vendredi 26 septembre 2008

Avez-vous une culture informationnelle ?

L'un des premiers critères pour tenter d'appréhender le monde qui nous entoure, extrêmement complexe, confus et chaotique, c'est de savoir décrypter l'information.

Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'information n'est pas collective, elle est individuelle. C'est un peu comme le marketing, où l'on est passé du marketing de masse pré-Internet au marketing one-to-one sur Internet.

Pour l'info, c'est pareil. Car avant, même si 10, 100 ou 1000 personnes recevant la même information en avaient 10, 100 ou 1000 perceptions diverses, cette info était généralement formatée, à la limite seule changeait la couleur politique des producteurs d'infos, mais les maquettes étaient pratiquement identiques. Autant dans la presse qu'à la télé ou à la radio.

Or voilà qu'Internet fait tout voler en éclat, les modèles traditionnels se retrouvent brusquement en miettes et l'infobésité nous submerge, où « la masse liquide de l’information s’accroît de façon exponentielle », en générant « d’une part le bruit – trop d’informations tue l’information – et de l’autre le silence – ce que je cherche existe, je le sais, c’est là quelque part, mais je ne le trouve pas. Avec au final une réponse trop souvent inaudible, et un utilisateur désorienté, submergé par la profusion informationnelle. »

Pour lire et interpréter l'information, désormais il n'y a plus UNE piste possible, formatée ou non, mais 10, 100 ou 1000 parcours dynamiques, y compris pour une seule et même personne, prise à des moments différents et dans des circonstances diverses.

D'où la nécessité constante d'affiner le rapport signal-bruit :
nous devons pondérer et apprendre à extraire l'info utile au moment opportun : (...) l'énorme masse de stimuli qui nous envahit en permanence (Internet, radio, télé, journaux, pubs, etc.) est peuplée de bruits informationnels, dont je dois extrapoler les signaux forts qui vont servir à me forger une opinion, à prendre une décision, et ainsi de suite.
Les anglo-saxons appellent cela l'Information literacy :
expression ... construite d'après literacy (alphabétisation), en partant du principe qu'il était aussi important de savoir trouver, critiquer et utiliser l'information dans la société de l'information que de savoir lire et écrire dans la société industrielle.
Et ce bien que la transition entre société industrielle et société de l'information soit encore loin d'être acquise évidente...

Mais comme toujours lorsqu'il s'agit de traduire d'une langue à l'autre des termes recouvrant des concepts complexes, aucune expression française équivalente ne s'est encore imposée :
  • alphabétisation informationnelle
  • culture de l'information
  • compétence informationnelle
  • infocompétence
  • maîtrise de l'information
  • littératie
  • littératie numérique
La littératie est ainsi définie par l'OCDE (PDF, 1,4 Mo) :
Aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités.
Du reste ce n'est pas un nouveau concept, puisqu'on en parlait déjà il y a plus d'une dizaine d'années, notamment au niveau des habiletés d'information (information skills) associées :
  1. la définition de la tâche
  2. les stratégies de recherche d'information
  3. l'accès à l'information et la localisation de celle-ci
  4. l'utilisation de l'information
  5. la synthèse
  6. l'évaluation
Ce sont là les « Big Six Skills », les compétences fondamentales liées à la maîtrise de l'information.

C'est d'ailleurs une analogie pertinente avec la rédaction d'un billet de blog, pour lequel il est nécessaire de remplir les conditions à peine énumérées : définir le sujet, les meilleures stratégies de recherche pour localiser l'information voulue, l'utiliser à bon escient, la synthétiser (un passage que je n'ai pas bien assimilé ;-) puis évaluer le résultat final : bon, pas bon, utile, idiot, peut mieux faire, etc.

Pour autant je n'aime pas cette notion de « maîtrise de l'information », car pour moi l'information ne se maîtrise pas, dans l'absolu. Certes, elle peut se maîtriser autant que se manipuler, mais dans un cas comme dans l'autre, elle finit toujours par s'échapper !

L'information est trop liquide : essayez de retenir de l'eau dans vos mains, c'est partiel et ça dure peu. Sans aller jusqu'à parler des dictatures, nos démocraties essaient de plus en plus d'ériger des digues pour retenir l'information, pour la canaliser à volonté, mais tôt ou tard même les barrages les mieux construits commencent par se fissurer, et finissent par craquer lorsque la pression devient trop forte.

Or Internet c'est le Mare magnum de l'information, et aucun barrage ne sera jamais ni assez grand ni assez fort pour contenir l'océan !

Que nous reste-t-il alors, sinon apprendre à naviguer et à nous orienter dans la tempête informationnelle ?

Ceci dit je suis parfaitement d'accord avec la proclamation d'Alexandrie :
La maîtrise de l'information est au coeur de la formation tout au long de la vie. Elle permet aux gens, dans tous les chemins de la vie, de chercher, d'évaluer, d'utiliser et de créer l'information pour des objectifs personnels, sociaux, professionnels et éducationnels. C'est un droit humain de base dans un monde numérique qui apporte l'intégration de tous les peuples.
J'ai souligné ce dernier passage car il serait peut-être bon que notre Ministre de la culture le relise, à l'occasion, elle qui continue à défendre bec et ongles le projet de loi «  Création et Internet », en rappelant qu' « il n'est pas dit que la suspension de l'abonnement à Internet puisse être considéré comme une atteinte aux libertés individuelles » !!!

N'est-ce pas là un outrage à la raison, au bon sens ?

Et ce malgré le désaveu éclatant de la communauté européenne. Or comme l'observe si justement Marc Rees :
Nier ce que dit l'Europe, en pleine présidence française, sera diversement apprécié.

Partager sur Facebook

, , , , , , , , , , ,

Partenariat Yahoo-Google sur la pub

Partenariat Yahoo-Google sur la pub

Google vient d'annoncer la mise en ligne d'un minisite (qui redirige en fait sur une page Google) pour présenter le partenariat sur la pub entre les numéros 1 et 2 du Web. Info via Search Engine Land.

La théorie googlienne est claire : le partenariat est un deal sans exclusivité, gagnant-gagnant pour les internautes, les annonceurs et les éditeurs. Les prix continueront d'être fixés en automatique par des enchères concurrentielles, et il n'y a aucune raison d'en être effrayés. Avec un document à l'appui pour en expliquer le mécanisme.


En bref, voici ce que devraient donner les pages de résultats de Yahoo! (en haut) avec les pubs Google affichées (en bas) :


Volontairement retardé trois mois et demi en vue de son examen par les régulateurs, la mise en ligne du site me donne à croire que l'accord ne devrait plus tarder à entrer dans sa phase opérationnelle.

De même que la position officielle de Yahoo exprimée par Sue Decker, dont les derniers mots ne manquent pas de me laisser songeur : « Ultimately, that’s the only way we can provide value for Yahoo!’s stockholders »...

Or si l'on calcule 3,5 mois à partir des communiqués de presse de Google et Yahoo!, annoncés officiellement le 12 juin dernier, ça nous amène au ... 27 septembre. C'est-à-dire demain !

Effectif aux États-Unis et au Canada, cet accord sera sans grandes implications en Europe. Côté protection et confidentialité des données, Google tient à faire savoir qu'aucune information personnelle sensible ne sera partagée, et que Yahoo effacera les derniers octets de l'adresse IP de l'internaute effectuant la requête avant de la transmettre à Google pour l'affichage des pubs contextuelles.


Mais là encore, j'ai comme la vague impression que ça va faire couler beaucoup d'encre et qu'on n'a pas fini d'en parler. À commencer par Microsoft...


Partager sur Facebook

, , , , , ,

mercredi 24 septembre 2008

France : premier rang mondial en nombre de blogs par internaute


Sous-titre : de l'impossibilité de quantifier / classer la blogosphère mondiale, et comment faire dire aux chiffres tout et son contraire ?

Citation extrapolée du rapport de Mme Giazzi (CV) :
La France compte 9 millions de blogs dont 2,5 millions de blogs actifs. Elle se classe ainsi au 4e rang mondial, après les États-Unis, la Chine et le Japon, et au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute.
Donc apparemment, le français progresse depuis 2 ans, puisqu'il était en 5e place à l'époque avec à peine 2% de l'ensemble des billets postés.

Mais comme je le précise en commentant mon billet, j'aurais bien aimé « savoir d'où viennent ces chiffres, et à quand ils remontent », vu que les seules données fournies sur Facebook sont complètement dépassées à la date même de publication du rapport (septembre 2008), qui ne fait d'ailleurs aucune référence à la moindre source, probablement dans un souci de transparence totale...

Ceci dit, vu que les états généraux de la presse vont se baser en partie sur ce rapport, je serais bien mal venu de chipoter. Prenons-les donc tels quels et voyons ce qu'il en sort.

- 9 millions de blogs, soit moins de la moitié du nombre de blogs Skyrock, qui dépassent déjà le cap de 18 millions au moment où j'écris :


Ce qui tendrait à confirmer l'impression de Pierre Bellanger qu'ils sont « véritablement considérés comme des sous-merdes »...

Pourtant, en avril dernier, il y a un peu moins de 6 mois, les Skyrock/blogs c'était 100% de croissance :
plus de 21 millions de membres créant 50 000 blogs/profils et publiant +1,5 million d'articles journellement.
D'ailleurs on est passé depuis de +15 à +18 millions de blogs (dont 90% sont d'expression francophone), disons environ +3,3 millions nouveaux blogs créés en 6 mois...

Observons par ailleurs que le réseau publie à lui tout seul 60% de billets en plus que l'ensemble des blogs tracés par Technorati (respectivement +1,5 million d'articles publiés quotidiennement contre "à peine" 900 000 billets/jour). Et pourtant, exit Skyrock !

Il est donc à supposer que ces 9 millions de blogs se répartissent entre les différentes plateformes de blogging : Blogger, Wordpress, Typepad, Vox, Dotclear, Over-blog, Hautetfort, Viabloga et les autres...

Or si l'on pense que Wikio puise actuellement ses sources auprès de 67 525 médias et blogs, posons arbitrairement 60 000 blogs (j'ignore totalement la répartition exacte médias/blogs), cela voudrait dire que Wikio.fr ne couvre pas même 1% de la blogosphère française (ou francophone, puisque j'ignore si le rapport Giazzi prend également en compte cette nuance dans son calcul) !

- 2,5 millions de blogs actifs, c'est la deuxième indication du rapport. En France uniquement, je le rappelle. Disons pratiquement 3 sur 10, soit une proportion de 27,77% de blogs qui sont actifs.

Vs. 1,1% de blogs actifs au cours des 7 derniers jours, sur les 133 millions de blogs tracés par Technorati !

Décidément le compte n'y est pas. C'est d'ailleurs pour ça que selon les points de vue, les chiffres montrent un ralentissement pour Fred Cavazza, et une croissance formidable de 400% pour moi...

Bien sûr, tout dépend de la définition que l'on retient pour qualifier un blog d'actif, selon qu'on compte les choux, les carottes ou les navets (à propos, Vincent, vu que le III est déjà écrit, dépêche-toi d'écrire le II, des millions de blogueurs trépignent d'impatience...), etc.

Les classements de blogs sont bien sûr un sujet très chaud, mais si nous sommes dans l'incapacité de déterminer l'aspect quantitatif de façon fiable, je vous dis pas l'aspect qualitatif...

Enfin, consolons-nous, puisque la France se classe au PREMIER RANG MONDIAL en nombre de blogs par internaute, c'est le rapport Giazzi qui l'affirme, nous n'avons donc aucune raison de douter de la véracité des faits.

Ce n'est d'ailleurs pas le moindre de ses mérites, puisque ce rapport a un autre « intérêt majeur : nous donner un aperçu de ce que l'on pensait d'internet au XIXeme siècle. »

Jean-Baptiste dixit.

Cocorico :-)


Partager sur Facebook

P.S. Je ne le répéterai jamais assez : il est vraiment curieux de constater que dans ses propositions le rapport Giazzi accorde aux blogs une place inversement proportionnelle à l'importance que leur donnent les chiffres fournis. Mais il est vrai que nous n'en sommes plus à une incohérence près...

, , , , , , , , , , , ,

Pourquoi je blogue ?

Pourquoi je blogue ?

cf. The How of Blogging (Technorati)

Rassurez-vous, je vais pas vous refaire le coup, c'est juste pour introduire le dernier volet, à ce jour, de l'analyse Technorati de la blogosphère en 2008.

Après l'introduction et qui sont les blogueurs, voici le troisième volet intitulé The What And Why Of Blogging.

L'enquête a été menée auprès d'un peu plus de 1 000 blogueurs, qui abordent par ordre d'importance les thèmes suivants :


Style de vie / Technologie / Autres / Actu / Politique / Informatique / Musique / Ciné / Voyages / Business / Famille / Télé / Sciences / Religion - spiritualité / Santé / Sports / Jeux / People, chaque blogueur traitant 5 thèmes en moyenne.

Mais la chose qui m'intéresse surtout, ce sont les réponses du panel à la question "pourquoi je blogue" :


1. pour donner mon avis sur les choses qui m'intéressent
2. pour partager mon expertise/expérience
3. pour rencontrer/établir des contacts avec d'autres personnes ouvertes
4. pour tenir informés ma famille et mes amis
5. pour être publié ou cité dans les médias traditionnels
6. pour gagner de l'argent ou un complément de revenus
7. pour renforcer mon CV
8. pour trouver de nouveaux clients

Je voulais en effet comparer cela avec mon enquête personnelle, suite à la chaîne que j'avais lancée il y a un an et aux résultats extrapolés des réponses de 70 blogueurs/blogueuses. Sur les 70 billets analysés, les principales raisons invoquées étaient les suivantes :
  • 57%, le partage au sens large (35 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 38,6%, les rencontres occasionnées, virtuelles ou réelles (17 fois le verbe, 10 fois le substantif)
  • 30%, l'écriture (16 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 27,1%, l'échange (15 fois le verbe, 4 fois le substantif)
  • 22,9%, le plaisir de bloguer (16 fois le substantif)
Maintenant, si l'on donne une valeur arbitraire de 100% à ces cinq raisons, la répartition est la suivante :
  1. partage, 32,5%
  2. rencontres, 22%
  3. écriture, 17%
  4. échange, 15,5%
  5. plaisir, 13%
Il apparaît de suite que, globalement, le partage et l'échange (des quasi-synonymes dans ce contexte) représentent 48%, soit près d'1 blogueur sur 2, ce qui est énorme ! Observons en outre que l'écriture, qui occupe une place prépondérante dans les motivations de qui tient un blog, n'en est pas moins importante pour les lecteurs.

Par conséquent, les premières conclusions que j'en tire est que le blogging est une activité ouverte sur le monde et non repliée sur soi-même, où la sincérité, la gratuité et l'altruisme l'emportent largement sur le nombrilisme supposé des blogueurs, ce qui bat en brèche un certain nombre d'idées préconçues sur la question.
Or la réponse de Technorati à la question "pourquoi je blogue" est celle-ci : Self expression and sharing expertise are the top reasons for blogging...

Un constat également partagé par une autre étude de Via Nova Spheeris :


On s'y retrouve !


Partager sur Facebook

P.S. Une autre chaîne similaire tourne actuellement : Why blog ?
Si ça vous dit de la remonter/reprendre...

Quant à l'analyse Technorati, suivez le lien, car trois autres billets restent à publier dans les trois jours qui viennent.

, , , , , , , , , , , ,

lundi 22 septembre 2008

State of the Blogosphere 2008

État de la blogosphère 2008

Suite : Pourquoi je blogue ?
France : premier rang mondial en nombre de blogs par internaute
cf. The How of Blogging (Technorati)


* * *

Plus d'un an après les dernières statistiques de Technorati, voici les nouvelles sur l'état de la blogosphère en 2008 :


+37 millions de blogs tracés en mai 2006
+70 millions de blogs tracés en mars 2007
+133 millions de blogs tracés en septembre 2008

Soit une croissance de près de 400% en 28 mois !

De plus, cette nouvelle mouture propose une répartition plus fine des blogueurs, par genre, par situation personnelle ou professionnelle, par blogs avec ou sans pub, etc., et par zone géographique :



Les stats sont détaillées sur plusieurs pages, et l'intégralité de l'analyse commence ici. On y apprend même ce qu'est le blogging, ce qu'est un blog et qui sont les blogueurs. Vaste programme !

Car comme le dit si joliment l'ami Xavier : ouvrir un blog c’est facile. C’est ensuite que cela se complique…

Cela étant, ce tableau est très intéressant :


Où l'on voit que près de 60% des blogueurs bloguent depuis plus de deux ans, avec une durée moyenne de trois ans dans la tenue de leur blog.

Or si l'on pose une valeur totalement arbitraire de 100 millions de blogueurs (sur 133 millions de blogs, puisque certains en tiennent plusieurs), cela donnerait quand même une soixantaine de millions de blogueurs actifs depuis ce temps dans les nombreuses blogosphères, tant linguistiques que sectorielles.

Donc, décidément, le blogging n'est pas - n'est plus, n'a jamais été (rayer la mention inutile) - un phénomène de mode, mais une réalité dont il faudra bien tenir compte, chère Mme Giazzi !



Partager sur Facebook

, , , , , , , , , ,

Rapport Giazzi : revue de presse

Rapport Giazzi : revue de presse

Billets connexes sur Adscriptor :
* * *

Suite à la lecture de l'excellente analyse de Narvic, je dois dire que je comprends mieux les tenants et les aboutissants du rapport Giazzi, qui
« dessine un avenir de l’information à deux vitesses, cohérent et sans états d'âme : d’une part un paysage dominé par de grands groupes multimédias (associant presse écrite, radio, télévision et internet) fusionnant les industries de l’information et du divertissement, d’autre part la liberté laissée à un journalisme professionnel indépendant et pluraliste de tenter de se développer à la marge sur internet. »
Emmanuel enfonce le clou :
Réflexe naturel bien français, parfois efficace, toujours spectaculaire, et qui permet de s’économiser une vraie réflexion sur le développement des initiatives individuelles et d’un ecosystème favorable au développement d’un tissu industriel. D’ailleurs je ne vois pas grand monde représentant les medias internet dans la liste des personnes consultées.
Ce rapport est aussi fortement critiqué par les syndicats, qui y voient une double tentative de mainmise sur l'information par « le monde du pognon », et de colonisation des médias par des lobbies industriels « amis de Sarkozy », partisan déclaré du cumul des médias.

Un point également soulevé par Narvic :
L’intérêt de ce texte, clairement inspiré par la défense des intérêts des propriétaires des grands groupes de médias français (Bouygues, Lagardère, Bolloré...), est de présenter une vision cohérente d’un avenir des médias qui serait totalement dominé par ces groupes, dans une logique purement commerciale de l’information. On s’y intéresse en détail, car il est loin d’être acquis que ce n’est pas effectivement ce qui nous attend...
Et Narvic de nous décrire lucidement la transition de l’information... au « canon à dépêches » :
Un écosystème de l’information nouveau, mais cohérent, apparaît au fil de la lecture de ce rapport : des groupes multimédias d’infotainement occupant tout l’espace, distribuant un même produit sur des supports différents avec des formats adaptés, et des journalistes, en nombre réduit, produisant moins de l’information qu’ils ne jouent au cœur du système un rôle d’ingéniérie éditoriale, mettant les contenus « au format » selon le support, sur des critères d’optimisation du référencement et de maximisation de l’audience en fonction des cibles marketing définies par le service publicité... C’est encore un emploi, mais ce n’est plus du journalisme...
Ça me rappelle le canon à spam... Sauf que là on remplace le "spam" par les dépêches de l'AFP, « plate-forme de ressources pour l’ensemble des médias », « émetteur “source” de l’information ». Certes, un seul émetteur source et producteur de ressources pour l’ensemble, c'est plus facile à contrôler ; quant à la qualité de l'info qui en résultera, je la laisse à votre appréciation...

J'ai comme la vague impression que les futurs états généraux de la presse vont faire couler des flots d'encre, des flux de billets et des fleuves de commentaires !

En attendant, pour conclure, le titre qui résume le mieux ce que je pense de cette histoire est celui trouvé par Jean-Louis Legalery pour Mediapart :
Le rapport de Danièle Giazzi sur les medias et le numérique : la voix de son maître...
Il n'en reste pas moins que la mise en chantier d'une révolution des médias à l'ère du numérique est un trop grand projet pour le petit Nicolas (ou un projet trop grand pour Nicolas le petit, au choix), ce qui ne veut pas dire qu'il n'arrivera pas à ses fins...

Mais il faudrait alors parler non plus de révolution, ni même d'évolution, mais tout juste de régression. Sans apporter la moindre solution pérenne, mais destinée à marginaliser durablement la production d'information de qualité en France.

Autrement dit le contraire exact de l'objectif annoncé :
Car le but, c’est aussi que la France puisse faire entendre, via des médias de qualité, sa voix et sa culture dans le monde entier.
Pour autant, ce n'est pas leur sa bataille, et ce ne sera pas la première fois qu'il nous fera avaler la pilule en déclarant d'un ton convaincu que noir c'est blanc et vice-versa, avec son plus beau sourire (où l'on voit bien ses belles dents noires blanches qui rayent le plancher). Tout et son contraire, vous dis-je.

Mais que vaut ma parole de blogueur contre celle d'un président de la république ?


Partager sur Facebook

P.S. Je signale au passage qu'aujourd'hui même, à 12h06’, j'ai laissé sur le blog de Mme Giazzi le commentaire suivant :
Bonjour Madame,

Comme l'indique le contenu de mon billet, je n'ai pas bien compris la place que réserverait la vision qui est la vôtre aux blogs/blogueurs, qui sont pourtant une composante essentielle de la production de l'information sur le Web aujourd'hui. Si vous aviez des précisions à fournir sur le sujet, je vous en saurais infiniment gré.

Jean-Marie Le Ray
Commentaire toujours modéré à l'heure qu'il est. Donc pour toute réponse éventuelle, je crois qu'il faudra s'armer de patience...

, , , , , , , , , , , ,

samedi 20 septembre 2008

Et les blogs-blogueurs, dans tout ça ?


Billet précédent : Les 34 recommandations du rapport Giazzi
Billet suivant : Rapport Giazzi : revue de presse

* * *

C'est la question qui m'est venue après un premier survol du rapport Giazzi, qui avait pour « mission d’analyser le défi de la migration vers le numérique des entreprises de média et de formuler des propositions de mesures d’accompagnement pour faciliter cette mutation ».

Je ne prétends pas entrer dans le détail des 34 recommandations du rapport (voyez plutôt l'excellent billet de Narvic), mais en tant que blogueur je me suis demandé quelle était la perception des blogs qui en ressortait.

Sur 60 pages, le concept "blog" et ses déclinaisons est cité 8 fois en tout et pour tout - une fois "blogueurs" et 7 fois "blogs" -, dans les 5 passages ci-après.

1. Dans l'Introduction, au chapitre Des médias en hypermutation, section Internet est (aussi) un média :
comment contrôler 9 millions de blogueurs qui agrègent des flux RSS dont ils ne sont pas les auteurs ?
2. Toujours dans l'Introduction, au chapitre Des médias en hypermutation, section Changements sociétaux :
La France compte 9 millions de blogs dont 2,5 millions de blogs actifs. Elle se classe ainsi au 4e rang mondial, après les États-Unis, la Chine et le Japon, et au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute.
Les autres citations qui nous intéressent sont extraites de trois recommandations :

3. Recommandation n°7 (Principe/Objectif II - Favoriser l’information de qualité) : Professionnaliser les sites d’information en favorisant le recrutement de journalistes

Les formes de l’information, les supports et les modalités d’accès à l’information changent très rapidement. Plus de 9 millions de blogs en France dont certains sont tentés par la professionnalisation, des journaux gratuits, des journaux en ligne, des sites d’agrégation d’information, le social bookmarking, les sites de partage de vidéos, les sites fondés sur des forums et des échanges entre internautes… toutes ces nouveautés modifient en profondeur le paysage de l’information.

4. Recommandation n°15 (Principe/Objectif III - Faciliter l’accès aux contenus par tous les canaux de diffusion) : Stimuler la recherche et l’innovation sur la diffusion numérique

..., il y aurait dans le monde 340 millions de lecteurs réguliers de blogs... (citation empruntée au rapport Attali)

La révolution qui s’annonce est d’autant plus importante qu’elle permettra probablement de dépasser les résistances qui freinent aujourd’hui la diffusion numérique. Car si les formats actuels, web ou blogs, sont fondés sur la gratuité et souvent le non respect de la propriété intellectuelle, le développement des nouvelles offres permettant une économie saine - terminaux dédiés, téléchargement sur abonnement, etc. - permettra de restaurer la dimension économique.


5. Recommandation n°18 (Principe/Objectif IV - Mieux anticiper l’avenir des médias) : Inciter les groupes de presse à former leurs journalistes aux technologies numériques

Or, les médias numériques ont de véritables spécificités, dans leur écriture, dans leur manière de conjuguer plusieurs médias, mais aussi dans les stratégies d’établissement des liens entre médias, les relations avec les nombreux sites et blogs thématiques, la vérification des sources, les règles de référencement, les choix de titres, l’indexation des articles, les règles de publication sous forme de flux RSS, d’agrégation de flux, etc.

COMMENTAIRE

Si l'on met de côté l'aspect purement statistique
9 millions de blogs, dont 2,5 millions d'actifs, la France se classant au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute (!), et qu'il y aurait dans le monde 340 millions de lecteurs réguliers...

N.B. j'aimerais d'ailleurs savoir d'où viennent ces chiffres, et à quand ils remontent, vu que les données fournies sur Facebook dans ce même rapport sont déjà complètement fausses dépassées : nous en sommes à +100 millions d'utilisateurs dont près de 3 millions de français, alors que le rapport, pourtant publié ce mois-ci, cite respectivement 80 et 2 millions, ce qui fait quand même une grosse différence...
que nous dit le rapport sur les blogs-blogueurs ?

RIEN !
En tout cas rien d'important. Ou plutôt si. Deux choses :
  1. comment contrôler 9 millions de blogueurs qui agrègent des flux RSS dont ils ne sont pas les auteurs ?
  2. (les blogs) sont fondés sur la gratuité et souvent le non respect de la propriété intellectuelle (allez dire ça à nos grands maîtres...)
On voit donc clairement l'orientation qui ressort d'un rapport pourtant censé « analyser le défi de la migration vers le numérique » et « formuler des propositions de mesures d’accompagnement pour faciliter cette mutation »...

Un peu léger quand même, pour résumer la nature et le "poids" de 9 millions de blogs... Et en tout cas certainement pas à la mesure d'un phénomène pourtant présenté comme important, ne serait-ce qu'au plan des chiffres cités !

Qui pourrait donc expliquer à ces gens-là qu'en continuant à opposer des blogs/blogueurs soi-disant rebelles et à la limite hors-la-loi aux journaux/journalistes sur lesquels le pouvoir compte pour continuer d'exercer sa mainmise afin de propager "sa" bonne parole avec des "mots" qu'il contrôle, ils ne font que fausser le débat de fond pour le présenter au grand public à "leur" manière, en voulant en façonner l'opinion. Tout au moins c'est le but. Démagogique, voire populiste, mais en aucun cas démocratique.

Car non, il n'y a pas de guerre de l'info, mais plutôt complémentarité, et pour peu que les journalistes fassent bien leur travail, de la diversité devraient naître des éclairages multiples, chacun/e ajoutant sa voix à l'analyse collective.

Et si l'on étend cette dichotomie blogs/blogueurs - journaux/journalistes à un antagonisme médias numériques/nouveaux médias vs. médias de masse/médias traditionnels, dont, pour simplifier, on pourrait dire que leur différence essentielle est que les premiers sont hors contrôle alors que les derniers sont sous contrôle, alors on voit bien que ce n'est plus d'états généraux de la presse dont nous aurions besoin, mais d'états généraux de la démocratie.

Et si en tant que blogueur, JE PRODUIS de l'information, mon information, largement recoupée par tous les hyperliens qui parsèment mes billets, certes je comprends que ce n'est plus forcément celle que vous souhaiteriez entendre, ô vous pour qui le sens et la valeur des mots n'ont plus ni sens ni valeur, si ce n'est ceux de l'opportunité, de l'instant (aujourd'hui blanc c'est noir, demain ce sera le contraire) et des retournements de veste à répétition, alors je m'explique aisément pourquoi vous voudriez convaincre et faire croire, officiellement, que mon discours est irrespectueux du droit d'auteur, irresponsable et autres conneries du même acabit.

Ceci dit, ces manœuvres de basse-cour ne sont pas à votre honneur, dont on se demande d'ailleurs s'il vous en reste. Je parie que non. Mais bon, je ne suis qu'un blogueur.

Or que vaut la parole d'un blogueur contre la vôtre ?


Partager sur Facebook

P.S. Citation de Narvic :
Mais le rapport est muet sur la question de l’adéquation des contenus proposés par la presse écrite à la demande de son lectorat.

Ce point montre une limite de fond de la portée de la réflexion engagée sur l’avenir de la presse écrite par les éditeurs de presse : on ne réfléchit qu’en terme de coûts de production et d’organisation de la diffusion, sans se soucier de la nature de ce que l’on produit et diffuse. Il y a une révolution culturelle qui reste toujours à opérer dans la mentalité des éditeurs !
, , , , , , , , , , , ,