lundi 14 janvier 2008

Network Solutions et front running

Network Solutions et le front running

Qu'est-ce que le front running ?

Créée en 1979, Network Solutions est l'ancêtre des Registrars. Après le début d'Internet au public, le nommage fut assuré dès 1992 par l'InterNIC (Internet Network Information Center), émanation du Département du Commerce américain (DoC U.S.).

Le nommage consiste à associer un nom de domaine à une adresse IP, tous les noms étant gérés par le DNS, qui traduit les noms en adresses IP et vice-versa. Or les coûts d'enregistrement et de gestion de la base de données ne cessant d'augmenter, le gouvernement américain décida d'en "privatiser" la gestion et signa le 31/12/1992 un accord de coopération avec Network Solutions, par le biais de la National Science Foundation.
This agreement is entered into between the United States of America, hereinafter called the Government, represented by the National Science Foundation, hereinafter called the Foundation or NSF, and Network Solutions, Incorporated, hereinafter called the Awardee.
Aux termes du contrat, Network Solutions Inc. (NSI) (ou NetSol) perçut près de 6 millions $ pour l'administration de la base centrale avant d'instituer, en septembre 1995, le système payant du droit d'enregistrement que nous connaissons encore aujourd'hui. Le "droit" s'élevait à 50$ par domaine et par an pour les deux premières années. L'accord arrivait à expiration le 30/09/1998.

Le 5 juin 1998, un Livre vert du DoC U.S. prévoyait d'assurer une transition vers une nouvelle gestion du DNS en créant un organisme de droit privé ad hoc, sans but lucratif, qui serait opérationnel dès octobre :
4. Creation of the New Corporation and Management of the DNS. The Green Paper called for the creation of a new private, not-for-profit corporation(17) responsible for coordinating specific DNS functions for the benefit of the Internet as a whole. Under the Green Paper proposal, the U.S. Government(18) would gradually transfer these functions to the new corporation beginning as soon as possible, with the goal of having the new corporation carry out operational responsibility by October 1998.
Ce fut donc la création de l'ICANN, dont la collaboration avec le gouvernement fut sanctionnée par l'accord du 25 novembre 1998.

Entre-temps, le 1er octobre, le contrat entre National Science Foundation et NetSol repassait sous l'autorité du DoC et était prolongé jusqu'au 30 septembre 2000, ce qui faisait de la société l'acteur incontournable de l'enregistrement des noms de domaine dans les extensions .COM, .NET et .ORG., même si la transition prévoyait une ouverture de son quasi-monopole à la concurrence.

De nouveaux accords furent donc signés par NetSol en novembre 1999 avec le DoC et avec l'ICANN, et le 10, un accord tripartite (DoC - ICANN - NSI) prévoyait d'étendre la gestion des registres .COM, .NET et .ORG jusqu'au 9 novrembre 2003, ou jusqu'au 9 novrembre 2007 si la gestion des registres avait été scindée de la société avant le 9 mai 2001.

Or NetSol fut rachetée 21 milliards $ par VeriSign le 7 mars 2000 (voir également cet article), qui prit ainsi le contrôle du registre des TLD (y compris .EDU), pour ne conserver ensuite que les 2 plus lucratifs (.COM et .NET) et déléguer la gestion du .ORG à PIR (Public Interest Registry, émanation de l'ISOC).

Fin octobre 2003, lorsque VeriSign "brada" Network Solutions pour 100 millions de dollars, en fait elle ne revendit qu'une coquille vide en conservant ses trésors de guerre : les .COM et .NET.

L'acquéreur fut d'ailleurs très content de son emplette (payée à hauteur de 20 millions en cash et de 80 millions d'adossement de dettes), puisqu'en mai 2007 il réussit à revendre NetSol à General Atlantic LLC pour environ 800 millions $...

Ainsi, après avoir été l'une des entreprises les plus prometteuses de l'industrie des noms de domaine, NetSol continue de vivoter avec l'enregistrement, accompagnée d'une réputation exécrable de cherté (mais pas seulement...) et d'un service client totalement inefficace. Il n'en reste pas moins que NetSol est encore le 3ème bureau d'enregistrement au niveau mondial, quand bien même en constante perte de vitesse !


C'est donc probablement pour tenter de redorer son blason que la société se lance maintenant dans le front running... [Début]

Qu'est-ce que le Front running ?

Après le domain-tasting et le domain-kiting, revoici le front running, késako ?

En clair, lorsque vous cherchez à enregistrer un nom, vous le soumettez sur le site du registreur pour voir s'il est libre. Si le nom est disponible, soit vous le réservez de suite, soit vous vous promettez de faire la réservation plus tard. C'est là où intervient le front runner, qui profite que vous n'ayez pas procédé à l'enregistrement immédiat pour vous piquer le nom.

Or là où NetSol fait très fort, c'est qu'ils se défendent de faire du front running en justifiant leur action par un argument choc : c'est une mesure défensive (sic) pour protéger nos clients contre les front runners ! Extrait :
I’d like to clarify what we are doing. In response to customer concerns about Domain Name Front Running (...), we have implemented a security measure to protect our customers.

(...)

This protection measure provides our customers the opportunity to register domains they have previously searched without the fear that the name will be already taken through Front Running.
Et de vous reproposer le nom que vous vouliez enregistrer mais qu'ils ont pris entre-temps à 35$, soit 25$ de plus que chez Godaddy, par exemple. Même si certaines coïncidences...

Selon Stephan, de chez Gandi, le fait que NetSol ait été pris la main dans le sac est « une bonne nouvelle pour toutes les personnes qui combattent certaines pratiques hélas largement répandues » ; je n'en suis pas si certain que lui, car même si maintenant on est sûr que ça existe, apparemment l'ICANN en est encore au tout début de sa consultation sur le DNFR (Domain Name Front Running) !


En reconnaissant explicitement que certaines méthodes sont hors du champ de ses compétences (Some monitoring methods are outside ICANN’s influence). Et, de fait, peut-on dire que le front running rentre dans le cadre de la gouvernance d'Internet ? Mais après tout, c'est toujours de noms de domaine dont il est question...

Le document du SSAC (Security and Stability Advisory Committee) est ici. Voir également la position du Registre britannique Nominet (Internet registry for .uk domain names) sur le sujet.

Un sujet à suivre... [Début]


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vendredi 11 janvier 2008

Gomorra

Gomorra, c'est le nom italien de Gomorrhe, ville maudite de biblique mémoire. Gomorra, c'est aussi une assonance avec camorra, la mafia napolitaine. Gomorra, c'est le titre du livre de Roberto Saviano qui décrit le délire de puissance des clans exerçant une emprise de fer, quasi absolue, sur la Campanie. Le seul livre que j'aie jamais lu à ce jour qui commence par une malédiction en guise de dédicace : A S. Maledizione. La Campanie, c'est la région italienne du Centre-Sud qui regroupe 5 Provinces : Avellino, Benevento, Caserta, Naples et Salerno. Ma femme est campane, née à Cava de' Tirreni, située à 45 km au sud de Naples, à 7 km de Salerno et à 3 km de la Costiera, plus connue en France sous la dénomination de Cote Amalfitaine. Donc la Campanie est aussi ma terre d'élection, celle où je passe les fêtes, de Noël et du premier de l'An (j'en suis revenu il y a tout juste une semaine), de Pâques, une partie des vacances d'été, etc. Mon fils y a ses cousins, dont deux qui vivent à Pagani, un peu au nord de Cava en remontant vers Pompéi et Naples. Le jour où mon beau-frère a annoncé à mon beau-père qu'il allait vivre à Pagani, mon beau-père en a pleuré. Des larmes de peine et de douleur. Ça me rappelle un dicton mafieux, terrible : "chi non paga col sangue, paga con le lacrime", ceux qui ne paient pas de leur sang, paient de leurs larmes. Mon beau-père était policier. Il appelait Pagani le Far-West... Pace all'anima sua. Plus de 40 ans de bons et loyaux services. Un homme intègre, bon, qui m'a donné les deux plus belles poignées de main que j'ai jamais reçues d'un homme. Sa fille et moi nous sommes mariés à Cava le 18 juillet 1998, juste 2 mois après les terribles coulées de boue qui ont dévasté Sarno, à quelques km de Cava, nul n'avait jamais vu ça en Italie, des familles entières décimées, certains y ont perdu leurs parents par dizaines. Saviano en parle dans son livre, notamment des milliards de subventions qui ont coulé à flots après, vite engloutis par la camorra. Une terre qui me colle au corps et à l'âme, une terre qui est mienne autant que le fut la France durant les 25 premières années de mon existence. Dont la langue et la culture m'habitent profondément depuis 25 ans, puisque je ne parle plus français dans ma vie de tous les jours depuis septembre 1982, même mon fils ignore ma langue ! Une terre actuellement secouée par un séisme qui n'a rien de naturel, un séisme causé par l'homme. Par le Système camorriste et la politique affairiste et sans scrupule. Dont la puanteur et les exhalaisons méphitiques ont franchi les frontières de la Campanie pour se répandre partout en Europe, et même Outre-Atlantique. Un Système raconté de façon poignante par Saviano dans Gomorra, dont la dernière partie, intitulée Terra dei fuochi, décrit la catastrophe sanitaire induite par le "traitement" des déchets en Campanie. Une catastrophe telle que l'état d'urgence est dépassé depuis longtemps. L'emergenza rifiuti. Car c'est de déchets, dont il est question. D'un Himalaya de déchets :
Se i rifiuti illegali gestiti dai clan fossero accorpati diverrebbero una montagna di 14.600 metri con una base di tre ettari, sarebbe la più grande montagna esistente sulla terra.
Si les déchets illégalement traités par les clans étaient regroupés, ils formeraient une montagne ayant une base de 3 hectares et haute de 14km600, la plus haute montagne de toute la terre. Une montagne de déchets toxiques de toutes sortes et d'ordures ménagères.

Les ordures de Naples

Provenant d'un peu partout en Europe, grâce aux prix imbattables pratiqués par le Système :
Le coût du marché pour éliminer correctement les déchets toxiques impose des prix qui vont de 21 centimes à 62 centimes par kilo. Les clans fournissent le même service à 9 ou 10 centimes le kilo.
Cela se traduit pas des dégâts collatéraux monstrueux, inqualifiables…
Les parrains n'ont eu aucun scrupule à enfouir des déchets empoisonnés dans leurs propres villages, à laisser pourrir les terres qui jouxtent leurs propres villas ou domaines. La vie d'un parrain est courte et le règne d'un clan, menacé par les règlements de compte, les arrestations et la prison à perpétuité, ne peut durer bien longtemps. Saturer un territoire de déchets toxiques, entourer ses villages de collines d'ordures n'est un problème que si l'on envisage le pouvoir comme une responsabilité sociale à long terme. Le temps des affaires ne connaît, lui, que le profit à court terme et aucun frein. L'essentiel du trafic ne connaît qu'une seule direction : nord-sud. Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, dix-huit mille tonnes de déchets provenant de Brescia ont été enfouies entre Naples et Caserte et en quatre ans, un million de tonnes à Santa Maria Capua Vetere. Les déchets traités au nord, dans les usines de Milan, de Pavie et de Pise, sont tous expédiés en Campanie.
Dans son article, Saviano explique parfaitement la collusion tripartite entre camorra, politique et entreprises. J'ai contacté son agent pour traduire son texte, mais je suis arrivé trop tard, il va bientôt être publié sur un quotidien français. Je mettrai le lien dès que je le trouverai. Et je vous invite vivement à le lire si vous voulez mieux comprendre ce qui se passe sur cette terre martyrisée qui est la mienne. Il commence ainsi :
È un territorio che non esce dalla notte. E che non troverà soluzione.

C'est un territoire qui ne sort pas de la nuit. Un territoire qui ne trouvera pas de solution.
Le gouvernement italien vient de dépêcher un Commissaire extraordinaire pour gérer la situation. Ce n'est jamais que le neuvième en 14 ans...

Si vous voulez en savoir plus, prenez votre courage à deux mains, et lisez Gomorra. Un vrai coup de poing. Car comme l'avoue Jean-Christophe : « On ne sort pas de ce livre révolté, juste totalement écœuré… »


Couverture de l'édition italienne :


Ça commence comme ça :
Le conteneur oscillait tandis que la grue le transportait jusqu'au bateau. Comme s'il flottait dans l'air. Le sprider, le mécanisme qui les reliait, ne parvenait pas à dompter le mouvement. Soudain, les portes mal fermées s'ouvrirent et des dizaines de corps tombèrent. On aurait dit des mannequins. Mais lorsqu'ils heurtaient le sol, les têtes se brisaient bien comme des crânes. Car c'étaient des crânes. Des hommes et des femmes tombaient du conteneur. Quelques adolescents aussi. Morts. Congelés, recroquevillés sur eux-mêmes, les uns sur les autres. Alignés comme des harengs dans une boîte. Les Chinois qui ne meurent jamais, les éternels Chinois qui se transmettent leurs papiers d'identité : voilà où ils finissaient. Ces corps dont les imaginations les plus débridées prétendaient qu'ils étaient cuisinés dans les restaurants, enterrés dans les champs près des usines ou jetés dans le cratère du Vésuve. Ils étaient là et s'échappaient par dizaines du conteneur, leur nom inscrit sur un carton attaché autour du cou par une ficelle. Ils avaient tous mis de côté la somme nécessaire pour se faire enterrer chez eux, en Chine. On retenait une partie de leur salaire, en échange de laquelle, après leur mort, leur voyage de retour était payé. Une place dans un conteneur et un trou dans quelque lopin de terre chinois. Quand le grutier du port m'a raconté cette histoire, il a placé ses mains sur son visage en continuant à me regarder à travers ses doigts écartés, comme si ce masque lui donnait le courage de poursuivre. Il avait vu s'abattre des corps et n'avait même pas eu besoin de donner l'alarme ou d'avertir qui que ce soit. Il avait simplement déposé le conteneur au sol et des dizaines de personnes, sorties de nulle part, avaient remis tous les corps à l'intérieur avant de nettoyer le quai avec un jet d'eau. C'est ainsi que ça se passait. Il n'arrivait toujours pas à y croire, il espérait que c'était une hallucina­tion provoquée par un surcroît d'heures supplémentaires. Il a serré les doigts pour se couvrir complètement le visage et continué à parler en pleurnichant, mais je ne comprenais plus ce qu'il me disait. Tout ce qui a été fabriqué passe par le port de Naples. Il n'est nul produit manufacturé, tissu, morceau de plastique, jouet, marteau, chaussure, tournevis, boulon, jeu vidéo, veste, pantalon, perceuse ou montre qui ne transite par ce port. Le port de Naples, cette blessure. Grande ouverte. Le point final des interminables trajets que parcourent les marchandises. Les bateaux arrivent, s'engagent dans le golfe et s'approchent de la darse comme des petits attirés par les mamelles de leur mère, à ceci près qu'ils ne doivent pas téter mais se faire traire. Le port de Naples est un trou dans la mappemonde d'où sort tout ce qui est fabriqué en Chine ou en Extrême-Orient, comme se plaisent encore à l'écrire les journalistes. Extrême. Lointain. Presque inimaginable. Si l'on ferme les yeux, on voit des kimonos, la barbe de Marco Polo ou le coup de pied latéral de Bruce Lee. En réalité, cet Orient est relié au port de Naples comme aucun autre endroit au monde. Ici, l'Orient n'a rien d'extrême, le très proche Orient, devrait-on dire, le moindre Orient. Tout ce qui est produit en Chine est déversé ici comme un seau d'eau qu'on vide dans le sable et dont le contenu détériore, creuse et pénètre en profondeur. 70 % du volume des exportations de textile chinois transitent par le seul port de Naples, ce qui ne représente pourtant que vingt pour cent de leur valeur. C'est une bizarrerie difficile à comprendre, mais les marchandises ont leur magie, elles peuvent être à un endroit sans y être, arriver sans jamais vraiment arriver, coûter cher au client tout en étant de qualité médiocre, et valoir peu aux yeux de la douane tout en étant précieuses. Car le textile regroupe de nombreuses catégories de biens et il suffit d'un trait de stylo sur le bordereau d'accompagnement pour réduire les frais et la T.V.A. de façon drastique. Dans le silence de ce trou noir qu'est le port, la structure moléculaire des choses semble se décomposer puis se recomposer une fois loin de la côte. Les marchandises doivent quitter très vite le port. Tout se déroule rapidement, au point que les choses disparaissent presque aussitôt. Comme si rien ne s'était passé, comme si tout n'avait été qu'un geste. Un voyage inexistant, un faux accostage, un bateau fantôme, une cargaison évanescente. Comme s'il n'y avait rien eu. Une évaporation. La marchandise doit parvenir entre les mains de l'acheteur sans laisser de trace de son parcours. Elle doit rejoindre son entrepôt, vite, immédiatement, avant que le temps reprenne son cours, le temps nécessaire à un éventuel contrôle. Des quintaux de marchandises qui circulent aussi facilement qu'un pli livré à domicile par le facteur. Dans le port de Naples, avec ses un million trois cent trente-six mille mètres carrés et ses onze kilomètres et demi de longueur, le temps se dilate d'une façon inédite. Ce qui pourrait prendre une heure à l'extérieur semble y durer à peine plus d'une minute. La proverbiale lenteur qui caractérise dans l'imaginaire collectif chaque geste d'un Napolitain est ici démentie, niée, brisée. Les premiers contrôles douaniers surviennent dans un laps de temps que les marchandises chinoises prennent de vitesse. Impitoyablement rapides. Ici, chaque minute semble annihilée, c'est un massacre de minutes, de secondes volées aux formalités, poursuivies par les accélérations des camions, tirées par les grues, emportées par les chariots élévateurs qui vident les entrailles des conteneurs.
Un pavé en pleine gueule.




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P.S. Je pourrais vous en écrire des pages et des pages sur l'Italie, sur la Campanie, et même vous raconter bien plus de choses belles que dégueulasses. Mais ce qui se passe en ce moment et la façon dont l'Italie est perçue en dehors de ses frontières me touchent trop...

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jeudi 10 janvier 2008

Chauffeur de Buzz : le blogueur extraterrestre

Chauffeur de Buzz : le blogueur extraterrestre

Billet hommage à l'ami Romain, dont l'incroyable succès de fréquentation de son blog vient de lui valoir la signature d'un contrat avec le groupe Lagardère.


Entre parenthèses, je viens d'apprendre via Techcrunch l'explication de son surnom, Otto le chauffeur de buzz, qui fait référence à Otto Bus, le chauffeur du bus scolaire qu'utilisent Bart et Lisa Simpson pour aller à l'école.

Son blog, commencé - tenez-vous bien ! - le 24 octobre 2006, c'est un trafic de plus de 14 millions de pages vues en décembre, soit pratiquement une moyenne de 500 mille/jours (!), avec un pic de 1 889 531 PV le 20/12. Et ça, c'était avant de signer...

Ce même jour, où j'ai publié mes deux derniers billets pour 2007, j'ai eu ... 462 PV, soit une audience 4090 fois inférieure à la sienne ! Autrement dit, à chaque fois qu'Adscriptor a un visiteur, Chauffeur de Buzz en a plus de 4 000 : vous comprenez pourquoi je l'appelle l'extraterrestre de la blogosphère ? Quelques précisions ici.

Félécitations, Romain. Je ne te souhaiterai pas un bon début d'année 2008, il me semble qu'elle a commencé sur les chapeaux de roue, mais plutôt une bonne continuation...


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P.S. Et dire que tu voulais arrêter ton blog...

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mercredi 9 janvier 2008

Le Web en 2008

Je rassure de suite les allergiques aux prévisions de toute sorte, en dépit du titre, ce billet n'anticipe aucun des secrets de Mme Soleil pour l'année en cours, mais tente plutôt de dresser un constat de ce qu'est le Web aujourd'hui, selon la perception et la vision que j'en ai.

L'état des lieux
La troisième décennie du Web

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L'état des lieux

Il était une fois ... le Web. Déjà, parler du World Wide Web, ça nous situe dans le temps, à la fin des années 80, début de la décennie 90 (puisqu'il faudrait remonter à 1957 pour Internet, l'année de ma naissance la création de l'ARPA) !

Au terme des dix premières années, la croissance exponentielle du Web a conduit AltaVista, IBM et Compaq à publier, en mai 2000, une étude intitulée Graph structure in the web, analysant 200 millions de pages et 1,5 milliard de liens, où le graphe qui ressort a la forme d'un nœud papillon :


D'où l'apparition de la bow-tie theory, qui classifie les sites de la façon suivante :
* le cœur du réseau : environ 30% des sites les plus interconnectés qui se partagent et où converge un maximum de liens et de trafic ;
* les sites d’origine : environ 20% des sites d’où les internautes sont dirigés vers le cœur du réseau, avec très peu de liens qui pointent en sens inverse ;
* les sites de destination : environ 20% de pages accessibles depuis le cœur mais n’y renvoyant que très peu ;
* les sites déconnectés : environ 30% d’îlots épars n’ayant que peu de liens et générant peu de trafic.
Une topographie d’Internet et un constat qui ont donné lieu, notamment avec le dépôt du PageRank en 1998 par Larry Page (nomen omen...), à l'impérieuse nécessité d'élaborer des stratégies de liens, de trafic, de référencement, de positionnement, d'optimisation, y compris de l'écriture Web, des mots clés, du contenant, du contenu, des flux, mais également pour les moteurs de recherche, puis pour les médias sociaux, avec l'émergence de nouveaux influenceurs et d'une recherche "sociale", au point d'amener Danny Sullivan lui-même à qualifier les médias sociaux de nouveaux moteurs de recherche (voir également ici...), etc.

Or tout cela c'était avant l'arrivée de Facebook, de son graphe social et de sa formidable puissance de frappe marketing et virale, avant la montée en régime de la téléphonie mobile, dont l'usage est destiné à exploser, et surtout avant la notion d'interface sociale, porteuse de gigantesques bouleversements en termes de communication et de ... présence Internet !

Voici donc où nous en sommes : à la veille d'un grand chambardement, annoncé autant par le Web 2.0 que par le Web 3.0, n'en déplaise à tous ceux qui taxent ces déclinaisons successives d'obsolètes. J'ignore par exemple si Twine tiendra toutes ses promesses ou sera à la hauteur de Facebook en termes de révolution des usages, mais ce dont je suis certain, c'est qu'en 2008 le Web est sur le point d'entrer dans sa troisième décennie... [Début]

La troisième décennie du Web

Révolu, donc, le temps où une présence Internet pouvait se limiter à un site Web, pour autant qu'il fût élaboré et connecté, désormais l'heure est à la multiprésence, à la communication multiforme (sites, blogs, microblogging, forums, réseaux, widgets, mobiles, vidéos, événementiel, pub, résultats organiques, etc.), à la multiparticipation active, à la gestion multisupport de son interface sociale, où chacun (entreprise ou particulier) ne se place plus seulement en nœud du réseau, mais en position centrale dans la galaxie Internet :


Ce que David Armano appelle un système social, ou mieux, un écosystème social, au sein duquel, « We are the center of our own micro-universe »...

Donc la rupture avec le passé est évidente :
Hier, le cœur du réseau, c'était « environ 30% des sites les plus interconnectés qui se partageaient et où convergeait un maximum de liens et de trafic » ; aujourd'hui, le cœur du réseau, c'est vous !

Hier j'étais anonyme, aujourd'hui je gère mon identité numérique. Hier j'étais présent sans être visible, aujourd'hui je suis présent ET visible ! Une nuance de taille. Impossible à imaginer hier, réalité aujourd'hui. À nous d'en faire bon usage... [Début]


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mardi 8 janvier 2008

Bill Gates fait ses adieux à Microsoft

Bill Gates fait ses adieux à Microsoft

Génial ! On peut même le voir sans comprendre l'anglais, on rigole quand même :-)



Si vous souhaitez approfondir, lisez cette interview. Si vous préférez vous remémorer sa rencontre historique avec Steve Jobs, c'est ici.

Lui et sa femme vont maintenant s'occuper à plein temps de leur fondation, et je suis sûr qu'il nous réserve encore bien des surprises...

Les 15 principes directeurs de la Fondation de Bill & Melinda Gates :
  1. C'est une fondation familiale, qui s'inspire des intérêts et des passions de la famille Gates (This is a family foundation driven by the interests and passions of the Gates family)
  2. La philanthropie y joue un rôle important, mais limité (Philanthropy plays an important but limited role)
  3. La science et la technologie ont un potentiel fort pour améliorer la vie dans le monde (Science and technology have great potential to improve lives around the world)
  4. Nous finançons et façonnons des projets, mis en œuvre par d'autres à qui nous faisons confiance (We are funders and shapers —we rely on others to act and implement)
  5. Notre objectif, clair et limité, donne la priorité aux problèmes les plus mis de côté (Our focus is clear—and limited—and prioritizes some of the most neglected issues)
  6. Nous identifions un point d'intervention précis et déployons nos efforts supportés par une théorie du changement (We identify a specific point of intervention and apply our efforts against a theory of change)
  7. Nous prenons des risques, relevons de gros défis et traitons d'abord les problèmes urgents, en nous engageant sur le long terme (We take risks, make big bets, and move with urgency. We are in it for the long haul)
  8. Nous défendons avec vigueur et responsabilité nos centres d'intérêt (We advocate —vigorously but responsibly— in our areas of focus)
  9. Nous devons être humbles et conscients de nos actes et nos paroles. Nous recherchons et sommes à l'écoute des conseils extérieurs (We must be humble and mindful in our actions and words. We seek and heed the counsel of outside voices)
  10. Nous traitons les bénéficiaires de nos projets comme des partenaires importants, et les destinataires ultimes de nos projets avec respect (We treat our grantees as valued partners, and we treat the ultimate beneficiaries of our work with respect)
  11. Pour nous, produire des résultats à la hauteur des ressources engagées est de la plus haute importance, nous recherchons donc et partageons les informations sur ces résultats (Delivering results with the resources we have been given is of the utmost importance—and we seek and share information about those results)
  12. Nous exigeons de nous-mêmes un comportement éthique (We demand ethical behavior of ourselves)
  13. Nos relations s'inspirent du respect dû entre pairs (We treat each other as valued colleagues)
  14. Réaliser notre mission - pour accroître l'égalité des chances envers celles et ceux qui sont davantage dans le besoin - exiger de gérer de manière avisée l'argent dont nous disposons (Meeting our mission—to increase opportunity and equity for those most in need—requires great stewardship of the money we have available)
  15. Nous laissons le champ libre à la croissance et au changement (We leave room for growth and change).
Outre ses prévisions technologiques (et tant pis si le discours était ennuyeux, ce n'est pas bien grave), voici vraiment un beau programme pour les décennies à venir.

Déjà "financé" à hauteur de ... 67 milliards de dollars, notamment après le don gigantesque fait en juin 2006 par Warren Buffet. Ah ! Quand les deux hommes les plus riches de la planète se rencontrent... Merci Messieurs.

So long, Bill, et bonne année 2008 !


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Disclaimer : celles et ceux qui lisent ce blog savent que je n'apprécie pas du tout Microsoft, mais personnellement je trouve que le parcours de Bill Gates force le respect.

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lundi 7 janvier 2008

Facebook Translations = crowdsourcing ?

Facebook Translations = crowdsourcing ?

La traduction de Facebook en crowdsourcing, ou localisation communautaire ? Ouriel Ohayon nous rapporte ici quelques mots de son entretien avec Dan Rose lors du Web3 :
Facebook sera disponible en plusieurs langues dès le premier semestre 2008. Les applications (une minorité je pense en tout cas) seront traduites mais ils veulent surtout stimuler la création d’applications locales...
Or la localisation d'un site est une opération qui dépend de critères multiples, d'autant plus complexes que le site est complexe, ce qui est très exactement le cas de Facebook.

Donc la première question qui se pose à Mark Zuckerberg, outre le choix des langues à traiter en priorité, c'est quoi localiser, tout ou partie du site ?

Et la deuxième, c'est comment ? En payant des professionnels, ou en faisant levier sur la vague communautaire pour créer un mouvement de localisation ?

Ce que fait déjà Netvibes avec succès, par exemple :


Voir à ce sujet le billet de vœux de Tarik Krim pour une bonne année ... 2007 !

Donc, voilà que depuis fin décembre, Facebook a mis en ligne une page et une appli dédiées :


La capture d'écran rapportée par Mashable donne une idée de la façon dont l'appli fonctionne avec l'espagnol comme langue test :


Au moment de la capture, 839 traducteurs avaient déjà traduit + 15 600 segments (chaque segment pouvant être voté par les utilisateurs), et 10 338 phrases anglaises restaient à traduire.

Rodney Rumford nous donne une idée de l'interface de traduction :


Ce qui donnerait 26 000 phrases à traduire par langue si l'on s'en tient à ces chiffres. Soit un gros millier de pages en traduction technique professionnelle (pour le détail, je compte par défaut une moyenne de 8 mots par segment et de 200 mots par page, mais en réalité c'est sûrement plus important que ça, comme le montre l'exemple ci-dessus...).

Pour une fourchette de facturation entre 25 et 30 000 euros par langue, toujours si l'on s'en tient à cet ordre de grandeur, disons un forfait d'1 million d'euros pour quarante langues. Et même si c'était le double, ça reste largement dans les possibilités financières de Facebook, qui dispose au bas mot d'un cash au moins 200 fois supérieur...

Pour autant, le choix d'opter pour une traduction communautaire vs. payante est éminemment stratégique, bien dans la tradition chère à Zuckerberg de "créer un mouvement" ! C'est également une logique totalement Web 2.0, expérimentée par Google dans une autre mesure, mais où l'approche participative et l'expertise des foules permettent globalement d'obtenir des résultats largement satisfaisants et constamment susceptibles d'être améliorés.

Facebook n'a d'ailleurs pas complètement écarté l'idée de faire appel à des professionnels, tel que le rapporte Brandee Barker, porte-parole de la société :
We will also continue to evaluate more traditional forms of translation services.
Pour l'instant l'appli est uniquement disponible en bêta privée (Currently the Facebook Translations Application is limited to beta users only), mais il sera intéressant de suivre l'évolution du taux d'implication globale des utilisateurs.

Notamment avec le français. Puisque si l'on compte d'ores et déjà plus de 1 135 000 utilisateurs de langue française alors que la plateforme n'est pas encore francisée, on peut légitimement se demander combien de nouveaux membres francophones la traduction du site fera gagner à Facebook...

En attendant, juste histoire d'apporter une modeste pierre à l'édifice, le moteur de terminologie multilingue que j'ai mis au point en partenariat avec Primoscrib sera disponible incessamment sous peu, en widget expressément conçu pour Facebook, iGoogle, Google Desktop, OpenSocial et Netvibes UWA.

Je ne manquerai pas de vous en dire plus dans les jours à venir...


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P.S. Et puisqu'il est question du binôme Facebook + traduction, j'aimerais vous demander votre avis sur une affaire peu banale : j'ai reçu hier un courriel menaçant de Justin Smith m'enjoignant d'effacer dans les 48 heures mon billet Facebook et marketing viral : 24 conseils pour booster votre présence commerciale.

Si vous suivez mon blog depuis un certain temps, vous n'êtes pas sans savoir qu'à l'origine Adscriptor est né comme laboratoire de réflexion et de traduction de l'anglais (et/ou de l'italien) vers le français, pour partager des ressources anglophones avec un public francophone.

Et j'ai toujours mis un point d'honneur - déontologie oblige - à demander AVANT l'autorisation de traduire aux auteurs des billets que je souhaitais partager. Ce qui m'a d'ailleurs valu quelques refus.

Or dans le cas de ce billet, que j'ai été le premier à commenter pour me féliciter avec son auteur, j'ai traduit d'impulsion tant j'étais enthousiaste, en demandant à Justin Smith son autorisation non pas a priori, mais a posteriori : en effet, je lui ai signalé ma traduction LE JOUR MÊME de la publication de son billet, soit le 9 décembre dernier, en ces termes :
Hi Justin,
Your post was definitively too brilliant, I translated it...
I beg you pardon if I didn’t ask first your authorization.
I hope my initiative is OK :-)
Jean-Marie
Le jour même il savait que je traduisais son billet, il lui aurait suffi de me signifier son désaccord pour que j'arrête ma traduction (puisque vu la longueur du billet, le travail était loin d'être terminé). Je pointe d'ailleurs vers son blog et son profil Facebook avec 6 liens. Nul ne pourrait donc prétendre que j'ai fait ça à la sauvette, pour vanter une paternité que je n'avais pas...

Par conséquent, je ne sais que penser de ce ton comminatoire un mois après les faits, alors qu'il était au courant depuis le début. À vrai dire, ça m'énerve beaucoup car ça me semble aller à l'encontre de l'esprit du blogging.

Bloguer c'est d'abord partager. Si je blogue en anglais, tous les anglophones peuvent me lire sans avoir besoin de demander l'autorisation. Sinon je fais un blog privé avec accès restreint.

Donc à partir de là pourquoi interdire la lecture de ce que j'écris à celles et ceux qui ne parlent pas l'anglais mais qui pourraient accéder à un contenu de qualité, via la traduction ? D'autant que dans ce cas, la démarche du traducteur est totalement gratuite. Aucun profit ni autre retour financier du travail fourni, si ce n'est le plaisir de faire partager à des locuteurs non anglophones un contenu disponible en libre accès à qui parle anglais.

Franchement j'ai du mal à comprendre la logique de Justin Smith. Je lui ai demandé des explications, nous verrons bien...

Mais d'ores et déjà, si vous avez votre idée sur la question, je suis preneur !

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samedi 5 janvier 2008

Statistiques Facebook 2008

Bonne année 2008, avant tout ! Après plus de deux semaines off-line, j'étais curieux de voir un peu l'évolution des adhésions à Facebook depuis mon dernier relevé "officiel" du 20 décembre. Résultat : 2 152 820 nouveaux membres, sur un total proche de 56 millions !

Dans le tableau ci-dessous, les hausses plus significatives des 47 pays analysés sont signalées en bleu, les baisses en rouge.


Hors États-Unis, où la progression reste majeure (+400 000 nouveaux membres), voici les plus fortes hausses :
  1. Turquie : 347 960
  2. Finlande : 223 940
  3. Danemark : 185 640
  4. Belgique : 115 760
Et les plus fortes baisses :
  1. Royaume Uni : 260 440
  2. Afrique du Sud : 100 620
  3. Australie : 59 180
  4. Pays-Bas : 24 160
  5. Irlande : 11 840
À l'exception des Pays-Bas, il est surprenant de constater que la baisse est plus élevée justement dans les pays de langue anglaise !

Ceci dit, avec 13 810 540 nouveaux membres enregistrés depuis le 20 octobre, soit près de 14 millions en 11 semaines, une simple règle de 3 nous donne un peu plus de 64 millions d'utilisateurs durant les 51 prochaines semaines, pour un total cumulé de 120 millions...

Donc, sans trop craindre de me tromper, je peux avancer que Facebook devrait largement dépasser 100 000 000 d'utilisateurs avant la fin de l'année. Ce sera ma première prévision pour 2008...

Rendez-vous début 2009 pour vérifier :-)


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