jeudi 26 juin 2008

Facebook gagne contre ConnectU !

Facebook gagne contre ConnectU !

J'ai déjà expliqué sur ce blog quelle était l'histoire de Facebook à propos de ConnectU et quels étaient les points litigieux.

En fait, il semble que Zuckerberg ait piqué l'idée à l'origine de Facebook à ConnectU, et qu'il ait préféré l'exécuter pour son compte plutôt que pour celui des frères Winklevoss qui l'avaient contacté dans ce but.

Les différents procès s'étaient terminés par un règlement entre les parties.

Or début juin ConnectU avait tenté une nouvelle action, en argumentant qu'ils auraient été trompés par Facebook sur différents points lors du précédent règlement "à l'amiable", et qu'ils apportaient de nouveaux éléments (notamment des courriels de Zuckerberg prouvant son intention frauduleuse).

Facebook a contre-attaqué en demandant au juge de faire appliquer ce fameux règlement amiable, censé mettre fin à cette histoire.

Ce que vient d'ordonner le Juge du Tribunal de San Jose, en démontant un à un les arguments de ConnectU, qui se plaignait notamment d'avoir accepté un règlement partie en cash et partie en actions, avec un prix des actions calculé sur la base de la valeur de Facebook déclarée dans le communiqué de presse publié lors de la prise de participation de Microsoft. Soit sur une évaluation globale de 15 milliards $ de la société.
All ConnectU stock in exchange for [REDACTED] in cash & [REDACTED] common shares in Facebook. The terms of the shares shall include a requirement that all votes related to the shares will be voted in accordance with the Board of Director’s recommendations and be subject to the same anti-dilution protections afforded to Series D preferred stock. Facebook will determine the form & documentation of the acquisition of ConnectU’s shares (Consistent with a stock and cash for stock acquisition). Facebook represents that it currently has [REDACTED] fully diluted shares outstanding.
Or c'est là où ça devient intéressant : selon ConnectU, le CdA de Facebook serait revenu ensuite sur cette valeur, en la rabaissant. En gros, le juge considère que c'est pas son problème, que personne n'a sérieusement contesté la valorisation de 15 milliards $ déclarée dans le communiqué de presse, que le "règlement amiable" a été signé par les représentants légalement autorisés des parties et par leurs avocats, et donc que ce règlement doit être appliqué.

Il n'en demeure pas moins qu'on aimerait bien savoir à combien le CdA de la société estime aujourd'hui la "vraie" valeur de Facebook ! Un indice (un autre) ?

Est-ce que cette victoire de Facebook sera définitive ? Est-ce que ConnectU va de nouveau contre-attaquer ? À suivre...


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mercredi 25 juin 2008

ICANN et domain tasting

ICANN et domain tasting

Après mon premier volet sur la désinformation d'un journalisme caricatural, carrément démenti par l'interviewé lui-même, venons-en à des choses plus sérieuses puisque c'était hier que l'ICANN affrontait le problème du domain tasting et des abus caractérisés de l'AGP.

J'ai déjà consacré de nombreux billets à ce sujet, dont je rappelle brièvement que le principe consiste :
à enregistrer des domaines, à les tester pour voir leur potentiel en navigation directe (tasting), à les monétiser s'ils valent la peine (kiting) et à les rendre de nouveau disponibles à l'enregistrement dans le cas contraire. Sans rien payer, bien sûr, dès lors qu'ils sont restitués durant les cinq premiers jours...
Ces 5 jours correspondent à la "période de grâce" (Add Grace Period, AGP pour les intimes), et c'est l'un des deux piliers sur lesquels s'appuie le "domain tasting" ; l'autre étant les Adsense, puisque c'est grâce aux revenus Adsense générés durant ces 5 jours que les spéculateurs peuvent estimer si un domaine sera rentable ou non. Sur le graphique suivant, la flèche rouge en bas à gauche indique à quelle étape du cycle de vie d'un nom de domaine intervient ce processus :


Je répète le graphique car c'est important pour bien comprendre, vu que même le document traduit en français par l'ICANN sur la monétisation des noms de domaine prête à confusion, en rendant l'AGP par période de rédemption, alors que ça n'a rien à voir puisque la RGP (Redemption Grace Period) correspond à un moment différent du cycle de vie d'un domaine, c'est-à-dire à l'avant-dernière étape avant qu'un nom ne puisse être de nouveau disponible à l'enregistrement public, tel qu'indiqué sur le graphique.

Nous avons vu aussi que ce bidonnage de très grande ampleur était surtout le fait de trois registreurs :
  • Capitoldomains, LLC
  • Domaindoorman, LLC
  • Belgiumdomains, LLC
impliqués pratiquement depuis le début, et responsables de près de 3/4 des domaines "testés", selon Jay Westerdal :
...d'après des données internes, ces trois registrars sont responsables de 72,5% de l'ensemble des domaines testés au cours des 6 derniers mois (soit 185 650 068 sur 255 212 260 domaines testés).
Or les temps changent. Car si l'on regarde le dernier rapport mensuel de Verisign disponible à ce jour, on s'aperçoit vite qu'il y a un furieux turnover autour des effacements de domaines avant le terme de l'AGP.

En outre, depuis leur interdiction de tasting par le tribunal, les 3 compères ci-dessus ont été vite remplacés par de nouveaux entrants. Ça va, ça vient au gré des mois. Toutefois, si l'on compare sur un an, on voit que le phénomène semble régresser : les données de mars 2008 ne sont pas encore disponibles, mais la comparaison d'une année sur l'autre (uniquement sur les .COM) donne 52 119 513 domaines testés en février 2007, contre 15 804 124 en février 2008, soit une division par 3 !


Voir ce document détaillé sur les 10 plus gros testeurs en 2007 pour mieux comprendre. Autre chose étrange, le mois dernier, le 11e était Network Solutions, mais c'est peut-être lié à ses pratiques de front-running, auxquelles il s'est engagé à mettre un terme (avec un peu d'hypocrisie quand même...), si l'ICANN met un frein au tasting.

Comment ? En appliquant sa commission de 0,20 cent par nom enregistré même s'il est supprimé durant l'AGP.

À observer également que parmi les autres registreurs de la liste, sont nommément désignés comme spammeurs des noms aussi connus qu'eNom et Moniker, ce qui m'étonne quand même un peu...

En tout cas, ce qui est clair, tout au moins pour moi, c'est que la résolution du tasting n'est en rien un problème technique, mais plutôt politique et au final, tout simplement, de volonté. Donc demain le budget de l'ICANN sera voté en intégrant probablement la commission de 0,20 cent, même si l'ICANN nous prévient sobrement :
Il n’est pas certain que cela aboutira à la disparition de la pratique de l’essai de domaines, mais cela devrait au moins avoir le mérite de l’atténuer.
Donc ajoutez dans un tel contexte le déploiement des IDN et la libéralisation des nouvelles extensions, et vous finissez par obtenir ... un beau bordel !


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lundi 23 juin 2008

Correctif : l'ICANN et le lancement de nouvelles extensions

Correctif : ICANN et nouvelles extensions

[MISE À JOUR - 24-06] Paul Twomey nuance ses propos :

C'est absolument faux, je n'ai jamais dit ça...

New gTLD Program : What kind of Internet do you want? (+ un aperçu en français sur ces nouvelles extensions)

* * *

C'est aujourd'hui qu'a commencé la 32e réunion internationale de l'ICANN à Paris. Beaucoup d'arguments importants sur le tapis, comme toujours, notamment le lancement de nouvelles extensions, le domain tasting et les IDN. Je n'ai pas le temps de tout traiter, surtout les deux derniers sujets qui me tiennent à coeur, aussi commencerais-je par la désinformation dans le plus pur style médias 1.0, avec les Echos (déjà épinglés par Adscriptor) qui dit du grand n'importe quoi :
La Toile est en passe d'être chamboulée. A partir du premier trimestre de 2009, l'Icann (...) permettra à tous les internautes de créer l'extension d'adresse Web de leur choix. Ils pourront déposer une infinité de noms. Par exemple .paris ou .cocacola.

La perspective de tels bouleversements suscite d'ores et déjà critiques et inquiétudes...
Et blabla et blabla, et je t'en fous une couche sur la grande pagaille qui « pourrait accompagner l'arrivée massive de nouveaux noms de domaine », et une autre sur les sociétés qui vont, de fait, devoir rapidement se protéger contre le cybersquattage (vous pensez bien, ma pov' Madam Michu, rien que l'an dernier, un nombre record de 2.156 plaintes, « (s)oit une augmentation de 18 % par rapport à 2006 et de 48 % par rapport à 2005 du nombre de litiges »...), etc. etc., le tout assaisonné de 2 ou 3 témoignages sans aucun doute pertinents mais totalement décontextualisés, juste histoire de donner plus d'intensité au propos et de renforcer toujours davantage le sentiment diffus chez le beauf moyen que l'Internet, décidément, est bien un espace de non-droit.

C'est signé L. N'. K. et E. P., alors voilà, L. N'. K. et E. P., mon avis c'est que vous avez pondu (voir en commentaire) un torchon, une honte pour votre profession et un grand foutage de gueule vis-à-vis de votre public.

Après ça, aux journalistes qui s'inquiètent de savoir comment assurer le virage Internet, je ne peux que conseiller de commencer par le commencement : apprendre à écrire des articles sérieux, documentés et recoupés. Et non pas un tas de conneries alignées les unes à la suite des autres pour se faire mousser. Car quand la mousse finit par se dissoudre, il ne reste que l'encre sale.

Et puis tiens, puisque je suis en veine, j'en profite pour vous apprendre qu'une info de cette qualité ne pouvait qu'être immédiatement reprise, et démultipliée dans la foulée. Ça se passe chez Réseaux-Télecoms.net (pourtant, rien qu'au nom, on pourrait penser à du sérieux) (actu maintenant pondérée par celle-ci...), sous la plume de David Lentier (pour écrire ça, ce cher David a dû tellement chatouiller la clavier que les touches n'en finissent plus de se gondoler), et la désinformation monte d'un cran (mais quel cran ;-) :
(L)'Icann annonce qu'à partir de 2009, il sera possible à tous les internautes de demander la création de noms de domaines de leur choix. On pourra ainsi demander la création d'un « .navire », « .sexe », ou « .dupont ». Cela préfigure de futurs conflits autour de l'affectation de ces noms de domaines, et une difficulté croissante pour la protection des marques sur internet. (...) Et l'on pourra voir surgir des « FranceTelecom.sexe », « FranceTelecom.ventes », ou "Orange.ventes", etc ... l'Icann prévoit de confier le contrôle de ces noms de domaines à un organisme qui devra faire régner le bon droit. Il semble toutefois que le nombre de litiges ne puisse qu'exploser.
Reconnaissons à David qu'il cite ses sources (Selon notre confrère les Echos...), ce dont son lectorat lui saura gré. J'aime particulièrement le FranceTelecom.sexe, c'est du plus bel effet. Je suis certain que Didier Lombard appréciera. ;-)

Espérons quand même que les reprises vont s'arrêter là et que ça ne finisse pas à la Une du JT ou d'une quelconque radio, et qu'un terme soit naturellement mis à la nullité journalistique galopante. À suivre...

[MàJ - 18h15'] En fait, je crois bien que c'est tout le contraire qui va se passer, l'info a déjà été reprise telle quelle par plus de 100 sources "officielles" et va se répandre comme un feu de poudre. Les télés et les radios vont prendre le relai, et tout le monde croira qu'en 2009 chacun/e aura son petit domaine perso. Je trouve ça désolant. Mon opinion en commentaire.

* * *

Donc, Messieurs, si je suis votre raisonnement, dès le premier trimestre 2009, nous aurions potentiellement plus d'un milliard d'extensions, disons à peu près autant qu'il y a d'internautes, et d'ailleurs j'en profite pour signaler à celles et ceux qui me lisent qu'à partir du 1er avril 2009, l'adresse de ce blog ne sera plus http://www.adscriptor.com mais www.jmleray.adscriptor, c'est plus reconnaissable, je vous le concède.

Quelques bémols toutefois sur ces assertions inconsidérées quant à la frénésie de personnalisation annoncée.

Il se pourrait effectivement que l'ICANN s'oriente vers la création de "milliers" de nouvelles extensions génériques (TLDs), mais cela ne sera jamais sans contraintes fortes, de nature à calmer les ardeurs.

Sur la création d'un .paris, par exemple, il faudrait d'abord obtenir l'avis favorable du gouvernement français sur l'utilisation d'un domaine géographique de premier niveau. C'est ainsi que le gouvernement espagnol a donné son aval à la création du .cat pour la Catalogne.

Sans compter que la création d'extensions de villes ou de régions pourrait bien faire de l'ombre à certaines extensions pays, qui n'en ont déjà pas besoin vu le peu d'engouement des populations nationales...

Maintenant, sur la création d'un .cocacola ou d'un .ebay, il est clair qu'il s'agit là de très grosses entreprises et que cela ne serait jamais à la portée de tout le monde.

Citons entre autres la nécessité de présenter un dossier sérieux pour appuyer la création d'une nouvelle extension (voir ce billet pour le .sport, par exemple). Nos journalistes en herbe pourront peut-être lire avec intérêt le point 8 des recommandations inhérentes (et les autres aussi, d'ailleurs) :
Applicants must be able to demonstrate their financial and organisational operational capability.
Il n'y a qu'à voir le flux d'évaluation d'une nouvelle extension pour s'en rendre compte :

flux d'évaluation des nouvelles extensions
Sans oublier qu'avec un ticket d'entrée coûtant entre 25 000 et 250 000 euros, ça limiterait quand même considérablement les vélléitaires. Mais bon, c'est juste un détail...

En tout cas, ceci pour dire que c'est pas demain la veille que le pékin moyen ira réserver son .pékin en IDN, à moins qu'il ait l'aval du gouvernement chinois. Auquel cas, je m'inclinerai volontiers devant la sagesse et la clairvoyance de nos journaleux du dimanche.

Perso je réserverais bien le .con, au moins on est sûr qu'il y aura des candidats !

Liens connexes :

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P.S. (20h30') Cette affaire est tellement énorme que je n'arrête pas d'y penser. Apparemment elle n'a pas encore dépassé les frontières, mais dès que l'info va exploser outre Atlantique ça va faire l'effet d'une bombe. Il semble quand même que la presse commence à expliquer que ça ne va pas se faire comme ça, même si je nourris de gros doutes sur l'applicabilité immédiate d'une telle mesure. Il y aura en effet derrière tout ça des problèmes politiques, voire géopolitiques immenses qui vont bien au-delà de la propriété intellectuelle, et je doute que l'ICANN ait vraiment l'autorité d'imposer une telle aberration sans que personne n'y trouve rien à redire.
En outre, l'un des premiers mandats de l'ICANN étant d'assurer "la sécurité et la stabilité d'Internet", il me semble qu'une telle décision va carrément dans le sens opposé.
Enfin, maintenant que l'affaire a démarré, nous verrons sur quoi ça va déboucher. En espérant que les médias grand public auront quand même l'honnêteté d'approfondir les choses...

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samedi 21 juin 2008

Turning the Tail - Inverser la traîne

Inverser la traîne : passer de la longue traîne à la grande traîne

Turning the Tail: from Long Tail to Big Tail (Version anglaise)

Inverser la traîne...

* * *

Dans un article fondateur publié sur Wired en octobre 2004, intitulé The Long Tail (opportunément traduit en français par la longue traîne), Chris Anderson décrivait une nouvelle stratégie “de niche” où il devenait désormais possible de vendre un grand nombre d'articles uniques en relativement petites quantités.


En fait, ce qui aurait été anti-économique dans une économie traditionnelle devenait possible ET profitable grâce à Internet.

Ce concept de “longue traîne” a fait florès et s'applique désormais à de nombreuses autres situations, comme les noms de domaine, par exemple, mais aussi et surtout à la pub. Notamment depuis la formidable innovation conceptuelle – et commerciale – apportée par Google avec le fameux binôme AdWords-AdSense.

Dans un billet intéressant sur la question, Scott Karp explique très bien où est l'innovation : la factorisation du modèle d'enchères par la pertinence !

Explication : de 1999 à 2001, les AdWords fonctionnaient au CPM, ou coût pour mille impressions, modèle de tarification en vogue à l'époque, où les annonceurs étaient facturés en fonction du nombre d'impressions de leurs annonces.

Or selon Sergey Brin lui-même, ça ne générait pas beaucoup d'argent (“It didn’t generate much money”).

Dans son livre, The Search, John Battelle nous dit que les revenus tirés d'AdWords se sont élevés à environ 85 millions $ en 2001, alors qu'Overture réalisait 288 millions $ sur la même année avec son modèle d'enchères au CPC (coût par clic, ou montant payé par l'annonceur pour chaque clic sur son annonce):
Un système d’enchère permet ensuite à l’annonceur de déterminer lui-même le coût par clic engendré par la visite de son site en tant que lien sponsorisé. La mise à prix est fixée à 0,15 euros par clic. Lorsque le visiteur obtient la page de résultats du moteur de recherche en ayant entré des mots clés faisant l’objet d’enchères, des liens sponsorisés sont proposés, avec en tête le site du meilleur enchérisseur.
Google ne pouvait pas non plus se contenter de reprendre tel quel le modèle économique d'Overture, puisque c'était le procès assuré. Procès qui a d'ailleurs eu lieu et a duré plus de deux ans, jusqu'à ce que les parties se mettent d'accord entre elles et abandonnent l'action en justice.

Or c'est cette différence essentielle entre les deux systèmes qui a permis à Google de se défendre et d'éviter la condamnation : là où Overture liait automatiquement la première place dans les résultats à la valeur d'enchère la plus haute, Google a introduit la notion de pertinence, ou plutôt de popularité, avec le taux de clics (clickthrough rate – CTR), dont la définition officielle est la suivante :
Le taux de clics correspond au nombre de clics effectués sur votre annonce divisé par le nombre d'affichages (impressions) de celle-ci.
En clair, la valeur d'enchère n'était plus qu'une composante, factorisée par le taux de clics applicable. John Battelle l'explique de façon plus intelligible :
Sur trois annonceurs, le premier paie 1 $ le clic sur un mot clé, le deuxième 1,25 $ et le troisième 1,5 $ sur ce même mot. Sur Overture, c'est l'annonceur 3 qui se positionne automatiquement en premier. Tandis qu'avec Google, si l'annonceur 1 a un meilleur taux de clic que les annonceurs 2 et 3, il se positionnera devant les deux autres bien que sa valeur d'enchère soit plus basse que la leur.
Une innovation toute petite, toute simple, mais qui a quand même permis à Google de passer de 85 millions $ de recettes en 2001 à des milliards 7 ans plus tard !

Et ce n'est pas tout : puisque apparemment, personne n'a fait mieux depuis, la plupart des acteurs majeurs de l'Internet se cherchant encore un modèle économique décent.

En fait, on retrouve dans cette notion de pertinence la même qui est à l'origine du PageRank, au coeur du succès de Google. En outre, l'un ne va pas sans l'autre. Comme disent les américains avec leur pragmatisme habituel : If you don't provide the results, you don't get the money...

Maintenant, l'autre raison de l'adoption massive des services publicitaires de Google, c'est ... la longue traîne, comme le décrit justement John Battelle (c'est moi qui graisse) :
You think Amazon's got scale? You think eBay is huge? Mere drops in the bucket. Amazon's 2000 revenues were around $2.76 billion. But the Neil Moncreifs of the world, taken together, drove more than $25 billion across the Net that same year, according to U.S. government figures. That's the power of the Internet: it's a beast with a very, very long tail. The head-eBay, Amazon, Yahoo-may get all the attention, but the real story is in the tail.
La puissance d'Internet est dans la traîne !

C'est ainsi que Google a connu sa formidable réussite, seul à avoir su mettre en adéquation les nécessités des annonceurs avec le carburant dont ils avaient besoin en abondance sur Internet : du contenu PERTINENT. Avec une régie novatrice qui a permis à des millions de petits sites / blogs de monétiser leur contenu, ou pour le moins d'espérer...

Mais là où Yahoo! était présent depuis le début, c'est-à-dire bien avant Google et avant de s'égarer ensuite, aujourd'hui l'abdication de Jerry Yang apporte pratiquement sur un plateau 90% du gâteau publicitaire à Google (si les Autorités compétentes l'acceptent... et alors même que les annonceurs accordaient déjà environ 70% de leurs budgets « recherche » à Google !). L'ensemble des autres régies se partageant grosso modo les 10% restants.

Pour autant, en 2008, tous ne se font plus d'illusions (comme l'observe caustiquement Emmanuel Parody : croire qu'Adsense paye les contenus c'est une plaisanterie...) et l'UGC, même s'il continue d'être créé à plein régime, n'est plus monétisé comme il se devrait (l'a-t-il jamais été, d'ailleurs ?). D'où le ras-le-bol de millions de créateurs de contenus repris et monétisés par les grands du Web sans aucun reversement ni partage des revenus qui serait satisfaisant. [Top]

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Inverser la traîne...

Une rupture dans cette histoire à succès serait pourtant possible: il suffirait d'inverser la traîne, pour passer de la longue traîne à la grande traîne de l'UGC, représentée par la partie jaune.


(non, ceci n'est pas une pipe !)

Pour illustrer ma pensée, dans un déséquilibre prévisible et prévu par Clay Shirky en 2003, l'analyse de 433 blogs classés par nombre de liens entrants illustrait bien ce concept de longue traîne, avec en tête :
  1. le top 2 représentant 5% des liens entrants
  2. le top 12 (soit moins de 3% du total) 20% des liens entrants
  3. le top 50 (soit moins de 20% du total) 50% des liens entrants

Donc imaginez maintenant une analyse portant non plus sur 433 blogs, mais sur des dizaines de millions de blogs, de sites, de pages de réseaux sociaux, etc.

Vous comprendrez alors que la tête (partie verte), à laquelle nous ferons correspondre de façon tout à fait arbitraire l'équivalent des 30% de sites / blogs / pages qui formeraient le cœur du réseau dans la bonne vieille théorie du nœud papillon (c'est-à-dire les entités plus interconnectées qui se partagent et où converge un maximum de liens et de trafic), ne fait plus le poids à l'heure où le mainstream de l'UGC forme, non plus la longue traîne, mais la grande traîne du Web, largement prépondérante.

Or là est le véritable problème de l'UGC et des créateurs qui sont derrière, c'est qu'ils manquent de représentativité : tout le monde tape dans leur contenu pour le monétiser à qui mieux-mieux, mais personne ne le monétise vraiment à sa juste valeur.

En fait, à l'heure actuelle, seule la tête attire les annonceurs tandis que la traîne est laissée à l'emprise de Google qui en profite au maximum sans craindre les incohérences...

Donc je prédis que le premier acteur qui réussira à refaire ce qu'a fait Google il y a cinq ans avec les AdSense, mais en adaptant cette fois la pertinence et un juste partage des revenus à l'UGC, introduira une rupture encore plus formidable vis-à-vis de tout ce qui a précédé, avec en plus la bénédiction des créateurs de contenu, qui sont évidemment les plus lésés dans et par le système actuel.

Inverser la traîne, passer de la longue traîne à la grande traîne, voilà le prochain défi à relever sur Internet. D'ailleurs Steve Ballmer lui-même ne dit pas autre chose :
At the end of the day, this is about the ad platform. This is not about just any one of the applications. The most important application for the foreseeable future is search.
Au bout du compte, la seule chose qui compte vraiment, ce sont moins les applications que la plateforme publicitaire. Et dans un avenir prévisible, la première des applications est la recherche.

Nous avons donc toutes les données du problème, et la première régie qui créera le mix PERTINENT pour faire coïncider les nécessités des annonceurs d'une part, avec les attentes légitimes des créateurs de contenus en termes de monétisation de l'autre (en matchant l'inventaire des seconds en fonction des messages des premiers), décrochera le jackpot. Même si la bonne équation a encore plusieurs inconnues.

En fait, c'est une ad... équation ;-) [Top]


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jeudi 19 juin 2008

Wordle

Wordle

Service où créer un nuage de mots en soumettant soit un texte à analyser, soit vos favoris Delicious. D'une utilisation intuitive, vous pouvez ensuite choisir couleurs et modes de présentation :








Bien que l'outil soit surtout prévu pour l'anglais et que mes signets Delicious ne soient plus à jour (d'où la prédominance de Google alors que ces derniers temps j'ai davantage parlé de Facebook, Microsoft et Yahoo!), le résultat est plaisant et ce peut être sympa pour illustrer votre blog ou n'importe quoi d'autre.

[Correction] Apparemment, ça marche aussi super bien avec le français. Génial...

Voici donc un billet pauvre en contenu qui va faire mentir Enaty ou Narvic, mais s'il est vrai qu'une image - et plus encore un nuage - vaut plus que mille mots, alors c'est probablement le billet le plus long écrit depuis le début d'Adscriptor !


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mardi 17 juin 2008

Microsoft - Yahoo! + Google = Google !

Microsoft - Yahoo! + Google = Google !

Il paraîtrait que c'est fini entre Microsoft et Yahoo!
Il paraîtrait (c'est même sûr) qu'un partenariat portant sur la pub a été signé entre Google et Yahoo!

Auquel cas Google gagnerait sur tous les tableaux, et, de façon inversement proportionnelle, Microsoft perdrait sur tous les tableaux.

Il était pourtant clair que Google craignait plus que tout une fusion entre Microsoft et Yahoo!, à laquelle Ballmer n'aurait JAMAIS dû renoncer ! Pourquoi ?

Tout simplement parce que l'apport de Yahoo! dans Microsoft était largement décisif, et même crucial vital, en représentant pour Redmond :
un gain allant des 3/4 dans les données collectées à près de 100% dans les affichages publicitaires !
  • 348,204 milliards d’événements de données collectées en + sur le réseau global (sites propriétaires + régie publicitaire étendue) (soit 88,61% pour Yahoo!, contre 11,39% à Microsoft seul) ;
  • dont 283,426 milliards d’affichages plubicitaires en + en régie étendue (soit 98,18% pour Yahoo!, contre 1,82% à Microsoft seul) ;
  • 2 165 événements de données collectées en + par personne (soit 75,3% pour pour Yahoo!, contre 24,7% à Microsoft seul).
En outre, à part la recherche et la vidéo, où l’avantage de Google restait net avec respectivement +53,58% et +84,29% aux États-Unis, toutes les moyennes mensuelles auraient été en faveur du conglomérat Microsoft + Yahoo! :
  1. +42,46% d’événements de collecte données sur le réseau (sites propriétaires + régie publicitaire étendue) (avant fusion) ;
  2. +42,78% d’événements de collecte données par personne ;
  3. +96,08% d’affichage d’annonces sur les sites ;
  4. +54,19% en total de pages vues ;
  5. +24,7% d’impressions en régie publicitaire (hors sites propriétaires) ;
  6. +48% de visiteurs uniques ;
  7. + Atlas...
Nous aurions donc eu un duopole, mais c'était toujours mieux qu'un monopole hégémonique...

Quant à Microsoft et Ballmer qui rêvaient de ne plus être troisièmes, leurs vœux sont exaucés puisque les voilà ... quatrièmes !

Derrière les conglomérats Time Warner Network + AOL + Advertising.com et Fox Interactive Media + MySpace.com !

Avec des écarts abyssaux en défaveur de Microsoft (euphémisme) vis-à-vis du binôme Google + Yahoo!, puisque chaque mois (données pour les US, décembre 2007), ce sont :

  • 11 fois moins d'événements potentiels de collecte des données par internaute visitant le site de la société ou les pages de son réseau publicitaire
  • 1 800 fois moins (!) d'événements de collecte des données sur les sites Web + événements potentiels de collecte des données sur les réseaux publicitaires (en millions)
  • 10 fois moins de recherches (en millions)
  • 3 fois moins de pages vues au total(en millions)
  • 20 fois moins de vidéos (en millions)
  • 100 fois moins d'impressions sur le réseau publicitaire (en millions)
  • 3 fois moins de visiteurs uniques au total (en milliers)
Or on savait déjà l'année dernière que Google écrasait la concurrence :
Analyse de la croissance soutenue des dépenses publicitaires en ligne entre 2006 et 2007 pour 17 médias majeurs, dont Google (GOOG), Yahoo (YHOO), Time Warner (TWX), Disney (DIS), Viacom (VIAB), CBS (CBS) et Clear Channel (CCO). Ces groupes couvrent les grands secteurs de la publicité : en ligne, TV, presse écrite, radio, affichage urbain.

Sur l’ensemble des 17 compagnies, les recettes aux États-Unis ont augmenté de 9% entre 2006 et 2007, en passant de 53 milliards $ à 58 milliards $.

La part des revenus en ligne grimpe de 28% à 4 milliards $ (de 14 milliards $ à 18 milliards $).

Dans le même temps, le hors ligne n’a gagné que 3%, de 39,5 milliards $ à 40,6 milliards $, avec une hausse des revenus induits limitée à 1 milliard $.

Sur les 4 milliards de revenus publicitaires générés en ligne, Google en capte 67,5% en réalisant 2,7 milliards $ de gains, soit une progression de ses résultats de 44% par rapport à 2006.

En revanche, la progession combinée de Yahoo, Microsoft et AOL n’est que de 15%, soit des revenus de 1,3 milliard $. Google réalise donc plus du double que ses trois concurrents réunis.

Enfin, la croissance de Google d’une année sur l’autre (environ +2 milliards $) a été supérieure de plus du double des recettes publicitaires réalisées par l'ensemble des médias hors ligne de l’échantillon combiné, qui ne génère qu’environ 1 milliard de dollars.
Ballmer a beau jeu de s'inquiéter maintenant qu'il a perdu sur toute la ligne. It's a matter of scale!, qu'il disait... On voit ça !

J'ai toujours pensé que Jerry Yang était mauvais, mais après cette affaire lamentable, je suis convaincu que Ballmer est encore pire !

Surtout s'il en a fait une question d'argent ! Après plus de deux ans de négociations "secrètes", plus un "coming out" à partir du 1er février 2008, le voilà qui abandonne au dernier moment à 33$ alors que les plus gros actionnaires de Yahoo! étaient prêts à lâcher à 34...

Ballmer a vraiment négocié avec les pieds, mais qu'attendre de plus d'un vieux singe sur le retour ? Une transaction partielle dénuée de sens ?

Donc s'il en faudra plus à Yahoo qu'un nouveau logo et un nouveau CEO pour relancer la machine, s'ils y arrivent, il n'en faudrait pas moins à Microsoft qu'une mise à la retraite urgente de Ballmer. Bill Gates avait pourtant dit qu'il s'agissait d'hypercompétition, mais avec une vision de l'Internet restée figée depuis 1995, c'est plutôt lui qui est à la faute : la bataille de titans s'arrête ici, en manque d'hypercompétiteurs (encore faut-il qu'il y ait une concurrence, Emmanuel dixit).

Bill, Steve & Ray, errare humanum est, perseverare diabolicum...

Sauf cracher au pot en mettant de suite 40$ l'action sur la table (après tout, c'était le deal il y a un an et demi à peine...), Microsoft ne comptera plus grand chose sur Internet dans les années à venir, et Google deviendra le Microsoft du nouveau siècle.

Espérons juste que le trio Larry Page, Sergey Brin et Eric Schmidt soit moins ringard que les compères Bill Gates, Steve Ballmer et Ray Ozzie...


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dimanche 8 juin 2008

Media

Media / Média / Médias / Me.dia

Sans accent, avec accent, singulier, pluriel, syllabisé, de quoi parle-t-on ?

Retour aux sources étymologiques avec le Robert historique :
Média est l'abréviation courante (1964) de l'anglo-américain mass media (1923), expression composée de mass et media, pluriel de medium, qui a donné média de masse en français, abrégée ensuite en média tout court.

Mot employé par les sociologues et les publicitaires pour désigner l'ensemble des techniques et des supports de diffusion massive de l'information et de la culture.
Une définition qui permettrait d'inférer que le premier grand média de l'humanité est probablement le livre, grâce à l'imprimerie qui a permis d'en démultiplier la diffusion au niveau planétaire.

Parenthèse mise à part, depuis la seconde moitié du XXe siècle, 4 générations de médias sont en train de sédimenter en s'ajoutant et en s'interpénétrant les uns aux autres :
  1. les médias traditionnels
  2. les médias numériques
  3. les médias sociaux
  4. vous et moi
Media Keyword with Touchgraph
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1. Les médias traditionnels

Ce sont les cinq grands médias, dont le premier remonte au XIXe siècle :
  • presse
  • cinéma
  • radio
  • télé
  • affichage

2. Les médias numériques
  • Internet
  • téléphonie mobile
Si Internet est le sixième grand média, la téléphonie mobile devient le septième, grâce à ses spécificités :

Premier média de masse personnel, personnalisé et personnalisable, toujours embarqué, toujours connecté, omniprésent et parfaitement traçable...

Sans oublier le prochain déploiement à grande échelle de la RFID et des technologies connexes.

Ajoutez enfin à tout ce qui précède la télé interactive, les jeux, les e-books, les widgets, etc.

3. Les médias sociaux

Blogs et micro-blogging, sites et réseaux sociaux, sites de partage, univers virtuels, etc., les médias sociaux sont en train de changer les règles pour de bon :


en passant d'un modèle top-down de communication et de marketing, à une approche bottom-up, mais également transversale, horizontale :




et en investissant grâce à leur interface sociale les différentes sphères de la communication, autant des particuliers que des entreprises, par exemple.

Leur prise en main de plus en plus affinée par toutes les parties prenantes est destinée à révolutionner les interactions entre tous les autres médias, qui seront modifiées en profondeur, ainsi que les modèles économiques sous-jacents : de la presse à la télé en passant par la radio et la pub, les bouleversements sont déjà en marche...

Hierarchy of Social Marketing
4. Vous et moi

Plus surprenant peut-être, voici la quatrième génération de médias à l'aube du XXIe siècle, où le média, c'est vous, c'est moi.

Ou, pour en revenir à l'étymologie du terme, si l'on veut distinguer l'humain d'une technique pure ou d'un simple support, le médiat, c'est vous, c'est moi.
C'est-à-dire celle/celui par l'intermédiaire de qui se diffuse, plus ou moins massivement selon son degré de notoriété et de crédibilité, l'information et la culture...

Media of the Century: YOU
Multicanal, multicontenus, multisupports, capable d'abolir les cloisons traditionnelles érigées entre les précédentes générations de médias, et probablement le plus imprévisible et difficile à maîtriser de tous les autres, même si les gouvernements commencent à s'y employer...

Pour paraphraser Christophe Espern à propos du gouvernement français :
Il s'agit de contrôler par tous les moyens le seul média libre qui ne lui obéit pas.
Une histoire aussi vieille que celle de l'humanité et de la parole...


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P.S. Question subsidiaire : à l'instar de vous et moi, les marques sont-elles des médias ?

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