jeudi 8 mai 2008

La plus-value d'Adscriptor

La plus-value d'Adscriptor

Francis Pisani titre deux billets récents Nous ne lisons pas et Quand l’actu ne vaut rien.

Dans le premier, il reprend une thèse de Jakob Nielsen selon laquelle les lecteurs se contentent de balayer les textes, en nous fournissant les chiffres suivants :
  • on ne lit que 20% du texte d’une page moyenne (page testée de 600 mots) ;
  • nous n’avons pas le temps de lire plus de 30% des mots qui s’affichent sur l’écran ;
  • on ne lit 50% de l’information que si le nombre de mots est inférieur à 111 ;
  • plus l’auteur ajoute de mots, moins nous avons de temps à leur consacrer : 4 secondes pour chaque paquet de 100 mots en plus.
Dans le second, il remarque qu'en 3 jours Google News a indexé près de 3 000 articles sur la rupture des négociations entre Microsoft et Yahoo, 3 000 articles « sur la même chose », sans compter les blogs.

Et de citer la « commoditization of news », « le fait que la valeur des articles d’actualités, plus encore que celle des produits de consommation courante, tend vers zéro. »

En ajoutant :
Conscient de ne rien avoir à dire «de plus» ou «de mieux» je n’ai rien écrit sur le sujet.
(...)
Traiter des sujets que tout le monde traite revient, pour les médias d’information, à assécher la source qu’ils exploitent.
En corrélant son discours, je suppose, au titre du billet : Quand l’actu ne vaut rien.

Donc, je partage en partie la position de Francis. Ou mieux : je partage en partie son constat. Mais je ne partage pas sa généralisation. Sans quoi je renierais tout le travail que j'essaie de faire sur ce blog.

Dont les statistiques de fréquentation tendent, d'un côté, à prouver les assertions de Francis ; et à démontrer le contraire de l'autre.

Je m'explique. Pour appuyer son hypothèse : Quand l'actu ne vaut rien, Francis prend l'exemple de la rupture des négociations (ont-elles jamais eu lieu ?) entre Microsoft et Yahoo!

Or selon moi, dans l'absolu, il y a incompatibilité entre le titre et l'exemple, puisque tout rapprochement potentiel entre Microsoft et Yahoo! serait en réalité l'une des infos les plus importantes pour le Web depuis l'arrivée de Google, un tournant décisif pour Internet.

Lorsque l'on voit la puissance d'un Google et l'impact économique démesuré que prendra probablement Internet dans les années à venir, la naissance d'un compétiteur à la hauteur est une actu de tout premier plan.

Au passage, sur ce coup, je ne suis pas d'accord avec Didier, autre blogueur qui n'est pas avare en analyses : je ne vois aujourd'hui aucune pluralité sur Internet, pas même un semblant, mais uniquement l'hégémonie toujours plus puissante et envahissante de Google.

Donc, oui, un rachat du dauphin par son suivant pourrait conduire au cartel ou à l'oligopole, mais ce serait déjà un plus par rapport au monopole actuel. On a encore très présent dans l'informatique de bureau et les suites bureautiques ce que le monopole Microsoft signifie : des dizaines centaines de millions d'utilisateurs captifs...

Et encore, avant qu'il y ait duopole, encore faudrait-il qu'il y ait une intégration digne de ce nom entre M$ et Y!, ce qui serait loin d'être acquis...

Une actu de tout premier plan, donc. Alors comment peut-on en arriver au constat que cette actu ne vaut rien ?

Je n'ai qu'une réponse : ce n'est pas l'actu en elle-même qui ne vaut rien, mais la façon dont elle est traitée. Ce qui fait une grande différence...

Car si vous prenez les 3 000 news, il est faux et simplificateur, voire caricatural, de dire que toutes ne valent rien parce que toutes répètent la même chose. Ce n'est pas vrai. Et si vous posez comme hypothèse - vraisemblable - qu'il y en a au moins 5% qui tentent de sortir du lot dans leur manière de traiter l'info, ça fait déjà 150 articles et billets (Google News n'indexe pas que les journaux, mais aussi certains blogs, ... pas Adscriptor, c'est dommage ;-) dont l'on peut aisément supposer qu'ils donnent un plus à leur lecteur.

Et je peux vous dire, moi qui passe une bonne partie de mon temps à éplucher les infos auprès des meilleures sources qu'elles existent, et de plus qu'elles sont assez faciles à repérer.

Donc il est normal qu'une actu comme un mariage Microsoft-Yahoo! fasse couler de l'encre, ce n'est pas pour rien que j'y ai déjà consacré plus d'une trentaine d'analyses - et je n'ai pas fini... -, ou, pour le moins, j'espère que mes billets seront considérés comme tels : des analyses.

C'est là où j'en arrive à la partie des stats : la fréquentation d'Adscriptor oscille entre 200 et 300 visiteurs par jour, très exactement 287 sur les 7 jours écoulés, avec un temps moyen de permanence - et donc de lecture - de 2 minutes 03''.


Ce qui veut dire, d'une part, que les analyses n'intéressent pas grand monde, en tout cas moins que certaines "actus" de grande consommation...

De l'autre, que les gens qui veulent s'informer sont prêts à prendre le temps de le faire, et par conséquent que les chiffres de Jakob Nielsen ne sont pas généralisables.

Car j'ai la faiblesse de croire que cette moyenne de temps de lecture, qui n'est jamais descendue en dessous d'une minute depuis le début de ce blog, pour autant que je m'en souvienne, est une reconnaissance implicite de la plus-value d'Adscriptor : ne pas faire du réchauffé en essayant de fournir des analyses et des infos utiles à mieux comprendre les évolutions du Web.

Analyses subjectives, certes, que certains pourront trouver mauvaises, voire nulles à chier, mais analyses quand même. Sinon ça sert à quoi, que Dugros il se décarcasse ?

Je vous le demande !


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mercredi 7 mai 2008

Global Change

Global Change

Voici deux études qui sortent simultanément, l'une signée Accenture (via Médias 2.0), intitulée Global Content Study 2008, et l'autre IBM (via ITR Manager), intitulée Global CEO 2008 :



Thème commun à ces deux études : le changement du scénario mondial pour les grands groupes médias et les entreprises en général.

IBM nous avertissait déjà en novembre dernier sur La fin de la pub telle qu'on la connaît aujourd'hui, et de récentes études sur les réseaux sociaux nous montrent combien évoluent les comportements et les usages.

La conclusion de tout ça : presque personne n'est prêt à gérer tous ces changements, tellement ils sont rapides, porteurs de ruptures et déstabilisants. On le voit bien dans toutes les industries, presse, télévision, musique, etc.


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mardi 6 mai 2008

Microsoft - Yahoo! : est-ce une question d'argent ?

Microsoft - Yahoo! : est-ce une question d'argent ?

Je continue dans mes analyses, vu qu'il est difficile de faire le tour d'un sujet aussi vaste en quelques billets.

[MàJ] Même si Ballmer déclare que la stratégie de Microsoft ne s'arrête pas avec Yahoo!, je suis sûr que s'il représentait son offre à 33-34$ cette semaine, le deal serait conclu dans la foulée : l'action Yahoo! a perdu 15% dans la seule journée d'hier, le plus gros actionnaire de Yahoo! s'est déclaré très en colère avec Jerry Yang, les premiers procès arrivent, à tel point que Yang fait marche arrière et déclare qu'il aurait même traité en dessous de 37$ !!! Ceci dit, d'ici au 3 juillet, date fixée pour la prochaine assemblée générale des actionnaires, il peut encore s'en passer, des choses...


* * *

De part et d'autre, on veut nous faire passer la cassure dans les négociations comme une question de prix et d'incompatibilité entre les deux extrémités de la fourchette : un plafond de 33$ par action pour Microsoft vs. un plancher de 37$ par action pour Yahoo!

Soit un différentiel de 4$ par action, pour un total d'environ 5,4 milliards $ de plus, c'est-à-dire à peine plus d'un tiers (37%) des 14,45 milliards $ de résultats de Microsoft pour son dernier trimestre fiscal...

Autrement dit pas grand chose s'il est vrai qu'une telle opération est vitale pour Microsoft ! Cela me rappelle le cas Facebook-Google-Microsoft, où je disais clairement :
... on pouvait penser que Microsoft avait gagné la partie et Google perdu la face !

Pour 250 millions de $ ! Je n'y crois pas une seconde. Google aurait déboursé bien plus que ça si le trio Page-Brin-Schmidt avait été convaincu de la viabilité d'un accord avec Facebook.
À noter que je concluais le billet sur cette question : Et Yahoo! dans tout ça, que deviendra Yahoo ? En voilà une question qu'elle est bien tournée...

Nous avons un début de réponse aujourd'hui. Or même si les causes sont sûrement différentes que pour Facebook, je ne crois pas un instant que le véritable obstacle ait été l'argent.

Selon Todd Bishop qui cite une source "proche du dossier", les choses se seraient déroulées de la façon suivante :

- le 18 avril, Yahoo! annonce à Microsoft qu'il lui faudra débourser 40$ par action pour finaliser l'offre "amicale" ;
- le 26 avril prend fin l'ultimatum de Ballmer ;
- le 29 avril, Jerry Yang et Roy Bostock informent Ballmer que le deal peut être finalisé en dessous de 40$, en suggérant, dans l'alternative, que les deux groupes puissent conclure une autre forme d'alliance ;
- le 30 avril, le prix fixé par Yang baisse à 38$ ;
- le 3 mai, dernière rencontre à l'aéroport de Seattle entre Jerry Yang et David Filo d'un côté, Steve Ballmer et Kevin Johnson de l'autre. Ballmer propose 33$, Yang et Filo descendent à 37$.
- Fin des courses, le soir même Ballmer renonce. Ou pour le moins, formellement, il semble renoncer...

Beaucoup d'observateurs s'interrogent sur les véritables raisons de cette "renonciation" et semblent même être convaincus que ce n'est que repousser pour mieux sauter :

- Piper Jaffray ... believes there is still about a 30% chance a deal occurs despite the formal bid retraction.

- Henry Blodget penche pour une réouverture des négociations sous la pression des actionnaires, qui se seraient bien contentés d'un deal à 35$.

- Paul Kedrovski blâme immensément autant Ballmer que Yang, qui ont mené cette affaire de bout en bout comme des pieds, le premier à cause de ses hésitations, le second à cause de son mépris pour les actionnaires :
This has a been a risky and poorly managed affair from end-to-end. Both CEOs deserve immense blame -- Ballmer for vacillating; Yang for running a public company without the foremost regard for shareholders...
Danny Sullivan titre sur l'erreur à 5 milliards $ de Microsoft, etc. etc.

Sans compter que pour Yahoo, le décrochage prévisible de l'action, qui a perdu plus de 4 dollars aujourd'hui (28,67$ à l'ouverture, 24,47$ à la fermeture), vient corriger a contrario les prétentions du Conseil d'administration vis-à-vis de la dernière offre proposée par Microsoft.


Donc même si j'ignore les véritables raisons de ce blocage après 3 mois d'âpres discussions, pour des motifs apparemment loin d'être insurmontables - vu les intérêts en jeu - et juste au moment où les choses semblaient sur le point de se conclure, je suis sûr que les questions d'argent, qui ont pu être mises en avant par les parties prenantes pour justifier l'interruption, n'ont jamais été vraiment décisives.

Et que le bras de fer n'est sûrement pas terminé, qui oppose davantage Ballmer et Yang que Microsoft et Yahoo!

Ah ! Ce point d'exclamation ! Tant détesté par Danny Sullivan !


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lundi 5 mai 2008

Microsoft - Yahoo! : Jerry Yang persiste et signe

Microsoft - Yahoo! : Jerry Yang persiste et signe

Dans un billet intitulé Ok, so now what? (du genre : Bon ! Et maintenant ?) (via Techcrunch), il tente de réaffirmer avec vigueur le bien-fondé de la stratégie de Yahoo!

En déclarant entre autres que Microsoft a sous-estimé la détermination des équipes et la culture d'entreprise incroyables de Yahoo! :
Those people underestimated the determination of Yahoo!’s incredible people, spirit and culture.
En insistant sur le formidable succès du trimestre à peine écoulé en termes de nouveaux produits-services-investissements (the most exciting quarters in our history in terms of delivering innovative products and services that really move the needle and make a difference for our users and customers), sur les excellents résultats financiers, sur la qualité de l'équipe (a fantastic team), etc.

Tout cela ayant renforcé la position du Conseil d'administration de Yahoo! sur le fait que l'offre de Microsoft sous-évaluait considérablement la valeur de l'entreprise :
All of this reinforced our board’s position that Microsoft’s offer undervalued our unique global franchise.
Or comme j'espère l'avoir montré dans mon précédent billet, l'offre de Microsoft était parfaitement en ligne avec ce qu'est réellement la valeur de Yahoo depuis 12 ans : globalement bien plus proche de la fourchette 20-30$ l'action que de 40-50$ !

Car si la valeur de Yahoo! était réellement supérieure à 40$ l'action, ça se saurait, depuis le temps. Alors qu'en fait elle était à son plus bas depuis 5 ans fin janvier 2008. Sans compter qu'en leur temps, les premières offres de Microsoft à ce prix-là (fourchette 40-45$), ont toutes été refusées par Yahoo!

So, what’s next?

Que va-t-il se passer maintenant ? Je ne crois pas que cela dépende uniquement de la volonté de Jerry Yang. Sauf à démontrer qu'il serait de la même trempe qu'un Steve Jobs...

Cela va dépendre des multiples réactions du marché, des actionnaires de Yahoo!, et notamment des grands actionnaires, des utilisateurs, des annonceurs, de la concurrence, etc.


Voire de partenariats qui ne sont pas à écarter, même si aucun à part Microsoft ne pourrait donner un effet de taille suffisant à Yahoo! pour concurrencer Google.

Quant à poursuivre un partenariat sur la pub avec Google, cela signifierait que Yahoo! renonce définitivement à faire jeu égal avec Mountain View. Autrement dit, un aveu d'impuissance. Le même aveu d'impuissance que celui de Microsoft qui déclare par la voix de Ballmer : notre stratégie est bonne, pas notre positionnement (We like our strategy. We don't like our position.)...

Or Microsoft numéro deux, c'est pas demain la veille. Même s'il l'est déjà un peu...

Donc la bataille qui se joue n'a qu'un seul but : réussir à concurrencer Google sur l'échiquier mondial du Web. Ballmer ne cesse de le répéter : it's a matter of scale !

Le vrai problème c'est d'atteindre la taille critique pour espérer rattraper Google, qui continue imperturbablement de conforter son avance, et ce n'est pas avec ce qui vient de se passer au cours des trois derniers mois que cela va changer...

Ballmer lui-même dresse la liste des seuls acteurs mondiaux à l'heure actuelle : MySpace, Facebook, MSN, Yahoo, Google, Baidu, AOL.

Ajoutons-y eBay et Amazon, voire Oracle, Apple, Intel, IBM, HP, Sun, Cisco, etc., mais qui parmi tous ces noms peut espérer inquiéter Google ?

Personne ! Or le fait que Google continue d'asseoir insolemment sa suprématie va désormais au-delà du Web, y compris en nouant des partenariats, avec IBM dans ce cas, et veuille maintenant investir la pub à la télévision, mais aussi la presse et la radio, de façon parfaitement cohérente avec sa stratégie de long terme, tout cela démontre clairement où le trio Page-Brin-Schmidt veut arriver : contrôler la recherche et la pub au niveau mondial, sur tous les supports humainement imaginables.

Que l'on me dise qui, aujourd'hui, hormis une alliance Microsoft-Yahoo!, serait en mesure de se mettre en compétition contre Google avec quelque chance de succès ?

Personne ! Sauf en Chine, à la rigueur, mais uniquement sur le marché chinois et en aucun cas hors des frontières de l'empire...

Donc personnellement, tout ce que je vois dans les propos de Jerry Yang, c'est la suffisance de quelqu'un qui prétend parler au nom de toutes les parties prenantes de Yahoo! alors qu'en réalité il ne parle qu'en son nom propre. Et éventuellement au nom de David Filo et de quelques autres triés sur le volet.

So, what’s next?

Nous n'allons pas tarder à le savoir...


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dimanche 4 mai 2008

Microsoft - Yahoo! : NON ! - Mon analyse


D'abord ce fut Yahoo! à dire NON, aujourd'hui c'est Microsoft. Analysons la lettre de Ballmer annonçant le retrait de l'offre, qui contient tous les éléments nécessaires pour analyser la suite des événements :
Lors de nos conversations la semaine passée, nous avons exprimé notre volonté d'augmenter notre offre à 33,00 $ par action, signe que nous étions prêts à saisir cette opportunité réciproque. Une majoration d'environ 5 milliards $ pour vos actionnaires, si l'on considère la valeur de l'offre initiale, et qui aurait représenté une prime supérieure à 70% par rapport au prix de l'action Yahoo! au 31 janvier. Cela s'est avéré insuffisant, puisqu'au final vous avez insisté pour obtenir environ 5 milliards $ de plus, soit plus ou moins 4 autres $ par action au-delà de notre offre à 33,00 $.
(...)
De même, nous voyons avec préoccupation le fait qu'en réponse à une "offre hostile" vous ayez planifié de conclure un autre accord avec Google pour sous-traiter la publicité contextuelle sur les pages de résultats du moteur de Yahoo!. De notre point de vue, un tel accord avec l'acteur dominant de la recherche sur Internet ferait de Yahoo! une cible d'acquisition indésirable pour plusieurs raisons...
Si l'on traduit en mots simples, le message de Ballmer à Yahoo! est : « Tu l'as voulu, tu l'as eu, maintenant débrouille-toi tout seul, nous verrons ce qu'il en sortira. »
Nous allons voir, en effet. Durant le week-end, la Bourse est fermée, aussi faudra-t-il attendre demain pour voir la réaction des marchés et l'évolution que prendra le cours de Yahoo!
Sur Twitter, Robert Scoble annonçait il y a moins d'une heure qu'hors séance l'action s'était appréciée de 4% !


Personnellement, je pense plutôt qu'on risque d'assister à un plongeon du cours dans les jours et les semaines qui viennent (un analyste connu prévoit déjà l'action à 22$ dès demain...). Notamment à cause du nombre élevé de procès auquel Yahoo! devra probablement faire face.
Ballmer rappelle à bon escient que la dernière offre de Microsoft, à 33$, représentait une prime de +70% par rapport à la valeur du 31 janvier 2008 : 19,18$.
Un bref historique de l'action Yahoo! peut aider à mieux comprendre la situation :
  • L'introduction en bourse de Yahoo! a eu lieu entre mars et avril 1996.
  • Les trois premières années, le cours a stagné, avant de dépasser le cap des 30$ en décembre 1998.
  • Durant toute l'année 1999, l'action a oscillé autour de 40$, avant de grimper en flèche en fin d'année, jusqu'à dépasser 100$ !!!
  • L'année 2000 a été tragique pour Yahoo!, puisque l'on est passé de +100 dollars en janvier à -15 dollars en décembre, soit une division par 7 de la valeur de l'action sur l'année
  • Pendant 7 ans, de janvier 2001 à janvier 2008, l'action a enregistré son plus haut en janvier 2006, à 43,21$
  • Le 30 janvier 2008, l'action était à son plus bas depuis 5 ans, puisqu'il faut remonter à septembre 2003 pour trouver un cours inférieur à 19$
  • Dès l'annonce de Microsoft, l'action a pris 50% du jour au lendemain, en s'établissant autour d'une valeur moyenne de +28$ jusqu'à aujourd'hui


C'est d'ailleurs à la fin du premier semestre 2006, lorsque l'action recommença à chuter de près de 10$ en 6 mois, que commencèrent à circuler les premières rumeur d'acquisition possible de Yahoo! par Microsoft.
À l'époque la fourchette était entre 40 et 45$ l'action, alors que le cours de Yahoo! était bien supérieur à celui enregistré en janvier 2008.
Donc, exception faite pour une brève parenthèse à cheval entre 1999 et 2000, l'action Yahoo!, censée représenter la valeur de l'entreprise, a toujours été plutôt modeste. Oscillant en moyenne entre 20 et 30$ sur 10 ans, une donnée qui, à elle seule, exprime clairement que les résultats d'une telle entreprise n'ont jamais vraiment été à la hauteur ni des attentes ni des potentialités. Pour ne pas dire qu'ils sont franchement médiocres, si l'on regarde la situation en janvier 2008.
D'où le grave constat interne, dressé sans concession par Brad Garlinghouse dans son fameux manifeste du beurre d'arachide :
  • Nous devons d'abord reconnaître nos problèmes
  • Nous manquons de clarté, aucune vision
  • Nous manquons de décision et de réactivité
  • Nos services sont fortement redondants (...)
  • Nous avons perdu notre volonté de gagner...
D'où, également, le grand mécontentement des actionnaires, surtout les zinzins, pour qui le but premier est de maximiser leur investissement, et les dissidents.
Qui seront très probablement les premiers à attaquer Yahoo!, jugé coupable de leur avoir fait perdre de l'argent. Beaucoup d'argent. La législation du Delaware autorise en effet les actionnaires mécontents à intenter une action contre les administrateurs dont ils considèrent qu'ils n'ont pas agi au mieux de leurs intérêts.
In fact, it would be a minor miracle if the first class action lawsuit hasn't been filed by Monday evening "on behalf of Yahoo! shareholders against the board of directors of Yahoo! for grossly neglecting the best interest of shareholders."
Aujourd'hui, les avocats doivent se frotter les mains, demain y a boulot !!!
Je partage l'opinion d'Ouriel :
Beaucoup de membres de l’etat major de Yahoo etaient en faveur de cette opération, je me demande si Jerry Yang va survivre à cet épisode s’il ne trouve pas un plan de rechange dans les prochaines semaines?
À mon avis, non. Car au vu des résultats de la société depuis 12 ans, comment pourra-t-il expliquer ses prétentions (plancher de 37$ l'action) et en quoi la dernière offre de Microsoft (à 33$) sous-estime considérablement la valeur de Yahoo!... La tâche va être ardue.
Je suis également d'accord sur le fait que Google est le grand gagnant de l’histoire, mais je ne sais pas si un partenariat durable Yahoo-Google serait possible pour des raisons d'antitrust. Ballmer a d'ailleurs tout prévu, un peu comme s'il voulait suggérer la marche à suivre, en expliquant pourquoi selon lui un accord entre les n° 1 et 2 du Web serait néfaste, pour plusieurs raisons :
• First, it would fundamentally undermine Yahoo!’s own strategy and long-term viability by encouraging advertisers to use Google as opposed to your Panama paid search system. This would also fragment your search advertising and display advertising strategies and the ecosystem surrounding them. This would undermine the reliance on your display advertising business to fuel future growth.
• Given this, it would impair Yahoo’s ability to retain the talented engineers working on advertising systems that are important to our interest in a combination of our companies.
• In addition, it would raise a host of regulatory and legal problems that no acquirer, including Microsoft, would want to inherit. Among other things, this would consolidate market share with the already-dominant paid search provider in a manner that would reduce competition and choice in the marketplace.
• This would also effectively enable Google to set the prices for key search terms on both their and your search platforms and, in the process, raise prices charged to advertisers on Yahoo. In addition to whatever resulting legal problems, this seems unwise from a business perspective unless in fact one simply wishes to use this as a vehicle to exit the paid search business in favor of Google.
• It could foreclose any chance of a combination with any other search provider that is not already relying on Google’s search services.
En clair, néfaste pour Yahoo!, pour Microsoft, et pour le Web dans son ensemble.
For everyone, but Google...
Mais ça fera l'objet d'un autre billet.


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Microsoft - Yahoo! : Microsoft abandonne ... pour l'instant !

Mon analyse...

Coup de théâtre ! Des trois options possibles, Microsoft choisit le retrait de son offre. Passages significatifs :
(...)

Malgré tous nos efforts, y compris un rehaussement de l'offre d'environ 5 milliards de dollars, Yahoo! poursuit dans son refus. Après mûre réflexion, nous pensons que le prix exigé par Yahoo! n'a aucun sens pour nous, et qu'il y va de l'intérêt de nos actionnaires, de nos employés et des autres parties prenantes que Microsoft retire sa proposition, a déclaré Ballmer.

(...)

Lors de nos conversations la semaine passée, nous avons exprimé notre volonté d'augmenter notre offre à 33,00 $ par action, signe que nous étions prêts à saisir cette opportunité réciproque. Une majoration d'environ 5 milliards $ pour vos actionnaires, si l'on considère la valeur de l'offre initiale, et qui aurait représenté une prime supérieure à 70% par rapport au prix de l'action Yahoo! au 31 janvier. Cela s'est avéré insuffisant, puisqu'au final vous avez insisté pour obtenir environ 5 milliards $ de plus, soit plus ou moins 4 autres $ par action au-delà de notre offre à 33,00 $.

En outre, après avoir longuement réfléchi sur les négociations que nous avons eues cette semaine, il est clair qu'il serait erroné pour Microsoft d'adresser notre offre directement à vos actionnaires, puisque cette approche impliquerait nécessairement une longue bataille de procurations ou éventuellement une offre d'échange. Or, d'après nos discussions, nous en concluons qu'entre-temps vous pourriez prendre des mesures qui feraient de Yahoo! une cible d'acquisition indésirable pour Microsoft.

De même, nous voyons avec préoccupation le fait qu'en réponse à une "offre hostile" vous ayez planifié de conclure un autre accord avec Google pour sous-traiter la publicité contextuelle sur les pages de résultats du moteur de Yahoo!. De notre point de vue, un tel accord avec l'acteur dominant de la recherche sur Internet ferait de Yahoo! une cible d'acquisition indésirable pour plusieurs raisons...

* * *

(...)

“Despite our best efforts, including raising our bid by roughly $5 billion, Yahoo! has not moved toward accepting our offer. After careful consideration, we believe the economics demanded by Yahoo! do not make sense for us, and it is in the best interests of Microsoft stockholders, employees and other stakeholders to withdraw our proposal,” said Ballmer.

(...)

In our conversations this week, we conveyed our willingness to raise our offer to $33.00 per share, reflecting again our belief in this collective opportunity. This increase would have added approximately another $5 billion of value to your shareholders, compared to the current value of our initial offer. It also would have reflected a premium of over 70 percent compared to the price at which your stock closed on January 31. Yet it has proven insufficient, as your final position insisted on Microsoft paying yet another $5 billion or more, or at least another $4 per share above our $33.00 offer.

Also, after giving this week’s conversations further thought, it is clear to me that it is not sensible for Microsoft to take our offer directly to your shareholders. This approach would necessarily involve a protracted proxy contest and eventually an exchange offer. Our discussions with you have led us to conclude that, in the interim, you would take steps that would make Yahoo! undesirable as an acquisition for Microsoft.

We regard with particular concern your apparent planning to respond to a “hostile” bid by pursuing a new arrangement that would involve or lead to the outsourcing to Google of key paid Internet search terms offered by Yahoo! today. In our view, such an arrangement with the dominant search provider would make an acquisition of Yahoo! undesirable to us for a number of reasons...
Réponse de Jerry Yang :
Je suis très fier du comportement de notre équipe au cours des trois derniers mois. Un parcours qui a souligné toute l'unicité et la valeur de notre position stratégique. Maintenant que l'offre non sollicitée de Microsoft est derrière nous, nous allons être en mesure de recentrer nos énergies pour mener à bien la transition la plus importante de l'histoire de Yahoo!, afin de maximiser tout notre potentiel au bénéfice de nos actionnaires, nos employés, nos partenaires et nos utilisateurs.

I am incredibly proud of the way our team has come together over the last three months. This process has underscored our unique and valuable strategic position. With the distraction of Microsoft's unsolicited proposal now behind us, we will be able to focus all of our energies on executing the most important transition in our history so that we can maximize our potential to the benefit of our shareholders, employees, partners and users.
Voilà qui est clair des deux côtés. Si vous souhaitez approfondir en anglais...

Voir également mon analyse.


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vendredi 2 mai 2008

Le Web dans les nuages

Le Web dans les nuages

Pendant que les français, sûrs de leur bon droit, brident les énergies du Web à coup de procès et envisagent d'interdire purement et simplement aux "pirates" l'accès à Internet (qui devrait pourtant faire partie des droits inaliénables de tout citoyen, monsieur le petit père castrateur), les américains inventent l'avenir : le Web dans les nuages, ou Cloud computing.

Pendant que les français oublient que les inventeurs du Web, Tim Berners-Lee et Robert Cailliau, renoncèrent il y a 15 ans (1993) à percevoir des royalties sur leur "invention", offerte au domaine public (sans quoi le Web tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existerait pas), les américains joignent leurs efforts pour conquérir ce qu'ils considèrent être le futur modèle dominant de l'ingénierie matérielle et logicielle du 21e siècle, le cloud computing, ou l'informatique distribuée via des grilles de calcul (grid computing) à l'échelle de la planète.

Déjà en 2007, Google et IBM renforçaient leur partenariat dans ce domaine, et une fusion Microsoft-Yahoo augmenterait considérablement ce qu'Hervé Le Crosnier appelle le vectorialisme, qui définit ainsi le cloud computing :
disposer d'une force de frappe informatique (réseau + serveurs + mémoire + logiciels "as a service") pour offrir des services aux particuliers (dépôts photo, logiciels de productivité,...) et les capter dans l'univers d'un des vecteurs. Attention, on n'est plus dans l'époque des "mainframes", le nombre d'usagers ne se limite pas à des "grappes de terminaux", mais se compte en millions...
Oublions un instant les éternels fiancés Microsoft (toujours extrêment actif dans les data centers) et Yahoo! (social, viral et convivial, très impliqué dans Hadoop...), mais rappelons que si Google disposait d'un parc autour du million de serveurs à l'été 2007, ses investissements dans de gigantesques centres de données ont fait un bond énorme au premier trimestre 2008, alors même qu'IBM vient s'installer en Europe !

Et les deux compères (qui ont un autre point commun de taille : leur rivalité avec Microsoft) n'hésitent plus à envisager la réalisation conjointe d'un "réseau mondial de serveurs" :
IBM and Google plan to exploit their common technological world view and considerable talent to build a worldwide network, or cloud, of servers from which consumers and businesses will tap everything from online soccer schedules to advanced engineering applications.
Nous sommes loin du parc de 400 serveurs, éventuellement extensible à 4000, annoncé l'année dernière...

Tout cela présage donc une nouvelle révolution dans de nombreux domaines : SaaS, HaaS, stockage en ligne des données (et vu les volumes attendus...), télécommunications, Internet des choses, etc.

Juste pour donner un exemple de la puissance du grid computing, voici quelques infos sur la grille de calcul du CERN (voir plus haut) implémentée dans le cadre du projet WLCG (Worldwide LHC Computing Grid, cf. ici pour le Grand Collisionneur de Hadrons), nécessaire pour traiter un volume de 15 Pétaoctets de nouvelles données chaque année : Le catalogue entier des Rolling Stones transféré d'Angleterre au Japon en moins de 2 secondes ! Top chrono...


* * *

Et pendant ce temps, les français continuent de penser qu'on n'a pas encore fait mieux que le droit romain pour réglementer Internet, ce putain d'espace de non-droit.

Pensez, Mesdames et Messieurs, pensez. Après tout n'est-ce pas Descartes qui affirme : "Je pense donc je suis". Si ça peut vous donner l'illusion d'être ! Mais n'oubliez pas que pendant que vous pensez, d'autres agissent...

Permettez-moi de vous dédier ce fabliau (en espérant qu'il sera libre de droits...) :
Les français et les américains

Les français, ayant pensé
Toute leur vie,
Se trouvèrent fort dépourvus
Quand la Web économie fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Ils allèrent crier à l'aide
Chez les américains leurs voisins,
Les priant de leur prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la prochaine reprise.
"Nous vous paierons, leur dirent-il,
Avant l'août, foi d'animaux,
Intérêt et principal."
Les américains ne sont pas prêteurs :
C'est là leur moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dirent-ils à ces emprunteurs.
- Nuit et jour à tout venant
Nous pensions, ne vous déplaise.
- Vous pensiez ? nous en sommes fort aises.
Eh bien! dansez maintenant.
Fermeture d'esprit : 0 - Pragmatisme : 1

C'est pas marrant, je sais, mais ça soulage.


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