samedi 26 novembre 2011

134 milliards de dollars - Affaire relancée

[MàJ - 17 février 2012] 6000 milliards de dollars...

Ce billet n'est pas qu'une mise au point, il est également censé marquer une ligne de partage entre ce qui s'est passé jusqu'à présent, que je considérais une affaire sciemment enlisée, comme le lectorat d'Adscriptor a pu le voir dans la colonne de droite de mon blog ces derniers mois, où tous mes billets publiés sous le tag "134 milliards" étaient regroupés sous le titre 134 milliards $ (affaire étouffée...), et ce qui se passera dorénavant, après qu'un procès ait été intenté au tribunal de New York comme je l'ai annoncé en avant-première, billet dans lequel je précisais en P.S. quelle était mon opinion sur cette histoire :
Il y a énormément de choses que je ne comprends pas dans l'acte d'assignation, d'autres choses que je trouve d'une étrangeté folle et sur lesquelles je suis même incapable d'arrêter un avis précis : pour tout dire, elles me dépassent.

Par contre, dans tous les billets que j'ai consacrés à cette histoire, je me suis contenté d'observer les faits, en essayant de les décortiquer pour, justement, que chacun/e soit en mesure de se faire sa propre opinion.

Car trop de choses ne cadrent pas, et ce ne sont certes pas les informations "officielles" qui ont aidé à débrouiller l'écheveau, au contraire...

Donc le fait que quelqu'un intente un procès de cette ampleur, en citant à comparaître des parties défenderesses à un tel niveau, ne peut signifier que 2 choses :

1. soit il est complètement fou et farfelu,
2. soit il est en possession de preuves, de documents, de justificatifs, etc., en somme de moyens de droit tels qu'il faudra au moins que la justice les examine et les évalue avant d'en tirer des conclusions dans un sens ou dans l'autre...

Or personnellement, je ne pense pas du tout qu'il soit complètement fou ou farfelu. Par conséquent, avant de prétendre qu'une telle action serait sans fondement, il s'agit d'aller au fond des choses, devant un tribunal, où chacune des parties impliquées pourra faire valoir ses droits.

Ainsi, dans les semaines et les mois à venir, si cette action va jusqu'à son terme, mon seul but sera d'essayer de rendre compte des arguments des uns et des autres.

Mais dire a priori que tout cela n'est que complot, conspiration ou que sais-je d'autre, c'est vraiment un pas que je n'oserais franchir. Et du reste, même si au final c'est bien de cela dont il s'agirait, encore faudrait-il comprendre qui est-ce qui tire les fils...
Je voudrais donc tenter de vous récapituler les FAITS, et uniquement les faits, avant d'expliquer pourquoi et sur quelles bases j'ai décidé de donner foi à l'acte d'assignation que m'a fait parvenir Neil Keenan.

LES FAITS

1. Le 4 juin 2009, à Chiasso, à la frontière Italie-Suisse, deux japonais sont interpellés avec 134,5 milliards de dollars d'obligations dans le double-fond d'une valise.

2. L'info, confirmée par un communiqué officiel des douanes italiennes, est étonnamment peu reprise dans la presse et les médias italiens ; je ne la découvre et la publie que quatre jours plus tard (8 juin 2009).

3. C'est un scoop que je suis le premier à sortir en France et le début d'une longue enquête de nature "journalistique" (je crois que j'ai lu, vu et entendu tout ce qui pouvait se dire, voir ou entendre autant en Italie qu'aux États-Unis et sur le Web, à propos de cette histoire).

4. Le 13 juin, Rue89 publie un article intitulé "trop gros pour être vrai", auquel je réplique le lendemain par un "trop gros pour être faux", tant le nombre de contradictions qui commencent à apparaître autour de la saisie et des événements qui s'ensuivent n'arrête de prendre de l'ampleur...

5. Le communiqué officiel, n° de protocole 78836 /RU, détaille la saisie : 249 “bonds de la Federal Reserve” d'une valeur nominale de 500 millions USD l'un, plus 10 “bonds Kennedy” d'une valeur nominale de 1 milliard USD l'un (249 x 500 + 10 = 134,5 milliards), outre une importante documentation bancaire ORIGINALE, selon l'évaluation des douaniers !


5. Voici ce que dit le Colonel Mecarelli, interviewé :
Pour l'heure, je peux seulement dire que nous avons de gros doutes sur les 10 bons "Kennedy", d'une valeur nominale de 1 milliard $ l'un, tandis que les bons de 500 millions sont imprimés sur du papier filigrané d'excellente facture, ils semblent plus crédibles.
(...)
Naturellement, nous collaborons avec des experts des services secrets américains, et nous devrions bientôt disposer d'expertises officielles pour éclaircir la question.
(...)
Les japonais, en transit de l'Italie vers la Suisse, ont été interrogés et ont déclaré ce qu'ils avaient à déclarer. Ils sont à présent en liberté, je ne peux en dire plus pour le moment.


* * *

Per quanto riguarda i 10 bond denominati "Kennedy", dal valore nominale di 1 miliardo di dollari, posso dirle soltanto che abbiamo forti perplessità. Mentre per i 240 titoli da 500 milioni, la carta è filigranata e di ottima fattura. Sembrano più credibili.
(...)
Ovviamente collaborano con noi esperti americani del Secret Service. Al termine avremo perizie ufficiali per dirimere la questione.
(...)
I giapponesi, che viaggiavano dall'Italia alla Svizzera, sono stati interrogati ed hanno rilasciato le loro dichiarazioni. Al momento si trovano a piede libero. E naturalmente non posso dirle di più.
6. Ici nous avons une première, grosse, incohérence : les deux japonais ont été relaxés quasi-immédiatement, alors même que les autorités japonaises déclaraient ne pas encore être sûres de leur citoyenneté, et que les autorités italiennes déclaraient ne pas encore savoir si ces bons étaient vrais ou faux.

Car lorsqu'ils ont été contrôlés, selon le communiqué officiel ils "ont affirmé aux douaniers n'avoir rien à déclarer à leur descente du train en provenance d'Italie" (scesi da un treno proveniente dall’Italia, al momento del controllo doganale affermavano di non avere nulla da dichiarare).

Donc de deux choses l'une : si les titres étaient faux, ils auraient dû aller en prison, alors qu'en cas d'obligations vraies mais non déclarées, les porteurs risquaient aussi la prison (ce qui est déjà le cas pour des quantités sans aucune proportion avec celles dont nous parlons ici)...

De plus, ce même communiqué précise que si les titres étaient authentiques, le fisc italien aurait pu infliger une sanction de 40% sur l'excédent de la franchise autorisée (de 10 000 euros), soit 38 milliards d'euros d'amende !

Or comment l'Italie aurait-elle pu faire valoir ses droits en les relâchant immédiatement ? Et dans ces conditions, la garde à vue ne s'imposait-elle pas, tout au moins jusqu'à avoir obtenu une réponse fiable à toutes les inconnues susmentionnées : étrange, non, une relaxe aussi précipitée ?

7. La presse et les médias officiels, de qui on serait en droit d'attendre des éclaircissements, se contente de répéter, sans chercher à approfondir le moins du monde, que non seulement nous serions en présence d'une contrefaçon, mais qui plus est d'une contrefaçon de FAUX (du jamais vu ;-), facilement identifiable dès le premier jour !

Là où les douaniers italiens déclaraient depuis le début qu'une bonne partie de la documentation bancaire était ORIGINALE et qu'il faudra deux semaines (!) à la SEC pour expertiser les titres...

Car ce n'est pas tout : le 18 juin, Bloomberg cite Stephen Meyerhardt, un porte-parole du Trésor américain, déclarant que de toute évidence les titres sont faux : “They’re clearly fakes” !

En ajoutant par ailleurs :
Tout ce que nous avons vu, ce sont des photos qui tournent sur Internet, mais cela nous suffit pour affirmer que ces bons du Trésor sont des contrefaçons...

"All we've seen is a photograph that's been moved on the Internet. But just with that we can tell that those are not real Treasury securities."
Questions :
  • peut-on assimiler une telle déclaration à l'expertise officielle que les douaniers italiens affirment avoir sollicité plus de deux semaines auparavant ?
  • fallait-il attendre 15 jours (du 3 au 18 juin) pour fournir les résultats d'une telle "expertise" sur la base de telles "preuves documentaires" ?
  • n'y a-t-il pas une contradiction majeure entre ce constat de faux tellement grossiers que de simples photos suffisent à les identifier à distance, et les premières déclarations de la douane italienne qui font état d'une importante documentation bancaire ORIGINALE et de bons imprimés sur du papier filigrané d'excellente facture, au point de sembler crédibles ?
  • et si, comme le laisse entendre le communiqué officiel italien, une importante documentation bancaire ORIGINALE accompagnait les titres, et que les titres sont faux, de quelle importante documentation bancaire ORIGINALE s'agit-il ?
  • et s'il est avéré "officiellement" que les titres sont faux, pourquoi les deux personnages interpellés à Chiasso et presque immédiatement relaxés parce que leur avocat se serait porté garant pour eux ne sont-ils pas arrêtés ? A-t-on perdu leurs traces ? Est-on sûrs de leur identité ?
Et encore, en Italie, deux journaux aussi sérieux que Italia Oggi et Milano Finanza, commentent ainsi :
Les autorités italiennes considèrent suspecte la précipitation avec laquelle Washington a jugé que les bons étaient faux, vu l'enjeu d'une amende de 38 milliards d'euros. Reste encore à clarifier l'identité des deux suspects japonais et la nature de leurs relations avec la Banque centrale de Tokyo (...), une histoire qui risque maintenant de se transformer en affaire diplomatique.
En titrant : « Maintenant, que le Japon nous paie 38 milliards $ », et en confirmant :
Selon des sources confidentielles, l'un des deux, Tuneo Yamauchi, serait le beau-frère de Toshiro Muto, ancien vice-gouverneur de la Banque du Japon. Un détail loin d'être négligeable dans l'actuel bras de fer entre les autorités italiennes, japonaises, et la Fed. Car si la Guardia di Finanza avait estimé dès le départ que les titres étaient contrefaits, les deux hommes auraient dû être arrêtés et non pas remis en liberté sans commentaires.

8. Le 30 juin, AsiaNews, dont la crédibilité est difficile à mettre en doute, publie un billet intitulé « Tout porte à croire que les titres américains saisis à Chiasso sont authentiques ! »

Que dit ce nouvel article ?

I. D'abord il revient sur les déclarations du porte-parole du Trésor américain, Meyerhardt, et du porte-parole de la CIA, Darrin Blackford, qui ont affirmé que les titres étaient faux, tout en s'interrogeant sur la façon dont la CIA est parvenue à cette conclusion (via Internet ?), puisque selon les sources officielles italiennes, la commission d'experts américains attendue en Italie doit encore arriver...

Il précise également que les titres étaient accompagnés d'une documentation bancaire récente et ORIGINALE, et se demande par conséquent comment les autorités américaines peuvent établir que cette documentation aussi est fausse, dès lors qu'elle ne provient ni de la Fed ni du Trésor des États-Unis ?

II. Il insiste ensuite sur l'incarcération d'Hal Turner, qui fut le premier à indiquer - dès le 20 juin - que les titres étaient en possession de deux employés du Ministère japonais des Finances, et que d'après les numéros de série, les 134,5 milliards $ faisaient partie des 686 milliards $ de la dette U.S. officiellement détenue par le Japon. Il annonçait par ailleurs que dans les jours suivants il aurait été en mesure de communiquer les numéros de série pour prouver leur authenticité (TRN has been told to expect to receive serial numbers from the bonds as proof they are real. In addition, our source claims he can obtain scanned images of some of those bonds as well. If we are given such information or images, we will report them publicly.)

Or le 24 juin Hal Turner, personnage fortement controversé, a été incarcéré, apparemment pour des menaces qu'il aurait précédemment proférées contre des juges...

AsiaNews, sans se prononcer sur la crédibilité des infos relatées par Turner, remarque cependant qu'il fut en son temps à l'origine de révélations sur l'amero...

(BLANC)

AsiaNews observe donc que la coïncidence temporelle et les détails de l'incarcération font naître quelques soupçons sur les motifs réels des américains.

Il est également curieux de constater que la révélation de Turner - qu'il a été le SEUL à faire - sur les connexions entre les deux japonais et le Ministère japonais des Finances a été corroborée à quelques jours de distance À PARTIR D'AUTRES SOURCES, d'abord par AsiaNews puis par deux journaux économiques aussi sérieux qu'Italia Oggi et Milano Finanza...

III. AsiaNews termine enfin en revenant sur les fameux titres Kennedy d'1 milliard $ l'un, pour lesquels il précise qu'il ne s'agit pas de Bonds mais de Treasury Notes, et que selon des sources confidentielles généralement bien informées, ce type de billets de trésorerie a bien été émis en 1998, même si cela ne veut pas dire que les billets saisis soient authentiques.


Tout en observant que le fait qu'ils ne soient pas du domaine public tend à exclure qu'ils puissent avoir été contrefaits, puisque cela n'aurait aucun sens pour un faussaire de reproduire des billets qui ne sont pas en circulation et dont personne n'est au courant.

CQFD!

9. Ces fameux titres Kennedy d'1 milliard $ l'un ne sont donc pas des Bonds, mais des Treasury Notes, autrement dit de "simples" billets de banque émis par le Trésor américain, en vertu de l'ordre exécutif n° 11110, voulu en 1963 par John F. Kennedy, qui utilisa la Constitution américaine pour affirmer :

« Le Congrès aura le pouvoir de battre la monnaie et d'en réguler la valeur. »
Kennedy mit fin au pouvoir de la Federal Reserve d'imprimer la monnaie et de la prêter au gouvernement avec intérêt en signant l'Executive Order 11.110 le 4 juin 1963. La directive appelait à la production de 4.3 trillions de dollars en billets des États-Unis par le Trésor US et non par la Federal Reserve. Il signa aussi une loi rendant les billets de un et deux dollars convertibles en or ce qui renforça la monnaie nouvellement émise par le gouvernement. James J Saxon, le contrôleur des finances de Kennedy, encouragea plus d'investissements et de pouvoirs de prêts pour les banques qui ne faisaient pas partie du système de la Federal Reserve. Il encouragea aussi ces mêmes banques à traiter directement avec les institutions financières locales et étatiques. En écartant les banques de la Federal Reserve des investissements de capitaux, Kennedy les aurait brisées et détruites.
Une mesure qui n'aurait pas été abolie par la suite (à vérifier puisque, officiellement, les United States Notes n'auraient plus été produits après le 21 janvier 1971...). Donc, selon Luigi Grimaldi, le journaliste de Liberazione qui a publié son article hier, en 1998, date d'émission de ces « billets des États-Unis » à l'effigie de Kennedy par le Trésor US et non par la Federal Reserve (qui ne ment donc pas en affirmant qu'elle n'a jamais émis de billets de cette valeur...), « 99% des billets en circulation étaient des billets de la Federal Reserve, et 1% des billets des États-Unis »...

Ces derniers se distinguent des précédents en portant la mention « billet des États-Unis » (United States Note) et en ayant des numéros de série ROUGES (vs. VERTS pour les autres, Federal Reserve Notes) :


Or on voit parfaitement plus haut que les numéros de série des billets "Kennedy" sont rouges...

Quant aux relations de parenté déjà évoquées entre Yamaguchi et Toshiro Muto, ancien vice-gouverneur de la Banque du Japon, dont il serait le beau-frère, Luigi Grimaldi apporte dans son article un autre élément crucial :
En 1998, à l'époque de la grande crise du yen, l'économie japonaise était au bord de la faillite et risquait un effondrement des marchés financiers semblable à ce que nous connaissons aujourd'hui. Un désastre qui fut évité par le gouvernement américain en soutenant le yen qui dévissait en chute libre, derrière l'intervention personnelle de M. Robert Rubin, le ministre du Trésor de l'époque. Or l'envoyé spécial de Washington fut M. Larry Summers, alors adjoint du ministre et actuel conseiller économique de Barack Obama, qui partit précipitamment à Tokyo le 18 juin 1998 pour rencontrer le ministre des Finances japonais, Hikaru Matsunaga et son adjoint, Eisuke Sakakibara, l'homme connu sur les marchés comme «M. Yen».

Or, toujours en 1998, Toshiro Muto était le Directeur du Secrétariat du Ministère des Finances de Messieurs Hikaru Matsunaga et Eisuke Sakakibara, protagonistes avec les américains du "sauvetage du yen".

M. Sakakibara qui aurait soutenu récemment encore la candidature de M. Muto au poste de gouverneur de la Banque centrale du Japon.
Et le journaliste de conclure :
Tout porte à croire que les titres saisis à Chiasso sont authentiques et qu'ils doivent aujourd'hui donner davantage de maux de tête à l'entourage de l'administration financière d'Obama plutôt qu'aux japonais.
10. Le 6 juillet, le quotidien "Il Giornale", dont l'éditeur n'est autre que Paolo Berlusconi, publie un article fort intéressant où l'on apprend deux nouveautés (dans une affaire où les mystères sont largement plus nombreux que les certitudes) :
  1. parmi les documents saisis aux japonais, le nom d'un contact italien : Alessandro Santi, ex-président du Consortium International des Transports de Rome ;
  2. parmi les autres pièces saisies, certains documents permettraient de relier des titres à la Dragon Family !
Je rappelle la source, le journal est celui du frère de Silvio Berlusconi...

Une autre source indique qu'entre jeudi et samedi derniers, la Guardia di Finanza et les services secrets américains ont procédé à plusieurs perquisitions en Lombardie en saisissant mobiles, ordinateurs, documentation, etc., et précise par ailleurs que les passeports des deux japonais circulent déjà sur Internet...

C'est donc la deuxième fois de ma vie que j'entends nommer cette Dragon Family ! J'y reviendrai...

Mais comme souvent dans cette histoire, des infos que je trouve chez les américains (sources anonymes) sont confirmées par les italiens (sources nommées et identifiables). Tout n'est pas parfaitement recoupable, mais quelques éléments essentiels, oui.

11. Le temps passe, mais nul ne sait encore, publiquement du moins, si ces titres sont vrais ou faux. Au point que des membres du parti démocrate italien présentent, à un mois de distance, deux questions parlementaires au Ministre de l'économie d'alors, Giulio Tremonti : on attend encore les réponses...

Dans un même temps, personne ne parle plus de cette affaire : silence total sur les ondes, à la radio, la télé, les journaux, etc. Et même sur Internet, impossible d'obtenir des infos à jour...

En septembre, une autre saisie fait grand bruit mais n'a selon moi rien à voir avec celle qui nous occupe. J'ai même pensé que quelqu'un voulait amuser la galerie...

12. Le 21 septembre, surprise : apparition d'une piste russe ! Selon le journal qui en parle :
Les deux japonais auraient dû rencontrer des russes en Suisse, des diplomates, semble-t-il. Tout est à confirmer, bien sûr, mais le rôle d'intermédiaire d'Alessandro Santi résulterait dans des actes notariés, où des pourcentages sont associés à son nom, vraisemblablement le montant des commissions.

Or dans cette "piste russe", s'il s'agit vraiment de diplomates, et vu les liens de "proximité" présumés des japonais avec la banque Centrale du Japon, entre autres, cela pourrait orienter l'enquête vers une implication directe de Tokyo et de Moscou. D'autant plus que lors des perquisitions, les enquêteurs ont trouvé trace de nombreux contacts entre Alessandro Santi et plusieurs "gouvernements étrangers".

Quant à l'authenticité probable des billets d'1 milliard $, elle ne fait qu'ajouter un peu de piment à l'affaire !
Ce regain d'intérêt n'aura été que de courte durée, et cette histoire sombre dans l'oubli général. Mais pas pour moi, qui n'arrive pas à me faire une raison.

Il me faudra près d'un an de réflexion pour publier « L'opération Lys d'Or et le Traité de Versailles ! », le 2 octobre 2010, billet que j'ai entrepris d'écrire poussé par les conseils d'un lecteur qui me suggérait d'enquêter sur cette opération...

Or ce billet marque un tournant important, car suite à sa publication je serai contacté par plusieurs personnes, ce qui débouchera sur la rédaction de cet autre billet crucial, six mois plus tard, le 10 avril 2011, une première exclusivité : « Monsieur Yin & Monsieur Yang »...

13. Le 13 octobre 2010 Alessandro Santi est jugé devant le tribunal de Como et, contrairement à ce qu'il avait affirmé, il ne s'est ni présenté ni n'a fait les déclarations qu'il avait annoncé vouloir faire, en s'accordant sur une peine de 16 mois d'emprisonnement. Ce qui signifie chez lui, puisque la législation italienne prévoit la résidence surveillée pour les personnes âgées de plus de 70 ans.

Le 30 juin 2011, les deux japonais sont condamnés par contumace à trois ans et demi d'emprisonnement.

Rideau.

14. En octobre 2011, je suis contacté pour la première fois par Neil Keenan, qui m'avoue que de tout ce qu'il a lu sur le Web, c'est moi qui m'approche le plus de la "vérité" des faits. Et il me promet de combler les lacunes de mon histoire en me faisant parvenir l'acte d'assignation qu'il est en train de préparer, dès qu'il l'aura officiellement déposé au tribunal. Chose faite le 23 novembre 2011, le jour-même il me fait parvenir l'acte, et le 24 je le publie après m'être accordé 24 heures de réflexion...

Jusqu'ici, les faits !

* * *



LE PROCÈS

Au fil du temps, de tout le temps passé à faire des recherches et à écrire sur ces 134,5 milliards de $, je me suis forgé la convinction suivante : ces titres sont vrais !

C'est une simple théorie, étayée par de nombreux faits résumés ci-dessus, et il n'est question ni de complot ni de conspiration.

Voilà pourquoi lorsque j'ai eu sous les yeux cet acte d'assignation, qui ose prétendre que ces titres sont bien authentiques et qu'ils ont été volés, c'était trop gros pour y croire, et en même temps c'était trop gros pour ne pas y croire !

Et puis surtout il y a des détails écrits noir sur blanc dans l'acte, notamment à partir du point 56 où Alessandro Santi est nommé pour la première fois, chose que seul pouvait connaître quelqu'un qui a vécu cette situation de près.

Tout en vous rappelant que, la première fois qu'il a été question de Santi dans les médias italiens, la source n'était autre que le quotidien du frère de Berlusconi. Vous étonnerais-je si je vous dis que pas une seule ligne publiée dans ce journal n'est jamais écrite par hasard ?

De même que des n° de série des billets Kennedy, du n° AP11 025691 A au n° AP11 025700 A, il n'en a jamais été question nulle part !

Par conséquent, pour commencer, je me concentrerai surtout sur les défendeurs "Gouvernement italien", "Guardia di finanza" et Berlusconi.

Et cette fois je suis vraiment curieux de voir quand et comment la presse s'emparera de cette histoire...


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134 MILLIARDS DE DOLLARS - CHRONOLOGIE INVERSÉE

XXII. 134 milliards de dollars - LE PROCÈS - II (4 décembre 2011)
XXI. 134 milliards de dollars - LE PROCÈS - I (1er décembre 2011)
XX. 134 milliards de dollars - Affaire relancée (26 novembre 2011)
XIX. Exclusivité mondiale Adscriptor ! 134 milliards de dollars : procès civil n° 8500 aux US (24 novembre 2011)
XVIII. Exclu Adscriptor : Monsieur Yin & Monsieur Yang (xyz milliards de dollars) (10 avril 2011)
(Version anglaise) [Exclusive]: Mr. Yin & Mr. Yang (+200 billion dollars more...) (April 10, 2011)
XVII. 134 milliards de dollars - l'affaire évoquée dans les Statelogs de Wikileaks ! (28 novembre 2010)
XVI. 134 milliards de dollars - l'opération Lys d'Or et le Traité de Versailles ! (2 octobre 2010)
XV. 134 milliards de dollars - épilogue ... "officiel" (24 mai 2010)
XIV. xyz ... milliards de dollars : conférence de presse (22 septembre 2009)
XIII. 314,5 milliards de dollars : la piste russe ! (21 septembre 2009)
XII. 180 milliards de dollars (19 septembre 2009)
XI. 134 milliards de dollars - Autre saisie ! (18 septembre 2009)

Résumé de l'affaire (5 septembre 2009)

X. 134 milliards de dollars - Interrogation parlementaire (3 août 2009)
IX. 134 milliards de dollars - Ordre exécutif 11110 (15 juillet 2009)
VIII. 134 milliards de dollars - Dragon Family (6 juillet 2009)
VII. 134 milliards de dollars - Hal Turner (4 juillet 2009)
VI. 134 milliards de dollars - le mystère continue ! (30 juin 2009)
V. 134 milliards de dollars - les comptes ne tournent pas rond ! (24 juin 2009)
IV. 134 milliards de dollars - les mystères de l'information (16 juin 2009)
III. 134 milliards de dollars - trop gros pour être faux (14 juin 2009)
II. 134 milliards de dollars - suite (10 juin 2009)
I. 134 milliards de dollars (8 juin 2009)

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jeudi 24 novembre 2011

Exclusivité mondiale Adscriptor ! 134 milliards de dollars : procès civil n° 8500 aux US

D'ici peu, l'info va faire le tour du monde : la Dragon Family a déposé hier une assignation à comparaître au Tribunal de New York, citant en jugement, notamment, le gouvernement italien, la Guardia di Finanza italienne et Silvio Berlusconi himself :


Si vous vous demandez pourquoi et comment j'ai cette info entre les mains, c'est simplement parce que Neil F. Keenan, mandataire de la Dragon Family dans cette affaire, m'a contacté en octobre dernier, en me disant que de tout ce qu'il avait lu sur Internet de cette histoire, c'était moi qui m'approchait le plus de la vérité, et en me promettant donc de m'envoyer l'acte d'assignation avant tout le monde !

Promesse tenue : l'avocat du cabinet légal Bleakley Platt & Schmidt, LLP a déposé l'assignation hier au tribunal de New York, et dans la journée j'ai reçu copie des 114 pages de l'acte !!!

[Mise à jour, 25-11-11, 16h20'] L'acte est désormais en ligne...

Inutile de vous dire qu'au fil des semaines à venir je prendrai le temps de décortiquer toute l'histoire telle qu'elle ressort de l'argumentaire de l'assignation, mais l'accusation, en gros, est d'avoir tenté de voler les 134,5 milliards de $ (porteurs en outre d'environ mille milliards $ d'intérêts...) à leur propriétaire "légitime", la mystérieuse Dragon Family :


Dont Neil Keenan nous dit également :
Upon information and belief, the Kuomintang appointed guardians of this Gold and the securities issued by the United States who came to be known euphemistically as the Dragon Family. The Dragon Family is, in fact, a highly secretive and informal organization that operates between old families within China and Taiwan, above the political divide of the two independent Chinese Governments. The Dragon Family abstains from public view and knowledge, but, upon information and belief, acts for the good and better benefit of the World in constant coordination with higher levels of Global Financial Organizations, in particular, the Federal Reserve System.
Franchement, j'ai même pas envie de traduire pour l'instant, tellement cette histoire me secoue, d'autant plus qu'elle recoupe parfaitement ce que je disais précédemment, en en comblant les lacunes, aussi bien dans l'opération Lys d'Or et le Traité de Versailles, que dans Monsieur Yin & Monsieur Yang, mon dernier billet en date sur l'évolution de la saisie de Chiasso, en juin 2009...

À suivre, c'est le cas de dire !


P.S. Je vois que Benjamin Fulford a publié un billet le même jour (donc disons que la mienne est juste une exclusivité "européenne", ou une "semi-exclusivité" si vous préférez ;-), qui fournit un résumé bien plus détaillé que le mien de cette affaire. Mais franchement, je n'avais ni le temps ni l'envie de traduire les points clés de l'acte, comme précisé plus haut.

J'imagine que beaucoup crieront au complot, au conspirationnisme ou à tout ce que vous voulez, mais après tout chacun/e est libre de se faire sa propre opinion.

La mienne est la suivante.

Il y a énormément de choses que je ne comprends pas dans l'acte d'assignation, d'autres choses que je trouve d'une étrangeté folle et sur lesquelles je suis même incapable d'arrêter un avis précis : pour tout dire, elles me dépassent.

Par contre, dans tous les billets que j'ai consacrés à cette histoire, je me suis contenté d'observer les faits, en essayant de les décortiquer pour, justement, que chacun/e soit en mesure de se faire sa propre opinion.

Car trop de choses ne cadrent pas, et ce ne sont certes pas les informations "officielles" qui ont aidé à débrouiller l'écheveau, au contraire...

Donc le fait que quelqu'un intente un procès de cette ampleur, en citant à comparaître des parties défenderesses à un tel niveau, ne peut signifier que 2 choses :

1. soit il est complètement fou et farfelu,
2. soit il est en possession de preuves, de documents, de justificatifs, etc., en somme de moyens de droit tels qu'il faudra au moins que la justice les examine et les évalue avant d'en tirer des conclusions dans un sens ou dans l'autre...

Or personnellement, je ne pense pas du tout qu'il soit complètement fou ou farfelu. Par conséquent, avant de prétendre qu'une telle action serait sans fondement, il s'agit d'aller au fond des choses, devant un tribunal, où chacune des parties impliquées pourra faire valoir ses droits.

Ainsi, dans les semaines et les mois à venir, si cette action va jusqu'à son terme, mon seul but sera d'essayer de rendre compte des arguments des uns et des autres.

Mais dire a priori que tout cela n'est que complot, conspiration ou que sais-je d'autre, c'est vraiment un pas que je n'oserais franchir. Et du reste, même si au final c'est bien de cela dont il s'agirait, encore faudrait-il comprendre qui est-ce qui tire les fils...

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134 MILLIARDS DE DOLLARS - CHRONOLOGIE INVERSÉE

XXI. 134 milliards de dollars - LE PROCÈS - I (1er décembre 2011)
XX. 134 milliards de dollars - Affaire relancée (26 novembre 2011)
XIX. Exclusivité mondiale Adscriptor ! 134 milliards de dollars : procès civil n° 8500 aux US (24 novembre 2011)
XVIII. Exclu Adscriptor : Monsieur Yin & Monsieur Yang (xyz milliards de dollars) (10 avril 2011)
(Version anglaise) [Exclusive]: Mr. Yin & Mr. Yang (+200 billion dollars more...) (April 10, 2011)
XVII. 134 milliards de dollars - l'affaire évoquée dans les Statelogs de Wikileaks ! (28 novembre 2010)
XVI. 134 milliards de dollars - l'opération Lys d'Or et le Traité de Versailles ! (2 octobre 2010)
XV. 134 milliards de dollars - épilogue ... "officiel" (24 mai 2010)
XIV. xyz ... milliards de dollars : conférence de presse (22 septembre 2009)
XIII. 314,5 milliards de dollars : la piste russe ! (21 septembre 2009)
XII. 180 milliards de dollars (19 septembre 2009)
XI. 134 milliards de dollars - Autre saisie ! (18 septembre 2009)

Résumé de l'affaire (5 septembre 2009)

X. 134 milliards de dollars - Interrogation parlementaire (3 août 2009)
IX. 134 milliards de dollars - Ordre exécutif 11110 (15 juillet 2009)
VIII. 134 milliards de dollars - Dragon Family (6 juillet 2009)
VII. 134 milliards de dollars - Hal Turner (4 juillet 2009)
VI. 134 milliards de dollars - le mystère continue ! (30 juin 2009)
V. 134 milliards de dollars - les comptes ne tournent pas rond ! (24 juin 2009)
IV. 134 milliards de dollars - les mystères de l'information (16 juin 2009)
III. 134 milliards de dollars - trop gros pour être faux (14 juin 2009)
II. 134 milliards de dollars - suite (10 juin 2009)
I. 134 milliards de dollars (8 juin 2009)

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samedi 12 novembre 2011

Silvio Berlusconi : dans la queue le venin

À lire : Ciao Berlusconi ! Comment Silvio est-il devenu l’actif le plus toxique d’Italie ?
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Aujourd'hui, samedi 12 novembre 2011, Silvio Berlusconi devrait démissionner dans la soirée, forcé de le faire par l'Europe et les marchés, et les italiens à la traîne. Fort heureusement, il a été pris de vitesse par les événements sans même pouvoir jouer ses dernières cartes. La chute a été rapide, inattendue dans son immédiateté, mais pour autant ça ne veut pas dire qu'il soit encore hors circuit. Malheureusement !

Dans son cas, in cauda venenum ne s'applique pas à ses discours - ça fait si longtemps qu'il n'a plus rien à dire, hors ses mensonges -, mais à sa fin de règne, un règne délétère qui se base depuis le début sur la tromperie, la corruption, la censure, le chantage, l'escroquerie, la manipulation, la propagande digne du meilleur Goebbels, la cupidité de son entourage servile, l'endormissement et l'abrutissement de l'opinion publique (panem et circenses), le viol du langage et des consciences, les fausses promesses, l'espionnage, les collusions mafieuses, criminelles, maçonniques fourvoyées, occultes, etc. etc.

Et sur la crédulité indifférente et immense de tout un peuple qui s'est laissé rouler dans la boue, à son insu de son plein gré, par ce triste bonimenteur marchand de soupe.

J'ai déjà déployé une somme considérable de temps et d'énergie pour dénoncer cela à celles et ceux qui veulent bien me lire, dans plus d'une centaine de billets sur ce blog et environ 200 autres billets sur mon blog italien. Et je ne l'ai fait pour personne d'autre que mon fils, pour qu'il grandisse dans un pays libre et démocratique. Sans lui je n'aurais probablement pas eu la force de le faire.

Or aujourd'hui le désastre berlusconien semble s'étaler au grand jour dans toute la presse et les médias internationaux, alors que dans mon coin j'essaie d'expliquer cela en long, en large et en travers depuis plus de deux ans : le jour-même de la création de son dernier parti politique, le PDL, aujourd'hui au bord de l'implosion, je dénonçais un parti mort-né, un véritable avortement, ce qu'il a lui-même reconnu implicitement il y a moins d'un mois, en déclarant que ce sigle politique "ne communiquait absolument plus rien aux gens, ni sentiments ni émotions".

Un constat d'échec cuisant qu'il fait sans le vouloir, qu'il reconnaît sans le dire, une catastrophe absolue qui laisse l'Italie exsangue après presque 20 ans de berlusconisme, durant lesquels lui et Tremonti ont créé pratiquement 600 milliards d'euros de dette publique, soit près d'un tiers de l'actuelle dette italienne à eux seuls. Sans créer en contrepartie ni emplois ni richesses, mais juste davantage de criminalité, de pauvreté et d'injustice. La culture civile est détruite, la cohésion sociale idem, plus rien n'est sur pied dans ce pays, c'est impressionnant, quasi impossible à raconter ! Il me faudrait au moins une centaine d'autres billets juste pour esquisser un début d'explication...

Sur sa prochaine édition européenne à paraître, Time met sa tête de faux bouffon rigolard à la une en titrant : « L'homme qui est derrière l'économie la plus dangereuse au monde » (The man behind the world's most dangerous economy), et pour ses éditions américaine et asiatique : « Comment Berlusconi est-il devenu l'actif le plus toxique d'Italie ! » (Ciao Berlusconi! How he became Italy's most toxic asset).

Or combien de fois ai-je dit ici-même que Berlusconi était un danger pour l'Europe et pour la démocratie ? J'en ai même fait le titre d'un billet !

Tout comme le mois de la création de son parti, j'anticipais ce qui est réalité aujourd'hui : Oggi, l'Italia andrebbe commissariata ... ma da chi? (Aujourd'hui l'Italie devrait être mise sous tutelle, sous surveillance, ... mais par qui ?).

J'écrivais cela le 10 mars 2009, il aura donc fallu deux ans et demi pour que l'Europe se réveille et se rende compte que l'Italie n'est plus seulement une affaire européenne, mais qu'elle inquiète tous les grands de ce monde !

Et ils ont raison de s'inquiéter, l'Europe et les grands de ce monde, car la partie n'est pas encore jouée ! Ce n'est pas le genre de personnage à tomber sans réagir, et surtout à tomber tout seul. Car s'il peut entraîner le pays dans sa chute, il le fera volontiers, sans remords ni scrupules et sans l'ombre d'une hésitation. D'autant plus qu'il est aux abois à présent, lui aussi sait qu'il est au bord du gouffre, et par conséquent prêt à faire n'importe quoi dans l'espoir indécent de sauver ce qui peut encore l'être...

Donc si l'Italie veut regagner sa crédibilité irrémédiablement compromise, et moins encore au plan international qu'en tant que nation, elle a une voie toute tracée : mettre enfin Berlusconi hors d'état de nuire en le frappant d'ostracisme pour l'empêcher de décider quoi que ce soit à quelque niveau que ce soit ! Seules les oubliettes conviennent à un tel énergumène.

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Aujourd'hui, samedi 12 novembre 2011, Silvio Berlusconi devrait démissionner dans la soirée, et j'espère sincèrement que c'est la fin d'un cauchemar que des millions de citoyens de ce pays vivent éveillés chaque jour. L'Italie est déjà impardonnable d'avoir attendu si longtemps pour chasser Berlusconi, au point de n'avoir plus été capable d'y parvenir seule, mais si elle devait succomber une fois encore aux sirènes maléfiques de ce bonimenteur marchand de soupe, alors il est évident que son peuple serait indigne de la démocratie. La démocratie, ça se conquiert et ça se défend :
Pourquoi défendre la démocratie ? Personnellement, c'est juste une question de principe. Je pense en effet que la démocratie est la forme politique plus évoluée qui aurait pu permettre aux peuples de s'affranchir des différents totalitarismes, du communisme au capitalisme en passant par le nazisme ou le "socialisme de marché", etc.

Or ce que je vois se produire aujourd'hui dans deux "démocraties" telles que la France et l'Italie me pousse à être très pessimiste quant à la capacité des peuples de s'affranchir de ces totalitarismes en exerçant leur responsabilité, et leur discernement. Ou tout simplement leur esprit critique.

(...)

Car (la démocratie) « est une valeur. Et c’est cette valeur, l’inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif », que j'ai à cœur de défendre.

Et je n'arrive pas à me faire une raison de voir la facilité et la passivité avec lesquelles ces deux peuples se font manipuler...
Vingt ans de fascisme et vingt ans de démocrature populiste suffiront-ils pour faire comprendre aux italiens qu'il serait temps de changer de cap, ou faudrait-il attendre, comme le disait Umberto Eco, que Silvio Berlusconi fasse un million de morts avant que les italiens ne cessent de le soutenir ?

L'avenir nous le dira. Mais gare aux coups de queue du caïman...

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mardi 8 novembre 2011

L'influence délétère de Silvio Berlusconi

L'une des raisons pour lesquelles Berlusconi s'accroche au pouvoir avec un acharnement incompréhensible vu de l'extérieur, c'est qu'il en profite pour se faire voter des lois "ad personam", autrement dit des lois favorables à lui, à sa famille, ses amis ou ses sociétés. Et si dans le passé, d'autres l'ont fait en sa faveur, aujourd'hui plus personne autre que lui ne pourrait le faire à sa place. D'où son entêtement extrême à vouloir rester aux affaires pour continuer à sucer le peu de sang vif qui reste encore à son pays.

Je vais vous donner quelques exemples peu connus en France, qui expliquent fort bien l'assiduité dans l'enchaînement et la constance sans faille de Silvio Berlusconi pour devenir le patron incontesté de l'Italie. Jusqu'à aujourd'hui !!!

1. Dans les années 70, dès son premier grand chantier, celui qui lui apporta la notoriété, dont Giorgio Bocca (partisan et grand journaliste italien) écrivait, le 11 mars 1976 sur le quotidien La Repubblica :
“Milan est la ville où un certain Berlusconi, 34 ans, est en train de construire "Milano 2", un chantier qui coûte 500 millions de lires par jour. Qui lui a donné cet argent ? Nul ne le sait. Qui lui a donné les permis de construire et l'autorisation de détourner le trafic aérien pour que les avions ne passent plus au-dessus de son quartier ? Ça on le sait, même si on ignore le reste. Comment est-il possible qu'un jeunot de 34 ans comme ce Berlusconi ait son “jet” personnel qui le mène aux Caraïbes, où il prend son bateau qui serait en fait un navire océanographique ? Nous serions quand même très curieux et très intéressés de connaître des lèvres de Monsieur Berlusconi l'histoire de sa vie : qu'il nous raconte comment fait-on pour passer de l'aiguille au million, ou du million aux cent milliards”.
Oui, qui lui a donné cet argent ?

Et qui lui a donné les permis de construire et l'autorisation de détourner le trafic aérien pour que les avions ne passent plus au-dessus de son quartier ? Grâce à un subterfuge gros comme ... un hôpital ! L'hôpital San Raffaele, celui de son ami Verzé, prêtre défroqué dans les années 60 et suspendu a divinis qui continue de s'habiller en curé 50 ans après et vient d'être chassé du conseil d'administration de l'hôpital au bord de la faillite avec plus d'1,5 milliard d'euros de dettes cumulées auprès des banques, son principal collaborateur récemment suicidé et un empire déclinant caractérisé par du louche ... à la louche !

Voici une reproduction des plans de vol donnés aux pilotes atterrissant et décollant de l'aéroport de Linate où la grosse tache noire marquée "Hospital" n'est pas du tout l'hôpital, dont la construction n'était pas même terminée à l'époque, mais représente l'ensemble de la zone Milano 2, la ville-satellite édifiée par Berlusconi, dont le slogan était : "une oasis de paix aux confins de Milan !"


Oasis dont on voit mieux les contours ici, avec en haut à gauche du M2, le H et les dimensions réelles de ce qui était destiné à devenir le complexe hospitalier. Mais jusqu'alors, début des années 70, je rappelle, nul n'avait encore jamais vu un hôpital de 700.000 m² ! Tout comme on aperçoit dans le coin inférieur gauche le cimetière de Lambrate, attenant à Milano 2.

Or voici ce que ça donne aujourd'hui sur Google Maps, où j'ai délimité la zone de Milano 2 en rouge et les deux rectangles hachurés de jaune, qui recouvrent la surface de l'hôpital en haut et du cimetière en bas :


Pour autant, le stratagème a suffi pour détourner le trafic aérien au grand dam des communes environnantes... Du reste, selon la Convention de Chicago relative à l'Aviation Internationale Civile, cette zone devait rester verte et inhabitable, car on comprend bien qu'à l'époque, le passage d'une centaine d'avions par jour sur les têtes des habitants, ça faisait désordre...

2. Le 16 avril 1973, un an avant que l'arrêt n° 226/1974 de la cour constitutionnelle italienne ne libéralise la diffusion télévisée par câble, la chaîne Telemilanocavo est constituée pour desservir les 20 000 télespectateurs de Milano 2, qui deviendra ensuite TeleMilano58 en prenant le numéro du canal qu'elle occupait. Après quatre années de relative inactivité, c'est en 1977 (année précédant celle de l'inscription de Berlusconi à la P2...) que la chaîne commence à émettre sur le réseau hertzien local de la région de Milan, puis évolue sous l'impulsion d'un nouvel associé de Berlusconi, expert de fréquences TV et titulaire de la société Elettronica industriale, Adriano Galliani (actuel vice-président du Milan AC).

Lui a l'expertise, Berlusconi les moyens, et de là partira l'aventure télévisée de Sua Emittenza, que Larousse traduit joliment par Éminence des ondes, dont les débuts ont été retracés dans un livre de Giovanni Ruggeri et Mario Guarino intitulé INCHIESTA SUL SIGNOR TV : Berlusconi essaiera d'en empêcher la publication par tous les moyens et les attaquera en diffamation, mais sans succès...

La référence faite plus haut à la P2 n'est pas gratuite, puisque le tristement célèbre "plan de renaissance démocratique", qui date de 1976, rappelons-le, prévoyait explicitement pour la presse et la TV :
  1. la création immédiate d'une agence chargée de coordonner la presse locale (qui fera dans le temps l'objet d'acquisitions successives) et la TV via câble à implanter en cascade de manière à contrôler l'opinion pubblique des citoyens lambdas au coeur du pays [immediata costituzione di una agenzia per il coordinamento della stampa locale (da acquisire con operazioni successive nel tempo) e della TV via cavo da impiantare a catena in modo da controllare la pubblica opinione media nel vivo del Paese].
  2. la multiplication des chaînes radio et TV au nom de la liberté d'antenne (art. 21 de la Constitution italienne), et la suppression de la RAI. Toutes ces chaînes et ces journaux devront être coordonnés par une agence centralisée de la presse [moltiplicazione delle reti radio e TV in nome della libertà di antenna (art. 21 della Costituzione), e la soppressione della RAI. Queste emittenti e i giornali dovevano essere coordinati da un'agenzia centrale per la stampa].
Pour réussir à fédérer le plus possible les télés locales indépendantes, en 1979 Berlusconi acquiert auprès de la Titanus (à l'époque l'une des plus importantes sociétés cinématographiques d'Italie) environ 300 films pour 2,5 milliards de lires, somme alors considérable, dont il proposera ensuite la diffusion gratuite aux chaînes locales pourvu qu'elles acceptent en contrepartie de faire partie d'un "circuit télévisé" qu'il contrôle. Il passe d'autres partenariats et entrecoupe ses films de publicités provenant d'une seule et même régie, qui deviendra en octobre 1979 Publitalia 80, dirigée par Marcello Dell'Utri...

C'est le plan P2 qui se met doucement mais sûrement en place, à la lettre !

Je vous passe les détails, il faudrait écrire un livre entier (...), disons seulement que le plus grand chaos règne dans le paysage audiovisuel italien, avec en 1975 environ 350 chaînes en Italie, et d'autres grands éditeurs qui voudraient bien leur part du gâteau : Mondadori avec Rete Quattro, Rusconi avec Antenna Nord puis Italia 1, etc. Mais aucun d'eux n'a les disponibilités financières inépuisables ni les relations de Berlusconi, qui raflera la mise...

Un parcours sans trop d'embûches jusqu'au 16 octobre 1984, où les parquets de Rome, Turin et Pescara décident d' "éteindre" au niveau régional ses trois principales chaînes : Canale 5, Italia 1 & Rete Quattro. Une menace sérieuse dont il sera sauvé en catastrophe par trois décrets de Bettino Craxi, un premier décret-loi jugé anticonstitutionnel dans la foulée mais immédiatement représenté tel quel : le 6 décembre, le décret "Berlusconi-bis" est approuvé par le parlement italien sous l'impulsion de Craxi qui menace de faire sauter le gouvernement. L'année suivante, enfin, le décret "Berlusconi" sera définitivement converti en loi.

C'est donc Bettino Craxi qui a permis à Berlusconi de conserver - et, à partir de là, d'augmenter démesurément son pouvoir d'influence, qui a conditionné, et conditionne aujourd'hui encore, toute la vie "démocratique" (au sens piduiste...) italienne. D'ailleurs presque 10 plus tard, Craxi aura également sa part de responsabilité dans les origines du parti politique Forza Italia, et rappellera à Berlusconi l'énorme pouvoir de propagande que lui confèrent la propriété et le contrôle des télés :
Imagine un collège électoral, qui compte environ 110 000 électeurs, dont 80-85 000 ont droit de vote. Sur ceux-là, environ 60-65 000 iront voter. Donc si tu tiens compte de ce nombre et de l'arme formidable que tu as entre les mains, tes télévisions, grâce auxquelles tu peux orchestrer une propagande martelante en faveur de tel ou tel candidat, alors il te suffit d'organiser une étiquette capable d'en regrouper 25 ou 30 000 pour avoir de fortes chances de renverser les pronostics, soit par l'effet de surprise, soit par l'effet « télévision » ou simplement par effet de la volonté qu'ont les électeurs non communistes de ne pas être gouvernés par des communistes.
(...)
Il te suffit de trouver le bon sigle, et grâce à tes télés et à l'organisation structurée de tes entreprises ... avec les femmes et les hommes que tu as partout sur le territoire italien, alors tu pourras réussir à récupérer toute la partie de l'électorat qui est bouleversée, confuse, mais aussi déterminée à ne pas être gouvernée par les communistes et à sauver ce qui peut encore l'être.

"Questo e' un collegio elettorale. Gli elettori saranno presumibilmente 110 mila persone e 80 85 mila quelli che avranno diritto al voto. Quelli che andranno a votare saranno 60 65 mila. Prendendo in considerazione queste persone e con l' arma che tu hai in mano delle tv, attraverso le quali puoi fare una propaganda martellante a favore di questo o quel candidato, ti bastera' organizzare un' etichetta che riesca a raggrupparne 25 30 mila, per avere forti probabilita' di rovesciare il pronostico. Accadra' per l' effetto sorpresa, per l' effetto televisione o per l' effetto del desiderio che gli elettori non comunisti hanno di non essere governati dai comunisti".
Bettino insiste, cerca di convincere l'amico Silvio: "Se trovi una sigla giusta, con le tv e le tue strutture aziendali... Hai uomini sul territorio in tutta Italia, puoi riuscire a recuperare quella parte di elettorato che e' sconvolto, confuso, ma anche deciso a non farsi governare dai comunisti e a salvare il salvabile".
Craxi, qui fut en outre témoin de Berlusconi à son mariage avec Veronica Lario et parrain de Barbara, leur première fille, fut donc aussi un bon prophète puisque c'est effectivement ce qui s'est passé.

Une maîtrise des ondes trop souvent abusive, qui atteignit son comble avec l'affaire Rete 4 contre Europa 7, un conflit impossible à bloguer car trop long, pour lequel Berlusconi s'est fait faire un nombre impressionnant de lois et d'autres mesures ad hoc.

Après plus d'une décennie qui a vu notamment trois sentences de la Cour constitutionnelle italienne (1988, 1994 et 2002) contraires à Rete 4, après la loi Gasparri et une infinie série de retournements ...), dont un rapport d'avril 2004 sur les risques de violation, dans l'Union européenne et particulièrement en Italie, de la liberté d'expression et d'information, où le Parlement européen observe, entre autres :
(...)

61. ... que le système italien présente une anomalie qui réside dans la réunion d'un pouvoir économique, politique et médiatique entre les mains d'un seul homme, à savoir Silvio Berlusconi, actuel président du Conseil des ministres, et dans le fait que le gouvernement italien contrôle directement ou indirectement toutes les chaînes de télévision nationales;

62. prend acte du fait que, depuis des décennies, le système radiotélévisuel fonctionne en Italie dans une situation d'illégalité, qui a été établie à de nombreuses reprises par la Cour constitutionnelle et face à laquelle le concours du législateur ordinaire et des institutions compétentes n'a pas permis le retour à un régime légal...
suivi de la résolution P5_TA(2004)0373 du Parlement européen sur la Liberté d'expression et d'information, qui reprend les termes exacts du rapport en concluant :
87. invite le Parlement italien :

- à hâter ses travaux sur la réforme du secteur audiovisuel selon les recommandations de la Cour constitutionnelle italienne et du président de la République, en tenant compte des incompatibilités avec le droit communautaire que ceux-ci ont relevées dans certaines dispositions projet de loi Gasparri,

- à résoudre réellement et de manière appropriée le problème que pose le conflit d'intérêts du président du Conseil, qui contrôle directement le principal exploitant de télévision privée et indirectement le principal exploitant de télévision publique, la principale régie publicitaire, ainsi que de nombreuses autres activités liées au secteur audiovisuel et médiatique,

- et à adopter des mesures garantissant l'indépendance de l'organisme public de radiodiffusion et de télévision ;
... après un arrêt de la Cour de Justice européenne du 31 janvier 2008, qui statue que LE RÉGIME ITALIEN POUR L’ATTRIBUTION DE RADIOFRÉQUENCES POUR LES ACTIVITÉS DE RADIODIFFUSION TÉLÉVISUELLE EST CONTRAIRE AU DROIT COMMUNAUTAIRE, en ce qu'il « ne respecte pas le principe de libre prestation de services et ne suit pas de critères de sélection objectifs, transparents, non discriminatoires et proportionnés. », après tout cela et de nombreux autres épisodes que je passe sous silence, l'Union européenne a fini par ouvrir une procédure d'infraction contre l'Italie pour l'obliger à mettre un terme à une situation illégitime qui dure depuis une bonne dizaine d'années !

Les choses se sont terminées au profit de Berlusconi, en lui permettant ainsi d'asseoir définitivement son emprise sur la télévision commerciale en Italie.

Quant à l'autre partie "télé" du plan P2, qui prévoyait l'abattement des chaînes publiques, Berlusconi poursuit cette tâche avec assiduité depuis qu'il est au pouvoir, et il faut lui reconnaître qu'il a parfaitement réussi dans l'entreprise. En 1994 il avait promis de ne pas même toucher une plante à la RAI, et il a maintenu sa promesse, puisqu'il ne reste aujourd'hui pratiquement plus rien du service public, sauf les plantes...

Il y a une déclaration de Berlusconi que j'ai vu passer par hasard en 2009, qui selon moi résume parfaitement tout ce que je viens d'expliquer. Berlusconi est en Tunisie où il est associé à Tarak Ben Ammar au capital de Nessma TV, et lors d'une visite sur le tournage de Baaria, il eut ces mots particulièrement inquiétants, en français (à partir de 1'25'', merci à Daniele Sensi pour m'avoir rafraîchi la mémoire) :
Une télévision qui va naître, c'est toujours un miracle, fantastique ! Parce qu'à l'époque moderne, il n'y a rien qui influence les gens plus que la télévision. Même la presse reste loin derrière. Donc vous avez entre vos mains une grande opportunité de faire du bien...


Le désastre italien après 20 ans de berlusconisme (qui n'a rien à envier aux 20 ans du fascisme mussolinien) est l'illustration parfaite de ce type d'influence.

Une influence extrêmement délétère pour la démocratie, et je vois déjà sur l'Internet tunisien des réactions très critiques sur Nessma, qui fut même déclarée indésirable en Algérie. Un peu comme La Cinq en son temps, virée par notre Jacquou national qui s'en prit violemment au "marchand de soupe" transalpin. À noter au passage que l'affaire eut des suites ;-)

J'arrête ici la première partie de ce billet, mais dans un prochain je vous raconterai l'une des dernières dispositions sur mesure, présentée par Berlusconi lui-même, pas très vieille puisqu'elle remonte pas plus tard qu'au 14 juillet dernier. Pour l'occasion, c'était jour de fête aussi en Italie...

Vous verrez, c'est surprenant !

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P.S. Les deux cartes en début de billet sont extraites du Dossier Berlusconi, années 70, paru aux éditions Kaos. (p. 76-77)

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lundi 17 octobre 2011

Et maintenant, que fera Berlusconi ?

Dix mois exactement après le précédent vote du 14 décembre 2010, le 14 octobre 2011 Berlusconi a de nouveau remporté le vote de confiance avec 316 voix pour, soit très précisément le quorum nécessaire, contrairement à ce que raconte la Tribune.

Sur les réactions côté français, je vois surtout consternation et incompréhension. Normal, vu de l'étranger, la situation italienne est totalement incompréhensible. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il finira l'actuelle législature, dont le terme naturel serait au printemps 2013. Plus personne n'y croit ici en dépit des déclarations, à commencer par Berlusconi et Bossi, le couple infernal qui tient l'Italie sous le joug.

Je vais donc me lancer dans un petit exercice de prospective, en essayant de dessiner le tableau de ce qui pourrait se passer dans les semaines et les mois à venir.

Le premier point, central, pour lequel Berlusconi s'accroche au pouvoir avec le désespoir d'un pthirus pubis en fin de carrière, et sans lequel toute perspective de compréhension est faussé si on ne le prend pas en compte, c'est qu'il a besoin de se faire voter encore quelques lois ad personam pour lui éviter la taule.

La première, c'est la fameuse loi-bâillon qu'il repropose régulièrement pour censurer la presse et toute la partie de l'information qu'il n'a pas encore réussi à contrôler à ce jour. Attendez-vous à ce qu'on en reparle très bientôt...

Aujourd'hui même, Repubblica publie une écoute où Berlusconi dit à Lavitola (un jour faudra que j'écrive un billet sur ce personnage...), textuellement :
Je laisse tout tomber ou alors, allons-y avec la révolution, mais la vraie révolution : faisons descendre des millions de personnes dans la rue, démolissons le Tribunal de Milan, assiégeons Repubblica, ou des trucs dans ce genre, je ne vois pas d'autre alternative...

(Io lascio oppure facciamo la rivoluzione, ma la rivoluzione vera... Portiamo in piazza milioni di persone, facciamo fuori il palazzo di giustizia di Milano, assediamo Repubblica: cose di questo genere, non c'è un'alternativa...)
Si vous voulez l'entendre de sa voix... Ce même Lavitola qui est sous le coup d'un mandat d'arrêt, à qui Berlusconi en personne conseille (autre conversation finie sur écoute, en dépit du fait que Berlusconi téléphonait avec un mobile ayant une carte SIM intitulée à un colombien...) de rester à l'étranger et de ne pas rentrer en Italie bien que, publiquement, personne ne fût encore au courant !

Donc vous comprenez qu'il n'a aucune envie que ses déclarations sortent au grand jour, d'autant que le pauvre homme est devenu totalement incontrôlable. Dès qu'il ouvre la bouche il profère des horreurs, pornos ou subversives, c'est selon, et quand il parle publiquement il ne dit jamais rien de vrai !

La deuxième loi dans l'ordre des priorités, ou vice-versa, est ce qu'ils appellent ici la "prescription brève" et qui devrait servir à lui éviter d'être condamné dans l'affaire Mills (condamnation inévitable autrement) et dans d'autres en cours ou à venir. Après le procès express, décidément Silvio le Bref porte bien son nom...

Or d'après les estimations que j'ai pu lire ici et là, avec cette loi plus d'un million de procès prendraient fin brusquement sans aucun espoir de justice pour des centaines de milliers de victimes...

Mais il y a également d'autres procès dont personne ne parle jamais et qui pourraient l'inquiéter. Il s'agit des procès pour l'assassinat de Paolo Borsellino, qui a marqué le début de la saison sanglante ayant vu en parallèle l'éclosion d'un parti né de nulle part, et dont de nombreux repentis (pas loin d'une trentaine !) dénoncent depuis des années l'implication de Dell'Utri et Berlusconi dans les négociations du pacte état-mafia (le fameux Papello), certains les accusant explicitement d'être les commanditaires des attentats, dont celui du Stade Olympique de Rome.

Mais cette fois, c'est officiel, le Procureur général du Parquet de Caltanissetta, Roberto Scarpinato, a officiellement demandé la réouverture des deux premiers procès Borsellino, en déclarant qu'il était évident que d'autres "sujets", extérieurs à la mafia, sont impliqués dans l'assassinat du juge, et ont organisé ensuite un dépistage massif pour éloigner les enquêteurs de la vérité :

C'è una faticosa ricostruzione della verità all'interno di una strage, nella quale, purtroppo, le acque sono confuse a causa di depistaggi che non sono stati concepiti all'interno della mafia, ma all'esterno. Vi sono seri elementi che fanno ritenere che sia nella fase di ideazione della strage che quella esecutiva siano stati coinvolti soggetti esterni all'organizzazione mafiosa. Noi abbiamo trasmesso una copia della richiesta alla commissione parlamentare antimafia, anche su richiesta del presidente.

(Nous avons tenté de reconstruire laborieusement la vérité interne à l'attentat, autour duquel, malheureusement, les eaux sont troubles à cause de dépistages conçus non pas par la mafia, mais en dehors. De sérieux éléments suggèrent que des sujets externes à l'organisation mafieuse sont impliqués aussi bien dans la phase préparatoire que dans la phase exécutive du massacre. Nous avons transmis une copie de la requête de réouverture du procès à la Commission parlementaire antimafia, à la demande de son président.)

Tout le reste, comme les plans d'austérité et de relance pour "sauver" l'Italie selon les indications de la BCE, notamment, c'est bien le cadet de ses soucis, car il sait trop bien qu'il ne pourra jamais terminer la législature dans ces conditions. Mais comme la SEULE possibilité pour réussir à se sortir de la situation inextricable dans laquelle il se trouve est de se maintenir au pouvoir - unique condition dans laquelle il peut espérer voir son impunité garantie -, alors il prépare déjà les prochaines élections, qui, selon toutes probabilités, devraient se tenir au printemps 2012.

Selon l'Espresso, il aurait déjà commencé en grand secret à réserver les espaces publicitaires pour la campagne électorale, et caresserait l'idée de déployer deux listes distinctes, l'une liée à son nom et à son image (!), et l'autre, à son nouveau parti politique de droite.

Donc, d'après plusieurs infos que j'ai pu recouper, cette refonte se ferait autour de deux options possibles, avec Italia per sempre (l'Italie pour toujours) comme liste personnelle, et Siamo Italia (jeu de mots - fort bien trouvé, d'ailleurs - entre "Nous sommes l'Italie" et "Si, j'aime l'Italie) pour les nouveaux nom et logo du futur parti.

Soyons sûrs que sa puissance financière et son contrôle des télés feront le reste, d'où sa volonté absolue de bâillonner dès maintenant (ou pour le moins de tenter) presse, télé et Web confondus. Condition sine qua non pour réussir dans son intention. La lutte sera dure...

Pour conclure en résumant, voici le programme que planifie probablement Berlusconi dans les mois à venir :

  1. d'abord se blinder au niveau judiciaire en faisant passer en force des lois en sa faveur et pour censurer les voix dissidentes, et
  2. une fois tranquille de ce côté, lancer sa campagne politique destinée à retourner l'opinion publique, une fois de plus, en vue des élections au printemps prochain.

Sauf imprévus d'ici là, et notamment un sursaut de dignité soit des forces qui ne sont pas encore totalement corrompues, soit d'une opinion publique réveillée, soit des deux...

Revivre le cauchemar de 1994 en 2012 serait fatal pour l'Italie, et pour l'Europe, qu'on se le dise !

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jeudi 6 octobre 2011

Forza Gnocca !

Ce blog ayant vu le jour pour parler de traduction, permettez-moi de m'autoriser une digression sur une déclaration tenue ce jour par l'infâme Berlusconi, cette espèce de vieux bouffon qui fait également office de président du conseil des ministres italien à temps perdu et entre deux orgies (les majuscules, faut les mériter).

Donc le jour-même où le Président de la République italienne, M. Giorgio Napolitano, a prononcé un discours touchant pour l'enterrement de quatre femmes et une adolescente à Barletta, travailleuses au noir dans un atelier qui s'est écroulé sur leurs têtes en début de semaine, ce débile de Berlusconi ne trouve rien de mieux à déclarer que s'il devait renommer son parti politique, il l'appellerait "Forza Gnocca".

Or je vois ici et dans la presse que la chose a été traduite en français par "allez minette", expression gentillette, voire guillerette, qui ne rend guère justice à la force de l'italien (tant qu'à faire, mieux vaut le "go pussy" anglo-saxon), un problème déjà rencontré dans le passé, lorsque Berlusconi avait publiquement traité de connards tous les italiens qui ne votaient pas pour lui.

Je vais donc tenter de vous expliquer le "Forza Gnocca", dont une interprétation "propre" nous dit que le terme "Gnocca" est une « référence étymologique au sexe féminin, qui désigne communément une femme avenante. »

Formellement, c'est juste, mais comme pour couillon/connard, le registre de la langue n'est pas le bon.

Voyons ça de plus près, comme dirait un gynécologue.

La première analogie berlusconienne est celle à son parti politique originel, dénommé Forza Italia, qui reprend le cri des "tifosi" lorsqu'ils supportent l'équipe d'Italie, en hurlant soit "Forza Italia" soit "Forza Azzurri", dont l'on peut transposer en français une équivalence pratiquement identique avec "Allez la France" (Forza Italia), ou "Allez les Bleus" (Forza Azzurri). Marque d'encouragement et d'enthousiasme.

Ça c'est pour la première partie de l'expression. Quant à "Gnocca", la deuxième partie, c'est effectivement l'un des termes utilisés pour désigner le sexe de la femme, ou encore la femme elle-même lorsqu'on juxtapose au terme une épithète : "bella gnocca" (traduisible par "un canon", une "affaire", un "beau colis", etc.), ou plus rarement "brutta gnocca" (un boudin) ou pire, "porca gnocca" (une salope). Ceci étant, il est clair que chaque fois qu'on fait référence à la femme par le terme "gnocca", la connotation sexuelle est prégnante.

Reste donc à savoir si dans l'expression "Forza Gnocca", le "gnocca" se réfère plutôt à la femme, ou plutôt à son sexe. Et bien sans grande crainte de me tromper, je peux vous dire qu'en ce moment, dans l'esprit des italiens, y a pas photo !

Aujourd'hui même, une députée de gauche s'est faite apostropher au Parlement par un gentil "vai a farti scopare" (va te faire baiser, va te faire tirer, etc.), qui émanerait d'un parlementaire de la Ligue du Nord dont le chef, Umberto Bossi, aime fréquemment à s'exprimer par un doigt d'honneur ou par un prout sonore lui sortant de la bouche ("pernacchia", en italien) entre deux borborygmes. C'est un jugement politique comme un autre, me direz-vous, éminemment partageable en Italie...

Ou encore lorsque les écoutes téléphoniques nous rapportent les conversations téléphoniques du premier ministre ("Poi ce le prestiamo... Insomma la patonza deve girare..." : après on se les échangera, faut faire tourner la moule...), ou le jugement que portent ses courtisanes sur lui ("un vieux cul flacide", selon celle qui est actuellement accusée d'avoir organisé le réseau de prostitution autour de Berlusconi, et qui s'appelle Minetti, avec un "i" final...), etc. etc.

Donc le meilleur moyen de traduire "Forza Gnocca" en français, pour rendre l'idée de la façon dont les italiens le perçoivent aujourd'hui, ce n'est certes pas "allez minette", mais plutôt "allez la moulasse", voire "vive la moulasse", ou la motte, la chatte, le barbu, le cresson, le gazon, la chagatte, la choune, la cramouille, la moniche, la babasse, et ainsi de suite (j'ai plus de 500 "options" dans mon dico d'argot).

Maintenant imaginez une seule seconde si Sarko nous rebaptisait l'UMP par un plaisant "Vive la moulasse", et vous voyez déjà la révolution dans les chaumières... Ici, non, tout va bien madame la marquise, c'est tout juste si l'opposition a remarqué que la chose était scandaleuse...

Au moins, on est sûr que le Silvio il travaille pour l'image de son pays et sa crédibilité dans le monde ! C'est d'ailleurs exactement ce dont l'Italie a besoin en ce moment...

Reste à savoir l'emblème qu'il choisira, mais faisons-lui confiance.

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P.S. Quand je pense à l'article 54 de la Constitution italienne, qui énonce que "tout fonctionnaire public ayant prêté serment a le devoir d'accomplir son mandat avec honneur et discipline", je me dis que plus anticonstitutionnel que Berlusconi, tu meurs !

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mardi 4 octobre 2011

Censure en Italie : premiers signes sur Wikipedia.it

Voir mon approfondissement sur l'Observatoire des médias...

Si cette fois Berlusconi passe sa putain de loi-bâillon qu'il avait dû remiser dans les placards l'année dernière, en discussion dès demain à la chambre des députés, alors c'est la censure totale en Italie, terminé la liberté de la presse et mort assurée de la blogosphère...

Sans trop rentrer dans les détails, voici déjà un premier signe tangible sur Wikipedia.it, avec la page d'accueil en blanc en signe de protestation :

et où vous pourrez lire sur n'importe quelle autre page le message suivant :
« Cher lecteur, chère lectrice,

À terme, la Wikipédia en italien risque de ne plus être capable de maintenir le service qui, au fil des années, s'est avéré si utile pour vous, et dont vous vous attendiez à disposer encore maintenant. Pour l'heure, l'article que vous cherchez existe toujours, mais le risque existe qu'il disparaisse prochainement.

Au cours des dix dernières années, Wikipedia a intégré les habitudes quotidiennes de millions d'internautes à la recherche d'une source de connaissance neutre, libre et, par-dessus tout, indépendante. Une encyclopédie multilingue d'une ampleur inédite, considérable, librement disponible pour tous, à n'importe quel moment, et entièrement gratuite.

Aujourd'hui, malheureusement, les piliers sur lesquels Wikipedia repose — neutralité, liberté et vérifiabilité des contenus — risquent d'être fortement compromis par l'alinéa n° 29 d'une proposition de loi, connue sur le titre de « Loi sur les écoutes téléphoniques ».

Cette proposition, dont le Parlement italien est en train de débattre, formalise, entre autres, une obligation pour l'ensemble des sites internet de publier, sous 48 heures de la demande et sans commentaire, une correction de n'importe quel contenu que le plaignant estime dommageable à son image.

Malheureusement, la loi ne requiert pas une évaluation de la plainte par un juge — l'opinion de la personne supposément pénalisée suffit pour imposer une correction sur n'importe quel site.

De fait, quiconque s'estime offensé par un contenu publié sur un blog, un magazine en ligne et, très probablement, Wikipédia, peut directement réclamer le retrait de ce contenu et son remplacement permanent par une version corrigée, visant à contredire et désapprouver le contenu supposément dommageable, indépendamment de la vérité de l'information considérée comme offensante et de ses sources.

Au cours de ces dernières années, les utilisateurs de Wikipédia (et nous tenons, une fois de plus, à souligner que Wikipédia ne dispose pas d'une équipe éditoriale) ont toujours été disponibles pour évaluer — et modifier, si nécessaire — n'importe quel contenu qui semblait dommageable à quiconque, sans porter atteinte à la neutralité et l'indépendance du projet. Dans les très rares cas où l'on ne pouvait trouver de solution satisfaisante, l'article a été intégralement retiré.

L'obligation qui nous est donnée de publier sur notre site une correction telle que formalisée par le susnommé alinéa n° 29, sans même avoir le droit de discuter ou de vérifier la plainte, constitue une entrave inadmissible à la liberté et à l'indépendance de Wikipédia, au point même de menacer les principes sur lesquels notre encyclopédie libre est basée. Cette entrave va proprement paralyser notre méthode d'accès et d'édition horizontale, mettant de fait fin à son existence telle que nous l'avons connu jusqu'à aujourd'hui.

Nous tenons à spécifier que nul d'entre nous ne met en question la sauvegarde et la protection de la réputation de l'image et de l'honneur de quiconque — mais nous notons également que n'importe quel citoyen italien est déjà protégé à cet égard par l'article n° 595 du Code criminel qui punit la diffamation.

Par ce communiqué, nous souhaitons avertir nos lecteurs contre le risque résultant de la dépendance à la volonté arbitraire de quiconque désireux de maintenir son image et sa réputation. Avec de telles dispositions, les internautes cesseraient probablement d'aborder certains sujets ou de parler de certaines personnalités, juste pour ne pas avoir de problèmes.

Nous souhaitons que Wikipédia reste libre et ouverte à tous, parce que nos articles sont aussi vos articles — nous sommes toujours resté neutres, pourquoi veut-on nous neutraliser ?

Les utilisateurs de Wikipédia.
»
Je n'ai plus de mots pour qualifier Silvio Berlusconi ! Écœuré...

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P.S. Voici ce que dit l'article incriminé (sous réserve qu'il ne soit pas encore modifié durant le débat parlementaire...) :
« Pour tous les sites Internet, y compris les journaux et magazines publiés par voie télématique, les déclarations ou les rectifications seront publiées, dans les quarante-huit heures suivant la demande, avec le même graphisme, le même niveau d'accessibilité au site et la même visibilité que les informations auxquelles se réfère ladite demande. »
Donc si j'écris, entre autres, "Silvio Berlusconi est actuellement mis en examen pour corruption et pour favoriser la prostitution de mineures" et que ça lui plaît pas, je serai obligé de publier n'importe quelle déclaration qu'il m'enverra et de la laisser en ligne à la place de mon texte. Quant au fait qu'il est réellement mis en examen pour corruption et pour favoriser la prostitution de mineures, ça n'aura plus aucune espèce d'importance...

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