lundi 3 février 2014

Google, producteur de contenu(s)

Depuis la création de Google, sa mission revendiquée consiste à « organiser les informations à l’échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous. »

Ce qui s'est traduit pendant longtemps par la fameuse page de résultats aux dix petits liens bleus. Mais les choses changent !

D'abord on est passés à la recherche universelle, intégrant images, vidéos, infos, shopping, temps réel, réseaux sociaux, etc., pour en arriver en 2012 à la mise en oeuvre du graphe de la connaissance, qui devrait aider « à découvrir de nouvelles informations rapidement et simplement. »

Par contre le problème pour les millions de producteurs de contenus "maison" qui peuplent le Web, c'est qu'aujourd'hui les utilisateurs découvrent certes « de nouvelles informations rapidement et simplement », mais de plus en plus ça se fait directement chez Google, sans plus passer par la case "autres sites" !


On voit bien cette évolution sur le graphique ci-dessus, puisqu'en 2014 la partie droite de la page de Google pourrait bien contenir l'info que vous cherchez, avec plein de liens qui tous renvoient chez, devinez un peu ... Google !

Cela veut dire que l'internaute a de fortes chances de n'aller pas plus loin que la première page de résultats du moteur, voire de cliquer pour aller visiter d'autres pages de Google, encore Google, et toujours Google !

J'ai vu passer avant-hier un tweet de Jason Calacanis en pleine conversation avec Danny Sullivan :

But @mattcutts should admit google's plan is to replace all content providers.
« Matt Cutts devrait bien admettre que le projet de Google, c'est de remplacer tous les fournisseurs/producteurs de contenu ! » La conversation entre Calacanis et Sullivan porte d'ailleurs sur ce sujet précis...

Qu'on se le dise ! Or comme l'avouait fort justement ce même Danny Sullivan dès 2012 :
Google as a publisher and content broker raises a number of issues.
Oui, ça pose problème, en effet. Surtout que ça ne concerne pas que le contenu "texte", mais aussi vidéo et ainsi de suite, inutile d'en dresser la liste ici. Assez en tout cas pour que l'Union européenne s'en inquiète, au point de pousser Google à donner « suffisamment de garanties pour faire de la place à ses concurrents, plutôt qu'à ses propres services, sur ses plateformes de recherche. Faute de quoi, M. Almunia pourrait décider de sanctions financières... »

Sauf que là les concurrents de l'Ogre, ce sont vous et moi ! Ou le référenceur du coin qui fait ce qu'il peut pour positionner le mieux possible les sites de ses clients, à qui Google explique comment il doit faire (en plus, et qui le récompense en remplaçant ses mots clés référents par un laconique "not provided" !), pour se faire souffler la place à l'arrivée par ... Google ! Un peu comme si Google voulait implicitement faire passer le message que, pour se positionner en première page de résultats, le meilleur moyen - si ce n'est le seul -, c'est d'acheter de l'Adwords ou sur Shopping...


C'est tout cadeau ! Du reste, Google a beau sanctionner les réseaux de liens, n'est-il pas lui-même le premier réseau de liens planétaire, merveilleusement construit avec le contenu des autres ?

"Conflit d'intérêts" (qui va d'ailleurs souvent de pair avec "abus de position dominante"), on appelle ça dans la finance. Ce n'est pas pour rien que dans sa transmutation permanente, Google transforme le web en or : sauf que les pépites, c'est lui qui les ramasse.

C'est encore, plus récemment, l'arrivée d'Hummingbird : rapide et précis ! Normal, avec tout ce que Google profileur en série sait sur nous depuis longtemps, facile de nous servir selon nos goûts ;-)

Vu où en sont les choses, l'utilisateur peut-il aujourd'hui encore inverser la traîne ? Rien de moins sûr. Donc Google fournisseur-producteur de contenu(s), pourquoi pas, mais si c'est pour phagocyter le Web, à quoi bon ?

Selon vous ?



vendredi 10 janvier 2014

Duplication de contenu

L'année 2014 sera au(x) contenu(s) ou ne sera pas ! Si l'on en croit la quantité infinie de prédictions sur l'explosion du "content marketing", il est clair que le marketing de contenu (parfois utilisé au pluriel : marketing de contenus) est plus que jamais dans l'air du temps...


En 20 ans, le contenu a révolutionné le Web !

Ce qui n'était hier qu'un marketing de niche est devenu au fil des ans une tendance lourde, et je suis particulièrement content qu'Adscriptor ait suivi cette voie dès le début ! Il y a huit ans déjà (janvier 2006), dans l'une de mes premières traductions sur « Les enjeux d’une stratégie de liens », l'approche préconisée était claire :
  1. Création d’un contenu de qualité
  2. Mise en place de liens avec d’autres sites proposant du contenu de qualité
  3. Demande de liens auprès de sites pertinents à forte valeur ajoutée
C'est d'ailleurs ce que j'ai toujours essayé de mettre en pratique sur ce blog, en suivant ma "théorie" sur le référencement/positionnement par le contenu pur, qui me conduisit à l'automne 2007 à positionner mon billet sur Facebook en première page des résultats de Google (presque 100.000 visites juste pour le mois d'octobre 2007), grâce à une approche pragmatique :
  1. Générer un contenu original et de qualité
  2. Proposer une information fraîche, fréquemment mise à jour
  3. Coller à l'actu, l'anticiper si possible, être réactif
  4. Produire en quantité suffisante
  5. Lier généreusement vers les autres et capitaliser sur les liens retours
  6. Ne pas craindre de rédiger des billets longs pour favoriser les taux de clic et de rebond
  7. Inclure les mots clés dans les URL
Une démarche centrée "contenu" que j'ai développée en janvier 2007 dans un billet intitulé : "La professionnalisation du contenu". Je m'étais même "inventé" la qualification de "consultant en contenu" (multilingue), ce qui pouvait faire sourire à l'époque alors qu'à présent on ne parle plus que de ça...

Un billet dont je voudrais vous reproposer de larges extraits aujourd'hui, car j'estime qu'il n'a pas pris une ride 7 ans plus tard, et qu'il est même d'une actualité brûlante ! (je n'ai pas vérifié tous les liens, pardonnez-moi si certains sont cassés)

* * *

Le contenu, kesako ?

Contenu, 124 millions d'occurrences sur Google, et sa déclinaison en anglais, content, près de 1 milliard 400 millions de résultats ! Une notion extrêmement répandue, même à défaut de vraiment savoir ce dont il s'agit...

Il est vrai qu'Internet révolutionne le sens d'un nombre considérable de termes, en marquant une ligne de démarcation nette. Pour rester dans notre exemple, il y a le contenu AVANT et APRÈS Internet.

AVANT, selon le petit Robert :
  1. Ce qui est dans un contenant.
  2. Ce qu'exprime un texte, un discours (cf. teneur).
  3. Ce que signifie un signe (cf. signifié)
Donc, pour tenter un parallèle avec la linguistique, où la signification est le rapport réciproque qui unit le signifiant et le signifié, sur le réseau des réseaux le sens est donné par la conjonction/adéquation du contenant (Internet) et du contenu (tout ce qu'il y a dedans).

APRÈS, le contenu sur la toile, pêle-mêle, c'est l'ensemble des informations linguistiques et graphiques, cartographiques, multimédias (vidéo, voix, données, ...), visibles ou non, structurées ou non, interactives ou non, libres ou propriétaires, etc., qui revêtent des significations/portées différentes en fonction des émetteurs/destinataires :
  1. pour l'internaute lambda, de même que pour la grande majorité des (très) petites entreprises, ce sont toutes les données, lato sensu, qui forment leur présence sur le Web ;
  2. pour les moyennes et grandes entreprises, ce peut être un site/portail de e-commerce, un catalogue sophistiqué en ligne, un intranet, etc. ;
  3. Pour les moteurs et les grands acteurs du Web, c'est de plus en plus l'eldorado de l'UGC, à savoir le contenu généré par l'utilisateur de façon plus ou moins librement consentie, plus ou moins licite, à travers lequel les principaux intéressés bâtissent leurs "inventaires", à savoir des référentiels de données planétaires ayant pour double ambition de rendre accessible toute la connaissance de l'humanité d'une part, et de monétiser/marchandiser ce vieux rêve encyclopédiste de l'autre... Il faut bien vivre :-)
En outre, le contenu ça se gère à différents niveaux, citons entre autres : la saisie, le stockage, l'archivage, la sauvegarde, la sécurité/confidentialité, le contrôle/audit, la recherche, la diffusion, la préservation, la destruction/perte, la syndication, etc.

Sans oublier la cerise sur le gâteau, le multilinguisme et toutes les (non-) stratégies possibles de localisation (PDF, 4,7 Mo) du contenu, quel qu'il soit...

Enfin sur Internet le contenu se doit d'être riche, un nouveau concept, une extension du "rich content" (marquant initialement la combinaison de fonctionnalités d'animation, graphiques, audio et vidéo pour offrir de la musique, des jeux, des films, etc.), aussi bien qualitativement que quantitativement...

Et ce n'est qu'un début. Car avec l'explosion prévisible à court terme du mobile (à ce propos, les observateurs ne manqueront pas d'observer que les grandes manœuvres sont déjà en cours dans la téléphonie mobile, où les alliances se multiplient entre moteurs et pure players, pour ne citer qu'eux), et, bien plus inimaginable encore, de l'Internet des choses, le contenu généré par l'utilisateur a de beaux jours devant lui.

Notion assez emblématique de la génération 2.0 du Web participatif (blogs, wikis, forums, podcasts, réseaux sociaux, votes, recommandations, partages de ressources - liens, photos, vidéos, etc.), de l'intelligence collective, de la sagesse des foules, du peer review (auto-régulation, si vous voulez), ou encore, last but not least, du journalisme citoyen, l'User-Generated Content est défini par Didier Durand comme « le contenu - massif - créé par Mr Tout le Monde et publié sur l'Internet à disposition (gratuite) de la planète entière ».

Mais la question est plutôt délicate à appréhender, aussi voudrais-je m'arrêter un instant sur l'UGC, qui est probablement l'un des enjeux majeurs de l'Internet aujourd'hui.

* * *

L'UGC, kesako ?

Le contenu généré par l'utilisateur, c'est "Tu bosses et je ramasse", selon Emmanuel Parody, grâce à qui j'ai le mieux compris les tenants et les aboutissants de la production de contenus sur Internet. C'est dans ce billet, qu'il faudrait que je cite dans son intégralité, commentaires inclus, mais autant vous encourager à le lire, lentement et attentivement.

La dimension clé pour comprendre de quoi l'on parle, c'est que dans l'optique des acteurs qui font le Web, l'UGC est une industrie. Écoutons Emmanuel :
(M)on propos consiste à aborder la question sous un angle industriel. Je n’ai aucun doute que l’aventure individuelle d’un blogueur talentueux puisse permettre l’éclosion d’un projet ou d’une success story. D’un point de vue industriel l’histoire se raconte autrement et ce n’est pas contradictoire. Le partage des revenus ou la perf ne suffisent pas à produire le contenu du moins pas celui que l’on attend d’un media d’information.

Sur la crédibilité, c’est une autre question, je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle se gagne avec le temps et que chacun à sa chance, c’est probablement le meilleur du phénomène du blog. Pour cette raison je crois volontiers aux trajectoires individuelles mais ca ne fait pas une industrie…
Avec une généralisation du haut débit qui tend à générer une croissance mécanique de la consommation et la création des contenus par les utilisateurs, dont la rémunération devra tôt ou tard être abordée, comme l'observe Francis Pisani en rapportant les propos d'un de ses commentateurs :
[…] les utilisateurs prendront conscience qu’actuellement ils ne bénéficient pas de l’exploitation commerciale des contenus qu’ils produisent. Les services qui permettront de rémunérer les producteurs de contenus l’emporteront sur ceux qui ne rémunèrent pas leurs utilisateurs.
Ça me donne envie de comparer les grands moteurs à des banques, peut-être pas au sens propre (quoique...), qui deviennent des mastodontes de la finance grâce à VOTRE argent, et chez qui vous allez emprunter ce qui n'est finalement que l'argent des autres. Idem pour les moteurs qui capitalisent VOS données pour mieux les monétiser ensuite, la seule contrepartie étant que, de temps en temps, ils vous envoient quelques visiteurs, ce qui est bien gentil de leur part, mais ne nous empêche pas de rester des utilisateurs captifs !

Donc, après les flux monétaires, voici arriver à la vitesse grand V les flux de contenus...

* * *
Consultant en contenu : kesako ?

Maintenant que j'ai tenté de cerner d'un peu plus près ce qu'est le contenu sur Internet, il est temps que j'essaie d'approfondir les interrogations soulevées par Serge :
  1. Qu'est-ce qu'un consultant en contenu ?
  2. Que fait un consultant en contenu ?
  3. Qui sont les clients d'un consultant en contenu ?
  4. Qu'apporte à ses clients un consultant en contenu en terme de rentabilité ?
  5. Quels sont les prix que pratique un consultant en contenu ?
* * *

1. Qu'est-ce qu'un consultant en contenu ?

Avant tout, c'est quelqu'un qui a une vision globale du paysage Internet (sixième grand média, rappelons-le) sous ses différents aspects et rouages, alimentée par une veille permanente, une vision adaptative, réactive, capable d'anticiper et/ou de rebondir en temps voulu, mais aussi d'isoler un secteur dans une démarche marketing, pour en segmenter les tendances et analyser le positionnement évolutif (en progression ou en régression) de son client sur le Web, tant à l'échelle nationale qu'internationale (pays par pays).

C'est également quelqu'un en mesure de favoriser une réflexion commune sur votre identité numérique, afin de déployer un registre de langue en phase avec votre style de communication, en le basant sur l'adage « la réputation c'est la répétition », ou comment réinventer constamment le même message dans la continuité et réussir à l'affirmer dans cet univers hyperconcurrentiel, hypercompétitif, qu'est le Web. Reputation is repetition...

Enfin c'est un animateur, capable de réunir une équipe cohérente, où compétence rime avec pertinence, pour couvrir « l'ensemble des informations linguistiques et graphiques, cartographiques, multimédias (vidéo, voix, données, ...), visibles ou non, structurées ou non, interactives ou non, libres ou propriétaires, etc. », qui émanent d'une entreprise.

2. Que fait un consultant en contenu ?

Sa tâche essentielle consiste à partager cette vision en la mettant au service d'un projet, qu'il s'agisse de formation, de conseil au développement d'une présence qualifiée sur le Web ou autre.

Personnellement, je transpose à chaque projet la règle G + 2H + 5W que j'applique généralement au discours, en remettant au goût du jour la vieille recette de Quintilien (ça ne nous rajeunit pas)...

Se poser ces questions et y répondre de manière détaillée est indispensable dès lors que chaque action de communication doit être pensée EN COHÉRENCE avec la politique globale existante et EN AMONT du développement de toute forme d'expression/de présence en ligne : qui communique, à qui, quoi, comment, avec quels résultats, etc.

Si vous parlez avec un référenceur, si vous parlez avec un traducteur, si vous parlez avec un graphiste, si vous parlez avec un ..., chacun vous dira que les impératifs liés à chaque métier doivent être pris en compte A PRIORI plutôt qu'A POSTERIORI : AVANT on décide en connaissance de cause, APRÈS on fait ce qu'on peut, mais ça s'apparente davantage à du rapiéçage qu'à une stratégie bien pensée !

3. Qui sont les clients d'un consultant en contenu ?

Du particulier à la multinationale, quiconque a conscience que présence ne signifie pas forcément visibilité, et que le temps de l'improvisation est révolu pour se faire connaître en intégrant tous les paramètres utiles. Sur le réseau, faire savoir/faire valoir ses produits/services nécessite donc de faire appel à des professionnels, sauf avoir de telles ressources en interne.
Et s'il est vrai qu'une entreprise est reconnaissable à sa signalétique autant qu'à sa manière de communiquer, aucune communication corporate ne peut plus faire l'impasse sur la nature du contenu qu'elle produit à l'intention des internautes (qui ont par ailleurs de fortes chances d'être aussi ses clients dans la "vraie vie").

4. Qu'apporte à ses clients un consultant en contenu en terme de rentabilité ?

Je ne pense pas que la question soit suffisamment ciblée pour lui donner une réponse satisfaisante, tant sont nombreux les critères susceptibles d'impacter le ROI. Comme pour tout accompagnement d'un projet, cela dépend des actions envisagées.

Toutefois, juste à titre d'exemple, ça me fait penser à la traduction : aujourd'hui encore, beaucoup trop d'entreprises s'imaginent qu'il suffit de savoir plus ou moins bien deux langues pour traduire, et font appel à leur secrétaire "bilingue" ou à n'importe qui pour rédiger leur correspondance d'affaire ou d'autres documents commerciaux sensibles, en ayant comme seul critère qualitatif de payer le moins cher possible, voire rien du tout. Idem sur Internet, où les sites multilingues traduits par BabelFish et consorts sont légion.

Le résultat, désastreux en termes d'image et de réputation, est à la hauteur de l'investissement. Autant essayer de solutionner la quadrature du triangle... Donc, faire appel à un traducteur professionnel est-il rentable ? That is the question !

5. Quels sont les prix que pratique un consultant en contenu ?

Variables :-)

* * *

Une stratégie que je poursuis aujourd'hui encore (voir à titre d'exemple la production de mon premier livre blanc consacré au marketing & branding pour traducteurs & interprètes), donc si les services d'un créateur de contenu multilingue de qualité (surtout texte, mais pas uniquement) vous intéressent, il suffit de m'envoyer un mail...



jeudi 19 décembre 2013

Mon premier livre blanc : marketing & branding pour traducteurs & interprètes

Enfin ! Cela faisait longtemps que je voulais écrire un "livre blanc", c'est maintenant chose faite :



* * *

Quand bien même il s'agit d'une expression familière, puisqu'on en voit désormais à toutes les sauces, il m'a semblé intéressant d'approfondir ce concept dans le cadre d'une stratégie marketing de "création de contenu", un argument qui n'est pas nouveau chez moi puisque dès 2006 j'ai commencé à militer pour un référencement/positionnement par le contenu pur.

Un sujet d'ailleurs largement développé sur Adscriptor, dont je rappellerais entre autres réflexions, par ordre chronologique :
et qui reste en filigrane dans bon nombre des billets que j'ai dédiés au référencement.

Par exemple, dans « Les mots clés ne valent rien s'ils ne sont pas contextualisés dans des pages clés ! » (avril 2008), je définissais mes deux règles d'or :
Première règle d'or, les mots clés doivent être définis en amont du process de développement d'un site, ou d'un blog, qui vont être le contenant : un contenant à construire autour du contenu.

Deuxième règle d'or, une page clé se construit plus qu'elle se rédige, c'est de l'ingénierie linguistique où le paramètre de base peut se résumer par la formule G + 2H + 5W : qui, quoi, où, quand, pourquoi, comment, combien et en première place G = Google.
L'écriture (ou la rédaction) étant le revers de la médaille du contenu textuel [voir Écrire pour le Web : quand vos lecteurs sont des moteurs... (avril 2006), Écrire pour le Web : optimiser le contenu des infos en ligne (décembre 2008)], même si en 2014 (nous y sommes...) son poids est moindre dans une stratégie de création de contenu, où rédaction/création doit aller de pair avec communication/diffusion (social).

Un aspect social déterminant que j'ai également pris en compte très tôt, comme dans Optimisation pour les médias sociaux (août 2006) ou dans Interface sociale = tableau de bord Web 2.0/Web 3.0 (décembre 2007), dont voici un extrait :
2. Communication publique
Communiquer sur Internet, c'est s'ouvrir vers l'extérieur, et, de plus en plus, dialoguer : une communication bidirectionnelle, interactive, proche de la conversation. En outre :

  • Communiquer, c'est poster un document sur des services tels que Scribd, Docstoc ou SlideShare (voir la page de Cédric Manara, par exemple), en comptant sur sa qualité pour que le lien puisse être relayé ou mis en évidence, etc.
  • Communiquer, c'est taguer : ne jamais oublier le pouvoir des folksonomies, des mots clés qui vont circuler ensuite sur Technorati, Wikio, etc.
Etc. Ce ne sont là que des exemples, chacun en a sûrement d'autres. Aujourd'hui on ne communique plus seulement avec la pub, mais avec le contenu sous toutes ses formes. Certains y ajoutent le contexte. L'UGC est un très fort vecteur de communication. L'écriture Web aussi. Sans oublier le linkbaiting, les stratégies de liens, les stratégies de trafic, l'optimisation ou le positionnement par le contenu, etc.
Une stratégie globale qui a fini par payer à l'époque avec le positionnement d'Adscriptor en première page de Google sur la requête Facebook, que j'ai tenté de récapituler ensuite dans mes « 7 conseils pour vous positionner dans la première page de résultats de Google sur une requête donnée » :
  1. Générer un contenu original et de qualité
  2. Proposer une information fraîche, fréquemment mise à jour
  3. Coller à l'actu, l'anticiper si possible, être réactif
  4. Produire en quantité suffisante
  5. Lier généreusement vers les autres et capitaliser sur les liens retours
  6. Ne pas craindre de rédiger des billets longs pour favoriser les taux de clic et de rebond
  7. Inclure les mots clés dans les URL
Oui mais voilà, depuis que j'ai écrit ces billets, le référencement est déjà mort et rené une bonne dizaine de fois (...), jusqu'à se fondre à présent dans un nouveau cocktail où les bonnes vieilles recettes SEO marchent encore, certes, mais sont insuffisantes sans l'aspect social qui caractérise la multiplicité des canaux marketing aujourd'hui disponibles...


Source : James Currier, Co-Founder Ooga Labs - LeWeb 13 Paris (The Next 10 Years)

* * *
Donc, qu'entend-on par "livre blanc" ?
Un livre blanc est un recueil d'informations destiné à un public déterminé pour l'amener à prendre une décision sur un sujet particulier. (...) Son caractère institutionnel s'est modifié avec le temps. Les livres blancs trouvent aujourd'hui un nouvel emploi dans un contexte non officiel, tel celui qui a trait aux activités économiques. La communication d'entreprise, par l'intermédiaire du marketing, des relations publiques et d'internet, tire parti de l'efficacité de ce nouvel outil de développement commercial interactif. 
Qu'est-ce qu'un livre blanc pour l'entreprise ? 
Tel qu'il est utilisé dans le monde de l'entreprise, un livre blanc est un recueil de quelques feuillets (de 6 à 20 ou 30 pages environ) destiné à amener le public à prendre une décision par rapport à une solution préconisée par son diffuseur sous forme d’un produit ou d’un service. Le livre blanc est un document objectif qui présente à un public ciblé (...), des informations sur les innovations proposées par une entreprise ou un professionnel. Il est rédigé de manière à inciter les lecteurs à juger la valeur des informations qu’ils découvrent et à les orienter vers une décision finale qui est soit l'acte d’achat, de souscription ou d’adhésion. 
Ainsi le développement des livres blancs s'appuie sur le constat de la maturité grandissante du public dont l’esprit critique et la volonté d'affirmer son indépendance décisionnelle doivent être reconnus. Ce type de document à caractère non publicitaire se situe à la croisée des chemins entre la plaquette luxueuse vantant les mérites d'un produit, destiné au grand public, et le document technique souvent ardu à lire, destiné aux ingénieurs et aux techniciens. La technique marketing du livre blanc s'appuie sur des principes tirés d'une vaste expérience dans la communication d'entreprise. Le premier principe est d'éduquer les lecteurs, de manière attrayante, dans une problématique donnée, soulevée par l’entreprise et vécue par les lecteurs. Le contenu aborde un sujet traité qui concerne en principe la majorité des lecteurs et s’accompagne d’une solution innovante et efficace. 
Les objectifs principaux d'un livre blanc 
Pour une entreprise, la rédaction d'un livre blanc est motivée par l’une ou l'ensemble des trois raisons suivantes : 
  1. Enrichir le fichier prospectif de l'entreprise 
  2. Faire autorité dans son domaine professionnel 
  3. Amener les lecteurs à prendre une décision favorable
Je me retrouve parfaitement dans cette page dédiée de Wikipedia, mais l'envie seule d'en rédiger un ne suffisait pas, encore fallait-il que je trouve un format adapté à mon idée. Or vu que je suis nul en graphisme, j'ai dû attendre plutôt longtemps avant de trouver ces modèles d'ebook sur Hubspot, une excellentissime ressource marketing.

Toutes les conditions étant finalement réunies - l'idée, le matériau textuel et graphique -, je n'avais plus qu'à m'atteler à la tâche. Dont acte !




mercredi 18 septembre 2013

Le seuil d'ensemencement de la désinformation

Suite : Désinformation, manipulation, propagande...

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Hier j'ai découvert une info qui m'a bouleversé ! Il s'agit de la publication d'une recherche intitulée "A Scalable Heuristic for Viral Marketing Under the Tipping Model", signée par MM. Paulo Shakarian, Sean Eyre & Damon Paulo, qui sont trois militaires américains instructeurs à West Point.

Car il est hautement symbolique tout autant que fortement préoccupant qu'une étude aussi sérieuse sur la possibilité d'infecter à grande échelle des réseaux sociaux ayant au minimum des centaines de millions de membres et au maximum plus d'un milliard (pour l'instant...) émane des militaires !

Vous l'aurez noté, je ne publie plus beaucoup, mais là, l'info est de taille et la tentative de la décortiquer un peu me semble largement justifiée.

Plantons d'abord le décors : le contexte est 1) la sociologie, et le terrain de jeu est 2) l'univers des réseaux sociaux.

Selon Wikipedia, la sociologie peut être définie comme la branche des sciences humaines qui cherche à comprendre et à expliquer l'impact de la dimension sociale sur les représentations (façons de penser) et comportements (façons d'agir) humains...

Quant à la traduction du titre : "A Scalable Heuristic for Viral Marketing Under the Tipping Model", nous pourrions la décomposer comme suit :

- Toujours en sociologie, l’heuristique est la « discipline qui se propose de dégager les règles de la recherche scientifique ». Le terme heuristique désigne d'une manière courante, une méthode de résolution d'un problème qui ne passe pas par l'analyse détaillée du problème mais par son appartenance ou adhérence à une classe de problèmes donnés déjà identifiés.

- Scalable fait désormais partie de notre vocabulaire (au risque de faire hurler les puristes), et signifie la capacité de montée en puissance d'un réseau, par exemple, son adaptabilité, son évolutivité. Si mon réseau est scalable, cela veut dire qu'il tiendra toujours la charge nécessaire au fur et à mesure que la demande de prestations augmentera...

- Marketing viral n'a pas vraiment besoin d'être explicité, mais bon : capacité de propagation d'un message quelconque (indépendamment de sa nature, sa forme ou son format), viralité d'un bouche à oreille électronique, etc.

- Tipping point est le point - seuil - de basculement, au-delà duquel il y a changement de comportement, et où le message précédemment connu mais tu commence à être diffusé et se propager.

Donc en fait, le but de l'étude, c'est de trouver une solution algorithmique pour cibler un réseau social à grande échelle (large social network), identifier en son sein le noyau minimum d'utilisateurs (en quantité et en qualité : seed sets) à partir duquel injecter un message dont on sait qu'il aura alors toutes les chances de se propager à l'ensemble du réseau, et même en dehors : puisqu'il est fort probable qu'une info faisant le tour de Facebook soit reprise ensuite sur Twitter, sur les blogs, voire à la télé, la radio et dans la presse, etc., et finisse par contaminer (manipuler) l'ensemble des médias ... et donc des esprits ! Sans oublier que demain la maîtrise du "graphe social" sera, en termes d'efficacité "chirurgicale", à des années-lumière de ce que fut hier la télévision...

Une technologie que ne renieraient point un Goebbels ou un Berlusconi (pour rester contemporains), car de là à la propagande, il n'y a qu'un pas à franchir, et s'il est petit pour l'homme, le danger est grand - très grand - pour l'humanité !

Car je suis désolé de retirer leurs illusions à celles et ceux qui s'en font encore, mais depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, nos soit-disant démocraties ne sont basées que sur les capacités incomparables de nos gouvernants bienveillants (genre "petit père du peuple") de manipuler les opinions publiques, soit en les maintenant dans des conditions de béate ignorance, soit en leur faisant avaler des bobards si énormes que même un anaconda géant s'en étoufferait...

Il faut dire qu'ils maîtrisent parfaitement toutes les techniques de manipulation mentale, qu'ils ont largement su parfaire après un demi-siècle de télévision : toute la panoplie des armes populistes et démagogiques n'a plus aucun secret pour eux, pas plus que la psychologie benoîte des masses abruties.

Or Internet étant venu leur casser les œufs dans le panier, puisque le Web est désormais un espace où il est possible pour celles et ceux qui souhaitent vraiment s'informer de faire la part du vrai (ce qui fait parfois gripper un système parfaitement bien huilé, puisqu'une opinion publique informée est beaucoup moins manipulable), il était clair que ça ne pouvait pas durer.

Cette étude est donc une première réponse à la problématique ! Voyons ça de plus près...

* * *
En commençant par le résumé :
In a "tipping" model, each node in a social network, representing an individual, adopts a property or behavior if a certain number of his incoming neighbors currently exhibit the same. In viral marketing, a key problem is to select an initial "seed" set from the network such that the entire network adopts any behavior given to the seed. Here we introduce a method for quickly finding seed sets that scales to very large networks. Our approach finds a set of nodes that guarantees spreading to the entire network under the tipping model. After experimentally evaluating 31 real-world networks, we found that our approach often finds seed sets that are several orders of magnitude smaller than the population size and outperform nodal centrality measures in most cases. In addition, our approach scales well - on a Friendster social network consisting of 5.6 million nodes and 28 million edges we found a seed set in under 3.6 hours. Our experiments also indicate that our algorithm provides small seed sets even if high-degree nodes are removed. Lastly, we find that highly clustered local neighborhoods, together with dense network-wide community structures, suppress a trend's ability to spread under the tipping model.
Que j'adapterais de la façon suivante :
Selon le modèle du « basculement », dans un réseau social, chaque nœud – qui représente un individu – adopte un attribut ou un comportement dès lors qu’un certain nombre de ses voisins entrent dans le réseau en adoptant le même type d’attribut ou de comportement. Or l’un des problèmes clés du marketing viral réside en la sélection d’un ensemble initial « d'amorçage » au sein du réseau, pour que l'ensemble du réseau adopte ensuite le même attribut - comportement que celui du groupe d’amorçage. La méthode présentée ici consiste à trouver rapidement des ensembles d’amorçage capables d’évoluer pour s'adapter à de très grands réseaux. Notre approche permet de trouver un ensemble de nœuds pouvant assurer la propagation à tout le réseau en suivant ce modèle de basculement. Après avoir évalué de façon expérimentale 31 réseaux dans le monde réel, nous avons constaté que cette approche consent souvent d’identifier des groupes d’amorçage proportionnellement bien plus petits que la taille de la population concernée, en surperformant dans la plupart des cas les mesures sur la centralité des nœuds. En outre, la scalabilité de cette approche est au rendez-vous, puisque sur un réseau social tel que Friendster, composé de 5,6 millions de nœuds et de 28 millions de bords, nous avons identifié un groupe d'amorçage en moins de 3h40'. Nos expériences montrent également que même en cas de suppression de nœuds de haut degré, cet algorithme identifie pareillement de petits groupes d'amorçage. En dernier lieu, une autre conclusion de notre expérimentation est que la cohabitation entre des voisinages locaux fortement clustérisés et des structures communautaires denses disséminées sur l'ensemble du réseau supprime la capacité d'une tendance de se propager selon le modèle du basculement.
Publiée ce mois-ci, cette étude est pourtant le fruit d'un cheminement plus ancien, puisqu'on en retrouve la genèse sur Internet dès 2012, sous cet autre titre : "Large Social Networks can be Targeted for Viral Marketing with Small Seed Sets", ou encore : "Algorithmic Network Science", document daté d'avril 2012 qui me semble le plus intéressant, puisqu'il examine un réseau VRN (Village Relationship Network) en utilisant un réseau de relations tribales (tribal relationship network) pour modéliser les relations entre les cellules.

Et d'expliquer le mode d'actionnement d'un VRN afin de propager un sentiment contre-insurrectionnaliste dans un village dès lors qu'au moins la moitié des villages environnants basculent vers un comportement contre-insurrectionnel :


En analysant le problème de l'extension du VRN dans les termes suivants :
En 2010, nos forces spéciales ont entraîné les habitants du village de Gizab qui s'étaient révoltés contre les talibans. 
Donc, si nous supposons l'application du modèle de basculement au VPN, peut-être alors serons-nous en mesure d'identifier un ensemble de nœuds capables de générer chez TOUS tous les autres villages la volonté d'agir pour combattre les talibans. 
Par conséquent, la question qui se pose est la suivante :
Pouvons-nous identifier, dans le cadre du modèle de basculement, un ensemble minimal de nœuds susceptible d'assurer l'adoption du comportement en question par toute la population ?
Ce que l'on nomme le problème du groupe d'amorçage minimum.
Le problème du groupe d'amorçage minimum étant défini comme un problème NP-Complet, et l'annonce qui suit, péremptoire, met froid dans le dos :
« Notre nouvelle heuristique d'élagage (pruning heuristic) garantit que le résultat conduira à l'adoption du comportement par l'ensemble de la population, mais sans garantir de taille minimale. »
Or la modélisation du réseau est exactement la même que celle de l'étude publiée ces jours-ci :


Nous avons donc à la base un modèle étudié "sur le terrain" (c'est le cas de dire), qui est désormais étendu et transposé au marketing viral sur les réseaux sociaux !


Par conséquent, pour conclure, je ne sais pas, mais pour celles et ceux qui s'en souviennent, l'explosion du printemps arabe sur les réseaux sociaux a débuté en ... décembre 2010... !

Une expérimentation grandeur nature ?


dimanche 30 juin 2013

La mondialisation de la crise et le basculement géopolitique

Adaptation en français d'une analyse de M. Tiberio Graziani, Président de l’IsAG et directeur de la revue “Geopolitica.

2008 : la crise économique et financière explose. Un lustre s’est écoulé depuis, or en dépit des nombreuses analyses produites, des études dédiées et des suggestions proposées, les classes dirigeantes des pays concernés ne sont pas encore parvenues à identifier et mettre en œuvre des solutions satisfaisantes, ni pour contenir ni pour surmonter cette crise historique – qui met à nu toutes les contradictions du système néo-libéral –, dont la spécificité tient aux relations étroites entre sa nature-même et les bouleversements géopolitiques en cours au niveau mondial ; quant à l’impasse dans laquelle les décideurs politiques, économiques et financiers se sont enfermés, elle est l’expression particulière des tensions existantes entre les partisans d’un ancien ordre unipolaire et l’impulsion irréfrénable vers une évolution multipolaire sur la scène internationale.

Mots-clés : mondialisation de la crise • blocs géoéconomiques • néomultilatéralisme multipolaire
Keywords : Globalization of the Crisis • Geoeconomic Clusters • Multipolar Neomultilateralism
Parole chiave : globalizzazione della crisi • cluster geoeconomici • neomultilateralismo multipolare

* * *

De la mondialisation des marchés à la mondialisation de la crise

Dans le sillage du séisme géopolitique engendré par l’effondrement de l’URSS, le processus de financiarisation(1) de l’économie mondiale a connu une accélération significative, réussissant en quelques années à s’imposer comme élément structurel de la mondialisation des marchés. En termes géoéconomiques, ce nouveau phénomène a accompagné la tentative du système occidental, emmené par les États-Unis, de s’affirmer au niveau mondial(2), et fortement marqué le « moment unipolaire »(3) annoncé dès 1990 par Charles Krauthammer.

Après une réussite initiale, dont ont fortement bénéficié les économies et les cercles financiers (banques, établissements de crédit et d’assurance) des pays industriels avancés, caractérisés par un développement significativement élevé et généralisé du secteur des services, la mondialisation des marchés et la financiarisation corrélée de l’économie ont subi une grave crise entre 2007 et 2008, en déchaînant des effets dévastateurs sur certaines régions du globe tout en révélant les profondes contradictions du néolibéralisme, déjà dénoncées par de nombreux observateurs, dont Edward N. Luttwak(4), chantre de la stratégie géoéconomique, et George Soros(5), financier américain et homme d’affaires controversé.

Cette crise donc, qui s’est pleinement manifestée sous sa forme la plus pernicieuse et caractérisée aux États-Unis, c’est-à-dire au cœur du système géopolitique occidental, a irradié ensuite vers les régions périphériques (Europe et Japon), avant de se propager à l’ensemble de la planète, en frappant avec une violence toute particulière certains pays d’Europe du Sud, déjà affaiblis par des failles structurelles spécifiques tant au niveau politique qu’économique. Or la réactivité limitée – voire nulle – de ces pays (Espagne, Grèce, Italie, Portugal) à la funeste contagion américaine, tient autant à leur affaiblissement systémique chronique qu’à leurs capacités d’intervention amoindries dans le domaine monétaire et financier ; ce dernier facteur limitant étant la conséquence directe de leur déficit de souveraineté en matière monétaire, qui dépend notoirement de leur adhésion à la zone euro et de leur pouvoir de négociation restreint dans le cadre européen et euro-atlantique.


Expansion de la crise et nouveaux agrégats géopolitiques

Or environ cinq ans après son explosion et le début de sa phase d’expansion vers d’autres contextes géoéconomiques, la crise n’est pas encore terminée, même si le processus de mondialisation qui la distingue semble probablement destiné à rester incomplet et, par conséquent, confiné à la sphère du système géopolitique occidental, en raison des dynamiques liées à l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène mondiale.

En effet, dans cette fenêtre temporelle plutôt brève, des pays récemment encore considérés comme émergents, tels que le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud (BRICS), ont gagné de plus en plus d’importance à l’échelle mondiale en polarisant les intérêts économiques, financiers et politiques d’autres nations qui peuplent différents quadrants de la planète. Donc, en quelque sorte, si ce n’est établir à l’échelle mondiale un climat propice à la formation d’autres nouveaux regroupements, tels que l’Union des Nations sud-américaines (UNASUR) et l’Eurasie, le bloc des BRICS a pour le moins contribué à faire prendre pleinement conscience aux classes dirigeantes des principaux pays d’Eurasie (Chine, Inde, Kazakhstan, Russie) et d’Amérique latine (Brésil, Argentine, Venezuela, Chili) du basculement géopolitique en cours. Ainsi la propagation de cette nouvelle mentalité « multipolaire » est porteuse d’initiatives innovantes, destinée à jouer un rôle clé dans la configuration du nouvel ordre mondial, autant en termes de nouvelles alliances et de partenariats stratégiques insolites (dont certains sont déjà à l’œuvre) qu’au plan économique et financier. C’est dans ce contexte qu’il y a lieu d’enregistrer et d’évaluer des propositions et des initiatives nées en dehors des sommets habituels (G8 ou G20) ou des centres de décision internationaux (Banque mondiale, Fonds monétaire international) comme, par exemple, la création d’une Banque BRICS, dont l’objectif (pour l’instant) se limite à cofinancer de grands projets d’infrastructure en vue de moderniser plus ou moins un tiers de la planète ; c’est dans ce même contexte que doivent être analysées les tentatives de l’Occident visant à maintenir sa primauté mondiale à ce stade particulier de la crise financière et politique.

Et parmi les efforts déployés par le système occidental pour surmonter la crise en la mondialisant ou en la faisant se propager à d’autres quadrants géoéconomiques, il y en a au moins deux sur lesquels l’analyste se penchera avec un intérêt particulier, d’autant qu’ils sont proposés ou reproposés à l’initiative des États-Unis, autrement dit le centre décisionnel de l’« Occident », qu’ils concernent deux domaines stratégiques surtout pour la projection économique et géopolitique de Washington, et qu’ils couvrent l’Europe et le Pacifique : il s’agit du projet de création d’un grand marché transatlantique via les négociations UE/États-Unis sur le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP, Transatlantic Trade and Investment Partnership), et de l’accord de partenariat transpacifique (TPP, Trans-Pacific Partnership).


Surmonter la crise : l’option bilatérale et le « néomultilatéralisme multipolaire »

Le bouleversement géopolitique en cours, à savoir la transition uni-multipolaire, semble vouloir déboucher sur la stabilisation des nouveaux acteurs, pris aussi bien individuellement dans leur dimension nationale que collectivement au niveau des blocs qui les agrègent. Une consolidation qui devrait offrir aux pays périphériques du système occidental – ceux qui souffrent le plus des effets de la crise économique, monétaire et financière –, la possibilité de créer de nouvelles formes de coopération avec les futurs protagonistes du nouvel ordre multipolaire.

Ces pays périphériques, dont l’Italie, devraient ainsi privilégier l’option bilatérale dans un premier temps, en vue de reconquérir une « physionomie » internationale qui leur permettra d’augmenter leurs degrés de liberté sur la scène internationale, et donc d’acquérir un pouvoir de négociation accru. Cependant, au fur et à mesure que la transition géopolitique progressera vers de nouveaux pôles d’agrégation, différents du passé, l’option bilatérale devra s’inscrire dans le cadre de ce que nous pouvons d’ores et déjà qualifier, par un syntagme inédit, de « néomultilatéralisme multipolaire ».


Notes

(1) Thomas I. Palley, Financialization: What It Is and Why It Matters, Document de travail, The Levy Economics Institute, Annandale-on-Hudson, NY, États-Unis, 2007

(2) Pour l’économiste français Jacques Sapir : « Ce que l’on appelle la "mondialisation" dans le langage courant est en réalité la combinaison de deux processus. Le premier est celui de l’extension mondiale du capitalisme dans sa forme industrielle dans des régions qu’il n’avait pas encore touchées. Le second, qui est dans une très large mesure l’application de la politique américaine, correspondant à une politique volontariste d’ouverture financière et commerciale » (Jacques Sapir, Le nouveau XXIe siècle, Paris, 2008, pp. 63-64). En d’autres termes, le processus de mondialisation a joué un rôle d’accompagnement et de soutien à la stratégie américaine d’hégémonisation du monde durant la phase de son « moment unipolaire ».

(3) Charles Krauthammer, Unipolar moment, Foreign Affairs, Vol. 70, n. 1, 1990/1991, p. 22-33. [NdT. Voir également la version "revisitée".]

(4) Edward N. Luttwak, Turbo-Capitalism: Winners And Losers In The Global Economy, Harper, 1999.

(5) George Soros, La bolla della supremazia americana. Gli abusi dell’American Power, Piemme, 2004.

lundi 18 mars 2013

Pourquoi Beppe Grillo fait peur ? Et à qui ? - III

Troisième et dernier billet consacré à l'ingrédient Transparence de la "recette Grillo" avec laquelle j'ai tenté d'expliquer pourquoi en l'espace de trois ans (à tout casser), son Mouvement est devenu le premier mouvement (il n'aime surtout pas qu'on le définisse un "parti") politique italien :


* * *

Mais avant d'aborder ce troisième aspect (que j'avais initialement pensé conclure en répondant à la question posée en titre), je vais changer mon fusil d'épaule pour répondre d'abord à la seconde partie de la question, en faisant miens ces mots de Manuel Castells, publiés début mars dans le quotidien catalan La Vanguardia, dans un article intitulé : Qui a peur de Beppe Grillo ?
Respuesta: la clase política de toda Europa, italiana, alemana o española. Porque pese a la decadencia, corrupción y falta de representatividad del sistema político, mientras todo siga atado no hay necesidad de cambiar un orden de cosas que perpetúa su poder y su impunidad. (…) De ahí que cunda la alarma, desde los mercados financieros hasta los titulares de la prensa. Lo que se tomaba como broma se convierte en amenaza a la partitocracia. (…) 
[Et donc tout le monde s’en donne à cœur joie pour tirer sur le bouffon et démasquer ses contradictions à qui mieux-mieux.]
Pero esas contradicciones forman parte de la innovación política. Una innovación necesaria en una situación de profunda crisis económica, social e institucional donde los instrumentos de representación y gestión ya no funcionan. Innovar o morir. Porque de muerte de un sistema político se trata.
« Réponse : toute la classe politique européenne, en Italie, en Allemagne, en Espagne. Car là où la décadence, la corruption et le manque de représentativité caractérisent le système politique, celui-ci fait semblant de rien et ne songe pas le moins du monde à desserrer son emprise ni à modifier un ordre des choses qui lui sert à perpétuer son pouvoir et son impunité. D'où les marchés financiers et les grands patrons de presse en alarme, car celui qu'ils regardaient comme un comique troupier commence à devenir une menace pour la partitocratie... »

Tiens, ça me rappelle un autre grand comique troupier qui fit chier dans leur froc les politiques, en son temps, à la fin il les faisaient plus franchement rire ! On le voit ici dans sa dernière apparition au cinéma, au côté de ... Beppe Grillo, quelle coïncidence, non ? Contradictions, contradictions, est-ce que j'ai une gueule de contradictions, dirait Arletty...


Et Manuel Castells de poursuivre : « Pour autant ces contradictions font partie de l'innovation politique, une innovation vitale dans ce contexte de crise économique, sociale et institutionnelle profonde, où les moyens traditionnels de la représentation et de la gouvernance ne marchent plus. Innover ou mourir, donc. Car ce dont nous parlons ici, c'est bien de la mort du vieux système politique. »

Or l'innovation est sans aucun doute la caractéristique dominante de l'offre politique de Grillo. Une innovation tous azimuts qui investit toute la sphère politique et la société italiennes avec la force d'un ... tsunami, pour reprendre ses propres paroles. Et qui oblige donc les partis traditionnels à s'adapter (en innovant, justement), ou mourir (je ne parle pas ici du "parti des libertés", qui n'est pas un parti, mais un clan, à la botte d'un vieux fou qui fera avec acharnement tout ce qu'il peut pour détruire ce qu'il n'a pas encore réussi à détruire et à souiller dans ce pays).

Dans cette mouvance (j'allais écrire "jouvence"...) Pierluigi Bersani, vainqueur formel des élections, a été contraint de proposer deux personnalités importantes pour présider la Chambre des députés, et le Sénat. Laura Boldrini pour la première, et Pietro Grasso pour le second.

Donc le ballottage au Sénat se jouait entre Renato Schifani, ex-avocat de mafieux, et Grasso, ex-Procureur national anti-mafia, autant dire le jour et la nuit (quand bien même la carrière de Grasso n'est pas sans ombres non plus, j'y reviendrai peut-être un jour...). Et bien que le mot d'ordre des sénateurs de Grillo fût de voter blanc, 13 d'entre eux allergiques à Schifani et à tout ce qu'il représente, notamment en Sicile, ont préféré voter pour Grasso en contrevenant aux indications du Mouvement.

Patatrac ! Dans un mini-billet posté hier soir sur son blog (l'un des 20 premiers au monde en termes d'audience, quand même), qui s'intitule Transparence et vote secret et compte à l'heure où j'écris quelque 12400 commentaires (!!!), Grillo fustige les "traitres" en leur demandant de se nommer et de tirer les conséquences de leur geste en démissionnant...

Je vous dis pas le bordel ! Ce matin j'avais commencé à ébaucher une analyse des 3000 premiers commentaires, mais ça n'a pas arrêté toute la journée, et à la fin j'ai renoncé : trop, c'est trop :-)

Cela étant, certains des sénateurs "coupables" ont déjà réagi, il faudra voir dans les prochains jours la tournure que prendra l'affaire. Mais ce qui est intéressant par rapport aux habituelles magouilles des partis traditionnels, qui font leur cuisine dans le plus grand secret, là tout est public et objet de débat, et je peux vous dire que les commentaires ne vont pas que dans un sens...

D'ailleurs l'une des principales menaces pour l'establishment politique dont Grillo n'a jamais fait mystère, c'est justement d'être fermement décidé à "ouvrir le parlement comme une boîte de thon" et à tout balancer en public. Imaginez la terreur des pouvoirs en place lorsqu'il faudra voter la présidence de la commission sur les services secrets, qui conservent dans leurs archives près de 70 ans de sanglants massacres JAMAIS résolus, et dans lesquels l'état italien a toujours joué un rôle de premier plan...

Ça nous donnerait un gigantesque Italeaks à faire pâlir d'envie Assange !

Donc, sur ce point, il est évident que ceux qui tirent les ficelles depuis tous temps feront le nécessaire pour tuer dans l'oeuf les velléités de transparence de Grillo, mais ceci dit leur tâche devient beaucoup plus complexe qu'auparavant pour continuer à tromper le gentil troupeau du "peuple souverain".

Nous verrons...

* * *

De cet activisme utopique, Manuel Castells disait :
Toutes les grandes idéologies et mouvements de l’Histoire seraient ainsi parties de l’utopie : le libéralisme, le communisme, le socialisme sont des utopies. Les pratiques matérielles s’organisent toujours autour de systèmes de références et apparaissent comme irréalisables pour un certain nombre d’acteurs de la société. La réponse des acteurs de ces utopies (dans le cas de ces réseaux de solidarité), c’est que c’est le système actuel qui ne peut pas fonctionner et ne fonctionne plus, un système politique qui n’est pas légitime et contesté par l’ensemble des gens et rejeté par des secteurs de plus en plus large de la société.
Oui mais voilà, si l'utopie qualifie a priori un militantisme qui refuse toute institutionnalisation, alors le Mouvement 5 Étoiles de Grillo vient de franchir un pas de plus dans la réalité en pénétrant dans les institutions, justement pour montrer que c'est possible de changer la société, de l'intérieur de ses institutions.

Dans une réflexion de Manuel Castells, toujours lui, intitulée « Ni dieu ni maître : les réseaux » (que je vous invite chaudement à lire, février 2012), l'auteur annonce :
Un nouveau système de communication a émergé : une auto-communication de masse à travers les sites de réseaux sociaux, les blogs... Ce nouvel environnement communicationnel modifie profondément les relations de pouvoir. À travers plusieurs analyses de cas, dont les récents événements du « printemps arabe » et le mouvement des « Indignados », M. Castells montre dans sa conférence les conséquences de cette évolution sur les processus politiques et les mouvements sociaux.
Ce qui se passe à présent en Italie en est le parfait paradigme, et pourrait fort bien s'étendre à l'Europe bien plus vite qu'on ne le croie (trois ans pour l'Italie, combien de temps pour l'Europe ?). Ça c'était la réponse au "pourquoi" ! La crise chypriote enseigne, ou devrait enseigner...

Jean-Marie Le Ray


lundi 4 mars 2013

Pourquoi Beppe Grillo fait peur ? Et à qui ? - II

Nous avons survolé dans un premier billet la "démocratie directe" annoncée par Enrico Letta, vice-secrétaire du Parti démocrate, le jour du dépouillement des votes (25 février 2013), dont je ne me rappelle pas les mots exacts, mais qui disait à peu près :
Ce que signifient les résultats des élections d'aujourd'hui en Italie, qui sont une grande première mondiale, ne concerne pas seulement notre pays, mais toute l'Europe. Car au-delà du succès de Grillo, la vraie question désormais posée par son Mouvement, c'est celle du choc entre démocratie directe et démocratie représentative. Le débat est ouvert...
Aujourd'hui, la démocratie représentative en Italie, ça donne plus ou moins ceci : les représentants du peuple "souverain", élus par ce même peuple "souverain", oublient complètement la souveraineté du peuple qui les a élus dès l'instant même où ils pénètrent dans les palais du pouvoir, car de fait, juridiquement, leur mandat électif ne les engage à rien !!!

Voici pourquoi sur son blog, Beppe Grillo s'est élevé contre l'article 67 de la Constitution de la République italienne :
Chaque membre du Parlement représente la Nation et remplit ses fonctions sans mandat impératif.
Le problème, c'est le "sans", qui permet ainsi aux élus de faire tout et n'importe quoi sans jamais devoir répondre de rien à leurs électeurs, abusés par de mirobolantes promesses n'ayant pas plus de valeur que la conscience de qui les a prononcées en mentant sciemment !

Une étude comparative mondiale de Marc Van der Hulst sur le mandat parlementaire (2000) définit le "mandat impératif" comme suit :
Si le mandat impératif est de nos jours devenu l'exception, il n'en reste pas moins qu'il a été la règle, jusqu'à la fin des années 80, dans les pays socialistes. Dans ces pays, la loi établissait non seulement que le parlementaire était responsable devant les électeurs, mais elle contenait également deux dispositions garantissant l'exercice effectif de cette responsabilité. 
Tout d'abord, le député était tenu de rendre compte régulièrement à ses électeurs de son action personnelle et des activités de son assemblée. La loi établissait quelquefois les mesures minimales que le parlementaire devait prendre pour s'acquitter de cette obligation. Ensuite, le député pouvait être rappelé [voire révoqué] par ses électeurs s'il avait trahi leur confiance ou s'il avait commis un acte 'indigne' de sa fonction.
Cet "indigne" évoque inéluctablement en moi un autre article de la Constitution italienne, l'article 54 :
Tous les citoyens ont le devoir d’être fidèles à la République et d’en observer la Constitution et les lois. 
Les citoyens auxquels des fonctions publiques sont confiées ont le devoir de les remplir avec discipline et honneur, en prêtant serment dans les cas fixés par la loi.
Dans le cas de Berlusconi, juste pour citer un nom au hasard, imaginez combien de fois par jour il viole la Constitution...

Et bien non, c'est Grillo qui violerait la Constitution, puisqu'un certain Matteo Mecacci, membre du parti radical, a menacé de dénoncer le Mouvement au motif qu'il voulait justement redonner tout son sens au "mandat impératif"...

Tout l'absurde du théâtre de la politique politicienne en Italie ! Vous comprenez pourquoi par son vote, le "peuple souverain" (Article premier de la Constitution italienne) a enfin décidé de reprendre ses droits, confisqués depuis des lustres par des instances politiques sans plus aucune légitimité ?

Donc en récapitulant, après la démocratie directe, premier des trois ingrédients de ce que j'ai défini la "recette Grillo", afin d'expliquer pourquoi en l'espace de trois ans (à tout casser), son Mouvement 5 Étoiles est devenu le premier mouvement (il n'aime surtout pas qu'on le définisse un "parti") politique italien :

Démocratie directe + Sagesse des foules (Intelligence collective) + Transparence (mode Wikileaks)

passons à présent au second.

* * *
2. Sagesse des foules (Intelligence collective)

Nous avons vu en conclusion de mon premier billet, que la sagesse des foules s'est exprimée - quand bien même partiellement - par les résultats du suffrage universel italien, une idée ainsi rendue par Arnaud Montebourg : « (L)es peuples ne sont pas prêts à passer sous la table, et c'est la démonstration italienne. (…) Les Italiens ont dit qu'ils n'étaient pas d'accord avec la politique imposée par les marchés ».

Depuis longtemps déjà je parle sur ce blog de sagesse des foules, que Beppe Grillo et Gianroberto Casaleggio déclinent dans leur livre comme "intelligence collective" (pp. 145-146). Mais c'est l'application  de ce concept aux programmes régionaux et national, "fruits du partage d'idées et de compétences qui sont la lymphe vitale de toute intelligence collective", qui m'intéresse plus particulièrement, et notamment la "navigation aux étoiles" de Grillo, dont les fameuses "5 étoiles" sont à l'origine :
  1. Régions, citoyens
  2. Environnement, énergie
  3. Santé, économie, services sociaux
  4. Transports, infrastructures
  5. Instruction, information


Avec pour chaque programme et sous-programme la mise en commun - essentiellement via le Réseau - des meilleures compétences et expertises disponibles à participer. Les décisions et actions qui s'en suivront seront sous les yeux de tous. Le comportement de Grillo et des 163 nouveaux élus au Parlement fera donc l'objet d'une surveillance particulière de la part de leurs électeurs en premier lieu, et de tous ceux qui sont prêts à les descendre en flèche en second. Laissons du temps au temps, disait quelqu'un (traduction littérale de l'italien "dare tempo al tempo")...

Le tout avec un maximum de transparence (annoncée, souhaitable et à vérifier en permanence), naturellement, qui fera l'objet de mon prochain billet...

Jean-Marie Le Ray