lundi 21 juillet 2008

Google superlatif


Dans mon dernier billet sur les gains de Google par page vue et par visiteur, il y a quand même un chiffre astronomique qui ressort : 4,3 milliards de pages vues par jour !!!



Évidemment, cela veut dire - je suppose - 4,3 milliards de pages vues chaque jour sur l'ensemble du réseau de contenu de Google, qui comprend aussi bien les milliards de pages de résultats générées par le moteur de recherche que les centaines de milliers de "partenaires" - sites et pages Web, blogs, forums, réseaux sociaux, etc. -, sur lesquels s'affichent les pubs AdSense/AdWords :
Il n'existe pas plus grand réseau de publicité contextuelle au monde.
Ajoutez à cela le monopole de Google dans la vidéo avec YouTube, et vous comprenez aisément qu'il ne reste pas grand chose aux autres...

Il y avait toutefois un secteur où Google profileur en série était largement surpassé, notamment par Yahoo! : le "display advertising", ou affichage de bannières, de boutons, de fenêtres pop-up, de pubs en flash, etc.

Un retard largement récupéré grâce à l'intégration de Doubleclick qui affiche la bagatelle de ... 10 milliards de pubs ... par jour !

Et encore, ça c'était avant l'acquisition par Google, dont nous avons vu la part prépondérante de Doubleclick dans les affichages publicitaires :



Le tableau ci-dessus aide d'ailleurs à comprendre les grandes manœuvres auxquelles se livrent actuellement les acteurs cités dans le tableau : Yahoo!, Microsoft, Time Warner Network / AOL et Fox Interactive Media / Myspace.com.

Et à mieux saisir pourquoi - vu qu'au final aucune forme d'accord ne semble plus possible entre Microsoft et Yahoo! - Microsoft se tourne aujourd'hui vers AOL et Yahoo! reprend contact avec Murdoch.

Microsoft qui ferait une erreur stratégique colossale à ne pas racheter Yahoo!, c'est mon avis. D'autant plus lorsque l'on voit que dans un C.A. annuel mirobolant de 67 milliards $, l'activité en ligne de Microsoft est pratiquement la seule déficitaire (en plus du secteur Entertainment & Devices), avec une perte de 488 millions $ sur l'année...

En outre, puisqu'il est acquis que Yahoo! accepterait la fusion à 33$ l'action, soit un chiffre global d'environ 47 milliards $, on se dit que ça ne représenterait jamais qu'un peu moins de 3 trimestres de C.A., et donc on comprend encore plus difficilement pourquoi Ballmer irait se lancer dans un deal avec AOL, nettement moins avantageux pour Microsoft à tous points de vue.

Et si c'est uniquement pour ne pas perdre la face, de toute façon c'est trop tard ! Ce qui ne l'empêchait pas de déclarer il y a quelques jours :
We love what we're doing today in search. If you go to www.msn.com you use our Live Search every day, every month, every year, every release we're making incredible progress in innovation, both on the results that you see, the user experience, the relevance, the advertising, and we love what we're doing, and we're going to drive forward in any event.

(...)

I can't really comment much about what's going on today with Yahoo, but I can tell you that with or without anything going on, on that front, I love what we're building. It's fantastic. If we can accelerate our strategy, great, but we're depending on our own guys, our own engineers, their brilliance, their efforts, their energy, that's what's going to and a lot of hard work, and a lot of patience, and a lot of tenacity, that's what's going to give us the breakthroughs versus Google.
L'important, c'est de garder l'optimisme !

À noter que dès le mois de février, tous ces acteurs étaient déjà présents dans mon petit glossaire pour mieux comprendre les dessous de l'opération Microsoft - Yahoo!

Comme si rien n'avait changé depuis ! En tout cas, quoi qu'il se passe, Google est tranquille pour un bon bout de temps, les concurrents qui lui feront de l'ombre doivent encore naître...



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P.S. Et si au final Apple coiffait tout le monde au poteau et faisait l'acquisition de Yahoo! ?



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vendredi 18 juillet 2008

Google : gains par page vue et par visiteur


800 milliards de requêtes par an, tous moteurs confondus ?

Hier Google a annoncé ses résultats trimestriels, à 5,37 milliards $ pour le deuxième trimestre 2008, soit une progression de 39% d'une année sur l'autre, et de 3% par rapport au premier trimestre.

Des résultats jugés décevants par les analystes...

Un cash flow généré à 97% par la pub sur le réseau Google dans son ensemble, pour un total de 5 185 425 000 $ sur trois mois, soit une moyenne mensuelle de 1 728 475 000 $ !

Or nous savons depuis longtemps que Google est bien plus qu'un "simple" moteur de recherche, puisque c'est aussi et surtout le plus grand réseau publicitaire mondialisé, présent dans plus de 20 langues et plus de 100 pays, avec une audience qui touche entre 75% et 80% des internautes au niveau mondial, atteignant même 90% dans certains pays :


Ce qui représente plus de 1 500 milliards de pages vues annuelles, soit une moyenne de 4,3 milliards/jour.


Maintenant, si l'on extrait de ces chiffres des moyennes mensuelles, pour un cumul de 705 millions de visiteurs nous obtenons 129 milliards de pages vues (soit 183 pages vues mensuelles par visiteur).

Rapportés au C.A. moyen mensuel de Google pour le dernier trimestre (1 728 475 000 $), cela donne un gain de 0,0134 $ par page vue et de 2,45 $ par visiteur.

Je sais bien que c'est simpliste, et ne reflète en rien la formule originale de Google pour calculer ses revenus publicitaires :



Revenu
= Nb d’utilisateurs x (Nb de requêtes/utilisateur) x (Nb de pubs/requête) x (Nb de clics/pub) x (Revenu/clic)
Mais faute d'avoir toutes les données à disposition, on se contentera de ce qu'on a...

Et dire que selon une étude AdAge menée en mars dernier, la recherche ne totalise que 5% du temps passé en ligne par les internautes. Ce qui veut dire que les 95% restants concernent des activités autres que la recherche sur les moteurs !


Il serait vraiment intéressant de savoir combien de requêtes saisissent les internautes chaque jour dans le monde sur Google ! Des données secrètes et bien conservées, j'imagine.

Impossible de comparer des ordres de grandeur incomparables, mais il n'empêche que l'écart énorme entre les 3,6 milliards de visites dans le mois communiquées par Yahoo! hier, et ce chiffre de 129 milliards de pages vues par mois sur les sites du réseau Google, ne peut s'expliquer que par la quantité faramineuse de requêtes saisies chaque jour sur le moteur de recherche.

D'autant plus que cela serait vraiment inexplicable au vu des quantités de visiteurs à peu près équivalentes sur les deux réseaux.

Ceci dit, s'il est vrai que l'activité internationale de Google représente 52% du total, et que selon les derniers chiffres disponibles sur le nombre de requêtes mensuelles aux États-Unis, qui représentaient 6,67 milliards de requêtes au mois de mai dernier (61% du total), cela signifierait 7,22 milliards de requêtes hors États-Unis, pour un total mensuel qu'on arrondira par défaut à 14 milliards de requêtes dans le monde.

Des estimations encore bien basses si on les compare aux 400 milliards de requêtes par an déjà annoncées en ... 2006 par ... Yahoo ! [Début]

[MàJ - 19h] Je viens de découvrir ce communiqué de presse de comScore, qui comptait 61 milliards de recherches dans le monde en août 2007, dont +37 milliards uniquement pour Google (+31 milliards pour le moteur et le reste sur YouTube).

Or le même mois, les requêtes de Google sur le seul marché US était de 5,545 milliards, soit uniquement 18% du total mondial. Un pourcentage qui me semble un peu faible...
Si l'on applique le même taux aux résultats de mai dernier, ça nous donnerait 37 milliards de requêtes uniquement pour Google moteur de recherche, soit une estimation de 444 milliards de requêtes sur 2008, et plus de 800 milliards de requêtes tous moteurs confondus.
Soit une progression de 100% en deux ans ! Si quelqu'un a des chiffres...

En attendant, le temps que je fasse mes petits calculs, les stats de juin 2008 aux États-Unis viennent de sortir ! [Début]




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P.S. À noter que, dans le sillage de Google, les résultats de Microsoft (un C.A. annuel de +67 milliards de $) ont également été jugés décevants par les "analystes financiers" : ces gens-là sont des déments qui n'ont absolument aucun contact avec la réalité des choses... [Début]

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Microsoft - Yahoo! : Yahoo! communique !

Microsoft - Yahoo! : Yahoo! communique !

Aussi bien en vue de la présentation de ses résultats trimestriels le 22 juillet que de son assemblée générale le 1er août, Yahoo! communique !

D'abord dans une lettre à ses actionnaires pour tenter de les convaincre de ne pas voter pour les administrateurs proposés par Icahn dans la bataille de procuration, sans perdre l'occasion pour casser l'image du raider au passage, y compris sur sa page d'accueil...

Ensuite en informant le public de ses atouts et du détail des négociations avec Microsoft.

J'ai extrait 7 diapos sur 32.

1. La valeur de Yahoo!


2. Deux actifs : l'audience et la monétisation


Un total de 38 milliards de minutes passées sur le site par mois, qui est le plus visité avec 3,6 milliards de visites (26 visites par utilisateur en moyenne, soit 138  461 538 visiteurs dans le mois)...

3. Des critiques positives partout dans la presse sur les trois aspects clés : monétisation, audience, mobile


4. Une position de leader en Asie


5. Chronologie de la saga Microsoft - Yahoo!


6. Chronologie II


7. L'accord avec Google


Conclusion

Yahoo! est une grande marque, une réussite par de nombreux aspects, mais sous-exploitée et sous-évaluée depuis trop longtemps. Sa réaction tardive et la confusion des négociations avec Microsoft conduisent la société vers des horizons imprévisibles, mais on ne devrait plus attendre beaucoup avant d'être fixés...

Et comme si tout cela ne suffisait pas, voici que les deux sociétés convoitent AOL. Tout ça au moment où Microsoft déclare un C.A. de 67-68 milliards $ pour l'année fiscale close au 30 juin 2009 !

L'été sera chaud, très chaud pour Ballmer, Yang & Co. :-)


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mercredi 16 juillet 2008

2008 : l'information se cherche un contre-pouvoir

Tirer les leçons du scoop 100% Web de Médiapart, qui n'a été relayé ni par la presse traditionnelle ni sur Internet, pour mieux réfléchir à l'établissement et la crédibilité d'un contre-pouvoir de l'information en ligne.

* * *

N.B. Une version de cet article a été publiée dans le dossier de Contre-Feux dédié à Ingrid Betancourt, mais sous une forme un peu trop "journalisme à l'ancienne" pour mes goûts.


C'est-à-dire, pour reprendre le commentaire de François, sans lien externe ni sans rien qui facilite la lecture.

D'où la re-publication sur mon blog de ce billet tel que je l'ai conçu, plus aéré pour le rendre plus lisible, et riche en liens hypertextes comme à mon habitude, car un article sans liens est comme un jour sans pain, une véritable disette. Le jour où les médias traditionnels comprendront cela, ils feront un grand pas vers leur émancipation...

* * *

La presse exerce-t-elle aujourd'hui un contre-pouvoir de l'information ?

De catastrophe en catastrophe, la révolution Internet remet à plat le fonctionnement des cinq grands médias traditionnels, et notamment la presse.

Qui avait pourtant réussi à négocier brillamment le passage du XIXe au XXe siècle, à prospérer, même, allant jusqu'à devenir en de maintes occasions la « voix des sans-voix », ce qui lui a justement valu de recevoir le titre de quatrième pouvoir (initialement compris comme un contre-pouvoir aux trois pouvoirs traditionnels - législatif, exécutif et judiciaire).

Or, tel que le constate amèrement Ignacio Ramonet dans une brillante analyse (qui se bonifie en vieillissant, à l'instar d'un vin de qualité, un Bordeaux, par exemple ;-) (c'est moi qui graisse) :
Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce « quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Cette choquante évidence s’impose en étudiant de près le fonctionnement de la globalisation, en observant comment un nouveau type de capitalisme a pris son essor, non plus simplement industriel mais surtout financier, bref un capitalisme de la spéculation.
Une citation que semble aujourd'hui corroborer ... Médiapart :
L'Autorité de sûreté nucléaire dispose-t-elle des moyens d'alerte suffisants à un moment où les contre-pouvoirs en matière d'information demeurent faibles?
C'est bien évidemment la deuxième partie de la phrase qui m'intéresse : « à un moment où les contre-pouvoirs en matière d'information demeurent faibles ! »

Doux euphémisme en général...

Et en particulier, probablement aussi, le constat de l'isolement de Médiapart, échaudé d'avoir constaté que même le plus gros scoop du monde peut ne rien valoir dès lors qu'il est publié sur un média ... à part !

Imaginez un instant qu'Edwy Plenel ait sorti une pareille histoire dans un édito du Monde, bien avant que ne commencent les règlements de compte...

Imaginez, oui, un seul instant : repris en boucle par toutes les agences, tous les journaux, dans la presse étrangère, sur Internet, partout, une résonance ... mondiale !

Tandis que là, rien. Un pet dans l'eau. Quelques petites bulles et puis s'en vont.

Moi cette histoire m'interpelle, pas vous ? Car ça veut dire que si rien n'est fait pour se faire entendre, l'information indépendante va avoir bien du mal à sortir la tête de l'eau. À défaut des bulles. Nous sommes en plein dans l'asymétrie de crédibilité de l'information. Permettez-moi de me citer moi-même :
Il y a asymétrie lorsque :

* la source objectivement crédible est subjectivement perçue comme non crédible
* la source objectivement non crédible est subjectivement perçue comme crédible

cas de figure auxquels s’ajoute cet autre double problème, propre à Internet et aux médias de masse :

* la source objectivement crédible est largement ignorée (il y a crédibilité sans notoriété / visibilité)
* la source objectivement non crédible est largement suivie (notoriété / visibilité sans crédibilité)
Oui, nous y sommes, en plein ! Puisque de plus en plus de gens ignorent allègrement quelques sources objectivement crédibles perdues dans la masse, en buvant crédulement les mots de maintes sources non - ou moins - crédibles mais largement surmédiatisées.

Voilà peut-être quelle serait la leçon à tirer du scoop de Médiapart, fièrement ignoré par l'opinion mainstream : « Le quatrième pouvoir médiacratique médiocratique de la presse ne joue plus aujourd'hui le rôle qui le légitimait hier » !

Cette histoire n'étant que la pointe de l'iceberg, un exemple noyé dans un océan de manigances, de compromis et de collusions avec les pouvoirs économico-politiques en place.

* * *

Existe-t-il un cinquième pouvoir, et de quoi s'agit-il ?

Idéalement, ce serait « la nouvelle mobilisation politique qui se dégage au travers d’internet, sans mettre l’accent sur internet lui-même », destinée à « bouscule(r) l'ordre établi ».

Ce serait également, toujours dans l'idéal, l'expression de l'opinion publique, en réalité manipulable et manipulée à souhait. Tous les pouvoirs le savent, à commencer par nos « démocraties », dont l'Italie est le parangon moderne...

Pour autant, concrètement, on chercherait en vain dans ce soi-disant cinquième pouvoir la voix (voie) quelconque d'un nouveau contre-pouvoir de l'information !

Rien de plus que des consciences assoupies, anesthésiées sous la coupe de l'antique stratégie « panem et circenses », et si l'on n'y veille, le sixième grand média qu'est devenu Internet empruntera le même chemin savonneux que les cinq précédents.

Donc pour répondre à la question « Existe-t-il un cinquième pouvoir ? » : en théorie, oui, dans la pratique, non !

* * *


Tel est le constat, désabusé mais point encore désespéré, qu'il convient de faire si l'on veut résolument contribuer à jeter les bases et réunir les conditions propices à l'établissement d'un contre-pouvoir crédible de l'information en ligne.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire, paraît-il...


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mardi 15 juillet 2008

Les 4 points cardinaux de la traduction

Si vous lisez Adscriptor, vous devez savoir qu'il m'arrive de temps en temps de revisiter d'anciens écrits que j'ai commis sur la traduction pour les remettre au goût du jour.

Dans celui-ci, datant d'octobre 2004, je tentais de dégager les 4 points cardinaux de la traduction, qui est tout à la fois :
  1. une activité de service ;
  2. une profession ;
  3. un processus de transfert d’une langue à l’autre, et
  4. le produit qui en découle.
Il y a déjà près de 20 ans, dans « Le traducteur, la traduction et l’entreprise, AFNOR, 1989 (PDF, 900 Ko), Daniel Gouadec nous donnait la définition suivante :
Le produit est le document final, texte ou autre, adapté dans tous ses caractères de contenu et de forme aux usages, normes et conventions d’un public spécifique et à des objectifs qui sont eux-mêmes chaque fois spécifiques : informer, faire vendre, convaincre, faire acheter, émouvoir, ... Le statut du produit-traduction est fondamentalement hybride en ce sens qu’il doit exister de plein droit (constituer un document « naturel » pour le public auquel il s’adresse) tout en respectant les contraintes imposées par la référence à un document antérieur destiné à un autre public. Les contraintes du passage d’un public à l’autre sont régies par des règles de l’art et généralement définies dans un cahier des charges.
Une formulation qui trace avant l’heure les contours de la localisation (qualifiée de naturalisation par Gouadec : …le traducteur rédige en s’appuyant sur les contenus d’un document existant qu’il « naturalise » de manière à l’intégrer totalement à la langue et à la culture d’un autre public), et garde aujourd’hui encore toute son actualité.

Toutefois, dans ses différentes composantes, ma définition de la traduction était la suivante :
Communication ciblée produite par transfert linguistique/adaptation culturelle, qui résulte de l’interaction de divers processus-métier intégrant la mobilisation conjointe de connaissances et de ressources.
Une définition à laquelle j'avais longuement réfléchi et qui avait le grand avantage, selon moi, de représenter les quatre concepts cardinaux servant à catégoriser la traduction :


  1. Communication ciblée
  2. Transfert linguistique / adaptation culturelle
  3. Interaction de divers processus-métier
  4. Mobilisation conjointe de connaissances / ressources
Le tout au sein du cycle communicationnel de la traduction, et sans oublier sa dimension sociale...

Ce qui peut expliquer pourquoi la traduction reste une affaire de professionnels. :-)



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dimanche 13 juillet 2008

Microsoft - Yahoo! : Yahoo! rejette une proposition conjointe Microsoft / Carl Icahn

Faite vendredi soir, la proposition portait sur la restructuration de Yahoo! et l'acquisition du volet Search.

Yahoo!, qui aurait reçu un ultimatum de moins de 24 heures pour accepter cette proposition "non négociable", l'a rejetée en l'état et contre-propose à Microsoft l'acquisition de l'ensemble de la société. À un prix de 33$ par action...

Parmi les motifs de rejet, en simplifiant :
  1. L'entreprise telle qu'elle est organisée et l'accord commercial signé avec Google ont une valeur financière supérieure à la proposition Microsoft / Icahn, plus complexe et plus risquée à mettre en œuvre.

  2. Cette proposition serait un obstacle à la vente éventuelle de la totalité de Yahoo! à une juste valorisation.

  3. Le CdA voulu par Carl Icahn n'a aucune connaissance pratique de la gestion des activités non-Search de Yahoo!

  4. La proposition Microsoft / Icahn de remplacer immédiatement le Conseil d'administration et les dirigeants actuels de Yahoo! dès l'année à venir - c'est-à-dire pendant toute la période temporelle nécessaire aux autorités de régulation compétentes pour autoriser l'opération - déstabiliserait l'entreprise.

Selon Roy Bostock :
« Cette alliance étrange et opportuniste entre Microsoft et Carl Icahn fait tout sauf les intérêts des actionnaires de Yahoo! N'ayant pas réussi à progresser dans la recherche, Microsoft s'aligne sur les objectifs à court terme de M. Icahn pour contraindre Yahoo! à vendre ses principaux actifs stratégiques à des conditions très avantageuses pour Microsoft mais très défavorables pour les actionnaires de Yahoo! Notre CdA ne le permettra pas »...

Et de poursuivre : « Après avoir négocié entre eux sans impliquer Yahoo!, Carl Icahn et Microsoft nous ont présenté un ultimatum, à prendre ou à laisser, pour restructurer la Société, vendre le volet Recherche à Microsoft et le reste de la société à Carl Icahn, en nous donnant moins de 24 heures pour répondre. Il est ridicule de penser que notre CdA pourrait accepter une telle proposition. Et si ce type de comportement imprévisible et incohérent correspond bien à ce que l'on peut attendre de Microsoft, nous ne nous engagerons jamais dans une opération qui desservirait les intérêts de nos actionnaires ».

(...)

Et de conclure : « Microsoft et Carl Icahn tentent de démanteler Yahoo! en livrant notre activité Search à Microsoft dans des conditions qui seraient défavorables aux actionnaires de Yahoo! Or nous sommes prêts à laisser nos actionnaires décider - et non pas à Microsoft ou à M. Icahn -, ce qui est dans leur intérêt, et nous attendrons le vote du 1er août pour ce faire ».
Ballmer est vraiment con ! Je crois qu'il va finir par me rendre Jerry Yang sympathique...


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samedi 12 juillet 2008

Flickr, crowdsourcing, Web 2.0 et modèles économiques...

Flickr, crowdsourcing, Web 2.0 et modèles économiques...

Dans un billet publié sur Wired en juin 2006, qui est à l'origine du concept de « crowdsourcing, ou contribution communautaire », le journaliste, Jeff Howe, explique le fonctionnement du site iStockphoto, qui propose un fonds photographique à environ 1$ la photo, fort de la contribution de quelque 22 000 photographes amateurs (le cap des 2 millions a été franchi il y a un an...), en concluant ainsi :
Comment voulez-vous concurrencer des photos à 1$ (“But how can I compete with a dollar?”) ?
Et 5$ pour un clip de 30 secondes !

C'est très simple : en puisant à volonté dans les inventaires de photos gratuites, dont le plus célèbre et le plus fourni est aujourd'hui, sans conteste, Flickr (qui ne représente toutefois qu'une minuscule portion de l'inventaire d'images sur le Web, et sans compter Facebook, car pour ce qui est des conditions d'utilisation, bonjour la souplesse...).

Et Jeff Howe de poursuivre qu'en février de cette année-là, Getty Images, à l'époque la plus grosse agence photos du monde avec plus de 30% des parts de marché, faisait l'acquisition d'iStockphoto.com pour 50 millions $, en rapportant cette déclaration de Jonathan Klein, PDG de Getty Images :
Si quelqu'un est sur le point de cannibaliser votre métier, mieux vaut l'intégrer dans l'un de vos autres métiers.

“If someone’s going to cannibalize your business, better it be one of your other businesses”.
À la lumière de cette déclaration, prononcée il y a deux ans, on comprend mieux pourquoi Getty Images vient juste de signer un contrat avec Flickr (Yahoo!), dans le cadre duquel, lorsque les accords seront finalisés, les utilisateurs sélectionnés de Flickr pourront être rémunérés par Getty au même tarif que celui appliqué aux photographes contractuels.

Soit entre 30 et 40% du tarif facturé par Getty pour les images dont les droits sont sous licence, compris dans une fourchette de 500 à 600$ pour une période temporelle limitée, et une cinquantaine de dollars pour les images sans droit exclusif d'utilisation. Si ça vous intéresse...

Jonathan Klein, toujours lui, réitère :
Nous pensons que l'inventaire de Flickr est un ajout important au mix de notre offre.

“We believe that Flickr will be an important addition to the mix that we have”
.
Vu les chiffres annoncés par The Register pour Flickr (54 millions de visiteurs mensuels dans le monde, plus de deux milliards de photos d'inventaire et 27 millions de membres, à comparer avec les chiffres d'iStockphoto.com ci-dessus), on le comprend !

Il précise d'ailleurs que cet accord pèsera peu sur les finances du groupe, mais qu'il est extrêmement significatif au plan stratégique (Klein said the deal "financially for us is not significant, but it's strategically extremely important").

D'autant plus lorsqu'on a une idée des circuits qu'empruntent les marchés de la photographie :


Source : Nathalie Moureau, Dominique Sagot-Duvauroux.

* * *

Il y a quelques jours, par le plus grand des hasards, je tombe sur cet article de Libération, qui parle de la baisse de l'immobilier dans plusieurs villes de France. Mon regard, attiré par cette magnifique photo d'un immeuble parisien :


sursaute en lisant la légende : Luc Legay / http://www.flickr.com/photos/luc/950353487/ (ne cherchez pas le lien actif sur l'article de Libé, il n'y est pas, c'est moi qui vient de le rajouter).

Or connaissant Luc dans le cadre des Explorateurs du Web, surpris, je le contacte en lui demandant s'il en sait quelque chose. Voici un extrait de ses réponses, qu'il m'a autorisé à citer (c'est moi qui souligne) :
Jean-Marie,

On dirait bien que les médias ont compris l'intérêt d'utiliser —gratuitement— les millions de photos en CreativeCommons disponibles sur Flickr

Ce qui m'étonne le plus c'est que je suis très loin de produire des photos de qualité pro… j'utilise un appareil qui coûte moins de 200 euros… et les médias soient prêts à sacrifier en qualité pour se tourner de plus en plus vers du gratuit.
Au delà de l'avenir des médias eux-mêmes, l'avenir des agences photos me parait bien sombre.

(...)

Pour l'image Libé… je n'étais pas au courant.
Ce n'est pas la première fois, loin de là, mais habituellement les "pompeurs" me préviennent via un mail ou un message dans Flickr.
Visiblement mon statut de photographe amateur (pour ne pas dire de simple touriste) ne fait pas peur aux éditeurs ;-)

Bien à toi.
Toujours désireux d'approfondir, je vois sur Flickr que la licence choisie par Luc pour sa photo est la suivante :


Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Générique, qui précise :
À chaque réutilisation ou distribution de cette création, vous devez faire apparaître clairement au public les conditions contractuelles de sa mise à disposition. La meilleure manière de les indiquer est un lien vers cette page web.
Or si Libé a respecté la paternité en mentionnant le nom de Luc, l'article ne donne aucun lien actif, ni vers la photo ni vers la licence, pas plus qu'il ne précise « clairement au public les conditions contractuelles de sa mise à disposition » !

Et pour être tout à fait complet, signalons que j'ignore totalement si ce même article a paru sur la version papier du journal, avec la même photo ? Donc voilà.

En observant qu'ici, on ne parle pas du blogueur du coin mais de Libé, l'un des premiers quotidiens de France. Que les personnes autorisées et plus compétentes que moi en tirent les conclusions qu'elles jugeront nécessaires...


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P.S. Pour répondre à Luc, qui s'étonne de ce qu'il est « très loin de produire des photos de qualité pro… » et que « Visiblement (s)on statut de photographe amateur (pour ne pas dire de simple touriste) ne fait pas peur aux éditeurs », laissons la parole à Jonathan Klein :
Nombre de clichés, qui n'ont pas été pris pour des services commerciaux, sont plus authentiques. Or l'authenticité, c'est que les annonceurs recherchent.

Because the imagery is not shot for commercial services, there is more authenticity. Advertisers are looking for authenticity.
À l'instar des clichés, nous voici fixés...

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