo con la scritta 30 M1 – 7,62 K – HP (a circa tre metri di profondità)...

    Le 23 août, des plongeurs examinèrent le fond marin là où étaient amarrés les trois yachts des italiens, et récupérèrent, à environ trois mètres de profondeur, une douille portant l'inscription 30 M1 – 7,62 K – HP...
Selon une autre source, dont j'ignore la fiabilité, il s'agirait bien du M1, "puissant fusil de guerre américain" qui aurait été offert à Victor-Emmanuel par ... l'ex-dictateur philippin Ferdinand Marcos !

Quoi qu'il en soit, ces détails font penser que l'on aurait deux fusils différents :
  • Le Enfield dont parlerait le prince, selon le lecteur qui a signalé son intuition au site Dagospia, mais dont le calibre est un "303 british" (30-03 selon le prince), et qui aurait été adapté pour avoir un chargeur de 30 cartouches (du genre Charlton), plus 1 balle engagée dans le canon.
Deux fusils, donc, et non pas un !

Chose d'autant plus étrange que la presse belge ayant couvert l'affaire en son temps, relate par deux fois des incohérences autour de la pièce à conviction :
[La famille Hamer] met notamment en cause, dans un « mémoire » adressé hier à notre rédaction, les longueurs de la procédure, la disparition de preuves, et l'existence d'un « complot » ourdi par la maison de Savoie en vue de nuire à son honorabilité : remplacement au greffe d'Ajaccio de l'arme du drame par une autre carabine ; octroi par le roi Baudouin à son cousin d'un passeport diplomatique lui ayant permis de se réfugier, deux jours après les faits, au Mexique ; cambriolage de la résidence des Hamer en Allemagne et vol de tous leurs documents personnels ; enfin, détournement d'une reconnaissance de dette de 1 million de dollars signée par le prince de Savoie au profit de Dirk Hamer alors que le jeune homme n'était pas encore mort. (AFP et Marc Metdepenningen)
Diverses carences du dossier, la pièce à conviction principale (la carabine du prince) qui disparaît durant des années ; les bateaux de vacanciers italiens témoins (ou acteurs? on ne le saura jamais) du drame, que personne ne retient pour les besoins de l'enquête ; la disparition d'au moins un pistolet (auquel il manque des cartouches) appartenant à un de ces Italiens ; les contradictions entre témoins qui ont entendu deux ou plusieurs autres coups de feu ; les incertitudes des experts ; tout cela a facilité la tâche du défenseur qui a agité le spectre de l'erreur judiciaire. (Jacques Cordy)
Donc apparemment, 33 ans après, le fusil du prince reste encore un mystère !

La chose pourrait sûrement être éclaircie en se replongeant dans les actes de l'époque, mais malheureusement, lorsque l'avocat de la défense s'est adressé au greffe de la Cour d’Assises de Paris pour obtenir une copie du jugement de 1991 [après la publication, en 2006, des enregistrements audio dont nous avons aujourd'hui la vidéo correspondante (voir en P.S.)], quelle ne fut pas sa surprise de découvrir qu'il ne subsistait AUCUNE trace écrite du jugement : RIEN aux archives, DISPARU !

Une déclaration du prince dans sa cellule me revient à l'esprit :
Condamné à six mois avec sursis. Six mois : il y avait une amnistie, ils l’ont même pas transcrit (sur mon casier) !
"Sur mon casier" il ne le dit pas explicitement, c'est moi qui ai interprété en fonction du contexte, mais vu que dans la réalité le jugement semble n'avoir pas même été écrit, les mots du prince peuvent porter à confusion, ne croyez-vous pas ?

En tout cas, que de mystères et d'incohérences dans cette affaire. Je ne pense pas que la Justice en sorte particulièrement grandie...

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