Réaction inspirée par la lecture de trois billets :
- Vive la gougueulitude !
- États Généraux : Google en position d’accusé
- Google sous le feu des États généraux
Commençons par le billet d'Aliocha, qui trouve opportun de préciser :
Heureusement que je n’ai pas lu cette merveille sous la plume réjouie d’un blogueur anti-journaliste et pro-web, sinon je crois que ce blog se serait instantanément auto-détruit sous l’effet de la colère.Sous la plume d'un blogueur certainement pro-Web mais en aucun cas anti-journaliste (quand bien même il faudrait s'entendre sur le sens et les implications du terme "journaliste" en 2008...), elle aurait peut-être pu lire avec plus grand profit une "vieille" réflexion sur certains changements de paradigme et l'émergence de la règle G + 2H + 5W.
Car en fait, donner dans la caricature tant dans les propos rapportés (« déformer la langue française pour répondre aux exigences d’un algorithme de langue anglaise c’est tout de même un peu gênant ») que tenus (« je ne serais pas non plus webesquement correcte, et je m’insurge contre l’internetitude », ..., « quel respect devrais-je à un système qui encourage toutes les dérives orthographiques, grammaticales et autres, simplement pour faire plaisir aux publicitaires ? »), ça fait certainement sourire le gogo, mais ça ne donne en rien une idée du "vrai" problème, qui est celui d'adapter aux nouveaux usages ce que devraient être une presse et un journalisme modernes. Et donc ça enlise le débat plutôt que de la faire avancer.
Car personne ne saurait sérieusement nier que le Web induit de nouveaux usages d'un côté, et que l'on a une impérieuse nécessité de voir l'émergence d'une presse et d'un journalisme modernes de l'autre.
Et si vous me demandez ce que devraient être "cette presse et ce journalisme modernes", je vous renverrais à différents billets que j'ai écrit sur la question, sans pour autant me prétendre exhaustif :
- Journalistes vs. blogueurs, quelles
distinctionscomplémentarités ? - La chute de la presse traditionnelle
- La tribu de la presse à un tournant
- Les journalistes italiens selon leur lectorat
- Facebook : anatomie d'un article fragile
- Correctif : l'ICANN et le lancement de nouvelles extensions
- La presse fait mal son travail, sauf...
- Brève de l'AFP : Obama président des États-Unis !
- New business Model For News
- Pourquoi je lie encore les journaux en ligne...
- Éthique des liens
- Quand les journalistes n'écriront plus d'articles...
- 2008 : l'information se cherche un contre-pouvoir
- Et les blogs-blogueurs, dans tout ça ?
Car comme l'observe si justement Narvic, s’attaquer à Google, « c’est s’attaquer à des conséquences, pas à des causes ».
Remarquez, il n'y a pas de quoi s'étonner : s’attaquer aux causes, cela voudrait dire prendre acte des vrais problèmes, parfaitement identifiés (ce ne sont pas les rapports qui manquent...), pour les résoudre. Or il est bien plus facile de cacher tout ça derrière la grande mascarade des états généraux de la presse, pour au final faire cracher le contribuable au bassinet et le traire à volonté afin de perpétuer des rentes de privilèges...
Pourtant, lorsque l'on a des dialogues avec d'un côté Josh Cohen, patron de Google News :
- « Chaque page est désormais une Une »et de l'autre des arguments tels que :
- « Nous devons mieux trouver vos contenus ».
- « Personne, pas même Google, ne peut renverser cette tendance. Votre modèle d’affaires doit changer »
- « Et actuellement, avec la crise, des gens sont en train de mourir. Nous ne faisons pas assez d’argent pour vivre en ligne ».il est clair que les interlocuteurs ne sont pas sur la même longueur d'onde...
- « Et ce que nous entendons aujourd’hui signifie que nous sommes donc livrés à nous-mêmes, malgré les déclarations d’Eric Schmidt. Vous acceptez donc la fin des news comme nous les avons connues ».
- « Vous avez une responsabilité sociale à assumer vis-à-vis des organes de presse. Vous devez prendre cela au sérieux »
L'un parle d'évoluer et de s'adapter, les autres de mourir et d'assistanat (les grabataires de l'info :-). Tout prêts à invoquer l'ombrelle souveraine de l'État-Providence d'un côté, et de l'autre la responsabilité sociale de Google vis-à-vis de qui va mourir. De suite les grands mots. Je vous dis pas, ils en rigolent encore à Mountain View : - « qu'est-ce qu'ils sont cons, ces français ! »
En anglais dans le texte.
Qu'il y ait un problème de partage des revenus publicitaires, c'est évident. Mais comme l'observe justement Vanch, la situation est tout à fait comparable à celle de la distribution en France et des grandes centrales d'achats, et c'est juste un rapport de force entre différents acteurs de la chaîne. Il y en a d'autres...
Du reste il n'y a pas que Google dans la pub : outre les différentes régies établies par pays, Microsoft, AOL et Advertising.com, Yahoo!, Federated Media, Commission Junction, Glam Media, etc.
L'histoire et l'exemple de Glam Media, qui continue d'évoluer et de s'adapter, seraient d'ailleurs très riches d'enseignements pour nos quémandeurs de profession...
Pour autant, si vous n'êtes pas contents de Google, allez chez les autres. Ou créez la vôtre (votre propre régie publicitaire, j'entends), ce ne sont ni les moyens qui vous manquent, ni les chiffres, ni les ressources, ni les contacts, ni les appuis... Et lorsque Bruno Patino constate : « L’écosystème des news est en train de mourir », c'est tout simplement faux !
C'est juste un écosystème dépassé qui refuse de s'adapter et d'évoluer qui est en train de mourir. Ce n'est pas la même chose. L'autre écosystème, l'écosystème des news sur Internet, est en pleine croissance. Avec des budgets pubs qui ne cessent d'augmenter.
Voir également ici, puisqu'on parle d'écosystème...
Donc face à des monopolistes mastodontes sans la moindre agilité ni inventivité, d'autres acteurs et alternatives voient le jour pour créer de toutes pièces de nouveaux écosystèmes de news : Wikio et Techmeme, Aaaliens et Publishing 2.0, Drudge Report ou Huffington Post, des réseaux de
Non, la réponse se dissimule en partie dans les propos de Josh Cohen :
- « Chaque page est désormais une Une »
- « Nous devons mieux trouver vos contenus ».
- « Votre modèle d’affaires doit changer »
Et j'ajouterais :
- Apprenez les nouveaux usages, ne croyez plus que vos journaux-marques sont le centre du monde, car le nouvel écosystème de news se met en place et évoluera avec ou sans vous. Donc soit vous prenez le train, soit vous le ratez, or il me semble que vous avez déjà loupé pas mal de gares... Mais de grâce ne vous trompez plus de sens, ni l'info ni le lectorat ne vous attendront davantage !Prenez-en acte ou mourrez ! Un avenir que vous semblez appeler de tous vos vœux et de toutes vos ultimes forces. Honte à vous !
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