mardi 1 février 2011

L'OTAN et la démocratie

Billet "historique et prospectif", sans prétention aucune, mais long à lire...

Transitions
Yalta
La « doctrine Truman »
La « doctrine Truman » en Italie
L'Occident exportateur de démocratie...
Discours d'Obama au Caire
Post-Scriptum


* * *
Transitions

Dans un récent article de Jacques Attali, intitulé Transitions, je lis ceci :
Comment alors s’étonner que les peuples se retournent contre les démocraties qui les ont négligés ?

Pour aider à ces transitions, une solution simple serait de créer une nouvelle institution internationale, regroupant toutes les nations bénéficiant de la démocratie, revendiquant un devoir d’ingérence, et se donnant les moyens d’aider à la liberté politique, en fournissant aux peuples soumis des moyens spécifiques pour y soutenir la liberté de la presse, les partis politiques, les ONG, la lutte contre la pauvreté, et contre la corruption. Les embryons d’une telle institution existent : en économie, les démocraties sont rassemblées dans l’OCDE. En matière militaire, dans l’OTAN. Même si ce n’était pas, au départ, la raison d’être de ces deux institutions.
C'est moi qui graisse, car cette pensée selon laquelle, en matière militaire, les démocraties seraient rassemblées dans l’OTAN, m'interpelle particulièrement : au mieux je la trouve totalement saugrenue, au pire extrêmement trompeuse, voire dangereuse.

À vrai dire, j'ai commencé à m'intéresser à l'OTAN depuis que j'étudie de près l'histoire de l'Italie, et notamment les conséquences de l'influence de l'OTAN sur la situation que nous connaissons aujourd'hui (dont Silvio Berlusconi n'est qu'une excroissance tératologique, il faut bien l'avouer...).

Or la réflexion est d'importance, puisque si les États-Unis d'Amérique refont avec l'islamisme, en ce début de siècle, ce qu'ils ont fait avec le communisme à partir de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, alors il est sûr et certain que le monde va droit dans le mur...

Je signale en outre que, dans le cadre de ce billet, j'identifie l'OTAN avec les États-Unis d'Amérique, car indépendamment du nom, la substance ne change pas !

Personnellement, je fais remonter la genèse de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord à Yalta, sur les bords de la mer de Crimée, où Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline se réunirent en secret du 4 au 11 février 1945 pour décider de l’avenir du monde et prévoir la formation de gouvernements démocratiques dans l’Europe libérée...

(Ce qui suit est extrait du préambule de mon essai sur la République Italienne, commencé en début d'année dernière - et interrompu depuis en raison de l'absence totale d'intérêt d'un éditeur potentiel -, en vue du 150e anniversaire de l'Unité d'Italie, qui sera célébré le mois prochain : la date "officielle" est le 17 mars 2011, puisque le Royaume d’Italie fut proclamé par le comte de Cavour le 17 mars 1861...) [Début]


* * *

Voici un extrait du communiqué de presse publié le 11 février 1945 pour annoncer les accords de Yalta :

V. - Déclaration sur l’Europe libérée

« Le président du Conseil des Commissaires du Peuple de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, le Premier ministre du Royaume-Uni et le Président des États-Unis d’Amérique se sont consultés concernant les intérêts communs des peuples de leurs propres pays et de ceux de l’Europe libérée. Ils déclarent qu’ils sont d’accord pour coordonner, pendant la période temporaire d’instabilité politique en Europe libérée, la ligne de conduite adoptée par leurs trois gouvernements pour aider les peuples libérés de la domination de l’Allemagne nazie et les peuples des anciens satellites de l’Axe en Europe, à résoudre par des moyens démocratiques leurs difficultés politiques et économiques urgentes.

Le rétablissement de l’ordre en Europe et la reconstruction de la vie économique nationale devront être réalisés par des méthodes qui permettront aux peuples libérés d’effacer les derniers vestiges du nazisme et du fascisme et de se donner des institutions démocratiques de leur propre choix. C’est un des principes de la Charte de l’Atlantique que tous les peuples ont le droit de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils entendent vivre et que les droits souverains et l’autonomie, dont ils ont été dépossédés de force par les pays agresseurs, doivent leur être restitués.

Afin de favoriser les conditions dans lesquelles les peuples libérés pourront exercer ces droits, les trois gouvernements prêteront conjointement leur aide aux peuples des États libérés d’Europe ou des anciens satellites de l’Axe, chaque fois qu’il sera nécessaire, en raison de la situation :
  1. d’assurer la paix intérieure du pays ;
  2. de prendre des mesures d’urgence pour soulager la détresse de la population ;
  3. d’installer des gouvernements provisoires dans lesquels seront largement représentés tous les éléments démocratiques de la population qui devront, par voie d’élections libres, constituer aussi rapidement que possible des gouvernements répondant à la volonté populaire et enfin de faciliter, si besoin en est, de telles élections.
Les trois gouvernements consulteront les autres Nations Unies et les gouvernements provisoires ou autres en Europe lorsqu’il s’agira d’examiner des questions les intéressant directement.

Lorsque, de l’avis de trois gouvernements, la situation dans un État européen libéré ou dans un ancien État satellite de l’Axe en Europe l’exigera, ils se consulteront immédiatement sur les mesures qu’ils devront prendre pour s’acquitter des responsabilités communes exposées dans la présente déclaration.

Nous réaffirmons ici notre foi dans les principes de la Charte de l’Atlantique, nous confirmons les engagements pris par nous dans la déclaration des Nations Unies et notre résolution d’édifier, en coopération avec les autres nations pacifiques, un ordre mondial régi par le droit et consacré aux intérêts de la paix, de la sécurité, de la liberté et de la prospérité commune.

En publiant cette déclaration, les trois puissances expriment l’espoir que le Gouvernement provisoire de la République française pourra bientôt se joindre à elles dans l’exécution du programme ci-dessus exposé. »

Donc si l’on peut dire que les accords de Bretton Woods, signés le 22 juillet 1944 aux États-Unis, ont tracé les grandes lignes économiques du système financier international après la Seconde Guerre mondiale, il est clair que les accords de Yalta ont dessiné, pour le bien et pour le mal, les nouvelles frontières politiques de l’après Guerre.

La référence faite à la Charte de l’Atlantique du 14 août 1941, qui « entreprend de jeter les fondements d’une nouvelle politique internationale » et servira de base aussi bien à la Déclaration des Nations unies (signée le 1er janvier 1942 par les représentants de 26 pays en guerre contre l’Allemagne) qu’à la Charte des Nations unies (signée le 26 juin 1945) réaffirme d’ailleurs l’espoir d’un « avenir meilleur pour le monde », et notamment le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Voici pour les grands principes. [Début]

Passons maintenant à la pratique.

Un article publié dans le Monde du 14 février 1945, intitulé « La conférence de Yalta », observe :
À l’issue de la conférence de Yalta, qui a duré huit jours pleins, MM. Churchill, Roosevelt et le maréchal Staline ont publié un communiqué qui est un compte rendu détaillé de leurs travaux. Tous les grands problèmes de la guerre et de la paix y sont abordés, sinon résolus, et si les clartés qu’on nous donne laissent encore subsister bien des ombres, c’est que dans le stade actuel de la guerre tout ne pouvait être réglé et, vraisemblablement, ce qui était réglé ne pouvait toujours être dit.
Or c’est dans l’espace aussi infini qu’indéfini de ce non-dit que s’ébauche l’histoire de la Ie République « démocratique » d’Italie !

Un pays dont il faut bien cerner la situation géopolitique au sortir de la guerre : un pays vaincu à la frontière du bloc occidental, en plein cœur d’une zone formée de l’Europe de l’Ouest, de la Méditerranée et du Moyen Orient, un pays absolument stratégique pour les États-Unis.

Lesquels ont parfaitement compris l’émergence du monde bipolaire qui s’annonce, avec le choc titanesque des deux blocs – capitaliste vs. communiste – sur fond de guerre froide.

Un nouveau cadre historique parfaitement théorisé par les États-Unis dans la « doctrine Truman », exposée par Harry Truman devant le Congrès américain le 12 mars 1947, et par l’URSS dans la « doctrine Jdanov », présentée le 22 septembre 1947 par le 3e secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique, dont la lecture, une fois expurgée de toute la propagande idéologique, n’est pas dénuée d’intérêt. Notamment au point III. Le plan américain d’asservissement de l’Europe :

La politique extérieure expansionniste, inspirée et menée par la réaction américaine, prévoit une activité simultanée dans toutes les directions :
  1. Mesures militaires stratégiques ;
  2. Expansion économique ;
  3. Lutte idéologique.
(…)
Le plan militaire stratégique des États-Unis prévoit la création, en temps de paix, de nombreuses bases et places d'armes, très éloignées du continent américain et destinées à être utilisées dans des buts d'agression contre l'U.R.S.S. et les pays de la nouvelle démocratie. Les bases américaines militaires, aériennes et navales, existent ou sont de nouveau en voie de création en Alaska, au Japon, en Italie, au sud de la Corée, en Chine, en Égypte, en Iran, en Turquie, en Grèce, en Autriche et en Allemagne occidentale.
(…)
L’une des lignes de la « campagne » idéologique qui accompagne les plans d’asservissement de l’Europe est l’attaque contre les principes de souveraineté nationale, l’appel à renoncer aux droits souverains des peuples, auxquels on oppose l’idée d’un « gouvernement mondial ». Le sens de cette campagne consiste à embellir l’expansion effrénée de l’impérialisme américain qui, sans cérémonie, porte atteinte aux droits souverains des peuples, et à présenter les États-Unis dans le rôle de champion des lois humaines, tandis que ceux qui résistent à la pénétration américaine sont présentés en partisans d’un nationalisme « égoïste » périmé.
(…)
La « doctrine Truman » et le « plan Marshall » sont, dans les conditions actuelles aux États-Unis, l’expression concrète des efforts expansionnistes. Au fond, ces deux documents sont l’expression d’une même politique, bien qu’ils se distinguent par la forme sous laquelle y est présentée une même et seule prétention américaine d’asservir l’Europe.

En ce qui concerne l’Europe, les principales lignes de la « doctrine Truman » sont les suivantes :

  1. Création de bases américaines dans la partie orientale du bassin méditerranéen, afin d’affermir la domination américaine dans cette zone ;
  2. Soutien démonstratif des régimes réactionnaires en Grèce et en Turquie, etc.
Car il est clair qu’après la guerre, les États-Unis réorientent dans un axe strictement anticommuniste les priorités de leur politique étrangère, et pour ce faire ils vont faire appel aux services et à l’anticommunisme viscéral des (ex-) fascistes dont l’Europe est pleine (mais pas seulement, puisqu’il en ira de même au Japon et en Amérique latine), amnistiés et réhabilités pour l’occasion.

D’où le soutien affiché ou latent aux dictatures de droite partout dans le monde, mais aussi l’utilisation massive des militants d’extrême-droite et, dans le cas spécifique à l’Italie, des membres de la mafia.

Autant d’affirmations qui ne sont pas des supputations, mais des vérités historiques largement documentées : c’est la politique d’endiguement (containment) préconisée par la « doctrine Truman » pour stopper l'expansion de la zone d'influence soviétique et contrer les États susceptibles d'adopter le communisme, que la doctrine antagoniste de Jdanov nomme politique extérieure expansionniste et impérialiste, dont il identifie les trois principaux axes d’intervention :
  1. Mesures militaires stratégiques, notamment avec la création de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et l’installation en Belgique de son commandement militaire – le SHAPE...
  2. Expansion économique,
  3. Lutte idéologique.
[Début]
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J'arrête là la citation de mon livre pour en revenir à mon blog, et notamment au billet Obama vs. Berlusconi, où j'indique dans quels documents du National Security Council (NSC) on retrouve trace de cette "doctrine Truman" appliquée à l'Italie :
  1. Le document NSC n° 1/3 du 8 mars 1948, à la veille des élections cruciales du 18 avril suivant, pose directement le problème de la possible conquête du pouvoir par les communistes « par des moyens légaux », auquel cas les États-Unis devraient immédiatement répondre, y compris en fournissant une assistance financière et militaire à la base anti-communiste italienne. N'oublions pas que le 3 avril 1948, le congrès américain adoptait le plan Marshall pour la reconstruction de l'Europe après la deuxième guerre mondiale.
  2. Le document NSC n° 10/2 du 18 juin 1948 affirme que les activités officielles à l'étranger seraient accompagnées d'opérations "couvertes" pour qu'il ne soit pas possible de remonter à la responsabilité du Gouvernement des États-Unis.
  3. Le document NSC n° 67/3 du 5 janvier 1951 (indisponible dans son intégralité, aujourd'hui encore, puisqu'une bonne partie reste sous secret militaire), prévoit explicitement des initiatives des États-Unis « pour empêcher la prise du pouvoir par les communistes. »
C'est le programme tout tracé de la stratégie de la tension, qui avait pour but délibéré non seulement d'installer un climat de violence politique afin de favoriser l'émergence d'un état autoritaire, mais aussi et surtout de faire en sorte que des attentats exécutés par des néofascistes et des subversifs d'extrême droite fussent faussement attribués aux réseaux gauchistes.
Par conséquent, je ne saurais faire ici le décompte de tous les régimes autoritaires (pour employer un euphémisme) ouvertement soutenus ou mis en place dans le monde depuis 1945 par les États-Unis [Grèce, Portugal et Espagne en Europe, combien de pays en Amérique latine ? quant au Japon et à l'Italie ("démocratie à souveraineté limitée"), ils mériteraient un chapitre à part entière (lire aussi, 134 milliards de dollars - l'opération Lys d'Or et le Traité de Versailles !)], au nom d'une Realpolitik dont Henry Kissinger fut l'un des principaux artisans, mais le fait est qu'on pourrait la qualifier de politique NIMBY, qui a simplement consisté à combattre un totalitarisme par des dictatures...

Ni plus ni moins. L'important était que tout cela se passât loin des États-Unis ! [Début]

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L'Occident exportateur de démocratie...

Or plus de deux décennies après l'écroulement du Mur de Berlin rien n'a changé, au contraire, puisque ce qui fut hier l'affrontement de deux mondes - communisme vs. capitalisme -, redevient aujourd'hui l'affrontement de deux nouveaux blocs, encore plus vastes mais aux contours moins bien définis : intégralisme islamique vs. occident exportateur de démocratie, avec une fois de plus l'Europe à la traîne des États-Unis...

Comme si l'histoire millénaire et tragique des Guerres de religion ne pouvait rien enseigner au présent !

Mais des États-Unis en déclin, contrairement à la position qui était la leur à la fin de la Deuxième Guerre mondiale (ils étaient alors considérés comme des libérateurs et leur suprématie n'était pas remise en cause, sauf par l'URSS), et qui n'ont probablement plus les moyens de leurs ambitions : dans ce cadre, poursuivre aujourd'hui la même logique que celle déployée hier contre l'anticommunisme, pour combattre l'intégralisme islamique par d'autres dictatures serait une ERREUR POLITIQUE phénoménale !

Hier, en dépit des intentions proclamées au grand jour de permettre « aux peuples libérés » « de se donner des institutions démocratiques de leur propre choix », les vainqueurs tramaient dans l'ombre « pour empêcher la prise du pouvoir par les communistes », y compris « par des moyens légaux », à savoir par la « voie d’élections libres ».

Une violation évidente des principes de la Charte de l’Atlantique selon lesquels « tous les peuples ont le droit de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils entendent vivre » et « que les droits souverains et l’autonomie ... doivent leur être restitués », tout comme de l'élémentaire « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », réaffirmé dans la Charte des Nations unies.

Quant à l’espoir d’un « avenir meilleur pour le monde », dans le sillage d'un « ordre mondial régi par le droit et consacré aux intérêts de la paix, de la sécurité, de la liberté et de la prospérité commune », je ne pense pas qu'aucun gouvernement occidental aurait aujourd'hui l'impudence de prétendre exporter le "modèle démocratique" à toutes les nations de la terre, ni l'inconscience de dire aux peuples révoltés (ou en passe de l'être), d'Égypte, de Tunisie, du Maroc, d'Algérie, d'Albanie, d'Afghanistan, de Libye, de Syrie, de Jordanie, du Liban, du Soudan, du Yemen et d'ailleurs, que mieux vaut, pour leur propre bien, leur imposer une dictature - d'autant plus facile à manipuler qu'elle sera corrompue -, plutôt que de reconnaître leur droit légitime à l'autodétermination.

Pratiquement, ce sont les principaux pays de la Ligue arabe qui sont en ébullition !

Et quand Israël, enserré dans l'étau de la liberté exprimé par le réveil du monde arabe, s'entête en ­pressant Washington ­et l'Europe ­de ­soutenir Moubarak envers et contre tout, sous prétexte que sans Moubarak ce sera la guerre, en allant jusqu'à fournir en ce moment-même du matériel militaire au régime à l'agonie, je pense que là encore Israël commet une ERREUR POLITIQUE majeure qui va exactement à l'encontre des intérêts que son État prétend défendre...

Car après, « comment alors s’étonner que les peuples se retournent contre les démocraties qui les ont négligés ? »

Je suis évidemment heureux que l'Amérique ait empêché hier l'expansion du totalitarisme communiste, mais cela ne veut pas dire que les moyens discutables qui furent employés soient transposables à la réalité d'aujourd'hui. Car sur les plateaux de la balance d'un monde juste, les bénéfices obtenus dans l'immédiat ou à moyen terme compenseront-ils les dommages sur le long terme ?

On l'observe avec l'Italie de Berlusconi : après des décennies de souveraineté limitée, nous voyons ces jours-ci une majorité du pays sans plus aucune conscience critique, incapable de réagir à un régime au moins aussi déclinant que celui de ses "amis" Moubarak, Ben Ali, etc., où la population regarde avec envie ce qui se passe à Tunis ou au Caire et assiste à la révolte / révolution de ces pays au sang neuf, en se demandant dépitée pourquoi cette apathie d'une opinion publique sous hypnose, frappée d'un syndrome de Stockholm tout à fait incompréhensible aux yeux des observateurs étrangers.

Donc même si je ne demande qu'une chose (que la réalité des faits démente mon analyse), il est clair que la démocratie ne s'exporte ni ne s'impose, elle se conquiert par la base et par la libre volonté des peuples.

Nous verrons d'ailleurs si le peuple italien, à la veille de célébrer les 150 premières années de son "unité", aura la maturité nécessaire pour éradiquer le cancer berlusconien afin de repartir sur de nouvelles bases, une maturité qui lui a manqué au début des années 90...

Mais "accompagner" ici et là ces transitions en créant une nouvelle institution internationale, regroupant toutes les nations bénéficiant de la démocratie, revendiquant un devoir d’ingérence, et se donnant les moyens d’aider à la liberté politique, en fournissant aux peuples soumis des moyens spécifiques pour y soutenir la liberté de la presse, les partis politiques, les ONG, la lutte contre la pauvreté, et contre la corruption, me semble un pari extrêmement risqué, en ce sens qu'il se fonde sur le postulat d'une "vérité" dont l'histoire a montré qu'elle était loin d'être acquise !

Sûrement vaudrait-il mieux essayer d'inventer de nouvelles formes de "coopétition" entre les peuples, mais cela ne se fera jamais avec des politiques qui manquent d'imagination. [Début]

* * *
Cela me fait penser au discours précurseur tenu par Obama ... au Caire, c'était pas plus tard qu'en juin 2009 :


Les questions courageusement abordées par Obama sont :
  • l'extrémisme violent sous toutes ses formes
  • l'Afghanistan, le Pakistan, l'Iraq
  • la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
  • les droits et les responsabilités des nations sur la question des armes nucléaires
  • la démocratie
  • la liberté religieuse
  • les droits de la femme
  • l'intérêt commun à favoriser le développement et les opportunités économiques
Un discours qu'il vaudrait peut-être la peine de réanalyser en profondeur, vu ce qui se passe à présent et risque de se passer demain...

Pour conclure, je ne résiste pas à l'envie de vous en citer intégralement la fin :
Nous partageons tous cette planète pendant un court instant. À nous de décider si nous passons ce temps à nous concentrer sur ce qui nous sépare ou si nous nous engageons à faire ce qu'il faut - de façon soutenue - pour trouver un terrain d'entente, pour nous concentrer sur l'avenir que nous désirons pour nos enfants, et pour respecter la dignité de tous les êtres humains.

Tout ceci n'est pas simple. Il est plus facile de se lancer dans une guerre que de faire la paix. Il est plus facile de blâmer autrui que de s'examiner soi-même ; il est plus facile de voir ce qui nous distingue, plutôt que ce que nous avons en commun. Mais il faut choisir le bon chemin, et non le plus facile. Il y a une règle essentielle qui sous-tend toutes les religions : celle de traiter les autres comme nous aimerions être traités. Cette vérité transcende les nations et les peuples. C'est une croyance qui n'est pas nouvelle, qui n'est ni noire ni blanche ni basanée, qui n'est ni chrétienne ni musulmane ni juive. C'est une foi qui a animé le berceau de la civilisation et qui bat encore dans le cœur de milliards d'êtres humains. C'est la foi dans autrui et c'est ce qui m'a mené ici aujourd'hui.

Nous avons le pouvoir de construire le monde auquel nous aspirons, mais seulement si nous avons le courage de prendre un nouveau départ, en gardant à l'esprit ce qui a été écrit.

Le Saint Coran nous dit : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. »

Le Talmud nous dit : « Toute la Torah a pour objectif de promouvoir la paix. »

La Bible nous dit : « Bienheureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. »

Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C'est maintenant notre tâche sur cette Terre. Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.
Pour le reste, OTAN en emporte le vent... [Début]


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P.S. Je ne peux pas évoquer l'OTAN et l'Italie sans parler de la France, et notamment de la décision annoncée par le Général de Gaulle en 1966 :
« La France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’Alliance. »

[La France] « se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN ». Certes, elle « est disposée à s’entendre avec [ses alliés] quant aux facilités militaires à s’accorder mutuellement dans le cas d’un conflit où elle s’engagerait à leurs côtés ». Bref, elle « croit devoir, pour son compte, modifier la forme de [l’]alliance sans en altérer le fond ».
Nous avons donc là deux visions totalement opposées, avec une réaffirmation forte de la souveraineté nationale pour la France, face à une Italie à souveraineté limitée sans véritable géopolitique, à noter d'ailleurs que le pays accueille encore aujourd'hui, 65 ans après la fin de la guerre, plus d'une centaine de bases américaines sur son sol...

Or comme l'observait en 2008 Dominique Vidal : « Quatre décennies plus tard, comment ne pas être frappé par l’étonnante actualité de ces débats, mais aussi par la cohérence, sur la longue durée, de la pensée stratégique du général de Gaulle ? »

Et de conclure :
L’échappée belle n’aura qu’un temps. Après la démission, puis la disparition du général, ses successeurs – de Georges Pompidou à François Mitterrand – referont progressivement le chemin à l’envers. Et, comme pour préparer le trentième anniversaire de la lettre à Johnson, la France réintègrera, le 5 décembre 1995, le conseil des ministres et le comité militaire de l’OTAN. Héritier déclaré du général de Gaulle, le président Jacques Chirac ouvrira ainsi la porte à une réintégration de la France dans l’OTAN, que M. Nicolas Sarkozy cherche à parachever.
Une parenthèse gaulliste de 43 ans finalement refermée par Nicolas Sarkozy, qui a réintégré la France dans l’OTAN en 2009 : un "acte historique" n'ayant pas fait que des heureux, voir ici ou , par exemple...

J'ai été très frappé de lire un jour l'opération Sarkozy, écrit par Thierry Meyssan, article qui n'a pourtant pas fait l'objet, sauf erreur de ma part, d'une plainte en diffamation de la part de Sarkozy. Étonnant !

Or je ne connais pas Thierry Meyssan, je vois seulement qu'il fait l'objet d'attaques très violentes sur le Web, personnellement je n'ai aucune information le concernant qui pourrait m'induire à penser dans un sens ou dans l'autre, donc pour l'instant je préfère me baser uniquement sur les faits que je peux vérifier. Et les faits me disent que beaucoup des choses qu'il a écrites, notamment sur Stay-Behind et sur la situation du Japon au sortir de la guerre, sont entièrement recoupées par mes propres recherches sur l'histoire de l'Italie. Je ferai donc miens les mots de ce commentaire de Nelly : « C’est un article intéressant. S’il nous vient des doutes on peut toujours se renseigner, les informations ne manquent pas sur la toile. »

Article dans lequel il est également question de Frank Wisner Jr. - je note au passage -, actuel émissaire de Barack Obama auprès de Mubarak ("the exact wrong person to send", selon certains à Washington, et ailleurs) (du reste, cet ex-collaborateur de Kissinger, plus récemment lobbyiste en Égypte pour le compte de la firme Patton Boggs, membre du Directoire de la Banque Commerciale Internationale d'Égypte, a été rappelé dans la foulée !)...

Donc quand on met ensemble différents éléments, évidemment on se pose des questions. Mais ce n'est pas interdit, que je sache, et cela fait même partie de la normale dialectique démocratique. Alors que chacun se fasse son propre avis, du reste le discernement individuel devrait être ce qui distingue tout citoyen responsable...

Je vous encourage par conséquent à lire le réseau Voltaire sur la situation actuelle, cela devrait donner à chacun des arguments pour approfondir la situation. En tout cas, j'espère que le présent billet pourra fournir son apport et contribuer ainsi au débat général, vu que l'évolution de ce qui se passe ces jours-ci aura forcément un impact dans nos vies quotidiennes.

OTAN se faire une idée :-) [Début]

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lundi 31 janvier 2011

Carrefour en Italie : une cible de choix pour la mafia...


Introduction
Matteo Messina Denaro
Carrefour en Italie
Les aventures du groupe GDM à Barcellona Pozzo di Gotto
L'Expo Milano 2015
Le site Alfa-Romeo de Portello
Conclusion

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MàJ - 31 janvier 2011 : je vous avais parlé en fin de billet du jugement de Giuseppe Grigoli, "le roi des supermarchés Despar de la Sicile Occidentale", pour lequel le parquet avait demandé une condamnation à 15 ans de prison, et bien le Tribunal de Marsala s'est prononcé ce soir, en condamnant Grigoli à 12 ans d'emprisonnement, Matteo Messina Denaro à 27 ans par contumace (il est en cavale depuis 1993), et en leur saisissant définitivement un patrimoine d'une valeur de 500 millions d'euros (comptes bancaires, 12 sociétés, plus de 200 bâtiments, 133 terrains, etc.)...

* * *
Introduction

Il y a un an déjà, en dressant le bilan de l'entreprise mafia pour l'année 2009, j'écrivais ceci :
Si je trouve le temps, je vous ferai un billet sur les déboires de Carrefour en Italie du sud...
L'heure est venue de m'atteler à la tâche, mais comme vous allez le voir c'est compliqué ! Posons d'abord le cadre de la situation.

La grande distribution en Italie (connue sous le sigle de GDO, Grande Distribution Organisée) est désormais un débouché prioritaire pour la mafia, dont la stratégie vise de plus en plus à occuper et coloniser l'économie LÉGALE...

Un phénomène qui ne passe pas inobservé, comme en témoignent différents articles publiés en novembre 2010 : “La mafia si infiltra nella grande distribuzione”, “La mafia ricicla nella grande distribuzione”, etc.

Ce faisant, la mafia joue sur un double tableau : la spéculation immobilière d'une part (avec la construction des centres commerciaux), et toute la filière marchande de l'autre (de la production au transport et à la distribution), dont un exemple frappant est la mainmise de l'association cosa nostra / camorra / 'ndrangheta sur le Marché de gros des fruits et légumes de Fondi, le plus grand marché italien (et d'Europe...) qui s'étend sur plus de 335 hectares à 2h de route de Rome.

Cette association criminelle, qui se divise en outre le pays en trois (pratiquement la 'ndrangheta au Nord, la camorra au Centre et la mafia au Sud...) est plus vivace que jamais, donc croire que ce pacte mafieux tripartite a été démantelé pour Fondi n'est qu'un leurre, puisque l'administration de la ville, qui aurait dû être placée sous administration contrôlée, a été sauvée de justesse par le gouvernement Berlusconi, toujours prêt à aider les amis en cas de besoin... [Début]

Matteo Messina Denaro

Mais revenons à nos moutons ! Ou, pour mieux dire, au mouton noir qui a pour nom Matteo Messina Denaro, en cavale depuis les attentats terroristes-mafieux de 1993, dernier grand parrain de cosa nostra qui court toujours en dépit de plusieurs condamnations à perpétuité prononcées contre lui.

Et qui semble s'intéresser de très près à la grande distribution, comme en témoignent plusieurs enquêtes en cours, qui impliquent notamment Giuseppe Grigoli et Salvatore Scuto, respectivement gérant de la marque Despar pour la Sicile Occidentale et membre du Comité directeur de Despar Italia, prête-nom présumés de Messina Denaro...

Bien. Mais quel est le rapport avec Carrefour, me direz-vous ? J'y arrive. En partant de la reconversion stratégique annoncée par le nouvel homme fort du Groupe, Lars Olofsson.

Le 30 juin 2009, Carrefour a tenu à Paris une journée-investisseurs consacrée à la présentation aux analystes des principes de la nouvelle organisation et à la mise en œuvre de son plan de transformation, qui prévoit notamment, pour l'Italie :

Refocalisation de nos affaires
• 2 fermetures (Rome, Bari)
• Décision de céder 4 hypermarchés (Région des Pouilles)
• 6 hypers restants dans le Sud de l’Italie
Renforcer le business dans le Nord de l’Italie
• Investissement prix de l’ordre de 40m€
• Convergence des enseignes en cours
Lancement d’un plan de transformation dans le Nord de l’Italie :
• Programme de réduction de coûts : “Fast Forward”
• Amélioration significative de la marge en 2010

En clair, cela signifie un désengagement du Groupe dans le Sud et un recentrage au Nord, comme l'explique le plus récent document de référence (2009) disponible en ligne, au chapitre intitulé "Italie : cap au Nord"
En 2009, Carrefour Italie a décidé d’établir des bases solides pour le futur. Le plan de transformation est en marche et Carrefour recentre ses activités dans le Nord du pays. Commercialement, le processus de convergence s’est accéléré avec le passage de 50 magasins GS sous l’enseigne Carrefour Market et de 15 magasins de proximité DiperDi sous l’enseigne Carrefour Express. C’est sur ces nouvelles bases que Carrefour Italie entend bâtir son leadership. En 2010, l’Italie devrait compter 400 Carrefour Market et 700 Carrefour Express dans tout le pays. Le lancement de la gamme Carrefour Discount et l’extension des gammes de produits à marque renforceront aussi la présence de Carrefour dans le panier des consommateurs. La réinvention des hypermarchés dopera leur attractivité et le développement des supermarchés en franchise dynamisera l’expansion de Carrefour.
[Début]

Carrefour en Italie

Aujourd'hui, Carrefour en Italie c'est 25 000 salariés, soit 5% des effectifs mondiaux de l'entreprise (500 000 employés dans 35 pays), et à fin décembre 2009 un réseau de 477 magasins consolidés :
  • 61 hypermarchés
  • 227 supermarchés
  • 0 hard discount
  • 175 magasins de poximité
  • 14 cash & carry
y compris les 6 hypers à vendre ou à fermer dans le Sud : mis à part celui de Rome (ouvert en 2004), les 5 autres concernent essentiellement les Pouilles, avec une fermeture à Bari et 4 ventes : Bari, Brindisi, Lecce et Matera (Basilicate), acquisitions réalisées par la Coop en juillet 2009.

De fait, à fin octobre 2010, l'entreprise comptait en plus d'une soixantaine d'hypers 1 043 points de vente, soit 354 Carrefour Market qui correspondent aux enseignes GS, et 689 Carrefour Express au réseau de proximité DìperDì.

[MàJ] Selon une présentation Carrefour trouvée sur Internet, les PdV sont 1 303 (respectivement 449 et 854), plus 64 hypers et 14 cash & carry, soit un total réseau de 1 381. (904 de plus qu'en 2009 !)

Après avoir ouvert ses premiers hypermarchés en 1993 et être devenu en 2000 n° 2 de la distribution dans le pays (avec le rachat via Promodès du Groupe GS, créé au début des années 60 par Marco Brunelli, ex-président de Carrefour Italia en 2000-2002 et actuel patron de Finiper), en avril 2005, à la suite d'un partenariat avec Aligros, le groupe acquiert 160 points de vente, pour l'essentiel des magasins de proximité situés dans la région des Pouilles, un investissement qui se traduisait deux ans plus tard par ... une perte de 5 millions d'euros dans cette seule région !

Une situation déplorable, qui a naturellement conduit au désengagement localisé du groupe, comme le laissait entrevoir Giuseppe Brambilla, Directeur Exécutif Italie, dans une interview qui remonte à fin juin 2009 :
Question : - Le réseau des hypermarchés Carrefour dans le Sud a été mis en vente, et pourtant aucune transaction n'a encore été finalisée. Pourquoi ?

Réponse : - Certains centres étaient mal positionnés et disproportionnés par rapport au marché local. Comme de nombreux autres acteurs économiques, nous avions parié sur une augmentation des revenus et de la consommation dans le Mezzogiorno, mais la première n'a pas eu lieu et la seconde n'a été que partielle. Précisons en outre que nous pratiquons une politique de rémunération où le niveau des salaires est pratiquement identique dans le Nord et le Sud du pays, avec en plus la concurrence de nombreux acteurs qui n'ont pas modernisé leurs modes d'organisation et ont recours à des formes de flexibilité du travail qui nous sont interdites.

Q. : - Comment allez-vous réagir ?

R. : - Nous relancerons certains hypermarchés, et pour les autres, nous les restructurerons ou nous les fermerons.
Donc, sauf erreur de ma part, les 6 hypermarchés Carrefour restants dans le Sud de l'Italie seraient : 2 en Calabre [Portobolaro (Reggio Calabria) et Cosenza], 3 en Campanie [Marcianise et Capodrise à Caserte et 1 à Pontecagnano (Salerne)], et 1 en Sicile [Milazzo].

Ce dernier est en franchise au Groupe GDM, qui exploitait il y a quelques temps encore les hypers de San Cataldo (Caltanissetta) et Castrofilippo (Agrigento), toujours en Sicile, avant de faire transiter les deux centres commerciaux - "Le Vigne" de Castrofilippo et "Il Casale" de San Cataldo - de Carrefour au groupe Sidis (dont les hypers, soit dit en passant, sont exploités en franchise sous l'enseigne Auchan...).

Or il est intéressant de connaître les motivations de GDM, dévoilées dans un communiqué à la clientèle par le responsable du groupe pour la Sicile, qui dénonce que ce "retrait" est dû aux "difficultés qui tenaillent cette terre", où il "est dur d'investir" ("difficoltà che attanagliano questa terra", in cui "è difficile investire"), en dépit de tous les efforts déployés pour offrir le meilleur service possible ("aver dato il massimo per offrire un buon servizio"). Traduisez MAFIA !

Je sais bien que pour un français la traduction ne coule pas de source, mais lisez ce billet avant de poursuivre, vous comprendrez mieux.

Et pour être plus explicite, je vais vous raconter une histoire. [Début]

Les aventures du groupe GDM à Barcellona Pozzo di Gotto

Barcellona Pozzo di Gotto, c'est en Sicile, juste à côté de Milazzo (Messine).

En juin 2007, la société G.D.M. – Grande Distribuzione Meridionale S.p.a. présente à la municipalité un projet ambitieux prévoyant l'aménagement d'un parc commercial sur plus de 18 hectares, qui aurait dû accueillir six zones destinées à la grande distribution, à l'implantation de locaux commerciaux, aux loisirs, plus une zone de jeux pour les enfants, des hôtels et des restaurants.

Pour présenter ce projet, GDM se basait sur un contrat d'utilisation des sols passé en 2005 avec la société Dibeca S.a.s., propriétaire d'une bonne partie des hectares de terrain, contrat accompagné d'une promesse de vente.

Or en mai 2008, GDM décidait de se retirer du projet, au motif, selon Piergiorgio Sacco, président du groupe, que « (l)’achat des terrains à Dibeca était soumis à la réalisation de plusieurs conditions dans un délai de trois ans et non au-delà à dater de la signature du premier contrat, conditions telles que l’approbation du projet, l'octroi par la municipalité des permis de construire correspondants et des autorisations administratives nécessaires à l'ouverture d'une grande surface », et qu'aucune de ces conditions ne s'était réalisée.

Pour autant, en janvier 2009, la commission municipale compétente modifiait l'attribution des permis de construire en les transférant à la société Dibeca, "propriétaire" des terrains. Or en fait, le bail d'une durée de six ans avait été stipulé avec Alessandro Cattafi, "administrateur unique de Dibeca, qui se substituait à la véritable propriétaire, Mme Nicoletta Di Benedetto", contre le paiement d'un loyer annuel de 27 888,67 € (rapportés au nombre d'hectares, avouez que ça fait pas lourd !).

Donc en regard d'une affaire de 250 millions d'euros (le mafioparco, Sonia Alfano dixit, qui développe ici les relations obscures avec la franc-maçonnerie, comme toujours en Italie), la municipalité s'est empressée d'approuver le projet à l’unanimité, le 16 novembre 2009, par 22 votes favorables et 1 abstention...

Or dans un cas précédent, une inspection de la Préfecture de Messine faisait observer que la municipalité de Barcellona Pozzo di Gotto aurait dû procéder à des vérifications préalables et ne jamais passer d'accords avec des sujets tels que M. Alessandro Cattafi et Mme Nicoletta Di Benedetto, respectivement fils et mère de l’avocat Rosario Pio Cattafi, personnage plusieurs fois mis en examen et considéré l'un des chefs de l’organisation mafieuse de Barcellona Pozzo di Gotto. En effet, le nom complet de la société, c'est “Dibeca S.n.c. di Cattafi Rosario & C”...

Car toujours selon les inspecteurs de la Préfecture de Messine, Rosario Pio Cattafi « représente l'un des acteurs plus emblématiques à travers lesquels Barcellona Pozzo di Gotto est devenu carrefour (sans jeu de mots : il crocevia) névralgique et lieu de rencontre où convergent les intérêts des mafias de Catane et de Palerme, et où se brassent d'importantes opérations financières et des trafics illégaux conduisant jusqu'à Milan », évoluant à un « niveau supérieur » d'intermédiation entre les chefs de Cosa Nostra et « certains sujets institutionnels qui opèrent plus particulièrement dans la politique, la justice et les administrations publiques ».

Le curriculum de ce Monsieur est d'ailleurs plutôt chargé : membre de l'extrême-droite subversive dans sa jeunesse, suspecté d'être mêlé à des affaires d'enlèvement, de trafic d'armes, d'explosifs, de drogues, de corruption, de menaces, titulaire de comptes chiffrés en Suisse, fréquentant des membres des services secrets et, last but not least, des parrains de nombreuses familles mafieuses (Santapaola, Carollo, Fidanzati, Ciulla, Bono), il fut également lié au boss Giuseppe Gullotti jusqu'à sa condamnation définitive pour le meurtre du journaliste Beppe Alfano, père de l'actuelle parlementaire européenne, Sonia Alfano, qui confia un jour à sa fille après avoir vu Cattafi à Barcellona Pozzo di Gotto : s'il est revenu, c'est qu'une grosse affaire se prépare...

Le "repenti" Giovanni Brusca l'a indiqué comme étant celui qui lui avait fourni la télécommande ayant servi à l’attentat de Capaci, durant lequel furent assassinés le juge Falcone, sa femme et les membres de son escorte. Or Brusca devrait savoir ce dont il parle, puisque c'est lui qui a appuyé sur le bouton de la télécommande faisant sauter la demi-tonne d'explosifs enfouis sous l'autoroute Palerme-Punta Raisi !

Voici donc l'une des mille manières possibles pour la mafia de financer des opérations millionnaires (en euros...), et plus les affaires sont grosses, plus les organisations mafieuses sont aux aguets. C'est par exemple le cas de la reconstruction de l'Aquila ou de l'Expo universelle de 2015 qui se tiendra à Milan. [Début]

L'Expo Milano 2015

En février 2010, le Préfet Lombardi a publié un rapport - extrêmement confidentiel - sur les mafias à Milan et dans la région, intitulé Le crime organisé en Lombardie, dévoilé par un excellent journaliste, Roberto Galullo, dont la lecture fait froid dans le dos, avec, dès la page 5, des paragraphes comme celui-ci :
“Bien qu'il y ait eu au cours de la dernière décennie diverses opérations de police, vastes et pénétrantes, pour réprimer le phénomène mafieux, les bandes criminelles ont montré une grande aptitude à se réorganiser et se régénérer après les lourdes pertes subies, grâce à l'arrivée de nouveaux venus transférés dans le nord du pays pour remplacer les mafieux en prison. Cette organisation se caractérise par sa capacité avérée de se mouvoir sans grande difficulté dans le domaine du blanchiment, grâce aux fortes relations nouées avec des représentants de l'univers de la banque, de la finance et des institutions. En profitant notamment du potentiel offert par la première place boursière nationale, la 'ndrangheta et d'autres gangs criminels recyclent et/ou réutilisent l'argent sale provenant d'activités illégales, y compris internationales (...), et s'infiltrent insidieusement dans l'économie légale en exploitant des entreprises apparemment licites”.

“Nonostante nell’ultimo decennio si siano susseguite vaste e penetranti operazioni di polizia per reprimere il fenomeni, i sodalizi criminali hanno subito mostrato grande attitudine alla riorganizzazione e alla rigenerazione dopo le pesanti perdite subite, grazie all’apporto di nuovi soggetti trasferiti nel nord del Paese qui arrivati per rimpiazzare i membri della struttura criminale colpiti da provvedimenti restrittivi. L’organizzazione si connota nell’accertata capacità di muoversi senza particolari difficoltà sul terreno del riciclaggio, grazie a consolidati rapporti con esponenti del mondo bancario, finanziario e istituzionale. Avvalendosi delle potenzialità fornite dalla prima piazza economico-finanziaria a livello nazionale, la ‘ndrangheta, così come altre consorterie criminali, attua il riciclaggio e/o il reimpiego dei proventi derivanti dalla gestione, anche a livello internazionale, di attività illecite…inserendosi insidiosamente nel tessuto economico legale, grazie all’esercizio di imprese all’apparenza lecite”.
Suivent les noms des familles représentant tout le gotha de la 'ndrangheta qui opèrent en Lombardie : 1) Morabito-Bruzzaniti-Palamara; 2) Morabito-Mollica; 3) Mancuso; 4) Mammoliti; 5) Mazzaferro; 6) Piromalli; 7) Iamonte; 8) Libri; 9) Condello; 10) Ierinò; 11) De Stefano; 12) Ursini-Macrì; 13) Papalia-Barbaro; 14) Trovato; 15) Flachi; 16) Paviglianiti; 17) Latella; 18) Imerti-Condello-Fontana; 19) Pesce; 20) Bellocco; 21) Arena-Colacchio; 22) Versace; 23) Fazzari; 24) Sergi; 25) Giampaolo-Palamara-Romeo; 26) Facchineri.

Il suffit de voir la concentration...

En outre, toujours selon le préfet, de nombreux indices suggèrent que certaines entreprises seront candidates à l'adjudication de marchés modestes afin d'éviter de devoir subir les contrôles nécessaires pour produire le certificat anti-mafia, indispensable pour les gros marchés. De même, il est avéré que des entreprises en odeur de mafia se servent de sous-traitants sans problèmes avec la justice pour pouvoir contrôler ensuite les chantiers, notamment au niveau du transport et des mouvements de terre...

(“molteplici indicatori segnalano che alcune imprese si stanno orientando verso appalti di importo limitato così da evitare la verifica dovuta per la certificazione antimafia. Nel contempo si registrano ricorrenti aggiudicazioni seriali sotto soglia a livello locale, i cui importi, se globalmente valutati, raggiungono cifre molto considerevoli, spesso superiori alla soglia per la quale è richiesta la certificazione antimafia. E’ altresì emerso che, spesso, società inquinate si servono di imprese sane per aggiudicarsi appalti pubblici e successivamente, tramite queste ultime, subentrano di fatto nei cantieri con propri mezzi o con l’intervento di altre ditte legate a organizzazioni mafiose… Fenomeno diffuso è anche l’aggiramento della normativa antimafia per i sub-contratti in materia di trasporto e movimento terra”).

J'arrête là en espérant vous avoir donné une idée précise de la situation. Mais de nouveau, quel est le rapport avec Carrefour ? Laissez-moi vous expliquer. [Début]

Le site Alfa-Romeo de Portello

Portello est un quartier près de Milan où l'usine Alfa Romeo a assuré sa production pendant près de 80 ans, de 1908 à 1986, année de l'achat du constructeur automobile par Fiat, qui aurait ensuite vendu la friche industrielle à la société Immobiliare Estate sei, dans le cadre d'un accord prévoyant la construction de deux gratte-ciel, d'édifices de luxe et ... d'un hypermarché, à la barbe de précédents accords signés avec les syndicats.

Globalement, tenez-vous bien, la zone recouvre une surface de 2,2 millions de mètres carrés, dont l'actuel et seul propriétaire est (je vous fais grâce des nombreux passages successifs) Marco Brunelli, encore lui : cofondateur en 1957 de Esselunga avec Nelson Rockefeller et les frères Caprotti, Bernardo et Guido, il cofonde quelques années plus tard avec Guido le groupe GS (qui fait maintenant partie de Carrefour), puis le groupe Finiper S.p.A., holding de contrôle du groupe Iper ; depuis décembre 2006, Brunelli détient 98,7% d'Immobiliare Estate sei, propriétaire de ces 220 hectares aux portes de Milan...

Naturellement, les avenants se sont succédés, et en septembre 2010, un accord de programme a été signé avec la Région Lombardie, qui prévoit en plus des deux gratte-ciel, des édifices de luxe et de l'hypermarché (ouvert en 2004), l'aménagement d'infrastuctures routières (dont une rocade), d'un réseau de transport public (métro/tramway) et d'un énorme parking qui devra desservir la zone de l'Expo 2015.

Et dire que cette zone industrielle de Portello fut créée en 1906 par un français, Alexandre Darracq, bordelais comme le soussigné, patron des automobiles Darracq, sur un emplacement jouxtant le site de l'Exposition Internationale de Milan, tenue cette année-là... La boucle est bouclée !

Attention, que les choses soient claires, je n'accuse absolument personne en racontant cette histoire, j'indique seulement que là où existent des marchés publics et privés de cette ampleur, accompagnés de la promesse de financements publics et privés millionaires, les mafias sont aux premières loges non pas pour se contenter d'assister au spectacle, mais bien pour y tenir le rôle principal. C'est d'ailleurs ce qui se passe et se passera pour la construction du Pont sur le Détroit de Messine, pour lequel la table à trois pieds ('u tavulinu : politiques / entreprises / mafias) est déjà dressée, et depuis longtemps.

Donc pour terminer notre histoire, Marco Brunelli, qui fait aujourd'hui partie du pacte d'actionnaires de Mediobanca, a racheté en février 2010 Finiper à Carrefour, en mettant fin par la même occasion à son partenariat avec l'entreprise au sein de la centrale d'achat GD Plus.

Quant au groupe Carrefour, qui réaffirme ses priorités autour du G4 (France, Espagne, Italie et Belgique), dont le déploiement du nouveau modèle d'hypermarché est prévu sur 2011-2012, il poursuit maintenant son désengagement dans le Sud du pays, puisque dès ce mois-ci des licenciements sont prévus à Capodrise (qui devient Iper de Brunelli), et Marcianise (Caserte), dont les salariés ne sont pas vraiment enchantés de passer aux mains de Despar, 50 bougies et un procès pour mafia à célébrer dans quelques jours, le 15 janvier (le parquet a demandé une condamnation à 15 ans de prison pour Giuseppe Grigoli)...

On peut les comprendre ! [Début]

Conclusion

D'aucuns se demanderont peut-être ce qui m'a pris d'écrire ce billet. En fait, la réponse est assez simple : je n'en peux plus de la mafia, de ce putain de pays mafieux et corrompu, un phénomène qui doit d'abord être dénoncé et prévenu, avant d'être réprimé. Ce n'est pas le pays que je veux pour l'avenir de mon fils, même si ça reste son pays natal, celui de sa mère, et mon pays d'adoption.

Or vu que je suis très attentif à TOUS les signes qui trahissent la présence de la mafia, mon billet n'a d'autre but que de prévenir des entreprises françaises (ce que j'écris ici de Carrefour vaut aussi bien pour Auchan, Leclerc, Conforama et autres acteurs de la grande distribution ... ou pas) de ce à quoi leur réussite et leur taille financière les exposent : elles sont des morceaux de choix pour l'appétit sans fin et sans fond des mafias, dont la première occupation consiste de plus en plus à recycler d'immenses liquidités dans l'économie légale, chaque année des milliards d'euros - ensanglantés et escroqués des pires manières sous toutes les latitudes - en quête de "légalisation"...

Car en dépit du désengagement de Carrefour dans le Mezzogiorno, apparemment pour des raisons "purement" économiques, je ne pense pas un instant que le groupe soit tellement ingénu de n'avoir pas pris en compte cet aspect - disons, "collatéral". Ceci dit, le redéploiement annoncé dans le nord du pays ne les garantit en aucune façon contre les attentions des mafias, qui colonisent désormais aussi ces régions, lentement mais sûrement, à commencer par la Lombardie. Par conséquent croire que se déplacer de quelques centaines de kilomètres pour y échapper serait une grave erreur.

Que les entreprises à succès soient donc informées et bien conscientes de ces risques concrets et de leur existence, et si jamais elles pensent avoir besoin d'un conseiller "mafia" pour leur développement en Italie, et bien mon mail est dans la signature : presque trois décennies de permanence et une connaissance fine des problématiques à votre service !

Je peux même vous concocter un rapport sur mesure en cas de nécessité...

Qui sait si Monsieur Lars Olofsson me lira un jour ? Les commentaires sont ouverts, et bonne année 2011 à toutes et à tous... [Début]

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P.S. La réalité de la très forte pénétration mafieuse en Italie du Nord a été dénoncée par Roberto Saviano pas plus tard qu'en novembre 2010, dans une émission télévisée qui a battu tous les records d'audience de la troisième chaîne publique et déclenché une pitoyable réaction du ministre de l'Intérieur, Roberto Maroni, piqué au vif par les mots de Saviano sur les contacts et les compromissions entre 'ndrangheta et représentants du parti sécessioniste et xénophobe de Maroni, la Ligue du Nord d'Umberto Bossi. Si vous comprenez l'italien :



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vendredi 28 janvier 2011

Ubunga-Bunga

Vous connaissez, j'imagine, le Roi Ubu, symbole du délire du pouvoir et de l'absurdité des hiérarchies politiques. Et bien en Italie nous en avons la personnification sous les traits de Silvio Berlusconi, actuel président du Conseil italien, et accessoirement croisement grotesque d'Ubu et du Bunga-Bunga, jeu érotico-porno digne d'un harem africain selon les mauvaises langues.

Lorsque je vous ai raconté l'histoire la première fois, j'ai précisé que Berlusconi avait justifié son intervention téléphonique auprès du chef de cabinet de la préfecture de Milan, Pietro Ostuni, en se servant de l'excuse suivante :
« C'est la nièce de Hosny Moubarak, le président égyptien ! » 
(parenthèse linguistique : nièce ou petite-fille, ce n'est pas très clair, car c'est le même mot en italien, nipote, qui a donné en français ... népotisme).
Allons-y donc pour nièce, ça va faciliter la suite du récit.

D'aucuns ont sûrement imaginé que Berlusconi avait donné autant d'argent à la jeune fille vu les problèmes que traverse actuellement le tonton, même si dès le début Ruby n'avait pas été très claire sur ce point, en donnant une fourchette plutôt vague (de 7 000 à 150 000 en passant par 30 000 €), au bon cœur de l'hôte des lieux.

Lieux qui ont été ainsi reconstitués selon l'Espresso :

Seulement les transcriptions des écoutes téléphoniques racontent une autre histoire, question argent, puisque Ruby confie à différents interlocuteurs :
- j'ai parlé avec Silvio, et je lui ai dit... moi je veux sortir de cette histoire avec quelque chose... et donc il va me donner 5 millions €, 5 millions c'est le prix pour salir mon nom...

(io ho parlato con Silvio gli ho detto... che ne voglio uscire di almeno con qualcosa... cioè mi da... 5 milioni... però... 5 milioni a confronto del macchiamento del mio nome...)

- y a pas de souci, Silvio n'arrête pas de m'appeler, il m'a dit "fais-toi passer pour folle, pour ce que tu veux, folle à lier, raconte des conneries, moi je serai toujours à tes côtés, dis n'importe quoi, et tu obtiendras de moi tout ce que tu voudras"... avec mon avocat on lui a demandé 5 millions d'euros pour qu'en échange je me fasse passer pour folle, pour que je raconte des conneries, et il a accepté... et de fait, c'est la voie que nous suivrons...

(ma non siamo preoccupati per niente, perchè... Silvio mi chiama di continuo., mi ha detto cerca di passare per pazza... per quello che... che puoi... per pazza... racconta cazzate... ma io ti sarò sempre vicino... mi fa ... di qualsiasi cosa, e avrai da me qualsiasi cosa che tu vuoi... con il mio avvocato gli abbiamo chiesto 5 milioni di euro ... in cambio di... del fatto che io passo per pazza, che ho raccontato solo cazzate... e lui ha accettato... in effetti seguiremo questa... questa strada... ".)

- hier il m'a appelé en me disant, Ruby, je te donnerai autant d'argent que tu veux, je te paierai, je te couvrirai d'or, mais l'important c'est que tu caches tout, que tu taises toute l'histoire, que tu ne dises rien à personne...
... pour moi il peut être ce qu'il veut, mafieux ou autre, l'important c'est qu'il est en train de me couvrir d'or... putain il est en train de changer ma vie, tu vois, Antonella, laisse-moi te poser une question, mais réponds-moi franchement : si Silvio te mettait 6 millions d'euros dans les mains...

(che lui mi ha chiamato ieri dicendomi Ruhy, ti do quanti soldi vuoi, ti, ti., ti pago... ti metto tutta in oro ma l'importante è che nascondi il tutto, nascondi il tutto, non dire niente a nessuno...".
... Ruby ma può essere... per me mafioso... può essere quello che vuole, l'importante è che a me mi sta riempiendo di soldi... .. sta cambiando la mia vita, cazzo, guarda... Antonella ... tifacelo una domanda, però rispondimi sincera; se a te Silvio ti mettesse nelle tue mani 6 milioni di euro ... ".)
D'ailleurs les perquisitions ont permis de retrouver un journal de Ruby, dont voici un extrait :

La dernière ligne dit ceci : 4,5 millions que je recevrai de Silvio Berlusconi dans 2 mois...

On a beau être généreux comme Berlusconi prétend qu'il l'est, 4,5 millions d'euros ça fait quand même beaucoup pour une simple entraide !

Et ce qui est clair aussi, c'est que la jeune fille a fréquenté la résidence de Berlusconi, notamment de février à mai 2010, alors qu'elle était encore mineure.

Or le Parquet de Milan vient de présenter un deuxième rapport de plus de 200 pages, encore plus grave que le premier, puisqu'à la prostitution vient s'ajouter une saisie de 12 kilos de cocaïne au compagnon de l'une des femmes impliquées dans le bunga-bunga (compagnon qui est à présent en prison pour trafic de drogue, sa femme clamant son innocence), oui, vous avez bien lu, 12 kilos...

Donc dans cette avalanche d'ordure qui s'apprête à déferler sur notre Ubunga-Bunga, sa stratégie la plus pressante est celle de soustraire l'enquête aux magistrats milanais qui instruisent le dossier, dont Ilda Boccassini, qu'il considère comme une ennemie historique...

Et pour leur soustraire l'enquête, ses avocats ont décidé de se servir de l'article 96 de la Constitution italienne, qui dit ceci :
Le Président du Conseil des ministres et les ministres, même après avoir cessé d’exercer leurs fonctions, sont soumis, pour les délits et pour les crimes commis dans l’exercice de leurs fonctions, à la juridiction ordinaire, après autorisation du Sénat de la République ou de la Chambre des députés, selon les règles établies par la loi constitutionnelle.
Or la loi constitutionnelle du 16 janvier 1989, n° 1, établit que les délits et crimes commis par le Président du Conseil "dans l’exercice de ses fonctions" doivent être jugés non pas par la juridiction ordinaire mais par un Tribunal des Ministres, et que la Chambre d'appartenance (Chambre des Députés ou Sénat) peut décider, à la majorité absolue de ses membres, de nier l'autorisation au jugement, dès lors qu'elle estime que le prévenu a agi pour protéger un intérêt d'État constitutionnellement pertinent ou en poursuivant un intérêt public prépondérant dans l'exercice de ses fonctions de gouvernant (article 9.3).

Quant au Parquet de Milan, il estime être compétent en avançant le fait que Berlusconi est intervenu auprès de la Préfecture pour faire libérer Ruby non pas dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, mais en tant que simple particulier abusant de sa qualité d'homme public. D'où la nécessité de le faire juger par un tribunal ordinaire.

Donc toute l'affaire se joue sur la nuance "exercice de ses fonctions" ou pas.

Et bien hier le Comité pour les autorisations de la Chambre des Députés a voté par 11 voix contre 8 que la compétence n'était plus des juges de Milan mais qu'elle devait passer au Tribunal des Ministres, en motivant ainsi sa décision, après un volte-face des avocats de Berlusconi (eux-mêmes n'auraient jamais osé, dans un premier temps, invoquer pareil prétexte...) :
en intervenant auprès de la Préfecture de Milan pour faire libérer Ruby, Berlusconi a bien agi dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, car il était intimement convaincu que la jeune fille était la nièce de Hosny Moubarak, et il avait donc des raisons institutionnelles d'agir pour éviter un incident diplomatique...
Et voilà le travail, envoyez, c'est pesé !!!

Or cette décision étant sans appel, la Chambre des Députés devra maintenant voter à la majorité absolue pour la confirmer ou l'infirmer, mais gageons qu'une fois de plus Ubunga-Bunga obtiendra la majorité et qu'il s'en sortira en faisant un gigantesque pied de nez à l'ensemble du peuple italien, encore et toujours...

Aucun autre pays démocratique au monde - digne de ce nom -, n'accepterait d'être manipulé ainsi par une telle mounaque, pour moi Berlusconi devrait être jugé au minimum pour haute trahison, et notamment pour avoir trahi son peuple et sa fonction, en violant continuellement et systématiquement la Constitution italienne, dont l'article 54 énonce :
Tous les citoyens ont le devoir d’être fidèles à la République et d’en observer la Constitution et les lois.

Les citoyens auxquels des fonctions publiques sont confiées ont le devoir de les remplir avec discipline et honneur, en prêtant serment dans les cas fixés par la loi.
Or de même qu'il ignore absolument ce qu'est la vérité, discipline et honneur sont des mots et des concepts qui depuis longtemps ne font plus partie du vocabulaire de Silvio Berlusconi...

D'ailleurs en ont-ils jamais fait partie ?


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P.S. Et puisqu'on en parle, Berlusconi n'a rien trouvé de mieux à faire que d'invoquer une grande manifestation publique contre les "juges politisés" pour "défendre son honneur" (encore faudrait-il qu'il ait un honneur à défendre...), qui se tiendra à Milan le 13 février prochain. Au début il voulait faire ça dans une centaine de villes, mais je crois qu'il commence à avoir du mal à trouver des sympathisants ! Des figurants, à la limite...

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vendredi 21 janvier 2011

Ads & Marketing Translator

Lire mon dossier complet sur le binôme Google - Traduction (PDF, 4Mo)

Ce blog est né il y a presque six ans (déjà !), à l'enseigne de la traduction publicitaire et marketing, Adscriptor signifiant à l'origine Ads & Marketing Translator!
Un néologisme avec une double trace signifiante, où l'on a une superposition d'Ad - ou Ads - (Advertisement en anglais, l'équivalent de notre "pub") et de Scriptor, mot latin qui a la même racine que Scriptum (comme dans P.S., l'écrit) ou Scriptura (écriture) et a plusieurs sens en latin : secrétaire, copiste, écrivain, auteur, rédacteur, et même législateur, ou encore historien (celui qui rédige...). Ceci dit, le nom « Adscriptor » a encore d'autres caractéristiques, puisque c'est également un mot qui existe en espagnol (où il qualifie la fonction spécifique d'un professeur, malgré mes recherches je n'ai jamais très bien compris de quoi il s'agit vraiment), formé à partir de deux autres morphèmes existants, un mot et un préfixe latins.
Mais 730 billets plus tard, que d'eau a coulé sous les ponts...

Pour autant l'envie m'a pris de dépoussiérer un peu le filon "traduction" (ne pas confondre avec le tag "laboratoire de traduction", qui recouvre des billets traduits de l'anglais ou de l'italien vers le français), soit une trentaine de billets publiés sur le sujet, dans lesquels je m'efforce de faire un peu le tour de la situation, en évolution permanente.

Or vu que je suis en train de préparer une journée de formation sur le marketing pour des traducteurs-interprètes italiens, j'avais besoin de me replonger dans le bain en relisant ce que j'ai écrit, et notamment sur le binôme Google-Traduction (PDF complet, 4Mo):
mais également sur la traduction en général, et sur la communication multilingue en particulier :
En parallèle j’ai traité de la « foule-traitance », (crowdsourcing) de Facebook (7 janvier 2008), en approfondissant sa localisation quelques mois plus tard dans le cadre de mes quelque 90 billets sur le phénomène Facebook, ou encore, dans le genre « boutade », relaté l’épisode sur le traducteur facétieux et l'ego de Sarko (30 avril 2007) (ego bien connu, par ailleurs…), et même les traductions du Petit Prince !

Question terminologie, je me suis essayé à la création d’un moteur de terminologie, Translation 2.0, mis en ligne le 28 mars 2007, et d’un glossaire comptable multilingue : XBRL.name.

Sans oublier une « Réflexion quasi-philosophique poétique sur la terminologie et son évolution souhaitable » (3 juillet 2007) qui vaut ce qu’elle vaut...

Idem pour mes conseils sur le déploiement de la traduction automatique en entreprise (août 2008), qui m’ont valu d’être contacté il y a quelques mois pour occuper un poste de Directeur en charge du département linguistique d’une grande banque tunisienne : « The Director, Language Services Department (CLSD) will perform under the general supervision of the Vice-President, Corporate Services (CSVP) and will be based in Tunis, Tunisia. »

J’ai décliné pour ne pas imposer un changement de pays à ma femme et mon fils, même si j’étais loin de penser à l’actualité de ces dernières semaines…

Terminons ce récapitulatif par un passage en revue des principales places de marché dédiées aux traducteurs et à la traduction sur le Web : Top 20 of main Translators & Translation Workplaces & Marketplaces (12 novembre 2008).

En conclusion, après avoir annoncé il y a presque 3 ans le compte à rebours (25 février 2008) de Translation 2.0 Open Project - TOP², basé sur une vieille idée d’ontologie de la traduction dans le monde, un projet qui s'est plutôt avéré être un triste poisson d'avril, et après avoir fêté les 20 ans de bons et loyaux services du Studio 92 Snc (27 février 2009), l’été dernier j’ai finalement changé la raison sociale de ma société, aujourd’hui : Translation 2.0 S.a.s.

L’aventure continue dans la traduction, belle
infidèleinconnue !

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www.translation2.com

P.S. Cette année je fête 25 ans de métier...

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jeudi 30 décembre 2010

Italie sans âme

Traduction d'extraits de la quatrième de couverture et de la brève introduction de Massimo Fini (journaliste actuellement au Fatto Quotidiano et sur le Web) à son dernier essai (mars-avril 2010), intitulé Senz'anima. Le texte original correspondant est en P.S.
L'Italie contemporaine (est) un pays sans principes, sans valeurs communes autres que celle de l'Argent Dieu, incorrigiblement vulgaire, sans dignité et sans honneur, impitoyable sans être viril, efféminé mais pas féminin, un pays corrompu, intimement mafieux, dont le magnifique paysage - naturel, urbain, artistique -, qui honorait le pays autant que son peuple, est aujourd'hui dévasté. Une parodie de démocratie otage de partis politiques et de dirigeants médiocres, qui la violentent et en abusent à leur convenance.

Une Italie dont le paysage obscène (naturel et urbain) influence non seulement le goût mais également le caractère et l'humeur de ses habitants, détruits par la Télévision, qui semble avoir concentré en son sein l'ensemble de la vie nationale et dicte, de concert avec sa sœur jumelle, la Publicité, moteur de tout le système, les modes de vie et de consommation, les us et coutumes, les catégories, les décideurs et les faiseurs d'opinion, en finissant par démanteler toute culture diverse de ses sous-cultures.

Une Italie qui a perdu toute sa fraîcheur, son antique grâce, sans sourire, sombre, vulgaire, obsédée par l'argent, le bien-être, le corps, les symboles du “statut social”, les gadgets, les objets. Une Italie hypocrite, prête à s'émouvoir de tout uniquement pour mieux se complaire de son émotion, mais fondamentalement indifférente aux autres, aux voisins, aux proches. Une Italie sans miséricorde.

L'Italie est un pays incurablement corrompu, autant au niveau de ses classes dirigeantes que de ses citoyens lambdas, intimement et profondément mafieuse, anarchique comme toujours même si la chose n'amuse plus personne, sans règles partagées, sans principes, sans valeurs, sans intériorité, sans dignité, sans identité. Une Italie sans âme.
L'Italie de Berlusconi Silvio.

Bonne année 2011 à tout le monde, et à l'Italie en particulier...

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P.S. Texte original traduit :
L'Italia contemporanea (è) un paese privo di principi, di valori condivisi che non siano il Dio Quattrino, inguaribilmente volgare, senza dignità e onore, spietato senza essere virile, femmineo ma non femminile, corrotto, intimamente mafioso, devastato nel suo straordinario paesaggio, naturale, urbano, artistico, che lo ingentiliva insieme alla sua gente. Una parodia di democrazia sequestrata dai partiti e dai suoi mediocri esponenti che la violentano, la abusano, la stuprano a comodo loro.

È un'Italia sconciata nel suo paesaggio, naturale e urbano, cosa che ha una certa influenza non solo sul gusto ma anche sul carattere e l'umore dei suoi abitanti, devastata dalla Televisione che sembra aver concentrato in sé l'intera vita nazionale dettando, insieme alla sua gemella Pubblicità che è il motore di tutto il sistema, i consumi, i costumi, la “way of life”, le categorie, i protagonisti e che ha finito per distruggere ogni cultura che non sia la sua subcultura.

È un'Italia che ha perso ogni freschezza, la sua antica grazia, senza sorriso, cupa, volgare, ossessionata dal denaro, dal benessere, dal corpo, dagli “status symbol”, dai gadget, dagli oggetti. Un'Italia ipocrita, pronta a commuoversi su tutto, solo per potersi autocompiacere della propria commozione, ma sostanzialmente indifferente all'altro, al vicino, al prossimo. Un'Italia senza misericordia.

Un'Italia ormai inguaribilmente corrotta, nelle classi dirigenti come nel comune cittadino, intimamente, profondamente mafiosa, come sempre anarchica ma senza essere più divertente, priva di regole condivise, di principi, di valori, di interiorità, di dignità, di identità. Un'Italia senz'anima.
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