Que sont les blogs aujourd'hui ?
Réflexion suscitée par la lecture d'
un billet de Narvic, dans lequel il rapporte ses commentaires au
billet de Laurent Gloaguen, qui pointe lui-même vers
un billet de Francis Pisani, etc.
La question que j'en retiens :
qu'est-ce qu'un blog aujourd'hui ?
Pisani tente une analyse de ce que peut rapporter un blog - rien, sauf dans certains cas, jugés atypiques :
... je pense que, même s’ils utilisent la technologie de publication du blog, nous ne saurions appeler “blogs” des publications comme le Huffington Post, TechCrunch ou GigaOm. Il s’agit d’entreprises de presse qui publient exclusivement online (pour le moment en tous cas) et dont l’écriture est plus agréable à lire, plus “opinionated”, que le ton compassé, froid, hypocrite et ultra prudent de la plupart des publications traditionnelles.
C'est d'ailleurs la citation reprise par Laurent, qui a provoqué une série de commentaires très intéressants, dont ceux d'
Hubert Guillaud, de Narvic (
ici et
là), de
GreG ou de
Damien B.
Mais si vous lisez déjà ces trois billets et tous les commentaires, y a de quoi réfléchir !
Pour me limiter uniquement au binôme blog/blogueur, mon point de vue est proche de celui d'Hubert Guillaud :
Jusqu'à présent on avait tendance à s'en tenir à une définition technique pour dire ce qu'était ou n'était pas un blog. Mais est-ce que cela peut être pertinent encore à un moment où tous les sites deviennent des blogs (généralisation du commentaire et du fil RSS, voir même de la navigation ante-chronologique) ?
Ceci dit, essayons de répondre à la question posée plus haut.
Pour moi, qu'est-ce qu'un blog aujourd'hui ?
Un blog, c'est d'abord ce que chacun/e en fait. Entre
Chauffeur de Buzz et
Huffington Post, pour citer un exemple, il y a différence de
stratégie, différence de personnalité, différence de moyens, etc.
Entre
Eolas et
Media & Tech, il y a différence de compétences, d'intérêts, etc.
Entre
Tristan Nitot et les
blogs Microsoft, il y a différence de culture !
Entre
Adscriptor et
Search Engine Land il y a ... un océan de différence, et ainsi de suite !
Derrière un blog il y a une personnalité (qui n'est
pas incluse dans la plateforme), qui va donner un ton unique, une empreinte originale, différents de ceux du voisin. Tout au moins c'est à espérer...
Donc, première chose, il n'y a pas "un blog" mais "des blogs". Et même si l'aspect technique est
une composante fondamentale de notre présence sur Internet, cela n'est guère utile pour répondre à la question : «
que sont les blogs aujourd'hui ? »
Des conversations ?
Ce qui est sûr, par contre, c'est que le phénomène est profond, diffus, et d'une manière générale qu'on assiste à une professionnalisation du blogging, qui va de pair avec la
professionnalisation du contenu sur Internet. Moi-même, dans
Adscriptor, c'est quoi ?, j'insiste un minimum sur la sphère professionnelle.
Et cela bien que la sphère personnelle semble sortir gagnante dans mon analyse des
motifs pour lesquels les gens bloguent (portant sur 70 internautes ayant fourni
cinq raisons pour lesquelles je blogue), où les principales raisons invoquées étaient, à :
- 57%, le partage au sens large (35 fois le verbe, 5 fois le substantif)
- 38,6%, les rencontres occasionnées, virtuelles ou réelles (17 fois le verbe, 10 fois le substantif)
- 30%, l'écriture (16 fois le verbe, 5 fois le substantif)
- 27,1%, l'échange (15 fois le verbe, 4 fois le substantif)
- 22,9%, le plaisir de bloguer (16 fois le substantif)
En effet, en donnant une valeur arbitraire de 100% à ces cinq raisons, la répartition était la suivante :
- partage, 32,5%
- rencontres, 22%
- écriture, 17%
- échange, 15,5%
- plaisir, 13%
Or l'un des principaux reproches fait à cette analyse fut que l'argent semblait absent, alors qu'en réalité de plus en plus de blogueurs auraient bien aimé retirer
quelques revenus de leurs blogs. Ce qui nous renvoie
au billet de Francis Pisani...
Voir également
ce billet, et l'étude ci-dessous, à laquelle j'ai répondu en son temps.
Pour autant, il y a encore un différentiel notable entre ce côté-ci de l'Atlantique et l'autre, où il serait pratiquement inconcevable qu'un blogueur du calibre de
Fred Cavazza ne monétise pas son blog, selon la terminologie consacrée, alors qu'ici tout le monde trouve ça normal.
Personnellement, mon blog s'inscrit dans
une stratégie de présence (y compris
sur les moteurs) plus que d'influence, très très loin de la conception que s'en font encore certains journalistes, tel que celui qui m'a contacté il y a deux mois en attaquant ainsi : «
Je suis journaliste et aimerais vous posez (sic!)
quelques questions sur les volontaires d'Internet. »
Les volontaires d'Internet ! N'importe quoi ! Je ne sais pas si c'est le ton de ma réponse qui l'a fait fuir, mais il ne s'est plus manifesté. En tout cas il m'a bien fait rire, le gueux.
Toutefois un peu moins que ce cher
Amaury de Rochegonde, pour qui des «
millions de sites ou de blogs » «
font de l’audience en propageant rumeurs et commérages », en faisant «
une concurrence un peu déloyale » aux médias traditionnels, ces «
vieux habitués de la responsabilité éditoriale »...
Et de se réjouir du
jugement dans l'affaire Olivier Martinez, «
une très mauvaise nouvelle pour les internautes amateurs de potins » !
Ça m'a tellement énervé que je lui ai envoyé un mail que je vous livre in extenso :
Votre article est un tissu d'âneries qui fait de la superficialité vertu.
Par contre, si je comprends bien, vous êtes "journaliste". C'est bizarre, je croyais que les journalistes fouillaient un peu leurs arguments avant d'en parler. Or en lisant ce "papier", on a plutôt l'impression qu'il ne fait que colporter les potins et ragots qu'il semble vouloir dénoncer.
Il ne m'a pas répondu. Mais bon, il est pas trop tard...
En conclusion, ce qui me désole le plus de voir tant d'incompétence bornée, c'est que souvent elle émane de ceux-là mêmes qui devraient expliquer ce qu'est le Web 2.0 (ce cher Amaury est tout de même responsable du service médias du magazine hebdomadaire Stratégies et s'exprime ici sur
France Info...), sa complexité, sa richesse, ses subtilités, ses enjeux, etc.
Des enjeux qui sont gigantesques, soit dit en passant. Or avec des arguments pareils, c'est pas demain la veille qu'on va aider les gens à appréhender correctement la situation...
Alors voilà, que sont les blogs aujourd'hui ? La même chose qu'hier et que demain, mais d'abord ce que chacun/e en fera. Et pour vous, c'est quoi les blogs ?
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P.S. Vous pouvez répondre en commentaire, bien sûr, mais un billet complet sur l'argument vous permettrait sûrement de développer une réflexion plus aboutie, si je puis me permettre :-)
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