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mardi 13 mai 2008

Aux critiques du Web 2.0

Aux critiques ronchons du Web 2.0

[MàJ - 13h45'] Lire les réactions de Narvic et de Szarah, j'ai déjà répondu en partie à Narvic en commentaire, quant à Szarah, je me donne le temps de la réflexion : son billet est extrêmement argumenté et demande une réponse qui ne l'est pas moins.

* * *

Je réagis à quelques commentaires de Szarah (notamment Le web 2.0 ne détruit pas la culture, il la nivelle au niveau mondial) et plusieurs posts de Narvic, dont l'actuelle première page ne concentre pas moins de 4 billets où il exprime, encore et toujours, sa position fortement critique sur le Web 2.0 :

Affaire Gouguenheim : la clameur des blogs d'extrême droite :
Celui qui crie le plus fort dans la blogosphère

Je ne soupçonne pas la moindre opération occulte derrière cet état de fait : j’y vois seulement le fonctionnement « normal » des algorithmes de recherche de ces moteurs, qui se révèlent extrêmement faciles à manipuler.

Je constate seulement l’effet sur ces moteurs de l’action bien menée d’une communauté de blogeurs biens organisés, qui écrivent tous des billets en même temps sur le même sujet et se lient les uns aux autres par hypertexte. Il n’usent ici que de leur liberté d’expression, et comme ils le font de manière collective : ils occupent à un instant donné tout l’espace de la blogosphère, selon l’image qu’en donnent ces moteurs.

Ce qui me pose problème, c’est que quelqu’un qui souhaite, à cette heure, faire une recherche sur ces moteurs pour s’informer de ce que l’on dit de cette affaire, n’en obtiendra qu’une vision outrageusement orientée et partisane.

Neutralité ? Pertinence ? Fiabilité de l’information ? Ces moteurs de recherche de blogs ne relaient rien d’autre que la clameur de celui qui crie le plus fort à un moment donné ! Et quel impact tout cela a-t-il sur l’opinion que vont se forger sur ce sujet, les internautes qui l’auront abordé au moyens des outils d’internet qui fonctionnent de cette manière ?
Exploitation 2.0 :
Le débat semble enfin s’ouvrir peu à peu sur la face noire du Web 2.0, qui échange une liberté absolue (en apparence) contre une inéquité fondamentale (dissimulée). Bientôt des manifestations en ligne sur les sites de Google, Facebook, Dailymotion et autres Myspace pour demander un partage équitable du revenu généré par l’utilisateur ?
La magie du contenu généré par les utilisateurs :
Vive le Web 2.0 ! (vivat associé à une vidéo censée représenter l'UGC signé Web 2.0, je suppose...)
Le culte de l'amateur. Comment internet détruit notre culture :
Fort bien, mais est-ce que ça va suffire à nous protéger de ce gigantesque nivellement intellectuel par le bas que l'auteur voit se profiler dans le Web 2.0 ? (conclusion sous forme d'interrogation qui fait suite à plusieurs autres questions auxquelles j'ai tenté de fournir quelques brèves réponses...)
Donc, dans une tentative très personnelle de compenser un peu la clameur qui s'élève sur la soit-disant face noire du Web 2.0 et sur les débauches & catastrophes en tous genres qui lui sont associées, voire imputées, permettez-moi de vous donner mon point de vue en réagissant à l'une des questions soulevées par Narvic, demandant « un partage équitable du revenu généré par l’utilisateur » dans l'un de ces billets, Exploitation 2.0, qui cite Nicholas Carr traduit par Francis Pisani :
Le système économique de web 2.0 s’est révélé être dans les faits, à défaut de l’être intentionnellement, un système d’exploitation plus que d’émancipation. En mettant les moyens de production entre les mains des masses tout en leur niant la propriété du produit de leur travail, web 2.0 fournit un mécanisme extraordinairement efficace pour récolter la valeur économique du travail fourni gratuitement par le plus grand nombre et le concentrer dans les mains d’une infime minorité.
Ma première impression, au vu de l'actuelle première page de Novövision, c'est un fort sentiment de gêne, d'injustice, même, face à cette concentration délibérée d'événements et de jugements si négatifs portés sur ce qu'il est convenu d'appeler le Web 2.0, sur l'UGC, sur la blogosphère manipulée et/ou manipulatrice, etc.

Une première mauvaise impression qui s'accentue au fur et à mesure que je lis ces multiples formes de dénigrement sur ce gigantesque nivellement intellectuel par le bas et de la culture au niveau mondial, auquel se livrerait le Web 2.0, là où personnellement j'y vois un formidable instrument de vulgarisation du savoir et de démocratisation des consciences. Gratuitement, qui plus est...

Comme je le disais récemment en commentaire :
J'imagine que c'est toujours la même histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein : pourtant c'est toujours le même verre...
* * *

Donc, après le verre à moitié vide, voici ma vision du verre à moitié plein.

Que j'entame par un parallèle évident, pour moi, entre l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et le Web de Tim Berners-Lee et Robert Cailliau, celui-ci pouvant être considéré comme l'aboutissement inespéré, impensable - et impensé -, d'une entreprise qui avait pour but, selon les termes mêmes de Jean Le Rond d'Alembert dans son Discours préliminaire, d'exposer autant qu'il est possible l'ordre et l'enchaînement des connaissances humaines...

L'enchaînement étant donné sur le Web par l'hypertextualité, et l'ordre restant propre aux individus selon le parcours que chacun/e se donne et/ou s'invente...

Dans une attitude active ou, pour le moins, qui devrait l'être, contrairement à la télévision, par exemple. Car si l'interactivité n'atteint pas sa plénitude sur le Web, alors c'est à désespérer de l'humanité...

Or ce n'est pas le cas : j'observe dans le Web 2.0 une telle effervescence jaillissante de l'interactivité, portée à une puissance (dans son acception mathématique, mais pas seulement) inégalée à ce jour (et probablement encore moins que demain) que j'ai d'énormes difficultés à concevoir que pour certain(e)s, ce même Web 2.0 n'est que source d'évaluations teintées de pessimisme et d'amertume. Des évaluations qui deviennent tellement battues et rebattues qu'elles ne sont plus que lieux communs, clichés, etc.

Sans prétendre à l'exhaustivité, voici quelques exemples qui me viennent à l'esprit parce que ce sont ceux que je rencontre le plus souvent :
  1. le nivellement par le bas ;
  2. la fausse gratuité ;
  3. l'exploitation de l'UGC par les méchants moteurs et agrégateurs en tout genre ;
  4. l'absence ou l'insuffisance du partage des revenus.
* * *

1. Le nivellement par le bas

De quoi parle-t-on ? Du nivellement par le bas de la culture, des consciences ? Mais voici plus d'un demi-siècle que la télé s'en charge, mes chers contempteurs ! Qu'est-ce qui marche le mieux, à la télé ? Le cul, la violence, l'argent, le pouvoir, etc. Rien de nouveau sous le soleil.

Pour autant, doit-on dire que la télé n'a jamais rien fait pour promouvoir la culture des masses ? Non, n'est-ce pas ?

Et attention, je suis moi-même extrait des masses. Issu d'une famille modeste, de parents fonctionnaires, placés plutôt bas dans l'échelle des mérites, sans biens ni aucune fortune personnelle. Qui s'est retrouvé orphelin à la rue à 18 ans. Sans aucun diplôme (niveau BEPC), sans aucune formation professionnelle, sans aspirations, sans soutien économique, sans rien, quoi.

Qui s'est fait sa propre culture en autodidacte à 100%, et qui continue sa formation permanente tout au long de la vie. Tout seul, comme un grand.

Or que m'offre le Web ? TOUT ! Sans limites. Sans argent. Si ce n'est le coût de la connexion. Je me connecte, et vogue la galère. Je navigue, libre. Je peux tout apprendre, tout découvrir, tout approfondir. Partout, sur tout, et même dans toutes les langues, si je veux. Je peux voyager, embarquer sur Google Earth, survoler des pays inconnus, m'égarer dans la voie lactée, etc.

Que l'on me dise quand, et où, depuis l'aube des temps, l'humanité a-t-elle eu un tel outil gratuitement à disposition ?

C'est tellement gigantesque comme gisement de connaissances et d'émerveillements qu'en comparaison la caverne d'Ali Baba me fait penser à un misérable bric-à-brac enfoui dans un cul-de-basse-fosse. Tiens, puisque j'en parle, testez Google, et vous avez comme premier résultat Le Rhin, de Victor Hugo, téléchargeable en un clic !

Toute la connaissance du monde, ou presque, à portée de clic. Gratuitement.

Et bien non ! Si pour vous c'est de l'exploitation, pour moi c'est de l'émancipation.

Et toutes ces critiques négatives qui éclosent à fleur de billets, de discussions, de commentaires, d'articles, etc., me font penser à un combat d'arrière-garde, à une opposition plus souvent stérile que constructive. Je n'ai jamais soutenu que tout est bon, mais je suis un peu las de voir ces discussions sans fin sur la face noire du Web 2.0.

D'où mon parallèle avec l'Encyclopédie :
La grandeur de l'Encyclopédie est précisément d'être une œuvre de combat liée aux circonstances historiques, de mettre en cause des intérêts humains profonds et véritables, de représenter un moment de la société, de l'histoire, de l'esprit, un moment de l'homme. Sa publication, étagée dans les temps, devait donc déchaîner nécessairement des passions contradictoires, devait donc être difficile. Ne déplorons pas les « traverses » qu'elles a rencontrées, elle leur doit sa grandeur. Pour quel dictionnaire se battrait-on de nos jours, et qui se battrait pour un dictionnaire ?
Préface d'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et Métiers, édition J'ai lu l'essentiel, articles choisis et présentés par Alain Pons.

Et bien voilà ! Aujourd'hui, perpétuel recommencement de l'histoire, on se bat pour le Web. Et ce n'est qu'un début ! Le Web, c'est l'Encyclopédie à l'énième puissance presque trois siècles plus tard...

* * *

2. La fausse gratuité

J'ai barré "fausse", car la gratuité existe bel et bien sur le Web. C'est d'ailleurs ça qui gêne profondément les bonnes consciences. Surtout en France, la fameuse exception française, comme toujours !

Là encore les anglo-saxons enseignent. Eux ils se posent moins de questions philosophiques (c'est gratuit, c'est pas gratuit, c'est moitié gratuit, moitié payant, etc.), ils élaborent, retraitent les données du problème et reformulent.

Ça nous donne Welcome to the age of the crowd !
Ça nous donne La longue traîne
Ça nous donne Free

(vous avez noté : les trois piliers ci-dessus ont été érigés par des journalistes de Wired...)

Ça nous donne la Sagesse des foules
Ça nous donne la théorie du Web 2.0
Et ça va bientôt nous donner le Web dans les nuages
Et puis encore l'Internet des choses, etc.

Mais pendant ce temps, les franco-français continuent à râler et à se demander si au fond le Minitel, c'était pas mieux !

Tiens, vous voulez que je vous dise quelque chose : votre Minitel (je ne vis plus en France depuis le début des années 80, je n'ai donc pratiquement pas connu le Minitel), si France Télécom ne l'avait pas fourni GRATUITEMENT aux populations, jamais personne ne l'aurait acheté !!!

Donc toute l'économie qui s'est créée ensuite autour du Minitel, y compris avec le cul et le Minitel rose, s'est créée à partir d'un outil distribué GRATUITEMENT avec la bénédiction de France Télécom et de l'État français.

Un exemple à méditer lorsqu'on parle du Web 2.0, ou non ?...

Regardez un peu cette liste de services OFFERTS par Google :
  1. Gmail
  2. Google Document
  3. Google News
  4. Google Alerts
  5. Google Books
  6. Google Calendar
  7. Google Earth
  8. Blogger
  9. Google Base
  10. Orkut
  11. Google Groups
  12. Google Images
  13. Google Desktop
  14. Youtube/Google Video
  15. Google Blog search
  16. Google Reader
  17. Google Photos/Picasa
  18. Google Scholar
  19. Google Notebook
  20. Google Talk
  21. Google Mobile services
  22. Google Pack
  23. Google Analytics
  24. Google Search !!!
Et je suis sûr qu'il y en a d'autres dans la galaxie !

Donc la gratuité fait résolument partie des intemporels de Google, mais aussi de la philosophie de Yahoo!, du monde du libre (Spip, pour n'en citer qu'un...) et de tous les acteurs du Web 2.0 qui savent que le modèle gratuit est désormais une condition sine qua non pour se faire connaître, percer et éventuellement réussir : l'histoire du Minitel qui se répète...

Il y a en outre un service supplémentaire que Google met gratuitement à la disposition de tous : Google Adsense, j'y reviendrai au point 4...

* * *

3. L'exploitation de l'UGC par les méchants moteurs et agrégateurs en tout genre

Dans Google profileur en série, j'ai déjà répondu NON à la question : la gratuité est-elle gratuite sur Internet ?

Il est clair que la stratégie de Google et des autres vise à collecter le plus d'éléments possibles sur ses utilisateurs. Au point qu'on en arrive à plus d'un millier d'événements qui déclenchent la collecte de données "privées" sur les internautes (Data transmission events).

Mais est-ce que ça vous dérange ? À moi, non. Pas plus que ça.

D'ailleurs, si ça vous dérange vraiment, il vous suffit de ne plus utiliser les services listés ci-dessus, c'est aussi simple. D'autant plus que pour tous ces services, vous allez trouver les équivalents payants. Donc pourquoi ne pas payer lorsqu'on peut trouver les mêmes services en payant ?

Si tel est selon vous le prix de l'indépendance et de la liberté, voire du respect de votre vie privée, ce serait bête de vous en priver, justement !

Mais continuer à dire que les moteurs et les agrégateurs ne pensent qu'à exploiter le contenu des autres, parce que tout ce qui les intéresse c'est de se faire du fric sur le dos des internautes sans prendre les responsabilités qui vont avec, c'est pousser un peu loin le bouchon !

D'abord il faut préciser que si quelqu'un ne veut pas être indexé, rien de plus simple. Un noindex et c'est réglé. Une demande de retrait d'index et c'est réglé. Un mail à l'agrégateur pour indiquer son refus et c'est réglé. Donc où est le problème ?

Sauf à dire que les moteurs et les agrégateurs ne serviraient à rien... Un pas que je ne saurais franchir.

Ils indexent mon contenu, et me donnent de la visibilité. Je n'en demande pas plus. Vous ne voulez pas être indexés, restez secrets. Présents sans être visibles. Autrement dit inconnus. Mais alors ne vous étonnez plus que les "algorithmes de recherche de ces moteurs (...) se révèlent extrêmement faciles à manipuler."

Ne vous étonnez plus qu’une "communauté de blogeurs biens organisés, qui écrivent tous des billets en même temps sur le même sujet et se lient les uns aux autres par hypertexte (...) occupent à un instant donné tout l’espace de la blogosphère, selon l’image qu’en donnent ces moteurs."

Donnant ainsi "une vision outrageusement orientée et partisane."

Il faut savoir ce que l'on veut ! Soit on veut avoir une voix pour gueuler plus fort que l'autre quand on juge ses intérêts menacés, soit on veut rester invisible et ... silencieux, mais après on ne s'étonne pas que d'autres occupent le terrain.

Si je travaille la visibilité d'Adscriptor, c'est bien pour tenter de me faire entendre quand j'estime que c'est le moment. Comme avec ce billet, par exemple. Ou comme dans les affaires Martinez ou DatingWatch, etc.

Et lorsque Adscriptor apparaît très bien placé dans les premières pages de Google et très bien positionné sur des mots clés extrêmement concurrentiels, est-ce que vous croyez que cela peut AUSSI avoir une valeur marchande ?

Avez-vous une idée de ce que certains sont prêts à dépenser pour être en première page des résultats de Google et de la valeur d'un tel positionnement ? Que ce soit en payant ou en organique (respectivement 14% contre 86% des clics) ?

Donc que je soigne mon contenu et que l'algorithme d'un moteur ou d'un agrégateur m'aide à en booster la visibilité, je ne vois là aucune exploitation mais juste un deal tacite, gagnant-gagnant.

D'autre part, les moteurs, les agrégateurs, les réseaux sociaux et les autres acteurs du Web 2.0 investissent énormément, notamment dans des infrastructures matérielles et logicielles lourdes. Donc pourquoi s'étonner qu'ils veuillent gagner de l'argent ? Et comment définir ce que serait, dans ce cas, un partage équitable du revenu généré par l’utilisateur ?

* * *

4. L'absence ou l'insuffisance du partage des revenus

Dire que ça n'existe pas serait faux. Adsense, c'est gratuit et ça rapporte ! Tous ceux qui en ont sur leur site le savent, vous n'avez besoin de rien pour mettre votre code Adsense sur vos pages, sauf le respect de certaines "règles", parfois violées par Google lui-même mais qu'il semble vouloir de plus en plus faire respecter (dans la série "faites ce que je dis, mais pas ce que je fais"...).

Il est clair que beaucoup tentent de manipuler les moteurs avec plus ou moins de réussite et de risques pour augmenter leur trafic et gagner plus.

Je peux même vous dire que de nombreux référenceurs qui ont compris comment les choses fonctionnaient préfèrent travailler d'abord pour eux, et ensuite pour les autres, à l'occasion...

Le vrai problème aujourd'hui, c'est que le seul modèle publicitaire qui marche depuis 4 ou 5 ans, le binôme AdWords - AdSense, pour être clair, n'est plus franchement adapté aux diversités des situations sur Internet, notamment au Web participatif et aux réseaux sociaux. D'où les nombreux tâtonnements pour inventer de nouveaux modèles économiques, des widgets à d'autres formes de monétisation des résultats (le CPA, par exemple), en passant par la recherche sociale et la recherche universelle, etc.

Google annonce déjà Adsense for Video, dont on mesurera mieux les enjeux lorsque l'on sait que plus de 10 milliards de clips sont visualisés chaque mois, uniquement aux États-Unis : +10 milliards !!!



Google ! Encore et toujours ! La seule chose que je peux partager, c'est qu'un peu de concurrence dans les régies serait bénéfique pour tout le monde. On attend juste les candidats. Et en Europe, je vous dis pas...

Pour être tout à fait sincère, je ne vois pas vraiment émerger de compétiteurs européens capables de jouer dans la cour des grands.

Exalead ? Bof. En tout cas pas avec ça...
Wikio ? Peut-être. La Justice permettant...

Mais en attendant que de nouveaux modèles viables et solides de monétisation ne voient le jour, avec des règles claires, je conçois difficilement que l'internaute lambda soit fondé à prétendre un partage plus équitable des revenus sur "son" contenu autre que :
  • une visibilité en rapport avec sa "pertinence",
  • un reversement modulé sur ce qui existe déjà, et
  • un choix si vaste et si riche de services gratuits qu'il est pratiquement impossible de tous les utiliser...

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P.S. Narvic, sans rancune, j'espère. Mais dans Novövision je vois le préfixe Nov, un peu comme dans novlangue, qui serait donc censé apporter quelque chose de neuf, une nouvelle vision, justement : je la souhaiterais seulement un peu moins pessimiste...

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15 commentaires:

florence Meichel a dit…

Je me permets de diffuser ce superbe billet tout en nuance et en pertinence !J'apprécie !

Merci Jean-marie !

Cyrille a dit…

Bravo, superbe billet, argumenté comme il faut. Je pense comme vous qu'il ne peut exister de vision manichéenne de ce qu'il est convenu d'appeler le web 2.0. A chacun d'y trouver son compte. L'empirisme est le maître mot de cet univers en matière d'apprentissage. A suivre donc...

narvic a dit…

Merci, Jean-Marie, de donner l'ampleur d'une clameur à mes quelques billets sur mon petit blog... ;-)

Tu vois, moi j'ai le sentiment qu'il règne plutôt dans la blogosphère une forme de vision idyllique du Web 2.0, et que le discours dominant (la clameur) c'est celle d'une confiance sans beaucoup de recul sur la toute puissance de la technologie pour régler toutes les situations.

Je ne partage pas ce point de vue. il me semble utile de contrebalancer cette vision, en y remettant un peu de critique.

Je ne suis donc pas "ronchon", mais j'essaie d'être lucide, donc critique, vis à vis de ceux que je qualifierais pour ma part de "ravis de la crèche du Web 2.0"... :-)

- le web 2.0 a de grandes qualités, mais il pose aussi de réels problèmes. Il recèle un potentiel de libération mais aussi un potentiel d'aliénation.

- les technologies ne sont pas neutres, elles ne sont pas objectives, elles peuvent être bonnes, mais elles peuvent être aussi mauvaises. Il convient de les surveiller attentivement et de réfléchir aux conséquences de chacune d'entre elle, avant de s'en retrouver prisonnier.

Le Web 2.0 me semble actuellement très immature. Par bien des aspects il est bancal, ce qui est normal pour un "work in progress". Il est traversés de courants contradictoires, et de forces qui ont des intérêts différents, parfois opposés.

Aujourd'hui, il me semble que le poids de quelques gros intérêts dans le développement du Web 2.0 (une poignée de grosses sociétés américaines) est trop important, par rapport à celui de la grande masse des utilisateurs, mais aussi des petits "créateurs". Cette situation est déséquilibrée et recèle des risques.

Elle pousse au développement du Web 2.0 dans une direction qui n'est pas celle de l'intérêt général actuellement, mais celle de quelques intérêts particuliers. Il y a d'autres directions possibles.

Voilà le discours que j'essaie de pousser de mon côté, en soulignant les informations ou les points de vue que je peux rencontrer en surfant., qui vont à contre courant de l'opinion générale.

Tes réactions, Jean-Marie, me semblent parfois symptomatiques d'un excès de confiance dans les vertus de la technologie. Et ça peut te mener à considérer comme presque "douloureuses" les simples critiques qui sont apportées au débat collectif... Pourtant, ya pas d'mal à réfléchir et débattre... ;-)

Jean-Marie Le Ray a dit…

Narvic,

Merci pour ton commentaire, que je pourrais difficilement contredire, car je suis assez d'accord. Pas sur tout, mais presque :-)
Ceci dit, avant de te faire une réponse plus détaillée, j'aimerais si possible que tu développes quelle est ta vision sur "Il y a d'autres directions possibles".

Et comme tu dis "y a pas d'mal à réfléchir et débattre... ;", je trouve ton blog et tes billets toujours très stimulants, puisqu'ils suscitent toujours mille pensées chez moi.

Jean-Marie

Szarah a dit…

Billet intéressant comme toujours, encore que j'apprécie très moyennement d'être considérée comme une ronchonne du Web 2.0; je vous réponds à ce sujet par un billet chez moi, venez lire si vous l'osez (sourire).

"Tiens, vous voulez que je vous dise quelque chose : votre Minitel (je ne vis plus en France depuis le début des années 80, je n'ai donc pratiquement pas connu le Minitel), si France Télécom ne l'avait pas fourni GRATUITEMENT aux populations, jamais personne ne l'aurait acheté !!! "

Je n'ai pas connu le Minitel mais mes fiches indiquent que ce service fut lancé parce que Thomson avait un million d'écrans surnuméraires à placer et que l'Etat voulait sauver la boîte. S'il s'agit d'une rumeur, elle est en tout cas plausible.

Emmanuel a dit…

Jean-Marie, tu ne peux pas évacuer la question de la gratuité et de la démonétisation en prenant l'exemple du Minitel. On se fout bien de savoir qu'il était distribué gratuitement alors qu'on y facturait l'accès aux documents publics à 9 f la minute...

Bref le Minitel (comme réseau) était payant et avait permis de créer un ecosystème capable de monétiser les contenus (jusqu'à outrance). Le Web 2 c'est l'inverse. C'est ça qu'il faut retenir et ça ne vaut pas condamnation de le dire.

Messieurs il y a un moment où il faut bien faire parler les chiffres et comprendre que ce n'est plus un débat d'opinion. On peut être optimiste sur le long terme mais croire qu'Adsense paye les contenus c'est une plaisanterie. Donc rien de tel qu'un économiste pour nous dire en effet un peu brutalement que la force de travail n'est pas rémunérée. Parce que c'est un fait.

Gaël PLANTIN a dit…

Bonjour Jean-Marie et merci pour ce billet revigorant !

Je vais oser un raccourci qui me semble assez bien résumé la position/l'opposition qui se dégage du fil associé à ton billet...

A la maison, nous avons un four à micro-ondes.
Ma femme, qui n'est pas une "passéiste", ne l'utilise qu'avec parcimonie : il se peut que cette technologie puisse modifier les aliments...

En revanche, par simplicité, les soirs, elle n'hésite pas à recourir à cet outil "maléfique" pour chauffer l'eau de son infusion...

Chacun voit midi à sa porte !

J'utilise sans vergogne les services de google, je suis auvergnat, la gratuité j'aime bien ;o), sans pour autant oublier de prendre mes distances.
J'archive régulièrement sur mon propre disque dur, les documents et les contenus que je confie à Google.

Un outil n'est ni bon ni mauvais, il est pratique ou pas à un moment donné, dans le cadre d'une tâche donnée, menée par un individu donné.
Si jugement moral il doit y avoir, ce n'est pas sur l'outil, mais sur les conditions de son utilisation et les conséquences qui en résultent...

Il est nécessaire de former les utilisateurs afin de permettre à chacun de bénéficier des apports potentiels sans pour autant crouler sous les contraintes.

A ce titre, je vous renvoie au dernier commentaire posté sur le blog de Florence à propos de l'apprenance ambiante.

Jean-Marie Le Ray a dit…

Bon ! Et bien d'abord merci à tous pour vos commentaires.

Je ne peux pas répondre à tous pour l'instant, car avec les billets de Narvic et de Szarah qui ont suivi le mien, y a de la matière à ingurgiter avant de répondre !

Donc pour l'instant, je vais me contenter de répondre à Emmanuel.

Mon parallèle avec le Minitel tient en ceci : s'il n'y avait pas eu au départ distribution gratuite de l'outil, que ce soit par FT ou je ne sais qui d'autre, il n'y aurait rien eu ensuite.

Mon constat se limite à ça, je ne propose sûrement aucune analyse de ce qui s'est créé derrière.

Adoption de l'outil à grande échelle donc, due uniquement à sa distribution gratuite.

Pour moi la comparaison avec les outils gratuits du Web 2.0 se situe là : les développeurs cherchent à tout prix à faire adopter gratuitement leurs outils, sans quoi aucun modèle économique, quel qu'il soit, ne se créera jamais derrière.

Ensuite je n'évacue nulle part la la question de la gratuité, je dis simplement ceci :

... en attendant que de nouveaux modèles viables et solides de monétisation ne voient le jour, avec des règles claires, je conçois difficilement que l'internaute lambda soit fondé à prétendre un partage plus équitable des revenus sur "son" contenu autre que :
- une visibilité en rapport avec sa "pertinence",
- un reversement modulé sur ce qui existe déjà, et
- un choix si vaste et si riche de services gratuits qu'il est pratiquement impossible de tous les utiliser...


Donc mon observation se limite à ça : il n'y a pas pour l'instant de "modèles viables et solides de monétisation" (qui restent à trouver/inventer, sous-entendu), donc en attendant "l'internaute lambda" peut difficilement prétendre à un soi-disant partage des revenus.

Je préfère pour l'instant concentrer mes efforts sur la visibilité.

Je parle d'internaute lambda, pas d'acteurs économiques sérieux, genre groupes médias et compagnie.

Donc je ne dis nulle part qu'Adsense va payer les contenus !

Quant à parler chiffres, d'accord. Mais qui parle chiffres ? Où sont-ils ces chiffres ?

Que les économistes nous disent brutalement que la force de travail n'est pas rémunérée, que c'est un fait, OK.

Un fait que je connais bien puisque je l'expérimente en traduction depuis plus de dix ans, durant lesquels j'ai vu sur Internet les prix constamment nivelés par le bas pour baisser même en-deçà de ce qu'ils étaient en 1985 quand j'ai débuté, alors que sur la même période le coût de la vie a été multiplié par je sais pas combien.

Et personne ne m'a aidé pendant toutes ces années pour faire vivre ma famille.

Donc qu'en tirer comme leçon ? Qu'Internet ne va pas, que le Web 2.0 ne va pas, et qu'il faut transposer sur la toile de vieux modèles économiques qui n'ont pas même donné la preuve qu'ils fonctionnaient "dans la vraie vie" ?

Franchement, je n'ai pas de réponses. Ou plutôt, la seule que je trouve, c'est d'essayer de comprendre le Web du mieux que je peux et d'en accompagner le développement à mon niveau pour en tirer des avantages.

Jean-Marie

narvic a dit…

Jean-Marie, j'ai peur que tu fasses quelques illusions sur la question économique :

Tu dis : "Pour moi la comparaison avec les outils gratuits du Web 2.0 se situe là : les développeurs cherchent à tout prix à faire adopter gratuitement leurs outils, sans quoi aucun modèle économique, quel qu'il soit, ne se créera jamais derrière."

Dans le cas du Minitel, c'était un tout dès le début : lecteur mis à disposition gratuitement, CONTRE rémunération à l'usage du distributeur comme du producteur de contenu. Ça a pris (malgré son coût pour l'utilisateur) car le modèle était équilibré.

Dans le cas du Web 2.0 marchand : c'est le distributeur qui rafle toute la mise. C'est ça le modèle économique et il est parfaitement en place. Je ne vois pas pourquoi Google, Yahoo! Microsfot et les autres le laisseraient remplacer par un autre (d'ailleurs lequel, où le vois-tu venir ?), puisque celui-ci est si favorable...

Jean-Marie Le Ray a dit…

Narvic,

OK. Donc en partant du constat que tu dresses, quelles sont selon toi les "autres directions possibles" ?

J-M

Szarah a dit…

Narvic l'a bien expliqué : c'est la distribution qui commande.
Cela n'a rien de spécifique au Web.
Que l'on considère l'alimentation ou les livres, ce sont les distributeurs qui choisissent depuis longtemps :
- le format d'emballage;
- le prix au public;
- les quantités à produire;
- ...

Les distributeurs ont pris le pouvoir il y a longtemps déjà sur la chaîne complète.
Ils connaissent les clients finaux, ils savent ce qui leur convient.

A la limite, question livres par exemple, ce sont eux qui décident non seulement de la forme mais aussi du contenu.

Le producteur n'a pas le choix : sans distribution, il ne vend rien, tout simplement.
Sur le Web c'est la même chose et les moteurs ont capté la distribution.

Le challenge commencé il y a longtemps consiste à établir des réseaux de distribution alternatifs, où le producteur (auteur, éditeur) aurait un peu plus son mot à dire.
Dans la "vie réelle", les expériences n'ont pas manqué mais sans guère de succès ou alors avec l'idée sous-jacente d'être racheté.

Sur le Web, ce modèle a été copié servilement : on crée des réseaux destinés à être rachetés par les majors.

La seule alternative, c'est le p2p : chaque PC devenant serveur comme je l'ai présenté dans ce billet.
C'est la fin du "contenu existant en un seul exemplaire", la fin de la possibilité de tuer un contenu (puisqu'il existe en x exemplaires), la fin de l'hégémonie de ceux qui gèrent la distribution du réseau.
On connaît la haine du système pour cette conception du réseau.

Mais cette conception ne règle en rien la question de la rémunération des auteurs.
C'est là que le bât blesse.

Tout ceci pour répéter, une fois de plus, que ce qui se passe sur le Web n'a rien de spécifique ni d'innovant, ni de révolutionnaire.

hubert guillaud a dit…

1. Le nivèlement par le bas.

Il me semble que vous parlez là de deux choses bien différentes. Jean-Marie évoque les possibilités infinies qu'offre le web, alors que Narvic ou Szarah parlent des limites des moyennes, le fait que l'outil web lui-même favorise les moyennes.

2. La gratuité
Il y a dans l'individualisme communautaire qui caractérise le web un vrai altruisme, mais qui n'est pas non plus l'altruisme de nos parents. Un je donne car ça ne me coute pas. Mais ce n'est pas ce qu'on devrait appeler "donner".

A l'inverse, la gratuité du web 2.0 fini par être un système économique, un modèle économique en soit, comme l'explique Anderson, qui, comme le dit Emmanuel, ne fonctionne pas jusqu'au bout de sa logique. La gratuité et le don existent bel et bien et Wikipédia en est un bel exemple, mais de là à en faire une généralisation, un système économique, il y a une différence un pas que l'on franchit qui n'est pas sans conséquences (économiques et sociales notamment).

3 et 4. Le problème de l'exploitation des données par d'autres est qu'il n'y a pas toujours de contreparties ou qu'elles ne sont pas toujours explicites. D'une manière volontairement non économique (pour montrer que ce n'est pas le seul problème de cette exploitation) : quelles contrepartie ais-je de la traçabilité généralisée ?

Il me semble en tout cas qu'il est très important d'être critique et ronchon.

Moosh a dit…

Sans vouloir voir le bien partout, il y a un élément qui est souvent oublié dans cet internet "d'amateurs" , qui pour moi a une importance non négligeable. Cela force les gens a se forger un esprit critique. Le public prend plus facilement conscience que aucune information ne doit être avalée telle qu'elle. Peut-être est-elle erronée ou partiale. "tout le monde se trompe".
En partant de nos écrivains en herbe on apprend à se créer des filtres qu'on étend ensuite sur les médias traditionnels qui son trop souvent considérés comme la sainte bible de l'information

narvic a dit…

Dis-moi, Jean-Marie, tu ne regrettais pas, il y a quelques temps que tes lecteurs ne commentent pas assez chez toi ? ;-)

Pour le coup, tu as lancé le débat sur un sujet qui intéresse du monde en ce moment. Le débat commence chez toi, mais je ne doute pas qu'il va se propager ailleurs :-)

Jean-Marie Le Ray a dit…

Narvic,

Je ne suis pas sûr de l'avoir lancé, repris plutôt, mais j'espère bien qu'il va se propager, car contrairement à Emmanuel, je pense que c'est aussi un débat d'opinion.

Jean-Marie