jeudi 10 mai 2007

GYM : une analyse

Les indicateurs économiques
Le cool factor

Pour moi, la énième rumeur de rachat de Yahoo! par Microsoft est à mettre au compte des signaux sur lesquels il convient de s'arrêter et de réfléchir.

Dont acte.

Les trois acteurs en présence sont toujours les mêmes :
  1. Google
  2. Yahoo!
  3. Microsoft
Avec G d'un côté, et YM de l'autre.

Le premier caracole en tête, les deux autres suivent, tant bien que mal. Une troisième place qui n'est certes pas dans la nature de Microsoft. Et même si Terry Semel voudrait nous faire croire que les journaux ne racontent que des conneries, perso je préfère penser que le fait qu'un tel argument revienne cycliquement sur le tapis est bien le signe qu'il n'y a pas de fumée sans feu.

Et qu'il témoigne surtout de l'indécision, voire de l'égarement, de deux sociétés cherchant par tous les moyens à combler un retard qui ne cesse de croître. J'imagine que toutes deux sont conscientes qu'elles doivent trouver une forme d'accord ou de collaboration (Semel did make a call for his company and Microsoft to work together on Internet advertising standards) pour contrer Google, tout en sachant qu'une fusion entre deux cultures d'entreprises aussi différentes pourrait déboucher sur un échec retentissant. Sauf à créer une nouvelle entité en détachant MSN de la maison-mère, ce qui serait une bonne façon de faire du neuf avec du vieux et d'éviter une fuite des talents...

Car en réalité, la somme de deux échecs ne fait pas une réussite. Maintenant, dire de Yahoo! et Microsoft qu'elles ont échoué, vous allez me rétorquer que je divague, et pourtant les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Ce que Steve Ballmer résume par une formule lapidaire :
Microsoft has the most visitors. Yahoo actually has people spending the most total time with them. And Google makes the most money.

Microsoft a le plus de visiteurs. C'est sur Yahoo que les internautes passent le plus de temps. Et c'est Google qui fait le plus d'argent (ou qui ramasse la mise, si vous préférez).
Donc si G s'en sort le mieux alors qu'il est devancé par YM (ne pas confondre avec ym...) en termes de fréquentation, les raisons de son succès doivent être cherchées ailleurs. Dans les ratios par exemple.

Or à nouvelle donne, nouveaux ratios : les indicateurs économiques servant à évaluer l'efficacité de GYM doivent être à la mesure ... de leur démesure. [Début]

* * *

Les indicateurs économiques

C'est d'ailleurs en lisant une analyse de Victor J. Cook Jr., intitulée Microsoft's $8 Billion Problem, que j'ai eu l'idée de ce billet.

En voici les principaux passages traduits avec son aimable autorisation.
Dans le marketing des entreprises, il y a deux marchés distincts, le marché pour les clients d’une part, le marché pour les capitaux de l’autre, et nous savons qu'ils interagissent. Les hausses de revenus générées par les ventes, qui sont la promesse d’une trésorerie plus abondante, se répercutent sur la capitalisation. Et une meilleure capitalisation impacte le chiffre d’affaires, en fournissant davantage de liquidités à l’entreprise pour financer sa croissance par le biais des acquisitions.

Le tableau ci-dessous, qui se base sur les données 2006, montre que GYM a généré un C.A. global de 61,3 milliards $ pour une capitalisation agrégée de 469,5 milliards $, soit un ratio Cap./C.A. moyen de 7,66. En termes simples, cela signifie que durant l’année dernière les trois sociétés ont globalement créé 7,66 $ de capitalisation pour chaque dollar de chiffre d’affaires.

Or mon étude sur le ratio Cap./C.A. [value/revenue (v/r) ratio] de toutes les entreprises cotées de 1950 à 2005 aboutit à un ratio moyen de 1,1, ce qui veut dire que sur le long terme C.A. et capitalisation s’équivalaient à peu près. Quant à l'écart type du ratio, il a constamment progressé, passant de 1,2 durant les années 50 à +70 sur la période 2000-2005, caractérisée par une volatilité majeure. En prenant un échantillon de 50 472 sociétés sur la décennie 1991-1999, la valeur moyenne du ratio était de 7,92. Par conséquent, la performance de GYM observée ci-dessus (7,66 pour l’année 2006) est plutôt modeste.

(…)

LA RÈGLE DE GERSTNER


La première chose à savoir pour mieux comprendre quel est le moteur de ces résultats, c'est quelle est l'efficacité marketing de chacune des trois entreprises. Dans son livre, Who Says Elephants Can't Dance?, Lou Gerstner (l’artisan de la relance d’IBM) nous donne un principe de base sur l'efficacité marketing d'une entreprise. Une règle simple et révélatrice à la fois : combien ça vous coûte de générer un dollar de C.A. par rapport à vos concurrents ? Ce qu'on appelle la règle du coût par dollar (CPD) de Lou Gerstner…

Quant aux coûts marketing de l’entreprise (EME - Enterprise Marketing Expenses), ce sont tous les coûts supportés en termes de ressources humaines et de programmes destinés à influencer le comportement des clients, des investisseurs, et leur façon de penser, d’agir et de sentir vis-à-vis d’une entreprise.


En 2006, Microsoft a dépensé 6,584 milliards $ en R&D, plus 13,576 milliards $ en frais de vente, frais généraux et frais d'administration (SG&A), qui incluent traditionnellement les coûts vente & marketing. Pour un total EME de 20,160 milliards $. Donc en divisant cette somme par le C.A. 2006, cela nous donne un CPD de 0,455 : il en a coûté à Microsoft 45,5 cents pour générer 1 dollar de C.A.

Or en appliquant le même calcul à Google (1,229 milliard $ R&D + 1,601 milliard $ SG&A / C.A.), le même rapport était de 26,7 cents / 1 pour la société de Moutain View, soit près de moitié moins !

Autrement dit, pour chaque dollar de C.A. généré, Microsoft a dépensé 18,8 cents de plus que Google. Rapporté au C.A. global 2006, cela signifie que Microsoft aurait pu économiser 8,3 milliards $ en ayant le même ratio de performance que Google.
D'où l'analyse de Victor J. Cook Jr., qui chiffre le problème de Microsoft à 8 milliards de dollars. CQFD !

Dans un autre ordre d'idée, je me suis amusé à calculer la productivité par employé chez GYM, en divisant le C.A. par les effectifs (source : WSJ).


Résultat, là encore, Google fait 50% mieux que Microsoft (868 852 $ contre 579 085 $ par personne). Donc, je veux bien qu'à l'occasion on puisse faire dire aux chiffres tout et son contraire, mais parfois leur froideur donne une image assez fidèle de la réalité.

Or dans les trois cas ci-dessus, YM se situe dans la moyenne, alors que G s'en détache nettement. Et bien que Yahoo! et Microsoft aient d'excellentes performances (quelle n'est pas l'entreprise qui aimerait se vanter d'avoir des résultats pareils ?), Google est largement devant avec un différentiel énorme lorsque l'on parle d'hypercompétition... [Début]

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Le cool factor

Pour autant les statistiques n'expliquent pas tout, y compris l'engouement et la préférence des internautes pour Google, qui sont plutôt à mettre sur le compte de ce que les anglo-saxons appellent le "cool factor", que je traduirais par "capital sympathie", une notion totalement étrangère à Microsoft et qui ne peut certes pas s'acheter, même avec quatre fois plus de liquidités que son concurrent !

Le capital sympathie de Google

Outre ses fameux intemporels, je dirais que le principal attrait de Google est l'ouverture, à quoi Microsoft oppose une conception propriétaire farouche qui fait de nous des clients captifs. Or avoir des clients captifs, c'est bon pour les monopoles, mais dès que ceux-ci tombent, les clients s'en vont. Et la legacy des produits Windows, Office & Co, même si elle se fait encore sentir, et comment, a de plus en plus tendance à se dissiper.

Observons deux signes qui ne trompent pas, l'un chez Google, l'autre chez Microsoft.

1. Dans GMail (dont je recommande vivement l'utilisation à quiconque), lorsque je reçois un document Word, Google me propose soit de le télécharger, soit de le voir en HTML, soit de l'ouvrir dans Google Docs, et c'est gratuit.


2. En revanche si un collègue m'envoie un fichier .docx, .xlsx ou .pptx. (nouvelles extensions d'Office 2007) je ne peux pas les ouvrir avec mon actuelle version de Word, Excel ou Powerpoint. Il faut juste que je passe à la caisse. Et pourtant j'ai déjà payé. Consternant ! À ce compte-là, je préfère de loin adopter OpenOffice qui m'offre gratuitement des fonctionnalités identiques, et se paie même le luxe de mieux gérer les gros fichiers que Word, j'ai eu l'occasion de le constater à maintes reprises.

Ceci étant, bien que ma seule hâte soit d'écarter définitivement les produits Microsoft de mon ordinateur, je ne le fais pas - encore - pour une autre raison. En effet, ce ne sont pas les applications bureautiques qui me freinent, c'est le système d'exploitation. Aujourd'hui Windows XP, et demain très probablement Vista. Pourquoi ? Parce que je ne suis pas suffisamment geek pour passer à Linux et aux logiciels libres, dont l'utilisation demande - encore - une expertise informatique que je n'ai pas. Et malheureusement je ne connais pas d'autre alternative à ces deux OS.

Donc pour finir, si j'avais un conseil à donner aux compères Brin, Page & Schmidt, ce serait de nous sortir vite fait un système d'exploitation signé Google, qui nous changerait par sa qualité, sa simplicité, sa rapidité, sa gratuité, son universalité, son originalité et son interactivité. Selon moi, ce serait vraiment la killer app pour se débarrasser définitivement de Microsoft.

Car aujourd'hui ce n'est pas tellement d'une connexion dont ont besoin les internautes qui se branchent via leur ordi, ce serait plutôt d'un système d'exploitation léger qui les libérerait de l'usine à gaz Microsoft. C'est selon moi le plus gros obstacle à la percée du webtop, car la firme de Redmond nous tient captifs bien plus par son OS que par ses applications de bureau, de jeu ou tout ce que vous voudrez.

Et dans la transition du desktop au webtop et, demain, au mobtop, le premier acteur qui sortira un système d'exploitation ayant une prise en main intuitive et conviviale décrochera un avantage phénoménal sur les autres.

Enfin, c'est mon avis. Un bel atout à jouer pour Yahoo! Qu'en pensez-vous ? [Début]


Liens connexes :
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mercredi 9 mai 2007

Trois liens sur le Web 2.0

Trois liens sur le Web 2.0

1. Le jour où la France s'éveillera... : une transition toute trouvée pour refermer l'intermède politique et revenir enfin aux choses sérieuses :-)

2. Web 2.0 en entreprise : un Tsunami économique ? : PDF signé Louis Naugès, tout est à lire :-)

3. Web 2.0 - not a big thing says Pew Report (via Antonio Queiroz) :


Perso je me classerais dans la catégorie "vétéran" enthousiaste (plutôt que sans entrain...)

Et pour finir un petit cadeau (en anglais)...


P.S. Ça n'a l'air de rien ces quelques liens, mais si vous lisez tout, vous m'en direz des nouvelles : croyez-moi sur parole, c'est du rich content...

dimanche 6 mai 2007

Estimations 17h30' : Sarkozy remportera(it) le 2e et dernier tour...

Estimations 17h30' : Sarkozy remportera(it) le 2e et dernier tour...

Monsieur, le Président (et malheureusement pas Madame, la Présidente), puisque tout le monde semble être au courant...

Bon, et bien on dirait que les dés sont jetés (à 17h, le taux de participation au vote était déjà de 75,11%) et les prévisions des sondages respectées. Même si tout est à prendre au conditionnel, chez nos voisins suisses (le Temps, Romandie, 20 minutes) et belges (RTBF, RTL, La dernière heure), dès 16h15' les pronostics donnaient Sarkozy gagnant selon les premiers indicateurs disponibles, et maintenant avec 54% des voix, ce que je trouve énorme. Donc, sur la fourchette initiale (52-54%), c'est l'estimation haute qui semble la plus vraisemblable, puisque nous en sommes à présent à 53-55% !

Comme souligné dans un message de 548 mots à la teneur un peu subliminale (publié à 16h04'...), le quotidien La Tribune titre « Les derniers sondages ne laissaient guère d'espoir à Ségolène Royal » et précise :
Cinq sondages publiés jeudi et vendredi donnent Nicolas Sarkozy largement gagnant dimanche soir, avec entre trois et neuf points d'avance sur sa rivale socialiste.
Comprenne qui pourra voudra...

Que dire ? La majorité n'a pas toujours raison... Mais on fera avec. Comme le dit si bien Joël Ronez :
Ils vont voter Sarkozy dimanche, et vraisemblablement l’élire. Je n’en suis pas aigri, car contrairement à beaucoup d’entre eux, je ne suis pas en train de construire un monde sur le reniement de soi et des autres. Je ne chercherais plus à les faire changer d’avis, mais je défendrai le mien jusqu’à ce que le silence des foules indigentes ait fini de râler en choeur dans des orgies électrisées de populisme.
Je mettrai à jour dès que j'aurai des résultats plus précis.

[MàJ - 19h20'] Au final, j'ai mis à jour en truffant ce billet de liens vers d'autres ressources, donc il suffit de cliquer.

Juste les deux mots de la fin (pour aujourd'hui) :
  1. Alors Loïc, prochain ministre des STIC ? Un présage, peut-être...
  2. Jean l'avait prédit, il nous a refait le coup, le bougre. Tous mes compliments :-)



Liens connexes :
  1. Blog d'une amie canadienne, plus détaillé que le mien.
  2. Sur Blogsearch, ça commence à se déchaîner...
  3. Ma trilogie du premier tour
  4. Le journal
  5. Autres sites...
  6. Pierre Chappaz
  7. Politis.ch

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vendredi 4 mai 2007

Microsoft - Yahoo : la machine s'emballe

Microsoft - Yahoo : la machine s'emballe

Cette fois, il ne s'agit plus des supputations d'analystes financiers en mal de théorie, c'est quasi-officiel : Microsoft négocie avec Yahoo une fusion. La valeur du deal serait autour de 50 milliards de dollars pour le rachat de la société de Sunnyvale, contre une capitalisation actuellement à environ 45 milliards, en forte hausse ces derniers jours grâce à la progression de la valeur de l'action, alimentée par la rumeur.

J'ai abordé le sujet à plusieurs reprises, en analysant la chose sous toutes les coutures dès juin 2006, puis en novembre et notamment en mars cette année.

En réalité, vu la presque hégémonie de Google dans la recherche et la pub sur Internet, je suis convaincu depuis longtemps que ce serait dans la logique des choses pour ces deux acteurs que de fondre leurs efforts, seule solution s'ils veulent faire le poids. Les faits semblent me donner raison. Même si... Il n'y a plus qu'à attendre !


P.S. Il se pourrait qu'on n'attende pas longtemps puisque sitôt commencées, les négociations seraient déjà terminées (source : WSJ). Si vous vous étonnez que les deux liens (quasi-officiel et celui-ci) sont les mêmes, c'est tout simplement qu'en cinq heures, c'est-à-dire entre le moment où j'ai écrit ce billet et la présente mise à jour, le Wall Street Journal (courtisé par Murdoch, je signale au passage) a complètement modifié son article sans changer l'URL !

Juste histoire de dire que l'autre a jamais existé, heureusement que j'avais fait une capture d'écran. Voici les deux versions :

18h45'


23h45'


Donc que s'est-il passé ? Il semble juste que les gens bien informés (people familiar with the situation) ont changé d'avis entre-temps !

À 18h45' :
In what appear to be early-stage discussions, executives at Microsoft and Yahoo are taking a fresh look at a merger of the two companies or some kind of match-up that would pair their companies' respective strengths, say people familiar with the situation.
À 23h45' :
Microsoft and Yahoo in recent months discussed a possible merger of the two companies or some kind of match-up that would pair their respective strengths, say people familiar with the situation. But the merger discussions are no longer active, these people say.
Allez savoir ! Au moins, une chose est sûre : « The two companies may still explore other ways of cooperating. » Bon, ben nous voilà fixés (puisqu'on en parle)...

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Les chiffres et la politique

Les chiffres et la politique

N'ayant pas le satellite je ne capte pas les chaînes françaises. Il faut dire qu'il y a longtemps que j'ai délaissé la télé pour Internet, mais avant-hier à l'heure du débat j'avais autre chose à faire que de toujours écouter les mêmes conneries ressassées à l'infini, resservies et réchauffées à toutes les sauces, car qu'elles soient de droite ou de gauche, ce sont toujours des conneries !

Hier matin j'ai donc trouvé quelques extraits vidéo sur Internet mais c'est surtout le Verbatim publié en trois parties (1, 2, 3) sur le site du Nouvel Obs (également disponible sur La Tribune) qui a mobilisé mon attention.

Je n'en retiendrai que deux passages, qui illustrent en chiffres (et quels chiffres...) tout le bien que je pense de nos soi-disants démocraties. Ces deux extraits ont été prononcés par Nicolas Sarkozy, c'est donc lui qui le dit, et j'ose espérer qu'il se sera renseigné avant de parler.

Premier passage :
Mon idée est que nul en France ne doit se voir prélever plus de la moitié de ce qu'il a gagné dans l'année. Au fond, on travaillerait du 1er janvier au 30 juin pour l'Etat, et à partir du 1er juillet jusqu'au 31 décembre pour sa famille. Cela me semble raisonnable.
(...)
Non, ce que je propose, c’est pire. Je considère qu'un pays libre est un pays où chacun peut disposer librement de la moitié de ce qu'il a gagné. C'est une conception...
Deuxième passage :
Nous sommes le pays de l’Europe qui avons les impôts les plus élevés. (...) Nous avons 68 milliards d'impôts de plus que ce que paie la moyenne des 15 pays les plus riches de l'Union européenne. Il faut donc revenir à la moyenne. Le problème de la France est que l'on paie trop d'impôts, que les charges sont trop lourdes.
Chronologiquement, c'est inversé, mais pour les besoins de mon exposition, je préfère cet ordre.

* * *

Donc, d'après la conception raisonnable de ce qu'est "un pays libre" selon le probable futur président de la République française (même si ça ne m'enchante guère), chacun peut disposer librement de la moitié de ce qu'il gagne, en travaillant du 1er janvier au 30 juin pour l'Etat, et à partir du 1er juillet jusqu'au 31 décembre pour sa famille.

Excellent ! Il est bien bon ! Tout en oubliant de dire qu'on travaille aussi un mois en juillet pour les assurances, un mois en août pour les banques, un mois en septembre pour la voiture, l'essence et les transports, deux mois en octobre et novembre pour l'eau, le gaz, l'électricité, la télé, les téléphones et Internet, après quoi il reste décembre pour penser à sa famille, nourrir et éduquer ses gosses, etc., et ENFIN prendre ses vacances, d'ailleurs du réveillon de Noël à celui de la Saint-Sylvestre c'est fait pour ça, profitons-en bien parce que le 1er janvier de l'année suivante, le cycle étatique repart de plus belle... Reconnaissez que comme programme d'une année sur l'autre, c'est raisonnable, y a pas à dire !

Espérons quand même que l'hiver (qui commence le 21 décembre, comme chacun sait) sera clément, pour ne pas se faire assassiner par les coûts du chauffage. Bon, je dis ça, mais heureusement qu'on a le réchauffement climatique, la note sera moins élevée. Quoique ! Avec les étés plus chauds, c'est la facture de la clim qui grimpe, donc, l'un dans l'autre...

En tout état de cause, je comprends mieux son engagement et sa passion lorsqu'il déclare : « Le travail sera au cœur de mon action. Je veux que chacun soit libre de travailler autant qu’il le veut ». Sous-entendu : comme ça chacun sera libre de payer plus d'impôts...

- « C’est bien la preuve que chacun travaille plus pour l’Etat et la répartition que pour son salaire. », lui rétorque Guillaume, autre fier gestionnaire d'une entreprise écologique reconverti à temps dans la protection sociale (secteur autrement plus porteur que le textile), en bon entrepreneur prévoyant...

Autres explications en vidéo (avec consignes de vote) (via Fabien).

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Quant à la cagnotte des « 68 milliards d'impôts de plus que ce que paie la moyenne des 15 pays les plus riches de l'Union européenne », l'équivalent de « 4 points de prélèvements obligatoires » que Sarko se serait engagé à éliminer grâce aux baisses d'impôts, elle ne suffira certainement pas à juguler une dette des administrations publiques multipliée par cinq entre 1980 et 2005, selon le rapport Pébereau (source).


Enfin, je laisse chacun/e juger de l'œuvre de nos politiques, et qu'ils ou elles soient de droite ou de gauche ne change rien puisque entre les alternances et les cohabitations successives, tous ont eu leur chance... Une incommensurable gabegie que femmes et hommes politiques de tous bords s'appliquent à perpétrer avec constance et dévouement.

Nous en avons d'ailleurs les résultats sous les yeux : voici plusieurs décennies que l'état prend chaque année de plus en plus d'argent en même temps que le gouffre des finances publiques se creuse et s'agrandit en 3D, véritable trou noir où s'abîme la manne inépuisable et providentielle des contribuables.

Qui sommes tellement con... tents qu'on va bientôt en reprendre pour 5 ans, en femmes et en hommes libres, où est-ce qu'on signe, tiens ça me fait hurler ! Quant à celles et ceux d'entre vous qui penseront : « Qu'est-ce que t'en as à foutre, toi tu vis en Italie », je vous rassure de suite, ici on ne travaille pour l'état que du 1er juillet au 31 décembre...


N.B. Nous ne parlons ici que des citoyens libres qui travaillent et gagnent leur croûte, pas de ceux qui ne gagnent rien... Ceux-là, je vous dis pas. Ou plutôt, pour paraphraser Coluche, je vous dis : il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, il y aura des hommes pauvres et il y aura des hommes riches... Et tous seront égaux ; mais ça sera pas facile tous les jours... En ajoutant : il y en aura même qui seront pauvres, petits et moches et pour eux ce sera très dur ! »

Allez le leur demander ! Enfin, on pourra toujours se consoler en chantant Liberté, Égalité, Fraternité...

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lundi 30 avril 2007

Le traducteur et l'ego de Sarko

Le traducteur et l'ego de Sarko

Ce n'est plus Ego, Hugo, c'est Ego, Sarko !

[MàJ - 24 oct. 2007] Apparemment, la traduction automatique ne fait pas mieux, Google s'obstinant à traduire Sarkozy par Bush...

Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans la tête du traducteur pour qu'il dérape de la sorte ? En effet, la semaine dernière, voici ce qu'ont pu découvrir les américains en lisant le sous-titrage du discours de Nicolas Sarkozy :
to rally my inflated ego so that we can that we can build that dream
que l'on pourrait rendre en français par :
ralliez-vous à mon égo surdimensionné pour que nous puissions que nous puissions (sic !) bâtir ce rêve
alors que le traducteur était censé traduire ces mots du candidat : « j’invite tous les Français (...) à s’unir à moi. »


Source : French Morning

Selon France 2, cocktail surmenage + bug informatique, dans ces cas-là, on rattrape comme on peut, en espérant que cela ne contribuera pas à remettre en cause la diffusion gratuite de la chaîne, ce qui serait franchement dommage pour la propagation du français aux États-Unis...

En tout cas, lorsqu'on parle de la responsabilité du traducteur, voici un cas d'école, dans la rubrique « À ne pas faire ! »


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mardi 24 avril 2007

Le sens et la valeur des mots

Post-scriptum en forme de digression sémantique sur ma trilogie consacrée au premier tour des élections présidentielles 2007 :
  1. Le but de la loi en France est-il uniquement de faire peur aux gens ?
  2. Estimations du premier tour : duel Sarkozy - Royal
  3. Le nuage de Tchernobyl

* * *

À mon avis, sur un blog, il faut se garder comme de la peste des sujets qui fâchent, tels que la politique et la religion, mais on ne peut pas non plus toujours faire comme l'autruche, d'autant qu'il y a des circonstances où parler est nécessaire, voire impératif et/ou vital.

Je pensais donc en avoir fini avec l'argument pour en revenir aux grandes questions qui font évoluer le Web, comme GYM et autres, mais le commentaire d'un certain Marc (j'aurais d'ailleurs préféré qu'il soit moins anonyme vu qu'il se réclame de grands principes...) m'amène à m'interroger davantage sur ... le sens et la valeur des mots. Des mots qu'on utilise tous les jours et dont je me dis qu'on ne sait plus très bien le sens dont ils sont devraient être porteurs et les valeurs qu'ils sont censés véhiculer.

Une grande confusion règne autour des mots, et les publicitaires et politiques de tous bords - hommes et femmes - ont une immense responsabilité dans cet état de chose. Car pour le traducteur-poète (ou poète-traducteur...) que je suis, tant par vocation personnelle que professionnelle, qui réfléchit au sens des mots à longueur de journée, cela me crève le cœur de voir qu'il sont employés sans égard, fourvoyés dans une approximation scientifiquement entretenue, de sorte qu'on puisse aisément leur faire dire blanc ou noir en fonction du contexte, des opportunités, des intérêts du moment. Cela permet de mieux déstructurer la culture et l'esprit des populations, tout en les désinformant par une propagande habile, qu'elle soit marchande ou politique, je le répète.

Or il en va des mots comme de la nature. On n'en abuse pas sans générer de grandes catastrophes, et lorsque vous vous y attendez le moins ils se retournent contre vous. Dans son travail intitulé LTI - Lingua Tertii Imperri (La langue du IIIe Reich), Victor Klemperer, qui mène une réflexion approfondie et sans concession sur les mécanismes du langage totalitaire, cite en exergue ces mots de Franz Rosenzweig : « La langue est plus que le sang. »

Dès le premier recueil que j'ai écrit (il y a une vingtaine d'années), non publié, comme tous mes ouvrages poétiques, qui s'intitule « L'Écorché vif » :


réminiscences de ma vie aventureuse et vagabonde, je tentais de redonner un sens - le leur ou le mien - aux mots, à ceux que l'on parle, que l'on écrit, à ceux que l'on reçoit, aux mots, en somme, à travers lesquels on s'efforce de communiquer, les fameux "mots de la tribu"
en poursuivant délibérément le rêve de la perfection
l'utopie réalisée d'un texte qu'il n'y aura plus à reprendre - jamais !
Comme le petit Prince de sa rose, je me sentais de nouveau responsable pour chaque mot, pour l'usage propre de chaque mot..., responsable pour
enchâsser chaque parole dans son acception profonde - on n'y saurait en changer une seule sans briser l'équilibre subtil du recueil -, tantôt première tantôt plus actuelle

(combattre l'inadéquation du parler en redécouvrant la ligne de partage entre les antiques beautés de la "vieillerie langagière" et les nouveaux trésors de la langue moderne, davantage ouverte et "démocratique")

inventer une signification plus proche par quelques néologismes, contextuels ou non (plasmer)

masculiniser des substantifs injustement féminins depuis des millénaires (prostitué ou parturient...)

utiliser les vocables les plus humbles en leur rendant le discernement qu'ils ont désappris, leur native splendeur fanée d'avoir été trop longtemps prononcés, galvaudés
vulgariser la poésie, enfin

faire de la langue poétique
une langue charnelle
une langue humaine !


* * *

Donc vous comprendrez que lorsqu'on m'accuse d'être irresponsable et irrespectueux, voire de crime, je m'empresse d'analyser ces mots pour voir ce qui se cache derrière, et, plus grave encore, pour voir s'ils ont quelque fondement de vérité ou s'ils sont totalement farfelus.

Concernant les deux premiers, irresponsable et irrespectueux, ça me rappelle un slogan de la SNCF qui disait, si je ne m'abuse, « le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous », ou quelque chose dans ce genre.

Or que signifie "tous" ? Tous les français, ou tout le "monde", toute l'humanité ? Idem dans le cas qui nous occupe. À quel titre serais-je plus irresponsable et irrespectueux que des millions de belges, de suisses ou autres, qui pouvaient légalement et légitimement relayer les sondages dès 18h sans l'être pour autant, irresponsables et irrespectueux ? Et quid d'un respect ou d'une responsabilité changés en irrespect et irresponsabilité juste selon qu'on se trouve de part ou d'autre de la frontière ? En vertu de quoi, donc, m'accuser de la sorte ?

Probablement en vertu du "discours officiel", j'imagine. Dont les tenants menaçaient :
"l'annonce faite par certains blogueurs de vouloir délocaliser leur site à l'étranger n'est pas une issue de secours car la loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français hors du territoire de la République."
Un crime, bigre ! Quel gros mot ! J'aurais donc commis un crime. Qu'est-ce à dire, de quoi parle-t-on ? Car j'imagine qu'en l'espèce la définition doive être recherchée moins dans les dictionnaires que dans le code pénal, dont l'article premier fait la distinction suivante :
L'infraction que les lois punissent des peines de police est une contravention.
L'infraction que les lois punissent de peines correctionnelles est un délit.
L'infraction que les lois punissent d'une peine afflictive ou infamante est un crime.
Donc ici le crime n'est pas défini en lui-même, mais par rapport à la peine - afflictive ou infamante - dont est passible l'action considérée. Définition dont on notera l'actualité au passage, puisqu'elle remonte au mois de février 1810, il y a bientôt deux siècles. Comme je le disais en réponse au commentaire dudit Marc, à l'heure d'Internet, il serait peut-être temps de remettre les pendules à l'heure...

Mais ce qui me gêne le plus, dans ce discours "officiel", c'est qu'il est faux et trompeur, au sens où il tente d'effrayer pour mieux induire en erreur son destinataire.

Je ne ferais certes pas concurrence à Maître Eolas pour tenter d'expliquer, sur le plan du droit, en quoi la phrase "la loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français HORS du territoire de la République" est incompatible avec le principe d'une loi explicitement censée ne s'appliquer QUE sur le territoire de la République, j'en serais bien incapable, mais personnellement j'y vois une contradiction manifeste dans les termes. Car si la loi en question dit n'être applicable qu' "au territoire concerné" et non pas ad personam, je ne vois dans cette déclaration rien de plus qu'une tentative d'intimidation fallacieuse. À moins que ces propos n'aient été déformés par les journalistes qui ne les auraient pas rapportés de façon fidèle, auquel cas...

Mais s'ils sont véridiques, mon opinion est qu'on confond les torchons et les serviettes.

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Nous revoilà donc au point de départ, le sens des mots et leur valeur. Deux qualités - sens et valeur - que je n'ai pas choisies au hasard, car si elles peuvent paraître redondantes, sur Internet elles acquièrent une signification toute particulière et doivent être bien dissociées.

Sur le Web, en effet, le sens des mots est une chose, et leur valeur une autre. Valeur marchande, s'entend. Puisqu'à l'instar des biens et services, maintenant ils s'achètent et se vendent !!! C'est ainsi qu'on a pu associer « racaille & Sarkozy » sans y trouver rien à redire. Et pourtant... Du reste, je ne cite qu'un des mots clés parmi les plus cités (cités, justement, banlieues, etc.) et citables...

Un exemple parfait pour expliquer comment les mots peuvent être aussi dangereux à manier que l'explosif. Voilà pourquoi des textes tels que celui-ci me dérangent profondément. Je pourrais le reprendre dans son intégralité en le démontant paragraphe par paragraphe, phrase par phrase, pour en mettre à jour les rouages manipulateurs, les incohérences flagrantes, les faussetés doucereuses, les finalités à peine masquées (mieux ferrer le gogo). Peut-être un jour, quand ma colère retombera, si elle retombe (car impossible d'écrire objectivement sous son emprise), mais ce n'est pas pour demain.

Conclusion

Nul ne peut user et abuser impunément des mots, qu'on s'appelle Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal (ou qui pour eux) ne change rien à l'affaire. Ayez toujours cette vérité à l'esprit lorsque vous vous adressez aux françaises et aux français (ce que vous ferez souvent dans les deux semaines à venir), pour peu que la sincérité ait encore cours en politique.


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