Il semble donc que mes prévisions de 1 200 tweets par seconde (voir plus bas) étaient bien par défaut, puisque si l'on se base sur ces chiffres de Twitter, nous en serions déjà à plus de 31,5 milliards de tweets à l'année, soit une valorisation à 12 cents le tweet (31,5 milliards x 0,12 = +3,7 milliards $) !
Quant à analyser entre 15 et 16 milliards de tweets pour 360 000 $, cela fait moins de 1 000 $ par jour pour environ 1 500-1 600 milliards de caractères (en prenant une moyenne de 100 caractères par tweet), ce qui représente en gros 1 milliard de pages de texte (standard en traduction : 1 page = 1 500 caractères), un beau corpus !
* * *
Mon dernier billet est né en m'interrogeant sur les stats de Twitter, et notamment sur la faible proportion de tweets francophones, évalués à 0,64% de l'ensemble des messages par une étude que cite Lionel en commentaire.
L'étude originale, qui a exploré 13 millions de comptes en janvier 2010, montre une répartition fortement déséquilibrée, avec les États-Unis qui se taillent la part du lion (plus de la moitié), et les autres pays se partageant le reste.
Les comptes francophones seraient autour de 1%, pour une proportion équivalente de messages FR twittés chaque jour début 2010, selon ces autres chiffres : 500 000 sur près de 50 millions. Posons donc l'hypothèse de 1% de comptes et de messages FR, nous ne devrions pas être loin de la réalité.
Voyons maintenant quelques données fournies sur le blog de Twitter. En février 2010, la barre de 45 millions de tweets par jour était franchie :
La production journalière de tweets a donc plus que doublé depuis le début de l'année, en hausse constante, puisque si l'on divise 25 milliards par 365 jours, ça ne fait qu'une moyenne de 68,5 millions/jour, pratiquement à mi-chemin entre les 45 millions de février dernier et les 95 millions de ce mois-ci.
Mais en rapportant ce chiffre au nombre de comptes, qui était de 175 millions en novembre, dont plus de 100 millions ouverts cette année et une moyenne actuelle de 370 000 nouveaux comptes chaque jour, si cette tendance se maintient, ça nous donnerait environ 200 millions de comptes ouverts dès janvier 2011 et probablement plus de 300 millions à la fin de l'année prochaine.
Or 40 milliards de tweets pour 300 millions de comptes, ça ne fait jamais que 133 tweets par compte sur l'année, disons 1 tous les trois jours ! Ce qui est totalement invraisemblable, et laisserait plutôt penser que la production annuelle de tweets fin 2011 sera plus proche de 60 milliards que de 40.
L'affaire Wikileaks - Julian Assange me bouleverse. C'est probablement plus du domaine de l'intuition que du rationnel, mais que voulez-vous, je fonctionne comme ça, et je sens que cette histoire est d'une importance extrême, pour la démocratie, pour la liberté d'expression, pour le droit à Internet, qui devrait être un droit inaliénable et imprescriptible, selon moi...
Ainsi, je suis de près le tag Wikileaks sur Twitter (bien qu'il ne soit pas "trendy"...), et à chaque fois je suis étonné par le nombre relativement peu important de tweets en français sur le sujet. Pour en avoir le cœur net, j'ai sélectionné autant de tweets tagués Wikileaks que Twitter m'a permis, soit 1 478. Tweets en français : 37 (!), soit 2,5% du total.
Personnellement, il me semble que ça fait pas lourd. Tout au moins rapporté à une affaire de cette importance. Vous allez me dire que ce pourcentage doit être évalué au regard du pourcentage réel de francophones sur Twitter, qui devrait tourner autour de 3% (si quelqu'un a les chiffres exacts ou un lien, merci de le signaler en commentaire), mais même en comparant les deux chiffes, je trouve ce "2,5%" extrêmement bas, trop bas !
J'ai donc cherché des articles en français sur le sujet, juste pour voir si ce que j'allais trouver aurait corroboré mon idée d'un seuil d'attention plutôt faible, et voici le résultat de mes recherches.
Je salue tout d'abord l'initiative Statelogs, d'OWNI, qui est sans aucun doute la source d'info francophone la plus riche, avec des analyses de fond s'intéressant à la véritable nature du phénomène Wikilieaks et qu'il convient de méditer.
D'où la nécessité, impérative, de résister ! Les américains eux-mêmes s'interrogent sur le fondement d'une action légale sérieuse (bien qu'ils aient déjà préparé une inculpation pour espionnage...), donc laissons les vélléitaires français (le totalitarisme de la transparence...) ou italiens (Assange veut détruire le monde...) à leurs enfantillages (si ce n'est que ce sont des ministres, mais bon...). Quand le chef de l'état lui-même confond Wikileaks et Wikipédia, que peut-on demander de plus à ces braves gens ?
Unless and until appropriate laws are brought to bear to take the wikileaks.org domain down legally, technical solutions should be sought to reestablish its proper presence, and appropriate actions taken to pursue and prosecute entities (if any) that acted maliciously to take it off the air.
Et qu'on soit d'accord ou pas avec l'action d'Assange et de l'équipe de Wikileaks ne change rien à l'affaire, puisque les conséquences "législatives" qui risquent d'être prises un peu partout dans le monde "démocratique" iront bien au-delà du seul cas particulier.
Voici donc un rapide tour du problème que m'a inspiré la question suivante : Les français s'intéressent-ils à Wikileaks ?
Car je persiste à penser que seuls 37 tweets francophones sur 1 478 témoignent d'une sous-estimation, ou d'une sous-représentation de cette affaire, selon moi cruciale. Ceci dit, histoire de se consoler, hormis l'anglais, il ne me semble pas que les autres langues soient beaucoup plus représentées que le français dans mon échantillon, à part l'espagnol, peut-être, même s'il est vraisemblable que tous les non-anglophones twittent aussi en anglais.
Y en a-t-il d'autres parmi vous qui ont eu une impression identique ?
* * *
Sarah nous signale au passage ce beau documentaire de la télévision suédoise :
Cette affaire de Wikileaks, l'an zéro d'une nouvelle guerre, me met dans une colère noire. D'abord parce que la réaction de l'Amérique est totalement débile, avec des débordements en tout genre de politiques qui font leur gros caca nerveux (laissons tomber les diarrhées françaises et italiennes...).
Ensuite parce que les censures répétées d'Amazon, d'EveryDNS.net, de Tableau, de Paypal, de Moneybookers, Mastercard, etc., qui, d'un instant à l'autre, ont tous éliminé Wikileaks de leurs services, sont en train de nous dessiner les contours d'un Maccarthisme numérique de la plus mauvaise augure, sous l'impulsion de sénateurs comme Joe Lieberman !
Vous vous rappelez Hal Turner ? Aujourd'hui il est en prison parce qu'il est accusé d'avoir menacé de mort trois juges, quand bien même il est prouvé que le FBI s'est servi plusieurs fois de lui comme agitateur...
Or quelqu'un pourrait-il m'expliquer quelle serait la différence entre Hal Turner et Tom Flanagan, un "conservateur" qui en a appelé à l'assassinat d'Assange, si ce n'est que pour le même délit, l'un est en prison alors que l'autre est un conseiller du premier ministre canadien...
Certes, Flanagan est canadien, mais Sarah Palin a déjà déclaré qu'Assange devrait être mis sur le même plan que Ben Laden et les terroristes d'al-Qaeda, certains membres de son parti (républicains) n'hésitant pas à invoquer la peine de mort pour les responsables de WikiLeaks. Et que dire quand la presse titre : Assassinez Assange !?
Information warfare is warfare, and Julian Assange is engaged in warfare. Information terrorism, which leads to people getting killed is terrorism, and Julian Assange is engaged in terrorism. He should be treated as an enemy combatant. WikiLeaks should be closed down permanently and decisively.
Les agences gouvernementales U.S. menacent même leurs employés et fonctionnaires - y compris les aspirants candidats (!) - en les avertissant que la simple consultation du site - et donc de documents classés - est un délit !!!
Côté défense, en revanche, je trouve que les journaux, dont Le Monde, chargés de débroussailler cette énorme masse documentaire, restent bien trop silencieux sur les risques encourus par Assange, et que le journalisme en général, même celui qui se dit "libre" (Médiapart...), n'exprime pas assez haut et fort sa réprobation sur la façon dont les "grands" de ce monde veulent mettre les "petits" sous leur botte.
Je n'ai pas le temps de développer, mais mon avis est que celles que nous appelons aujourd'hui "démocraties" sont responsables des pires saloperies, les U.S. en tête (et je vous dis pas l'Italie...), que plus le temps passe et plus nos gouvernants réduisent à néant les quelques "acquis" démocratiques tout en s'en mettant plein les poches, et donc que toute information "libre" qui réussit à échapper aux griffes de la mainmise médiatique de qui nous gouverne en nous gardant soigneusement dans l'ignorance de leurs magouilles ne peut que faire le plus grand bien à ce qui reste de toute façon la forme plus évoluée de vie en société : la démocratie.
Qui se meurt de silence, d'ignorance et d'indifférence, et ne peut progresser que dans une dialectique saine - et donc informée - entre gouvernants et gouvernés.
Merci Julian Assange, merci Bradley Manning, merci à toute l'équipe de Wikileaks et à toutes vos sources, anonymes et courageuses.
Billet destiné à s'étoffer dès que j'aurai du nouveau, vu que la première livraison en accès public est pour l'instant limitée à 220 documents, soit 0,087% de l'ensemble, autant dire une misère...
[MàJ - 30 novembre 2010] La publication se poursuit au compte-gouttes, donc j'espère qu'il faudra pas attendre des mois... (même si quelque chose me dit qu'on entendra encore parler de cette affaire !)
Selon Wikileaks, il s'agit de 251 287 documents, sur plus de 3 millions de pages pour un total de 261 276 536 mots, soit une moyenne de 1 040 mots par note.
[MàJ - 2 décembre 2010] Or vu que depuis le début de la mise en ligne le site a publié environ 400 nouvelles notes en 4 jours, soit une moyenne d'une centaine par jour, à ce rythme il faudrait encore ... 2500 jours, soit pratiquement 7 ans de publications journalières.
Un non-sens absolu à l'heure d'Internet, d'autant plus que d'autres révélations sont d'ores et déjà annoncées dès le mois prochain sur Bank of America...
Et à l'heure où Wikileaks ne pourrait bien être que le précurseur d'une fuite plus massive, généralisée, constante. Comme l'observe justement Brian Skahan :
the real story from #wikileaks is that the door of massive data leaks is open permanently. governments and corporations face a new reality
Donc en attendant d'approfondir, voici la chronologie d'une affaire dont je pense être sans aucun doute la source d'info francophone la plus complète. Et la seule, à vrai dire.
Il y a quelques jours, le fils de Berlusconi, Pier Silvio, a déclaré à l'occasion d'un congrès qui s'est tenu à l'Università Cattolica, à Milan, que c'est la « situation politique » et « la situation de crise générale, pas seulement en Italie », qui pèsent davantage sur la performance négative qu'enregistre en ce moment l'action Mediaset à la Bourse italienne, plutôt « que les résultats du Groupe sur les neuf premiers mois de l'année », en hausse relative.
En effet, dans la semaine qui vient de s'écouler, le titre a touché son plus bas depuis 4 mois, bien qu'il rebondisse légèrement depuis hier. Ce qui fait préciser à Pier Silvio Berlusconi : « Le yoyo quotidien du cours est difficilement déchiffrable ».
Il n'empêche ! Si l'on observe l'évolution sur les 5 dernières années, la baisse semble évidente et durable :
D'autant plus que les différentes affaires judiciaires qui s'accumulent sur le Groupe hypothèquent gravement son avenir :
Le procès sur les droits télévisés de Mediaset, dans le cadre duquel Silvio Berlusconi est accusé de fraude fiscale, réalisée en gonflant artificiellement le prix des droits de diffusion de films, qui auraient été acquis à travers plusieurs sociétés écrans lui appartenant pour les revendre ensuite au Groupe, lequel aurait ainsi pu constituer des caisses noires à l'étranger et payer moins d'impôts dans son pays. Sont également cités à comparaître le président de Mediaset, Fedele Confalonieri, et David Mills, déjà condamné dans un autre procès pour avoir été corrompu par Berlusconi himself. Rappelons en passant que David Mills fut l'artisan-créateur du Compartiment B de Fininvest, le secteur très confidentiel réunissant pas moins de 64 sociétés off-shore...
Dans l'affaire Mediatrade en revanche, qui concerne également les droits télévisés, Berlusconi se serait "approprié indûment" des fonds d'une de ses sociétés contrôlée avec le concours d'un associé, l'homme d'affaires américano-égyptien, Frank Agramo.
Et puis n'oublions pas l'affaire Mondadori, dans laquelle le juge de première instance a condamné le groupe Fininvest (programmé pour corrompre...), à verser la bagatelle de 750 millions d'euros à Carlo De Benedetti, président du groupe CIR, à qui Berlusconi avait soufflé la maison d'édition Mondadori (PDF, 15 Mo, IT), en corrompant le magistrat chargé de la procédure judiciaire.
Commentaire à chaud de Marina Berlusconi (dont certaines rumeurs disent qu'elle pourrait se lancer en politique pour succéder à son père...) : « Si nous devions payer une telle somme, démesurée, Mediaset devrait mettre la clé sous la porte ! ». Le jour du jugement, le titre avait immédiatement décroché de 6,30% !
Berlusconi a ensuite remporté les premières manches, puisqu'il a obtenu le blocage du paiement de l'amende, jugée trop élevée : une expertise diligentée par la Cour d'Appel de Milan a d'ailleurs diminué la valeur du préjudice subi à environ 560 millions d'euros. Par conséquent, si le Tribunal de deuxième instance retient les résultats de l'expertise, il est probable que De Benedetti encaissera quoi qu'il en soit un pactole considérable en réparation...
Côté presse nationale, ça ne va pas très fort non plus avec Il Giornale, le quotidien du frère de Berlusconi, prête-nom plutôt qu'éditeur pur et dur... Même si l'arrivée de Vittorio Feltri l'année dernière a boosté les ventes, vu qu'il tape sur tout ce qui bouge dans un sens opposé aux desiderata de son patron (il vient d'ailleurs d'être suspendu trois mois par l'ordre des journalistes, pour avoir violé la déontologie du métier...), les résultats financiers sont encore dans le rouge et la seule raison pour laquelle la famille Berlusconi le garde, c'est qu'il s'agit d'un formidable outil d'influence et de propagande...
Passons maintenant à la RAI, la télévision publique, dont Berlusconi réussit encore à contrôler les JT de la 1ère et de la 2ème chaînes. Le dernier exemple en date n'est pas vieux puisqu'il date d'hier, où les titres du 20 heures de la 1ère chaîne ne disent pas UN mot du jugement du Tribunal de Palerme (dont les motivations ont été rendues publiques hier, justement) qui, en juin dernier, a condamné en appel le Sénateur Marcello Dell'Utri à 7 ans de prison pour concours externe en association mafieuse, alors que Silvio Berlusconi est cité pas moins de 461 fois dans le dispositif, troisième personnage plus cité après Marcello Dell'Utri (1073 fois) et Vittorio Mangano (613 fois), le héros...
Jugement impitoyable : pendant près de 20 ans, Berlusconi a préféré payer la mafia sans jamais dénoncer les différents chantages aux forces de l'ordre, pour protéger aussi bien sa famille que ses télévisions, et Marcello Dell'Utri, son éminence noire, a constamment fait le lien entre Berlusconi et les chefs mafieux, "en contribuant de manière efficace et consciente à consolider et renforcer l'association mafieuse". Ce n'est pas moi qui le dit, mais la Cour d'Appel ! J'aborderai bientôt aussi le chapitre des "présumés" financements mafieux à Berlusconi, dont Massimo Ciancimino raconte qu'ils ont été particulièrement fructueux, preuves à l'appui...
Quant à Vittorio Mangano, défini publiquement comme un héros par les compères Berlusconi-Dell'Utri alors qu'ils savaient pertinemment que c'était un mafieux, il était à demeure chez Berlusconi, à Villa San Martino, pour garantir sa "protection" à la famille Berlusconi, et accessoirement pour servir de tête de pont entre la mafia sicilienne et les mafieux installés dans le nord de l'Italie en vue de développer le trafic international de drogue, Paolo Borsellino dixit...
P.S. Jusqu'à présent, voilà plus de 16 ans que Berlusconi a réussi à endormir les italiens grâce à sa puissance médiatique, en contrôlant l'information, c'est-à-dire en désinformant par une propagande essentiellement basée sur le mensonge, la calomnie (il faudrait que je vous raconte les innombrables "dossiers" qui circulent ici...) et la déconstruction du langage.
Pour autant la politique italienne ressemble aux immenses sarcophages métalliques enfouis dans des décharges disséminées du nord au sud de la péninsule : ils sont tellement pleins à craquer de déchets toxiques que leurs déversements miasmeux commencent à déborder de partout, et l'incommensurable cloaque italien ne pourra plus rester dissimulé longtemps encore.
Il me semble d'ailleurs que, de plus en plus, l'opinion publique internationale est en train de se rendre compte que l'Italie de Berlusconi est un danger pour l'Europe. Donc il ne reste plus qu'à en convaincre les italiens eux-mêmes, mais la tâche s'annonce ardue. Et pourtant, on ne peut pas lui reprocher de ne pas y mettre du sien !
Hier dans la soirée, je reçois un tweet de l'ami François qui me demande des précisions sur le bunga bunga.
Réflexion faite, vu que c'est assez dur à expliquer en 140 caractères, et même en 140 mots, je pense qu'un billet dédié conviendra mieux...
La partie "publique" de l'histoire commence à Milan, le 27 mai dernier, lorsqu'une mineure d'origine marocaine, connue comme Ruby, 17 ans et demi à l'époque, est arrêtée par une patrouille de police. Une brésilienne dont elle avait partagé l'appartement l'avait dénoncée en l'accusant de lui avoir volé des bijoux et de l'argent pour plusieurs milliers d'euros. Accompagnée au poste, sans documents, il apparaît qu'elle s'est échappée de la communauté d'accueil où le Tribunal des mineurs de Messina l'a placée ; elle devrait donc être gardée à vue en attente d'identification. C'est alors que le chef de cabinet de la préfecture de Milan, Pietro Ostuni, directement contacté par la Présidence du Conseil pour s'intéresser de l'affaire, téléphone au bureau de police pour demander la libération immédiate de la jeune fille, sans procéder à la signalétique et sans rédiger de rapport de service.
Avec l'excuse suivante : « C'est la nièce de Hosny Moubarak, le président égyptien ! » (parenthèse linguistique : nièce ou petite-fille, ce n'est pas très clair, car c'est le même mot en italien, nipote, qui a donné en français ... népotisme).
Elle est attendue à la sortie du commissariat par Nicole Minetti, ex-soubrette de la télé, spécialiste de l'hygiène buccale de Berlusconi (je ne plaisante pas, puisqu'elle est présentée comme "igienista dentale del presidente del consiglio"), élue depuis sur les listes (truquées selon le Parti radical, qui a porté la chose devant le Tribunal Administratif Régional, audience prévue le 9 décembre prochain) de Roberto Formigoni, du parti de Berlusconi, président de la Région Lombardie.
Hier, lors d'une conférence de presse, à la question d'un journaliste qui lui demandait confirmation ou infirmation de ce coup de fil pour le moins impromptu, au lieu de démentir, Berlusconi a répondu, textuel :
- « j'ai bon coeur et donc je m'occupe des problèmes des personnes ! » (Io sono una persona di cuore e quindi mi occupo dei problemi delle persone).
Mais comment en est-on arrivé là ? C'est ce que je vais essayer d'expliquer. Car lorsque Ruby raconte qu'elle a fréquenté les fêtes de Villa San Martino à Arcore, la somptueuse demeure de Silvio Berlusconi près de Milan (pratiquement escroquée pour une bouchée de pain à une autre mineure orpheline, pour rester sur l'argument...), où elle aurait pratiqué le "bunga bunga", ou simplement assisté à cette espèce de "rite sexuel propitiatoire", ça jette un froid...
Observons de suite que les "confidences" de Ruby ont d'abord été faites aux assistantes sociales, qui sont évidemment tenues de tout rapporter aux services de police. Et même si la jeune fille se contredit souvent, alternant affirmations et démentis, en mêlant probablement le vrai et le faux (comme lorsqu'elle déclare avoir reçu de l'argent de Berlusconi, en donnant une fourchette plutôt vague, puisque ça va de 7 000 à 150 000 en passant par 30 000 €), les enquêteurs tentent donc de vérifier ses différentes versions ; il n'en reste pas moins que certains faits troublants sont d'ores et déjà avérés :
il est avéré que son portable a fonctionné dans la même cellule que celle de la villa de Berlusconi, où sa présence a d'ailleurs été confirmée par Emilio Fede lui-même ;
il est avéré que certains bijoux qu'elle possède ont bien été payés par Berlusconi ;
il est avéré qu'à la gare de Milan, arrêtée par la police ferroviaire parce qu'elle était sans papiers, Ruby téléphone à "son" avocat, qui n'est autre que Luca Giuliante, trésorier milanais du parti de Berlusconi, grand ami de Paolo, le frère de Berlusconi, et avocat de ... Roberto Formigoni et Lele Mora, sous enquête dans cette histoire, aux côté d'Emilio Fede (celui qui aurait "découvert" Ruby lorsqu'il présidait le jury d'un concours de beauté) et Nicole Minetti, pour "incitation à la prostitution", en clair, proxénétisme et, qui plus est, impliquant une mineure...
Autre chose particulièrement étrange, ce même avocat aurait présenté au Tribunal des mineurs une demande d'adoption de Ruby, pour le compte de la future aspirante "maman", qui n'est autre que Diana Mora, la fille de Lele Mora...
En oubliant peut-être un peu vite que Ruby a une famille qui vit en Sicile, une famille modeste (son père, marocain, est un vendeur ambulant, et elle-même n'a pas la nationalité italienne). Donc lorsque ces gens-là disent qu'ils ont été trompés sur l'âge, c'est peu vraisemblable puisqu'on n'adopte pas les majeurs, à ma connaissance... Et "Tribunal des mineurs", ça veut bien dire ce que ça veut dire !
Donc même lorsqu'elle affirme que personne n'était au courant du fait qu'elle était mineure, puisqu'elle ne fêtera ses 18 ans que dans ... deux jours, le 1er novembre, elle est peu crédible !
Noemi Letizia aussi était mineure (celle qui appelait Berlusconi papounet), puisque Berlusconi créa la surprise en se présentant chez elle, à Casoria, le jour de ses dix-huit ans, et les analogies sont nombreuses avec cette nouvelle affaire. Or une interview m'est restée en mémoire, où le journaliste lui demandait les chansons préférées de Berlusconi, et surtout qu'elle était la blague qu'il préférait raconter. Réponse de Noemi :
Deux ministres du gouvernement Prodi vont en Afrique, sur une île déserte, où ils se font capturer par une tribu d'indigènes. Le chef de la tribu demande au premier ôtage : « Toi préférer mourir ou bunga-bunga ? ». Le ministre choisit bunga-bunga et il se fait violer. Quand c'est au tour du deuxième, sommé de décider entre les deux options, celui-ci répond : « Plutôt mourir ». À quoi le chef de la tribu réplique : « D'accord, tu mourras, mais d'abord bunga-bunga... »
J'ai fait de mon mieux, j'ai fait tout ce que j'ai cru possible. J'ai tenté d'aider mon mari, j'ai imploré ceux qui étaient à ses côtés d'en faire autant, comme on le fait avec une personne qui n'est pas bien. Sans résultat, tout aura été inutile. Je croyais qu'ils auraient compris, je me suis trompée. Maintenant ça suffit.
(...) Je ne peux plus rester avec un homme qui fréquente des mineures.
Les faits démontrent que Veronica Lario disait vrai...
* * *
[MàJ - 31 octobre 2010] Au fil des jours et des infos, on en sait de plus en plus sur la responsabilité de Berlusconi dans cette affaire, et comme le révèle le quotidien Repubblica, le déroulement des événements a fait l'objet d'une note "confidentielle" adressée par l'ex-préfet de Milan au Ministre de l'Intérieur, Roberto Maroni :
Berlusconi a donc menti délibérément en affirmant qu'il s'agissait de la nièce - ou de la petite-fille - de Moubarak, juste pour étayer sa thèse selon laquelle il n'était pas nécessaire de placer la mineure dans une communauté d'accueil, afin d'éviter de faire des vagues...
Un mensonge écrit noir sur blanc dans le rapport de police :
Je suis un joyeux luron qui aime la vie et les femmes, je mène une vie d'enfer et j'ai bien le droit de m'accorder des soirées relax, je suis fier de ma vie et ne reconnais à personne le droit à prétendre me faire changer de style de vie...
Quant à Nicole Minetti, qui a signé le procès-verbal comme "conseillère ministérielle auprès de la Présidence du Conseil" et à la responsabilité de qui les policiers ont remis Ruby, non seulement personne ne sait où elle l'a accompagnée ensuite, mais selon la version papier du quotidien "La Stampa", elle l'aurait conduite chez une "amie brésilienne" (contre qui Ruby a porté plainte par la suite, en l'accusant d'avoir voulu l'inciter à la prostitution...), en compagnie d'une "autre brésilienne", qui aurait candidement admis : « J'avais le numéro de téléphone du président depuis quelques années, mais à ce jour j'avais jamais eu l'occasion de m'en servir... »
Et le journaliste de s'interroger : - « Comment se fait-il qu'un grand nombre de filles, brésiliennes, marocaines, italiennes, russes, connaissent le numéro de portable de Berlusconi à utiliser en cas de besoin ? »
Selon l'Espresso, la police italienne aurait récemment signé un accord avec Facebook qui permettrait à la police d'Internet d'avoir accès aux profils - privés, chats compris - des quelque 17 millions de membres italiens du réseau social, sans autorisation nécessaire de qui que ce soit : ni d'un juge, ni d'une autorité quelconque, et encore moins des intéressés...
Par exemple, un enquêteur explique au journaliste que dans le but d'empêcher le déroulement des soirées "rave", ils s'insèrent dans les communications entre organisateurs et participants, sur les réseaux sociaux, les forums, les blogs, etc. ("e per questo ci inseriamo nelle comunicazioni tra organizzatori e partecipanti, nei social network, nei forum e nei blog").
Je n'ai pas d'autres infos pour l'instant, mais la première pensée qui m'est venue à l'esprit est la suivante : si Facebook se met à signer ce genre d'accord avec les italiens, on ne voit pas pour quelle raison Zuckerberg ne le ferait pas non plus avec les autorités des autres pays.
Et surtout, à l'insu de son public. Mais si l'affaire est prouvée, selon moi, ça risquerait de porter un rude coup à l'image de Facebook auprès de ses membres, et je ne suis pas certain qu'au final cela s'avère être une bonne opération pour Facebook...