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samedi 17 mai 2008

Web 2.0, contenu et partage des revenus - I

Web 2.0, contenu et partage des revenus - I

Introduction
1. Quelles valeurs porte le Web ?
2. Les réseaux sociaux
3. Les réseaux tout court
4. Les agrégateurs verticaux : de l'agrégation quantitative à l'agrégation qualitative
5. Où sont les outils qui nous aideront à prendre les chemins de traverse ?
Conclusion

Le présent billet est dédié uniquement au point 1., les autres suivront...

* * *

Suite à ma petite provocation, aux commentaires et aux réponses de Narvic et de Szarah, il y a tellement de choses à dire que ça me prendra des jours. Au moins.

Donc tout en précisant que l'idée de "toute puissance de la technologie pour régler toutes les situations" est totalement étrangère à ma pensée, pas plus que je n'aie "d'excès de confiance dans les vertus de la technologie" ou que je ne donne dans la louange acritique, servile et béate, je laisserai pour l'instant de côté les problèmes "accessoires" pour me concentrer sur la question qui fâche : les modèles économiques.

Ils sont évoqués par tous :
  • Narvic :
    ...il me semble que le poids de quelques gros intérêts dans le développement du Web 2.0 (une poignée de grosses sociétés américaines) est trop important, par rapport à celui de la grande masse des utilisateurs, mais aussi des petits "créateurs". Cette situation est déséquilibrée et recèle des risques
    Dans le cas du Web 2.0 marchand : c'est le distributeur qui rafle toute la mise. C'est ça le modèle économique et il est parfaitement en place. Je ne vois pas pourquoi Google, Yahoo! Microsfot et les autres le laisseraient remplacer par un autre (d'ailleurs lequel, où le vois-tu venir ?), puisque celui-ci est si favorable...
  • Emmanuel :
    ...rien de tel qu'un économiste pour nous dire en effet un peu brutalement que la force de travail n'est pas rémunérée. Parce que c'est un fait.
  • Szarah :
    ... cette conception ne règle en rien la question de la rémunération des auteurs.
    C'est là que le bât blesse.
  • Hubert :
    À l'inverse, la gratuité du web 2.0 finit par être un système économique, un modèle économique en soi, comme l'explique Anderson, qui, comme le dit Emmanuel, ne fonctionne pas jusqu'au bout de sa logique.
Le tout pouvant être résumé par cette question de Szarah :
Quelles valeurs porte le Web ?
À laquelle j'ajoute : et si les directions actuellement prises sur le Web ne sont pas les bonnes, ou pas suffisamment, quelles sont les "autres directions possibles" ?

En étant sûr que tôt ou tard Narvic nous donnera aussi son avis là-dessus, voici d'ores et déjà celui de Szarah :
Le Web pouvait prendre d’autres directions que l’autoroute vers l’enfer de la publicité.
Les montants gaspillés pour seulement faire de l’argent auraient pu être investis autrement.

Le Web retombera sur ses pieds, pas de souci, mais nous aurons perdu dix années à faire fonctionner les machines à sous.
Et dix ans, c’est une génération sacrifiée.
La décennie 1998 - 2008, une période que j'ai suivie de près, puisque je me suis connecté pour la première fois à cheval sur 1995-1996. Or en dix ans, je ne vois franchement aucune génération sacrifiée. Non !

Je vois un formidable passage du Web 1.0 vers le Web 2.0, je vois un ferment extraordinaire vers le Web 3.0 et le Web sémantique (d'aucuns me diront que ce devrait être un pléonasme, mais peu importe), je vois une gigantesque démocratisation des logiques et une appropriation de plus en plus grande des outils par la masse, je vois une bien meilleure compréhension des enjeux (les critiques justifiées qui fusent dans tous les sens en sont d'ailleurs l'expression), etc.

En clair, je vois une évolution, nette, plutôt qu'une régression.

Donc conclure qu'il s'agit d'une génération sacrifiée pour faire fonctionner les machines à sous, si ça n'est pas de l'amertume, ça y ressemble.

Mais qu'importe. Il ne s'agit pas de se chamailler entre le camp des ronchons Web 1.0 contre celui des simplets Web 2.0 (ne manquent plus que 5 nains pour arriver au Web 7.0 :-), une caricature facile à laquelle j'ai eu recours pour frapper les esprits, sans viser personne en particulier mais tout le monde en général. Rien de personnel, donc.

Ce dont il s'agit en revanche, et beaucoup plus sérieusement, c'est de répondre ensemble à cette interrogation d'Hubert Guillaud :
Où sont les outils qui nous aideront à prendre les chemins de traverse ?
après avoir constaté :
(l)es outils que nous utilisons aujourd’hui, tout “web 2.0″ qu’ils s’affirment, (...) favorisent la somme ou la moyenne des regards plutôt que leur pertinence… Mais comment faire sens ? Comment aider le regard à se déporter, quand la plupart de nos outils favorisent le sens commun ? Comment favoriser, mettre en valeur, mieux analyser la dissémination plutôt que la concentration ? La qualité ou la pertinence, plutôt que la quantité ? Trop d’outils mettent en avant le plus lié, le plus vu, le plus écouté, le plus lu. Qui est souvent aussi le plus apprécié, car on vote pour ce qu’on voit, lit, écoute, connaît et reconnaît. Le succès va au succès, fort bien, mais a-t-on besoin d’une telle débauche d’innovation pour un résultat si pauvre ?
Tout ce qui précède pour amener deux seules questions ! Existentielles sur Internet :
  • Quelles valeurs porte le Web ?
  • Où sont les outils qui nous aideront à prendre les chemins de traverse ?
* * *

1. Quelles valeurs porte le Web ?

D'abord il faudrait s'entendre ! Le Web n'est-il qu'un outil, quand bien même un outil ayant "un grand pouvoir de démultiplication des tendances", ou est-il quelque chose de plus ?

Car si l'on pose la question : Quelles valeurs porte le Web ?, c'est qu'implicitement - et encore -, on reconnaît que le Web est bien plus qu'un outil. Un outil ne porte pas de valeurs. Un outil est neutre, il peut faire le bien comme le mal. C'est l'utilisateur qui compte, et ce qu'il en fait...

Comme le dit si bien Gaël Plantin :
Un outil n'est ni bon ni mauvais, il est pratique ou pas à un moment donné, dans le cadre d'une tâche donnée, menée par un individu donné.
Si jugement moral il doit y avoir, ce n'est pas sur l'outil, mais sur les conditions de son utilisation et les conséquences qui en résultent...

Il est nécessaire de former les utilisateurs afin de permettre à chacun de bénéficier des apports potentiels sans pour autant crouler sous les contraintes.
Former. Se former. S'informer. Pour à son tour former et informer.

Voire transformer, vous diront les marchands. L'argent étant, comme toujours, le nerf de la guerre économique sur Internet. Et apparemment, le premier moyen de faire de l'argent sur le Web aujourd'hui, c'est la pub. Ou nitrométhane virtuel, selon Szarah.

Nous avons donc deux pôles qui s'attirent ou se repoussent, c'est selon, tels des aimants qui s'épousent ou s'éloignent selon qu'on veut mettre en contact deux positifs, deux négatifs ou un positif et un négatif.

La pub d'un côté ; le contenu de l'autre.

Avec en plus une nouvelle orientation : transformer la pub en contenu. Ou vice-versa. Pour que la pub se fonde mieux dans le contenu (et/ou le contenu dans la pub). Voire pour qu'elle se suffise à elle-même. Une pub non envahissante, presque amie, qui veut vous passer son message l'air de rien... À moins que ce soit le contenu qui cherche à vous faire "transformer" comme si de rien n'était.

Je vous le dis : tantôt deux positifs, tantôt deux négatifs, tantôt un positif et un négatif...

L'avis de Marc Andreessen est très éclairant là-dessus :
“The technology for ad serving and targeting is getting better and better because it is software,” he said. “This development cycle is antithetical to what media companies were built to do. Traditional media isn’t based on code, but on fixed standards. The formats for delivering most television content today was invented in the 40s.”

The innovation behind these ad serving technologies will drive the overall online ad pie from 20+ million today to about 100 million in the next five to seven years, he says. And an important piece of this puzzle will be ad networks which can benefit from a network effect as they grow — seeing exponential returns from incremental traffic and distribution.

“A big battle over the next few years will be around ad networks,” he says. “AdSense has a lead there but there has to be about 200 different ad networks out there that are targeting in different ways.”
En gros, il dit ceci :
Aujourd'hui la pub servie sur Internet est de plus en plus efficace car c'est du logiciel : des technologies qui n'ont plus rien à voir avec les codes publicitaires des médias traditionnels, normalisés, rigides (pour la télé, les formats remontent aux années 40...).

Aujourd'hui la pub c'est de l'innovation technologique, et une grosse partie du puzzle va se déplacer vers des réseaux publicitaires encore à inventer, dont l'effet de maillage se propagera au fur et à mesure qu'ils monteront en puissance (le cas de FM, par exemple) : AdSense est encore leader, mais environ 200 autres types de régies ciblent déjà les internautes de différentes façons.
Donc, côté pub, nous avons et aurons toujours davantage ce type de réseaux dédiés.

Côté contenu, que nous pourrions presque confondre avec l'actu de l'Internet au sens large, avec les notions connexes de dynamicité et de fraîcheur des infos, qui ne viennent pas uniquement de la presse, mais également des millions de sites qui ont leur propre actualité, et notamment la blogosphère mondiale et les réseaux sociaux, nous pourrions regrouper tout cela sous l'appellation de réseaux de distribution alternatifs (sur le Web, la presse en fait-elle partie ou non, qu'en pensent les professionels ?), dont Szarah nous dit :
Le challenge commencé il y a longtemps consiste à établir des réseaux de distribution alternatifs, où le producteur (auteur, éditeur) aurait un peu plus son mot à dire.
Dans la "vie réelle", les expériences n'ont pas manqué mais sans guère de succès ou alors avec l'idée sous-jacente d'être racheté.

Sur le Web, ce modèle a été copié servilement : on crée des réseaux destinés à être rachetés par les majors.
Et elle ajoute :
Ce contenu créé par la collectivité est exploité par ceux qui gèrent l’outil.
La collectivité est d’accord et ne se sent pas exploitée : heu-reu-se.

Les bavardages des forums et des plateformes communautaires ne suffiront pas éternellement, comme “contenu”.
Il faut autre chose : du texte, des images, des vidéos, de la musique, des logiciels.
Et il faut financer cette production.
Les internautes, avides de s’exhiber et d’obtenir un billet retour de reconnaissance, partagent volontiers leurs œuvres.

Il arrivera bien un moment où ils se rendront compte qu’ils sont exploités.
Que ce qu’ils reçoivent du partage de la publicité, c’est seulement des miettes.
Qu’eux-mêmes, les internautes, constituent une sorte de matière première...
Or en lisant tout ça, je ne peux m'empêcher de me poser la question : est-ce que tous les auteurs créateurs de contenus qui adhèrent à Federated Media (ce n'est qu'un exemple), se sentent exploités ? Juste pour en citer un, allez demander à Michael Arrington s'il se sent exploité !

Personnellement, je ne suis pas Michael Arrington mais je ne me sens pas exploité non plus. Et je n'ai même pas d'Adsense sur mon blog !

Par contre j'aimerais exploiter mieux le contenu que je crée. Ou plutôt, les contenus que je crée. Ce que lui a réussi à faire. Et c'est là où le fait d'être isolé et sans grands moyens économiques devient une limite. Forte.

Donc pour reprendre la question : Quelles valeurs porte le Web ?, je ne crois pas une seconde qu'on puisse répondre que ces valeurs seraient potentiellement négatives dès lors que la question de la rémunération des auteurs ne serait pas réglée (selon quelles règles ?), et positives dans le cas contraire.

Car approuver ou désapprouver le "Web marchand" uniquement sur cette base me semblerait énormément réducteur, sans refléter en aucun cas toute la richesse dont le Web est porteur.

D'autant plus que le Web marchand, ou la commercialisation du Web, si vous préférez est un élément déterminant de l'essor du Web depuis sa création. Dans leur essai, intitulé THINKING ON THE WEB (Berners-Lee, Gödel, and Turing), (Copyright © 2006 by John Wiley & Sons, Inc.), H. Peter Alesso et Craig F. Smith nous disent, dans le chapitre dédié à Tim Berners-Lee :
En 1991, trois événements majeurs et convergents ont permis d’accélérer la percée de la Révolution informationnelle. Ces trois événements furent :

1. l’apparition du World Wide Web,
2. la disponibilité à grande échelle d’une interface de navigation graphique, et
3. la commercialisation galopante sur Internet.
Donc si l'on met de côté le point 2, métaphore de toutes les technologies passées, présentes et à venir qui ont permis, permettent et permettront d'utiliser le Web, nous voyons déjà dans les points 1. et 3. toute l'ambiguïté que l'on retrouve aujourd'hui dans les discussions sans fin sur le paradoxe gratuit-payant : D'où un premier constat, évident : l'essor du Web est soutenu par de nouveaux modèles économiques, inconnus et probablement aussi inapplicables AVANT le Web, qui mixent gratuit et payant selon différents dosages, différents moments. Dont beaucoup sont encore à inventer...

Voyez cette présentation sur les modèles économiques du Web, c'est très instructif et montre bien que si les choses ne sont pas simples, les changements introduits par rapport aux modèles économiques pré-Web n'en sont pas moins inéluctables.



Read this doc on Scribd: Business models on the Web


Donc pour moi il ne sert plus à rien de vouloir reproposer encore et toujours ces mêmes modèles de protection des droits d'auteur et de propriété intellectuelle qui ont souvent fini par aboutir à des rentes de privilèges mais sont en train d'être balayés par l'histoire.

Nous sommes face à une rupture, qui a déjà eu lieu (pour autant, revenir en arrière est d'ores et déjà impossible), et insister dans cette voie à outrance est un combat rétrograde et perdu d'avance (sur le court terme peut-être pas, à moyen terme, ça reste à voir, mais sur le long terme, cela ne fait aucun doute) (de même certains pays sont en avance - les États-Unis -, d'autres en retard - la France). Ce qu'il faut maintenant, c'est trouver de nouvelles formules, adaptées à la réalité d'aujourd'hui en général, et d'Internet en particulier. Qui abolit les frontières, ne l'oublions pas...

Et même si je suis bien conscient qu'en disant ça je vais m'attirer les foudres de tous les tenants de l'orthodoxie, c'est mon avis.


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P.S. Pour l'instant je n'ai absolument aucune idée sur quand est-ce que je rédigerai le ou les billets à suivre (voici déjà le premier)...

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14 commentaires:

Laurent Bervas a dit…

Je rebondit sur cette phrase :
> Donc pour moi il ne sert plus à
> rien de vouloir reproposer encore
> et toujours ces mêmes modèles de
> protection des droits d'auteur et
> de propriété intellectuelle qui ont
> souvent fini par aboutir à des
> rentes de privilèges mais sont en
> train d'être balayés par l'histoire.

Pardon de dire que je trouve cela simpliste (comme certains developpeur du logiciel libre annonçaient la mort du logiciel propriétaire), de la même que je trouve simpliste le message transmis par le film "nous sommes tous des pirates", comme si l'on pouvait dédouaner le piratage sous pretext que tout le monde le fait.

Je pense qu'il y a ENORMEMENT D'HYPOCHRISIE dans cette affaire.

Grosso modo nous assistons à l'émergence d'un prolétariat 2.0.

D'un coté des plateformes objectivement commerciales (Fotolia pour la photo à 1 euros, wikio pour les la syndication de contenu écris, dialymotion pour la vidéo) qui ne respectent pas, la plupart du temps les droits nationaux (droit du travail ou Droit à l'image ou droit d'auteur, ...) sous pretexte que "nous sommes tous des pirates" ou que comme tu le dis : "il ne sert plus à rien de vouloir reproposer encore et toujours ces mêmes modèles de protection des droits d'auteur".

Grosso modo tout cela repose sur le l'idée que les amateurs qui produisent du contenu "gratos" (blogueurs, photographes du dimanche, etc ...) sont trop petits pour attaquer ces plateformes et que cela ne sert à rien de se battre.

Ce "prolétariat 2.0" finira bien par se faire entendre. Le web n'est pas une zone de non droit !

Jean-Marie Le Ray a dit…

Laurent,

Il ne faudrait pas non plus me faire dire ce que je ne dis pas !

D'abord prendre une simple phrase isolée comme ta citation, la sortir de son contexte, et dire qu'il y a énormément d'hypocrisie là-derrière, c'est tout aussi simpliste que ce que tu dénonces.

Cette phrase s'inscrit dans un certain nombre de billets sur la question - et je n'ai pas fini - où j'essaie d'exposer une vision globale. Donc rapporter une phrase sans la vision qu'il y a derrière n'a aucun sens.

Et nous y revoilà - encore et toujours, avec cette fameuse phrase brandie à tout bout de champ qui a le don de m'énerver : "Le web n'est pas une zone de non droit !"

Je n'ai jamais dit "Le web est une zone de non droit !", je dis :

Le Web change tout. Et on ne peut plus appliquer au Web sans les modifier (ou en inventer de nouveaux) des modèles économiques conçus avant le Web.

Je ne dis pas "les amateurs qui produisent du contenu "gratos" sont trop petits pour attaquer ces plateformes et que cela ne sert à rien de se battre", je dis par exemple (même si ce sera pour un prochain billet, mais c'est déjà énoncé) : "Les agrégateurs verticaux doivent passer de l'agrégation quantitative à l'agrégation qualitative" et développer des modèles de partage des revenus, etc.

Je dis enfin qu'assumer purement et simplement qu'il faille « reproposer encore et toujours ces mêmes modèles de protection des droits d'auteur et de propriété intellectuelle » en déclarant que depuis 10 ans on n'a rien fait d'autre que de perdre du temps est tout aussi simpliste et faux que de dire exactement le contraire.

C'est pour ça que je serais très intéressé par en savoir plus par celles et ceux qui affirment que d'autres voix sont possibles dans dire lesquelles.

Perso dans cette série de billets, j'essaierai d'exposer mon avis, qui n'est rien d'autre que ça, mon avis, sur ces différentes questions.

Car si comme Emmanuel le dit, on n'en est plus au débat d'opinion, que ça ne nous empêche pas d'essayer de nous faire chacun la nôtre.

Jean-Marie

Jean-Marie Le Ray a dit…

P.S. Lapsus calami révélateur : "... qui affirment que d'autres voix sont possibles dans dire lesquelles."

Lire : "que d'autres voies sont possibles sans dire lesquelles", vous aurez rectifié de vous-même.

J-M

GG a dit…

@JM Leray:
vous avez entièrement raison en ce qui concerne le raz de marée que représente le web 2.0, et que dans sa force il engloutira et submergera les "vieux concepts" de droits d'auteur et de propriété de marques et signes distinctifs. C'est indéniable...

Et c'est d'ailleur spour cela, que parmi les 200 régies publicitaires évoquées (comme les deux cents familles de feu la BdF ... ;-) les plus malins de ceux qui n'arrivent pas à percer se renommeront nilatéralement Google "machin" et "Goole truc". Impunément...

Jean-Marie Le Ray a dit…

Impunément...

Outre les nombreuses incohérences de Google en la matière, mais pas seulement (cf. fraude aux clics, business des noms de domaine, etc.), je soupçonne fortement GG de faire feu de tout bois et de profiter aussi de ça.

Ça doit lui faire autant d'effet que les piqûres de guêpes sur le cul du mammouth. Et puis de temps en temps le mammouth s'ébroue et écrase quelques guêpes au passage, juste pour rappeler que c'est lui qui commande...

J-M

narvic a dit…

@ Jean-Marie

Quelle alternative à ce Web 2.0 marchand-là ?

On est d'accord qu'il existe un Web 2.0 du don, de l'échange, du bénévolat, et du gratuit réel, qui fonctionne, le monde du logiciel libre, du journalisme citoyen, les sites associatifs, de nombreux forums et blogs sans pub (le tien par exemple !). Ce Web 2.0-là est une vraie réussite humaine et porte des valeurs de haute qualité.

Ce qui me choque, c'est la captation de ces valeurs par quelques uns à des fins commerciales, et qui imposent un modèle économique qui, si ce n'est pas carrément du vol, est au moins de l'exploitation caractérisée. J'ai me bien l'expression de Laurent Bervas d'un prolétariat 2.0.

Et ce web 2.0 marchand-là exploite au même titre des bénévoles et des gens qui souhaiteraient bien pourtant vivre de leur création, de leur production ou de leur service. Mais il n'existe aucun espace de rentabilité laissé ouvert par ces géants du web. Ils se comportent réellement comme des prédateurs.

Ce qui ne peut que contribuer à tarir la source dont ils vivent. Donc ce modèle est moralement et politiquement inacceptable, mais il ne me semble pas viable à long terme non plus.

Alors quelle alternative : j'y réfléchis moi-aussi, Jean-Marie, j'y réfléchis... D'abord sur le domaine que je connais le mieux: l'information. Je t'en ferais part bientôt. Sois patient, ce n'est que contribution bénévole de ma part aussi ;-)

Jean-Marie Le Ray a dit…

Narvic,

Je serai patient, je ne suis pas pressé, mais curieux et intéressé.

En te relisant en et mettant ton commentaire en relation avec un récent billet de Pierre Chappaz, je trouve qu'il y a un écart énorme entre tes propos et la réalité.

Mais ce n'est que mon avis, comme toujours, j'ai essayé de le résumer ici.

Jean-Marie

Laurent Bervas a dit…

@Jean-marie
Pardon d'avoir été mal compris : l'hypocrisie ne s'appliquait pas à ton billet mais à des prises de position de promoteurs des sites commerciaux que je citais (Fotolia, Wikio, Dailymotio, ...) qui se retranchent derrière des arguments : "Nous sommes tous des pirates" - "On ne peut empêcher le progrés" - "ce sont les lois du marché".

Laurent
(lecteur régulier et heureux d'adscriptor ;))

Szarah a dit…

J'aime bien les envolées lyriques concernant la transformation du capitalisme traditionnel en capitalisme cognitif.
C'est Marx, je pense, qui avait annoncé cet avénement que le savoir socialisé deviendrait la première des forces de production.
En vous lisant, j'ai parfois l'impression que vous êtes marxiste sans le savoir (sourire).

Le problème, c'est qu'il est toujours beaucoup question de capital et très peu de savoirs.
Et que les savoirs sont plus que jamais exploités par le capital.

Savez-vous où est l'argent des savoirs, monsieur Le Ray, et à qui il va ?
Chez les distributeurs.

Par exemple et en résume chez moi : Google : une croissance épatante (18 avril).
"GG obtient 99% de son CA par la publicité.
Les 2/3 viennent directement de ses propres pages (résultats des recherches, youTube, …).
Les recettes ont augmenté de 49% au premier trimestre 2008.

Le tiers restant concerne les annonces affichées sur d’autres sites (les vôtres).
Là, la progression a été de 25%."

Les éditeurs qui affichent des AdSense ont-ils vu leur CA augmenter de 25% au premier trimestre ?
A votre avis ?

Donc : l'argent vient des annonces affichées sur les pages de résultats d'un distributeur (ici un moteur).
Avez-vous un moteur ?
Non ?
Contentez-vous des miettes.

Et combien des 200 régies que vous appelez "concurrentes" disposent-elles d'un moteur ?

Le modèle n'est ni reproductible ni déclinable, c'est un "miracle" unique et il faudrait être très confiant pour espérer :

1. qu'il pourra durer et prospérer sans bousculer profondément l'ordre des choses;
2. qu'il aura des aspirations humanistes;
3. qu'il connaîtra la notion de partage équitable.

La question des valeurs portées par le Web déborde largement du cadre de l'exploitation des données par quelques plateformes de distribution.
La difficulté avec laquelle certains entrepreneurs réussissent à tirer profit de la production communautaire suffit à montrer que le modèle économique ne fonctionne pas, sauf pour quelques rares clairvoyants dont Google.

Autrement dit : le modèle est saturé dès le départ, il ne peut être décliné pour générer de la richesse en aval des distributeurs.

La solution facile consisterait à libérer les droits d'auteur : à faire main basse sur le travail de la masse.
Certains y pensent sérieusement : Droits d'auteur : renverser la vapeur ?.

Cette "valeur" est dans la droite ligne du capitalisme traditionnel.
Souvenez-vous des problèmes rencontrés par les majors de la distribution (cessons de dire "recherche") au niveau des droits d'auteur.

Or, l'économie ne fonctionne plus ainsi.
On ne peut plus s'approprier le travail d'autrui.
Ce n'est pas une question de morale ni même de loi : on observe que ça ne fonctionne plus, tout simplement.
Pour grapiller des clopinettes, soit.

Il est très difficile de gagner du gros argent sur le Web, ce n'est pas moi qui le dis.
Sauf pour quelques entreprises qui fonctionnent sur une valorisation engendrée non pas sur le travail mais sur les durées de circulation du capital.
Créez une plateforme, vendez-la et partez au soleil.
Ou bien ne partez pas, mais c'est moins malin, et réinvestissez en priant pour que le système dure assez longtemps.

C'est ça, le Web 2.0 et ses valeurs, je les ai dites : elles sont aussi vieilles que l'exploitation de l'homme par l'homme, la technologie n'y change rien.
Le Web 2.0 ne véhicule aucune nouvelle valeur, c'est seulement un outil qui renforce les valeurs anciennes et fait perdurer les pires, celles qui auraient pu mourir sans lui.

Je voudrais qu'il soit question quelque part d'envisager des mutations du concept de travail productif et de discuter de nouvelles normes de répartition des gains.

Réduire cette démarche à une querelle d'opinions entre pros- et antis- Web 2.0 serait jeter de la poudre aux yeux des lecteurs.

En fait, il s'agit d'économie à l'état pur et de politique bien plus que d'épiphénomènes irisés comme des bulles pour amuser les enfants, et aussi éphémères.

Marie-Aude a dit…

Je fais partie des gens qui brandissent régulièrement cette phrase "le web n'est pas un espace de non droit".

A la différence de beaucoup de vos lecteurs et commentateurs, je travaille dans un contexte où le droit d'auteur sur internet est une notion de martien, et où le piratage complet est le plus souvent la règle - le Maroc.

Or je vois un mouvement se mettre peu à peu en place, de gens qui souhaitent ce respect, on parle même de fonder une association. Quand des webmasters voient un site entier, qui leur a demandé plusieurs mois de travail, entièrement pillé, quand le web se profesionnalise réellement, le respect des droits et du travail fait arrive en même temps.

Je serais curieuse de savoir quels sont les protection de droits d'auteur qui aboutissent à des rentes de privilège ? A l'exception de quelques rarissimes grandes stars, je ne vois pas vraiment de privilèges dans un système qui vise au contraire à protéger le créateur isolé contre la puissance des éditeurs susceptibles de le piller.

Dans ce domaine, je crois qu'il ne faut pas assimiler directement la notion de droits d'auteur et la notion de propriété industrielle et de brevets.

Avant d'être un modèle économique, le droit d'auteur est une conception juridique. Celle ci peut parfaitement s'adapter à d'autres modèles économiques, rien n'y fait obstacle.

Jean-Marie Le Ray a dit…

@ Szarah,

Google est en position de quasi-monopole, c'est clair. Mais je trouve quand même votre constat déséquilibré.

Car si l'on veut tout comparer, il faut aussi mettre tous les services gratuits de Google qui me permettent d'économiser et d'avoir en sus d'excellents services.
Sans parler de la visibilité que me DONNE Google et qui a déjà débouché sur de nombreux contacts professionnels et sur bien d'autres choses très intéressantes.

@ Marie-Aude,

Vous avez raison, je ne devrais pas assimiler directement la notion de droits d'auteur et la notion de propriété industrielle et de brevets (à laquelle je faisais davantage référence).

Jean-Marie

hubert guillaud a dit…

Difficile à suivre Jean-Marie, les billets deviennent touffus et ne sont pas exempts d'amalgames (et pas suffisamment de temps pour les détricoter).

Je m'oppose en tout cas complètement à l'idée de neutralité des outils. Les outils neutres n'existent pas ! Les outils sont liés aux usages et aux cultures des sociétés qui les utilisent. La neutralité est un mythe. Même l'électricité, , quand elle apparaît comme un outil industrialisé, n'est pas un outils neutre. Les découvertes industrielles ont toujours connu des répercussions sur l'organisation du travail ! Et le web aussi aura son impact.

Regardez
l'analyse faite de CareSquare par Eric Culnaert par exemple, un service 2.0 certes un peu orienté par le regard de l'analyste, mais qui me semble bien montrer que rien n'est neutre. Flickr lui-même n'est pas un outil neutre. Si les outils étaient neutres, leurs usages, leurs pratiques seraient toutes semblables. Or les utilisateurs de flickr ne sont pas les mêmes que Picasa. Ils ont des incidences.

Quand on pose la question des valeurs du web, à mon avis, on parle d'éthique, pas de lutte entre marchands et non marchands. On parle des valeurs de leur concepteurs. De par la culture de ses promoteurs (geeks californiens pour faire simple), le web porte en lui des valeurs dont nous ne savons pas grand chose mais qui tiennent entre autre de cet individualisme relationnel propre à la Côte Ouest des Etats-Unis. Comme le disait Christophe Aguiton, « Le web 2.0 résulte de la tension créative entre la société individualiste californienne d’aujourd’hui et l’esprit communautaire à l’américaine. » Ce sont ces valeurs là qu'il faut interroger et je ne suis pas sûr qu'elles se résolvent par une tension entre contenu et publicité.

Jean-Marie Le Ray a dit…

Hubert,

Désolé que ça devienne touffu et difficile à suivre, mon erreur est probablement d'essayer de répondre à tout.

Quant à ma réponse sur les valeurs portées par le Web, elle suit les contours de la discussion menée jusqu'ici dans plusieurs billets, sur ce blog et ailleurs, où la principale "valeur" dont l'on parle se limite aux modèles économiques et au partage des revenus.

Je ne préfère pas approfondir les aspects "philosophiques" du Web, déjà que, comme tu l'observes justement, c'est assez touffu comme ça.

J'essaierai de faire mieux pour les prochains billets.

Jean-Marie

Gaël PLANTIN a dit…

Un article paru sur le journal du net pour complèter ce billet : http://www.journaldunet.com:80/expert/27024/web-2-0-et-utopie-faut-il-bruler-wikipedia.shtml

Bonne lecture !