vendredi 28 mai 2010

Roger Waters and The Wall - Poems, everybody!


Les groupes qui ont accompagné mon adolescence furent essentiellement The Doors, The Who, The Beatles, Led Zeppelin, Jimi Hendrix, Janis Joplin & Rory Gallagher, entre les années 1970 (j'avais 13 ans) et 1975, année où je me suis retrouvé orphelin. C'était il y a 35 ans aujourd'hui, et ma mère entrait dans le coma après un accident de voiture auquel elle survécut moins de 24 heures. Mon père nous avait déjà quittés trois ans plus tôt.

Donc en 70 je faisais mes devoirs en écoutant tous les après-midi Here comes the sun et le reste de l'album, sans me douter que quelques années plus tard je serais passé tous les jours sur ces fameux passages cloutés, puisque du restaurant français où je travaillais, à St John's Wood, à la chambre où j'habitais je devais passer par Abbey Road.



Je n'ai jamais trop flashé sur Jagger & Co, mais les Beatles finirent par être trop sages (même si le double album blanc est un chef d'oeuvre absolu), alors je suis passé aux Who de My Generation, au sound avant-gardiste de Led Zep (surtout le III) et de Hendrix (écouter Electric Ladyland à fond la caisse avec la guitare qui te pénètre de tous les côtés est véritablement ... une expérience), à la voix en colère de Janis Joplin et, surtout, surtout, au blues de Gallagher et aux cris de bête de Jim Morrison dont le "We want the world and we want it NOOOOOOOOOOOOOW" dans Absolutely Live me transperce toujours les tripes 40 ans plus tard.



Je n'étais pas trop branché Genesis ou Pink Floyd, jusqu'à la sortie de The Wall : autre chef d'oeuvre absolu. Avec une adéquation parfaite entre le fond et la forme, le texte et la musique, le contenant et le contenu, y compris pour le film d'Alan Parker avec un Bob Geldof plus vrai que nature.

Mais ce matin, en lisant cette interview de Roger Waters dans un journal italien, j'ai eu un choc en apprenant que son père avait été tué lors du débarquement sur les plages d'Anzio (qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de chez moi), alors que lui n'était âgé que de 5 mois !

J'ai toujours ignoré cet épisode de la vie de Waters (Wikipédia en parle), mais ça change considérablement ma compréhension de The Wall !

Surtout au niveau des textes et de la progression de l'oeuvre.
Daddy's gone across the ocean,
Leaving just a memory,
A snapshot in the family album.
Daddy, what else did you leave for me?
Daddy, whatcha leave behind for me?
All in all it was just a brick in the wall.
All in all it was just the bricks in the wall.



Roger Waters précise dans l'interview :
« La peur dresse des murs », ai-je vu tagué sur un mur de Jérusalem...

« Le monde est encore plein de murs dressés : un mur pour séparer les riches des pauvres, un autre pour diviser le premier du deuxième et du tiers monde, d'autres pour dresser des divisions entre les gens à cause de leur foi ou de leur idéologie. Le moteur derrière The Wall a été la mémoire de mon père mort à la guerre, mais aujourd'hui encore de nombreux pères sont impliqués dans des conflits, beaucoup de familles, surtout aux États-Unis, ont perdu des proches au Moyen-Orient et nombre d'autres pleurent des victimes civiles... »
Il y annonce également sa dernière tournée mondiale (avec deux dates à Milan en 2011), durant laquelle il reconstituera le mur comme à Berlin en 1990 !



Pour le démolir une nouvelle fois. J'essaierai d'y être...


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lundi 24 mai 2010

134 milliards de dollars - épilogue ... "officiel"

134 MILLIARDS DE DOLLARS - CHRONOLOGIE INVERSÉE

XXI. 134 milliards de dollars - LE PROCÈS - I (1er décembre 2011)
XX. 134 milliards de dollars - Affaire relancée (26 novembre 2011)
XIX. Exclusivité mondiale Adscriptor ! 134 milliards de dollars : procès civil n° 8500 aux US (24 novembre 2011)
XVIII. Exclu Adscriptor : Monsieur Yin & Monsieur Yang (xyz milliards de dollars) (10 avril 2011)
(Version anglaise) [Exclusive]: Mr. Yin & Mr. Yang (+200 billion dollars more...) (April 10, 2011)
XVII. 134 milliards de dollars - l'affaire évoquée dans les Statelogs de Wikileaks ! (28 novembre 2010)
XVI. 134 milliards de dollars - l'opération Lys d'Or et le Traité de Versailles ! (2 octobre 2010)
XV. 134 milliards de dollars - épilogue ... "officiel" (24 mai 2010)
XIV. xyz ... milliards de dollars : conférence de presse (22 septembre 2009)
XIII. 314,5 milliards de dollars : la piste russe ! (21 septembre 2009)
XII. 180 milliards de dollars (19 septembre 2009)
XI. 134 milliards de dollars - Autre saisie ! (18 septembre 2009)

Résumé de l'affaire (5 septembre 2009)

X. 134 milliards de dollars - Interrogation parlementaire (3 août 2009)
IX. 134 milliards de dollars - Ordre exécutif 11110 (15 juillet 2009)
VIII. 134 milliards de dollars - Dragon Family (6 juillet 2009)
VII. 134 milliards de dollars - Hal Turner (4 juillet 2009)
VI. 134 milliards de dollars - le mystère continue ! (30 juin 2009)
V. 134 milliards de dollars - les comptes ne tournent pas rond ! (24 juin 2009)
IV. 134 milliards de dollars - les mystères de l'information (16 juin 2009)
III. 134 milliards de dollars - trop gros pour être faux (14 juin 2009)
II. 134 milliards de dollars - suite (10 juin 2009)
I. 134 milliards de dollars (8 juin 2009)

* * *
Bien ! L'épilogue vient de tomber : les 134 milliards de dollars saisis il y a presque un an étaient des faux !

Depuis les dernières infos sur la piste russe, huit mois de silence absolu sur cette affaire. Jusqu'à aujourd'hui, où un entrefilet paraît dans la plus grande discrétion pour confirmer "officiellement" qu'une pareille histoire ne pouvait qu'être fausse !

* * *

Les deux japonais et l'intermédiaire italien (celui qui entretenait des contacts avec « plusieurs "gouvernements étrangers" ») finiront donc par être accusés d'avoir tenté d'introduire de la fausse monnaie dans le pays, et on peut parier que les deux japonais qui sont immédiatement rentrés au Japon ne subiront jamais aucun procès et que la position de l'italien sera archivée sans que personne n'en entende plus jamais parler.

Parmi les mille questions et zones d'ombres non éclaircies qui entourent cette histoire, il en reste une qui ne cesse de m'interpeller : quand on parle de fausse monnaie, dans 100% des cas on parle de l'imitation plus ou moins réussie d'une monnaie qui existe bel et bien.

Dans cette affaire, non ! Piqûre de rappel :

..., selon Luigi Grimaldi, le journaliste de Liberazione qui a publié son article hier, en 1998, date d'émission de ces « billets des États-Unis » à l'effigie de Kennedy par le Trésor US et non par la Federal Reserve (qui ne ment donc pas en affirmant qu'elle n'a jamais émis de billets de cette valeur...), « 99% des billets en circulation étaient des billets de la Federal Reserve, et 1% des billets des États-Unis »...
Ces derniers se distinguent des précédents en portant la mention « billet des États-Unis » (United States Note) et en ayant des numéros de série ROUGES (vs. VERTS pour les autres, Federal Reserve Notes) :



Or on voit parfaitement que les numéros de série des billets "Kennedy" sont rouges :

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, des faussaires ont réalisé le faux absolu, en fabriquant des billets d'un milliard de dollars qui n'existent pas, qui n'ont jamais existé !
Pour la FED...

* * *

En conclusion, comme je l'ai déjà dit, vu les implications potentielles d'une telle histoire, j'ai clairement l'impression qu'on nous prend pour des gogos, sur toute la ligne ! Pas vous ?


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P.S. Sans compter qu'un an d'enquête impliquant plusieurs polices internationales et les services secrets italiens et américains (voire d'autres : japonais, russes ?) pour arriver à la conclusion qu'il s'agit de "faux" mais sans être capables de dire ni la provenance ni la destination, qui plus est pour de la FAUSSE fausse monnaie, ça laisse rêveur...

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dimanche 16 mai 2010

Giorgio Comerio et l'ODM


Je ferais peut-être mieux d'intituler ce billet "les apprentis sorciers". Voire "les sorciers" tout court.

Le problème des déchets toxiques en tous genres est un problème énorme tant pour les populations que pour l'environnement, jamais résolu et, par conséquent, dissimulé aux opinions publiques, tous pays confondus.

Le problème des déchets nucléaires est pire encore, puisque d'ores et déjà l'avenir des 6 000 prochaines générations est engagé par nos apprentis sorciers de décideurs et de scientifiques, qui ont fait le pari du nucléaire civil il y a plus d'un demi-siècle en pensant être capables de résoudre la question "déchets", aujourd'hui encore ni résolue ni véritablement prise en charge.

Or dans une démocratie, les grandes questions qui engagent l'avenir des sociétés civiles devraient être traitées en toute transparence. En fait, c'est tout le contraire qui se passe : opinions publiques manipulées, désinformées, propagandées ! (osons le néologisme...)

Regardez ce "petit clip" pour mieux comprendre...


ARTE-DECHETS .NUCLEAIRES. (via guysou)

Dans ce contexte, certains endroits du monde ont été transformés en poubelles de nos opulentes démocraties, et la mère de toutes les poubelles est l'Afrique. Aux mains complices et coupables d'un cartel "invisible" formé de gouvernements occidentaux, de grandes entreprises, de mafias, de "chefs d'états" corrompus (autant les chefs que les états), etc.

L'Italie joue un rôle prépondérant au cœur de ce système.

Qui a innové en la matière, en imaginant un troc d'un nouveau genre : déchets nucléaires contre armes, tu me fais enfouir mes déchets, je te paie en cargaisons d'armes de guerre, et on encaisse sur tous les tableaux.

Idem avec les bateaux sabordés : on prend l'argent des entreprises qui "traitent" leurs déchets, on saborde nos poubelles flottantes, et en plus on encaisse les primes d'assurances...

Tout le monde il est content, sauf peut-être les 99,99% de terriens qui ont subi, subissent et subiront les conséquences de ce terrorisme impuni dont personne ne parle, couvert par ceux-là mêmes - nos gouvernants - chargés de l'empêcher, de le réprimer, et surtout de faire la lumière sur tout cette ombre qui obscurcit nos démocraties...

* * *

Jusque dans les années 80-90, les déchets nucléaires étaient "traités" en les passant par dessus bord...

Selon les renseignements généreux :
De manière générale, les pays nucléarisés ont déposé leurs déchets radioactifs dans la mer jusqu'en 1983. Officiellement, au moins 95 000 tonnes ont été immergées, notamment lors de campagnes menées sous le contrôle de l'Agence pour l'énergie nucléaire de l'OCDE. Si de nombreuses immersions ont été réalisées à faible profondeur et près des côtes (Manche, golfe de Gascogne, mer du Japon, mer de Kara...), la plupart étaient faites dans des fosses de 4000 mètres de profondeur. Après un moratoire de 10 ans, ces pratiques sont désormais interdites, quoique encore pratiquées(*).
En faisant ce renvoi :

(*) Notamment par la Russie, cf. reportage Naufrages en eaux troubles, Thalassa, France 3, 1998. Autre exemple : le site de l'entreprise Oceanic Disposal Management propose des immersions de déchets.

Oceanic Disposal Management, ODM en abrégé, est la société de Giorgio Comerio.

* * *

Comerio - ODM, un binôme auquel s'est intéressé, entre autres, le WWF, qui pose depuis longtemps les mêmes questions, encore sans réponses, aux organismes intéressés :
À la Commission parlementaire d'enquête sur le phénomène du crime organisé et des mafias :

5) la Commission entend-elle approfondir et vérifier à l'échelle nationale et internationale quel est le rôle des mafias dans la gestion du trafic illicite en mer des déchets dangereux et radioactifs, et des connexions avec les trafics d'armes ? ;
6) la Commission entend-elle demander au Ministre de l'Intérieur s'il estime opportun d'intervenir pour démanteler le réseau illégal qui se cache derrière le sigle ODM ? ;
7) la Commission entend-elle demander au Ministre de l'Intérieur ou au Ministre des Affaires étrangères, s'il est enregistré en dehors du territoire national, d'obscurcir le site ODM encore en activité (www.tinet.ch/odm01/start-2.html, apparemment enregistré à l'adresse via Landriani 7 - 6900 Lugano - Suisse) ?

Au Comité parlementaire pour les services de renseignement, de sécurité et pour le secret d'état

8) le Comité entend-il vérifier si Giorgio Comerio a fait l'objet d'enquêtes spécifiques de la part des services de sécurité, et en particulier du SISMI, ou si lesdits services, chose qui semble résulter de différents témoignages rendus aux Juges calabrais, ont déjà enquêté sur l'enlisement du navire « Rosso » ?
Le site n'est plus en ligne depuis 2006, même si on en trouve encore trace sur Archive.org.

La version "francisée" disait ceci :
L'enfouissement des ogives pénétrantes au dessous des couches d'argile stable: une technologie de millions de dollars développée dans son début par la C.E. vous attend.
Sans risques pour les gens des alentours et sans frais d'entretien VOUS avez la grande opportunité de réaliser le projet de l'enfouissement des déchets radio-actifs avec les partenaires de l'O.D.M.
L'activité est sûre, elle sera réalisée par les ogives pénétrantes de longue durée MK 48, développées par l'O.D.M. et capables de garder les déchets radio-actifs par milliers d'années sans risques pour l'humanité.
Il y a déjà un certain nombre de Clients qui attendent de signer un contrat d'enfouissement avec l'O.D.M. Inc. sans limite de prix...
La première phrase est particulièrement importante car c'est sur le "beneath seabed" que se joue toute la stratégie, extrêmement subtile, de Comerio.

Qui fait valoir que la législation internationale en vigueur, qui se distingue plus par ses vides et ses flous artistiques que par sa clairvoyance en matière de déchets nucléaires et toxiques, interdit uniquement le rejet de ce type de déchets "en mer". Et non pas "en-dessous de la mer"...

L'autre point important est celui qui évoque la "technologie de millions de dollars" initialement développée avec les subventions de la Communauté européenne. Ce qui est parfaitement exact.

Un rapport sur la gestion des déchets nucléaires à haute activité déposé en 1990 au Sénat, Rapporteur M. Christian Bataille pour l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, mentionne très clairement cette technologie. Il vaut la peine de relater ici toute la section C (pages 32 à 34) :
L'ENFOUISSEMENT DANS LES SÉDIMENTS MARINS

C'est certainement dans les fonds des océans que se trouvent quelques-unes des formations géologiques les plus stables. D'où l'idée d'y enfouir les déchets vitrifiés contenant les éléments à vie longue.

De 1946 à 1962, un grand nombre de colis de déchets à faible activité ont été immergés dans l'Atlantique et dans le Pacifique. Compte-tenu des faibles quantités de radioactivité contenues dans ces déchets, on pouvait espérer que la remontée des radionucléides à la surface serait négligeable et n'aurait pas de conséquences néfastes pour les animaux marins et pour les populations côtières.

La Convention de Londres sur l'immersion des déchets de 1975 a réglementé très sévèrement ces pratiques et a en particulier interdit l'immersion des déchets à haute activité.

D'importantes recherches sont cependant toujours poursuivies dans ce domaine. en particulier dans le cadre du programme PAGIS, programme de recherche sur la gestion des déchets nucléaires de la Communauté Européenne :

« Deux techniques ont été étudiées pour la mise en place des déchets vitrifiés producteurs de chaleur. La première est l'application de la technique de forage en haute mer comme celle utilisée par les bateaux de forage Glomar Challenger et Joides Resolution au cours des quinze dernières années dans des eaux profondes jusqu'à 7000 m.
À ces profondeurs, un forage a été entrepris long de plus de 1 000 m dans les formations sédimentaires sous-jacentes avec la possibilité de réutiliser le forage.
La seconde technique consiste à plonger en chute libre un pénétrateur. Il s'agit d'un engin en forme de torpille qui traverse la colonne d'eau et s'enfouit profondément dans les sédiments sous-marins.
Des tests ont montré que des pénétrateurs de moins de trois tonnes pouvaient entrer dans les sédiments à plus de 200 km/h jusqu’à des profondeurs supérieures à 50 m.
Les études de modélisation ont montré qu’à ces vitesses élevées, la structure sédimentaire s’effondrera à cause de la succion et remplira la zone d’impact derrière le pénétrateur.
Des expériences in situ ont révélé que le trou d'impact se referme après le passage du pénétrateur.

Les résultats des études relatives aux deux techniques indiquent qu'elles rentrent dans les possibilités de l'ingénierie moderne. Les estimations indiquent des coûts comparables à ceux des options terrestres ».


Malgré les graves problèmes socio-politiques que ne manquerait pas de poser l’immersion des déchets à haute activité, en particulier avec les pays qui n'utilisent pas l'énergie nucléaire, cette solution garde un grand nombre de partisans notamment dans les organisations internationales.

Votre Rapporteur, bien qu'estimant personnellement cette solution politiquement irréaliste, se doit de signaler que de nombreux experts, français et étrangers, considèrent toujours que le stockage des déchets à haute activité dans les sédiments marins peut constituer une alternative possible à l'enfouissement dans les couches géologiques.
Tout est dit. Voir également cette autre explication en anglais, plus scientifique, pages 9 et 10 :


Radioactive waste. The problem and its management -

Ces "torpilles pénétrantes" sont décrites ici. Voici également un petit clip de leur mise à l'eau pour des tests, images saisies chez Comerio en 1995. Même s'il faut préciser qu'à l'époque, ces tests étaient tout à fait légaux, effectués dans le cadre du projet DODOS (Deep Ocean Data Operating), initialement financé par les américains et les japonais et réalisé durant la décennie 1977-1988 en collaboration avec le Centre Commun de Recherche (JRC) de la Communauté européenne, avec la participation conjointe des canadiens, australiens, italiens, belges, anglais, suédois, allemands, hollandais, suisses et ... français. Comme le montre ce film, tourné sur le Marion Dufresne :



Or aujourd'hui, Gianni Lannes affirme en avoir trouvé 3 et détenir les preuves de ce qu'il avance. Cela est particulièrement important puisque jusqu'en 2004, Comerio affirmait dans une interview n'avoir jamais finalisé aucun contrat pour l'enfouissement de déchets dangereux dans les fonds marins. Donc si Lannes détient les preuves de la présence de pénétrateurs, cela signifie que soit Comerio a menti, soit il a signé des contrats après 2004...

Du reste le fait que le "dumping" soit interdit par les Conventions de Londres, de Bamako et de Bâle ne signifie absolument rien, puisque ces Conventions internationales n'engagent, éventuellement, que leurs signataires. La plus récente, celle de Bâle, n'est même pas ratifiée aujourd'hui encore !

Par conséquent un certain nombre de nations se retiennent libres d'enfouir ce qu'elles veulent sous leur sol et dans leurs eaux territoriales...

Autre problème, si ces torpilles contiennent vraiment des déchets radioactifs, c'est que cette filière n'est gérée que par des états et des gouvernements, en aucun cas par des privés...

Par ailleurs, si ces torpilles sont plantées dans le fond de la mer, c'est qu'il a fallu les y envoyer, et disposer par conséquent d'un bateau équipé pour. En son temps, Giorgio Comerio avait négocié (sans finaliser) avec l'armateur Ignazio Messina l'achat d'un navire, le Jolly Rosso, qui a fini ses jours échoué sur une plage italienne, fortement suspecté d'être un de ces navires poubelles qui empoisonnent la Méditerranée (plus de 200 selon Gianni Lannes, qui continue de subir des attentats) ! Le voici en images et en musique, je vous conseille de regarder, c'est très émouvant :



La suite des aventures de Giorgio Comerio au prochain épisode...

Dossier Navi dei veleni


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P.S. Dans les questions écrites E-3320/97 et E-3234/97 posées à la Commission européenne le 20 octobre 1997, les parlementaires Alexandros Alavanos (GUE/NGL) et Nikitas Kaklamanis (UPE) demandaient respectivement :
I. Objet : Transit illicite et rejet de résidus nucléaires

Selon Greenpeace, une partie du transit et du stockage des résidus toxiques et nucléaires serait désormais aux mains de circuits illégaux. (...) Dans le dossier qu’elle a remis à la presse, Greenpeace cite la société internationale Oceanic Disposal Management (ODM) établie à Lugano, succursale du réseau «The Network», qui procède à des transits illégaux à partir de bureaux en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie, en Russie, en Grande-Bretagne et en Suisse.

La Commission pourrait-elle indiquer:
  1. si elle peut fournir des données qui rendent compte de l’ampleur de ce problème,
  2. quelles mesures elle compte prendre pour localiser les circuits illégaux précités?
II. Objet : Navires chargés de déchets nucléaires coulés en Méditerranée

Selon un dossier publié à Rome par l’organisation écologique Greenpeace, le transport et le stockage des déchets toxiques et nucléaires sont passés aux mains de la Mafia.
Le «coordinateur» des opérations est une société internationale, basée à Lugano, en Suisse, et dénommée Oceanic Disposal Management, qui se charge de «stocker» des déchets provenant de nombreux pays, membres ou non de l’Union européenne, en coulant des navires dans la Méditerranée.

On notera que cette société a pour clients - rien qu’en Italie - 25 entreprises, qui produisent 3 000 tonnes de déchets par jour, et que douze navires chargés de déchets ont déjà été coulés non loin des côtes méditerranéennes de l’Union.

La Commission pourrait-elle faire part de sa position officielle quant à ces révélations et préciser comment elle compte réagir en toute urgence, avant que la Méditerranée ne se transforme en cimetière ?
Réponse commune donnée le 4 décembre 1997 par Mme Bjerregaard au nom de la Commission :
La Commission n’a pas eu connaissance des informations publiées par Greenpeace selon lesquelles la charge du transport et du traitement des déchets toxiques et nucléaires serait tombée aux mains de la Mafia. En fait, la Commission n’a pas de compétences en matière pénale. Elle n’est donc pas à même de fournir des informations sur l’ampleur du problème, mais les informations communiquées par les Honorables Parlementaires l’amènent à formuler les observations suivantes :

- La convention pour la protection de la mer Méditerranée contre la pollution (convention de Barcelone) et son protocole pour la prévention de la pollution de la mer Méditerranée par les opérations d’immersion effectuées par les navires et aéronefs sont entrés en vigueur le 15 avril 1978 pour la Communauté. L’article 4 du protocole interdit l’immersion en Méditerranée de déchets et matières radioactifs, ainsi que d’un large éventail d’autres catégories de déchets dangereux figurant à l’annexe I. L’immersion de déchets d’autres catégories dans la mer Méditerranée n’est pas interdite en tant que telle, mais est subordonnée à la délivrance d’un permis par les autorités compétentes, qu’il s’agisse d’un permis spécifique (pour les catégories énumérées à l’annexe II) ou d’un permis général.

- En outre, en ce qui concerne les déchets dangereux, l’article 2, paragraphe 1, de la directive 91/689/CEE relative aux déchets dangereux (1) dispose que les États membres prennent les mesures nécessaires pour exiger que, sur chaque site de déversement (décharge) de déchets dangereux, ces déchets soient inventoriés et identifiés.

- La société que Greenpeace tient pour responsable de l’immersion de navires en Méditerranée est basée à Lugano, en Suisse. La Suisse n’est pas partie à l’Accord sur l’Espace économique européen et n’est donc pas tenue d’appliquer la législation communautaire. Cependant, il apparaît que cette société possède également des bureaux dans plusieurs États membres. Quoi qu’il en soit, toute opération d’élimination telle que l’immersion de déchets en mer, effectuée dans une zone qui relève de la juridiction d’un État membre, doit faire l’objet d’un permis conformément aux dispositions de la directive 75/442/CEE relative aux déchets (2).

- Quant aux mouvements transfrontières de déchets dangereux, ils sont réglementés par le règlement (CEE) no 259/93 du Conseil concernant la surveillance et le contrôle des transferts de déchets à l’entrée et à la sortie de la Communauté européenne (3) ou par la directive 92/3/Euratom du Conseil relative à la surveillance et au contrôle des transferts de déchets radioactifs entre États membres ainsi qu’à l’entrée et à la sortie de la Communauté (4) (dans le cas de déchets radioactifs). En application de l’article 14 du règlement 259/93, les exportations de déchets dangereux destinés à être éliminés hors de la Communauté sont interdites, sauf celles effectuées vers des pays de l’AELE.

(…)

- Enfin, conformément à la directive 93/75/CEE, qui fixe les obligations en matière de notification qui incombent aux navires transportant des marchandises dangereuses ou polluantes, y compris les substances radioactives, l’exploitant d’un navire sortant d’un port d’un État membre a l’obligation de notifier aux autorités compétentes dudit État membre des informations détaillées sur le navire et sa cargaison. Les États membres doivent adopter les dispositions législatives ou administratives nécessaires pour assurer le respect de cette exigence.

Dans ce contexte, il est difficile pour la Commission de déterminer la réalité des actes illégaux cités et d’identifier les organisations liées au sabordage de navires chargés de déchets en Méditerranée. Toutefois, la Commission s’adressera en premier lieu aux autorités suisses et italiennes pour leur demander leur avis et si possible de plus amples informations sur cette grave question.
En clair, dès 1997, la Commission répondait à ces questions écrites en assurant qu'elle allait interpeller les autorités suisses et italiennes ?

Or 13 ans plus tard, nous en sommes toujours au même point. La Commission demande, ENFIN, et l'Italie ne répond RIEN, sauf à dire qu'il s'agit d'informations fausses et tendancieuses...

Face à des tonnes de documents et de circonstances qui s'accumulent comme une montagne de déchets, face à des dizaines d'assassinats et de disparitions qui restent indéfiniment sans coupables, le tout à charge des différents gouvernements italiens qui se succèdent et se ressemblent dans le pire, droite et gauche confondues...

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samedi 15 mai 2010

Les engagements de Google en Italie


Première mondiale en Italie : Google accepte enfin de dévoiler la part de recettes perçue par les annonceurs en termes de pourcentage des recettes publicitaires totales perçues par la société au titre des Annonces et des Boutons de Parrainage !

* * *

Depuis août 2009, Google (à travers trois de ses sociétés : Google Italy S.r.l., Google Inc. et Google Ireland Limited) fait l'objet d'une procédure de l'autorité de la concurrence italienne, l'Antitrust, pour éventuel abus de position dominante.

Le 3 mars dernier, l'Antitrust avait élargi la procédure en y incluant le manque de transparence sur la façon dont les parts de recettes (revenue sharing) étaient fixées et versées par Google aux annonceurs, qui ne « fournissait aucun élément utile pour vérifier les modes de calcul des parts de recettes effectivement perçues ».

Google vient donc de répondre à l'Antitrust en prenant trois engagements :
  • (A) Pendant toute la période de validité de l'Accord, Google assurera, outre l'actuel mécanisme d'exclusion de Google News via le fichier "robots.txt", un autre mécanisme (tel que le crawler dédié pour Google News introduit en décembre 2009) pour permettre aux éditeurs qui n'autorisent pas l'indexation de leurs contenus par Google de ne pas être exclus du moteur de recherche généraliste.

  • (B.1) Google Ireland révélera la part de recettes perçue par les annonceurs en termes de pourcentage des recettes publicitaires totales perçues par la société au titre des Annonces et des Boutons de Parrainage à tous les annonceurs qui auront accepté les Conditions générales Google AdSense™ Online. Ainsi, pendant toute la durée de validité de l'Accord (3 ans à partir de son acceptation par l'Antitrust), l'interface italienne d'AdSense indiquera les parts de recettes respectives pour chaque annonceur par rapport aux recettes publicitaires totales perçues par Google.

  • (B.2) Google Ireland éliminera uniquement de la version italienne des Conditions générales Google AdSense™ Online le passage suivant de l'article 12.1 : « Vous reconnaissez que Google ne Vous indiquera pas et n’est pas tenu de Vous indiquer la façon dont est calculée cette part, ni ce que cette part représente en termes de pourcentage des recettes publicitaires totales perçues par Google au titre des Annonces et des Boutons de Parrainage apparaissant au sein Vos Éléments Propriétaires. », outre les termes "di volta in volta" et "assoluta" (La quota di ricavi che Lei riceverà sarà determinata da Google di volta in volta a sua assoluta discrezione) de ce même article.
J'ai laissé la phrase en italien parce que "di volta in volta", qui traduit l'anglais "from time to time" (version pour le Royaume-Uni : The share of that revenue that You get shall be determined by Google from time to time in its absolute discretion.), a été rendue en français par "régulièrement" alors qu'il serait plus juste de dire "au cas par cas", par exemple.

Ainsi, la phrase "La part des recettes que vous percevrez sera régulièrement fixée par Google, à son entière discrétion." deviendrait "La part des recettes que vous percevrez sera fixée par Google à sa discrétion."

Je ne sais pas si en droit français une telle modification serait fondamentale, mais quoi qu'il en soit telle est la proposition faite par Google à l'Autorité italienne.

Maintenant il faudra voir la décision de l'Antitrust aussi bien sur ce point que sur celui de l'abus de position dominante, mais il est sûr que cela créerait un précédent qui pourrait bien avoir des conséquences futures dans d'autres pays...


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lundi 3 mai 2010

Si la Méditerranée m'était contée...


Deuxième partie, dédiée à l'environnement, du triptyque Pourquoi l'Italie de Berlusconi est-elle un danger pour l'Europe ?, une interrogation apparemment prise en compte par l'actuel président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui vient de demander à l'Italie des éclaircissements sur les sabordages de navires dans les eaux méditerranéennes, un espace maritime déjà extrêmement sensible à la pollution :
La mer Méditerranée est une mer très fréquentée. Elle supporte 30% du commerce maritime mondial dont 22% du trafic pétrolier mondial. Plus de 2 000 navires sont en permanence à la mer avec, parmi eux, 200 à 300 pétroliers pour un total annuel moyen de l'ordre de 220.000 navires navigant en Méditerranée.
Il faut dire que les premières demandes d'éclaircissement adressées par le commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, à la ministre italienne de l'Environnement, Stefania Prestigiacomo, sont sans réponse depuis plus de six mois...

Donc, pour bien comprendre de quoi l'on parle, permettez-moi de cadrer le tableau : la mer Méditerranée.


Et plus précisément la mer Tyrrhénienne en Méditerranée occidentale, et les mers Adriatique et Ionienne en Méditerranée orientale. Là où ont été sabordés depuis une trentaine d'années quantité de navires bourrés de chargements toxiques en tous genres, essentiellement produits chimiques dangereux et radioactifs.

Car même si les autorités italiennes s'empressent aujourd'hui de répondre, par la voix de Gaetano Pecorella et Pietro Grasso (respectivement Président de la Commission d'enquête parlementaire sur les activités illégales liées au cycle des déchets et Procureur national anti-mafia), que les infos qui circulent à ce propos sont "fausses et tendancieuses", leur principal accusateur dans cette affaire, le journaliste Gianni Lannes, en remet une couche :
Les bateaux qui gisent par le fond et dont nous avons des preuves sont à peu près 200, mais nous avons aussi trouvé non pas des dizaines ni des centaines, mais des milliers de conteneurs, trois torpilles pénétrantes, etc.
Un premier repérage est disponible sur ce site, avec les coordonnées de 74 épaves :


Mais j'ai personnellement pu rassembler des informations sur plus de 120 bateaux, donc lorsque Gianni Lannes nous dit qu'il a des preuves sur 80 sabordages supplémentaires d'épaves empoisonnées qui transforment la Méditerranée en poubelle, je le crois sur parole...

D'autant plus que l'état italien a perdu toute crédibilité sur ces questions, tellement sont nombreuses les collusions, les incohérences, les fausses pistes, etc. Nous venons d'en avoir la preuve avec l'histoire du Cunski (j'ignore pourquoi il est devenu Cunsky en français), dont la fin fut racontée par un repenti de la 'ndrangheta, Francesco Fonti.

Il y a plus de dix ans déjà, l'Amiral Branciforte, chef des services secrets militaires de l'époque, assurait au parlement italien que les épaves avérées étaient 55...

Or les innombrables contradictions gouvernementales et les non-dits "officiels", pas uniquement sur le Cunski (selon Francesco Neri, procureur de la République en première ligne dans ces dossiers, dès 1996 furent opposés aux enquêteurs le secret militaire et le secret de l'OTAN...), mais sur toutes ces affaires de pollutions graves en mer et sur terre, loin d'infirmer, confirment que l'écomafia (qui représente environ 12% du bilan cumulé des mafias italiennes, soit un C.A. sectorialisé de 16 milliards d'euros), n'existe que grâce aux complicités des politiques, des services secrets et des grandes entreprises (et pas seulement en Italie, dont la compétence juridique s'arrête au-delà des 12 milles marins)...

Qui n'ont jamais résolu l'immense problème - planétaire - des millions de tonnes de déchets extrêmement dangereux pour la santé publique et l'environnement, et dont la seule politique avérée est celle de l'autruche : "mettre la tête dans le sable pour ne rien savoir", telle est notre devise !

Ou mieux, la politique des trois singes : ne rien entendre, ne rien voir, ne rien dire...


L'histoire de Giorgio Comerio et de l'ODM, ou tout du moins ce que l'on en sait, illustre fort bien cet adage. Laissez-moi vous la conter ... au prochain épisode.


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mercredi 24 mars 2010

Pourquoi l'Italie de Berlusconi est-elle un danger pour l'Europe ?


Dans un contexte toujours plus globalisé, il est inutile de penser que les actions d'un pays, quelles qu'elles soient, bonnes et/ou mauvaises, restent sans conséquences sur les pays voisins, mais pas seulement. Avec des implications directes pour tout le tissu social et dans la vie quotidienne des gens. De tous les gens. Vous et moi, nos familles, nos amis, etc.

Pour faire un exemple, l'Espagne et le Portugal n'ont pas de frontières communes avec l'Italie, et pourtant, au sein de l'Europe, les politiques de chaque État membre ont des répercussions positives et/ou négatives sur tous les autres.

Aujourd'hui il est clair que tous les sujets sont largement transnationaux, mais je me contenterai d'en citer trois où le déclin de l'Italie (qui régresse dangereusement au lieu de progresser), pour peu que l'Europe ne fasse rien pour l'en empêcher, ne sera pas sans retombées sur plus de 500 millions d'européens :
  1. La Démocratie
  2. L'Environnement
  3. La Justice
* * *

1. La Démocratie

Parmi tous les cancers malins qui affligent l'Italie, il en est un particulièrement pernicieux qui étend ses métastases, lentement mais sûrement, depuis les années 70 : je veux parler de la P2, à laquelle je n'ai pas encore consacré de billet d'approfondissement mais que je traite en long et en large dans mon projet d'essai sur la République italienne.

Or le vice originel de la loge Propaganda Due (P2), dont Silvio Berlusconi était le piduiste (membre) n° 1816, consistait à subvertir la démocratie en vidant de leur contenu toutes les institutions démocratiques pour ne laisser qu'une coquille vide au regard des "citoyens" et de la "communauté internationale".

Il est vrai qu'à une époque où les États-Unis œuvraient activement à la mise en place de toutes les dictatures d'extrême-droite (du Japon à l'Amérique du Sud en passant par l'Europe, notamment en Grèce, au Portugal et en Espagne) pour contrer la montée en puissance du communisme, une dictature de plus ou de moins travestie en "démocratie" formelle n'aurait pas inquiété les opinions publiques outre mesure.

Mais le fait qu'en 2010, Silvio Berlusconi soit en passe de réaliser ce projet en plein cœur de l'Europe sans que nul gouvernement se proclamant "démocratique" ne trouve rien à y redire, voilà qui dépasse l'entendement !

Ces jours-ci il annonce haut et fort qu'immédiatement après les élections régionales, qui se tiendront ce week-end (à noter un niveau transversal de pourriture dans les listes gauche-centre-droite absolument stupéfiant, au point que Roberto Saviano a invoqué la présence d'observateurs de l'ONU pour surveiller les élections...), il entreprendra une grande, grande, grande et radicale réforme de la justice...

En réalité il s'apprête à mettre un point final à la démocratie en Italie, en réalisant une grande première dans l'histoire de l'humanité : un COUP D'ÉTAT LÉGAL ! Puisqu'il dispose en fait de la majorité parlementaire nécessaire pour modifier, sans violence apparente et sans courir le moindre risque, la Constitution de l'État Italien...

Non pas pour le meilleur, mais pour le pire ! Non pas en vue d'une plus grande démocratisation d'un pays qui serait déjà démocratique, mais plutôt pour privatiser le peu qui reste de démocratie à l'usage et au profit de Silvio Berlusconi en premier lieu, et en second lieu dans l'intérêt de clans, de mafias, de pouvoirs occultes et de corrompus/corrupteurs en tous genres.

Dans ce pays la liste des pourris est incalculable ! À commencer par les 2400 membres de la Loge P2 (à la seule exception du général Carlo Alberto Dalla Chiesa), officiellement dissoute par la loi n° 17 du 25 janvier 1982 en application de l'article 18 de la Constitution italienne, dont le plus célèbre des membres est l'actuel président du conseil des ministres, et dont la seule liste retrouvée ne mentionnait que 962 piduistes, ainsi répartis :
  • 208 militaires et policiers = 21,66%
  • 67 politiques = 7%
  • 52 fonctionnaires ministériels (dirigeants) = 5,5%
  • 49 banquiers = 5%
  • 47 industriels = 5%
  • 38 médecins = 4%
  • 36 professeurs d'université = 4%
  • 28 experts comptables = 3%
  • 27 avocats = 3%
  • 27 journalistes = 3%
  • 23 dirigeants de la grande industrie = 2,5%
  • 18 chefs d'entreprises = 2%
  • 18 juges = 2%
  • 17 membres de professions libérales = 2%
Plus 20% dont on ne sait - publiquement - rien ou pas grand chose, mais vu la nature de ce que l'on sait des autres, il est permis d'être inquiets...

Car lorsque l'on parle de militaires, il ne s'agit certes pas de soldats du rang mais presque uniquement de généraux qui comptent, y compris tous les commandants des services secrets italiens, sans oublier les généraux de la dictature argentine ; quand on parle de dirigeants ministériels, ce sont pour la plupart des grands commis de l'état impliqués dans des scandales sans fin ; quand on parle de banquiers, il s'agit de Roberto Calvi ou de Michele Sindona ; quand on parle de journalistes, ce sont des directeurs de journaux ou des gens qui ont fait carrière dans la presse et à la télévision ; quand on parle de chefs d'entreprises, c'est entre autres Silvio Berlusconi, lui-même introduit dans la loge par un journaliste, et ainsi de suite.

D'ailleurs si pratiquement aucun extrémiste (de gauche, mais surtout de droite) coupable des nombreux attentats qui ont ensanglanté ce pays pendant les années de plomb et la stratégie de la tension n'a jamais été condamné, on le doit en grande partie aux militaires inscrits à la P2 qui ont passé leur temps à dépister les enquêtes et à mettre des bâtons dans les roues aux magistrats en charge des dossiers !

Donc retracer l'histoire des 962 noms de la liste serait sans aucun doute plein d'enseignements, puisque presque tous ont été promus depuis dans l'échelle sociale, mais plus encore celle des quelque 1500 noms manquants : en effet, le 29 mai 1977, l'hebdomadaire L'Espresso annonçait 2 400 inscrits à la Loge, un chiffre confirmé par Gelli lui-même dans une interview à ce même hebdomadaire, publiée moins d'un an plus tôt, en juillet 1976, intitulée "Dottor Gelli cosa ha da dire?", dans laquelle il parle d'un avocat fasciste, Gian Antonio Minghelli (dont le père était membre de la P2, et lui aussi soupçonné d'en faire partie), impliqué dans le blanchiment des rançons de rapts exécutés aux dépens des familles de trois autres piduistes par Albert Bergamelli, l'un des chefs du clan des marseillais, également "trésorier" de la NCO de Raffaele Cutolo, et dont le juge Vittorio Occorsio observa un parallèle pour le moins curieux, à savoir que le montant total payé pour les rançons correspondait exactement à la somme dépensée pour l'acquisition du siège de l'OMPAM à Montecarlo, l'Organisation Mondiale de la pensée et de l'assistance maçonnique fondée par Licio Gelli au printemps 1975 :
Journaliste : - Minghelli est franc-maçon ?
Gelli : - Ils lui ont trouvé une carte d’appartenance à la franc-maçonnerie.
Journaliste : - Minghelli occupait un poste important dans la Loge P2 ?
Gelli : - Purement nominal. Je l'ai vu trois fois à peine car la Loge P2 ne se réunit jamais. Mais même si je l'avais vu trois mille fois, cela ne voudrait rien dire. Dans toutes les organisations ayant de nombreux membres, on peut toujours trouver celui qui dégénère. Or nous sommes 2 400.
Par un étrange hasard, cette interview fut publiée dans l'Espresso du 10 juillet 1976, le jour même de l'assassinat du juge Occorsio par des membres de l'extrême-droite...

Il est d'ailleurs bizarre de noter que Gelli quantifie les membres de sa loge à une époque où il se croit fort et où ses activités se déroulent à la lumière du jour, au vu et au su de tout le monde. D'autant plus qu'il le dit non pas en réponse à une question spécifique sur ce point (combien êtes-vous dans la P2 ?), mais au détour d'une réflexion portant sur tout autre chose. Pour une fois, il n'y a donc aucune raison de mettre en doute ses dires...

Une interview reprise sur Candido Nuovo (extrême-droite) par Giorgio Pisanò en juin 1982, l'un des membres de la Commission d'enquête sur la P2, pour expliquer que la liste retrouvée commençait le décompte à partir du numéro 1600, intitulé au Général Donato Lo Prete (chef d'État-Major, responsable de la nomination du Général Raffaele Giudice sur proposition de Giulio Andreotti, le véritable fondateur de la P2 avec Eugenio Cefis, selon différentes sources..., Lo Prete et Giudice furent compromis dans le scandale des pétroles, une affaire de crontrebande à 2500 milliards de lires dans les années 80).


Et Pisanò de s'interroger : - que sont devenus les 1 599 premiers ?

Selon lui, d'après le récit que lui fait le général Ennio Battelli, grand maître de la maçonnerie, après la découverte et la publication de la liste des piduistes, de nombreux autres lui ont demandé de "régulariser" leur position vite fait, en les inscrivant "officiellement" à une loge quelconque, pour pouvoir se disculper au cas où leur nom serait apparu par la suite. Or naturellement il n'y avait rien dans les archives du Grand Orient d'Italie pour "prouver" leur inscription : ni demande, ni serment, ni versements, etc. Battelli a donc mis nombre de ces frères "en sommeil", en mentionnant uniquement sur les fiches correspondantes : « M.G.M : Mémoire du Grand Maître », mais sans loge de provenance.

Or la Commission parlementaire sur la P2 a vérifié environ 1500 de ces fiches, datées après le 17 mars 1981, jour où la liste a été saisie. Je n'ai pas encore réussi à comprendre si une liste existe des illustres piduistes manquants à l'appel, mais traduit en chiffres (en se basant sur les pourcentages mentionnés plus haut), à ma connaissance cela veut dire que n’ont jamais été identifiés comme appartenant à la P2 entre 300 et 350 militaires et membres des forces de l’ordre, outre une bonne centaine de politiques et presque autant de dirigeants ministériels, environ 150 personnes entre banquiers et industriels, 150 autres entre experts-comptables, avocats et journalistes, 120 entre médecins et professeurs universitaires, une autre centaine entre entrepreneurs, dirigeants de PMI et professions libérales diverses, sans oublier une trentaine de juges, une vingtaine de notaires et environ 300 ou 400 autres membres aux activités variées, appartenant à des sociétés publiques et privées, au monde diplomatique, associatif, syndical, de l’édition et des médias (presse et télé), de la santé, de l’enseignement, des transports, de l’assurance, de l’hôtellerie, du commerce, architectes et analystes financiers, etc. etc.

Le gratin du gratin, quoi… Dont on retrouve aujourd'hui encore certains des noms de la liste au centre d'intrigues nationales et internationales qui pourrissent la vie de ce pays, il n'est que de lire le dernier opus d'Edoardo Montolli, Il caso Genchi, pour s'en convaincre.

Car il est évident que ces pouvoirs occultes n'ont jamais cessé d'étendre leurs métastases malignes sur l'ensemble de la société italienne, on peut très bien les suivre à la trace au fil des ans et des décennies, sans interruption des années 70 (et même avant) à nos jours (voir ici, ou , par exemple)...

Et comme le disent avec courage Gioacchino Genchi et Luigi De Magistris, la nouvelle P2 opère aujourd'hui encore, à 90 ans passés Gelli est plus que jamais actif, avec des implications qu'il serait trop long de détailler ici.

Une citation suffira, de l'un des protagonistes de cette nouvelle affaire (16 juin 2007) :
Je veux créer une force qui, sous des objectifs humanitaires, deviendra aussi une force économique et, surtout, politique... Politique dans le vrai sens du terme.

(...)

On peut compter sur des notaires, sur les meilleurs avocats, des députés, des sénateurs et des parlementaires, et même sur un vice-ministre de l'intérieur.
Dont le nom est largement cité dans le livre de Genchi.

Des ramifications qui nous amènent jusqu'à l'affaire Hiram (qui a dévoilé la façon dont cette bande de corrompus réussissaient à ajuster les procès jusqu'en Cassation !) et, indirectement, jusqu'à ... Marcello Dell'Utri, l'éminence noire de Berlusconi, encore et toujours !

Au vu de ce cancer généralisé, vous comprenez pourquoi l'aspirant dictateur Silvio Berlusconi est extrêmement dangereux (voici plus de 15 ans que son programme politique calque et dépasse même le "plan de renaissance démocratique" voulu par Gelli en 1976), et j'espère que les italiens réussiront à s'en débarrasser uniquement grâce à la force de leur vote citoyen, mais en tout état de cause les gouvernements démocratiques et les sociétés civiles concernées par la démocratie en Europe devraient se faire entendre. Haut et clair. Comme le disait récemment un magistrat italien, si ce n'est pas maintenant, quand !?

On a vu ce que ça a donné de laisser faire deux fous furieux comme Hitler et Mussolini, or les enseignements de l'histoire ont-ils jamais servi à quelque chose ?

J'aborderai une autre fois les thèmes 2. Environnement et 3. Justice, mais laissez-moi conclure sur ceci : dans la liste de la P2, un seul piduiste a été expulsé par Gelli au motif d'indignité : Giancarlo Elia Valori. C'est lui qui serait aujourd'hui à la tête de cette nouvelle P2, selon Luigi De Magistris (dessaisi de ses enquêtes et contraint de quitter la magistrature, de même que les magistrats qui ont eu le tort de lui donner raison). Pratiquement toute la troisième partie du livre d'Edoardo Montolli, Il caso Genchi, parle de lui (soit près de 200 pages !)...


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mardi 16 mars 2010

L’Italie de Berlusconi : 16 ans de lois sur mesure...


Dans mon dernier billet, un peu beaucoup désabusé sur l'état délinquant, je mentionnais le dernier livre de Marco Travaglio, intitulé Ad personam, dont je vous traduis ici l'avant-propos, non sans vous fournir deux lignes d'introduction.


Depuis son arrivée au pouvoir, Silvio Berlusconi a transformé les Assemblées en ateliers de prêt-à-porter législatif. On peut dire qu’il applique au mot pour mot ce que dénonçait déjà Coluche à propos des politiques :
Le milieu autorisé c'est un truc, vous y êtes pas vous hein ! Vous n'êtes même pas au bord. Vous n'y êtes pas du tout. Bon, le milieu autorisé c'est un truc. C'est un endroit autorisé où il y a plein de mecs qui viennent pour s'autoriser des trucs mais y a que le milieu qui compte. Et là-dedans y a une poignée de connards qui tournent en rond en s'autorisant des trucs : "Euh... Qu'est-ce que tu fais là ? Ben j'sais pas, j'vais peut-être m'autoriser un truc, mais c'est vach'ment gonflé. J'hésite ! Euh..."
Berlusconi, lui, il hésite pas, plus c'est pourri, plus il s'autorise !

Ce livre offre un raccourci saisissant des raisons profondes – avouables et inavouables – pour lesquelles Silvio Berlusconi s’est lancé en politique en 1993-1994 : l’endettement de son groupe atteignait alors presque 4 000 milliards de lires, il allait se retrouver en pleine tempête judiciaire, les banques étaient sur le point de fermer les robinets, et, comme l’avoua son associé de toujours, Fedele Confalonieri, dans une interview a Repubblica (25 juin 2000) :
Si [Berlusoni] ne s'était pas lancé en politique, s'il n'avait pas fondé Forza Italia, aujourd'hui nous serions sous les ponts ou en taule avec une accusation de mafia...
Vive la sincérité ! Un peu comme son éminence noire, Marcello Dell'Utri, actuellement sénateur malgré une première condamnation pour mafia (l'appel est en cours), qui vient de déclarer (il y a un mois) :
Perso, j'en ai rien à foutre de la politique. Je me suis juste fait élire pour pas finir en taule...
Imaginez le souk si, avec des antécédents pareils, un sénateur français balançait un truc semblable. C'est pas du Georges Frêche, ça...

Enfin, inutile de pleurer sur le lait versé... En espérant que vous aurez la patience de lire (vous verrez, si vous souhaitez en savoir davantage sur l'Italie, le tableau est saisissant !), je laisse la parole à Marco Travaglio :
J’ai décidé d’écrire ce livre en lisant dans les journaux que les lois sur « le procès court » et l’ « empêchement légitime » seraient, dans l’ordre, les dix-neuvième et vingtième lois « ad personam » de la Deuxième République, où Silvio Berlusconi est naturellement la « personam » considérée.

Donc en attaquant le problème, ces derniers mois, j’ai vite découvert que la première de ces lois « ad personam » n’était jamais citée : il s’agit du « décret Biondi », promulgué en 1994. Voulez-vous parier – ai-je pensé – que les journaux en ont oublié quelques-unes au passage ?

C’est ainsi qu’en remontant dans le temps, j’ai découvert qu’au cours des seize dernières années, pas moins de 36 lois « ad personam » ont été approuvées en faveur de Berlusconi (entre celles qui ont été écrites spécialement pour lui et celles dont lui ou ses sociétés ont bénéficié). Plus 11 autres projets de loi qui ont avorté chemin faisant, soit parce qu’elles n’ont été approuvées que par l’une des deux branches du Parlement puis mises à l’écart pour diverses raisons, soit parce que les projets sont encore dans les tiroirs, prêts à être dégainés à la première occasion et menaçants comme une épée de Damoclès. Ajoutons-y 16 autres lois taillées sur mesure pour d’autres que Berlusconi lui-même : 5 d’entre elles ont bénéficié – dans certains cas de façon exclusive –, à Marcello Dell’Utri, 3 ont servi à tronquer la carrière de Gian Carlo Caselli pour l’empêcher de devenir Procureur National Antimafia (ces trois-là sont à la fois « contra personam » et « ad personam », puisqu’elles ont également servi à favoriser le candidat concurrent, Piero Grasso) ; 4 autres lois et mesures législatives diverses ont été adoptées pour sauver la mise au général Niccolò Pollari et aux espions co-accusés dans l’enlèvement d’Abou Omar et dans le fichage de masse réalisé par les services secrets militaires (SISMI), plus 2 supplémentaires pour empêcher le procès des responsables de la sécurité Telecom dans l’affaire des écoutes illégales, et enfin, une petite dernière – mais l’une des premières « ad personam » non destinée à Berlusconi – a été spécialement approuvée pour pouvoir ouvrir la révision du procès déjà clos d’Adriano Sofri, condamné pour le meurtre du Commissaire Calabresi.

N’oublions pas non plus les lois « ad mafiam » : 8 au total, soit une tous les deux ans si on ne considère que celles définitivement approuvées, sans compter les 5 autres qui ont été tentées jusqu’à présent, heureusement sans succès : toutes s’inspiraient du Papello de Toto Riina… Citons enfin les lois « ad personas » (une spécialité du centre-gauche), véritablement cousues main au profit de catégories entières de mandarins intouchables, soucieux de ne jamais payer les gages de leur illégalité : j’en ai dénombré pas moins de 18 approuvées, plus d’une par an, plus 7 autres restées au milieu du gué. Il est toutefois impossible de compter toutes les lois « ad castam » votées pour protéger les privilèges de la classe politique ; toutes les lois « ad aziendas » votées pour protéger le butin de chefs d’entreprises célèbres, toujours les mêmes, qui n’entreprennent plus depuis longtemps mais prennent uniquement ; et toutes les lois « contra justitiam », qui ont irrémédiablement cassé la justice et le droit en les réduisant à un état comateux pour la plus grande joie des justiciables-impunis excellents.

Car la maladie sénile et incurable générée par le conflit d’intérêt, c’est d’abord la privatisation de la Justice.

[Comme le dit si bien Michele Serra, cité en quatrième de couverture : il est dans la logique des choses qu’un milliardaire disposant de son avion privé, de ses médias privés, de son parti privé et de son cimetière privé prétende aussi une justice privée…]

Une privatisation qui est le fruit empoisonné du croisement des pires cultures impunitaires – totalement étrangères aux valeurs constitutionnelles et aux principes d’un État de droit libéral – qui dominent la politique et l’intelligentsia italo-italiennes : l’illégalitarisme berlusconien, le léghisme anarchisant, le catholicisme contre-réformateur et pleureur, le communisme togliattien décoloré à la teinture « réformiste » néo-craxienne, les groupuscules extrémisants, le tout mixé dans un éternel mélange de familiarisme amoral.

Résultat : un interminable pacte Molotov-Ribbentrop à la mode de chez nous, un long marché de putes, pardon, de dupes entre une prétendue gauche vidée de ses principes et une soi-disant droite pleine d’intérêts. Un coït monstrueux et sans fin entre un centre-droite illégalitaire et un centre-gauche renonciateur : entre un berlusconisme D.O.C. (l’original) et sa version light (l’opposition présumée). Car de fait, cette hyperproduction législative à la carte est totalement bipartite : l’essentiel de la législation plus honteuse est sans aucun doute imputable au centre-droite, mais ces messieurs-dames du centre-gauche n’ont pas non plus perdu leur temps, en votant les lois avec la droite lorsqu’ils étaient dans l’opposition, et en approuvant les autres avec les voix de droite lorsqu’ils étaient au gouvernement. Les petites mains du parlement et du gouvernement ne rechignent pas à la tâche, l’atelier maison est toujours ouvert, 24/7/365 (donc lorsque nous lisons, comme dans le Corriere della Sera, que le vice de la gauche italienne c’est son anti-berlusconisme féroce, permettez-nous de nous interroger !).

Ce livre explique donc le cheminement de plus de 100 lois – quels ont été les commanditaires, les mobiles, les exécutants matériels et le bilan des préjudices –, qui ont toutes un dénominateur commun : aucune n’a vu le jour dans l’intérêt des citoyens, mais uniquement dans l’intérêt d’un seul ou de quelqu’un contre tous les autres. Autant dire lorsque l’État se fait conflit d’intérêts, ou, pour le dire à la manière de Daniele Luttazzi, lorsque le conflit d’intérêts devient le « milieu ambiant ». Milieu qui devient alors la « Constitution matérielle » du pays, sans même qu’il soit besoin de modifier la Constitution en vigueur (façon de parler). C’est le berlusconisme qui s’infiltre comme une métastase dans les institutions républicaines, qui les corrompt en commençant par la tête. Le berlusconisme qui a modelé à son image et ressemblance une partie dominante du centre-gauche, incapable aujourd’hui d’échapper aux limitations mentales de la pensée unique, à l’ordre du jour unique et au langage unique du propriétaire de l’Italie. Une philosophie qui a immunisé un peu tout le monde, en nous rendant tous imperméables au mépris, au scandale et à la honte d’un usage privatisé de la sphère publique.

Par conséquent, aujourd’hui il est naturel de penser que si un comportement ne correspond pas à une loi, c’est la loi qui doit être changée et non pas le comportement.

Et si une loi ne correspond pas à la Constitution, c’est la Constitution qui est dans l’erreur, pas la loi.

Pendant ce temps, l’Italie s’apprête à célébrer le 150e anniversaire de l’État unitaire tout en oubliant qui en fut le pionnier, le comte Camillo Benso de Cavour : un homme d’État qui avouait dans une lettre à Urbano Rattazzi, l’embarras dans lequel il se trouvait pour avoir reçu comme présent une truite pêchée en eaux domaniales, soustraite par conséquent aux biens publics. Ou encore lorsque son ami, le banquier Rothschild, lui proposa une spéculation financière sur certains titres de la compagnie de chemins de fer : Cavour lui enjoignit brusquement de ne jamais plus lui proposer d’affaires semblables, caractérisées par un tel conflit d’intérêts. Oui, décidément, mieux vaut l’oublier cette espèce de comte fou.

« Faisons les réformes », dit un personnage d’Altan, caricaturiste de l’Espresso, dans sa vignette du 21 février 2010. Son interlocuteur lui répond, perplexe : « Encore ! Mais nous ne les avons pas déjà faites ? » Voici maintenant seize ans que nous entendons parler de « réformer la justice ». Or ceux qui en parlent ne précisent jamais de quelles réformes il s’agit, dans quel but. Pendant ce temps, dans un pays où plus personne ne tient le décompte des lois (d’aucuns avancent le chiffre de 100 000, d’autres 150 000, voire 300 000, contre les 10 000 de la France ou les 8 000 de l’Allemagne), une seule chose est certaine : aucun autre secteur de la vie civile n’a été « réformé » autant que la justice durant cette Deuxième République. Dans son essai intitulé Fine pena mai (Il Saggiatore, Milan 2007), Luigi Ferrarella calcule environ 150 lois ces dix dernières années en matière de justice. Donc en ajoutant trois ans de plus depuis la sortie du livre, nous devrions être proches de 200. Toutes ayant invariablement été qualifiées de « décisives » pour raccourcir les délais bibliques des procès, mais toutes ayant inévitablement obtenu l’effet contraire : celui d’allonger encore plus les délais bibliques de la Justice. Invraisemblable est la progression signalée par les Procureurs généraux de la Cour de Cassation lors de l’inauguration des années judiciaires à cheval entre la législature quinquennale pleine du gouvernement de l’Olivier (1996-2001) et celle de la Maison des libertés (2001-2006) : en 1999, le procès pénal durait 1457 jours en moyenne ; 1652 jours en 2000 et 1805 jours en 2003. Après quoi ils ont arrêté de les compter. Résultat : un double avantage pour les membres de la caste, ou, pour mieux dire, pour les mafieux de la caste, qui se sauve elle-même ainsi que les amis des amis (180 000 prescriptions par an, soit 465 par jour, y compris les jours fériés), tout en reversant la faute sur les juges « coupables » de cette Débâcle, qui est la seule véritable Grande Réforme de la Justice conçue et réalisée pendant ces seize années de cauchemar. De toute façon, ce sont les citoyens qui payent, puisque la taxe cachée générée par les longueurs de la justice pénale et civile vole à la collectivité 2,2 milliards d’euros par an, auxquels il y a lieu d’ajouter les coûts annuels de la corruption, que la Banque mondiale estime à 40 milliards €.

Que les législateurs le fassent exprès ou pas (la première option est la bonne) ne change rien. Dans les deux cas, une telle débâcle suffit pour les renvoyer en masse à leurs occupations. Puisque dans le premier cas ce sont des escrocs, et dans le second des incapables. Deux excellentes raisons pour s’en libérer et pour demander à leurs successeurs de s’abstenir pendant un certain temps de concevoir de nouvelles « réformes », et de se limiter à débloquer davantage de fonds pour améliorer quelque peu l’administration courante : probable qu’il n’en suffirait pas plus à la Justice, laissée enfin tranquille par ces soi-disant réformateurs d’on-ne-sait-quoi, pour reprendre seule vigueur et couleurs.

En 1994, Umberto Bossi déclarait : « Lorsque Berlusconi hurle, c’est bon signe : signe qu’il n’a pas encore mis les mains sur le coffre-fort. » Bossi avait tout compris. Aujourd’hui, en revanche, interdit de le laisser hurler : dès qu’il hausse le ton, un « garant » fictif comme le chef de l’État vient immédiatement à son secours, ou encore un opposant fictif (je n’ai pas suffisamment de place pour tous les énumérer) vient lui tapoter l’épaule en lui susurrant : laisse-nous faire, Silvio, maintenant c’est à notre tour. Et c’est ainsi que de chantage en chantage, de concession en concession, de compromis en compromis (mais toujours à la baisse), de magouille en magouille, meurent la Justice, le Droit et la Démocratie.

On parle toujours de donnant-donnant sans jamais voir la réciproque, mais plutôt un perpétuel « je donne et je prends », à sens unique. On dit toujours « c’est la dernière fois », mais en fait, c’est toujours l’avant-dernière. On évoque toujours « le moindre mal », mais comme l’observe Paolo Sylos Labini, rare exemplaire d’homme intransigeant dans ce pays de mollusques : « Le moindre mal n’existe pas, c’est simplement la porte ouverte vers un mal encore plus grand. » On change les mots pour changer l’histoire et la réalité. On parle de « réformes » pour ne pas dire « impunité ». On parle de « dialogue » pour ne pas dire « racket ». On parle de « pacification » pour ne pas dire « extorsion ».

Tacite me vient à l’esprit, s’exprimant à propos des horreurs de l’Empire romain : « Destructions, tueries, vols, voilà ce qu’ils appellent l’empire, dans la fausseté de leur langage. Et là où ils ont fait un désert, ils disent qu’ils ont fait la paix ! »

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