mercredi 10 septembre 2008

Moteurs de recherche alternatifs : 2% du marché !

Moteurs de recherche alternatifs : 2% du marché !

Alt Search Engines, un excellent site sur les moteurs alternatifs à GYM, nous propose les dernières stats d'Hitwise sur les parts de marché des moteurs aux États-Unis :


La conclusion est sans appel : sur un an (août 2007 - août 2008), les parts de marché des moteurs alternatifs ont chuté de 3,13% à 1,96%.

Le billet conclut ainsi : Commentaires ? Idées ? Solutions ?

Commentaires

Ce qu'attendent les internautes d'un moteur, essentiellement, c'est la pertinence. Or la pertinence s'obtient autant sur le qualitatif que sur le quantitatif. Impossible de remonter des résultats pertinents si l'on a l'un sans l'autre.

Le qualitatif, c'est la précision de l'algorithme.
Le quantitatif, c'est l'exhaustivité de l'index.


Comme je le disais déjà lors d'une précédente comparaison de l'index des moteurs de Google, Yahoo et Microsoft, il convient de préciser :
L'augmentation de la taille de l'index n'est pas forcément corrélée à l'augmentation de la pertinence, celle-ci ne dépendant pas uniquement de la couverture, mais il est clairement impossible de retourner le résultat pertinent tant que la ressource correspondante n'est pas indexée.

[C'est la composante quantitative]

A contrario, un moteur peut très bien avoir le site pertinent dans son inventaire et rester silencieux, c'est-à-dire ne pas sortir le résultat. En fait, pour un moteur, il est encore pire d'avoir un site dans son index sans comprendre que, pour une requête donnée, le site pertinent, c'est justement celui-là !


[C'est la composante qualitative.]
Or aujourd'hui, Google est LE moteur qui a trouvé le meilleur mix entre ces deux composantes. Exemple : Cuil a la première sans avoir la seconde, tandis qu'Exalead a parfois la seconde sans avoir la première. Ils y travaillent, mais c'est probablement le lot des outils de recherche alternatifs que de pouvoir difficilement réunir les deux dans une proportion satisfaisante.

Or dans les deux cas, le résultat est le même : on n'a qu'une pertinence quali-quantitative partielle, et donc, autant dire qu'on n'a plus de pertinence du tout.

Idées

À court-moyen terme, je ne vois aucun moteur capable de renverser la suprématie de Google. Je ne crois pas que les gens aiment Google en soi, mais juste parce que c'est le moteur qui leur fournit les meilleurs résultats. Si demain une société sort un meilleur moteur, il y aura un déplacement massif des internautes vers ce nouvel acteur. Si...

Car c'est plus facile à dire qu'à faire, et concrètement, non seulement personne n'y arrive, mais en plus Google continue de gagner des parts de marché. Pourquoi ?

Ma seule réponse : parce qu'il est plus pertinent que les autres. C'est tout.

Donc la question n'est plus de savoir qui détrônera Google sur son terrain - personne - (tout au moins à un horizon temporel prévisible), mais quand y aura-t-il rupture avec l'existant : rupture culturelle, rupture technologique, rupture des usages, etc.

Et comme je le commente sur le blog d'Olivier Andrieu, je ne vois encore nulle trace de cette rupture à venir, car les esprits ne sont pas prêts, le Web est trop jeune et va trop vite compte tenu de nos simples capacités physiologiques.

Solutions

Il est clair de ce qui précède que je ne vois aucune solution généralisable. Par contre il y a certainement des solutions individuelles pour chercher sans Google. Mais ce sont des solutions que chacun/e doit personnaliser à sa mesure, et ce qui vaut pour moi ne vaut plus pour le voisin.

À chacun/e son cocktail, avec des dosages qui dépendent de nos propres capacités à appréhender le Web. Deux exemples :

1. Szarah :
Mes recherches, je les fais avec un métamoteur, je n'ai jamais cherché à savoir combien de Google il y avait dedans.
J'utilise IE et FF, XP et Ubuntu, ça dépend de la machine que j'utilise.
Je ne crois avoir de "préférences" pour personne mais j'ai de la reconnaissance pour tous.
Pour Apple et son interface, pour Microsoft en ceci qu'il a permis une informatique "à la Apple" mais dans mes moyens, pour FF qui est venu contrer MS devenu hégémoniaque, pour Linux pour le même motif.

Et il se trouve que je n'ai pas besoin de Google.
Ni de près ni de loin.
Il ne me sert à rien (sauf comme sujet d'étude mais c'est une activité de loisirs).
Une position qui ne me convainc qu'à moitié, car dans tout métamoteur, la part de Google est prépondérante. Donc la pertinence des résultats retournés par le métamoteur dépend étroitement de Google. Enlevez Google des métamoteurs et, vous savez quoi : vous reviendrez à Google ! Tout au moins si vous vous souciez d'obtenir des résultats pertinents.

2. Narvic se forge ses propres outils de recherche d'informations, et compte sur des stratégies de recherche sociales pour faire mieux que Google.

Personnellement, je partage plutôt l'opinion de Chris Sherman sur la recherche sociale, mais je conçois aisément que d'autres préfèrent une telle approche.

Ceci dit, hors de ces approches personnalisées (y compris via Google CSE), je ne vois à court terme aucune possibilité réaliste de détrôner Google.

En tout cas, ce n'est certes pas Quaero qui apportera des solutions...


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mardi 9 septembre 2008

Google and the Universal Translation Memory

Version française

Blown away from the outset by Google’s speedy and significant break into machine translation, I have long been predicting its brilliant progress in the field of translation. Surely there are quite a few surprises left to come.

I’m at the point where instead of the operator define:, sometimes I test the operator translate: just to see if it has been implemented since I last checked. And it seems that the moment has arrived, with the translation onebox (Via Google Live).

Apparently, it currently only concerns common expressions, although it is likely it will cover all terms already included in Google’s dictionaries.


I tried with Italian but it doesn’t work yet. Even so, it is likely that as soon as the future Google Translation Center is up and working, this operator will also search for translations in the bitexts that will populate the universal translation memory an army of translators is developing daily.

Remember that this memory also helps Google self-teach, and “bitext” refers to a source text (or starting text) and a target text (or final text) set side by side in alignment. Example.

In fact, the operator does not seem to function the same way as define:, where you use the English term no matter what language you speak.

With "translate", it’s apparently the operator that defines the target language: when you type translate ordinateur Google directly interprets this to mean translation from French to English, whereas with traduire computer, it interprets English to French.

So, if we engage in a brief forward-looking exercise, we can easily imagine that in the very near future, not only will Google be able to match the operator to your profile by default (that is, knowing you are English, it will offer you terms translated into English by default, unless you indicate otherwise), but it will also (and most importantly) be able to draw from practically all the terms in human language, in all languages, as the universal translation memory gradually takes shape.

It will be filled as much by the human translators who use Google’s tools to translate, as by its large-scale automated technologies (not to be confused with the implementation of an automatic translation system in a company, for example), or even by the alignment of literary classics that make up our common heritage and which are already translated into countless languages.

For the layman, aligning a text is taking for example Victor Hugo's Les Misérables breaking it into segments and aligning the segments of the original text with the corresponding segments translated into the language(s) of your choice (noting that a segment does not necessarily correspond to a sentence, which will be broken into multiple segments if it is too long, for example). You do this with French-English, and you have the French-English memory of Les Misérables. Then you do the same thing with English-Italian, Spanish-German, Russian-Chinese, etc., and you get as many memories as there are languages into which a work has been translated.

The Rosetta Stone is a perfect example of aligned texts. And if I could only mention one more, think of the thousands of translations of the Bible that already exist...

Add to that the great classics from around the world that are already in digital format, build the corresponding translation memories in the language pairs you have access to, and you can easily understand that we are not far from being able to align practically the whole of human language, from every era.

Since the dawn of humanity, no one has ever been able to do that. Until Google...

The talk about Google and translation is not over yet. In fact, it’s only beginning!


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Liens Adscriptor sur Google

Liens Adscriptor sur Google

Quelques pistes de réflexion autour de Google, qu'on me reproche de trop aimer.

En anglais :

The Omnigoogle, par Nicholas Carr

Google: The all-time biggest company based on free

Google va indexer les vieux journaux !

Top Lawyer Is Selected As U.S. Mulls Google Suit

Google: The Ten Years Stories

En français :

Google Archives : vers la bibliothèque universelle

Google Books : un appétit de Lyon

Bonne lecture.


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lundi 8 septembre 2008

Ovopedia, Berlusconi et la démocratie


[MàJ - 3 mars 2009] Projet abandonné, la société Ovo Srl est mise en liquidation...

* * *

Une information aussi étrange que préoccupante, inquiétante, même, a été publiée par le magazine L'Espresso de cette semaine, intitulée Silvio riscrive la storia (Berlusconi réécrit l'histoire), signée Peter Gomez.

Le scoop raconte les rapports entre Silvio Berlusconi, via une participation à 47% de la société Trefinance SA, filiale luxembourgeoise de Fininvest, le coffre-fort médiatico-industriel du Cavaliere, avec la Ovo Srl, contrôlée à 53% par Andrea Pezzi, ex disk-jockey, via la société Nova Fronda Srl, dont le nom s'inspire du courant de l'ontopsychologie d'Antonio Meneghetti (en savoir plus...) !

La société Ovo, dont Andrea Pezzi et son équipe auraient suivi des cours du Maître (à 2 500 euros le cours), et au Conseil d'administration de laquelle Berlusconi a mis un de ses collaborateurs - Paolo Mazzoni -, se propose donc de créer Ovopedia, la première encyclopédie faite entièrement de clips vidéo.

Centrés sur la volonté des "grands hommes", ils prônent par exemple de revoir des personnages tels que Stalin ou Hitler en étudiant leur "être intérieur", au point que d'après le journaliste, qui a pu voir en avant-première certains des clips réalisés, la vidéo dédiée à la montée du nazisme présente Hitler comme un leader ayant un fort charisme personnel et d'extraordinaires qualités d'orateur !!!

Et d'indiquer que dans Mein Kampf, le Führer "affirme que le déclin actuel de l'Allemagne dépend d'un complot des communistes et des juifs visant à semer la discorde et affaiblir l'économie du pays"...

Il semblerait que Marcello Dell'Utri (qui entretient d'excellentes relations avec Meneghetti) ait joué un rôle prépondérant dans cette implication de Berlusconi, dont les motivations peuvent paraître mystérieuses de prime abord, quoique...

Si l'on tient compte du fait que cette télé interactive est destinée à envahir Internet en commençant par une production de 2 000 clips par an, avec comme première cible les jeunes ayant entre 16 et 26 ans, on comprend mieux le moment choisi par Mediaset pour se lancer à l'attaque de Youtube...

Les formats devraient également se décliner en "Ovonews" pour approfondir l'actu journalière, et "Ovospirit" en matière de satire politique, dont l'une des premières victimes désignées serait Antonio Di Pietro, l'un des principaux artisans de Mani pulite... considéré par Meneghetti comme une marionnette aux mains des américains pour détruire les entreprises italiennes...

J'ai l'impression d'écrire le scénario d'un mauvais film, mais non, tout cela est bien réel, Peter Gomez est un journaliste italien de tout premier plan, qui vient tout juste de présenter la parution d'un dernier livre collectif écrit dans l'urgence, Bavaglio (Le bâillon) :








Je pourrais vous en tartiner des billets par dizaines, sur Berlusconi, mais je m'arrête ici, écœuré. Ce soir plus particulièrement que les autres jours. Au plan de l'information, Internet est l'ultime espace de liberté en Italie, où 95% des médias traditionnels sont contrôlés et la plupart des journalistes noyautés par Berlusconi. Qui, jusqu'à présent, n'avait apparemment pas encore saisi que la toile peut vite devenir un contre-pouvoir encombrant. Chose que quelqu'un comme lui ne peut se permettre.

Or ces derniers temps de nombreux signes convergents indiquent qu'il est en train de s'y mettre...


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Liens connexes pour une information indépendante en Italie :
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LCEN : entendons-nous sur les mots !

Commentaire de Guillaume :
Ce qui me fait le plus froid dans le dos dans cet extrait du rapport de la commission, c'est l'extrême confusion entre hébergeur et éditeur. Je pense que le législateur y gagnerait s'il daignait utiliser (ou à défaut, créer) un vocabulaire qui reflète les réalités d'Internet.

Et la reprise de termes aussi vides de sens (ou plutôt de véritables auberges espagnoles numériques) comme Web 2.0, me laisse vraiment pantois.
Citation que je mets en relation avec celles-ci, d'une teneur diamétralement opposée, signées Fantômette, avocate de son état (si j'ai bien compris, car après avoir lu la centaine de commentaires du billet en question, je ne suis plus sûr de rien:-). Ici :
... Je pense pour ma part que le code civil donne moins de définitions qu’il ne fixe de principes, et naturellement, nous sommes partis pour ergoter sur le sens du mot définition, dans une plaisante mise en abyme qui va nous contraindre à définir le terme « définition ».

Votre acception implicite du terme me semble tout de même assez large.

« Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. » L’article 1134 ne propose pas une définition, il détermine un principe, celui de la force obligatoire du contrat.

Derrière l’idée de définition se cache l’idée d’une circonscription, de la fixation de limites. On définit une notion en en traçant les frontières, qui la séparent de ce qui n’est pas elle. Définir borne l’espace défini. Derrière l’idée de principe, je distingue du mouvement, une temporalité, une causalité, bref, en un mot, une direction.

Ceci dit, vous avez raison, on trouve des définitions dans le code civil. Plus que je ne le pensais, d’ailleurs, j’ai été y rejeter un petit coup d’œil (dont acte). L’article 1101 pose une définition : «Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose».

Les termes définis sont ensuite réutilisés pour formuler des principes (article 1134), que je qualifierai à la fois de fondamentaux (dans le sens où ils sont un point de départ) et de directeurs (ils donnent une impulsion, un sens, ils déterminent un raisonnement qui est déjà sur sa lancée).

Les principes permettent ensuite de définir un régime de responsabilité dérivant de leur violation : 1146 et s.

La LCEN définit des termes qu’elle veut utiliser. D’accord pour admettre que cela n’est pas illégitime (...).

Pour la clarté du propos, si je puis me montrer optimiste, voici le bout d’article 6 en question :
«Les personnes physiques ou morales qui assurent, même à titre gratuit, pour mise à disposition du public par des services de communication au public en ligne, le stockage de signaux, d'écrits, d'images, de sons ou de messages de toute nature fournis par des destinataires de ces services ne peuvent pas voir leur responsabilité civile engagée du fait des activités ou des informations stockées à la demande d'un destinataire de ces services si elles n'avaient pas effectivement connaissance de leur caractère illicite ou de faits et circonstances faisant apparaître ce caractère ou si, dès le moment où elles en ont eu cette connaissance, elles ont agi promptement pour retirer ces données ou en rendre l'accès impossible.
L'alinéa précédent ne s'applique pas lorsque le destinataire du service agit sous l'autorité ou le contrôle de la personne visée audit alinéa.»
Tout d’abord, nous ne comprenons pas bien si le législateur définit un acteur ou une activité. Le début de sa phrase («les personnes qui…») fait penser qu’il définit un acteur, de même que le titre du chapitre II : «les prestataires techniques». En réalité, il définit plutôt une activité.

Je pinaille un peu, mais en fait, certains commentaires critiques de la jurisprudence Fuzz/lespipoles, m’ont fait penser que cette rédaction maladroite contribuait à l’incompréhension. M. X ou la société Y n’a pas vocation à rester hébergeur sous prétexte qu’il se définit globalement comme tel depuis toujours. Sur un seul et même site, un seul et même prestataire peut éditer un contenu et en héberger un autre. Il peut donc parfaitement cumuler les deux régimes de responsabilité.

Ensuite, le législateur poursuit, sans désemparer ni même mettre un point, et passe à la partie «fixons un régime restreint de responsabilité pour l’hébergeur». Je me demande si, pour faire le parallèle avec les articles cités ci-dessus relatifs au droit des contrats, il ne nous manque pas une étape, celle qui fixerait un principe directeur et nous aiderait peut-être à trancher entre «l’approche contenu/victime» et «l’approche système», pour reprendre votre idée.

(...)

Alors, à cet égard, quid du prestataire de service sur internet dont l’activité consiste à agréger des flux RSS ? Ces flux, il les choisit selon une thématique donnée, il les classe, il les met en valeur, il les nomme et y facilite la navigation, en un mot, il les présente. Volontairement. Il participe de leur publicité. Volontairement.

Il y a donc bien un fait propre au prestataire, qui ne me semble pas très éloigné du fait que l’on peut reprocher au gardien d’une chose, sur le traditionnel fondement de la théorie du risque créé. Tout risque créé par une chose oblige son gardien à réparer un éventuel dommage provoqué par cette chose.

Pour simplifier : vous prenez un risque et en faites courir un à autrui, c'est votre droit. Mais faites attention. Faites VRAIMENT attention. Si du fait de votre activité, un dommage survient, il ne vous suffira pas de venir pleurer "c'est pas ma faute". Vous assumerez les conséquences.

Et la référence par la jurisprudence de Nanterre aux profits commerciaux retirés de cette activité serait une sorte d’application du principe « Ubi emolumentum, ibi et onus esse debet », où est le profit, là est la charge.

A côté de cela, dans le prolongement de ce principe, limiter le contentieux et le montant des condamnations est parfaitement envisageable.

Pour commencer, une limitation de la responsabilité au risque tel qu’il aura raisonnablement pu être évalué au préalable, voilà qui serait sensé et peut-être de nature à éviter certaines procédures abusives. Ainsi, l’intégrateur de flux d’un site people prend raisonnablement le risque de voir figurer sur son site des informations de nature à violer la vie privée des people qu’il souhaite parasiter, c’est évident. Lui demander d’assumer le risque qu’il prend librement, et dont il entend tirer profit, ne me semble pas immoral. L’intégrateur de flux d’un site de tricot qui verrait une information relative au mariage imminent d’une actrice ratée et d’un chanteur minable, pour ravageur que soit le scoop, ne pouvait être raisonnablement être prévu.
Vous avez compris ? Bon, OK. Respirez, Fantômette poursuit. :
L'erreur, qui me semble avoir été commise par le législateur avec la LCEN, et que les contempteurs de cette loi et de la jurisprudence qui en découle préconisent en réalité d'agraver, consiste à vouloir trop décrire l'internet dans la loi.

On commence par dire éditeur, hébergeur, et bientôt, on se retrouve avec des intervenants qui ne sont pas franchement l'un, pas franchement l'autre. Faut-il créer de nouvelles catégories ? C'est prendre le risque de courir longtemps derrière la pratique, sans jamais la rattraper, ou jamais bien longtemps.

On a vécu tout de même assez longtemps sur nos vieux fondements de responsabilité civile, alors que leurs domaines d'application ont considérablement variés dans le temps. La différence était que ces fondements là ne fixaient que des principes directeurs de responsabilité, et ne cherchaient pas à décrire la réalité des domaines d'activité dans lesquels ils prévoyaient d'intervenir.

La question de la maîtrise : maîtrise, défaut de maîtrise, renoncer délibérément à la maîtrise, perdre la maîtrise, maîtrise a priori, maîtrise a posteriori... me semble potentiellement constructive. Intuitivement, j'aurai tendance à y voir ici en germe l'élaboration d'un principe directeur.

Et cette question paraît compatible avec l'idée sous-jacente à la distinction légale éditeur-hébergeur qui plus est. De sorte que cette question devrait au moins nous offrir une grille de lecture de la jurisprudence, avec un peu de chance.
Elle s'accorde toutefois « sur la complexité à saisir l'internet par le Droit. »

Optimiste, Fantômette ! La pôvrette (ça rime :-) ! Remarquez, faut la comprendre, car en matière de clarté, elle maîtrise parfaitement le sens du mot clair ! Tout comme Eolas voulant prouver en itérant les arguties oiseuses qu'en aucun cas lacunaire ne signifie "qui manque de clarté" !!!

Mais de qui se moquent-ils, ces baveux ! Sont-ils les copies conformes des politiques vus par Coluche : vous leur posez une question, une fois qu'ils ont fini d'y répondre, vous avez déjà oublié le sens de la question que vous leur aviez posée !

Est-ce trop prétendre que d'oser demander une loi qui définirait clairement ce dont elle parle ? Et ce sur quoi les trois pouvoirs (mais pas uniquement, les autres suivent...) vont se baser pour que s'instaure la dialectique du Droit (avec un D majuscule, et j'emmerde les pisse-froid à qui ma lettre capitale déplaît) ? La dialectique citoyenne ?

On croît rêver ! Nul n'est censé ignorer la loi ! C'est pas moi qui le dis, c'est écrit partout aux frontons de vos tribunaux, ou ailleurs, les pinailleurs corrigeront. Donc expliquez-moi comment il serait possible de ne pas ignorer la loi sans D'ABORD se mettre d'accord sur les mots dont est faite cette même loi ? Sauf à reconnaître dans un murmure étouffé, que tout cela est délibéré pour maintenir le bon peuple dans son état de bienheureuse ignorance, mais chut !, faut pas le dire.

Non, disons plutôt qu'en voyant comment Eolas et sa clique mettent un point d'honneur à vouloir me démontrer par A + B que manquer de clarté n'a rien à voir avec lacunaire, qui n'a lui-même rien à voir avec incomplet, etc. etc. (les explications capillotractées du Maître sont ici), on se dit que question clarté, c'est pas gagné d'avance !!!

Bien. Ce court préambule étant posé :-), voyons ENFIN les différentes "définitions" que nul n'est censé ignorer connaître, hormis les législateurs, les juges ET les avocats.

La seule "définition" que donne la LCEN, lacunaire, ou incomplète, ou qui manque de clarté (au choix, rayer la mention inutile), est celle de l'hébergeur.

De l'éditeur, elle le mentionne quelquefois, mais reste totalement lacunaire, ou incomplète, ou qui manque de clarté (au choix, rayer la mention inutile), sur ce qu'est censé être - ou faire - un éditeur !

Article 6

III. - 1. Les personnes dont l'activité est d'éditer un service de communication au public en ligne mettent à disposition du public, dans un standard ouvert...


Donc, si je m'en tiens à cette non-définition de l'éditeur, c'est la personne dont l'activité est d'éditer un service de communication au public en ligne...

J'édite, donc je suis éditeur. C'est clair, n'est-ce pas ?

Ou si vous préférez, je suis éditeur, donc j'édite. Même Descartes y perdrait son latin. Ça me rappelle un peu l'histoire de la poule et l'œuf...

Il faut donc lire le rapport pour avoir davantage de précisions, mais si peu :
Aux termes de l’article 6, est éditeur la personne qui « édite un service de communication en ligne », à titre professionnel ou non, c’est-à-dire la personne qui crée ou rassemble un contenu qu’elle met en ligne.
La personne qui crée ou rassemble un contenu qu’elle met en ligne : précision utile, et de toute évidence nécessaire, voire imposée, suite à la condamnation de plusieurs blogs et agrégateurs dans différentes affaires "people".

Des agrégateurs dont il est dit que ce sont « des logiciels nouveaux », qui « offrent une lisibilité nouvelle aux éléments mis en ligne. Pourquoi ? D’une part, ils offrent un classement par rubrique sous lesquelles les internautes vont mettre leurs contributions. De l’autre, ils comportent un dispositif de visibilité de ces contributions. Plus une contribution est consultée, plus elle apparaît tôt dans le classement. Les contributions les plus regardées du moment se trouvent ainsi très accessibles, dès la page d’accueil du site ou de la rubrique. »

Le rapport précise également la "tentation de définir des cas où l’hébergeur devient éditeur", et celle "d’accroître les responsabilités des hébergeurs", en introduisant ensuite une distinction, censée élargir la définition actuelle de l'hébergeur pour mieux en cerner les responsabilités : les sites collaboratifs et les sites de ventes aux enchères.

C'est tout. Ce n'est certes pas encore suffisant pour cerner les réalités du Web 2.0, mais c'est déjà un premier pas. En attendant mieux. Car la distinction fondamentale se base toujours sur le binôme hébergeurs-éditeurs, mais sans jamais clairement "définir" ce que sont - ou ce que font - les éditeurs. Probablement pour laisser le champ libre aux interprétations. On a vu ce que ça donne.

À mon avis ils auraient grand profit à lire ce passage de la réponse de la Ligue ODEBI à la consultation publique sur le bilan de la LCEN et ses perspectives :
Éditeurs

La LCEN a défini et imposé un statut de directeur de la publication, par analogie avec un statut existant pour les anciens médias.
L’idée sous-jacente, la notion de responsabilité en cascade, est “qu’il faut bien que quelqu’un paye”…
Peu importe le critère que l’on utilise pour définir l’activité éditoriale: le concept même est totalement inadapté aux lieux d’échanges communautaires, quels qu’ils soient, et aux techniques actuelles, tel que la syndication. La règle doit être simple: un lien est neutre et nul ne peut être être responsable du contenu situé derrière ce lien, si ce n’est l’auteur de ce contenu. Le juge ne doit s’adresser qu’à l’auteur de ce contenu, et à personne d’autre.
Que ce soit sur un forum, un blog, ou tout lieu participatif ouvert, il n’est pas acceptable que l’on désigne un directeur de la publication/bouc émissaire devant payer pour les actes d’autrui.
On notera la difficulté, et pour cause, de la police à désigner un tel bouc émissaire dans l’affaire Indymedia Lille/direction zonale nord CRS, qui est une première dans l’histoire: c’est quand même la première fois qu’une compagnie de CRS attaque un site web…[10]

Par ailleurs, si nul n’est censé ignorer la loi, force est de constater qu’une grande maîtrise des textes et de la jurisprudence est nécessaire pour exercer une activité de contrôle éditorial: ce fait est confirmé par le projet de codification du droit de la communication présenté par le conseil d’état en novembre 2006 [11], une des justifications du projet étant la nécessité de rendre la loi accessible à tous, ce qui n’est pas le cas à ce jour, et est néanmoins un objectif constitutionnel.
De fait, seuls les acteurs disposant de moyens humains et financiers importants peuvent donc exercer un contrôle éditorial sans trop de risques. Tous les autres acteurs: associations, citoyens, n’ont pas les moyens d’assurer cette responsabilité pour des lieux participatifs et ouverts. Une telle inégalité imposée par un texte inadapté n’est pas démocratiquement acceptable.
La notion de responsabilité en cascade empruntée aux anciens médias n’étant pas compatible avec les nouveaux lieux d’échange et d’expression, l’obligation de nommer un directeur de la publication doit être supprimée.

Q3: Les règles de responsabilité “limitées” sont injustifiées: seul le juge indépendant et impartial peut juger et censurer un contenu.
Impliquer d’avantage la responsabilité des hébergeurs est totalement inacceptable. Imposer par exemple une obligation de surveillance des contenus d’une part reviendrait à changer les hébergeurs en milices privées, et d’autre part est totalement irréaliste matériellement et techniquement au regard du volume et de la rapidité de publication.
Un droit de regard d’un intermédiaire technique sur la liberté d’expression des citoyens est inconcevable dans une démocratie.
Un hébergeur n’a pas à juger de la qualité d’un contenu, et n’a aucun rôle à exercer à ce sujet.
J'entends déjà les tenants de tous bords de l'orthodoxie doctrinaire pousser des cris d'orfraie...

Mais qu'à cela ne tienne. Si vous souhaitez exercer vos talents, commencez par nous donner une définition de que sont aujourd'hui :

1. les hébergeurs
2. les éditeurs
3. les agrégateurs
4. les sites de ventes aux enchères

Pas de définition ? Uniquement des principes directeurs ? Aucune objection, votre Honneur ! Mais alors qu'ils soient suffisamment clairs pour que leur interprétation ne débouche pas sur, les rapporteurs dixit : des jugements qui « proposent parfois des solutions discordantes les uns par rapport aux autres. »

Ce qui serait vraiment la moindre des choses pour la Justice, convenez-en.


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dimanche 7 septembre 2008

LCEN : les juges détournent-ils la loi ?

LCEN : les juges détournent-ils la loi ?

Voici une question qui nous ramène six mois en arrière, au moment des affaires Martinez, Gala & Co. Que j'ai tenté de couvrir par plusieurs billets :

Flux RSS : la jurisprudence en marche...
Olivier Martinez, l'acteur le plus en vue du moment
Olivier Martinez et la vieille Dame
Affaire Martinez/Fuzz : un jugement critiquable
Eolas et la Secte du Kiosque à Journaux
Eolas – Adscriptor : riposte
Adscriptor face au mur
L'affaire Martinez - Gala

Une question qui me vient naturellement à la lecture de la dernière mouture du rapport d'information n° 627, présenté par M. Jean Dionis du Séjour et Mme Corinne Erhel, députés, portant sur la mise en application de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), qui a inséré entre le dépôt de cette version et celui de sa version précédente une lettre d) que je vous livre in extenso (en graissant les parties qui me semblent importantes), et dont l'intitulé est le suivant :
d) Sites collaboratifs et de vente aux enchères : traiter par la loi l’évolution du statut d'hébergeur

Des sites comme Wikipedia ou encore Daily Motion, où les internautes mettent en ligne opinions, vidéos, informations, sont cependant devenus des références majeures sur le Net. Les vidéos mises en ligne sur Daily Motion ou You Tube, notamment lorsqu’elles comportent des éléments anecdotiques ou comiques sur un événement ou une personnalité, peuvent faire l’objet d’un très grand engouement et de très nombreuses consultations.

Une preuve de l’importance de ces sites est le rôle qu’ils peuvent avoir pour la notoriété de chanteurs ou musiciens débutants : le chanteur Kaminy notamment a commencé sa carrière en mettant en ligne une vidéo de sa première chanson, Marly-Gomont, réalisée en mettant en scène des amis et des voisins, pour un coût de réalisation de 200 euros environ.

Or, cette efficacité promotionnelle nouvelle est liée à l’évolution technique de l’hébergement. Ces sites, en effet, grâce à des logiciels nouveaux dénommés « agrégateurs », offrent une lisibilité nouvelle aux éléments mis en ligne. Pourquoi ? D’une part, ils offrent un classement par rubrique sous lesquelles les internautes vont mettre leurs contributions. De l’autre, ils comportent un dispositif de visibilité de ces contributions. Plus une contribution est consultée, plus elle apparaît tôt dans le classement. Les contributions les plus regardées du moment se trouvent ainsi très accessibles, dès la page d’accueil du site ou de la rubrique.

Ainsi, si l’on veut une fois encore faire référence à la presse, tout se passe comme si les contributions les plus regardées du moment figuraient en « une » du site, les moins regardées étant elles, beaucoup moins accessibles et finissant même par être automatiquement effacées du site après un certain délai sans consultation.

Ce caractère actif de l’hébergement – c’est ce qu’on appelle le Web 2.0 – n’est pas pour rien dans la tendance qu’a la justice à étendre les responsabilités des hébergeurs, notamment en leur attribuant la qualité d’éditeur et le régime de responsabilité qui y est attaché.

La toute récente décision (27 mars 2008) du tribunal de grande instance de Paris, qui a mis le monde du Web 2.0 en émoi, est très significative. L’hébergeur Fuzz.fr a été condamné à une provision indemnitaire de 1 000 euros et à 1 500 euros de remboursement des frais d’avocat d’un acteur qui l’avait assigné pour avoir laissé diffuser sur son site des informations sur sa vie privée.

Deux éléments doivent être remarqués : d’une part, c’est une simple ordonnance en référé d’un juge unique, qui statue de façon conservatoire ; ce n’est pas un jugement sur le fond. La décision ne saurait, dans ces conditions, « faire jurisprudence », comme on a pu l’entendre.

De l’autre, le juge a considéré que le site faisait œuvre éditoriale dans la mesure où l’on y trouvait des liens renvoyant vers d’autres sites, ce qui faisait dudit site un site d’information original.

C’est cela que l’ordonnance de référé a considéré comme une action éditoriale. Ensuite, dès lors que sur les sites référencés en lien par Fuzz.fr se trouvaient des propos portant atteinte à la vie privée, le site « éditorial » se trouvait en situation d’être condamné, conformément au droit de l’édition.

Cette démarche ressort clairement des attendus de l’ordonnance, mise en ligne sur le site presse-citron.net par le patron du site Fuzz.fr lui-même.

(omissis)

Bien entendu, pour se défendre, Fuzz (ou plutôt Bloobox.net, société mère) a fait remarquer qu’elle n’avait aucun contrôle sur le contenu du site.

Il reste qu’il n’est pas facile de soutenir que la création d’un site virtuel spécialisé sur une personnalité ne constitue pas en soi l’offre d’un service d’information et de communication électronique nouveau.

Dans le cas de Fuzz.fr, le juge a considéré visiblement que le site consacré à l’acteur évoqué finissait par fonctionner comme une sorte de journal interactif, qu’il fallait donc bien que quelqu’un en assume la responsabilité éditoriale d’ensemble, et que c’est l’hébergeur qui devait le faire.

En fait, il semble bien que, avec les Web 2.0, comme aussi dans le cas des sites de vente aux enchères, qu’on analysera plus bas, on arrive à la limite du statut d’hébergeur tel qu’il est défini par la LCEN. Un site exclusivement concerné à la vie privée d’une personne peut-il avoir pour seuls responsables la multiplicité des internautes qui y apportent commentaires, informations, liens… ?

Pour autant, il faut être clair. La LCEN a créé un statut d’hébergeur distinct de celui d’éditeur. Cette distinction ne doit pas être vidée de son sens par des décisions de justice.

En revanche, l’évolution de l’action d’hébergement suppose de légiférer rapidement, voire de façon urgente, pour fixer plus précisément les limites au sein desquelles le statut d’hébergeur, qui est un statut exonératoire de responsabilité, s’applique. Autant la loi doit être appliquée, autant elle doit régir une réalité.

L’une des pistes est sans doute l’éclatement du statut d’hébergeur, en fonction du caractère plus ou moins actif de l’hébergement. Deux exemples paraissent significatifs de cette nécessaire évolution. Le premier est celui qui vient d’être analysé. Il faut que la loi définisse des règles pour les sites collaboratifs. Le deuxième est celui des sites de vente aux enchères.

Pour les rapporteurs, il faut donc légiférer pour adapter la loi à la diversification de l’activité d’hébergeur, (en tenant compte, par exemple des spécificités de l’activité d’hébergeur de sites collaboratifs ou de sites de vente aux enchères) (proposition n° 1).

En attendant, cependant, les textes doivent être appliqués, et ne pas être détournés.
Sans vouloir rentrer dans les détails une fois de plus, limitons-nous à constater la position fortement critique des rapporteurs vis-à-vis des juges :
...on arrive à la limite du statut d’hébergeur tel qu’il est défini par la LCEN.
(...)
Pour autant, il faut être clair. La LCEN a créé un statut d’hébergeur distinct de celui d’éditeur. Cette distinction ne doit pas être vidée de son sens par des décisions de justice.
(...)
En attendant, cependant, les textes doivent être appliqués, et ne pas être détournés.
Eolas la menace (Max de son petit nom), qui n'a jamais vraiment daigné répondre à ma question (Comment conciliez-vous, en droit, cette exonération de responsabilité au motif d’absence de liberté avec la condamnation pour responsabilité sans faute ? Et comment l’appliquez-vous, en fait, à Internet ?), pas plus que de se prononcer sur le fond de l'affaire (voir ici) (ni lui ni ses collègues d'ailleurs, au barreau on crache pas dans la soupe), va encore nous expliquer pourquoi ces rapporteurs sont busirissables (néologisme du Maître), je le sens. Ah ! Eolas, hélas ! aurait dit Gide...

D'où cette nouvelle question : Dans le cadre de la LCEN, les juges ont-ils détourné la loi ?

Et si oui, question subsidiaire : La fonction des juges est-elle faite pour détourner la loi ou pour l'appliquer ? (pour l'interpréter, dites-vous ? Certes, mais avec quelles motivations...)

Simples questions de bon sens, donc, mais apparemment le bons sens n'a pas cours (avec ou sans "s", Eolas ?) chez les gens de robe. Permettez-moi de citer le Maître, encore une fois :
Qu'il suffise de se rappeler que le droit s'apprend à l'université, et le bon sens, au bistro.
Ce qui, personnellement, me semble plus un raisonnement de comptoir que de prétoire, ne vous en déplaise. Se prévaloir "de l'autorité de la faculté sur celle de la rue", pourquoi pas. Mais lorsque l'insécurité législative débouche immanquablement sur l'insécurité juridique et le tout aux dépens (c'est le cas de dire) des citoyens, l'ignorance de ces derniers a bon dos. Alors qu'ils seraient surtout en droit d'attendre que cesse l'insécurité juridique !

Puisqu'en fait, dans ces affaires, tantôt les juges décident dans un sens, tantôt dans l'autre. Or lorsqu'il est dit de ces décisions et d'autres qu'elles "posent problème", et que ce sont des députés qui l'affirment, reste à savoir si les députés - qu'ils soient busirissés ou pas - peuvent être considérés comme des gens de la rue, ou non !?

Ça, c'est une vraie question ! Posée à la sagacité et au "savoir" de nos chers Maîtres. Chers, surtout au niveau des honoraires. Mais bon, on va pas chipoter...

En attendant, nous verrons bien ce qu'il en sera lors du jugement à venir, puisque Fuzz s'est pourvu en appel. À suivre...

[MàJ - 2 mois plus tard] GAGNÉ ! (comme quoi tous mes raisonnements de comptoir n'étaient peut-être pas si nuls que ça...)


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samedi 6 septembre 2008

Pourquoi j'aime Google ?

Pourquoi j'aime Google ?

Parce que j'en suis content. Les services de Google me satisfont totalement. Ils sont en phase avec mes exigences du moment. Ils sont pertinents, généralement simples à utiliser. Et gratuits !

Oh mais je vous vois venir : non, ils ne sont pas gratuits. Ou alors ils sont gratuits sans être gratuits. Ce n'est plus de la gratuité, alors, c'est une gratuité factice. Une gratuité où l'on me reprend d'une main ce qu'on me donne de l'autre, un troc : des services gratuits, simples et pertinents contre mes données personnelles en monnaie d'échange.

Alors quoi ? Devrais-je m'en offusquer ? Devrais-je m'en inquiéter ? Google me « fournit gratuitement d'excellents produits de première nécessité » car elle veut tout savoir sur moi. Et savoir quoi, je vous le demande ?

Mes habitudes de navigation, pour identifier mes goûts, me profiler par un ciblage comportemental le plus précis possible, et pouvoir ainsi me présenter les pubs qu'elle jugera les plus pertinentes, les plus susceptibles de me faire cliquer, réagir, acheter, etc.

Ah ! Mais vous plaisantez ! Laisserais-je le mauvais Google accumuler les données personnelles sur mon compte sans réagir ? Sans dénoncer ? Sans ceci, sans cela, bla-bla, etc. etc. etc.

Franchement, vous voulez savoir ce que j'en pense : je m'en fous ! Je me fous TOTALEMENT du fait que Google connaisse mes "petits secrets" qui n'en sont pas. Google peut me présenter toutes les pubs du monde, là, sous mes yeux, maintenant, hic et nunc disaient nos anciens, en dernier ressort c'est à moi qu'il appartient de cliquer, ou pas.

Exemple : j'utilise GMail depuis le début, j'ai actuellement environ 140 mille messages dans ma "boîte" et chaque fois que j'en ouvre un des pubs s'affichent sur le côté. Et bien vous savez quoi ? Je crois que je n'ai jamais cliqué sur aucun lien ! Ou si ça m'est arrivé en quelques occasions qu'on peut compter sur les doigts de la main, c'est tantôt suite à une erreur de manip, tantôt pour assouvir une curiosité passagère, mais enfin, si Google n'avait que des clients comme moi pour soutenir son modèle économique, ça ferait longtemps qu'ils auraient mis la clé sous la porte.

Car pour moi ces pubs sont totalement transparentes. Je ne les regarde jamais. Je m'en fous, à vrai dire. Or si là est le seul prix à payer pour utiliser un gestionnaire de courriels ou d'autres services particulièrement efficaces et puissants, pourquoi devrais-je m'en priver ? Et en plus, gratuitement !

Gratuit, mais ça veut dire quoi, gratuit ?

Selon le Robert :
  1. Qui se fait, qui se donne pour rien. => désintéressé, bénévole, gracieux
  2. Que l'on donne sans faire payer : dont on jouit sans payer
  3. etc., mais sans rapport avec ce qui nous occupe...
Donc l'affaire est entendue : sur Internet, l'acception courante de gratuité est parfaitement définie par le 2, et non par le 1. Mais ça on le sait, tout le monde le sait, devrait le savoir : Google et les autres nous "donnent" des services "gratuits", au sens où on ne les paie pas avec de l'argent, mais en aucun cas désintéressés, puisqu'ils nous "vendent" ces mêmes services contre une monnaie d'échange généralement représentée par nos données personnelles, nos habitudes de navigation, etc.

Pour autant, est-ce là un bon motif pour laisser Google régenter le monde ? D'abord est-ce le but de Google ? Est-ce sa mission ?
organiser l’information mondiale – toute l’information, et pas seulement une partie – et faire en sorte qu’elle soit universellement accessible et utilisable, dans toutes les langues, tous les pays, et sur tous les supports, en ligne et hors ligne : Internet, téléphonie mobile, presse, édition, vidéo, photo, cinéma, télévision, radio, affichage, annuaires papier, etc., la liste est loin d’être exhaustive...
Une question simple : les lignes qui précèdent sont-elles synonymes de "régenter" ?

Et puisqu'il conviendrait toujours de s'interroger véritablement sur le sens et la valeur des mots qu'on emploie, que signifie vraiment régenter ?

Toujours selon le Robert : 1. Diriger. - 2. Diriger avec une autorité excessive, ou injustifiée. Étymologie : de "régent", on s'en serait douté : personne qui gouverne, qui régit, administre (je vous fais grâce des détails)...

Or est-ce que c'est le cas de Google ? Non. Pas que je sache. Son ambition ? Non plus. Sa mission déclarée  ? Encore moins.

Non, c'est la politique qui régente. Ce sont nos états qui régissent, administrent. Pour leur plus grand profit, d'ailleurs. Ce sont eux qui contraignent des centaines de millions de "citoyens" à leur "donner" entre 6 et 7 mois par an de leur "vie" et de leur "argent" pour que les politiciens qui nous "régentent" fassent n'importe quoi et en profitent au maximum, sans la moindre vergogne, entre inepties et gabegies, cynismes et démagogies, incompétences et impunités...

Donc pourquoi vouloir mettre Google sur le même plan. Prenons un exemple simple : Google Books. Olivier et beaucoup s'inquiètent de ce que Google, une entreprise privée, mette ainsi la main sur un patrimoine public, un patrimoine de la connaissance, du savoir, etc. Or qu'avons-nous en face, du côté des états qui seraient censés "administrer" ce patrimoine public pour le bien commun ? Et bien nous avons ça (c'est moi qui souligne) :
Livres, œuvres musicales, tableaux, photographies et films, toute la diversité culturelle de l'Europe offerte à tous les citoyens en un simple clic de souris sur un seul portail: le rêve d'une bibliothèque numérique européenne pourrait devenir réalité cet automne. Cependant, la Commission a indiqué aujourd'hui, dans une nouvelle communication sur la mise à disposition des versions numériques d'œuvres provenant d'institutions culturelles de l'Europe entière, que les États membres avaient encore des efforts à fournir. Grâce à la numérisation du matériel culturel, les Européens pourront accéder aux collections des musées, des bibliothèques et des archives des autres pays sans avoir à voyager ou à tourner des centaines de pages pour trouver une information donnée. Les bibliothèques européennes contiennent, à elles seules, plus de 2,5 milliards de livres, mais environ 1 % des archives seulement sont disponibles sous forme numérique. La Commission appelle donc les États membres à intensifier leur action pour rendre davantage d'œuvres numériques disponibles en ligne, afin que les Européens puissent les consulter dans le cadre de leurs loisirs, de leur travail ou de leurs études. Pour sa part, la Commission allouera, en 2009-2010, quelque 120 millions d'euros à l'amélioration de l'accessibilité en ligne du patrimoine culturel européen.
Donc à qui devrions-nous nous en prendre ? À Google qui fait ça "gratuitement" mais non sans désintérêt, ou à nos états qui ne font rien, pas même l'intérêt commun, ou si peu, tout en nous prenant beaucoup ?

Et je pourrais continuer sur la même lancée sans trop me forcer, tellement les exemples sont nombreux... Alors pourquoi toute cette parano autour de Google, franchement je ne comprends pas trop. Allez, hop, remettons-en une couche, histoire de revenir au sujet du moment !

Juste un article de plus pour enfoncer le même clou dans nos cerveaux : « Google Chrome fait déjà tiquer les défenseurs de la vie privée, notamment après la lecture des conditions générales d'utilisation du navigateur (CGU). » Or comme je l'ai dit ici, ce passage était loin d'être spécifique à Chrome, puisqu'il est inséré pratiquement dans les CGU de tous les services de Google.

C'est tout simplement ce qu'on appelle un boilerplate, un passage standard copié-collé quasiment à l'identique dans nombre de contrats anglo-saxons, ce qui explique aussi pourquoi la teneur est si proche des CGU de Facebook.

Donc ma question est la suivante : pourquoi réagir sur Chrome, à peine sorti, et n'avoir pratiquement jamais rien dit sur tous les autres produits-services de Google dont les CGU portent la même mention.

En un mot, pourquoi toute cette parano ? Le retrait immédiat du passage incriminé des CGU de Chrome est d'ailleurs un signe évident de la réactivité de la société et du fait que Google prend sa mission au sérieux. Cette collecte de données n'est d'ailleurs pas réservée à Google, comme je l'ai montré dans ce billet. Tous les acteurs majeurs du Web tentent d'en savoir toujours plus sur nous, inutile de s'en étonner.

Donc, face à cette situation, comme l'indique Horacio Gonzalez dans un billet plein de bon sens, mieux vaut choisir son camp parmi les trois attitudes possibles :
  1. J'utilise à fond les outils de Google, et je leur confie mes informations personnelles
  2. Je ne raconte rien sur moi et n'utilise aucun des services de Google
  3. J'utilise les outils de Google en sachant ce que je fais, ..., et en choisissant des outils différents sur les sujets pour lesquels je veux protéger la confidentialité de mes données et le respect de ma vie privée.
Perso, j'ai choisi mon camp, le 1er. Sans aucun prosélytisme, c'est juste celui qui me convient le mieux.

Aujourd'hui j'en suis content, et je le dis. Demain je n'en serai plus content pour une raison ou une autre, et je le dirai aussi. En attendant, je n'éprouve nul besoin de brûler des idoles, car je n'en ai pas. Pas plus que je ne suis sectaire. Vous préférez Microsoft, grand bien vous fasse. D'autres ne jurent que par Firefox (financé par Google, soit dit en passant), no problem. Chacun est libre, et moi de même.

Après tout, chacun est assez grand pour se sentir libre de choisir son camp. Je vous ai dit le mien, me direz-vous le vôtre (attention à l'ordre des propositions, parfois réorganisées automatiquement) ?



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P.S. Billet en réponse à ce commentaire de Szarah :
Je comprends votre enthousiasme, monsieur Le Ray : Google vient de vous délivrer d'un calvaire quotidien.
Vous êtes content et vous le dites.
C'est un peu comme si vous présentiez votre nouvelle fiancée (sourire).
Elle est même sur clé USB, dis donc ! (je plaisante).

Etes-vous déjà prêt à considérer qu'une entreprise qui fournit gratuitement d'excellents produits de première nécessité mérite par là de régenter le monde ?

J'espère que vous savez facilement mettre le feu à vos idoles.

Parce que, bon, il faudra bien que quelqu'un vous délivre de Chrome quand vous serez redescendu sur terre (sourire).
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