Pages

vendredi 2 novembre 2007

Facebook, Google, Microsoft : mon analyse

Facebook, Google, Microsoft : mon analyse

ou Facebook & Sliding Doors...

Le 24 octobre, Zuckerberg a joué son avenir à pile ou face, d'où la métaphore avec Sliding Doors, dont le synopsis me rappelle étrangement le deal qui a été conclu.


Que se serait-il passé si ?...

Le matin même de la signature, Peter Lauria était convaincu que Google semblait prendre l'avantage, en faisant monter les enchères pour évincer Microsoft.

Une situation tout à fait plausible vu les antécédents... Or le soir, on pouvait penser que Microsoft avait gagné la partie et Google perdu la face !

Pour 250 millions de $ ! Je n'y crois pas une seconde. Google aurait déboursé bien plus que ça si le trio Page-Brin-Schmidt avait été convaincu de la viabilité d'un accord avec Facebook. Voir YouTube. Et ça ne lui aurait rien coûté ! Comme ça n'a rien coûté à Microsoft d'ailleurs, puisque la valeur de l'action a pris près de 25% depuis : 30,9$ le 23-10, 37,06$ hier, d'où 57 milliards de capitalisation de plus en 9 jours, 228 fois la mise !!!

Donc je ne parle pas de viabilité économique comme l'a laissé entendre Brin a posteriori (puisque c'est tout ce qu'il pouvait dire), mais de la viabilité d'un partenariat fondé sur des approches visions - et des "missions" - compatibles.

Zuckerberg a une vision
, c'est clair et il l'a déjà prouvé.

Google idem.

Microsoft n'a aucune vision pour Internet, n'en a jamais eu ! Étrange à dire pour une société qui, partie de rien, a cassé le monopole d'IBM en son temps, détruit Netscape, mais pas si étrange que ça à la lumière des explications de Guy Kawasaki avec son Jump the next curve (via Nicolas Jean) : jamais aucun des acteurs établis sur un marché n'a réussi à anticiper les nouveaux marchés par une rupture technologique, la rupture vient toujours d'un outsider...

Il leur avait pourtant dit chez Microsoft !

Mais revenons à Facebook, qui avait l'alternative entre un accord de haut profil avec Google, ou de bas profil avec Microsoft.

En fin de compte, si Zuckerberg a fait profil bas, c'est probablement parce que Google ne lui a pas laissé le choix : je pense en effet que sa vision (social graph + SocialAds) était incompatible avec celle de Google (OpenSocial + AdSense/AdWords) et qu'il aurait dû renoncer à la mettre en avant dans le cadre d'un partenariat avec Google. Ce qui remettait forcément et fortement en question l'aura de gloire qui l'entoure en ce moment...

Pour répondre à Didier Durand, je ne crois pas un seul instant que Google ait jamais ressenti l' « obligation de s'allier via l'ouverture pour combler son retard (énorme) », car s'il est vrai que Facebook a pris de l'avance, notamment avec sa grande première de la traçabilité, ça reste une avance limitée, dans une enceinte close (walled garden), aucunement comparable avec le mouvement engendré par Google avec OpenSocial.

Google devait d'ailleurs avoir ça dans ses cartons depuis un certain temps, car ce n'est pas le genre de chose qu'on improvise à la dernière minute. Donc impossible pour moi de croire que Facebook n'en savait rien, ça n'a aucun sens. Je crois plutôt que c'est un point qui a dû faire l'objet de négociations acharnées, avec au final la décision de Zuckerberg de s'allier à Microsoft dans un accord win-win (pour eux, mais selon moi c'est plutôt perdant-perdant), où l'un pourra donner libre cours au déploiement de sa "vision", et l'autre combler un certain nombre de lacunes. Pour autant ça reste l'association de deux conceptions profondément propriétaires...

Écoutons Schmidt :
L'histoire du Web nous enseigne qu'il y a une énorme diversité au niveau des intérêts que nourrissent les gens, et que tous ceux qui ont parié sur une plateforme ouverte, que ce soient des sites de développeurs ou des sites leader comme MySpace, y ont largement gagné. Ça ne finit pas en jeu à somme nulle.

The history of the Web says that there is enormous diversity in what people are interested in and that people who are willing to take a bet on an open platform whether its a developer or leading site like MySpace get the benefit of a larger pie. It does not end up as a zero sum game.
Alors maintenant, sur quoi débouchera réellement ce "partenariat" Facebook - Microsoft ? Nous le saurons tôt ou tard...

Et au grand dam de Steve Ballmer, Facebook rejoindra-t-il OpenSocial ? Si Zuckerberg est cohérent, non. Mais entre cohérence et appât du gain, en général les cas de conscience se résolvent vite. :-)

À ce propos, voir Christian Jegourel : « En toute logique Facebook devrait rejoindre le mouvement initié par Google car il ne peut s’exclure de la transversalité ». L'opinion de Nick O'Neill est également très pertinente.

Et que se serait-il passé si ?... Probablement ça... L'histoire ne nous le dira pas.

Quant à savoir si les logiques oxymoriques de Google valent mieux ? Bof. De toutes façons les frontières de la privauté sont toujours repoussées, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Je n'ai jamais vu Sliding Doors, mais il serait intéressant de connaître la fin du scénario !


Partager sur Facebook

P.S. Et Yahoo! dans tout ça, que deviendra Yahoo ? En voilà une question qu'elle est bien tournée...

, , , , , ,

7 commentaires:

d.durand a dit…

Salut Jean-marie,

Excellent pour stimuler les neurones, ce papier! merci

didier

ignazio lo faro a dit…

effectivement belle analyse. Je rajouterai
que l'"or gris" représenté par les développeurs devient l'enjeu essentiel pour ces gigantesques organisations.Mais il faut se poser la question du controle.
par nature le web et l'homme est imprévisible.qui va m'assurer que ma prochaine application sera toujours visible sur Facebook ou Myspace?.
L'abondance apporte une réponse à chaque fois qu'il faut gérer l'imprévisible.
l'abondance de solution de diffusion de mon application suggéré par Open Social permettra à terme de limiter le contrôle de Google et des autres sur les applications de petites start up .Tout en restant aux premières loges pour des aquisition éventuelles. Je pense donc qu'il s'agit d'une bonne initiative avec bien des questionnements.

Jean-Marie Le Ray a dit…

Ignazio,

J'ai pas tout compris, mais je suppose que tu parles d'expérience, puisque tu es déjà impliqué dans la diffusion de widgets avec BNFLOWER, donc normalement OpenSocial va représenter un enjeu non négligeable pour toi en tant que développeur.
Pourrais-tu expliciter cette notion de contrôle ?
Il y aura bien des outils de stats qui permettront de tracer et mesurer l'accueil que recevront ces applis et leur fréquentation.
Donc j'aimerais bien mieux comprendre où tu veux en venir (limitation du contrôle de Google, acquisitions, etc.)
Merci d'avance,
Jean-Marie

Nicolas Cynober a dit…

Comment je vois les choses.
* Avec OpenSocial, Google prépare depuis 1 an l'ouverture des APIs. Ce qui suit logiquement l'ouverture de l'authentification (OpenID) et l'ouverture du Social Graph (FOAF).

* Facebook refuse l'offre OpenSocial de Google car Facebook fait preuve d'aucune innovation technologique et ne comprend pas les enjeux de l'ouverture. Voir mon post: http://nicolas.cynober.fr/blog/?p=8. Je vous invite à le relire.

* Google n'a absolument pas peur de Facebook et construit son produit OpenSocial sans lui. Il sait grâce à son portail Orkut que le web social est avant tout communautaire et vertical (Son site Orkut est 70% Brésilien). De plus l'ouverture des APIs c'est la fuite des utilisateurs vers des portails plus verticaux, plus spécialisés.

* Dernier épisode: Google voit que Microsoft cherche à rentrer au capital de Facebook et fait monter les prix en rentrant dans la négociation mais sans aucune intention de débourser un centime. D'ou cette sur-évaluation à 15 Milliards.

* Hypothèse rigolote: Dans 5 ans, 200 réseaux sociaux sont inscrit dans le programme OpenSocial et Facebook se vide de ses utilisateurs.

En fonction de la tournure des choses je posterais un billet sur mon blog: http://nicolas.cynober.fr/blog/
Je pense à un article plutôt sur MySpace, dont la position dans cette histoire m'interpelle.

Jérôme Charron a dit…

Très bonne analyse que je partage à 200% ... il est certain que Google n'a pas laissé filer Facebook, mais qu'au contraire, il n'en voulait absolument pas.

Marc Tirel a dit…

Tout à fait d'accord. A ce sujet lire l'article du NYTimes :

http://www.nytimes.com/2007/11/04/technology/04digi.html?_r=2&ref=technology&oref=slogin&oref=slogin

Tout y est résumé en une phrase qui annonce la fin, rapide à mon avis, de Facebook:
"Unlike Facebook’s programming requirements, Google’s use nonproprietary programming languages."

Frederic a dit…

Merci pour cette analyse, ces chiffres ont le mérite de remettre les choses en ordre.

Par ailleurs, en réponse aux différents commentaires annonçant la mort de tel ou tel réseau social. Si le langage de programmation non propriétaire est vraiment l'arme ultime de l'Open Social, vous pensez que Facebook -- pour ne citer que celui-là -- va se gêner pour se ruer dessus en moins de temps qu'il ne faut pour le dire?

Après tout, un bon framework ça sert aussi à ça. Et à ce jeu là il faut bien admettre que Facebook est loin d'être à la traine.