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vendredi 22 février 2008

Yahoo! vs. Google

Flashback

En 1995, Microsoft loupe un tournant historique, ce dont il ne se remettra pas jusqu'à aujourd'hui.

En 1996, année de ma première connexion à Internet, le portail Yahoo! utilisait AltaVista comme moteur de recherche.

À cette époque, Google n'existait pas encore, si ce n'est dans la tête de Larry Page et Sergey Brin.

De 1998 à 2000, Yahoo! préféra remplacer Altavista par la technologie de recherche Inktomi.

De 2000 à 2002, Yahoo! remplaça Inktomi par Google, avant de consommer le divorce en mars 2003 car l'irrésistible ascension de Google commençait à lui faire de l'ombre.

L'acquisition d'Inktomi en décembre 2002 faisait d'ailleurs suite au refus d'un rachat de Google, pour lequel Yahoo! aurait proposé 3 milliards de dollars durant l'été 2002, alors que Page & Brin évaluaient leur moteur au moins à 5 milliards $ !

Mais Terry Semel avait un autre plan, être indépendant sur la recherche avec la technologie Inktomi et lancer la pub contextuelle après l'acquisition d'Overture en 2002 (ex GoTo.com, créé par Bill Gross en 1998 ; fin 2001, les internautes avaient déjà cliqué 1,4 milliard de fois sur les pubs Overture).

En 2002, les recettes d'Overture étaient le double de celles de Google ; deux ans plus tard, les recettes de Google représentaient plus de 2,5 fois celles d'Overture... (source : Eric Jackson)

De mars 2003 (date du "divorce" Yahoo!-Google) à aujourd'hui, cinq ans ont passé, cinq ans seulement. Durant lesquels Google, qui valait au départ bien moins que Yahoo!, a tellement multiplié sa valeur qu'il pèse maintenant plus de 4 fois celle de Yahoo!

Explication et conclusion

Durant la décennie 1998-2008, Yahoo! a eu TOUTES les opportunités de devenir le numéro 1 sur Internet et les a TOUTES dilapidées.

Par manque d'audace. Par manque de clairvoyance. Par manque de leadership, de vision, etc. Et probablement en amont par l'absence d'une "mission" clairement définie, au travers de laquelle Yahoo! aurait pu devenir reconnaissable, identifiable, non seulement en interne, vis-à-vis de ses propres effectifs, mais surtout vers l'extérieur, vis-à-vis des internautes en général.

A contrario, Google, à qui TOUT a réussi jusqu'à présent, a su se focaliser dès le début et fédérer ses troupes autour d'UNE mission, dont la ligne directrice ne varie pas d'un pouce, ou lorsqu'elle s'étend, puisqu'il y a longtemps qu'on sait que Google est bien plus qu'un « simple » moteur de recherche, ça reste toujours concentré sur le cœur de mission.

Une différence fondamentale qui explique probablement qu'au fil des ans la débandade de Yahoo! a fini par être inversement proportionnelle à la réussite de Google.

Avec à l'origine chez Yahoo! deux étudiants de Standford, Jerry Yang et David Filo, qui n'ont jamais su s'entourer, ou mal ; et chez Google, deux étudiants de Standford, Larry Page et Sergey Brin, qui ont su trouver la bonne personne au bon moment.

Ceci explique cela. (Zuckerberg n'a plus qu'à en tirer les leçons qui s'imposent...)

Beaucoup d'erreurs à mettre au compte de Yahoo! donc, qu'on ne peut certes pas toutes attribuer au hasard ou à la malchance. Des acquisitions en pagaille sans qu'on comprenne trop le pourquoi du comment, d'où une duplication inutile et coûteuse des produits. En somme, toute une série de maux parfaitement connus en interne :
  • Nous devons d'abord reconnaître nos problèmes
  • Nous manquons de clarté, aucune vision
  • Nous manquons de décision et de réactivité
  • Nos services sont fortement redondants :
    • YME vs. Musicmatch
    • Flickr vs. Photos
    • YMG video vs. Search video
    • Deli.cio.us vs. myweb
    • Messenger & plug-ins vs. Sidebar & widgets
    • Social media vs. 360 & Groups
    • Front page vs. YMG
    • Global strategy from BU vs. Global strategy from International
  • Nous avons perdu notre volonté de gagner...
Source : Brad Garlinghouse (Peanut Butter Manifesto)

Et les tergiversations de Jerry Yang remplaçant Terry Semel me font davantage penser à l'agitation d'un étudiant en mal de reconnaissance, plutôt qu'à l'orientation stratégique clairvoyante d'un chef d'entreprise.

Le seul vrai succès que je reconnaisse à Yahoo, c'est son implication dans le monde de l'open source et, surtout, d'avoir été décisif pour contribuer, enfin, à sortir de l'ombre le projet Hadoop, à mon avis la seule carte à jouer pour espérer un jour concurrencer - voire dépasser - Google sur le search. La pertinence des résultats étant la clé qui ouvre toutes les portes sur Internet.

Dommage que ce soit trop tard ! Pas trop tard pour Hadoop - je parie même que Microsoft va foutre son MSN à la poubelle pour injecter ses milliards dans Hadoop (ce qui serait quand même le monde à l'envers...) -, mais trop tard pour Yahoo!

Il faut dire aussi que depuis plus de 10 ans qu'ils errent dans la recherche, ils auraient peut-être pu - et dû - y penser avant !

So long Yahoo! À moins que Microsoft ne décide de te donner une nouvelle jeunesse et finisse un jour par nous convaincre - sait-on jamais !? - que la seule alternative possible à Google est l'émergence d'un Yahoo 2.0!

Même si personnellement, mon analyse est qu'il vaudrait mieux tout refondre dans une nouvelle entité, car si l'on a déjà maintes redondances au sein de Yahoo!, avec une - encore hypothétique, voire utopique - intégration Microsoft-Yahoo!, on aura une duplication des redondances et des difficultés qui ne s'additionneront pas mais se multiplieront. C'est exponentiel ce truc...

Ceci dit, pour des centaines de millions d'internautes lambda captifs de la recherche sur Internet, Google ou Yahoo 2.0 (ou Microsoft 2.0), c'est bonnet blanc et blanc bonnet.

Et entre un monopole ou un duopole, en serons-nous réduits à la portion congrue : invoquer la protection de l'UE ?


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P.S. Et merci à Terry Semel de ne pas avoir acheté la société de Page & Brin, dont l'aventure aurait tourné court dans le giron de Yahoo! sans jamais pouvoir devenir le Google qu'on connaît aujourd'hui...

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4 commentaires:

Aurélien a dit…

Hello,

Merci pour cet excellent article.

Plusieurs éléments expliquent à la base les mauvais choix de yahoo.

Les fondateurs de Yahoo n'avaient pas du tout la même vision que ceux de Google.

La simple application "moteur de recherche" n'était apparemment pas prise au sérieux. D'ailleurs l'approche de Yahoo était à la base l'annuaire...

Avec un moteur de recherche, on trouve une réponse très rapidement alors que Yahoo voulait que les gens passent du temps sur leur site, de plus en plus de temps.

Je crois qu'Altavista n'avait pas non plus voulu acheter Google pour à peu près les mêmes raisons.

jean-Christophe Courte a dit…

C'est absolument cela… Ils ont eu l'incroyable opportunité d'acheter un Google jeune.

David Taté a dit…

Bonsoir,

Analyse intéressante.

salutation

Web et SEO a dit…

Google n'a jamais été pris au sérieux.
Ils n'ont pas eu beaucoup d'investisseurs.