dimanche 4 mai 2008

Microsoft - Yahoo! : Microsoft abandonne ... pour l'instant !

Mon analyse...

Coup de théâtre ! Des trois options possibles, Microsoft choisit le retrait de son offre. Passages significatifs :
(...)

Malgré tous nos efforts, y compris un rehaussement de l'offre d'environ 5 milliards de dollars, Yahoo! poursuit dans son refus. Après mûre réflexion, nous pensons que le prix exigé par Yahoo! n'a aucun sens pour nous, et qu'il y va de l'intérêt de nos actionnaires, de nos employés et des autres parties prenantes que Microsoft retire sa proposition, a déclaré Ballmer.

(...)

Lors de nos conversations la semaine passée, nous avons exprimé notre volonté d'augmenter notre offre à 33,00 $ par action, signe que nous étions prêts à saisir cette opportunité réciproque. Une majoration d'environ 5 milliards $ pour vos actionnaires, si l'on considère la valeur de l'offre initiale, et qui aurait représenté une prime supérieure à 70% par rapport au prix de l'action Yahoo! au 31 janvier. Cela s'est avéré insuffisant, puisqu'au final vous avez insisté pour obtenir environ 5 milliards $ de plus, soit plus ou moins 4 autres $ par action au-delà de notre offre à 33,00 $.

En outre, après avoir longuement réfléchi sur les négociations que nous avons eues cette semaine, il est clair qu'il serait erroné pour Microsoft d'adresser notre offre directement à vos actionnaires, puisque cette approche impliquerait nécessairement une longue bataille de procurations ou éventuellement une offre d'échange. Or, d'après nos discussions, nous en concluons qu'entre-temps vous pourriez prendre des mesures qui feraient de Yahoo! une cible d'acquisition indésirable pour Microsoft.

De même, nous voyons avec préoccupation le fait qu'en réponse à une "offre hostile" vous ayez planifié de conclure un autre accord avec Google pour sous-traiter la publicité contextuelle sur les pages de résultats du moteur de Yahoo!. De notre point de vue, un tel accord avec l'acteur dominant de la recherche sur Internet ferait de Yahoo! une cible d'acquisition indésirable pour plusieurs raisons...

* * *

(...)

“Despite our best efforts, including raising our bid by roughly $5 billion, Yahoo! has not moved toward accepting our offer. After careful consideration, we believe the economics demanded by Yahoo! do not make sense for us, and it is in the best interests of Microsoft stockholders, employees and other stakeholders to withdraw our proposal,” said Ballmer.

(...)

In our conversations this week, we conveyed our willingness to raise our offer to $33.00 per share, reflecting again our belief in this collective opportunity. This increase would have added approximately another $5 billion of value to your shareholders, compared to the current value of our initial offer. It also would have reflected a premium of over 70 percent compared to the price at which your stock closed on January 31. Yet it has proven insufficient, as your final position insisted on Microsoft paying yet another $5 billion or more, or at least another $4 per share above our $33.00 offer.

Also, after giving this week’s conversations further thought, it is clear to me that it is not sensible for Microsoft to take our offer directly to your shareholders. This approach would necessarily involve a protracted proxy contest and eventually an exchange offer. Our discussions with you have led us to conclude that, in the interim, you would take steps that would make Yahoo! undesirable as an acquisition for Microsoft.

We regard with particular concern your apparent planning to respond to a “hostile” bid by pursuing a new arrangement that would involve or lead to the outsourcing to Google of key paid Internet search terms offered by Yahoo! today. In our view, such an arrangement with the dominant search provider would make an acquisition of Yahoo! undesirable to us for a number of reasons...
Réponse de Jerry Yang :
Je suis très fier du comportement de notre équipe au cours des trois derniers mois. Un parcours qui a souligné toute l'unicité et la valeur de notre position stratégique. Maintenant que l'offre non sollicitée de Microsoft est derrière nous, nous allons être en mesure de recentrer nos énergies pour mener à bien la transition la plus importante de l'histoire de Yahoo!, afin de maximiser tout notre potentiel au bénéfice de nos actionnaires, nos employés, nos partenaires et nos utilisateurs.

I am incredibly proud of the way our team has come together over the last three months. This process has underscored our unique and valuable strategic position. With the distraction of Microsoft's unsolicited proposal now behind us, we will be able to focus all of our energies on executing the most important transition in our history so that we can maximize our potential to the benefit of our shareholders, employees, partners and users.
Voilà qui est clair des deux côtés. Si vous souhaitez approfondir en anglais...

Voir également mon analyse.


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vendredi 2 mai 2008

Le Web dans les nuages

Le Web dans les nuages

Pendant que les français, sûrs de leur bon droit, brident les énergies du Web à coup de procès et envisagent d'interdire purement et simplement aux "pirates" l'accès à Internet (qui devrait pourtant faire partie des droits inaliénables de tout citoyen, monsieur le petit père castrateur), les américains inventent l'avenir : le Web dans les nuages, ou Cloud computing.

Pendant que les français oublient que les inventeurs du Web, Tim Berners-Lee et Robert Cailliau, renoncèrent il y a 15 ans (1993) à percevoir des royalties sur leur "invention", offerte au domaine public (sans quoi le Web tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existerait pas), les américains joignent leurs efforts pour conquérir ce qu'ils considèrent être le futur modèle dominant de l'ingénierie matérielle et logicielle du 21e siècle, le cloud computing, ou l'informatique distribuée via des grilles de calcul (grid computing) à l'échelle de la planète.

Déjà en 2007, Google et IBM renforçaient leur partenariat dans ce domaine, et une fusion Microsoft-Yahoo augmenterait considérablement ce qu'Hervé Le Crosnier appelle le vectorialisme, qui définit ainsi le cloud computing :
disposer d'une force de frappe informatique (réseau + serveurs + mémoire + logiciels "as a service") pour offrir des services aux particuliers (dépôts photo, logiciels de productivité,...) et les capter dans l'univers d'un des vecteurs. Attention, on n'est plus dans l'époque des "mainframes", le nombre d'usagers ne se limite pas à des "grappes de terminaux", mais se compte en millions...
Oublions un instant les éternels fiancés Microsoft (toujours extrêment actif dans les data centers) et Yahoo! (social, viral et convivial, très impliqué dans Hadoop...), mais rappelons que si Google disposait d'un parc autour du million de serveurs à l'été 2007, ses investissements dans de gigantesques centres de données ont fait un bond énorme au premier trimestre 2008, alors même qu'IBM vient s'installer en Europe !

Et les deux compères (qui ont un autre point commun de taille : leur rivalité avec Microsoft) n'hésitent plus à envisager la réalisation conjointe d'un "réseau mondial de serveurs" :
IBM and Google plan to exploit their common technological world view and considerable talent to build a worldwide network, or cloud, of servers from which consumers and businesses will tap everything from online soccer schedules to advanced engineering applications.
Nous sommes loin du parc de 400 serveurs, éventuellement extensible à 4000, annoncé l'année dernière...

Tout cela présage donc une nouvelle révolution dans de nombreux domaines : SaaS, HaaS, stockage en ligne des données (et vu les volumes attendus...), télécommunications, Internet des choses, etc.

Juste pour donner un exemple de la puissance du grid computing, voici quelques infos sur la grille de calcul du CERN (voir plus haut) implémentée dans le cadre du projet WLCG (Worldwide LHC Computing Grid, cf. ici pour le Grand Collisionneur de Hadrons), nécessaire pour traiter un volume de 15 Pétaoctets de nouvelles données chaque année : Le catalogue entier des Rolling Stones transféré d'Angleterre au Japon en moins de 2 secondes ! Top chrono...


* * *

Et pendant ce temps, les français continuent de penser qu'on n'a pas encore fait mieux que le droit romain pour réglementer Internet, ce putain d'espace de non-droit.

Pensez, Mesdames et Messieurs, pensez. Après tout n'est-ce pas Descartes qui affirme : "Je pense donc je suis". Si ça peut vous donner l'illusion d'être ! Mais n'oubliez pas que pendant que vous pensez, d'autres agissent...

Permettez-moi de vous dédier ce fabliau (en espérant qu'il sera libre de droits...) :
Les français et les américains

Les français, ayant pensé
Toute leur vie,
Se trouvèrent fort dépourvus
Quand la Web économie fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Ils allèrent crier à l'aide
Chez les américains leurs voisins,
Les priant de leur prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la prochaine reprise.
"Nous vous paierons, leur dirent-il,
Avant l'août, foi d'animaux,
Intérêt et principal."
Les américains ne sont pas prêteurs :
C'est là leur moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dirent-ils à ces emprunteurs.
- Nuit et jour à tout venant
Nous pensions, ne vous déplaise.
- Vous pensiez ? nous en sommes fort aises.
Eh bien! dansez maintenant.
Fermeture d'esprit : 0 - Pragmatisme : 1

C'est pas marrant, je sais, mais ça soulage.


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L'ICANN et le Domain Tasting

L'ICANN et le domain tasting

Il semble qu'on approche d'une position officielle et définitive de l'ICANN sur le domain tasting.

Le Comité GNSO, qui a soumis au Directoire de l'ICANN ses recommandations en la matière, a voté très majoritairement une motion visant à décourager le recours à l' “Add Grace Period” (AGP), en interdisant tout remboursement aux registres qui le prétendraient, soit pour plus de 10% de leurs enregistrements mensuels, soit pour plus de 50 domaines.

Limite calculée sur la valeur la plus haute des deux, ce qui ne fait pas lourd pour des sociétés testant chaque mois des millions de noms. Quelques dérogations seraient prévues, mais en cas de circonstances exceptionnelles détaillées dans le rapport.

Les commentaires sont ouverts au public jusqu'au 21 mai.

Après quoi la décision de l'ICANN tombera. À suivre...


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Google se lance dans la pub TV !

Google se lance dans la pub TV !

Lancez votre campagne de pub à la télé en quelques minutes...


Si la sauce prend, basée sur le système d'enchères AdWords, beaucoup de régies traditionnelles vont pouvoir commencer à s'inquiéter...

Voir la démo. Via Vinny Lingham.


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Microsoft + Yahoo! = MicroHoo ?

Microsoft + Yahoo! = MicroHoo ?

Belle équation. RÉSOLUE !...


À plusieurs inconnues...

Depuis quelques jours, analyses et supputations se succèdent. Outre-Atlantique, comme toujours, car je n'en vois guère du côté de chez nous.

Ce qui témoigne quand même d'une certaine indigence face à une opération qui pourrait bien marquer un tournant décisif dans le paysage Internet mondial.

Selon certains, la finalisation d'un accord serait proche, voire très proche, et quoi qu'il en soit Microsoft pourrait annoncer aujourd'hui même sa décision pour la suite...

En attendant, l'absence d'annonces et le silence apparent après l'échéance de l'ultimatum lancé par Steve Ballmer signifient probablement que les deux parties poursuivent leurs négociations...

Marc Andreessen nous offrait dès lundi l'une des analyses les plus complètes, où il présente à peu près toutes les options possibles :

1. Microsoft passe à la phase hostile.

Ce qui voudrait dire engager une bataille de procurations pour remplacer l'actuel Conseil d'administration par un nouveau, plus favorable à Microsoft. Yahoo!, qui semble s'y préparer, a récemment rendu publiques ses règles du jeu...

2. Microsoft augmente la valeur de son offre.

Toutefois, le prix évoqué de 33$ par action serait insuffisant pour Yahoo!, dont la cible se situerait dans une fourchette de 35-37$. Raison pour laquelle Ballmer, qui vient de déclarer qu'il n'était pas disposé à payer plus que la véritable valeur de Yahoo!, selon lui (I know EXACTLY what I think Yahoo is worth and I won’t go a dime above) (intégralité du discours), pourrait retirer son offre.

3. Microsoft fait marche arrière.

Mais comme le disait Paul Kedrosky, cela pourrait fort bien être un autre bluff de Microsoft (qui veut a besoin de Yahoo!), pour faire plonger l'action dans un premier temps afin de mieux rebondir ensuite, d'autant plus que dans ce cas Yahoo! devrait faire face à une montagne de procès...

* * *

Telles sont les trois options retenues par Ballmer en personne, et d'après moi les deux dernières décrites par Marc Andreessen (l'acceptation de Yahoo! aux conditions actuelles et l'arrivée d'un "chevalier blanc") ne sont pas plus envisageables.

Cela étant, Marc poursuit son analyse, et c'est passionnant.

Reste un accord possible avec Google (qui se lance maintenant dans la pub à la télé...), mais outre le veto probable des autorités de régulation, si Eric Schmidt lui-même manifeste quelques signes d'inquiétude, entre un mensonge et l'autre, c'est qu'on ne devrait plus être très loin du dénouement final...

Comme l'observe Kara Swhisher, ce compte à rebours sans fin commence à être fatiguant  !


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P.S. Je viens de m'apercevoir (13h15') qu'Aziz m'avait précédé pour le titre, désolé.

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mardi 29 avril 2008

L'homme est un animal social...

Dont le propre est de communiquer. Depuis tout temps. D'abord par l'oralité, essentiellement. Puis par l'écriture.

Dès les premières lignes de son Histoire de l'écriture (Payot, réédition, 1984), James G. Février disait, en 1959 :
L'écriture est un procédé dont on se sert actuellement pour immobiliser, pour fixer le langage articulé, fugitif par son essence même. Moyen indirect d'ailleurs. Il viendra peut-être une époque où le dictaphone remplacera la plume et où nos bibliothèques se transformeront en discothèques ; la radio ne concurrence-t-elle pas déjà la presse ? Mais nous n'en sommes pas encore là.
Clairvoyant, non ? Un demi-siècle a passé, et nous sommes désormais beaucoup plus loin... À des années-lumière, même.

Avant Internet, lorsque vous communiquiez avec quelqu'un, soit vous lui parliez, soit vous lui écriviez, mais difficilement les deux en même temps.

Or dans l'Internet, non seulement l'écriture et l'oralité se fondent, mais vous pouvez y ajouter les images - statiques et en mouvement -, la musique, et toutes sortes d'autres éléments interactifs, tout cela fusionnant dans une espèce de palimptexte permanent !

The live Web : le summum des possibilités communicatives, où chaque message, chaque info qui circulent peuvent passer de main en main et être pris ou laissés, traités, modifiés, élaborés, réélaborés, mixés, remixés, diffusés, repris, rediffusés, etc., à l'infini. Où chacun/e y met son grain de sel, à son gré et sa discrétion, dans l'instant ou en différé et selon son humeur.

Même la traduction s'inscrit dans ce cycle communicationnel.

Donc nous n'avons plus désormais un contenu produit d'un côté et consommé de l'autre, mais une tension continue entre ces deux pôles "production-consommation", et une commutabilité (si je dis commutativité Eolas va encore pinailler) permanente entre les deux rôles.

Qui se calquent maintenant sur un modèle de communication en réseau, où l'on est passé du point-à-point au many-to-many (multipoints-à-multipoints, où tout le monde communique avec tout le monde) : aujourd'hui, potentiellement, tout le monde produit, tout le monde consomme.


Il n'y plus le one-to-many du producteur qui vendrait son contenu propriétaire à la masse des consommateurs, mais autant de producteurs que de consommateurs et vice-versa.

Et en outre, autre révolution majeure : il y a aujourd'hui davantage de contenus librement accessibles que de contenus payants. Des contenus de même nature ! Il devient en effet de plus en plus difficile, au point de tendre à l'impossible, de trouver une info payante qui ne soit pas aussi disponible sans rien payer.

Donc pourquoi payer d'un côté ce qui est gratuitement disponible de l'autre ? Et qu'on ne vienne pas me dire que ce qui est gratuit n'est pas gratuit, que vous le payez autrement, etc., car en l'espèce c'est une question tout à fait accessoire.

Une fois ces contours tracés, les manœuvres gigantesques auxquelles se livrent les grands groupes aujourd'hui tournent autour d'un seul problème : celui du contenu. L'inventaire, comme on l'appelle sur Internet.

Plus l'inventaire les inventaires que vous pouvez proposer aux internautes sont importants, plus vous pouvez les "monétiser" d'une façon ou d'une autre. D'où les concentrations auxquelles on assiste - et ce n'est pas fini -, où chacun apporte en dot ses lots de contenus.

Et où prennent-ils ces contenus ? Sur mon blog, sur celui d'Eolas, sur les sites des autres, etc. Là où il est, quoi. Ils se servent d'ailleurs sans rien demander, et personne ne leur dit rien, car ils "donnent" en échange une certaine dose de visibilité. Or si l'on n'est pas visible sur Internet, autant dire qu'on n'est rien. Pas de visibilité, pas de présence. L'équation se résume à ça.

Il n'y a guère plus que la presse qui prétend vouloir faire payer les moteurs, et on voit où ça la mène. Encore heureux que les moteurs soient prêts à payer ! Sans quoi les groupes de presse finiraient par avoir encore moins de lecteurs sur leurs sites que pour leur édition papier, ce qui est tout dire...

Mais le jour où ils couperont les cordons de la bourse, même les sites de presse devront mettre les clés sous la porte. À moins qu'ils ne s'adaptent. Et vite. La relève est déjà là. Tous les journalistes qui se posent des questions feraient bien d'y réfléchir, voire de changer d'attitude...

Le contenu, donc. Notre contenu. Celui d'Adscriptor, par exemple. Et celui du voisin, et du voisin encore, etc.

Comment le valoriser mieux que par quelques degrés de visibilité ? Rassurez-vous, je pose la question sans vous donner la réponse, qui ne dépend certes pas de ma personne. J'ai déjà mes idées là-dessus, une foule d'idées, mais que seul je serais bien incapable de mettre en œuvre. Il y faudrait des moyens humains, une structure logistique, une plateforme technique, etc.

Toutefois on peut résumer ça en un mot : agrégateur. Avec les avalanches de procès auxquelles on assiste en ce moment, j'ai lu de tout sur les agrégateurs. Tout et son contraire. D'abord il en va des agrégateurs comme du reste : il y a les bons et les mauvais. Je crois surtout que les agrégateurs sont comme les autres, au sens où personne (à part Google) n'a encore vraiment compris comment interagir intelligemment avec les producteurs de contenus que nous sommes.

Mais ça va se mettre en place, c'est évident. Ce n'est qu'une question de temps. De tâtonnements, pour tester, modifier, ajuster les modèles.

Toutefois une chose est sûre : ce n'est pas en défendant à outrance le pré carré de l'information propriétaire qu'on va dans le bon sens. Pas plus qu'en menaçant de procès un blogueur pour avoir osé reproduire un dessin tout pourri. Et encore moins en condamnant à tort et à travers pour des infos tellement anodines qu'elles ne méritent pas même d'être qualifiées d'infos...

L'homme est un animal social. Qui a autant besoin de communiquer et d'échanger que d'air. Vouloir l'en empêcher, c'est aller contre nature. Vouloir enfermer l'information et son libre-échange dans des règles juridiques trop strictes, aveugles et rétrogrades (en fait, ne servant qu'à maintenir certains privilèges le plus longtemps possible), c'est comme vouloir retenir de l'eau dans ses mains. Ça fuit de tous les côtés.

Je ne suis pas seul à le dire, c'est dans ce film (45 minutes).

L'information est liquide. Dans l'océan de l'info, soyons tous des pirates. Libérons les données...

Billet excellentissime auquel je dois la réflexion qui précède. Merci Nicolas.


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P.S. Adaptation de la première capture d'écran du film :


Ne demandez la permission à personne pour copier ce contenu. Quiconque ne reproduira pas ce contenu, ou empêchera les autres de le faire, sera mis au ban.
Tous les dispositifs techniques potentiellement utilisables pour partager ce contenu devront être déployés. Nous vous le demandons : assurez-vous avec vigilance de la promotion de ce contenu, et informez les tenants de la propriété intellectuelle que sa “consommation” doit être favorisée, et non combattue. Merci !
Voilà au moins une capture pour laquelle je ne risque aucune menace.
Eolas, si vous visionnez ce film, grand bien vous fasse ! (tiens, ça rime ;-)

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dimanche 27 avril 2008

L'affaire Martinez - Gala

ou pourquoi il n'y a, selon moi, qui ne suis pas avocat mais simple citoyen concerné par ce que je considère être de graves dérives juridiques et des "torsions brutales" du système judiciaire, aucune atteinte à la vie privée dans cette affaire.

[MàJ - 21 mai 2008] Et ça continue...

Suite à la menace à peine voilée d'Eolas, en proie à un énorme coup de colère, j'ai écrit dans la foulée un billet enflammé que je renonce à publier pour mettre un terme à cette polémique stupide, qui n'a jamais été mon but.

Comme nous y invite sobrement Frédéric Dard : "Il est parfois bon d'abaisser un débat", ... ce qui ne veut pas dire y renoncer.

Voilà pourquoi je poursuis mon analyse de cette triste affaire, qui n'est certes pas un honneur pour la Justice française. C'est mon avis. Motivé par de gros efforts de compréhension pour essayer de faire la part des choses. S'il ne vous plaît pas, ou si vous n'êtes pas prêt à examiner objectivement un point de vue différent du vôtre, passez votre chemin.

* * *

Dans Eolas – Adscriptor : riposte, Pierre Borbon me dit en commentaire :
Vous montrez du doigt comme quelque chose d'énorme le fait que la Cour de cassation parle de dérives jurisprudentielles. Il n'y a là, absolument rien d'étonnant ou de choquant.
Ce n'est pas tout à fait exact. Ce que je veux montrer du doigt, c'est que la Cour de cassation parle de dérives jurisprudentielles en matière d'atteinte à la vie privée !

C'est ça qui m'a étonné. Car il me semble deviner que dans l'affaire Martinez contre Fuzz et les autres, aucun avocat défenseur n'a soulevé d'exception sur ce point.

Apparemment il règne en l'espèce un consensus général chez les avocats sur cette dictature de l'atteinte à la vie privée, une matière dont Emmanuel Parody nous dit : « c'est le droit à l'image et la législation protégeant la vie privée qui est notre spécificité nationale. »

Eolas lui-même, dans son billet sur la condamnation de Gala, conclut ainsi : « Le reste de la décision n'appelle aucun commentaire particulier de ma part, elle est très classique en matière de protection de la vie privée. »

Un avis que je ne partage absolument pas, non point parce que c'est Eolas qui le dit, cela ne changerait pas ma position d'un pouce qu'il fût prononcé par Machin ou Trucmuche. Ainsi, celles et ceux qui seraient amenés à penser que ce billet est issu d'une rancune malsaine se trompent. Lourdement.

Je vais donc analyser cette affaire avec mon "bon sens", c'est tout ce que j'ai. Aucune formation juridique, on me l'a assez reproché, mais je ne considère pas cela comme une excuse suffisante pour éviter d'essayer de comprendre. Par moi-même dès lors que je n'accepte pas cette apparente passivité générale autour d'un principe injustement érigé en absolu.

Ce qui m'a conduit à rechercher les exceptions à ce principe. Je les ai trouvées ici (c'est moi qui souligne) :
II . Exceptions

1) Les exceptions au droit à la vie privée et à l’image

1ère exception : "La redivulgation de faits déjà licitement publiés" [4] et informations "anodines"

Faits publics ou faits qui ont été portés à la connaissance de tous en toute légalité

Il est normal qu’un journaliste ou tout autre professionnel chargé de faire connaître et d’étudier les faits puisse se référer à des événements qui ont déjà fait l’objet d’une divulgation, ces faits étant en principe connus de tous. Cependant, Me A. Bertrand constate que de nombreux jugements continuent de sanctionner la republication dans des journaux d’informations dont le public avait par le passé eu connaissance. Il cite à l’appui une décision du TGI de Nanterre en date du 15/02/1995 "Seule la personne concernée est habilitée à décider de faire ou de laisser publier la relation des faits relatifs à sa vie privée dans les termes, le support et le contexte choisis par elle, de sorte qu’une nouvelle publication ne peut être faite sans son autorisation spéciale".

Ce genre de décisions contrarie l’esprit de l’article 9 du code civil qui n’est censé protéger que l’intrusion illicite dans la sphère privée. En effet, la divulgation de ces faits par la personne protégée écarte toute idée d’atteinte à la vie privée.

Le droit exclusif et absolu sur sa vie privée : la fin d’un règne ?

Un arrêt de la cour de cassation, plus récent, en date du 3 avril 2002 semble vouloir atténuer cette sévérité des juges du fond. La cour affirme que la simple relation d’un fait public n’est pas de nature à porter atteinte à la vie privée et rappelle que certains faits, qu’elle qualifie d’"anodins", ne peuvent, en raison de cette nature, constituer une atteinte à la vie privée. Ainsi, alors même qu’aucun contexte d’actualité ne vient couvrir l’absence d’autorisation, il semblerait que la cour de cassation ait décidé de mettre un terme à certaines dérives jurisprudentielles.
Une première exception - "La redivulgation de faits déjà licitement publiés" et informations "anodines" - qui semble s'appliquer comme un gant à l'affaire Martinez - Gala !!!

Donc une première question que je pose aux avocats est la suivante : pourquoi dans cette affaire aucun de vos consœurs et confrères n'a soulevé cette exception ?

Sur le caractère anodin de l'information, il me semble difficile de se contorsionner dans tous les sens pour prétendre le contraire. Quoique, vu les précédents...

Reste à examiner la question des "Faits publics ou faits qui ont été portés à la connaissance de tous en toute légalité", pour voir si la caractérisation est applicable ou pas à l'affaire Martinez vs. Gala.

Je dois pour ce faire me rapporter au jugement du tribunal (intégralité) :

À la défenderesse faisant « valoir que la notoriété du couple formé par K.M. et O.M. à laquelle les intéressés ont eux-mêmes contribué priverait ce dernier de la possibilité d'agir en référé, l'écho donné aux retrouvailles du couple n'étant pas nécessairement fautif », le juge répond :
...attendu que la divulgation antérieure par le demandeur de faits relevant de sa vie privée, à supposer qu'elle soit suffisamment démontrée, ne saurait le priver de la possibilité d'agir en référé en raison d'atteintes postérieures non autorisées, et ne peut dès lors constituer une contestation sérieuse au sens de l’article 809 alinéa 2 du Code de procédure civile ;
je note que ce jugement a été rendu presque une semaine APRÈS que la rumeur d'un mariage éventuel entre K.M. et O.M. ait fait le tour de la toile, relayée par une dépêche de l'AFP, reprise par je sais pas combien de journaux, suivie du démenti officiel de Me Emmanuel Asmar pour le compte de son client : Olivier Martinez dément un mariage avec Kylie Minogue (des milliers de résultats aujourd'hui sur Google). Je cite la dépêche :
Me Emmanuel Asmar, l'avocat de l'acteur français Olivier Martinez, a fait savoir jeudi soir dans un communiqué à l'AFP que son client démentait l'annonce d'un prochain mariage avec la chanteuse australienne Kylie Minogue.
(...)
Pour preuve de ce mariage qui alimente une rumeur depuis plusieurs mois...
Donc je me demande : dans l'échelle des rumeurs, quelle serait la plus haute pour motiver une atteinte à la vie privée ?

Celle de simples retrouvailles, ou celle d'un futur mariage ? De plus, comble de l'absurdité, cette rumeur du mariage a été lancée sur Internet le jour même, ou le lendemain, je crois, de la condamnation de Fuzz et des autres.

Or dans le cas des simples retrouvailles, nous avons une série d'assignations - toutes gagnées - au motif d'atteinte insupportable à la vie privée, alors que dans le cas du mariage annoncé - POSTÉRIEUR aux condamnations contre Fuzz et les autres et ANTÉRIEUR à la condamnation de Gala -, nous avons un simple démenti du même personnage.

Une info également reprise sur Gala, le 28 mars (lendemain de la condamnation de Fuzz et des autres, mais date antérieure au jugement) qui écrit : « Olivier Martinez met donc les choses au clair et demande une nouvelle fois, en démentant les rumeurs de mariage, qu’on cesse de parler de sa vie privée. »

Assortie d'un premier plan du beau ténébreux...

Vous allez peut-être rétorquer qu'il n'est pas trop tard pour que Martinez attaque l'AFP et compagnie, mais enfin, après avoir publié un communiqué officiel utilisant les mêmes voies, permettez-moi d'avoir quelques doutes.

Auquel cas je pose aux avocats les questions suivantes :
  1. Ces faits peuvent-ils être considérés publics ou portés à la connaissance de tous en toute légalité ?
  2. Si cette circonstance du mariage annoncé, de toute évidence plus grave sur l'échelle des rumeurs que celle des simples retrouvailles, peut être considérée comme un fait public ou porté à la connaissance de tous en toute légalité, y a-t-il une quelconque possibilité que la soi-disant atteinte ait gain de cause devant un juge du fond (car si j'ai bien compris, le référé ne préjuge en rien de l'issue d'un jugement sur le fond) ?
  3. Vu le déroulement des événements et les antécédents médiatiques du "couple", est-il possible que, pour des "infos" de même nature, d'abord il n'y a pas atteinte, et puis après il y a atteinte, ensuite il n'y a plus atteinte, et demain peut-être encore atteinte, etc.
    Un peu comme si l'atteinte pour les mêmes infos totalement anodines pouvait être décrétée selon des fenêtres temporelles décidées par une star capricieuse : hier non, aujourd'hui oui, demain non, après-demain qui sait ?
Et que dire ainsi du "préjudice subi par O.M. du fait de cette publication (...) aggravé par le fait que celle-ci a été diffusée sur Internet" ?

En effet, les moteurs fournissent des milliers de résultats sur les infos ci-dessus. Donc, doit-on considérer ces milliers de résultats publics ou portés à la connaissance de tous en toute légalité, ou constituent-ils tous une atteinte ? Ou encore certains constituent-ils une atteinte et d'autres non, alors qu'ils parlent tous de la même chose ? Et si oui, quels sont les critères juridiques retenus ? Le degré de gravité dans l'échelle des rumeurs ? Autre ?...

* * *

Mais ce n'est pas tout. Loin de là.

Selon le jugement, l'article condamné a été publié le 4 février, puis volontairement retiré du site Gala.fr le 14 mars, après avoir fait l'objet "d'environ deux milles visualisations" (sic!).

Ce qui fait que là où le plaignant demandait le "retrait immédiat de l’article litigieux sous astreinte de 5.000 euros par jour de retard", le juge constate que "le retrait des propos n'est plus sollicité eu égard au constat d'huissier produit en défense".

Plus d'article litigieux, plus de retrait. Ce qui doit être bien commode pour Gala.fr, qui publie en parallèle la même info à deux autres endroits, ENCORE EN LIGNE AUJOURD'HUI :

On ne parle que de ça | Kylie Minogue dément une nouvelle relation amoureuse avec Olivier Martinez : Certes, ils se voient régulièrement, mais uniquement par amitié...

Brève publiée le 5 février, c'est-à-dire le lendemain de l'info condamnée et volontairement supprimée par Gala.fr :


On murmure que... | Kylie Minogue flirte avec son ex ! : A Paris, elle serait retombée dans les bras d’Olivier Martinez...

Celle-ci, qui n'est pas datée (pourquoi donc ?), est placée sous la même rubrique que la brève condamnée : On murmure que..., et reprend partiellement les mêmes mots (à gauche, version actuellement en ligne) vs. (à droite, version retirée) :

- On murmure que... | Kylie Minogue flirte avec son ex ! vs. On murmure que... | K.M. et O.M. de nouveau ensemble ?

- Kylie aurait craqué de nouveau pour son french lover vs. la chanteuse australienne aurait décidé de retenter l'aventure avec son french lover...

- On pensait qu’elle s’était juste contentée de promener S., le berger allemand d’Olivier, pendant sa virée à Paris vs. Toujours accompagnés du fidèle S., le chien de l'acteur, ils auraient été aperçus...

Etc. La brève est illustrée en outre par une photo d'archive, ce qui signifie, si j'ai bien compris tout ce que j'ai lu, que dans ce cas il n'y aurait pas seulement atteinte à la vie privée, mais également un problème en termes de droit à l'image :


J'ai fait ces captures d'écran le 6 avril, c'est-à-dire postérieurement au jugement contre Gala, or photos et articles y sont encore.

Par conséquent, si l'on calcule une astreinte de 5.000 euros par jour de retard pour le retrait des DEUX articles, calculez vous-même...

Et là où le jugement mentionne :
O.M. verse aux débats dix jugements ou ordonnances de référé ayant condamné sur le fondement de l’article 9 du code civil, la société Prisma Presse entre juin 2005 et mars 2007, ce qui est de nature à attester de son absence de complaisance et donc de la réalité de son préjudice susceptible d'aggravation du fait de cette nouvelle publication ;
en mettant sur un plateau de la balance l'info condamnée et volontairement retirée, et sur l'autre la même info dans deux articles (agrémentés de photos...) encore en ligne plus d'un mois après les condamnations, je me pose des questions : est-il possible qu'on trouve dans les résultats des moteurs, d'une part, des sites peu en vue comme tous ceux qui ont été condamnés dans le sillage de Fuzz, et, de l'autre, qu'on passe à côté de cette même info publiée dans DEUX articles de Gala (avec photos...), qui ressort habituellement en première page sur ce genre de résultats people ? Mystère...

Et quid de la complaisance, dans ce cas ?

Sans compter, cerise sur le gâteau, que l'article correspondant sur celebrites-stars.blogspot.com est toujours en ligne !!!


où l' "auteur" à l'origine de la publication sur Fuzz du lien jugé coupable, précise gentiment en commentaire : "En tout cas ... je crois qu'il vous a bien niqué l'auteur de ce blog..."

D'où l'interrogation d'Eric Dupin sur son blog. Qui n'est d'ailleurs pas seul à penser que Google néglige les splogs sur Blogger...

* * *

Bien, je crois avoir fait un peu le tour de la situation.

- Voilà pourquoi je n'accepte toujours pas que le système juridique actuel permette la condamnation de nombreux sites sur de telles bases, qui n'ont absolument rien à voir avec les nazis, les pédophiles, les sectes et tout ce que vous voulez. Certaines décisions restent pour moi incompréhensibles (tiens, ça me rappelle une autre affaire...).

- Voilà pourquoi je n'accepte pas qu'on parte de ce genre d'affaire pour affirmer d'un ton péremptoire : la toile n'est pas une zone de non-droit.

- Voilà pourquoi je me tue à tenter d'expliquer depuis le début que les responsables des sites condamnés n'avaient aucun moyen d'exercer un contrôle A PRIORI sur ce genre d'infos, totalement indétectables, aussi bien humainement qu'algorithmiquement, et qu'il conviendrait donc d'invoquer, dans les cas de ce genre, l'absence de responsabilité, d'où mon parallèle avec les kiosquiers, etc.

Mais bon, apparemment les réponses aux questions que je pose sont loin d'être simples. Il n'empêche : je me devais de les poser.


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