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dimanche 4 mai 2008

Microsoft - Yahoo! : NON ! - Mon analyse


D'abord ce fut Yahoo! à dire NON, aujourd'hui c'est Microsoft. Analysons la lettre de Ballmer annonçant le retrait de l'offre, qui contient tous les éléments nécessaires pour analyser la suite des événements :
Lors de nos conversations la semaine passée, nous avons exprimé notre volonté d'augmenter notre offre à 33,00 $ par action, signe que nous étions prêts à saisir cette opportunité réciproque. Une majoration d'environ 5 milliards $ pour vos actionnaires, si l'on considère la valeur de l'offre initiale, et qui aurait représenté une prime supérieure à 70% par rapport au prix de l'action Yahoo! au 31 janvier. Cela s'est avéré insuffisant, puisqu'au final vous avez insisté pour obtenir environ 5 milliards $ de plus, soit plus ou moins 4 autres $ par action au-delà de notre offre à 33,00 $.
(...)
De même, nous voyons avec préoccupation le fait qu'en réponse à une "offre hostile" vous ayez planifié de conclure un autre accord avec Google pour sous-traiter la publicité contextuelle sur les pages de résultats du moteur de Yahoo!. De notre point de vue, un tel accord avec l'acteur dominant de la recherche sur Internet ferait de Yahoo! une cible d'acquisition indésirable pour plusieurs raisons...
Si l'on traduit en mots simples, le message de Ballmer à Yahoo! est : « Tu l'as voulu, tu l'as eu, maintenant débrouille-toi tout seul, nous verrons ce qu'il en sortira. »
Nous allons voir, en effet. Durant le week-end, la Bourse est fermée, aussi faudra-t-il attendre demain pour voir la réaction des marchés et l'évolution que prendra le cours de Yahoo!
Sur Twitter, Robert Scoble annonçait il y a moins d'une heure qu'hors séance l'action s'était appréciée de 4% !


Personnellement, je pense plutôt qu'on risque d'assister à un plongeon du cours dans les jours et les semaines qui viennent (un analyste connu prévoit déjà l'action à 22$ dès demain...). Notamment à cause du nombre élevé de procès auquel Yahoo! devra probablement faire face.
Ballmer rappelle à bon escient que la dernière offre de Microsoft, à 33$, représentait une prime de +70% par rapport à la valeur du 31 janvier 2008 : 19,18$.
Un bref historique de l'action Yahoo! peut aider à mieux comprendre la situation :
  • L'introduction en bourse de Yahoo! a eu lieu entre mars et avril 1996.
  • Les trois premières années, le cours a stagné, avant de dépasser le cap des 30$ en décembre 1998.
  • Durant toute l'année 1999, l'action a oscillé autour de 40$, avant de grimper en flèche en fin d'année, jusqu'à dépasser 100$ !!!
  • L'année 2000 a été tragique pour Yahoo!, puisque l'on est passé de +100 dollars en janvier à -15 dollars en décembre, soit une division par 7 de la valeur de l'action sur l'année
  • Pendant 7 ans, de janvier 2001 à janvier 2008, l'action a enregistré son plus haut en janvier 2006, à 43,21$
  • Le 30 janvier 2008, l'action était à son plus bas depuis 5 ans, puisqu'il faut remonter à septembre 2003 pour trouver un cours inférieur à 19$
  • Dès l'annonce de Microsoft, l'action a pris 50% du jour au lendemain, en s'établissant autour d'une valeur moyenne de +28$ jusqu'à aujourd'hui


C'est d'ailleurs à la fin du premier semestre 2006, lorsque l'action recommença à chuter de près de 10$ en 6 mois, que commencèrent à circuler les premières rumeur d'acquisition possible de Yahoo! par Microsoft.
À l'époque la fourchette était entre 40 et 45$ l'action, alors que le cours de Yahoo! était bien supérieur à celui enregistré en janvier 2008.
Donc, exception faite pour une brève parenthèse à cheval entre 1999 et 2000, l'action Yahoo!, censée représenter la valeur de l'entreprise, a toujours été plutôt modeste. Oscillant en moyenne entre 20 et 30$ sur 10 ans, une donnée qui, à elle seule, exprime clairement que les résultats d'une telle entreprise n'ont jamais vraiment été à la hauteur ni des attentes ni des potentialités. Pour ne pas dire qu'ils sont franchement médiocres, si l'on regarde la situation en janvier 2008.
D'où le grave constat interne, dressé sans concession par Brad Garlinghouse dans son fameux manifeste du beurre d'arachide :
  • Nous devons d'abord reconnaître nos problèmes
  • Nous manquons de clarté, aucune vision
  • Nous manquons de décision et de réactivité
  • Nos services sont fortement redondants (...)
  • Nous avons perdu notre volonté de gagner...
D'où, également, le grand mécontentement des actionnaires, surtout les zinzins, pour qui le but premier est de maximiser leur investissement, et les dissidents.
Qui seront très probablement les premiers à attaquer Yahoo!, jugé coupable de leur avoir fait perdre de l'argent. Beaucoup d'argent. La législation du Delaware autorise en effet les actionnaires mécontents à intenter une action contre les administrateurs dont ils considèrent qu'ils n'ont pas agi au mieux de leurs intérêts.
In fact, it would be a minor miracle if the first class action lawsuit hasn't been filed by Monday evening "on behalf of Yahoo! shareholders against the board of directors of Yahoo! for grossly neglecting the best interest of shareholders."
Aujourd'hui, les avocats doivent se frotter les mains, demain y a boulot !!!
Je partage l'opinion d'Ouriel :
Beaucoup de membres de l’etat major de Yahoo etaient en faveur de cette opération, je me demande si Jerry Yang va survivre à cet épisode s’il ne trouve pas un plan de rechange dans les prochaines semaines?
À mon avis, non. Car au vu des résultats de la société depuis 12 ans, comment pourra-t-il expliquer ses prétentions (plancher de 37$ l'action) et en quoi la dernière offre de Microsoft (à 33$) sous-estime considérablement la valeur de Yahoo!... La tâche va être ardue.
Je suis également d'accord sur le fait que Google est le grand gagnant de l’histoire, mais je ne sais pas si un partenariat durable Yahoo-Google serait possible pour des raisons d'antitrust. Ballmer a d'ailleurs tout prévu, un peu comme s'il voulait suggérer la marche à suivre, en expliquant pourquoi selon lui un accord entre les n° 1 et 2 du Web serait néfaste, pour plusieurs raisons :
• First, it would fundamentally undermine Yahoo!’s own strategy and long-term viability by encouraging advertisers to use Google as opposed to your Panama paid search system. This would also fragment your search advertising and display advertising strategies and the ecosystem surrounding them. This would undermine the reliance on your display advertising business to fuel future growth.
• Given this, it would impair Yahoo’s ability to retain the talented engineers working on advertising systems that are important to our interest in a combination of our companies.
• In addition, it would raise a host of regulatory and legal problems that no acquirer, including Microsoft, would want to inherit. Among other things, this would consolidate market share with the already-dominant paid search provider in a manner that would reduce competition and choice in the marketplace.
• This would also effectively enable Google to set the prices for key search terms on both their and your search platforms and, in the process, raise prices charged to advertisers on Yahoo. In addition to whatever resulting legal problems, this seems unwise from a business perspective unless in fact one simply wishes to use this as a vehicle to exit the paid search business in favor of Google.
• It could foreclose any chance of a combination with any other search provider that is not already relying on Google’s search services.
En clair, néfaste pour Yahoo!, pour Microsoft, et pour le Web dans son ensemble.
For everyone, but Google...
Mais ça fera l'objet d'un autre billet.


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3 commentaires:

alex de référencement blog a dit…

Yahoo est le meilleur portail il a aussi une bonne base communautaire, mais il ne réussit toujours pas à la monétiser. Son moteur est plutôt bon, mais l'habitude Google est persistante.

Microsoft est globalement derrière sur le web et doit sa puissance à ses logiciels hors-lignes à forte puissance captive (Windows/Office).

La question est de savoir ce que Microsoft va faire de Yahoo. Un portail / un moteur Yahoosoft ?

Ce genre de fusion avec des cultures d'entreprises très différentes est rarement la panacée.

Jean-Marie Le Ray a dit…

Alex,

Pour être bref, je vois les choses ainsi :

- M$ a toujours dit que sa troisième place ne lui convenait pas.

- M$ sait que la vache à lait représentée par le binôme Windows/Office sera de plus en plus difficile à traire, et que l'avenir est résolument sur le Web

- Ballmer déclare dans une interview au WSJ qu'il n'y a actuellement que 7 acteurs d'envergure mondiale : MySpace, Facebook, MSN, Yahoo, Google, Baidu, AOL.

- Au plan des "complémentarités" avec M$ à l'échelle mondiale, de la liste ci-dessus il ne reste que Yahoo!

- Yahoo! a beau être un bon portail et avoir d'excellents services, voir où ils en sont aujourd'hui - après 10 ans d'égarements, après être partis en situation de quasi-monopole et après avoir laissé échappé Google -, donne le sentiment d'un bilan négatif et non pas positif.

- l'action Yahoo! va sûrement plonger et M$ pourra revenir en sauveur dans quelques semaines/mois, avec une offre plus basse

- d'ici là Yahoo pourrait passer des alliances à droite et à gauche, mais avec qui, et pour quoi faire ?

- je reste convaincu qu'on assistera un jour plus ou moins proche à un affrontement bloc contre bloc, avec Google d'un côté, Yahoo! et M$ de l'autre

- je ne sais pas ce que feront les autres sociétés mentionnées par Ballmer, mais j'ai tendance à croire que ce ne sera pas très significatif

- dernier point : je peux fort bien me tromper. L'avenir nous le dira...

Jean-Marie

LebossTom a dit…

Merci pour l'analyse Jean-Marie à mon avis tu vises juste.

c'est vraiment la course à celui qui aura le plus d'espace pub.